Discours de la ministre Freeland au Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique

Discours

Le 5 mai 2018 - Dacca, Bangladesh

Sous réserve de modifications. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles du gouvernement du Canada et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à sa politique sur les communications.

Assalam Aleikum.

Je remercie Son Excellence, la première ministre Sheikh Hasina, et mon ami, le ministre des Affaires étrangères [M. Abul Hassan Mahmood] Ali.

Je suis très honorée de me joindre à vous pour cette 45e session du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique [OCI].

Je remercie tout particulièrement l’OCI, et le secrétaire général, M. [Youssef] Al-Othaimeen, pour cette occasion qui m’est donnée de prendre la parole à cette session en tant que ministre non membre.

Comme membres de l’OCI, vous venez de contextes différents, vos réalités sont différentes et vous faites face à des enjeux différents également. Cela étant, votre présence au sein de l’OCI autour d’un lien fort qui vous unit est remarquable. L’OCI est une organisation qui évolue au fil du temps et le Canada est fier d’être présent avec vous, et à vos côtés.

Le Canada attache une grande importance à ses relations avec les différents pays et les divers peuples que représente l’Organisation de la coopération islamique.

Plus d’un million de musulmans d’origines ethniques diverses habitent au Canada.

Fait intéressant, la première mosquée du Canada, la mosquée Al-Rashid, a été construite à Edmonton en 1938, pas très loin de l’endroit où je suis née, à Peace River.

Depuis l’arrivée des premiers musulmans au Canada, la communauté musulmane a grandement contribué à la société canadienne.

Deux de mes collègues au Cabinet sont musulmans : Ahmed Hussen, notre ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, et Maryam Monsef, notre ministre de la Condition féminine. Tous deux ont été accueillis au Canada comme réfugiés.

Ahmed a été le premier ministre responsable de réfugiés qui a été lui-même réfugié, et Maryam a été la première musulmane à entrer au Cabinet dans l’histoire du Canada.

Qu’un musulman qui a fui la Somalie lorsqu’il était adolescent puisse devenir le ministre responsable du ministère qui régit la citoyenneté et l’immigration au Canada est un témoignage concret et éloquent de l’ouverture du Canada envers les personnes de confession musulmane.

Depuis l’élection de notre gouvernement en 2015, nous avons accueilli près de 50 000 réfugiés syriens.

Même si ce nombre est loin de celui qu’ont accueilli les voisins de la Syrie et certains pays européens, les Canadiens sont fiers de leur contribution, et nous savons que ces nouveaux Canadiens ont un avenir prometteur devant eux.

Cela étant dit, je dois aussi reconnaître que le Canada est loin d’être parfait.

La discrimination et la haine existent encore dans notre société.

Le terrible attentat survenu l’an dernier dans une mosquée à Québec est un rappel grave et tragique de cette réalité.

Dans la foulée de ce terrible incident, notre gouvernement a appuyé une motion, parrainée par ma collègue, la députée Iqra Khalid, condamnant l’islamophobie et engageant le Parlement à faire réaliser une étude par un comité parlementaire pour évaluer les meilleurs moyens que le Canada peut utiliser pour combattre le racisme et la discrimination religieuse.

Mes amis de confession musulmane : notre gouvernement et notre pays vous soutiennent.

Cela m’amène au sort des Rohingyas.

Je suis d’accord avec le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Al-Hussein, qui a décrit la campagne contre les Rohingyas comme « un parfait exemple de nettoyage ethnique » et qui a dit « soupçonner fortement que des actes de génocide aient pu avoir lieu dans l’État de Rakhine depuis le mois d’août ».

Nous, les membres de la communauté internationale, devons nous engager à tenir les auteurs de ces crimes responsables de leurs actes.

Nous devons nous efforcer de dégager clairement la voie à suivre pour nous permettre de tenir responsables les auteurs des atrocités et des violations des droits l’homme commises dans l’État de Rakhine. Nous devons aussi coordonner nos efforts pour établir une paix durable au Myanmar. Nous espérons que les membres de l’OCI continueront d’exercer un solide leadership dans ce dossier et nous espérons travailler en étroite collaboration avec vous.

Nous soutenons les travaux de la Mission d’établissement des faits au Myanmar du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui remettra un rapport au Haut-Commissariat en septembre.

Le Canada a déjà imposé des sanctions au major-général Maung Maung Soe en vertu de sa Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus pour son rôle dans l’oppression, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité visant la minorité rohingya au Myanmar.

Il est aussi essentiel que les membres de la communauté internationale joignent leurs forces pour soutenir les efforts humanitaires urgents.

Au nom de mon gouvernement, de tous les Canadiens et en particulier de la communauté rohingya au Canada, je veux profiter de cette occasion pour saluer le Bangladesh et les communautés d’accueil que nous avons été nombreux à visiter hier et qui ont accueillis des centaines de milliers de Rohingyas en quête d’un refuge et leur ont donné une aide vitale.

Hier, dans les camps, nous avons entendu l’histoire d’un enfant qui a trouvé la mort la journée même dans un glissement de terrain ayant grièvement blessé deux autres enfants.

Cet évènement tragique fait ressortir l’importance des efforts pour répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables exposées au danger grave et imminent que représentent les glissements de terrain et les inondations pendant la mousson.

Au cours des six derniers mois, l’envoyé spécial du Canada au Myanmar — mon ami, l’honorable Bob Rae — a mené des recherches approfondies, s’est déplacé à de nombreux endroits et a rencontré un grand nombre d’interlocuteurs pour prendre la mesure des violences qui se sont produites depuis le mois d’août et qui ont poussé tant de gens à fuir.

Nous évaluons actuellement les recommandations formulées par monsieur Rae dans son rapport et nous énoncerons bientôt les nouvelles mesures que le Canada compte prendre pour aider à répondre aux besoins des Rohingyas et de ceux qui leur portent secours.

L’histoire nous dit ce qui arrive lorsque nous ne nous opposons pas à la persécution des minorités ethniques ou religieuses. Dans la première moitié du vingtième siècle, nous avons laissé la haine et l’antisémitisme fermenter en Europe, ce qui a mené à l’Holocauste. En Afrique, il y a 24 ans, ce mal a engendré le génocide rwandais.

Il est crucial que vous, les pays à majorité musulmane réunis ici aujourd’hui, preniez des mesures concrètes. Vos pays peuvent unir leurs forces. Vous pouvez être au premier rang des pays qui disent que ceux qui persécutent les minorités, que ceux qui alimentent la discrimination et que ceux qui commettent des crimes contre l’humanité, seront tenus responsables de leurs actes dans le respect de l’état de droit.

Le Canada sera là pour vous soutenir.

En fait, nous croyons qu’il est essentiel que les pays où existe une minorité musulmane, comme le mien, se portent à la défense de cette minorité victime de terribles persécutions.

Comme monsieur Rae l’a écrit dans rapport : « L’histoire nous enseigne qu’un génocide ne jaillit pas de nulle part. C’est un phénomène qui débute par des discours haineux, suivis de politiques d’exclusion puis de discrimination juridique, de politiques d’élimination et qui se termine par un mouvement d’extermination massive. »

Nous pouvons, et nous devons, agir pour protéger les Rohingyas qui risquent de subir ce sort.

Hannah Arendt, la philosophe politique de renom, a beaucoup réfléchi aux causes du génocide. Dépouillée de sa citoyenneté par les nazis, elle a écrit que la privation de citoyenneté devrait être classée comme un crime contre l’humanité. L’exil est terrible, avance-t-elle, car elle place ceux qui en font l’objet hors de la protection de la loi.

Et c’est précisément ce qui est arrivé aux Rohingyas.

Les musulmans, y compris les Rohingyas de confession musulmane, ont déjà été bien intégrés au tissu social du Myanmar.

De fait, madame Alia Hogben, la directrice générale du Conseil canadien des femmes musulmanes, est née dans ce pays qu’on appelait alors la Birmanie. Son oncle était ministre au sein du Cabinet d’Aung San, comme elle l’a raconté dans un témoignage émouvant lors d’une récente rencontre.

Aujourd’hui, la situation est bien différente.

Hier, dans les camps, les réfugiés ont décrit la brutalité de l’exil et la déshumanisation des Rohingyas.

Nous avons entendu parler de familles déchirées, de femmes et de maris, de frères et de sœurs, de cousins, d’amis et de voisins qui ne se sont pas vus depuis des années.

Mais ce qui fait le plus froid dans le dos, ce sont les témoignages qui font état de l’utilisation du viol comme arme. Les femmes nous ont dit que leurs toilettes avaient été détruites, ce qui les forçait à se servir de latrines extérieures, là où elles sont une cible plus facile pour leurs agresseurs. Elles nous ont décrit comment elles couvraient leur visage de boue pour être des proies moins alléchantes.

Nous appelons le Conseil de sécurité à intégrer systématiquement la violence sexuelle comme critère à désignation particulière dans le régime de sanctions des Nations Unies.

Même si l’exode des Rohingyas a ralenti, chaque jour, nombreux sont ceux qui sont encore forcés de fuir.

Les récits de gens qui sont arrivés au cours des deux dernières semaines sont essentiellement les mêmes que ceux de gens qui sont arrivés depuis le mois d’août.

Les atrocités doivent cesser. Justice doit être rendue. Et il nous appartient d’y voir.

Je vous remercie.

Contacts

Adam Austen
Attaché de presse
Cabinet de la ministre des Affaires étrangères
Adam.Austen@international.gc.ca

Le Service des relations avec les médias
Affaires mondiales Canada
343-203-7700
media@international.gc.ca
Suivez-nous sur Twitter : @CanadaPE
Aimez-nous sur Facebook : La politique étrangère du Canada - Affaires mondiales Canada

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :