Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Wuchereria bancrofti

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ : AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM: Wuchereria bancrofti

SYNONYME OU RENVOI: Filariose de Bancroft, filariose lymphatique, éléphantiasis

CARACTÉRISTIQUES: Wuchereria bancrofti est un nématode filaire dont la forme adulte est un ver filiforme(1,2,3). Les nématodes femelles font 10 cm de longueur et 0,2 mm de largeur, alors que les mâles ne font qu'environ 4 cm de longueur(1,3). Les adultes vivent et se reproduisent dans le système lymphatique, où ils peuvent produire jusqu'à 50 000 microfilaires par jour(1). Les microfilaires mesurent 250 à 300 µm de longueur, 8 µm de largeur, et circulent dans le sang périphérique. Ils peuvent demeurer à l'intérieur de l'hôte sous forme de microfilaires pendant une période allant jusqu'à 12 mois(1,4). Le ver adulte prend de 6 à 12 mois à se développer à partir du stade larvaire et peut vivre de 4 à 6 ans(1,4).

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Dans les régions où la filariose est endémique, trois groupes de patients sont reconnus(5). Le premier groupe, constitué de patients normaux, est exposé au nématode, mais n'est pas infecté(5). Le second groupe a été exposé au nématode et infecté, présente des microfilaires dans le sang périphérique, mais demeure asymptomatique(5). Les infections asymptomatiques peuvent passer inaperçues pendant des années; dans la filariose lymphatique, elles peuvent éventuellement entraîner des lésions internes difficiles à diagnostiquer(5). Le troisième groupe est constitué des patients qui sont infectés de façon chronique et présentent un lymphœdème (qui touche 16 millions de personnes), une hydrocèle et un éléphantiasis(5,6). La dermato-lymphangio-adénite aiguë (DLAA), autre maladie pouvant découler de l'infection, se manifeste par une fièvre, des frissons, de l'enflure et un lymphœdème. La DLAA survient habituellement lorsqu'un ver adulte meurt et que les vaisseaux lymphatiques avoisinants deviennent enflammés en raison de la réponse immunitaire de l'hôte(2,5). La DLAA touche en général les enfants plus âgés et les adolescents et persiste le reste de leur vie(5). Les épisodes de DLAA chronique peuvent entraîner une néphropathie, une hématurie, une protéinurie, une chylurie, un syndrome néphrotique ou une glomérulonéphrite(2,5). Les patients atteints de filariose lymphatique peuvent aussi présenter des problèmes rhumatoïdes, une cystite avec obstruction urétrale, une médiastinite fibreuse, une hydrocèle vaginale et des pseudotumeurs vésicales(5). L'éosinophilie pulmonaire, caractérisée par une toux paroxystique et une respiration sifflante, constitue un autre signe évoquant une filariose lymphatique; dans ces cas, même si le patient est porteur de vers adultes, on ne trouve aucun microfilaire dans le sang(5). Le problème de santé le plus incapacitant associé à la filariose lymphatique est l'éléphantiasis, enflure permanente d'un membre (habituellement un membre inférieur, même si elle peut aussi affecter les bras, les seins et les organes génitaux). Le membre atteint peut être infecté par des streptocoques, ce qui entraîne une aggravation de la maladie(5,6). Certains marqueurs prédisposent les patients à une filariose chronique, notamment une dose élevée de l'agent infectieux, une infection bactérienne pré-existante et une réponse spécifique de l'hôte(7).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Wuchereria bancrofti est endémique dans 78 pays et infecte 128 millions de personnes dans le monde(1). Ce nématode est très répandu dans les régions humides et tropicales de l'Asie, l'Afrique, les Amériques et les îles du Pacifique, et est fréquent dans les régions défavorisées sur le plan socio-économique(1,2,7). Wuchereria bancrofti est l'agent infectieux dans 91 % des cas de filariose lymphatique. Cette dernière est reconnue comme étant la deuxième pathologie la plus incapacitante après le paludisme parmi les maladies transmises par les moustiques(1,4,5,6). Actuellement, 44 millions de personnes présentent une maladie clinique; par ailleurs, 76 millions de personnes ont des lésions précliniques au niveau de l'appareil urinaire et du système lymphatique(5). On estime que, dans les régions endémiques, 1,3 milliard de personnes courent le risque de développer une filariose lymphatique chaque année et, bien que non mortelle, cette maladie demeure la principale cause d'infirmité, d'incapacité permanente et de morbidité chronique(1). Le contrôle des vecteurs et la distribution à grande échelle de produits pharmaceutiques se sont révélés les mesures les plus efficaces pour réduire l'étendue de cette épidémie(1,4).

GAMME D'HÔTES: L'humain est le seul hôte connu(1,4).

DOSE INFECTIEUSE: L'infection requiert habituellement de nombreuses expositions au parasite. Il n'est pas rare qu'une personne ait subi de 2 700 à 1 000 000 de piqûres par des moustiques infectés (soit l'équivalent de 10 à 20 ans d'exposition) avant de devenir infectée(1).

MODE DE TRANSMISSION: La maladie est habituellement transmise par la piqûre d'un moustique infecté. Au total, 6 genres et 70 espèces de moustiques sont responsables de la propagation de Wuchereria bancrofti(1).

PÉRIODE D'INCUBATION: La période d'incubation varie, et il est souvent difficile de la délimiter. Des microfilaires et des vers adultes ont tous deux été observés chez des patients dès 6 mois et jusqu'à 12 mois après l'infection(4).

TRANSMISSIBILITÉ: Cette maladie n'est pas transmise d'une personne à une autre. Les moustiques, en revanche, peuvent être infectés par l'humain s'ils ingèrent des microfilaires par le sang retiré d'une personne infectée(1). Le moustique demeure infectieux pendant seulement 10 à 14 jours après l'ingestion de sang contaminé(1).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: L'humain est le seul réservoir connu de Wuchereria bancrofti(1).

ZOONOSE: L'humain est infecté par un moustique qui agit à titre de vecteur et d'hôte intermédiaire où s'effectue une partie du développement(1).

VECTEURS: Les moustiques sont les vecteurs de ce nématode, et les genres et espèces de moustiques qui transmettent l'agent infectieux varient selon les régions géographiques(1). Au moins 43 espèces de moustiques du genre Anopheles transmettent l'infection à l'humain en Afrique de l'Ouest, dans les régions rurales de l'Asie du Sud-Est et dans certaines régions du Pacifique Sud(1). Les moustiques du genre Anopheles, en particulier, transmettent la forme périodique nocturne du ver(1). D'autres genres tels que Aedes, Ochleratus et Downsyomia, qui comptent ensemble 20 espèces différentes, transmettent les formes subpériodiques nocturne et diurne du nématode, notamment dans les îles du Pacifique et certaines régions d'Asie du Sud-Est(1). Comme pour le genre Anopheles, 6 espèces du genre Culex transmettent à l'humain la forme périodique nocturne de Wuchereria Bancrofti, mais en Afrique de l'Est, au Moyen-Orient, dans les régions urbaines de l'Asie du Sud-Est et en Amérique latine(1).

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Une association d'albendazole et d'ivermectine, ou d'albendazole et de diéthylcarbamazine, est efficace pour éliminer les microfilaires, mais, chez la femelle adulte, l'effet de l'association se limite à une interruption de la capacité reproductrice(1,4,5). Les schémas médicamenteux peuvent ne pas éliminer les vers adultes, et des traitements au long cours sont donc souvent administrés(2). Ces nématodes sont aussi sensibles à l'avermectine, aux pipérazines et à la suramine (Bayer 205)(8).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: La plupart des filaires sont sensibles à l'hypochlorite de sodium à 1 % et au glutaraldéhyde à 2 %, y compris Wuchereria bancrofti(9).

INACTIVATION PHYSIQUE: On a noté que les microfilaires de Wuchereria bancrofti étaient sensibles à la congélation(10).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Inconnue.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Pour surveiller les cas suspects de filariose lymphatique, les laboratoires utilisent l'examen de frottis de sang périphérique colorés au Giemsa, la mesure de l'activité phosphatase des microfilaires, la méthode de concentration de Knott et des techniques de filtration sur membrane(1). Depuis quelques années, on a recours à l'immuno-dosage enzymatique (ELISA), au PCR, à la lymphoscintigraphie et à des épreuves immunochromatographiques pour déceler le parasite(1,11). Ces nouvelles techniques permettent aux épidémiologistes de surveiller la présence de l'agent chez les moustiques vecteurs. L'analyse des vecteurs, associée au diagnostic des patients, a permis de dresser un tableau plus complet de Wuchereria bancrofti et de son incidence sur la santé humaine.

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Traitement médicamenteux approprié, comme une association d'ivermectine et d'albendazole ou de diéthylcarbamazine (DEC) et d'albendazole, contre la filariose lymphatique(1,2). Il est recommandé de faire un suivi médical après le traitement pour confirmer l'élimination des microfilaires et des vers adultes chez le patient(12).

IMMUNISATION: Aucune(12).

PROPHYLAXIE: Même si l'association albendazole-ivermectine ou albendazole- diéthylcarbamazine (DEC) est administrée une fois par année dans les régions endémiques, elle n'a aucun effet sur la transmission par les moustiques(1,12). Il est recommandé d'éviter les aires de reproduction des moustiques, en particulier pendant les principales périodes d'alimentation, et de se protéger à l'aide de vaporisateurs ou de lotions contenant des substances actives comme le DEET qui éloignent les moustiques, ou en utilisant des moustiquaires de lits imprégnées d'un insecticide comme la perméthrine(12).

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucune infection acquise en laboratoire n'a été signalée jusqu'à maintenant.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Œufs et larves infectieux, sang(1,13).

DANGERS PRIMAIRES: L'ingestion accidentelle d'œufs infectés ou l'inoculation parentérale accidentelle de larves infectieuses constituent les principaux risques(13). Les arthropodes utilisés couramment dans les travaux de recherche en laboratoire qui sont contaminés par des filaires constituent aussi un risque(13,14).

DANGERS PARTICULIERS: Certaines personnes sensibilisées peuvent avoir des réactions allergiques à certains composants antigéniques des nématodes(13).

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2.

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(12).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB)(12). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(12).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se poser et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer (30 minutes)(12,13).

ÉLIMINATION: Décontaminer les déchets par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(12).

ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches et scellés, étiquetés de façon appropriée et placés en lieu sûr(12).

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Août 2010

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés
© Agence de la santé publique du Canada, 2010
Canada

RÉFÉRENCES

  1. Manguin, S., Bangs, M. J., Pothikasikorn, J., & Chareonviriyaphap, T. (2010). Review on global co-transmission of human Plasmodium species and Wuchereria bancrofti by Anopheles mosquitoes. Infection, Genetics and Evolution: Journal of Molecular Epidemiology and Evolutionary Genetics in Infectious Diseases, 10 (2), 159-177. doi:10.1016/j.meegid.2009.11.014
  2. Pfarr, K. M., Debrah, A. Y., Specht, S., & Hoerauf, A. (2009). Filariasis and lymphoedema. Parasite Immunology, 31 (11), 664-672. doi:10.1111/j.1365-3024.2009.01133.x
  3. Ryan, K. J., & Ray, C. G. (Eds.). (2004). Sherris Medical Microbiology An Introduction to Infectious Diseases (4th ed.). United States of America: McGraw-Hill.
  4. Bockarie, M. J., Taylor, M. J., & Gyapong, J. O. (2009). Current practices in the management of lymphatic filariasis. Expert Review of Anti-Infective Therapy, 7 (5), 595-605. doi:10.1586/eri.09.36
  5. Melrose, W. D. (2002). Lymphatic filariasis: new insights into an old disease. International Journal for Parasitology, 32 (8), 947-960.
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