Ligne directrice en matière de biosécurité à l’intention des laboratoires qui manipulent des échantillons prélevés chez des patients faisant l’objet d’examens pour la maladie à virus Ebola

Le présent document vise à appuyer les évaluations locales des risques, en particulier dans un laboratoire de diagnostic.

Les laboratoires qui reçoivent des échantillons prélevés chez des patients qui font l’objet d’examens visant à déterminer s’ils sont atteints de la maladie à virus Ebola (MVE) doivent savoir que la manipulation inappropriée de ces échantillons pose un risque grave pour la santé du personnel de laboratoire. Il est recommandé que ces types d’échantillons cliniques soient manipulés dans une installation qui répond aux normes minimales pour le niveau de confinement 2 (NC2) tel que précisé dans la Norme canadienne sur la biosécurité, 2e éditionNote de bas de page 1. Compte tenu de la nature de la MVE, il est fortement recommandé d’adopter les pratiques opérationnelles supplémentaires qui sont présentées ci‑après.

La manipulation et l’entreposage du virus Ebola (c.-à-d. le virus en culture ou intentionnellement recueilli ou extrait) sont réglementés en vertu de la Loi sur les agents pathogènes humains et les toxines et ne sont autorisés que dans une installation de niveau de confinement 4 qui opère sous l’autorité d’un permis d’agent pathogène et de toxine délivré par l’Agence de la santé publique du CanadaNote de bas de page 2.

Modes recommandés de manipulation en laboratoire et de déplacement et de transport des échantillons prélevés chez des patients faisant l’objet d’examens pour la maladie à virus Ebola

Il est recommandé que le personnel de laboratoire qui manipule ces types d’échantillons cliniques porte l’équipement de protection individuelle (EPI) suivant :

  • deux paires de gants (p. ex. latex, nitrile ou autre matériau similaire);
  • une couche imperméable supplémentaire sur la blouse de laboratoire (p. ex. blouse de laboratoire ou blouse résistante aux liquides);
  • une protection des yeux et des voies respiratoires, comme un appareil de protection respiratoire à filtre de particules approuvé (p. ex. N95 ou N100) en combinaison avec un équipement de protection des yeux (p. ex. lunettes de protection, écran facial ou cagoule), ou un appareil de protection respiratoire à épuration d’air motorisé (APRM).

Les échantillons prélevés sur des patients faisant l’objet d’une investigation pour la MVE devraient être manipulés uniquement dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) certifiée ou un autre dispositif de confinement primaire, et jamais sur une paillasse à découvertNote de bas de page 1Note de bas de page 3Note de bas de page 4. Ceci s’applique aussi aux activités pouvant produire des aérosols infectieux (p. ex. pipetage, aspiration et préparation des lames). La centrifugation des matières infectieuses devrait être effectuée au moyen de godets de sécurité ou de rotors scellés qui seront ouverts ou déchargé uniquement dans l’ESB.

Les hémocultures devraient être préparées dans un système fermé. Lorsque ce n’est pas possible, les manipulations devraient être effectuées dans une ESB certifiée se trouvant dans un laboratoire de NC2 et en utilisant l’EPI approprié indiqué ci-dessus.

La sous-culture d’hémocultures peut produire des aérosols et devrait être effectuée uniquement lorsqu’elle est essentielle aux soins du patient. Elle devrait être réalisée dans une ESB certifiée en portant l’EPI supplémentaire indiqué ci-dessus, et la décision d’effectuer une sous-culture devrait être fondée sur l’état du patient et sur une évaluation continue des risques.

La séparation d’échantillon (p. ex. sang, sérum) devrait être réalisée au moyen de godets de sécurité ou de rotors à centrifugeuse scellés qui sont déchargés dans une ESB certifiée.

Frottis sanguin : Il faut exclure la possibilité de paludisme chez les personnes qui reviennent de voyage avec une fièvre. Seuls des frottis minces devraient être préparés (aucun frottis épais), et la procédure devrait seulement être répétée au besoin (p. ex. si le premier frottis mince est négatif). Chez les patients faisant l’objet d’examens pour la MVE, il est recommandé de réaliser les analyses avec des bandelettes réactives en utilisant uniquement du sang inactivé. Toutes les manipulations devraient être effectuées dans une ESB certifiée en portant l’EPI approprié indiqué ci-dessus. Après le séchage à l’air dans l’ESB, les frottis sanguins minces devraient être fixés avec du méthanol à 100 % (15 minutes); par la suite, les lames peuvent être inactivées par chaleur sèche (p. ex. à 95 °C pendant au moins 30 minutes ou à 60 °C pendant au moins une heure) ou recouvertes d’une lamelle avant l’examen au microscope. Tous les réactifs devraient être décontaminés avant d’être jetés.

Si disponible sur place, la réaction en chaîne par polymérase (PCR) est une option plus sécuritaire, car les procédures d’extraction courantes (p. ex. à base de thiocyanate de guanidine) sont bien souvent suffisantes pour inactiver le virus; l’efficacité de l’inactivation devrait toutefois être confirmée. Les extractions d’acides nucléiques devraient être effectuées dans une ESB certifiée se trouvant dans un laboratoire de NC2 et en utilisant l’EPI approprié indiqué ci-dessus.

Les analyseurs automatisés peuvent être utilisés après la réalisation d’une évaluation locale des risques associés à la production potentielle d’aérosols. Si le système comporte des points de prélèvement et des évents pouvant permettre le rejet d’aérosols, il est recommandé de placer l’appareil dans une ESB, de le couvrir d’un plexiglas ou d’un film souple ou d’utiliser un filtre HEPA. Après utilisation, les analyseurs devraient être désinfectés selon les recommandations du fabricant ou avec une solution fraîchement préparée contenant 0,05 % d’hypochlorite de sodium (p. ex. 5 ml d’eau de Javel domestique [5,25 % d’hypochlorite de sodium] dans 495 ml d’eau).

Autres considérations opérationnelles

  • Éviter autant que possible les activités pouvant produire des aérosols (p. ex. le mélange d’échantillons par pipetage, centrifugation);
  • Restreindre l’utilisation de verre ou d’objets tranchants dans la mesure du possible (p. ex. remplacer les objets en verre par des objets en plastique) et s’assurer que le personnel est bien formé dans les pratiques de base et sur la biosécuritéNote de bas de page 5;
  • Étiqueter préalablement et clairement les tubes avant de prélever des échantillons des patients et séparer les échantillons de cas soupçonnés d’Ebola lors de la manipulation en laboratoire;
  • Les demandes d’analyses devraient être clairement étiquetées comme des cas soupçonnés d’Ebola, tout comme leurs contenants qui doivent porter une étiquette extérieure;
  • Tous les échantillons devraient être conservés de manière sécuritaire et ils devraient être accessibles uniquement au personnel autorisé;
  • Dans la mesure du possible, éviter les activités et le personnel non nécessaires dans la zone lorsque les échantillons sont manipulés;
  • Les analyses devraient être réalisées uniquement par le personnel désigné, et ce, dans les zones et avec l’équipement qui sont réservés à cet effet.

Santé au travail

Les expositions potentielles à ces échantillons doivent être déclarées immédiatement selon les politiques et les procédures de l’établissement. Les installations visées par un permis doivent déclarer sans délais les expositions à l’ASPC. Les installations qui ne sont pas réglementées par l’ASPC peuvent le faire sur une base volontaire. Les rapports d’exposition peuvent être envoyés en ligne ou par courriel à PHAC.pathogens-pathogenes.ASPC@canada.ca

Décontamination

  • La surface des contenants d’échantillons à transporter pour des analyses supplémentaires ou de confirmation devrait être décontaminée à l’aide d’un désinfectant efficace avant que les contenants soient emballés. Une liste des désinfectants efficaces est fournie dans la Fiches techniques santé-sécurité : agents pathogènes pour le virus EbolaNote de bas de page 6 :
    • Le virus Ebola est sensible à l’acide acétique à 3 %, au glutaraldéhyde à 1 %, aux produits à base d’alcool, à l’hypochlorure de calcium (javellisant en poudre) et aux solutions d’eau de Javel à 5,25 % (p. ex. 0,525 % à 0,0525 % d’hypochlorite de sodium ≥ 10 min)Note de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande le nettoyage des déversements de sang ou de liquides corporels en mouillant abondamment l’espace contaminé avec une solution d’eau de Javel dans une proportion de 1:10 (p. ex. 1 part d’eau de Javel diluée dans 9 parts d’eau ou 0,525 % d’hypochlorite de sodium) pendant 10 minutes, lorsque les surfaces contaminées peuvent tolérer un contact avec de puissants agents de blanchiment (p. ex. le ciment et le métal)Note de bas de page 9. Lorsque les surfaces sont sujettes à la corrosion ou à une décoloration, l’OMS recommande de les nettoyer soigneusement pour enlever les taches visibles, puis d’appliquer une solution d’eau de Javel à 5,25 % diluée dans une proportion de 1:100 (c.-à-d. 1 part d’eau de Javel diluée dans 99 parts d’eau ou 0,0525 % d’hypochlorite de sodium) et de la laisser agir pendant plus de 10 minutesNote de bas de page 9. Le matériel de nettoyage peut être trempé dans une solution de 0,5 % d’hypochlorite de sodium ou désinfecté au moyen d’autres méthodes efficaces (p. ex. par autoclave ou incinération). L’eau de Javel se décompose rapidement lorsqu’elle est diluée, donc les solutions devraient être utilisées dès qu’elles sont préparées.
    • Des tests en laboratoire ont démontré que l’utilisation d’une solution d’éthanol à 70 % pendant 1 minute est efficace pour inactiver les variantes Mayinga et Kikwit du virus, alors qu’il faut 2,5 minutes pour inactiver la variante Makona. La Food and Drug Administration des États-Unis recommande l’utilisation de solutions d’éthanol à des concentrations de 60 à 95 %Note de bas de page 9. L’utilisation de solutions d’hypochlorite de sodium à 0,5 ou 1 % (p. ex. 50 ml d’eau de Javel dans 450 ml ou 200 ml d’eau, respectivement), pendant 5 minutes est efficace pour inactiver les trois variantes du virusNote de bas de page 9Note de bas de page 10. L’OMS recommande aussi l’utilisation d’une solution à 0,5 % de chlore pour désinfecter les surfaces contaminées au virus EbolaNote de bas de page 9.
  • L’EPI devrait être retiré de manière à réduire au minimum la contamination de la peau et des cheveux et d’éviter de mettre en contact les articles souillés (p. ex. gants, blouses, respirateurs) avec une partie du visage. Les vêtements et les EPI contaminés et potentiellement contaminés doivent être décontaminés à l’aide d’une méthode efficace.
  • Les mains devraient être soigneusement lavées immédiatement après que l’EPI est enlevé.

Élimination

Toutes les matières liquides et solides doivent être décontaminées adéquatement avant leur élimination, leur réutilisation ou leur retrait du laboratoireNote de bas de page 11.

Considérations relatives aux déversements

La zone touchée par un déversement devrait être évacuée et sécurisée pendant une période minimale de 30 minutes pour laisser le temps aux aérosols de se déposer. Lorsque les surfaces contaminées peuvent tolérer un contact avec de puissants agents de blanchiment (p. ex. couvre-sol, surfaces en ciment ou en métal), il est recommandé de couvrir les déversements de sang ou de liquide organiques avec des produits absorbants (p. ex. papier absorbant) et de les mouiller abondamment (de l’extérieur vers le centre) avec une solution d’hypochlorite de sodium à 0,5 %Note de bas de page 9. Le papier absorbant et les déchets devraient être enlevés et déposés dans un contenant à déchets à l’aide de pinces ou autres outils prévus à cet effet. Après l’enlèvement du matériel initial et des produits absorbants, le processus de désinfection devrait être répété.

Les personnes qui s’acquittent de cette tâche devraient porter une tenue de protection. Conformément aux procédures normales d’intervention en cas de déversement en laboratoire, les personnes qui participent au nettoyage devraient porter un EPI approprié (p. ex. APRM, appareil de protection respiratoire approuvé N95 ou N100 et protection oculaire). Tous les déchets et l’EPI, qui comprend les gants jetables, les blouses imperméables et les protections oculaires et qui doit être retiré immédiatement après le processus, doivent être mis dans un sac pour autoclave et être stérilisés avant d’être jetésNote de bas de page 6.

Transport

Les échantillons cliniques provenant de patients faisant l’objet d’examens pour la maladie à virus Ebola devraient être transportés séparément des autres échantillons.

Les laboratoires devraient tenir un registre de toutes les personnes qui ont manipulé, décontaminé et transporté ce type d’échantillons cliniques, y compris les déchets associés à ces échantillons.

Si des retards de transport sont prévus, les échantillons devraient être réfrigérés ou congelés à -70 °C.

Dans les hôpitaux

Les échantillons devraient être placés dans un contenant secondaire durable et étanche pour le transport au sein d’un établissement. Pour réduire le risque de bris ou de fuite, ne pas utiliser de systèmes de tubes pneumatiques pour le transport des échantillons de échantillons prélevés chez des patients faisant l’objet d’examens pour MVENote de bas de page 4.

Expédition d’échantillons au Laboratoire national de microbiologie

L’emballage, l’expédition et le transport des échantillons doivent respecter les exigences du Règlement sur le transport des marchandises dangereuses de Transport Canada et la Réglementation des marchandises dangereuses de l’Association du transport aérien internationalNote de bas de page 12Note de bas de page 13.

  • Pour l’expédition, les échantillons primaires et les échantillons prélevés chez des patients devraient être expédiés comme matière infectieuse UN2814, Catégorie 6.2, et le Plan d’aide en cas d’urgence (PACU) doit être déclenché.

Communiquez avec le laboratoire de santé publique de votre province pour assurer la coordination avec le directeur du centre des opérations (DCO) du Laboratoire national de microbiologie (LNM), en composant le 1-866-262-8433. Du personnel y est présent en tout temps pour répondre à ce numéro.

Le DCO du LNM travaillera en collaboration avec le gouvernement provincial demandeur pour activer le PACU. Si vous avez besoin d’aide au sujet du processus d’expédition, les exigences relatives aux échantillons ou les modalités d’expédition des échantillons, le DCO du LNM vous mettra en contact avec les experts appropriés.

Les provinces et territoires qui demandent des services de laboratoire pour la MVE ou d’autres fièvres virales hémorragiques sont invitées à aviser le Centre des opérations du portefeuille de la Santé (COPS) de l’Agence de la santé publique du Canada en composant 1-800-545-7661, et lui fournir les antécédents cliniques du patient reliés à la maladie. Il est possible que des précisions ou d’autres renseignements soient demandés au médecin du patient afin d’optimiser la prestation des services de laboratoire demandés.

Coordonnées

Veuillez prendre note que les renseignements fournis dans la présente ligne directrice sont fondés sur les données scientifiques actuelles et pourraient faire l’objet d’un examen et de modifications au fur et à mesure que d’autres renseignements sont connus. Il est possible d’obtenir d’autres renseignements généraux sur la biosécurité en communiquant avec l’Agence de la santé publique du Canada au 1-800-545-7661.

Références et ressources

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