Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Toxoplasma gondii

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Toxoplasma gondii

SYNONYME OU RENVOI : Toxoplasmose, toxoplasmose congénitale, infection à Toxoplasma1Footnote 2.
 
CARACTÉRISTIQUES : Toxoplasma gondii appartient au phylum des Apicomplexa et à la famille Sarcocystidae. Toxoplasma gondii est un parasite protozoaire intracellulaire obligatoireFootnote 3 des oiseaux et des mammifères. Les félins constituent le seul hôte définitif et la seule espèce animale qui libère des oocystes infectieux dans ses fèces. Les animaux à sang chaud, y compris les humains, sont des hôtes intermédiaires qui abritent les kystes tissulaires dans leur organisme. On observe les trois principaux stades infectieux et les formes morphologiques importantes suivantes : oocystes contenant chacun deux sporocystes et quatre sporozoïtes, tachyzoïtes proliférant rapidement, et bradyzoïtes se multipliant lentement à l’intérieur des kystes tissulairesFootnote 3. Le mode le plus courant d’infection est par l’ingestion d’oocystes contenant des sporozoïtes ou de kystes contenant des bradyzoïtes, lorsque l’hôte consomme des aliments ou de l’eau contaminés. Après l’ingestion des sporozoïtes ou des bradyzoïtes, ces derniers envahissent l’épithélium intestinal et se redifférencient en tachyzoïtes, lesquels se répandent et se répliquent dans le nouvel hôte. Dans les cas d’infection chez les félins, la reproduction sexuée de T.gondii est entéroépithéliale, alors que la reproduction asexuée est extra-intestinale. Chez les hôtes intermédiaires, seule l’infection extra-intestinale est possibleFootnote 4. En général, les oocystes ont une forme sphérique et mesurent 10x12 µm, les sporozoïtes mesurent 2x6 µm, les tachyzoïtes sont en forme de croissant et mesurent 2x6 µm, les kystes tissulaires sont sphériques et ont un diamètre de 5-70 µm, et les bradyzoïtes mesurent 7x1.5 µm 4Footnote 5.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : L’infection à Toxoplasma gondii est habituellement non pathogène chez les adultes immunocompétents. Le principal facteur pathogène est la prolifération des tachyzoïtes, la vitesse de destruction des cellules de l’hôte étant plus grande que leur vitesse de régénération. Dans les cas d’infection aiguë, des symptômes bénins peuvent se manifester, notamment de la fièvre, des éruptions cutanées, des céphalées, une adénopathie, une mégasplanchnie (foie et/ou rate), une perte de poids, une faiblesse, une pneumonie et des myalgiesFootnote 6. Les symptômes plus graves se manifestent plus rarement et touchent principalement les patients immunodéprimés, même s’ils peuvent également se manifester chez les personnes immunocompétentes. La choriorétinite et l’encéphalite sévère comptent parmi les symptômes plus gravesFootnote 6. L’infection congénitale peut résulter en un avortement spontané ou à une mortinaissance, et les nouveau-nés infectés peuvent présenter des symptômes de toxoplasmose congénitale : retard mental, malformation, choriorétinite, strabisme, nystagmus, microphthalmie et cataractes6Footnote 7. La gravité de l’infection transplacentaire est inversement proportionnelle à l’âge gestationnel. Par contre, plus la femme est infectée tardivement pendant la grossesse, plus le taux de transmission verticale est élevéFootnote 7. Les kystes tissulaires qui persistent dans le cerveau d’une victime peuvent causer des psychoses8. La toxoplasmose oculaire est responsable de 30‑60 % des cas de choriorétiniteFootnote 6.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Distribution dans le monde entier. On estime qu’entre 15 % et 85 % des adultes sont atteints d’une infection chronique, selon la région où ils viventFootnote 3. En France, la séropositivité approche les 90 %Footnote 6. La prévalence des oocystes est plus élevée dans les régions chaudes et humides que dans les régions froides ou aridesFootnote 2. À Vancouver, en 1995, on a recensé une éclosion de toxoplasmose aiguë due à la consommation d’eau contaminée chez 110 personnesFootnote 2.

GAMME D’HÔTES : Chats et autres félins, humains et vertébrés à sang chaud, y compris la plupart des mammifères et des oiseauxFootnote 3. Les mouches et les blattes qui ont ingéré des excréments de chat peuvent transmettre des oocytes aux aliments par l’intermédiaire de leurs propres fèces2Footnote 9.

DOSE INFECTIEUSE : Aussi peu que 10 oocytes sporulés chez les hôtes intermédiairesFootnote 2.

MODE DE TRANSMISSION : La transmission se fait par la consommation de viande infectée peu cuite (porc, agneau, bœuf)Footnote 10, l’ingestion d’eau, d’aliments ou de lait contaminés par des oocytes8, l’inhalation d’aérosols contenant des oocytesFootnote 11 et le contact avec de la terre ou du sable souillé par des excréments de chats infectésFootnote 10. La transmission transplacentaire peut survenir si la mère est atteinte d’une infection aiguë pendant sa grossesseFootnote 7. La transmission est également possible par transfusion sanguine et greffe d’organeFootnote 12. Il peut y avoir transmission aux aliments par l’intermédiaire de mouches et de blattes ou par l’utilisation d’eau contaminée dans l’industrie agricole2Footnote 9. La consommation de légumes ou de fruits crus non lavés augmente aussi le risque d’infectionFootnote 2. Les enfants peuvent contracter l’infection dans des bacs à sable ou des terrains de jeux contaminésFootnote 13.

PÉRIODE D’INCUBATION : L’inoculation d’une combinaison de tachyzoïtes et de bradyzoïtes peut favoriser la formation de kystes tissulaires dès la 2e ou la 3e journée suivant l’infection, bien qu’il puisse n’y avoir aucune manifestation clinique de la toxoplasmoseNote de bas de page 5; 4-20 jours (cas associés aux chats)Note de bas de page 4.

TRANSMISSIBILITÉ : Toxoplasma gondii ne se transmet pas directement d’une personne à l’autre (transmission horizontale), sauf par voie utérine (transmission verticale). Il peut également se transmettre lors d’une greffe d’organe7Footnote 12. Les oocystes libérés par les chats deviennent infectieux (sporulation) 1-5 jours plus tard, selon l’aération et la températureFootnote 14.

SECTION III – DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Les hôtes définitifs sont les chats, et les hôtes intermédiaires sont les animaux à sang chaud, incluant la plupart des mammifères et des oiseauxFootnote 3.

ZOONOSE : Oui, par contact direct ou indirect des muqueuses avec des oocytes présents dans les excréments d’animaux infectésFootnote 3. Les mouches et les blattes qui ont ingéré des excréments de chat peuvent transmettre des oocytes aux aliments2Footnote 9.

VECTEURS : Aucun. Toutefois, les blattes et les mouches peuvent contaminer la nourriture des humains par l’intermédiaire de leurs fèces contenant des oocytes infectieuxFootnote 9.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Bien qu’il soit impossible de cibler les kystes tissulaires avec précision, bon nombre de médicaments sont utilisés contre les autres formes morphologiques, notamment la pyriméthamine et l’association triméthoprime-sulfaméthoxazole (160 mg/800 mg), l’association pyriméthamine-sulfadoxine (75 mg/1 500 mg) et l’association sulfadiazine-pyriméthamine, avec ou sans administration d’acide folinique12Footnote 15.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Les tachyzoïtes et les kystes tissulaires sont sensibles aux détergents, notamment à l’hypochlorite de sodium à 1 % et à l’éthanol à 70 %2Footnote 16.

RÉSISTANCE AUX DÉSINFECTANTS : Les oocystes sont résistants à la plupart des désinfectants, mais leur viabilité diminue grandement lorsqu’ils sont en contact avec de la formaline à 10 %17. Un traitement par hypochlorite de sodium à 1,3 % permet de détruire le revêtement externe des oocytesFootnote 5. Les bradyzoïtes sont résistants à la digestion chlorhydropepsiqueFootnote 5.

INACTIVATION PHYSIQUE : Les kystes tissulaires meurent dans des solutions de NaCl à 6 %Footnote 2 et peuvent être enrayés par une exposition au rayonnement gamma à une dose de 1,0 kGyFootnote 2. Les kystes tissulaires sont inactivés lorsqu’ils sont soumis à une pression élevée (300 MPa)Footnote 2 et ils meurent instantanément lorsqu’ils sont soumis à une température de 67°CFootnote 2. Il est possible de détruire les kystes contenus dans la viande en soumettant celle-ci à une chaleur >60°C ou en la congelant à une température de -20°CFootnote 18. Les oocystes meurent lorsqu’ils sont exposés à une température de 55-60°C pendant 1-2 minutesFootnote 2, et les tachyzoïtes sont inactivés à un pH inférieur à 4,019Footnote 20.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Les oocystes peuvent survivre dans un sol humide ou dans l’eau pendant 18 mois au plus2Footnote 21. Ils peuvent également survivre dans des fèces non recouvertes pendant 46 jours et pendant 334 jours, lorsque les fèces sont recouvertesFootnote 1.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes et confirmer une sérologie positive en IgM et IgG au moyen d’un test sérologique (ELFA ou ELISA)6Footnote 22. L’identification du parasite peut aussi être confirmée par isolement, par PCR, et par imagerie ultrasoniqueFootnote 7. Les femmes qui envisagent une grossesse et qui risquent d’être exposées au parasite doivent se soumettre à un test de dépistage de l’infection à Toxoplasma gondiiFootnote 9. Le diagnostic fœtal peut nécessiter une évaluation moléculaire du liquide amniotique ou l’identification directe du parasite par l’inoculation du liquide amniotique et/ou du sang du fœtus chez la sourisFootnote 7.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : La prise de spiramycine pendant le premier trimestre de la grossesse peut prévenir une transmission transplacentaire (3,0 g/jour) Footnote 7. La prise de sulfadiazine (75 mg/kg/jour, jusqu’à concurrence de 4,0 g/jour) et d’acide folinique (15 mg pendant 3 jours) est indiquée au troisième trimestre de la grossesseFootnote 7. La pyriméthamine est tératogène et ne doit pas être administrée pendant le premier trimestreFootnote 23. La prednisone est aussi utilisée comme traitement d’appoint lorsque le patient est atteint de choriorétiniteFootnote 6.

IMMUNISATION : AucuneFootnote 7.

PROPHYLAXIE : Une prophylaxie efficace pour les receveurs d’organes séronégatifs comprend la pyriméthamine (25 mg/jour), le cotrimoxazole (trimethoprim-sulfamethoxazole) et l’association sulfaméthoxazole-triméthoprime (75 mg/1 500 mg)Footnote 12. Un traitement par l’association sulfadiazine-pyriméthamine et l’acide folinique convient à la plupart des patients12Footnote 15.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : On a signalé 47 cas d’infection contractée en laboratoire depuis 1999, de même qu’un décèsFootnote 11.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Le parasite peut être présent à un stade infectieux dans le sang, la salive, les expectorations, l’urine, les larmes, le sperme, le lait, les fèces et les tissus2Footnote 10Footnote 12.

DANGERS PRIMAIRES : Inoculation parentérale, exposition des muqueuses ou lésions cutanées au parasite, ingestion, aérosolsFootnote 11.

DANGERS PARTICULIERS : Excréments d’animaux infectés (par exemple, changement de litière)Footnote 1.

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Footnote 24.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Footnote 24.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Novembre 2011

Préparée par : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés © Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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