Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Nocardia spp.

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I — AGENT INFECTIEUX

NOM: Nocardia spp.

SYNONYME OU RENVOI: Nocardiose, N. cyriacigeorgica, N. farcinica, N. abscessus, N. asteroides, N. brasiliensis, N. nova, N. otitidiscaviarum, N. paucivorans, N. pseudobrasiliensis, N. transvalensis, N. veterana et N. wallacei sont les pathogènes de ce genre le plus souvent en cause. Les pathogènes rares ou peu communs sont notamment: N. africana, N. anaemiae, N. araoensis, N. arthritidis, N. asiatica, N. beijingensis, N. blacklockiae, N. brevicatena, N. carnea, N. concavca, N. corynebacteroides, N. elegans, N. exalbida, N. higoensis, N. ignorata et N. inohanensis(1).

CARACTÉRISTIQUES: Les espèces du genre Nocardia sont des actinomycétales; il existe plus de 70 espèces à l'intérieur de ce genre, dont environ 25 qui sont pathogènes chez l'humain(2). Ce sont des bactéries aérobies Gram positif mesurant de 0,5 à 1,0 μm de diamètre avec des hyphes végétatifs ramifiés qui se divisent en bâtonnets et en coques pléiomorphes(2-4).

SECTION II — DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Les infections nocardiales sont principalement des infections opportunistes. Les patients immunodéprimés (patients receveurs de greffes, patients porteurs du VIH ou atteints de lupus érythémateux disséminé, de maladie granulomateuse chronique ou de cancer, patients ayant subi un traumatisme ou patients porteurs d'un cathéter intraveineux) courent un risque accru de contracter une nocardiose(2,3). Les infections nocardiales se manifestent sous trois formes principales: pulmonaires, généralisées ou cutanées(3,4). Les infections pulmonaires entraînent habituellement une bronchopneumonie aiguë, chronique ou récidivante qui se propage parfois aux cavités et à la plèvre(3). Les symptômes sont notamment une toux, une dyspnée et de la fièvre. L'infection pulmonaire peut mener à des complications généralisées ou neurologiques comme une méningite et des abcès au cerveau(2,3). Les abcès cérébraux causés par les bactéries du genre Nocardia sont souvent localisés au niveau du tronc cérébral, des ganglions de la base et du cortex cérébral(5), et le taux de mortalité des patients présentant de tels abcès cérébraux est d'environ 50 %(6). Les infections généralisées causées par Nocardia sont rares et surviennent souvent chez les personnes immunodéprimées(7). Les infections cutanées, appelées mycétomes, sont caractérisées par des pustules, de la fièvre, une lymphadénite douloureuse dans les ganglions lymphatiques environnants, un abcès et un écoulement jaunâtre ou blanchâtre granuleux(3,8). Le mycétome peut affecter l'os sous-jacent, et survient le plus souvent chez les hommes adultes qui marchent nu-pieds ou qui présentent des brûlures(8). Avec un traitement antibiotique approprié, le mycétome guérit d'ordinaire en quelques semaines, quoique cela puisse prendre jusqu'à 3 mois avant qu'il ne disparaisse complètement(8).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Le genre Nocardia est distribué partout dans le monde, car il est souvent présent dans l'environnement et dans le sol; cependant, certaines espèces sont plus fréquentes dans des régions géographiques particulières(2,3,6). N. cyriacigeorgica, N. farcinica et N. nova sont souvent trouvées dans les pays non tropicaux alors que N. brasiliensis se retrouve dans les régions à climat tropical ou subtropical de l'Amérique et que N. otitidiscaviarum se trouve aux États-Unis, en Inde, au Japon et en Tunisie(2,4,6). Les cas sont sporadiques; la majorité survient chez les personnes de 21 à 50 ans, et le ratio homme-femme est de 3:1(6).

GAMME D'HÔTES: Il a été montré que les humains et une variété d'animaux (bovins, chats, chiens, poulets, canards, poissons, chèvres, moutons et porcs) portaient la bactérie(4).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: La forme pulmonaire est causée par l'inhalation de la bactérie dans la poussière alors que la forme cutanée est causée par inoculation (p. ex. piqûres d'épines, égratignures de chats, piqûres d'insectes)(2,3). Des infections nosocomiales ont aussi été signalées(2,4).

PÉRIODE D'INCUBATION: Inconnue(6).

TRANSMISSIBILITÉ: La bactérie n'est pas transmise d'une personne à une autre, mais plutôt par contact avec des souches présentes dans l'environnement(3).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Le sol, la végétation en putréfaction, les boues d'épuration, l'eau, les plantes et les tissus animaux (y compris les tissus humains) sont des réservoirs de la bactérie(3,4,8).

ZOONOSE: Aucune(6).

VECTEURS: Aucun.

SECTION IV — VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: La plupart des espèces sont sensibles au triméthoprime-sulfaméthoxazole, à l'amikacine, à l'ampicilline, à la carbénicilline, aux céphalosporines à large spectre, à la minocycline, à l'érythromycine, à la ciprofloxacine, à la clindamycine, à l'imipénem et au cotrimoxazole, mais résistent à la pénicilline et aux agents antituberculeux et antifongiques(3,4,8).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Sensible au phénol à 2-5 %, à l'hypochlorite de sodium à 1 %, au formaldéhyde à 4 %, au glutaraldéhyde à 2 %, à l'éthanol à 70 %, au propanol à 70 %, à l'acide peracétique à 2 %, au peroxyde d'hydrogène à 3-6 % et à l'iode(9).

INACTIVATION PHYSIQUE: Les bactéries sont sensibles à la chaleur humide (121 °C pendant au moins 15 minutes) et à la chaleur sèche (160 à 170 °C pendant au moins 1 heure)(10). Elles peuvent demeurer viables pendant 8 heures à 50 °C(4).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Les bactéries du genre Nocardia sont des saprophytes et survivent dans le sol et les matières végétales en putréfaction(4,8).

SECTION V — PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes. On peut recourir au test ELISA pour le dépistage des anticorps monoclonaux spécifiques de Nocardia, à la PCR, à des méthodes de dépistage séquentielles et à l'observation au microscope pour déterminer quelles espèces sont présentes chez l'hôte(2,4,11,12).

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Le traitement antibiotique approprié est utilisé pour traiter la maladie clinique causée par cette bactérie(3,8). Dans certains cas de mycétome, un drainage chirurgical peut être requis(8).

IMMUNISATION: Aucune.

PROPHYLAXIE: Aucune.

SECTION VI — DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucun cas d'infection n'a été signalé jusqu'à présent.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Nocardia a été isolée à partir d'expectorations, de tissus sinusaux, d'aspirats bronchiques, de pus et, dans de rares cas, dans des échantillons d'urine et de sang(3,13).

DANGERS PRIMAIRES: Les principaux risques sont le contact de muqueuses ou de la peau avec l'agent infectieux, l'inoculation parentérale accidentelle et l'exposition à des aérosols(14).

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII — CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2(15). Cette classification de risque s'applique au genre de façon globale et peut ne pas s'appliquer à toutes les espèces du genre.

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(16).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(16).

SECTION VIII — MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer(16).

ÉLIMINATION: Tous les déchets doivent être décontaminés avant leur mise au rebut par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(16).

ENTREPOSAGE: L'agent infectieux doit être conservé dans un contenant scellé et étiqueté(16).

SECTION IX — RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Novembre 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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Canada

RÉFÉRENCES

  1. Euzéby, J. P. (2010). List of Prokaryotic Names with Standing in Nomeclature. Retrieved 10/18, 2010
  2. Murray, P. R., Baron, E. J., Jorgensen, J. H., Landry, M. L., & Pfaller, M. A. (Eds.). (2007). Manual of Clinical Microbiology (9th ed.). Washington: ASM Press.
  3. Ryan, K. J., & Ray, C. G. (Eds.). (2004.). Sherris Medical Microbiology: An Introduction to Infectious Disease. (Fourth Edition. ed.). New York.: McGraw-Hill.
  4. Goodfellow, M. (1998). Nocardia and Related Genera. In A. Balows, & B. I. Duerden (Eds.), Topley and Wilson's Microbiology and Microbial Infections (pp. 463). London: Arnold.
  5. Marnet, D., Brasme, L., Peruzzi, P., Bazin, A., Diallo, R., Servettaz, A., Bernard, M. H., Rousseaux, P., de Champs, C., Jaussaud, R., & Scherpereel, B. (2009). Nocardia brain abscess: features, therapeutic strategies and outcome. [Abces cerebraux aNocardia: caracteristiques radiocliniques et prise en charge therapeutique] Revue Neurologique, 165 (1), 52-62. doi:10.1016/j.neurol.2008.06.012
  6. Acha, P. N., & Szyfres, B. (2003). Zoonoses and Communicable Diseases Common to Man and Animals (3rd ed., ). Washington, D.C.: Pan American Health Organization.
  7. Feng, Y. H., Huang, W. T., & Tsao, C. J. (2004). Venous access port-related nocardia bacteremia with successful short-term antibiotics treatment. Journal of the Chinese Medical Association: JCMA, 67 (8), 416-418.
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  15. Human Pathogens and Toxins Act. S.C. 2009, c. 24. Government of Canada, Second Session, Fortieth Parliament, 57-58 Elizabeth II, 2009, (2009).
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