Discours de la ministre Monsef dans le cadre d’un événement visant à annoncer de nouveaux investissements importants en appui aux droits des femmes et à l’égalité des genres au pays et à l’étranger lors de la Conférence Women Deliver 2019

Discours

Le 2 juin 2019 – Vancouver (Colombie-Britannique)

Sous réserve de modifications. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles du gouvernement du Canada et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à sa politique sur les communications

Bonjour, salam alaikum aux musulmans qui se trouvent parmi nous, à ceux et celles qui observent le ramadan. C’est un grand privilège d’avoir été invitée sur ce territoire où habitent les peuples Squamish, Musqueam et Tsleil-Waututh depuis des générations, et d’être dans cette salle avec des artisans du changement, dans cette salle où la fébrilité est palpable parce nous avons accompli quelque chose d’assez exceptionnel ensemble. Nous sommes réunis ici parce que nous croyons que l’égalité des genres est avantageuse pour tous.

Viser l’égalité des genres est la bonne chose à faire. C’est une question d’équité. C’est ce que nos mères et nos grands-mères et leurs prédécesseures ont revendiqué.

C’est aussi un choix judicieux à faire. Comme l’affirme le premier ministre Justin Trudeau, l’égalité des genres est avantageuse pour l’économie. Ici, au Canada, quand davantage de femmes participeront à l’activité économique, cela se traduira par des retombées de 150 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. À l’échelle mondiale, il est question d’un apport de 12 billions de dollars à l’économie.

L’égalité des genres est avantageuse pour tous; si nous avons des gouvernements et des premiers ministres qui déclarent maintenant, avec fierté, être féministes, si nous voyons la valeur économique, sociale et politique de l’égalité des genres, c’est grâce à un mouvement qui a travaillé sans relâche pour nous mener là où nous sommes aujourd’hui.

Nous faisons tous partie de ce mouvement : un mouvement qui existait bien avant notre arrivée, un mouvement qui se poursuivra bien après notre départ. Au fil de l’histoire, dans le monde entier, les organisations de femmes sont aux premières lignes du mouvement des femmes, suscitant le changement afin de bâtir un monde meilleur pour tous.

Cependant, pendant presque toute notre histoire collective, les femmes n’ont pas eu accès aux structures de pouvoir établies. Malgré tout, nous avons persévéré, nous nous sommes organisées et nous nous sommes exprimées. Nous avons insisté pour qu’il y ait du changement, insisté pour qu’il y ait du progrès, insisté pour favoriser l’égalité.

Il y a plus de deux siècles, en 1789, les Parisiennes se sont rassemblées à Versailles pour protester contre le prix du pain.

En 1956, 20 000 femmes ont marché dans les rues de Pretoria, en Afrique du Sud, pour protester contre les lois sur les laissez-passer qui limitaient les déplacements des Noirs.

Au cours de ma vie, les femmes de l’Afghanistan ont mis sur pied un réseau d’enseignement clandestin pour veiller à ce que leurs filles aient une éducation, malgré la volonté des talibans.

En 2012, le mouvement « Idle no more » a débuté ici même au Canada, et ces femmes et leurs alliées persévèrent encore et encore.

En 2016, 30 000 femmes vêtues de noir se sont rassemblées à la place du palais à Varsovie pour protester contre le projet d’interdiction de l’avortement.

Quelques jours plus tard, des dizaines de milliers de manifestantes se sont rassemblées à la Plaza de Mayo, à Buenos Aires, en guise de protestation contre la violence faite aux femmes.

Puis il y a eu des marches de femmes partout dans le monde ainsi que les mouvements #MeToo et #TimesUp.

Ce ne sont pas là que des moments isolés dans le temps. Voilà à quoi ressemble un mouvement : un nombre croissant de femmes, d’hommes, de gens de toutes les identités et de toutes les expressions de genres qui se mobilisent et qui déclarent, « ça suffit !»

La pérennité de ce mouvement est ma grande priorité, ce que le premier ministre Trudeau appuie entièrement, parce que les organisations de femmes sont le pilier du mouvement de l’égalité des genres. Vous êtes présents dans chacune des provinces et dans chacun des territoires. Vous offrez des services aux femmes et aux filles qui habitent dans des zones rurales, dans des milieux urbains et dans certaines des régions les plus éloignées de notre pays. Vous soutenez les femmes de toutes les expériences de vie et de toutes les sphères de la société. Vous travaillez avec acharnement, avec conviction et avec compassion, pour faire progresser les droits des femmes et des filles partout au Canada. Nous vous devons beaucoup plus que nos simples remerciements.

Toutes ces organisations et tous ces mouvements dirigés par les femmes ont changé le cours de l’histoire, écrivent nos histoires et continuent de changer le cours de l’histoire.

Vous êtes le moteur de l’action dans des dossiers de toutes sortes, allant de la défense des droits à l’avortement à l’environnement, en passant par le racisme, la violence, le développement économique et la réconciliation, et j’en passe.

Vous êtes le meilleur moyen de faire progresser l’égalité des genres. Or, depuis beaucoup trop longtemps, et c’est ce que nous ont dit les représentantes d’organisations de femmes et les militants pour l’égalité ici au Canada et dans le monde entier, la pérennité de vos efforts a été tributaire des caprices et des valeurs des gouvernements au pouvoir. Quand du financement était disponible, il était assorti de conditions qui ont empêché beaucoup trop de gens de planifier la suite et d’établir des plans stratégiques pour attirer et retenir les meilleurs talents et, la plupart du temps, ces conditions ont provoqué de l’épuisement parce que vous étiez débordés à traiter des demandes de subventions plutôt qu’à vous concentrer sur les gens qui dépendent de vous.

Les organisations de femmes ont été continuellement sous-financées, sous-estimées et minées, et elles manquent de ressources. Et qu’en est-il ressorti? Du travail en vase clos et de la concurrence, plutôt que de la collaboration.

Je suis donc ici pour dire, « ça suffit », ou « basia » comme me le dirait ma mère.

Aujourd’hui, c’est avec grand plaisir que j’annonce que le Canada transforme la manière dont nous investissons dans les organisations et les mouvements de femmes, ici au Canada et dans le monde entier.

Commençons par chez nous. Nous sommes à conclure trois partenariats de financement novateurs pour soutenir les organisations de femmes au Canada. En plus d’un investissement fédéral pouvant atteindre 30 millions de dollars, chacun de nos partenaires s’est engagé à verser des fonds de contrepartie et à doubler l’investissement du gouvernement, ce qui donnera un financement total pouvant atteindre 60 millions de dollars. Ces partenaires sont les Fondations communautaires du Canada, la Fondation canadienne des femmes et Grands Défis Canada.

Qu’accompliront ces organisations?

Les Fondations communautaires du Canada recevront jusqu’à 10 millions de dollars et verseront un montant équivalent pour soutenir des initiatives en matière d’égalité des genres d’un bout à l’autre du Canada. Elles comptent plus de 190 partenaires au pays qui mobiliseront les gens de toutes les cultures, de toutes les langues et de toutes les générations.

La Fondation canadienne des femmes recevra jusqu’à 10 millions de dollars et versera un montant équivalent pour aider les femmes vivant dans les régions rurales, éloignées et nordiques du Canada à s’attaquer aux enjeux émergents.

Grands Défis Canada recevra jusqu’à 10 millions de dollars et versera un montant équivalent pour héberger une plateforme dirigée, conçue et mise en œuvre par des Autochtones, qui donnera aux femmes, aux innovateurs et aux collectivités autochtones les moyens de cerner et de résoudre les défis au sein de leurs collectivités. Cette plateforme transformera des vies et favorisera la croissance économique pour tous.

Ces initiatives de financement intersectorielles et axées sur la collaboration créeront de nouvelles possibilités pour faire en sorte que les organisations de femmes de tout le Canada aient accès à du financement stable, sûr et durable.

Récapitulons donc : ces organisations recevront 30 millions de dollars du gouvernement du Canada pour soutenir les organisations de femmes, dont celles au service des femmes vivant dans des collectivités autochtones, rurales, éloignées et nordiques. Nous vous invitons à faire des dons à ces organisations, et elles s’engageront à verser un montant équivalent.

Nous ne voulons cependant pas nous arrêter là : nous invitons aussi d’autres organisations qui visent à favoriser l’égalité des genres ici au Canada à établir un dialogue et à travailler avec nous dans le cadre de ce nouveau modèle de financement de contrepartie.

Maya Angelou a dit : « Chaque fois qu’une femme se lève pour elle-même, sans le savoir, et possiblement sans le faire valoir, elle se lève pour toutes les femmes. »

Et de nombreuses autres femmes, dont Audre Lorde, ont déclaré qu’à moins d’être toutes libres, aucune de nous n’est libre. Et donc aujourd’hui, nous nous levons pour nous-mêmes, ici au Canada, mais nous nous tenons aussi aux côtés des femmes du monde entier.

Aujourd’hui, nous écrivons un nouveau chapitre dans l’histoire des mouvements de femmes. Et je suis ravie d’annoncer que le gouvernement du Canada s’associera à des partenaires dans le cadre du Fonds pour l’égalité pour créer un partenariat autosuffisant et unique en son genre et faire un investissement de 300 millions de dollars pour soutenir les organisations de femmes du monde entier.

Permettez-moi de rendre hommage à ma prédécesseure, la ministre Marie-Claude Bibeau, qui a été la première à lancer l’appel, et de remercier les femmes qui se sont rassemblées et qui en ont réuni d’autres, en vue de créer un fonds par les femmes et pour les femmes.

En quoi consiste le Fonds pour l’égalité? Il s’agit d’un consortium d’organisations canadiennes et internationales qui a déjà mobilisé 100 millions de dollars et qui s’est doté d’un plan ambitieux en vue de mobiliser 1 milliard de dollars supplémentaires au cours des 15 prochaines années.

Cet investissement fait du Canada l’investisseur le plus important dans les organisations de défense des droits des femmes au pays et à l’étranger.

Les organisations de femmes peuvent donc continuer de concentrer leurs efforts à sauver et à transformer des vies, et le Fonds pour l’égalité leur procure le meilleur moyen d’y parvenir. Les Canadiens donnent plus de pouvoirs aux organisations de défense des droits des femmes. Il s’agit d’appuyer les femmes qui protestent contre l’érosion de leurs droits. Cet effort repose sur ce que le Canada a de mieux à offrir en matière de philanthropie, de leadership féministe, d’influence sociale, d’investissement et de développement international. Grâce aux efforts collectifs des secteurs publics et privés, des philanthropes et des organisations de la société civile, le Canada est maintenant le principal donateur pour les organisations de défense des droits des femmes, pour les droits des femmes et pour l’égalité des genres à l’échelle internationale.

Il s’agit là d’une histoire bien canadienne. Cela s’inscrit dans la fière tradition canadienne de maintien de la paix, de développement international et d’égalité. Nous sommes à la recherche d’autres intervenants qui s’intéressent à ce partenariat, et nous savons que l’intérêt est là parce que nous avons reçu des propositions concernant cette initiative de la part d’une douzaine de groupes. C’est la preuve que ce partenariat fonctionnera vraiment de façon intersectorielle.

Je tiens à remercier les gens qui ont rêvé grand et qui se sont adressés au gouvernement du Canada pour que ce rêve devienne réalité. Puissions-nous continuer de rêver grand parce que ces rêves peuvent vraiment se réaliser, surtout quand nous travaillons ensemble. Donc, Mesdames et Messieurs les philanthropes, participez. Mesdames et Messieurs du secteur privé, investissez. Quand vous investissez dans l’épanouissement des femmes, vous obtenez un excellent rendement sur votre investissement. Et tous les autres parmi vous, je vous invite à faire un don à FondsEgalite.ca.

Le site Web est maintenant en ligne, et comme le dit la remarquable et l’honorable Carla Qualtrough : « Ça change la donne ». Vous puiserez dans des réseaux, des investissements et des sources d’expertise plus vastes pour maximiser les contributions du Canada et en tirer parti. De même, vous aurez l’occasion de mobiliser encore plus de partenaires afin de renforcer le pouvoir des femmes et des filles, ici au Canada et à l’étranger.

C’est là l’héritage du Canada pour l’égalité des genres.

Le processus n’a pas été facile. Ce n’est pas le fruit du hasard. Cela s’inscrit dans la démarche féministe adoptée par le gouvernement du Canada à l’égard de la gouvernance. Cela fait partie de notre plan, un plan qui a donné des résultats, ici même au pays. L’égalité est un moteur de la croissance économique. Un million d’emplois ont été créés au Canada au cours des trois dernières années. Le nombre de femmes qui travaillent est maintenant plus élevé que jamais. Il y a maintenant plus de jeunes, plus de nouveaux arrivants, plus d’Autochtones, plus de personnes ayant un handicap qui travaillent au Canada qu’il n’y en a jamais eu. Et cela s’explique par le fait que nous voyons l’égalité comme un moteur de la croissance économique.

Le Canada enregistre le taux de chômage le plus faible en plus de quatre décennies. Un total de 825 000 Canadiens est sorti de la pauvreté, ce qui signifie que le Canada affiche le taux de pauvreté le plus bas de toute son histoire, et un million de Canadiens ont un logement sécuritaire et abordable. Et ce n’est qu’un début. Notre message est clair : viser l’égalité est la bonne chose à faire. C’est aussi un moteur de la croissance économique.

Si vous me le permettez, j’aimerais terminer en vous racontant une anecdote. Dans les années 1970, le taux de chômage était élevé au Canada et le premier ministre Pierre Elliot Trudeau avait décidé d’investir pour la première fois des fonds fédéraux dans les organisations communautaires. Vous avez une excellente idée? Vous voulez faire le bien? Le gouvernement fédéral va vous donner de l’argent.

Parmi ceux qui ont demandé et reçu des fonds se trouvait un groupe de jeunes femmes venues de partout au pays, dont une leader qui s’appelait Lynn Zimmer. Elles voyaient tout autour d’elles que leurs amies, elles-mêmes, leurs sœurs, leurs mères subissaient de la violence à la maison de la part de leur partenaire, et qu’elles n’avaient nulle part où aller. Et quand elles partaient, il n’y avait rien pour les protéger, et quand il n’y avait pas de filets de sécurité pour elles, elles revenaient souvent à la maison, ou dans certains cas, elles perdaient tragiquement la vie, pour ne plus être jamais vues ni entendues. Ces jeunes femmes ont décidé de prendre ces fonds et de créer des espaces où pouvaient aller les femmes et leurs enfants qui fuyaient la violence et les sévices, et ainsi leur permettre d’être en sécurité et de rebâtir leur vie.

Ces jeunes femmes, dont Lynn Zimmer qui est de Peterborough, en Ontario, sont devenues les premières au Canada à lancer le mouvement des refuges pour femmes.

Aujourd’hui, on compte plus de 600 refuges au pays qui sauvent et qui transforment des vies. Et en 1996, ma famille a quitté l’Afghanistan et s’est installée à Peterborough, en Ontario. Ma mère, une jeune veuve, avait amené ses filles au Canada pour qu’elles fassent des études parce que les talibans à l’époque ne voulaient pas que nous en fassions. Nous n’avions pas d’endroit où aller, mais vers qui nous nous sommes tournées? Vers le refuge du YWCA à Peterborough, en Ontario.

Ces filets de sécurité font toute la différence. Ces grands rêves font toute la différence.

Et si la prochaine Malala était en ce moment à Cox’s Bazaar [au Bangladesh], à attendre des investissements supplémentaires pour pouvoir réaliser son véritable potentiel?

Et si le prochain Steve Jobs était une jeune femme qui vit dans une relation abusive à Peterborough?

Et si la prochaine Christine Sinclair attendait quelque part que quelqu’un croie en elle?

Et si le prochain Steve Nash est quelque part à Women Deliver en ce moment à la recherche de partenariats supplémentaires?

Il est tout à fait opportun qu’à la veille de Women Deliver 2019, nous soyons ici pour bâtir un héritage durable pour les femmes et les filles, pour les organisations et les mouvements au Canada et dans le monde entier, afin qu’ils puissent défendre leurs droits, et par le fait même défendre tous nos droits.

C’est là un héritage. L’héritage des femmes qui se lèvent et qui revendiquent leurs droits. L’héritage des femmes qui inspirent les autres femmes à passer à l’action. L’héritage de l’égalité des genres.

Un héritage qui procure des bienfaits concrets pour l’ensemble de la société.

Merci. Miigwetch, teshakwa

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