Faits saillants de la première phase de l’étude nationale sur les décès par surdose liée aux opioïdes et aux autres drogues : observations des coroners et des médecins légistes

Citation suggérée

Comité consultatif spécial sur l'épidémie de surdoses d'opioïdes. Faits saillants de la première phase de l'étude nationale sur les décès par surdose liée aux opioïdes et aux drogues : observations des coroners et des médecins légistes. Ottawa, Agence de la santé publique du Canada, septembre 2018. Mis à jour en octobre 2019.

Principales constatations

  • Les coroners, les médecins légistes et les toxicologues ont décrit comment les décès par surdose liée aux opioïdes et aux drogues sont survenus chez tous les groupes sociodémographiques et socioéconomiques.
  • Les caractéristiques plus fréquemment observées chez les personnes décédées incluaient:
    • des antécédents de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de traumatisme et de stigmatisation
    • la tolérance réduite aux médicaments
    • être seul lors de la surdose
    • le manque de soutien social
    • le manque de coordination des services de santé et services sociaux de suivi
  • La polytoxicomanie a été décrite comme un facteur contributif

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Ces dernières années, les décès par surdose liée aux opioïdes et aux autres drogues ont fortement augmenté et sont devenus une cause majeure de mortalité au Canada. En réponse, les administrations locales, les provinces et les territoires ont mis en œuvre une variété de mesures, et le gouvernement du Canada s’est engagé à prendre des mesures ciblées de santé publique qui reposent sur les données probantes disponibles, y compris l’amélioration de la surveillance et des activités de recherche.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Bien que nous ayons maintenant des données nationales pour mesurer l’ampleur, la distribution et les tendances des décès apparemment liés aux opioïdes au Canada, nous voulions mieux comprendre les enjeux au-delà des chiffres, afin d’orienter les mesures à prendre et d’optimiser leurs impact. Une étude en deux phases a été élaborée en collaboration avec les provinces et territoires. Dans la première phase, nous avons tenu des entrevues avec des coroners et des médecins légistes à travers le Canada afin de décrire les décès causés par des surdoses d’opioïdes et d’autres drogues ainsi que le contexte entourant ces décès.

Au cours de leurs enquêtes pour déterminer qui est décédé et comment, quand, où et pourquoi ces décès sont survenus, les coroners et les médecins légistes acquièrent une perspective particulière sur la situation. Ils recueillent de l’information de diverses sources, dont la famille, les amis, les voisins, les prestataires de services, les dossiers, les autopsies et la scène du décès. Certains coroners et médecins légistes ont acquis des connaissances considérables sur les changements survenus au fil du temps, en raison des enquêtes de cas de décès par surdose qu’ils mènent depuis de nombreuses années. Par ailleurs, les toxicologues jouent un rôle important dans ces enquêtes sur les décès en analysant les fluides corporels et les tissus pour déterminer la présence de drogues. Notre étude s’appuie sur cette source d’information pour recueillir les points de vue et les observations de ces experts; en leurs propres mots, ils ont décrit la façon dont se produisent ces décès évitables et les circonstances entourant  ceux-ci.

Ce court rapport met en lumière certaines des constatations de cette étude qualitative. Un article sera publié dans une revue scientifique décrivant plus en détail la méthodologie et les constatations de l’étude. La deuxième phase de l’étude consistera à examiner les dossiers de coroners et de médecins légistes sur tous les décès par surdose liés à la drogue et à l’alcool dans les provinces et territoires canadiens participants afin de mieux comprendre les caractéristiques des personnes décédées d’une surdose, les substances et les facteurs en cause ainsi que les antécédents. L’ensemble des résultats de ces études s’ajoutera aux données de surveillance nationales et aux autres activités de recherche pour brosser un tableau plus complet de cette crise de santé publique au Canada.

Comment avons-nous mené l'étude ?

Trente-six entrevues semi-structurées ont été menées auprès de coroners, de médecins légistes et de toxicologues de huit provinces et territoires du Canada (Colombie-Britannique, Saskatchewan, Manitoba, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Territoires du Nord-Ouest) de décembre 2017 à février 2018.

On a demandé aux coroners, médecins légistes, et toxicologues de réfléchir aux décès par surdose liée aux opioïdes et aux autres drogues qu’ils ont examinés entre 2016 et 2017 afin d’identifier les caractéristiques communes aux personnes décédées, les substances en cause et les opportunités d’intervention et de prévention des décès manquées. Les transcriptions des entrevues ont été passées en revue, codées et regroupées pour cerner les principaux thèmes.

Qu'avons-nous appris ?

Tous les groupes sociodémographiques et socioéconomiques sont touchés

De nombreux participants ont expliqué que les décès par surdose ne se produisent pas seulement chez les personnes ayant une consommation chronique de substances. Ces dernières années, le profil des personnes qui décèdent dans de telles circonstances a changé. En plus des décès chez les personnes avec une consommation chronique, les coroners et les médecins légistes voient maintenant d’avantage de décès chez des personnes de tous les groupes sociodémographiques et  socio-économiques et de tous âges, qui souffrent de douleurs chroniques et qui consomment des drogues occasionnellement ou pour la première fois. Néanmoins, certaines populations sont plus touchées par des décès par surdose, tel que décrit ici-bas.

Santé mentale, toxicomanie, traumatisme et stigmatisation

Des antécédents de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de traumatisme ou de stigmatisation étaient souvent identifiés par les participants. Ces derniers ont également souligné que certaines personnes décédées d’une surdose présentaient simultanément plus d’un de ces facteurs. Le décès de personnes ayant des problèmes de santé mentale non traités ou non diagnostiqués était un thème souvent mentionné lors des entrevues.

Tolérance réduite aux drogues

Une diminution de la tolérance aux drogues a été identifiée comme un facteur par certains participants. Des exemples ont été donnés de personnes qui ont subi une surdose après une récente sortie de prison ou d’un centre de traitement. Si ces personnes n’ont pas consommé régulièrement de drogues dans ces milieux, elles peuvent développer une tolérance réduite aux drogues. Ceci peut avoir comme conséquence une surdose si elles recommencent à consommer autant de drogues qu’auparavant.

Aide non-disponible au moment de la surdose

Les participants ont expliqué qu'il est fréquent de voir que les personnes qui ont fait une surdose avaient consommé de la drogue alors qu'elles étaient seules, sans personne à proximité qui aurait pu intervenir. Les participants ont également décrit des scénarios où une personne avait fait une surdose en présence d'autres personnes, mais celles-ci ne connaissaient pas les signes d'une surdose ou n'étaient pas en mesure de les remarquer et d'intervenir (parce qu'elles dormaient, par exemple).

Manque de soutien et de coordination des services

Le manque de soutien social était un thème souvent abordé par les participants. Plusieurs personnes décédées dont les décès ont fait l’objet d’une enquête, n’avaient pas le soutien de proches ou d’amis, n’avaient pas de liens avec leur famille ou vivaient seules, ce qui augmentaient leur vulnérabilité.

Le manque d’une approche globale et coordonnées entre les services de santé et les services sociaux a été également souligné par certains participants. Ceux-ci ont parlé de personnes qui avaient de nombreuses interactions avec le système de santé et d’autres services sociaux peu avant leur décès.

Polytoxicomanie et l'utilisation de plusieurs substances

Nous avons questionné les participants au sujet des substances fréquemment identifiées dans les décès liés aux opioïdes et aux drogues qu’ils ont examinés. Un grand nombre de substances ont été mentionnées, surtout l’alcool, le fentanyl, la méthadone, la cocaïne, le carfentanil, l’hydromorphone, les benzodiazépines, la morphine, l’héroïne et les méthamphétamines. À noter qu’il ne s’agit pas d’une liste exhaustive. Il y avait un certain nombre de similitudes entre les provinces et les territoires, mais il y a aussi des différences régionales.

Les participants de huit provinces et territoires impliqués dans cette étude ont identifié la consommation de plusieurs substances comme un enjeu. Cela est attribuable en partie à la consommation volontaire de multiples substances. Cependant, les participants ont expliqué comment certaines personnes décédées d'une surdose liée à des opioïdes ou à d'autres drogues ne savaient peut-être pas que les drogues qu'elles avaient achetées contenaient également d'autres substances, comme le fentanyl ou le carfentanil.

Limites de l'étude

Les coroners et les médecins légistes des provinces et territoires participants n’ont pas tous été interviewés et ce ne sont pas tous les provinces et territoires du Canada qui ont participé à cette étude. Notamment, une province qui est fortement touchée par la crise des opioïdes n’a pas participé. Les opinions présentées ne représentent donc qu’un sous-ensemble de la communauté chargée des enquêtes sur les décès. Le biais de rappel peut avoir une incidence sur les réponses, celles-ci présentant des cas plus récents ou mémorables. De plus, cette étude présente un aperçu des caractéristiques des personnes décédées au moment où les entrevues ont eu lieu. Celles-ci peuvent changer au fur et à mesure que la situation évolue.

Bien que les participants à cette étude aient parfois discuté de leurs expériences personnelles en tant que membres de la famille, amis, collègues, soignants ou prestataires de services aux personnes décédées, la présente étude a porté sur leurs perceptions en tant que professionnels et n’était pas mené dans le but de comprendre leurs perceptions basées sur leurs expériences personnelles. Cette étude n’a pas non plus examiné les surdoses non mortelles liées aux opioïdes ou aux autres drogues. D’autres recherches et enquêtes sont nécessaires afin de répondre à ces besoins prioritaires en matière d’information.

Remerciements

Nous tenons à remercier tous les participants des bureaux des coroners et des médecins légistes de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et des Territoires du Nord-Ouest d'avoir pris le temps de partager leurs connaissances et leurs réflexions basés sur leurs expériences. Nous remercions également tous les membres du Groupe de travail sur la surveillance des surdoses d'opioïdes et du Forum national des coroners en chef et des médecins légistes en chef pour leurs commentaires.

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