Relever le défi du logement dans le Nord

Par : Kiley Daley – Doctorant, Université de Dalhousie

La demeure prototype du projet Healthy Homes in Nunatsiavut, Nain, Labrador. (Photo: FGMDA Architectes)
La demeure prototype du projet Healthy Homes in Nunatsiavut, Nain, Labrador. (Photo: FGMDA Architectes)

Contexte

La pénurie de logements convenables dans le Nord a ralenti les progrès à l’égard de nombreux enjeux économiques, sociaux et liés à la santé dans la région. La construction et l’entretien des logements dans le Nord s’avèrent difficiles en raison de l’environnement arctique, du changement climatique, de la courte durée de la saison de construction et du nombre limité des ressources locales. Les coûts liés à la construction sont en moyenne 150 p. 100 plus élevés dans le Nord que dans le reste du Canada et les coûts réels engagés dans les collectivités isolées sont probablement encore plus élevés (CNDEA, 2014). Le nombre de collectivités ayant accès à un logement adéquat varie selon les régions, atteignant un sommet de 90 p. 100 au Yukon, mais chutant à seulement 62 p. 100 au Nunavut et à 58 p. 100 au Nunavik (CNDEA, 2016). Le coût des logements constitue un obstacle pour de nombreuses personnes, d’où la dépendance marquée à l’égard du logement social. La plupart des logements sociaux actuels sont vétustes; ils ont besoin de réparations importantes et sont inefficaces sur le plan énergétique. De plus, il est fréquent que la conception des logements ne soit pas adaptée sur le plan culturel aux familles autochtones et ne tienne pas compte des nécessités de la vie dans le Nord. Le surpeuplement des logements est un problème de taille dans le Nord et a été associé à divers effets néfastes sur la santé, notamment la prévalence des infections respiratoires, la transmission d’agents pathogènes d’une personne à l’autre, les mesures élevées du stress chronique et les faibles niveaux liés à l’état de santé général autodéclaré (Anderson et Thompson, 2016; Minich et collab., 2011; Statistique Canada, 2010; Riva et collab., 2014; Ruiz-Castell et collab., 2015; Tse et collab., 2016). Outre la pénurie de logements, la croissance démographique élevée – en particulier chez les peuples autochtones – se poursuit à la grandeur du Nord, ce qui accentue encore davantage la pression qui s’exerce sur le parc de logements, dont le nombre est déjà limité. (Statistique Canada, 2008). Étant donné l’accroissement de la demande en logements adéquats, il est nécessaire de se tourner vers des concepts et des technologies qui sont adaptés aux conditions et aux collectivités nordiques pour améliorer la qualité de vie des résidants et stimuler le développement économique à long terme dans la région.

Solutions potentielles

Un certain nombre de projets ont été lancés récemment afin de s’attaquer au problème du logement dans le Nord sous divers angles. À la suite des consultations communautaires, on a amélioré la conception des logements afin que leurs caractéristiques et leur aménagement soient mieux adaptés à la vie dans le Nord. La science du bâtiment a été la scène d’importantes innovations au cours des dernières années, et en apportant des modifications pour tenir compte des conditions dans le Nord, on peut rendre les maisons moins énergivores et plus résistantes au climat arctique. Ainsi, le projet Healthy Homes in Nunatsiavut (InosiKatigeKagiamik Illumi) est un programme qui vise la construction de maisons adaptées à la culture, abordables et adaptées au climat dans la région inuite du Labrador (Centre de recherche du Nain, 2015). La première étape a consisté à recueillir le point de vue des résidants locaux sur divers aspects de la conception. Parmi les suggestions que ces derniers ont présentées, notons l’ajout de porches extérieurs pour y ranger le matériel de chasse; de grands éviers en acier inoxydable pour préparer les peaux de phoque ou nettoyer le poisson; des espaces ouverts pour permettre les rassemblements de nombreuses personnes ou différents plans d’aménagement du mobilier; et une chambre à coucher supplémentaire pour tenir compte des besoins changeants des familles multigénérationnelles (Bennett, 2015). Le modèle initial, un projet pilote, est un immeuble à logements multiples, qui est plus économique qu’une maison unifamiliale. Grâce à un certain nombre de caractéristiques, il sera possible d’obtenir une « chaleur à prix abordable » et d’éviter les problèmes, chroniques au Nunatsiavut, de maisons mal chauffées, à savoir tuyaux gelés, dommages causés par l’humidité et moisissures. L’aménagement de grandes fenêtres donnant sur le sud permettra de maximiser le chauffage solaire passif et l’éclairage naturel; une configuration rectangulaire de base permettra de réduire au minimum les angles et les bords, par où s'échappe la chaleur; et une toiture étanche, sans combles, permettra d’éviter que de la neige soufflée par des vents violents s’infiltre par les évents de toiture (Bennett, 2015). Lorsque l’immeuble sera prêt, le gouvernement du Nunatsiavut collaborera avec des chercheurs de l’Université Laval afin d’évaluer les coûts qui y sont liés et son efficacité énergétique, ainsi que ses incidences sur la santé et le bien-être (Bennett, 2015).

Par ailleurs, la Société canadienne d’hypothèques et de logement a indiqué que le logement dans le Nord constitue un domaine prioritaire de la recherche et des politiques. Son projet de logement durable dans le Nord prévoit la conception, la construction et le suivi du rendement de quatre maisons de démonstration (SCHL, 2016). Deux de ces maisons sont situées dans la ville de Dawson, au Yukon, une à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest et une autre à Arviat, au Nunavut. Les collectivités d’accueil ont été consultées dès le début de la phase de conception afin de veiller à ce que les maisons soient adaptées sur le plan culturel, comme en témoignent les différences d’utilisation de l’espace observées dans chaque région. Par exemple, les maisons de Dawson ont été dotées d’une galerie couverte qui peut servir d’espace habitable extérieur, ou être transformée en chambres à coucher supplémentaires, au besoin (SCHL, 2014a). Dans le cas de la maison située à Arviat, collectivité qui n’est desservie par aucun accès routier et aux prises avec un hiver très long, elle a été dotée d’une grande salle de rangement chauffée dans laquelle on entrepose les marchandises dont la collectivité est approvisionnée annuellement par voie maritime (SCHL, 2014b). Toutes les maisons ont été pourvues de dispositifs qui permettent d’accroître l’efficacité énergétique et d’obtenir un environnement intérieur sain. Elles ont toutes été munies de ventilateurs-récupérateurs de chaleur pour assurer une bonne qualité de l’air et contrôler l’humidité intérieure tout en permettant que la maison demeure relativement étanche et retienne la chaleur. Les maisons ont également été conçues pour permettre l’installation future d’un système de chauffage utilisant l’énergie solaire (SCHL, 2016). Outre ces projets de démonstration, la SCHL joue également un rôle actif dans la mise au point de solutions de financement innovantes en matière de logement et met à profit les liens entre le logement et le développement économique dans le Nord.

Atelier sur l’infrastructure du logement dans l’Arctique

Il existe beaucoup d’autres organismes qui travaillent à l’amélioration du logement dans le Nord et, étant donné la complexité, la portée et l’urgence de la question, il faut intensifier la communication et la collaboration entre eux. Les 25 et 26 février 2016, Savoir polaire Canada (POLAIRE) a organisé un atelier intitulé Action concertée pour l’infrastructure du logement dans l’Arctique pour favoriser les relations entre les parties engagées dans cette cause. L’atelier, lui-même fruit de la collaboration de POLAIRE, de la SCHL, de Ressources naturelles Canada (RNCan) et du Conseil national de recherches (CNR), a réuni des spécialistes de toutes les régions du Nord, y compris de l’Alaska, ainsi que des régions du sud du Canada. Parmi les participants figuraient des spécialistes techniques provenant d’un éventail de disciplines, des occupants et des exploitants de logements privés et publics dans le Nord et des représentants des gouvernements nordiques afin de mettre en commun des connaissances, de collaborer et de continuer à établir une correspondance entre les progrès réalisés dans le domaine du logement et de la science, d’une part, et les besoins des collectivités nordiques, d’autre part.

Une ère nouvelle et encourageante semble s’amorcer pour le logement dans le Nord. Comme l’ont démontré les projets de la maison saine pour le Nunatsiavut et de la maison durable pour le Nord, les efforts de collaboration entre les intervenants communautaires engagés, les partenaires des secteurs public et privé, les chercheurs et les experts dans le domaine du bâtiment pourraient améliorer nettement la qualité de vie et le bien-être des résidants du Nord sans pour autant nécessiter des investissements notables.

Références :

Anderson, T. et Thompson, A. (2016). Évaluation des déterminants sociaux de la santé autodéclarée des Inuits de l’Inuit Nunangat, Enquête auprès des peuples autochtones de 2012. Statistique Canada. No 89-653-X2015007 au catalogue.
Bennett, J. (2015). Innovations en matière de logement au Nunatsiavut. Canadian Geographic, Le blogue polaire (19 juin 2015). Consulté à l’adresse : http://www.canadiangeographic.ca/blog/posting.asp?ID=1577#jump
CNDEA – Conseil national de développement économique des Autochtones. (2014). Étude sur les façons de répondre aux besoins en infrastructure dans les collectivités autochtones nordiques. Consulté à l’adresse : http://www.naedb-cndea.com/french/publications/
CNDEA – Conseil national de développement économique des Autochtones. (2016). Recommandations sur le développement d’infrastructures nordiques à l’appui du développement économique. Consulté à l’adresse : http://www.naedb-cndea.com/french/publications/
Minich, K., Saudny, H., Lennie, C., Wood, M., Williamson-Bathory, L., Cao, Z., Egeland, G.M. (2011). Inuit housing and homelessness: results from the International Polar Year Inuit Health Survey 2007 2008. International Journal of Circumpolar Health, 70: 520-531.
Riva, M., Plusquellec, P., Juster, R.P., Laouan-Sidi, E.A., Abdous, B., Lucas, M., Dery, S., Dewailly, E. (2014). Household crowding is associated with higher allostatic load among the Inuit. Journal of Epidemiology and Community Health, 68; 363-369.
Ruiz-Castell, M., Muckle, G., Dewailly, E., Jacobson, J.L., Jacobson, S.W., Ayotte, P., Riva, M. (2015). Household crowding and food insecurity among Inuit families with school-aged children in the Canadian Arctic. American Journal of Public Health, 105(3); e122-132.
SCHL – Société canadienne d’hypothèques et de logement. (2016). Profils de logements dans le Nord. Consulté à l’adresse : http://www.cmhc-schl.gc.ca/fr/prin/coco/hano/hano_006.cfm
SCHL - Société canadienne d’hypothèques et de logement. (2014a). Profils de logements dans le Nord : La Maison durable construite pour le Nord E/2 de Dawson. Consulté à l’adresse : http://cmhc.ca/fr/prin/coco/hano/upload/68160_W_ACC.pdf
SCHL - Société canadienne d’hypothèques et de logement. (2014b). Profils de logement dans le Nord : La maison durable construite pour le Nord à Arviat. Consulté à l’adresse : http://cmhc.ca/fr/prin/coco/hano/upload/68154_W_ACC.pdf
Statistique Canada (2010). An analysis of the housing needs in Nunavut: Nunavut Housing Needs Survey 2009/2010. Iqaluit, NU : Société d'habitation du Nunavut.
Statistique Canada (2008). Peuples autochtones du Canada en 2006 : Inuits, Métis et Premières nations, Recensement de 2006. Ottawa, ON, No 97-558-XIF au catalogue.
Tse, S.M., Weiler, H., Kovesi, T. (2016). Food insecurity, vitamin D insufficiency and respiratory infections among Inuit children. International Journal of Circumpolar Health, 75: 29954. – http://dx.doi.org/10.3402/ijch.v75.29954.
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