Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Treponema pallidum

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Treponema pallidum

SYNONYME OU RENVOI : Syphilis vénérienne, syphilis endémique, bejel en arabe, dichuchwa au (Botswana), njovera au Zimbabwe, yaws dans les Caraïbes, frambesia (framboise) en latin, pian en français, bouba en portugais, malinica en polonais, Lues en anglais, Treponema pallidum pallidum, Treponema pallidum endemicum, Treponema pallidum pertenue
 
CARACTÉRISTIQUES : Treponema pallidum est une bactérie spirochète appartenant à la famille des Spirochaetaceae. Les trois sous-espèces (Treponema pallidum pallidum, Treponema pallidum endemicum, et Treponema pallidum pertenue) sont impossibles à distinguer du point de vue morphologique et ont un diamètre approximatif de 0,18 µm et une longueur de 6 à 20 µm. Cette bactérie ne peut pas être cultivée dans un milieu bactériologique Footnote 1. T. pallidum pallidum cause la syphilis vénérienne, T. pallidum endemicum cause la syphilis endémique et T. pallidum pertenue cause le pian. Il y a des débats sur la possibilité que T. carateum (l’agent responsable de la pinta, une maladie cutanée) soit également une sous-espèce 2Footnote 3.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : La syphilis vénérienne évolue en différentes phases : primaire, secondaire, latente et tertiaire. Lorsqu’elle n’est pas traitée, l’infection peut devenir permanente Footnote 2. Les manifestations cliniques de la phase primaire incluent l’apparition d’un ou de plusieurs chancres (ulcères indurés indolores accompagnés d’un exsudat séreux) sur la peau ou les muqueuses, ainsi qu’une lymphadénopathie régionale Footnote 3. Les manifestations cliniques de la phase secondaire incluent une éruption maculopapulaire symétrique touchant les paumes et les plantes, une lymphadénopathie généralisée, la fièvre, un malaise, des lésions surélevées (condylomes plats) et l’alopécie Footnote 3. En règle générale, les syphilis primaire et secondaire disparaissent spontanément quelques semaines après leur apparition Footnote 3. La syphilis tertiaire peut apparaître chez un tiers des patients non traités et causer une morbidité grave et la mort Footnote 3. La syphilis tertiaire peut comprendre la syphilis gommeuse, qui peut entraîner l’apparition de lésions gommeuses sur les organes et le tissu, la syphilis cardiovasculaire, qui se manifeste normalement par des maladies aortiques, ainsi que la neurosyphillis Footnote 3. Cette dernière peut se manifester par une méningite syphilitique aiguë, une syphilis méningo-vasculaire, une parésie ou une ataxie locomotrice. Il s’agit de manifestations de la syphilis tertiaire, mais elles peuvent survenir aussi peu que 3 mois après l’infection Footnote 3. Plus de 40 % des patients atteints de syphilis secondaire subissent une certaine atteinte du système nerveux central Footnote 3. La syphilis congénitale peut provoquer une fausse couche, une mortinaissance, un accouchement prématuré et des anomalies congénitales Footnote 2.

La syphilis endémique évolue elle aussi en différentes phases : primaire, secondaire, latente et tardive Footnote 3. Les manifestations cliniques de la syphilis endémique primaire incluent des lésions muqueuses ou cutanées, qui passent souvent inaperçues Footnote 3. Les manifestations cliniques de la phase secondaire incluent de multiples lésions oropharyngées et cutanées, une lymphadénopathie généralisée et une périostite Footnote 3. Les manifestations cliniques de la phase tardive incluent des lésions destructrices de la peau, des os et du cartilageFootnote 3. Contrairement à la syphilis vénérienne, la syphilis endémique cause rarement de maladies cardiovasculaires ou neurologiques.

Le pian évolue en trois phases : précoce, latente et tardive. La phase précoce se manifeste par une lésion primaire, des lésions disséminées, un malaise, de la fièvre, un lymphadénopathie, une ostéite et une périostite Footnote 3. La phase tardive du pian apparaît dans 10 % des cas et est caractérisée par des lésions cutanées hyperkératosique et des lésions destructrices des os et du cartilage, y compris la rhinopharyngite mutilante Footnote 2. Le pian apparaît habituellement pendant l’enfance (avant 15 ans) 2Footnote 3.

Les phases latentes du pian, de la syphilis vénérienne et de la syphilis endémique sont caractérisées par des tests sérologiques positifs, malgré l’absence de symptômes. Footnote 3.

ÉPIDÉMIOLOGIE : La syphilis vénérienne (T. pallidum pallidum) est répandue dans le monde entier, mais son incidence varie en fonction des emplacements géographiques et des groupes socioéconomiquesNote de bas de page 3. Elle est plus fréquente chez les personnes de 20 à 45 ans Note de bas de page 4. On estime le nombre de nouveaux cas à 12 millions par année; 34 270 cas ont été signalés en 2003 Note de bas de page 3. La syphilis endémique (T. pallidum endemicum) ne se retrouve que dans les régions désertiques et tempérées de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Le pian (T. pallidum pertenue) se répand principalement dans les régions tropicales et désertiques de l’Afrique, de l’Amérique du Sud et de l’Indonésie Note de bas de page 3. On estime le nombre de nouveaux cas de syphilis non vénérienne à 460 000 par année Note de bas de page 3.

GAMME D’HÔTES : Humains Footnote 3

DOSE INFECTIEUSE : 57 organismes par injection Footnote 5

MODE DE TRANSMISSION : Toutes les sous-espèces de Treponema pallidum peuvent être transmises par contact direct avec des lésions actives Footnote 3. La syphilis vénérienne se transmet aussi par contact sexuel et par la traversée de la barrière placentaire. La syphilis endémique se transmet par contact avec des muqueuses. Enfin, le pian se transmet par contact avec des lésions cutanées et possiblement par le partage de récipients à boire.

PÉRIODE D’INCUBATION : La période d’incubation de la syphilis vénérienne primaire est de 10 à 90 jours, mais est généralement de 21 jours Footnote 3. La syphilis vénérienne secondaire apparaît généralement de 6 semaines à 6 mois après l’infection Footnote 3. La syphilis vénérienne tertiaire apparaît quant à elle des mois, voire des années après l’infection initiale Footnote 3. La syphilis congénitale précoce apparaît avant deux ans et on considère qu’il s’agit d’une syphilis congénitale tardive lorsqu’elle persiste plus de deux ans Footnote 3. La phase précoce du pian débute normalement 9 à 90 jours après l’infection, la moyenne étant de 21 jours Footnote 3. En ce qui concerne la syphilis endémique, la phase primaire commence approximativement de 2 à 4 semaines après l’inoculation, la phase secondaire de 3 à 6 mois après l’inoculation et la phase tertiaire, à partir d’à peine 6 mois jusqu’à plusieurs années après les symptômes initiaux Footnote 6.

TRANSMISSIBILITÉ : Treponema pallidum est transmis par contact direct avec des lésions actives; les lésions guéries ne sont pas infectieuses Note de bas de page 3. T pallidum pallidum se transmet aussi par contact sexuel et par la traversée de la barrière placentaire (de la mère enceinte à son enfant). En outre, T. pallidum endemicum se transmet par contact avec des muqueuses et peut, à l’occasion, être transmis verticalement.

SECTION III – DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Humains. Treponema pallidum sont des parasites obligatoires et on ne leur connaît pas de réservoirs non humains ou environnementaux Footnote 3.

ZOONOSE : Aucune.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible à la pénicilline, à la tétracycline, à la doxycycline au ceftriaxone, au chloramphénicol et à l’érythromycine 2Footnote 7Footnote 8.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Treponema pallidum devient de plus en plus résistant à l’azithromycineFootnote 9. Quelques cas d’échec de traitement clinique par la pénicilline ont été signalés en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Équateur Footnote 2.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Sensible à une exposition à l’éthanol à 70 %, au glutaraldéhyde à 2 % et à l’hypochlorite de sodium à 1 % 10-12.

INACTIVATION PHYSIQUE : Inactivé par une exposition de 50 minutes à une température de 56 °C 13. Sensible aux rayons UV (120 J) Footnote 12.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Treponema pallidum peut survivre pendant 120 heures ou plus dans du sang à 4 °C (cela varie toutefois en fonction de la concentration de tréponèmes) Footnote 14.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes et confirmer à l’aide de méthodes sérologiques. Il est possible d’utiliser la microscopie à fond noir et la coloration par immunofluorescence directe pour détecter Treponema pallidum dans l’exsudat des lésions, le liquide d'aspiration des nœuds lymphatiques et les biopsies de tissu Footnote 8. Le test FTA-ABS, le test rapide de la réagine plasmatique, ou le test d’agglutination des particules de T. pallidum peuvent être utilisés pour analyser le sang. Le liquide céphalorachidien peut être analysé à l’aide d’un test FTA-ABS Footnote 8. Les tests sérologiques permettent de détecter les infections actuelles, récentes ou antérieures Footnote 2.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : La pénicilline représente le traitement le plus efficace à toutes les phases de la maladie causée par Treponema pallidum Footnote 7. Les personnes allergiques à la pénicilline peuvent prendre de la tétracycline, de la doxycycline ou de l’érythromycine Footnote 2. L’administration du ceftriaxone peut être envisagée comme traitement de rechange de la syphilis précoce chez la femme enceinte Footnote 7. En outre, le  chloramphénicol peut être utilisé pour traiter la neurosyphilis Footnote 8.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : Oui :benzathine-pénicilline G, ceftriaxone ou azithromycine Footnote 15.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : En date de 1995, 15 cas d’infection par Treponema pallidum avaient été signalés Footnote 16.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Exsudat de lésion, sperme, sécrétions vaginales, produits sanguins, liquide d'aspiration de nœuds lymphatiques, liquide céphalorachidien, salive, lait maternel 2Footnote 8Footnote 17-19.

DANGERS PRIMAIRES : Inoculation parentérale accidentelle,  contact avec des lésions cutanées ou des muqueuses, inhalation d’aérosols Footnote 16.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 Footnote 20.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Footnote 21.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Footnote 21.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Septembre 2011

Préparée par : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés © Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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