Martin Montreuil devient viral en Chine
Martin Montreuil est à la tête de la Direction de l’approvisionnement des services professionnels spécialisés. Il travaille à Services publics et Approvisionnement Canada depuis 20 ans. Le 12 mars 2020, son travail a pris un tout autre sens.
Martin Montreuil avait été directeur pendant 9 mois seulement lorsque la sous-ministre adjointe dont il relève, Arianne Reza, lui a demandé de faire ce que personne d’autre n’avait eu à faire auparavant : œuvrer dans le secteur responsable de la réponse à la pandémie pour trouver de l’équipement de protection individuelle (EPI) au nom du gouvernement du Canada. Il ne s’attendait pas à une tâche si énorme et stressante pour laquelle il n’y avait ni guide ni précédent.
Dès le premier jour, Martin et son patron, Alain Dorion, se sont mis au travail, en diffusant leurs coordonnées sur le site Web achatsetventes.gc.ca et en faisant savoir aux fournisseurs potentiels que le gouvernement du Canada avait besoin d’EPI au plus vite.
Puis, la situation la plus inattendue s’est produite.
« Tout se passait bien entre jeudi et dimanche, se souvient Martin. Les fournisseurs communiquaient avec nous et affirmaient avoir de l’EPI pour nous. Puis, dimanche soir, mon téléphone s’est mis à sonner de plus belle et ma boîte courriel débordait. »
Alain et Martin recevaient des centaines d’appels, de courriels et de messages textes. Les représentants commerciaux d’Affaires mondiales Canada en Chine leur ont expliqué : « On s’inquiète pour vous. Vos noms font l’objet d’une popularité incroyable sur les médias sociaux chinois ».
Martin rigole en se remémorant ces premiers jours semés d’embûches : « La popularité est une chose, mais la popularité en Chine en est une autre. On recevait des courriels de tous les gens qui avaient des membres de leur famille qui travaillaient dans une usine de masque chinoise et tout le monde avait des masques à nous vendre. Enfin, nous avons quand même pu profiter de cette visibilité ».
Environ 30 employés se sont rapidement joints à l’équipe. « Ce sont là des gens d’action qui ont la santé des Canadiennes et des Canadiens à cœur, a déclaré Martin. Ce sont des employés extraordinaires qui ne regardaient pas l’horloge et qui ne pensaient pas au nombre d’heures de travail ».
« Après près de deux mois de longues journées de travail, nous leur avons dit que si certains d’entre eux souhaitaient prendre une pause et revenir à leur emploi habituel, on pouvait leur trouver des remplaçants, que l’on comprendrait tout-à-fait. À notre grande surprise, personne ne voulait nous laisser tomber ».
Les journées étaient longues. « Nous recevions des centaines de courriels par jour, a dit Martin. Nous devions donc nous fixer des priorités. Nous communiquions aussi efficacement que possible en nous assurant que nos téléphones étaient toujours chargés. J’appelais mes journées les plus occupées des journées à deux charges : lorsque je devais recharger mon téléphone deux fois.
Une journée typique commençait par un appel à 7 h afin de recevoir les mises à jour de la Chine, où c’était le début de la soirée. Je donnais mon dernier coup de téléphone à 20 h afin de dire à nos gens en Chine ce qui devait être fait pendant que nous dormions. Je finissais vers 21 h 30.
Cela dit, je me souviens d’une journée où j’ai terminé de négocier un contrat à 4 h. Nous devions être prudents afin de ne pas payer trop cher tout en veillant à obtenir ce dont nous avions besoin le plus rapidement possible. C’était toute une aventure. »
La conjointe de Martin aidait ses collègues et ses clients à Emploi et Développement social Canada pendant la période la plus occupée de l’urgence en approvisionnement et elle était occupée à résoudre des questions relatives aux divers programmes de soutien pour les Canadiens.
Comme des millions d’autres Canadiens qui travaillaient de la maison, le couple avait également des obligations familiales et, dans leur cas, il s’agissait de leur fils de 14 ans. « Nous surveillions ses devoirs pour nous assurer que tout était fait. Par contre, et de manière plus importante, nous avons dû apprendre à avoir davantage confiance en sa capacité d’autonomie au lieu de nous concentrer sur la qualité de ses devoirs. Il est maintenant de retour à l’école et plus indépendant que jamais. En fin de compte, cette expérience aura sans doute été positive pour lui. »
En juin, il prenait sa première semaine de vacances depuis le début de la pandémie. Martin calculait qu’il avait travaillé 100 jours consécutifs. Les choses se sont calmées depuis le rythme effréné de ces premiers mois, mais les provinces continuent de demander de l’EPI.
Cette situation de tension entre le besoin pressant en EPI, le prix et la rapidité de livraison s’est peu à peu détendue. L’équipe de 30 personnes n’en comporte maintenant plus qu’une quinzaine environ. Ces mois intenses ont formé de solides amitiés qui devraient, selon Martin, durer pour toujours.
Ces solides amitiés n’ont d’égal, explique-t-il, que les relations de collaboration remarquables qui ont été nouées avec les autres ministères, tout spécialement Affaires mondiales Canada, les Forces armées canadiennes et l’Agence de la santé publique du Canada. Une nouvelle expertise en passation rapide et efficace de contrat a résulté de cette collaboration.
« Tous les gens d’Affaires mondiales sur le terrain en Chine, les délégués commerciaux et les autres nous ont vraiment aidés. Pour moi, cela constitue une leçon à retenir. Si cette urgence prenait fin et que le niveau de coopération dont nous avons pu être témoins entre les ministères pouvait se poursuivre, ce serait là l’acquis le plus important de cette terrible pandémie. »
Martin devient émotif lorsqu’on l’interroge au sujet de ses motivations et de ce qui l’a motivé à mener à bien cette tâche ardue. « Ma mère a eu 80 ans en septembre et je voulais le voir le jour où elle aurait 80. Mon épouse a une grande famille. Il y a des parents et des grands-parents… Lorsqu’on fait un travail comme celui-là, ce sont les gens qu’on connaît qu’on garde à l’esprit. »
« Alors oui. J’ai apprécié ce défi et, si nécessaire, je me lancerais encore demain matin. »