Évaluation rapide du risque : risque de fièvre jaune pour les Canadiens

L'évaluation du risque est régulièrement examinée et mise à jour au besoin.

Contexte de la maladie

Organisation :

La fièvre jaune est une maladie à transmission vectorielle évitable par la vaccination, qui est causée par un virus de la famille des Flaviviridae. Elle est transmise aux humains par la piqûre d'un moustique infecté, principalement le moustique Aedes aegypti et éventuellement les espèces Aedes albopictus ou Haemogogus (et de nombreux moustiques vivant dans les forêts en Amérique du Sud)Référence 1. Il n'existe aucun traitement particulier contre la fièvre jaune. La vaccination est la mesure préventive la plus importante, car elle assure une immunité durableRéférence 1. Sous sa forme la plus grave, la fièvre jaune provoque une fièvre hémorragique dont le taux de létalité est élevé, et ce, même avec d'importantes mesures de soutien visant à en limiter les symptômes.

La fièvre jaune est endémique dans 34 pays d'Afrique subsaharienne et dans 13 pays d'Amérique du SudRéférence 2. En 2013, il était estimé qu'il y avait eu 130 000 cas graves (intervalle de confiance de 95 %, de 51 000 à 380 000) et 78 000 décès (intervalle de confiance de 95 %, de 19 000 à 180 000) en Afrique, ce qui représente environ 90 % des cas à l'échelle mondialeRéférence 3. Tous les pays où Aedes aegypti (et peut-être Aedes albopictus) est présent (c.-à-d. tous les pays où la maladie est endémique ou dans lesquels des éclosions des virus de la dengue, des virus Chikungunya ou Zika, ou d'autres arbovirus ont déjà eu lieu) présentent un risque de transmission locale de la fièvre jaune. Cependant, nous constatons qu'une telle transmission autochtone n'a jamais été signalée en Asie malgré que les populations de vecteurs compétents du virus de la fièvre jaune soient très répandues.

Depuis l'entrée en vigueur du Règlement sanitaire international (RSI)Référence 4, les pays où la fièvre jaune peut survenir et où les conditions sont propices à l'établissement de la transmission locale exigent une preuve de vaccination pour laisser entrer les voyageurs. Conformément au Règlement sanitaire international, une preuve de vaccination contre la fièvre jaune demeure une exigence d'entrée en Angola. Cependant, des cas où des travailleurs chinois migrants qui n'étaient pas vaccinés travaillaient en Angola ont été signalés par l'OMS. À partir du 11 juillet 2016, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) stipulera que la période de validité du certificat de vaccination contre la fièvre jaune passera de dix ans à compter de la date de vaccination à la durée de vie de la personne ayant reçu le vaccin. On s'attend à ce que l'Angola adopte ce changementRéférence 5.

Renseignements généraux sur l'événement

Le 21 janvier 2016, le ministère de la Santé de l'Angola a déclaré une éclosion de la fièvre jaune à l'OMS. Le premier cas a été détecté le 5 décembre 2015 dans la municipalité de Viana; la maladie s'est ensuite propagée dans tout le pays. Des cas liés à des voyages en Angola ont été signalés par la Chine, le Kenya et la République démocratique du CongoRéférence 6. En date du 19 mai 2016, l'Angola avait signalé 2 420 cas soupçonnés et 736 cas confirmés en laboratoire (y compris 298 décès). Il a été avancé que le nombre de cas réels est sous-estimé parce que la surveillance est sous-optimaleRéférence 7. Dans le cadre d'une vaste campagne de vaccination appuyée par l'OMS centralisée à Luanda (la capitale et la plus grande ville de l'Angola), plus de six millions d'Angolais (sur une population totale de 24,3 millions de personnes) ont été vaccinésRéférence 6. La couverture vaccinale à l'extérieur de la capitale n'est pas connue, mais on croit qu'elle est beaucoup plus faibleRéférence 7.

À l'échelle mondiale, il y a une pénurie de vaccins contre la fièvre jaune depuis la vaccination d'urgence de plus de six millions d'Angolais. Avant celle-ci, la réserve mondiale d'urgence s'élevait à 11 millions de doses. Le vaccin YF-VAX®de Sanofi Pasteur (fabriqué aux États-Unis) est le seul vaccin contre la fièvre jaune dont la vente est autorisée au Canada.

Évaluation des risques

Dans cette section, nous avons tenu compte i) de la probabilité d'infection par le virus de la fièvre jaune pour les Canadiens au Canada; ii) du potentiel de transmission locale (c.-à-d. au Canada) de la fièvre jaune; et iii) de la probabilité d'infection par le virus de la fièvre jaune pour les voyageurs canadiens.

Probabilité d'infection des Canadiens qui ne voyagent pas

Les voies de transmission par le moustique sont la principale source d'infection par le virus de la fièvre jaune dont fait état la documentation. Selon les connaissances actuelles et les données probantes disponibles, il n'y a pas d'autres voies de transmission que le moustique.Note de bas de page *

Compte tenu de la courte période infectieuse [estimée entre trois et six joursRéférence 1], et de l'absence d'observations de la transmission par le sang, le risque d'infection par le virus de la fièvre jaune pour les Canadiens qui restent au Canada est très faible (niveau de confiance élevé).

Probabilité de transmission locale au Canada

La transmission locale exigerait la présence d'espèces de moustiques pouvant être infectées par le virus de la fièvre jaune et transmettre celui-ci à des hôtes humains. L'espèce Ae. aegypti est le vecteur principal, les espèces Ae. albopictus et Haemogogus pouvant éventuellement jouer un rôle. La répartition d'Ae. aegypti est largement limitée aux régions tropicales et subtropicales et, bien que l'on puisse observer Ae. albopictus dans les régions tempérées, sa répartition est également limitée par le climatRéférence 9Référence 10Référence 11. On pense que la répartition d'Haemogogus est strictement limitée à l'Amérique centrale et à l'Amérique du Sud. Cette espèce n'a d'ailleurs jamais été observée loin de son domaine vital (Nord de l'Argentine).

La probabilité qu'Ae. aegypti et Haemogogus, ou d'autres espèces de moustiques présentes dans la forêt tropicale s'établissent dans une région quelconque du Canada dans les conditions climatiques actuelles est jugée très faible (niveau de confiance élevé). Pour ce qui est d'Ae. aegypti, cette évaluation est appuyée par une étude récenteRéférence 9.

Ae. albopictus est présent aux États-Unis, notamment dans la partie sud de certains États du Haut-Midwest et de l'Est frontaliers du Canada. La probabilité que cette espèce s'établisse dans une région quelconque du Canada dans les conditions climatiques actuelles est jugée faible (niveau de confiance moyen). Cette évaluation est fondée sur des travaux récentsRéférence 9Référence 10Référence 11 estimant comme nulle ou presque nulle la probabilité actuelle que cette espèce soit présente dans la plus grande partie du territoire canadien. Cependant, une étude a signalé que de petites régions dans le sud de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse, ainsi que sur le littoral sud de la Colombie-Britannique, présentaient un climat faiblement ou modérément approprié pour cette espèceRéférence 11.

On croit qu'aucune population autosuffisante des moustiques qui transmettent le virus de la fièvre jaune n'est présente au Canada. En l'absence présumée d'Ae. aegypti et de Haemogogus ou en l'absence d'Ae. albopictus, sauf dans un très petit nombre d'endroits au Canada, le risque d'épidémie et d'établissement endémique subséquent de la fièvre jaune au Canada est très faible (niveau de confiance élevé).

Probabilité d'infection des voyageurs canadiens

La fièvre jaune est rare chez les voyageurs canadiens; en effet, cinq cas seulement ont été signalés à l'Agence depuis 2006.

Le nombre croissant de cas de fièvre jaune chez les citoyens chinois non vaccinésRéférence 6 qui visitent l'Angola indique un risque permanent pour les voyageurs non vaccinés. Un voyageur non vacciné se trouvant dans une région où la fièvre jaune est endémique ou qui connaît une éclosion de la fièvre jaune pourrait contracter la maladie.

L'Angola n'est pas l'une des principales destinations pour les Canadiens (on compte 1 200 visites de résidents canadiens en 2014). Conformément aux exigences du Règlement sanitaire international et du gouvernement angolais, les voyageurs âgés de plus de neuf mois doivent présenter une preuve de vaccination contre la fièvre jaune à leur arrivée (comme dans tous les pays où la maladie est endémique). Les considérations relatives à la vaccination comprennent le délai entre la vaccination et l'exposition possible, l'échec du vaccin et la disponibilité des vaccins/approvisionnement en vaccins.

À l'heure actuelle, en raison du nombre peu élevé de voyageurs canadiens qui se rendent dans le pays touché par l'éclosion (l'Angola) et de l'exigence de vaccination obligatoire contre la fièvre jaune pour entrer en Angola, la probabilité d'infection des voyageurs canadiens est évaluée à faible (niveau de confiance élevé). Il convient toutefois de noter que cette évaluation pourrait changer si des cas exportés de fièvre jaune engendraient une transmission généralisée de la maladie par les moustiques dans d'autres pays plus fréquentés - une éventualité qui n'est pas prise en compte dans le cas présent.

Mesures prises par l'Agence de la santé publique du Canada

L'Agence de la santé publique du Canada (l'Agence) surveille de près la situation.

L'Agence a publié des conseils de santé aux voyageurs (Fièvre jaune : situation mondiale) qui rappellent aux Canadiens de se faire vacciner avant de se rendre en Angola et d'envisager de ne pas s'y rendre s'ils n'ont pas été vaccinés contre la fièvre jaune. Les voyageurs doivent consulter cet avis avant le voyage afin de prendre connaissance des plus récentes recommandations de l'Agence, qui peuvent être modifiées au fur et à mesure que l'événement évolue. De plus, il y a des informations sur le risque de transmission de la fièvre jaune et la liste des pays qui exigent un certificat de vaccination contre la fièvre jaune sur le site Web voyage.gc.ca du gouvernement du Canada.

L'Agence fournit des recommandations à l'intention des professionnels de la santé dans la Déclaration sur la fièvre jaune à l'intention des voyageurs, qui a été élaborée par le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages, et dans le chapitre sur le vaccin contre la fièvre jaune du Guide canadien d'immunisation.

Bibliographie

Annexe 1 - Définition des termes techniques

Tableau 1 : Définitions ad hoc des niveaux de probabilité
Niveau Définition
Très faible Le risque ne peut se concrétiser que dans des circonstances exceptionnelles.
Faible Le risque peut se concrétiser dans certaines circonstances.
Moyen Le risque se concrétise dans certaines circonstances.
Élevé Le risque devrait se concrétiser dans la plupart des circonstances.
Tableau 2 : Définitions ad hoc des niveaux de confiance
Niveau Définition Exemples d'information ou de données probantes

Faible

Peu de données probantes ou données de faible qualité, incertitude importante, points de vue d'experts contradictoires, absence d'expérience en matière d'incidents semblables. Les recherches supplémentaires sont susceptibles d'avoir une incidence considérable sur les résultats de l'évaluation.

Les recherches supplémentaires sont très susceptibles d'avoir une incidence sur les résultats de l'évaluation de même que sur le niveau de confiance associé à l'évaluation et aux données utilisées.

Études de cas individuels

Littérature grise

Opinion individuelle de profane

Moyen

Données de qualité adéquate, y compris des résultats conséquents, des sources fiables et des hypothèses fondées sur des analogies. Accord entre experts ou opinion de deux experts de confiance. Les recherches supplémentaires pourraient faire en sorte que certaines modifications doivent être apportées à l'évaluation.

Les recherches supplémentaires sont susceptibles d'avoir une incidence sur le niveau de confiance associé à l'évaluation et aux données utilisées. Elles pourraient avoir une incidence sur les résultats de l'évaluation.

Comptes rendus d'études ou rapports publiés non revus par des pairs

Études d'observation

Rapports de surveillance

Rapports d'éclosion

Opinion individuelle d'expert

Élevé

Données probantes de bonne qualité, plusieurs sources fiables, vérification effectuée, plusieurs opinions d'experts concordantes, expérience d'événements semblables. Les recherches supplémentaires ne sont pas susceptibles d'avoir une incidence sur les résultats de l'évaluation.

Les recherches supplémentaires ne sont pas susceptibles d'avoir une incidence sur le niveau de confiance associé à l'évaluation.

Comptes rendus d'études publiés revus par des pairs et dont la méthodologie et les méthodes d'analyse réduisent le biais (p. ex. revues systématiques, essais à répartition aléatoire contrôlés et rapports d'éclosion).

Manuels qui font autorité.

Évaluation de risque effectuée par un groupe d'experts, connaissances spécialisées d'experts ou consensus d'experts.

Notes de bas de page

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