Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Virus rabique

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I — AGENT INFECTIEUX

NOM: Virus rabique

SYNONYME OU RENVOI: Rage, hydrophobie, Lyssavirus(1-9).

CARACTÉRISTIQUES: Appartenant au genre Lyssavirus, de la famille des Rhabdoviridae(1, 3,5), le virus rabique est un virus enveloppé en forme d'obus mesurant environ 75 nm de diamètre par 180 nm de longueur, et dont le génome est composé d'un ARN antisens à simple brin(3). Le genre Lyssavirus compte 7 membres, dont seul le sérotype 1 infecte couramment les humains, alors que les 6 autres sérotypes n'entraînent que rarement la maladie chez l'humain(4).

SECTION II — DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Le virus rabique peut causer une infection aiguë marquée par une encéphalomyélite progressive, et est habituellement mortel(10). Les symptômes initiaux de la rage ressemblent à ceux d'autres infections virales généralisées: fièvre, céphalées, malaises et troubles des voies respiratoires supérieures et du tractus gastro-intestinal(1,4,7). La phase prodromique dure habituellement autour de 4 jours, mais peut se prolonger jusqu'à 10 jours avant que des symptômes précis n'apparaissent(1-4). Presque tous les cas de rage clinique sont mortels(1,2). Chez l'humain, la rage prend habituellement deux formes: furieuse et paralytique (ou muette)(3).

Rage furieuse: Représente 80 % des cas de rage; dominée par une encéphalite, accompagnée d'hydrophobie, de délire et d'agitation(1,3). L'hydrophobie est le symptôme le plus souvent relié à la rage; les patients ont de graves difficultés à avaler et peuvent devenir craintifs à la vue de l'eau malgré une soif intense. Parmi les autres manifestations de la rage furieuse, notons une hyperactivité, des convulsions et une aérophobie(4). Une hyperventilation est souvent présente, reflétant peut-être une infection du tronc cérébral. Le patient sombre ensuite dans le coma et meurt habituellement en 1 à 2 semaines, malgré des soins intensifs optimaux(3).

Rage paralytique (muette): Contrairement à la rage furieuse, la rage paralytique ne s'accompagne pas de signes d'irritation corticale, mais plutôt d'une paralysie ascendante ou d'une quadriplégie symétrique(3). À mesure que progresse la maladie, le patient devient confus; le décès peut survenir, après une période de coma(3).

ÉPIDÉMIOLOGIE: La rage sévit partout dans le monde, sauf en Antarctique et dans quelques nations insulaires(2,3,5). La très grande majorité des cas surviennent dans des régions où la transmission de la rage chez le chien domestique n'est pas maîtrisée(3). La rage se divise en deux types sur le plan épidémiologique: urbaine et sylvatique(1,4).

Rage urbaine: Observée surtout dans les pays en voie de développement de l'Asie et de l'Afrique(4).

Rage sylvatique: Observée surtout dans les pays industrialisés de l'hémisphère Nord(4).

On estime qu'il y a 55 000 cas de rage chez l'humain dans le monde chaque année, dont la grande majorité est signalée en Afrique et en Asie(6,10). Plusieurs pays, dont la plupart sont des îles, sont exempts de cas de rage, notamment les îles britanniques, la Nouvelle-Zélande, le Japon, Taiwan, de nombreuses îles des Caraïbes, la Suède, la Norvège et l'Espagne. Ces pays ne comptent aucun cas de rage en raison de leurs lois strictes exigeant la mise en quarantaine d'animaux importés. On croyait à une époque qu'aucun cas de rage n'était survenu en Australie, mais la rage transmise par les chauves-souris a maintenant un caractère endémique dans ce pays(2). Au Canada, 23 personnes sont mortes de la rage depuis 1924; deux cas mortels ont été observés en 2000 et 2003, soit les premiers cas de rage au pays depuis 1985(11).

GAMME D'HÔTES: Humains, et de nombreux mammifères, surtout les canidés sauvages et domestiques (chiens, renards, coyotes), les mustélidés (mouffettes, blaireaux, martres), viverridés (mangoustes, civettes, genettes), les procyonidés (ratons laveurs), et les chauves-souris insectivores et hématophages(1,3,4,8,9).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: La rage est habituellement transmise aux humains par la morsure d'un animal infecté(2-4,7). Les morsures au niveau de la tête, du cou et des bras sont les plus susceptibles d'entraîner la transmission du virus(1). La quantité de virus dans la lésion joue également un rôle dans la transmission. Par exemple, en cas de morsure à travers les vêtements, la salive peut être retenue dans le tissu et sa pénétration dans la plaie peut être empêchée(2-4). Parmi les modes de transmission autres que les morsures, citons la contamination d'une plaie existante, le contact d'une muqueuse ou des voies respiratoires avec la salive d'un animal infecté, l'exposition à des virus de la rage aérosolisés en laboratoire (ou provenant de chauves-souris), ou par transplantation d'un organe provenant d'un donneur infecté(1-4,7).

PÉRIODE D'INCUBATION: Va de quelques jours à plus de 7 ans; 75 % des patients présentent la maladie après moins de 90 jours d'exposition au virus(1,3-5).

TRANSMISSIBILITÉ: La transmission d'une personne à une autre est possible en principe mais rare, et n'a été documentée que dans des cas de transplantation (cornée, rein, foie, vaisseaux sanguins)(1,4-7,9,10).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Rage urbaine: chiens errants(1,4). Rage sylvatique; chiens, renards, coyotes, loups, chacals, mouffettes, ratons laveurs, mangoustes, et autres animaux pouvant mordre, comme les chauves-souris(1,5).

ZOONOSE: Oui, par la morsure d'un animal infecté(1-9).

VECTEURS: Aucun connu.

SECTION IV — VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: La ribavirine (virazole) s'est révélée quelque peu efficace contre le virus de la rage in vitro, et l'interféron-γ s'est révélé moyennement efficace dans le traitement de macaques de Buffon infectés par le virus de la rage(12,13).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Le virus de la rage est inactivé par exposition à l'éthanol à 70 %, au phénol, à la formaline, à l'éther, à la trypsine, au β-propiolactone et à certains autres détergents(3).

INACTIVATION PHYSIQUE: Le virus de la rage ne tolère pas un pH inférieur à 3 ou supérieur à 11, et est inactivé par la lumière ultraviolette(3).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Ce virus ne survit pas bien en dehors de son hôte (dans le sang et les sécrétions séchés), car il est sensible à la lumière du soleil et à la dessiccation(3,9).

SECTION V — PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Il ne suffit pas de surveiller les symptômes, car la rage est toujours mortelle une fois les symptômes manifestes. Aucune méthode diagnostique ne peut être utilisée pendant la période d'incubation(3). Après la période d'incubation, les méthodes de dépistage sont l'isolement du virus, la RT-PCR, et l'analyse par immunofluorescence directe d'échantillons cliniques(1,4-7).

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Les premiers soins contre la rage commencent par un bon nettoyage de la plaie, qui peut réduire le risque de rage de 90 %. Nettoyer la plaie avec une solution savonneuse, suivie d'éthanol à 70 % ou d'une solution contenant de l'iode(1,3-5). Après le nettoyage de la plaie, le clinicien doit décider s'il faut instaurer une immunisation passive et/ou active(3).

Il n'existe aucun traitement établi contre la rage une fois que les symptômes sont apparus; presque tous les patients meurent des suites de la maladie ou de ses complications en quelques semaines(1,3). Le traitement d'appoint consiste notamment en une intubation, une sédation, une ventilation mécanique, une rééquilibration hydroélectrolytique, une nutrition et une prise en charge de toute maladie intercurrente et de ses complications(3).

IMMUNISATION: On peut recourir à l'immunisation pré-exposition dans le cas de personnes à risque élevé (personnel de laboratoire, vétérinaires et préposés aux soins d'animaux) à l'aide des vaccins Imovax, un vaccin sur cellules diploïdes humaines (HDCV), ou RabAvert, un vaccin sur cellules embryonnaires purifiées de poulet (PCECV)(2,8). Les deux vaccins sont approuvés au Canada et peuvent être utilisés en prophylaxie pré-exposition et postexposition(14).

PROPHYLAXIE: La prophylaxie postexposition contre la rage à l'aide des vaccins HDCV ou PCECV jumelés à l'administration de l'immunoglobuline antirabique humaine (IGRH) est très efficace(14), bien que cette approche ne doit pas être utilisée chez les personnes ayant déjà reçu un schéma vaccinal complet (vaccination préexposition), chez qui cette vaccination suffit(8).

SECTION VI — DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Deux cas d'infection acquise en laboratoire ont été signalés; on croit qu'ils ont été contractés par contact entre des muqueuses et le virus aérosolisé(7,15). Aucun cas d'infection acquise en laboratoire n'a été signalé au cours des dernières décennies. Une vaccination pré-exposition est requise pour toute personne manipulant le virus vivant ou des échantillons aux fins de diagnostic en laboratoire.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Salive, liquide céphalorachidien, tissu cérébral, empreintes de la conjonctive ou de la cornée, lavages de la gorge, urine, sang, biopsies cutanées de personnes ou animaux infectés(1,4,6,7).

DANGERS PRIMAIRES: Gouttelettes infectieuses et aérosols contenant le virus rabique(1-6).

DANGERS PARTICULIERS: Les préparations de tissu fixé peuvent encore être infectieuses; il faut donc faire preuve de grande prudence au moment de les manipuler(4).

SECTION VII — CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 3(16).

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 3 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(17).

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Avant d'entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville et ses bijoux pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c'est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire peut être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de matériel infectieux, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(17).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les activités avec du matériel infectieux doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) ou dans un autre dispositif de confinement primaire adéquat, avec un équipement de protection individuelle. La centrifugation des matières infectées doit s'effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(17).

SECTION VIII — MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer(17).

ÉLIMINATION: Décontaminer tout le matériel avant sa mise au rebut par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique et/ou incinération(17).

ENTREPOSAGE: Dans des contenants hermétiques scellés et correctement étiquetés, et placés sous clé dans un laboratoire de niveau 3 de confinement(17).

SECTION IX — RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Novembre 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés
© Agence de la santé publique du Canada, 2010
Canada

RÉFÉRENCES

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