Document d’analyse des risques : Considérations « Une seule santé » liées à l’importation au Canada de guano de chauve-souris en tant qu’engrais
Évaluation terminée : 9 janvier 2026 (avec les données du 29 septembre 2025)
Sur cette page
- But
- Portée
- Contexte
- Sommaire de l’évaluation des risques
- Risques futurs au Canada
- Conclusions
- Considérations liées à la gestion des risques et aux communications
- Recommandations proposées en matière de gestion des risques et de communication
- Remerciements
- Notes de bas de page
- Références
But
Le présent document d’analyse des risques (DAR) combine les résultats de l’évaluation des risques avec des considérations et des recommandations en matière de gestion et de communication des risques, afin d’intégrer les trois composantes de l’analyse des risques illustrées dans la figure ci-dessousNote de bas de page 1.
Figure 1 : Texte descriptif
La figure représente trois boîtes distinctes reliées entre elles par des flèches pointant dans les deux directions. Les textes figurant dans les trois encadrés indiquent respectivement « évaluation des risques », « gestion des risques » et « communication des risques ».
Le but est de guider les décisions politiques à long terme de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) concernant l’importation de guano de chauve-souris, dont l’importation est actuellement interdite au Canada. L’ACIA a initialement soumis ce sujet à l’ASPC en 2020. Les réponses de l’ASPC recommandaient alors de procéder à une évaluation des risques. Il a été décidé que ce sujet serait un bon candidat pour piloter le nouveau Cadre de l’approche « Une seule santé » en matière d’évaluation de risques (AUSSMER).
Portée
La demande porte sur les considérations de santé publique et animale (principalement la faune) liées à l’importation de guano de chauve-sourisNote de bas de page a. En particulier, l’exercice de cadrage des risques mené par le comité directeur multisectoriel a déterminé que le syndrome du museau blanc chez les chauves-souris, les maladies zoonotiques chez l’humain et la résistance aux antimicrobiens chez l’humain et les animaux étaient des dangers potentiels préoccupants. Bien que les animaux d’élevage soient également susceptibles de présenter certains dangers, les agents pathogènes animaux à déclaration ou notification obligatoire au niveau fédéral ont été exclus du présent document, car ils ont déjà fait l’objet d’une évaluation scientifique par l’ACIA.
Contexte
En 2020, une installation étrangère a contesté l’interdiction établie en 2014 et a demandé l’autorisation d’exporter du guano de chauve-souris au Canada. L’ACIA a demandé un avis à l’ASPC sur les risques pour la santé publique associés à l’importation de guano de chauve-souris. L’ASPC a répondu à l’ACIA en recommandant de maintenir l’interdiction et qu’une évaluation complète des risques soit menée. Avec le développement du cadre AUSSMER, entre 2022 et 2024, il a été déterminé que ce sujet serait un bon candidat pour piloter la nouvelle approche.
En novembre 2023, le Centre d’évaluation des risques (anciennement le Centre d’évaluation intégrée du risque [CEIR]) a convoqué un comité directeur multisectoriel pour discuter de la question, définir le risque et déterminer si une évaluation des risques était nécessaire. Des représentants de l’ASPC, de l’ACIA, d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) et de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) étaient présents. Des analyses scientifiques antérieures ont été partagées, notamment une identification des dangers associés au guano de chauve-souris (ACIA) et une analyse des manifestes d’importation depuis la mise en œuvre de l’interdiction (ECCC)Note de bas de page 2Note de bas de page 3. La conclusion du Comité était qu’une évaluation des risques, axée sur des questions de risque spécifiques, serait bénéfique pour guider la prise de décisions politiques à long terme.
Étant donné que la santé publique est un élément important des questions relatives aux risques et que l’ASPC dispose d’une équipe d’évaluation des risques selon l’approche « Une seule santé », il a été convenu par le comité que l’ASPC prendrait la direction de la rédaction de l’évaluation, avec la contribution d’une équipe technique multisectorielle. En raison de l’existence de l’interdiction, le comité n’a pas jugé l’évaluation urgente. L’évaluation des risques a donc été réalisée dans le contexte de priorités concurrentes.
Sommaire de l’évaluation des risques
Lors du cadrage des risques avec le comité directeur multisectoriel, en plus de la prise en compte des risques futurs présentant une grande incertitude, trois questions relatives aux risques ont été retenues pour l’évaluation.
Question 1 : Quelle serait la probabilité annuelle qu’au moins une chauve-souris au Canada soit infectée par le champignon Pseudogymnoascus destructans à la suite de l’importation de guano de chauve-souris si l’interdiction n’était pas en vigueur, et quels seraient les impacts sur les populations de chauves-souris et l’écosystème?
Pseudogymnoascus destructans (Pd) est un champignon pathogène et l’agent responsable du syndrome du museau blanc (SMB) chez les chauves-souris hibernantes en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. La maladie se propage rapidement en Amérique du Nord et touche plusieurs espèces de chauves-souris. En réponse aux déclins soudains et spectaculaires causés par le SMB, trois des espèces de chauves-souris les plus répandues au Canada ont été inscrites d’urgence sur la liste des espèces en péril en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) en 2014. Les activités liées au SMB sont menées dans le cadre du programme de rétablissement des espèces en péril d’ECCC.
La probabilité globale qu’au moins une chauve-souris au Canada soit infectée par le champignon Pd à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est modérée à élevée, avec une grande incertitude. Si des spores de Pd sont présentes dans les produits de guano de chauve-souris importés au Canada, et qu’elles se retouvent présentes dans l’environnement par l’utilisation du guano comme engrais, le comportement de recherche de nourriture des chauves-souris entre les grottes et les terres cultivées, faciliterait l’exposition des chauves-souris aux spores présentes dans les champs. La probabilité dépend du type de produit, de la quantité de produit importé alors que l’interdiction n’est pas en vigueur, de l’origine (temps et espace) des importations, du lieu d’importation au Canada, de l’a prévalence de l’immunité (et d’autres paramètres biologiques et d’habitat qui confèrent un effet protecteur aux chauve-souris) dans les populations de chauves-souris exposées, et de la quantité de Pd lors de l’exposition. L’incertitude est élevée en raison des lacunes dans les connaissances relatives au traitement, du manque d’informations sur la quantité de guano utilisée et sur son mode d’utilisation, ainsi que des informations limitées sur l’immunité et la dose infectieuse.
L’ampleur des effets sur les chauves-souris, les populations de chauves-souris et les écosystèmes affectés au Canada est estimée comme étant majeure à sévère, avec une faible incertitude. Bien qu’il soit difficile de prédire avec précision l’évolution de la maladie chez certaines espèces de chauves-souris, les faits montrent que la maladie a radicalement modifié la composition des communautés de chauves-souris au Canada. Les impacts sur les populations déjà affectées par le Pd sont plus incertaines et pourraient aller d’une mortalité encore plus dramatique (et d’une possible extinction) à une acquisition accélérée de l’immunité chez les chauves-souris survivantes. Une fois la maladie importée, le scénario le plus probable est qu’elle se propage à partir de la zone d’origine dans laquelle le guano a été utilisé et s’étende à long terme à l’ensemble du Canada. Si l’agent pathogène ne présente pas de risque direct pour la santé humaine, la décimation des populations de chauves-souris entraînera sans aucun doute une augmentation des populations de ravageurs, ce qui se traduira par une augmentation des dégâts causés aux cultures et de l’utilisation de pesticides, affectant ainsi la résilience globale de l’écosystème, la biodiversité et l’agriculture.
Question 2 : Quelle serait la probabilité annuelle qu’au moins une personne au Canada soit infectée par un agent pathogène zoonotique à la suite de l’importation de guano de chauve-souris si l’interdiction n’était pas en vigueur, et quelles en seraient les impacts sur la santé publique?
Nous avons déterminé que huit (8) agents pathogènes zoonotiques associés au guano de chauve-souris importé constituaient des dangers potentiels pour la santé publique.
Deux (2) sont des agents pathogènes transmis par les tiques qui ont été trouvés dans le guano de chauve-souris (espèces Anaplasma phagocytophilum et Rickettsia [principalement R. monacensis]). Ces deux types de tiques sont présentes sur les chauves-souris et peuvent se retrouver dans le guano des chauves-souris si elles sont transportées par ces dernières ou si une tique se nourrissant d’une chauve-souris est tombée dans le guano. Les maladies associées à ces pathogènes ne sont pas encore très répandues au Canada et, dans la plupart des régions, les cas humains sont encore rares.
La probabilité globale qu’au moins un individu au Canada soit infecté par ces deux pathogènes transmis par les tiques à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée comme négligeable, avec une grande incertitude. La prévalence attendue des agents pathogènes dans le guano de chauve-souris est très faible et leur capacité à survivre librement dans le guano ou à l’intérieur des tiques tombées dans le guano est limitée. L’incertitude élevée est due à l’absence ou à l’insuffisance d’informations sur les procédures de traitement du guano de chauve-souris dans les pays d’origine, qui pourraient affecter la survie des tiques et des agents pathogènes.
Nous considérons deux (2) bactéries zoonotiques comme des dangers potentiels : Brucella et Mycobacterium tuberculosis. Si l’humain est l’hôte principal de M. tuberculosis, on observe depuis peu que les chauves-souris sont des porteurs possibles de l’agent pathogène. La tuberculose est présente dans toutes les régions du monde et, au Canada, elle est surtout signalée chez les personnes nées à l’étranger et les populations autochtones. La probabilité globale qu’au moins un individu au Canada soit infecté par M. tuberculosis à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée négligeable en raison de la très faible prévalence attendue de l’agent pathogène dans le guano de chauve-souris. L’incertitude est élevée en raison de l’absence ou de l’insuffisance d’informations sur l’origine du guano de chauve-souris et sur le traitement avant l’arrivée à la frontière. Pour les agents pathogènes transmis par les tiques et M. tuberculosis évalués ci-dessus, nous n’avons réalisé aucune évaluation d’impact, car la probabilité globale est négligeable.
La brucellose humaine est principalement causée par quatre espèces différentes, incluant B. melitensis, dont l’ADN a été trouvé chez les chauves-souris.Il existe également une nouvelle espèce pathogène, B. nosferati, qui a été signalée chez les chauves-souris et qui possède toutes les caractéristiques de virulence requises des autres espèces zoonotiques de Brucella. La brucellose humaine est assez rare au Canada. La probabilité globale qu’au moins un travailleur agricole ou un jardinierNote de bas de page b au Canada soit infecté par B. nosferati ou B. melitensis à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée très faible en raison de la très faible prévalence attendue de B. nosferati et de B. melitensis dans le guano de chauve-souris. La probabilité est négligeable pour toute personne autre qu’un travailleur agricole ou un jardinier en raison des voies d’exposition des espèces de Brucella. L’incertitude est élevée en raison du peu d’informations sur la présence réelle d’une forme vivante de B. melitensis dans le guano de chauve-souris (par opposition à B. nosferati), du traitement général du guano de chauve-souris dans les pays sources et au Canada, de la répartition géographique du guano de chauve-souris importé et de l’effet précis des différents facteurs environnementaux sur la survie des bactéries dans le guano de chauve-souris.
L’impact sur une personne (travailleur agricole ou jardinier) est estimée moyenne pour les deux espèces de Brucella, avec une faible incertitude pour B. melitensis et une forte incertitude pour B. nosferati. Étant donné que le scénario le plus probable serait une absence de propagation ou une propagation très limitée au-delà du cas humain initial, les impact de B. nosferati ou de B. melitensis sur l’ensemble de la population au Canada sont estimées comme étant mineures avec une faible incertitude. L’incertitude est faible, car il existe une quantité suffisante d’informations sur la propagation de la brucellose chez l’humain.
Enfin, 4 familles de virus ont été évaluées : coronavirus (SAR-CoV-1, MERS-CoV et SARS-CoV-2)Note de bas de page c, les filovirus (virus Ebola et de Marburg), les hénipavirus (virus Nipah et Hendra) et les lyssavirus (virus de la rage). Tous peuvent être trouvés dans le guano de chauve-souris. Des cas humains de coronavirus et de lyssavirus peuvent être trouvés au Canada, mais il n’y a pas de cas d’hénipavirus ou de filovirus.
La probabilité globale qu’au moins un individu au Canada soit infecté par un coronavirus à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée négligeable, principalement en raison de la capacité de survie de ces virus dans l’environnement. L’incertitude est faible, car on dispose de suffisamment de connaissances sur la capacité de survie du coronavirus dans l’environnement en fonction de la durée du transport du guano de chauve-souris vers le Canada.
La probabilité globale qu’au moins un travailleur agricole ou un jardinier au Canada soit infecté par des filovirus, des hénipavirus (Nipah uniquement) et des lyssavirus à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée faible à très faible, principalement en raison de la faible prévalence attendue et de la capacité de survie limitée des virus dans le guano de chauve-souris. La probabilité est négligeable pour toute personne autre qu’un travailleur agricole ou un jardinier en raison des voies d’exposition à ces virus. L’incertitude est élevée, principalement en raison des informations manquantes sur le traitement avant et après l’arrivée au Canada et sur la distribution géographique du guano de chauve-souris.
Contrairement au virus Nipah, la probabilité globale qu’au moins un individu au Canada soit infecté par le virus Hendra à la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée négligeable. En effet, le virus Hendra n’est manifestement pas transmissible de personne à personne ou directement de la chauve-souris à l’humain (c’est-à-dire qu’il nécessite un hôte intermédiaire), alors que la situation est moins claire pour le virus Nipah.
L’impact des hénipavirus (Nipah), des filovirus et des lyssavirus sur un individu (travailleur agricole ou jardinier) au Canada est estimée sévère en raison des taux élevés de létalité et des options de traitement limitées, avec une faible incertitude. Le scénario le plus probable est celui de l’absence de propagation ou une propagation très limitée au-delà du cas humain initial en raison de la mobilisation des efforts de confinement. L’impact sur l’ensemble de la population est modérée pour l’hénipavirus (Nipah) et les filovirus, avec une faible incertitude, car on s’attend à ce que tout cas d’infection acquise au Canada suscite la peur et une mobilisation importante des ressources. L’impact sur la population globale est mineure pour les Lyssavirus, avec une faible incertitude, car une détection et un traitement rapides limiteront considérablement la propagation du virus et l’impact sur la communauté.
Question 3 : Quelle serait la probabilité annuelle qu’au moins une personne ou un animal au Canada soit infecté par des organismes résistants aux antimicrobiens à la suite de l’importation de guano de chauve-souris si l’interdiction n’était pas en vigueur, et quelles seraient les impacts sur la santé publique et animale?
La résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue une menace sérieuse pour la santé humaine, ainsi que pour la santé et le bien-être des animaux. Les chauves-souris peuvent servir de bassin pour les gènes de résistance aux antibiotiques et les bactéries résistantes aux antibiotiques (y compris les bactéries multirésistantes). La RAM est considérée comme un danger potentiel pour le produit, car elle a été signalée chez les chauves-souris et dans le guano de chauve-souris et, bien que la RAM existe déjà au Canada, il s’agit d’un problème majeur de santé publique.
La probabilité globale qu’au moins une personne au Canada soit infectée par une bactérie résistante aux antibiotiquesà la suite de l’importation de guano de chauve-souris est estimée modérée à élevée pour les travailleurs agricoles ou les jardiniers et très faible pour les tiersNote de bas de page d. Cette différence de probabilité globale est principalement due à la probabilité d’exposition, qui est plus élevée pour les travailleurs agricoles ou les jardiniers en raison de la proximité du guano de chauve-souris. L’incertitude est élevée, principalement en raison du manque d’informations sur le traitement du guano de chauve-souris avant et après son arrivée au Canada, sur les types de bactéries porteuses de gènes de RAM, sur le type de RAM et sur la répartition géographique du guano de chauve-souris importé.
L’impact de la RAM liée à la chauve-souris guano sur un individu et sur l’ensemble de la population au Canada est estimée modérée. Le scénario de propagation le plus probable serait une propagation au-delà de la ferme, avec une propagation plus large au Canada à moyen terme. L’incertitude entourant l’estimation de l’impact est élevée au niveau individuel parce qu’elle dépend largement de l’état de vulnérabilité de l’individu, et au niveau de la population en raison du manque d’informations sur le type potentiel de RAM préoccupante liée aux chauves-souris, sur le paysage du danger particulier de RAM au Canada au moment de l’importation, et sur ses caractéristiques de propagation.
Risques futurs au Canada
Outre les risques associés au guano de chauve-souris importé au Canada, tels qu’évalués par les trois questions de risque de ce rapport, la collecte de guano de chauve-souris dans les pays sources est susceptible de contribuer aux risques environnementaux et pandémiques au niveau mondial qui pourraient affecter le Canada à l’avenir. Cependant, ces risques ne sont pas simples : ils sont le résultat de multiples facteurs et d’une série de conditions qui aboutissent finalement à des résultats désastreux. Un niveau élevé d’incertitude est associé à des risques futurs aussi complexes et à plusieurs étapes, ce qui se traduit par un large éventail de résultats plausibles.
Les facteurs d’émergence et d’amplification des pandémies ont été récemment analysés dans le rapport du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB) intitulé « The Changing Face of Pandemic Risk » (en anglais seulement). Le commerce d’animaux et de produits d’origine animale, qui a considérablement augmenté et changé de forme ces dernières années, est l’un des facteurs qui contribuent à la propagation des maladies animales et pourrait conduire à l’émergence d’une pandémie. Un autre facteur est le changement d’utilisation des terres : les endroits où l’interface humain-animal-environnement est particulièrement complexe pourraient stimuler l’émergence de nouveaux virus ayant un potentiel pandémiqueNote de bas de page 4. L’environnement des grottes de chauves-souris pourrait être un exemple d’un tel lieu, si le guano de chauve-souris est régulièrement collecté. L’entrée dans les grottes de chauves-souris comporte un risque de contact direct avec des chauves-souris infectées et de contamination des chaussures et des vêtements par du guano de chauve-souris potentiellement contaminé. Si elles sont infectées, les personnes peuvent voyager avant que les symptômes cliniques ne se développent. Des cas d’importation du virus de Marburg (filovirus) aux Pays-Bas ont été signalés par des écotouristes visitant la grotte de Python en OugandaNote de bas de page 5.
D’autre part, le rapport du GPMB décrit de nombreux autres facteurs de pandémie qui auraient des effets supérieurs à ceux associés au commerce du guano de chauve-souris, tels que les changements climatiques, l’agriculture intensive, les déplacements humains à l’échelle mondiale, l’urbanisation et la désinformation. Par rapport à tous ces autres facteurs potentiels de pandémie, la collecte et l’importation de guano de chauve-souris sont considérées comme un facteur relativement faible. Toutefois, cette dernière affirmation est associée à une grande incertitude.
Outre le risque de pandémie, la collecte de guano de chauve-souris pour l’exportation pourrait être à l’origine de risques environnementaux tels que la réduction des populations de chauves-souris et la perte de contrôle des insectes, de dispersion des graines et de pollinisation qui en découleNote de bas de page 6 Les populations de chauves-souris sont très sensibles aux perturbations et les écosystèmes des grottes dépendent du guano comme source de nutriments. La collecte de guano peut impliquer la modification des grottes, des bruits forts, des lumières vives et des changements de température et d’humidité de l’air qui perturbent les chauves-souris résidentesNote de bas de page 7. Il existe une grande incertitude quant au rôle joué par la collecte de guano de chauve-souris dans ces risques environnementaux, en particulier si les directives visant à minimiser les perturbations sont respectées, et quant à l’impact que ces risques environnementaux pourraient avoir sur le Canada.
Conclusions
L’image globale des risques est hétérogène, dépend souvent de l’activité de l’individu exposé (travailleur agricole et jardinier ou non), et se traduit par trois schémas principaux :
- Probabilité et impact élevés. C’est le cas du Pd (pour les populations de chauves-souris) et de la RAM (pour les travailleurs agricoles, les jardiniers et la santé animale). Ces dangers se retrouvent fréquemment dans le guano de chauve-souris, résistent dans l’environnement et ont des conséquences graves pour les personnes et les populations;
- Impact modéré à élevé, mais avec une faible probabilité d’occurrence. C’est le cas de certains pathogènes zoonotiques qui provoquent des symptômes modérés à sévères pour un individu (travailleur agricole et jardinier) et des conséquences importantes possibles dans la population, mais qui sont relativement rares dans le guano de chauve-souris ou ont une faible résistance dans l’environnement (filovirus, henipavirus [Nipah seulement], lyssavirus et Brucella). La probabilité est négligeable pour toute personne autre qu’un travailleur agricole ou un jardinier en raison des voies d’exposition à ces agents pathogènes. C’est également le cas pour la RAM si l’on considère la population générale (autre que les agriculteurs et les jardiniers);
- Probabilité d’occurrence négligeable et absence d’impact. C’est le cas pour A. phagocytophilum, les coronavirus, les henipavirus (Hendra uniquement), M. tuberculosis et Rickettsia qui sont associés à une prévalence très rare dans le guano de chauve-souris, en plus d’une faible résistance dans l’environnement.
L’incertitude pour la grande majorité des estimations de la probabilité est élevée, tandis que l’incertitude pour l’impact est faible. En d’autres termes, alors que les risques sont très variables et dépendent d’informations non disponibles, l’impact de ces risques est clairement définie.
Outre les risques estimés liés à l’importation de guano de chauve-souris au Canada, la collecte de guano de chauve-souris dans les pays sources peut contribuer à des risques plus larges qui pourraient en fin de compte affecter le Canada. Bien que l’ampleur de cette contribution soit difficile à quantifier, les conséquences de ces risques sont importantes.
Considérations liées à la gestion des risques et aux communications
Outre les conclusions des évaluations des risques, un certain nombre d’autres considérations sont prises en compte dans les décisions relatives à la gestion et à la communication des risques :
- Les risques identifiés ci-dessus affecteraient principalement la faune sauvage et la santé publique (c’est-à-dire le syndrome du museau blanc, la résistance aux antimicrobiens et, dans une certaine mesure, les agents pathogènes zoonotiques et le potentiel de risques environnementaux ou pandémiques). Ces risques ne concernent pas la santé des animaux domestiques et ne sont généralement pas des agents pathogènes animaux à déclaration ou notification obligatoire au niveau fédéral. Pourtant, la responsabilité de réglementer l’importation de guano de chauve-souris incombe à l’ACIA.
- Il est difficile de faire respecter strictement une interdiction. Des produits associés au guano de chauve-souris sont entrés au Canada après la mise en œuvre de l’interdiction. Il est possible que cela se reproduise.
- Il est difficile de contrôler les importations d’espèces sauvages et de produits dérivés, telles que le guano. Une étude de l’importation de chiens par l’ASPC et l’ASFC illustre les problèmes et la nécessité d’améliorer les capacités de suiviNote de bas de page 8. Les conséquences du maintien des systèmes et processus actuels sont notamment l’incapacité d’intercepter les importations illégales de guano de chauve-souris ou de surveiller le commerce du guano et d’autres produits fertilisants à des fins d’évaluation et de gestion des risques. Il est impossible de gérer les risques sans disposer de données commerciales précises et complètes sur les marchandises importées et exportées du Canada.
- S’il existe des contre-mesures pour prévenir l’exposition des humains aux agents pathogènes zoonotiques (par exemple, Équipement de protection individuelle), il existe peu de mesures de protection pour prévenir l’exposition des animaux sauvages.
- Il convient d’examiner si l’introduction continue de guano de chauve-souris, malgré l’interdiction, reflète une faible perception du risque, une sensibilisation limitée ou une incompréhension et, le cas échéant, quelles activités de communication pourraient être entreprises pour combler ces lacunes.
Recommandations proposées en matière de gestion des risques et de communication
Nous avons formulé des recommandations pour répondre aux conclusions spécifiques de l’évaluation des risques, en tenant compte des autres considérations relatives à la gestion des risques et à la communication soulignées ci-dessus, tout en identifiant celles qui soutiendraient une approche stratégique des questions relatives à l’importation de guano de chauve-souris. Celles-ci doivent être examinées par les parties gouvernementales et non gouvernementales concernées en fonction de leur mandat, de leurs autorités, de leurs rôles et responsabilités, de leurs politiques, de leurs ressources et de leurs priorités.
Règlement
- Maintenir l’interdiction d’importer du guano de chauve-souris.
Les considérations suivantes ont été prises en compte :
- les risques pour la santé humaine et animale identifiés ci-dessus;
- une incertitude élevée, même lorsque certaines probabilités ont été jugées faibles;
- l’ampleur potentielle élevée des impacts;
- les difficultés liées à la prévention et au contrôle des maladies chez les animaux sauvages.
Coordination et collaboration
- Poursuivre les collaborations intersectorielles selon l’approche « Une seule santé » (y compris avec les ministères et organismes responsables de la faune, de l’agriculture et de la santé publique aux ordres fédéral, provincial, territorial et autochtone, ainsi qu’avec d’autres intervenants [par exemple, le monde universitaire, l’industrie]) selon les besoins.
Communication des risques
- Élaborer des communications ciblées, fondées sur des données probantes et transparentes concernant les risques liés à l’importation continue de guano de chauve-souris malgré l’interdiction et l’importance du maintien de l’interdiction pour la santé humaine et animale :
- Les messages devraient expliquer clairement les risques pour la santé humaine et animale (y compris les risques connus et incertains) et rappeler les exigences de conformité.
- Les communications doivent être adaptées aux publics cibles, notamment les importateurs, les distributeurs/détaillants et les utilisateurs finaux, en précisant clairement les actions requises de chaque groupe.
- Les messages devraient être harmonisés entre les organismes fédéraux, provinciaux/territoriaux et les organismes d’application de la loi afin d’éviter toute confusion.
- Encourager les producteurs à suivre les orientations internationalesNote de bas de page e et les meilleures pratiques en matière d’extraction du guano de chauve-souris.
Combler les lacunes et les incertitudes en matière de connaissances
Envisager de soutenir des activités de recherche pour combler les lacunes de connaissances ciblées dans l’évaluation des risques. Cela fournira des éléments supplémentaires pour éclairer la prise de décision relative à la santé humaine et animale.
Remerciements
Document rédigé par l’Agence de la santé publique du Canada, en collaboration avec des partenaires d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et de l’université McMaster.
Notes de bas de page
- Note de bas de page a
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Le guano de chauve-souris désigne ici, et dans le reste de l’évaluation, le produit de guano de chauve-souris ainsi que tout produit phosphaté minéralisé directement dérivé du guano de chauve-souris.
- Note de bas de page b
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Une personne dont le passe-temps est de s’occuper d’un jardin et qui utilise le guano de chauve-souris comme engrais dans son aménagement paysager résidentiel.
- Note de bas de page c
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SRAS = syndrome respiratoire aigu sévère; MERS = syndrome respiratoire du Moyen-Orient; CoV = coronavirus
- Note de bas de page d
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Les tiers sont des personnes qui peuvent se trouver sur ou à proximité d’une ferme utilisant du guano de chauve-souris comme engrais, mais qui ne travaillent pas directement avec le guano.
- Note de bas de page e
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Lignes directrices pour minimiser les impacts négatives sur les chauves-souris et autres organismes cavernicoles de la récolte de guano sur le site https://portals.iucn.org/library/efiles/documents/Rep-2014-002.pdf
Références
- Note de bas de page 1
-
Organisation mondiale de la Santé. Rapid Risk Assessment of Acute Public Health Events. WHO Press, Organisation mondiale de la Santé; 2012. https://iris.who.int/bitstream/handle/10665/70810/WHO_HSE_GAR_ARO_2012.1_eng.pdf?sequence=1 (en anglais seulement).
- Note de bas de page 2
-
Agence canadienne d'inspection des aliments. Fumier et engrais contenant du fumier; 2010.
- Note de bas de page 3
-
Environnement et Changement climatique Canada. Résumé général - Importation de guano de chauve-souris; 2023.
- Note de bas de page 4
-
Global Preparedness Monitoring Board. The Changing Face of Pandemic Risk: 2024, GPMB Pandemic Risk Report. Organisation mondiale de la Santé; 2024. https://www.gpmb.org/reports/m/item/the-changing-face-of-pandemic-risk-2024-report (en anglais seulement).
- Note de bas de page 5
-
Timen A, Koopmans MPG, Vossen ACTM, et al. Response to Imported Case of Marburg Hemorrhagic Fever, the Netherlands. Emerg Infect Dis J. 2009;15(8):1171. En anglais seulement.
- Note de bas de page 6
-
IUCN SSC. IUCN SSC Guidelines for Minimizing the Negative Impact to Bats and Other Cave Organisms from Guano Harvesting: IUCN SSC; 2014. https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/Rep-2014-002.pdf (en anglais seulement).
- Note de bas de page 7
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Osofsky SA, Lieberman S, Walzer C, Lee HL, Neme LA. An immediate way to lower pandemic risk: (not) seizing the low-hanging fruit (bat). Lancet Planet Health. 2023;7(6 [June 2023]): e518-526. En anglais seulement.
- Note de bas de page 8
-
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