Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Virus de la maladie de la forêt de Kyasanur

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM: Virus de la maladie de la forêt de Kyasanur.

SYNONYME OU RENVOI: Maladie de la forêt de Kyasanur (MFK), VMFK et maladie ou fièvre simienne(1,2,3).

CARACTÉRISTIQUES: Membre de la famille des Flaviviridae, le VMFK fait partie du groupe de virus de l'encéphalite verno-estivale russe(2,4,5). Le VMFK est un virus sphérique enveloppé de 45 nm de diamètre doté d'un ARN monocaténaire à polarité positive(4).

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Des biopsies cliniques et post-mortem sur des organes ont révélé que la MFK compte quatre stades, chacun durant environ une semaine. Le stade prodromique initial s'accompagne d'une fièvre soudaine et de maux de tête sévères, d'hypotension et d'hépatomégalie, de maux de gorge, de diarrhée et de vomissements, d'anorexie, d'insomnie, de fortes douleurs dans les extrémités supérieures et inférieures et de prostration(2,4,5,6,7). On observe aussi fréquemment une bradycardie et une conjonctivite, ainsi qu'une lymphocytopénie et une éosinopénie aigües qui peuvent apparaître au cours de la première ou de la deuxième semaine de l'infection(4). Le stade suivant se caractérise par des complications hémorragiques (épistaxis intermittente, hématémèse, melaena et présence de sang visible dans les selles)(3), des manifestations neurologiques (confusion mentale, tremblements et réflexes anormaux), une broncho-pneumonie ou un coma, qui peut survenir dans certains cas avant le décès(4,5,7). Un stade de rétablissement peut être observé par la suite, suivi parfois d'un dernier stade de fièvre(4). Les autres manifestations pathologiques de la MFK observées chez les patients humains sont la dégénérescence parenchymateuse du foie et des reins, la pneumopathie hémorragique et une proéminence de moyenne à marquée des éléments réticuloendothéliaux du foie et de la rate, accompagnée d'une érythrophagocytose marquée(2,4,8,9).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Le VMFK a été identifié pour la première fois en 1957, lorsqu'il a été isolé chez des singes malades et mourants de la forêt de Kyasanur, dans le district de Shimoga de l'État du Karnataka, en Inde(1,4,10). Des morsures de tiques infectées par le VMFK ont provoqué une maladie hémorragique chez des chercheurs en médecine vétérinaire étudiant les singes malades, ainsi que chez des membres de la population locale utilisant la forêt. Au cours de la première épidémie, on a recensé 466 cas humains, puis 181 cas l'année suivante(5). Le VMFK, qui est courant chez les jeunes adultes exposés au virus en forêt durant la saison sèche, a provoqué des éclosions de fièvre hémorragique qui ont fait de 100 à 500 victimes par année, avec un taux de létalité d'environ 2 à 10 %(2,5,6,10).

GAMME D'HÔTES: Humains, plusieurs espèces de tiques, rongeurs (musaraignes, rats des bois), singes (entelle gris, entelle à face noire, macaque à bonnet), chauves-souris, écureuils, porcs-épics à crête et, dans une moindre mesure, animaux domestiques (chèvres, vaches et moutons)(2,5,9,11).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: Morsure d'une tique infectée (Haemaphysalis spinigera), plus particulièrement d'une tique au stade de nymphe (la tique demeure infectieuse toute sa vie)(4,5,12). On présume que le cycle de transmission du VMFK fait intervenir des tiques (au moins 10 espèces), des vertébrés sauvages (petits rongeurs, musaraignes et singes) et des insectivores (oiseaux terricoles et chauves-souris)(2,4,5,9). On croit également que le rôle des grands animaux domestiques infectés (vaches, chèvres et moutons) se limite à maintenir les populations de tiques(9). De plus, on croit que les guenons en lactation excrètent d'infimes quantités du virus par leur lait(9).

PÉRIODE D'INCUBATION: Habituellement de 3 à 8 jours(2,4,5,6,7).

TRANSMISSIBILITÉ: Aucune preuve de transmission interhumaine(4,6,13).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Tiques, petits mammifères forestiers (musaraignes, rats des bois à queue blanche, écureuils) et porcs-épics à crête(2,5,9,11,12). Les singes jouent un rôle important dans l'amplification du virus(5,11).

ZOONOSE: La transmission directe du virus des rongeurs aux humains est possible(4).

VECTEURS: Tiques au stade de nymphe, particulièrement Haemaphysalis spinigera(2,4,5,6,9,11,12). La tique molle (Ornithodoros tholozani) est un vecteur secondaire(2). On note une corrélation entre la densité de la population des tiques qui servent de vecteurs au cours d'une année donnée et l'incidence de la maladie chez l'humain(9).

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Aucune à ce jour.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Inactivé par le formaldéhyde à 3 à 8 %, le glutaraldéhyde à 2 %, le peroxyde d'hydrogène à 2 à 3 %, le chlore à 500 à 5 000 ppm, l'alcool, l'iode à 1 % et les iodophores/le phénol(9).

INACTIVATION PHYSIQUE: Inactivé par la chaleur (50 à 60 °C pendant au moins 30 minutes), le rayonnement ultraviolet et l'irradiation gamma(9).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Des températures basses préservent l'infectiosité (stabilisation optimale lorsque la température est inférieure à -60 °C)(9).

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller la présence de symptômes. Confirmer le diagnostic par RT-PCR, isolement du virus, analyse sérologique (p. ex. ELISA), immunofluorescence, inhibition de l'hémagglutination ou réaction de neutralisation.)(4,5,6,7,9,14).

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Un traitement de soutien, comprenant des analgésiques et des antipyrétiques, une solution intraveineuse pour les malades souffrant d'hypotension, des transfusions de sang ou de plasma frais congelé et de plaquettes pour les patients présentant des symptômes hémorragiques, des antibiotiques pour le traitement de la bronchopneumonie et des corticostéroïdes ainsi que des anticonvulsivants pour les patients présentant des symptômes neurologiques(7,13,15).

IMMUNISATION: Un vaccin inactivé au formol produit sur culture de fibroblastes embryonnaires de poulet a été homologué. Le vaccin, qui est actuellement utilisé dans les régions de l'État de Karnataka, en Inde, où le VMFK est endémique, semble offrir une protection efficace(4,16,17,18).

PROPHYLAXIE: Mis à part l'immunisation, minimiser l'exposition aux tiques en utilisant des insectifuges et des vêtements protecteurs dans les régions où les tiques sont présentes(5).

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: L'infection du personnel de laboratoire par l'inhalation d'aérosols lors de la culture du VMFK est le mode d'infection le plus courant(13,14,19). D'autres modes d'infection ont été documentés: autopsies, bris d'ampoules et de verrerie contenant des spécimens, ingestions accidentelles et piqûres accidentelles avec des aiguilles(14). Le nombre total de cas de MFK contractée en laboratoire n'est pas connu, quoique 87 cas ont été recensés jusqu'en 1979 dans le laboratoire de diagnostic du virus à Shimoga, en Inde(14).

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Aérosols générés lors du traitement des échantillons de tissus(9,14,15,19).

DANGERS PRIMAIRES: Inoculation parentérale accidentelle, ingestion et inhalation d'aérosols(9,14,15,19).

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 4(20).

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 4 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Avant d'entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville, de même que ses sous-vêtements et bijoux, pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c'est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire doit être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de substances infectieuses, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection des yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(21).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les activités avec des matières infectieuses doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB), avec une combinaison à pression positive, ou dans une ESB de classe III. La centrifugation des matières infectées doit s'effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L'intégrité des combinaisons à pression positive doit être régulièrement examinée pour en déceler les fuites. L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants devrait être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(21).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se poser et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer (30 minutes)(21,22).

ÉLIMINATION: Décontaminer les déchets par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(21).

ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches et scellés, étiquetés de façon appropriée et placés en lieu sûr(21).

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2010

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés
© Agence de la santé publique du Canada, 2010
Canada

RÉFÉRENCES

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