Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Human rotavirus

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I — AGENT INFECTIEUX

NOM: Rotavirus humain

SYNONYME OU RENVOI: RVH, pseudoréovirus humain, virus de la gastro-entérite infantile(1), gastro-entérite virale sporadique, gastro-entérite virale grave des nourrissons et des enfants, gastro-entérite non bactérienne de l'enfance et entérite à rotavirus.

CARACTÉRISTIQUES: Le rotavirus humain est classé dans le genre Rotavirus de la famille des Reoviridae(2,3). Le rotavirus est un virus non enveloppé en forme de roue et de 70 nm de diamètre. Il possède une capside icosaédrique à trois couches. Le génome viral est constitué de 11 segments d'ARN bicaténaire (ARNbc). Le rotavirus peut être classé en sept principaux groupes sériques (A — G). Les groupes A, B et C infectent les humains et les animaux, alors que les autres n'ont été observés que chez les animaux jusqu'à présent. Le groupe A a été établi comme le rotavirus le plus courant entraînant des maladies chez l'humain.

SECTION II — DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Le RVH attaque surtout les entérocytes, des cellules épithéliales villeuses matures de l'intestin grêle(2-4). La maladie causée par le RVH est autolimitante en général, dure de 4 à 7 jours, et entraîne des symptômes similaires à ceux produits par d'autres organismes gastro-intestinaux, quoique habituellement plus graves. Ces symptômes sont notamment une fièvre, des vomissements et une diarrhée non sanguinolente (souvent aqueuse et explosive). Cette dernière entraîne d'ordinaire une déshydratation légère à grave (habituellement de nature isotonique), un déséquilibre électrolytique et, dans des cas prolongés, une carence secondaire en disaccharidase. Les gastro-entérites suivantes ont tendance à être moins graves que les infections précédentes. Une association temporelle entre l'infection à rotavirus et une gamme de maladies a été décrite, y compris une infection des voies respiratoires inférieures et supérieures et une invagination(3). Un lien étiologique entre une infection à rotavirus et une entérocolite nécrosante, une gastro-entérite hémorragique et une pneumatose intestinale de l'enfance a été avancé(2). La détection de l'ARN du rotavirus dans le liquide céphalorachidien de patients atteints de gastro-entérite porte à croire que des troubles neurologiques comme des convulsions peuvent être associés à une infection à RVH, mais cette association n'a pas été confirmée(5).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Le RVH est la principale cause de diarrhée grave (gastro-entérite) chez les enfants dans le monde, et encore plus dans les pays en voie de développement; en effet, 95 % des enfants auront déjà contracté l'infection à l'âge de 5 ans(6). Le taux de mortalité liée à l'infection à rotavirus est évalué à environ 600 000 enfants par année dans le monde; le taux annuel de décès est à son plus élevé en Inde, au Nigeria, en Chine, au Pakistan, au Congo, en Éthiopie et au Bangladesh. La prévalence de la maladie se situe entre environ 30 % et environ 70 %, selon la saison. Les épidémies suivent un schéma saisonnier dans les zones tempérées, où la maladie est plus importante pendant les mois plus secs et plus frais. Aux États-Unis et en Europe, des épidémies annuelles se manifestent en novembre/décembre et en janvier, respectivement, dans les régions du sud-ouest et remontent vers le nord-est en avril/mai et en mars, respectivement. Aucun schéma saisonnier précis n'est observé dans les régions tropicales. L'infection à RVH est en règle générale plus grave et significative sur le plan clinique chez les enfants de 3 à 35 mois, la première infection étant la plus prononcée. Les adultes sont plutôt asymptomatiques et/ou peuvent présenter une infection subclinique. Les personnes immunodéprimées sont susceptibles de présenter des manifestations plus prononcées de la maladie(2). Le risque de propagation de l'infection dans la famille, les garderies et les hôpitaux est élevé(3). Les infections nosocomiales sont également courantes et représentent une cause importante de diarrhée chez les nouveau-nés et les nourrissons(2,7). Plusieurs épidémies ont été observées dans des groupes de patients âgés hospitalisés. Le rotavirus du sérogroupe A est à l'origine d'environ 95 % des cas de diarrhée à rotavirus dans le monde(6); cela dit, le rotavirus du sérogroupe B a entraîné plusieurs épidémies très répandues de gastro-entérite chez les adultes dans diverses régions de Chine, et a été associé à des cas de diarrhée grave au Bangladesh et en Inde(2).

GAMME D'HÔTES: Humains, et animaux infectés à des fins expérimentales (voir la SECTION III: RÉSERVOIRS pour plus de détails).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: La voie de transmission la plus courante du RVH est la voie fécale-orale, soit d'une personne à une autre ou par contact avec des surfaces contaminées dans l'environnement(3,4,6). Il existe aussi une possibilité que la propagation se fasse par le biais d'aliments et d'eau contaminés par des matières fécales. La transmission par des gouttelettes respiratoires a aussi été avancée, mais d'autres études sont nécessaires.

PÉRIODE D'INCUBATION: La période d'incubation du RVH est d'environ 1 à 3 jours(3,6).

TRANSMISSIBILITÉ: La transmission d'une personne à une autre semble plutôt courante par la voie fécale-orale. Le taux d'excrétion du rotavirus est à son plus élevé pendant le stade diarrhéique de la maladie, qui survient dans les 2 à 5 premiers jours(3).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Les humains sont le seul réservoir du RVH; néanmoins, on a signalé des cas d'infection par des rotavirus du groupe A chez des veaux, des porcs, des poulains, des chats, des chiens et certains oiseaux. Les rotavirus du groupe A observés chez les animaux semblent très étroitement apparentés au RVH(8). Il existe des données montrant certains cas d'infection entre espèces par des rotavirus du groupe A. Encore plus important, certains faits donnent à penser qu'un réassortiment génique et une transmission entre espèces pourraient engendrer de nouveaux rotavirus du groupe A humains, et il est donc primordial de considérer ces animaux comme des réservoirs pertinents de RVH.

ZOONOSE: Aucune.

VECTEURS: Aucun.

SECTION IV — VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Inconnue.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Le RVH, en suspension ou sur des surfaces inertes, est sensible au glutaraldéhyde (2 %); aux désinfectants chlorés (> 20 000 ppm de chlore); aux désinfectants iodés (> 10 000 ppm d'iode); aux associations de composés d'ammonium quaternaire avec des alcools (> 40 %), certains acides (HCl), certaines bases (métasilicate de sodium ); et à des associations de composés phénoliques et de puissants agents de surface anioniques(9,10). Des temps d'exposition plus longs sont nécessaires pour désinfecter les surfaces contaminées que les suspensions ou solutions contaminées. Le RVH s'est aussi révélé très sensible aux désinfectants de marque Lysol (alcool éthylique à 79 %, o-phénylphénol à 0,1 %)(11). Parmi les autres désinfectants efficaces, notons la formaline (2 %) et l'hypochlorite de sodium (2 %).

INACTIVATION PHYSIQUE: Le RVH est sensible à un pH fortement acide (< 3,0)(12). Il est aussi sensible à la chaleur (plus de 50 °C pendant 30 minutes), mais est stabilisé dans du sulfate de magnésium à 2 M(13).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Le RVH peut survivre à température ambiante (30 à 35 °C)(14) et peut demeurer infectieux jusqu'à 60 jours sur des objets inertes(3). Il a tendance à être plus stable lorsque les niveaux d'humidité sont moyens ou faibles.

SECTION V — PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes de la maladie. La microscopie électronique demeure la technique diagnostique de référence pour le RVH; cela dit, cette méthode est légèrement moins sensible et plus coûteuse que certaines techniques plus récentes(3,6). Ces méthodes comprennent les essais immunoenzymatiques (ELISA) et les tests au latex utilisés pour la détection de l'antigène du RVH (groupe A) dans des échantillons de selles.

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Un traitement de soutien par remplacement liquidien et électrolytique est nécessaire pour prévenir la déshydratation(3,6). Ce remplacement peut être fait à l'aide de la préparation préconisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)(15) ou d'autres préparations commerciales, ou par perfusion de liquides en cas de diarrhée grave, de vomissements réfractaires, d'acidose et/ou si un état de choc accompagne la maladie. La reprise d'une alimentation normale doit être encouragée après la réhydratation(3).

IMMUNISATION: Par le passé, un vaccin tétravalent à rotavirus rhésus-humain réassorti (Rotashield) a été recommandé par l'Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP) des États-Unis, mais son usage a été interrompu en 1999(3). Santé Canada a approuvé les vaccins RotaTeq et Rotarix, mais ces vaccins ne font pas partie des programmes d'immunisation systématique en cours(16). RotaTeq est un vaccin vivant oral à rotavirus humain-bovin réassorti préparé à partir d'une souche de rotavirus bovin, et Rotarix est un vaccin vivant oral anti-rotavirus humain préparé à partir de la souche la plus courante de rotavirus humain. Ces deux vaccins sont approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis.

PROPHYLAXIE: Aucune.

SECTION VI — DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucun cas d'infection acquise en laboratoire n'a été signalé jusqu'à maintenant.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Les principales sources de RVH sont la muqueuse intestinale et les échantillons de selles d'humains infectés(8). Le virus a aussi été décelé dans des écouvillons rectaux provenant d'humains infectés(7).

DANGERS PRIMAIRES: Ingestion de matières fécales et d'autres matières contaminées. Exposition des muqueuses à des gouttelettes contaminées. L'importance de l'exposition à un aérosol peut aussi représenter un risque primaire.

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII — CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2(17).

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(18).

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(18).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(18).

SECTION VIII — MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer(18).

ÉLIMINATION: Décontaminer avant la mise au rebut par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(18).

ENTREPOSAGE: L'agent infectieux doit être conservé dans un contenant scellé et clairement étiqueté, de préférence à -20 °C(14). Pour un entreposage à long terme (< 1 an), conserver entre -70 °C et -80 °C; il n'est pas nécessaire d'ajouter un cryoprotecteur(18).

SECTION IX — RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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Canada

RÉFÉRENCES

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  4. Gray, J., Vesikari, T., Van Damme, P., Giaquinto, C., Mrukowicz, J., Guarino, A., Dagan, R., Szajewska, H., & Usonis, V. (2008). Rotavirus. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, 46 Suppl 2 , S24-31. doi:10.1097/MPG.0b013e31816f78ee
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