Le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent

Nom de l’indicateur : Béluga
État : intermédiaire-mauvais
Tendance : Légère détérioration depuis 2018-2023
 

Rédaction :
Véronique Lesage – Chercheure
Biologie et Conservation des Mammifères Marins, Direction des Sciences
Pêches et Océans Canada

Illustration d'un béluga blanc nageant dans une mer bleue, sous une ligne de vagues blanches,
Renseignements sur les droits d’auteur

No de cat. : En78-6/2026F-PDF
ISBN : 978-0-660-99906-7

 

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510-234 rue Donald
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Publié avec l’autorisation du ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec
© Gouvernement du Québec, 2025

 

Also available in English under the title: St. Lawrence Estuary Beluga Whale

Faits saillants

Le déclin des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent, amorcé vers 2000, s’est atténué. De récentes avancées des méthodes d’inventaires ont permis de mieux estimer la population qui comptait 1530 à 2180 individus en 2022. Cependant, une forte mortalité des nouveau-nés, des femelles gestantes et, récemment, possiblement des juvéniles, freine le recrutement. Les récents changements de condition physique, de distribution estivale et de régime alimentaire indiquent l’influence probable de facteurs environnementaux, dont l’importance relative demeure incertaine.

Problématique

La population de l’estuaire du Saint-Laurent, située à l’extrême sud de l’aire de répartition de cette espèce arctique, est “en voie de disparition” et protégée au Canada en vertu de la Loi sur les Espèces en Péril. Décimée par la chasse commerciale (1700-1800s) et des mesures pour réduire sa taille et soi-disant protéger les poissons commerciaux (1900s), cette population stagne, ne comptant que 1530-2180 individus en 2022. Son aire de répartition actuelle, comprenant l’estuaire du Saint-Laurent et, de façon saisonnière, une partie du golfe du Saint-Laurent, est l’une des plus restreintes pour l’espèce.

Plusieurs facteurs potentiellement cumulatifs pourraient entraver son rétablissement. Le bruit chronique et le dérangement associé au trafic maritime, les risques de collision par de petites embarcations, et l’exposition à des composés chimiques hautement toxiques en sont quelques exemples. Depuis 2010, des eaux et de l’air plus chauds et une glace réduite coïncident avec une diminution du recrutement et de la survie des femelles gestantes et des changements de distribution. Le rôle relatif de ces facteurs reste incertain. Les observations récentes suggèrent que les mesures de protection instaurées demeurent insuffisantes pour rétablir cette population. Positivement, une diminution de l’occurrence de cancers depuis 15 ans suggère un effet bénéfique du bannissement de certains contaminants comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les biphényls polychlorés (BPCs). Cependant, certains composés organohalogénés pourraient toujours persister à des niveaux délétères pour les systèmes immunitaire et endocrinien. De surcroît, de nombreux contaminants émergents, à toxicité inconnue, ont été récemment introduits dans l’environnement, menaçant davantage le béluga.

Territoire à l’étude

Figure 1 : Plan St-Laurent

Habitat considéré important pour le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent de mai à octobre (Été : hachuré rouge) et de janvier à mars (Hiver : gris). Les informations disponibles pour les autres périodes n’ont pas permis l’identification de l’habitat important au printemps et à l’automne.
Description de la Figure 1

But de la figure

  • Illustrer la répartition spatiale des habitats importants d’une espèce marine dans l’estuaire et le golfe du Saint‑Laurent.
  • Montrer la différence saisonnière entre l’aire d’utilisation en été (hachures rouges) et en hiver (zones grisées).
  • Mettre en évidence les secteurs géographiques clés utilisés par l’espèce, notamment le fjord du Saguenay, l’estuaire moyen et l’estuaire maritime.

Étendue géographique

  • Carte centrée sur la portion estuarienne et maritime du Saint‑Laurent, au Québec.
  • Deux grandes subdivisions géographiques sont indiquées :
    • Estuaire moyen (secteur ouest de la carte).
    • Estuaire maritime (secteur est, plus ouvert vers le golfe).
  • Plusieurs localités servent de repères :
    • Baie‑Sainte‑Marguerite, Rivière Saguenay, Cap de la Boule, Colombier.
    • Sur la rive sud : Rimouski, Les Méchins, Rivière‑à‑Claude.
    • Sur la rive nord : Sept‑Îles, Pointe‑des‑Monts.
  • Une carte d’insertion situe la zone d’étude dans un contexte plus large incluant le Québec et le nord‑est des États‑Unis.

Éléments cartographiques et habillage

  • Orientation : présence d’une flèche du nord (selon la mise en page habituelle des cartes scientifiques).
  • Le fond cartographique montre :
    • Le relief côtier et les contours du littoral.
    • Le réseau hydrographique principal (Saguenay, estuaire du Saint‑Laurent).
  • Les zones saisonnières sont représentées par deux styles visuels contrastés :
    • Hachures rouges pour l’habitat d’été
    • Gris uniforme pour l’habitat d’hiver.
  • Les toponymes sont inscrits en noir, avec une hiérarchie visuelle selon l’importance des lieux.
  • Un encadré géographique (incrustation) montre la localisation régionale de l’aire d’étude.

Légende – signification des zones

  • Deux catégories principales :
    • Habitat d’été (Été) : zone hachurée en rouge, concentrée dans l’estuaire moyen et le Saguenay.
    • Habitat d’hiver (Hiver) : zone grisée, beaucoup plus étendue, couvrant l’estuaire maritime et une portion du golfe.
  • La légende distingue clairement les deux saisons par un code couleur et texture simple et intuitif.

Description des zones saisonnières

Habitat d’été

  • Concentré dans la partie ouest de la carte.
  • Comprend :
    • La Baie‑Sainte‑Marguerite et une portion du fjord du Saguenay.
    • L’embouchure du Saguenay dans l’estuaire.
    • Une zone du centre de l’estuaire moyen, en face de Rimouski.
  • La zone estivale est restreinte et bien délimitée, ce qui suggère un habitat essentiel, probablement lié à l’alimentation, la reproduction ou la présence de conditions écologiques favorables.

Habitat d’hiver

  • Beaucoup plus large et diffuse que la zone estivale.
  • Elle couvre :
    • Une grande partie de l’estuaire maritime.
    • La côte nord entre Pointe‑des‑Monts et Sept‑Îles.
    • Une portion du golfe du Saint‑Laurent.
  • La dispersion hivernale suggère une utilisation plus étendue du milieu, possiblement influencée par les glaces, la disponibilité de proies ou les conditions océanographiques.

Distribution spatiale (d’ouest en est)

  • Secteur Saguenay / estuaire moyen :
    • Habitat d’été très concentré autour du Saguenay et de la Baie‑Sainte‑Marguerite.
  • Secteur Rimouski – Les Méchins :
    • Transition entre les zones estivales et hivernales.
  • Secteur Pointe‑des‑Monts – Sept‑Îles :
    • Large zone d’habitat d’hiver occupant la côte nord.
  • Golfe du Saint‑Laurent :
    • Extension orientale de l’habitat hivernal.

Lecture et contrastes

  • Le contraste entre les hachures rouges (été) et le gris (hiver) permet de distinguer immédiatement les deux saisons.
  • Les toponymes servent de repères pour comprendre la distribution spatiale.
  • La carte d’insertion facilite la compréhension du contexte géographique global.
  • La superposition des deux saisons met en évidence un déplacement saisonnier marqué entre un habitat estival restreint et un habitat hivernal étendu.

Mesures Clés

Des relevés aériens photographiques et visuels, effectués par Pêches et Océans Canada, permettent d’estimer la taille de la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent et de suivre sa tendance au cours du temps. Les informations recueillies durant ces relevés servent également à identifier les habitats importants pour la population et à documenter de potentiels changements de distribution.

Le programme de suivi des carcasses, effectif depuis 1983, fournit des indices sur la mortalité en fonction de la structure d’âge. Selon le degré de dégradation des carcasses, elles sont soit échantillonnées sur place, soit transportées pour une nécropsie complète à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal où les pathologistes vétérinaires procèdent à divers prélèvements et déterminent les causes de mortalités (ex. : maladie infectieuse, cancer, traumatisme, etc.).

Les échantillons prélevés des carcasses sont soumis à diverses analyses, notamment afin de déterminer les changements dans la diète à l’aide de traceurs chimiques, le niveau d’exposition à divers contaminants toxiques, et la présence de certains pathogènes.

La taille de la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent est estimée à l’aide d’un modèle de dynamique des populations qui permet d’intégrer une panoplie d’informations spécifiques à cette population dans un cadre biologiquement réaliste pour l’espèce. Ces données comprennent notamment les indices d’abondance et de proportion de jeunes estimés par les relevés aériens, les causes de mortalités estimées par le programme de suivi des carcasses, des données indépendantes sur la proportion de jeunes dans la population et certains paramètres environnementaux.

État et tendances

Tendances et dynamique de la population

Des relevés aériens visuels et photographiques, réalisés depuis 1990, estiment l’abondance et la proportion de jeunes (0-1 an) dans la population. Combinées à d’autres sources d’information, comme les indices de mortalité par âge et sexe issus d’un suivi des carcasses depuis 1983, ces données permettent d’évaluer la taille et la tendance démographique dans un cadre biologiquement réaliste pour l’espèce.

Cette modélisation révèle qu’un déclin de la population, amorcé vers 2000, s’est poursuivi quelques années. Une légère croissance, possiblement liée à une diminution de l’occurrence des cancers, a suivi de 2008 à 2018, malgré une mortalité accrue chez les femelles gestantes et nouveau-nés. Depuis 2018, la croissance s’est atténuée et les effectifs semblent s’être stabilisés, pour se situer entre 1530 et 2180 individus en 2022. Si le faible recrutement et la mortalité élevée des femelles gestantes persistent, et que l’apparente augmentation de la mortalité chez les juvéniles est réelle, un nouveau déclin pourrait survenir.

Un inventaire aérien réalisé en 2025 permettra d’actualiser l’abondance et les résultats du modèle.

Suivi des carcasses et causes de mortalité

Une mise à jour des causes principales de mortalité depuis 2013 est en cours. Les nécropsies de 222 carcasses récupérées de 1983 à 2012, indiquent que les maladies infectieuses seraient la principale cause de mortalité, touchant surtout les juvéniles et environ un tiers des carcasses examinées. Le cancer était en cause dans 20 % des mortalités d’adultes. Cependant, aucun béluga né après 1971 ne présentait de cancer, époque correspondant à la mise en place de réglementations des HAP et BPC. Les complications liées à la mise bas représentaient 19 % des mortalités chez les femelles adultes en 2012, leur fréquence ayant augmenté depuis les années 2000 et demeurant élevée, même récemment.

Le suivi des carcasses montre que, malgré des variations interannuelles, le nombre annuel de bélugas retrouvés morts est demeuré stable de 1983 à 2025, avec une médiane de 15 par an. Depuis 2008, certaines tendances se dégagent selon l’âge ou le sexe. Durant 16 des 18 dernières années, les mortalités de nouveau-nés ont dépassé les maximums observés entre 1983 et 2007. Chez les adultes, le nombre de mâles retrouvés morts a diminué alors que celui des femelles est demeuré stable. Enfin, un nombre particulièrement élevé de juvéniles ont été retrouvés morts en 2023 et 2025, incitant un suivi attentif de cette classe d’âge clé pour le recrutement futur de la population.

Figure 2 : Nombre de carcasses

Nombre de bélugas de tous âges (cercles vides) et de nouveau-nés (cercles pleins) retrouvés morts annuellement dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent de 1983 à 2025. Les lignes discontinues horizontales représentent la médiane pour chacune des deux séries temporelles.
Description de la Figure 2

But de la figure

  • Illustrer l’évolution temporelle du nombre annuel de carcasses recensées sur une période d’environ quarante ans (1982–2024).
  • Comparer deux séries temporelles distinctes, représentées par deux styles de points et de lignes (cercles ouverts + ligne pointillée vs cercles pleins + ligne continue).
  • Mettre en évidence les tendances générales, les fluctuations interannuelles et les différences de niveaux moyens entre les deux séries.

Étendue temporelle

  • Échelle horizontale (axe des x) : Années de 1982 à 2024, couvrant plus de quatre décennies.
  • Les années sont espacées régulièrement, permettant une lecture continue des tendances.
  • La période inclut des phases de stabilité, des pics ponctuels et des variations marquées selon les séries.

Éléments graphiques et habillage

  • Axe vertical (y) : intitulé Nombre de carcasses, gradué de manière à représenter les valeurs observées (environ 0 à 20).
  • Deux séries de données :
    • Série 1 : cercles ouverts reliés par une ligne pointillée.
    • Série 2 : cercles pleins reliés par une ligne continue.
  • Deux lignes horizontales en pointillés indiquent les moyennes respectives des deux séries.
  • Le contraste visuel entre les symboles (ouvert vs plein) et les types de lignes (pointillée vs continue) facilite la comparaison.
  • Le fond est blanc, sans éléments décoratifs, ce qui met l’accent sur les données.
  • Les axes sont clairement étiquetés, avec une police simple et lisible.

Légende – signification des symboles

  • La figure distingue deux séries temporelles :
    • Série à cercles ouverts + ligne pointillée : valeurs généralement plus élevées, oscillant autour d’une moyenne d’environ 15 carcasses.
    • Série à cercles pleins + ligne continue : valeurs plus faibles, souvent sous 10 carcasses, avec un pic marqué autour de 2012.
  • Les lignes horizontales en pointillés représentent les moyennes annuelles de chaque série sur l’ensemble de la période.

Description des tendances (1982–2024)

Série à cercles ouverts (ligne pointillée)

  • Présente des fluctuations régulières d’une année à l’autre.
  • La majorité des valeurs se situent entre 10 et 20 carcasses.
  • La moyenne est relativement stable sur l’ensemble de la période.
  • Aucune tendance nette à la hausse ou à la baisse n’est visible, mais plutôt une variabilité interannuelle persistante.

Série à cercles pleins (ligne continue)

  • Affiche des valeurs plus faibles que la série ouverte, souvent sous 10 carcasses.
  • Un pic notable apparaît autour de 2012, dépassant nettement les valeurs des années voisines.
  • En dehors de ce pic, la série reste relativement basse et stable.
  • La moyenne horizontale montre un niveau globalement inférieur à celui de la série ouverte.

Lecture et contrastes

  • La différence de style entre les deux séries permet une comparaison immédiate.
  • Les lignes de moyenne aident à visualiser les niveaux moyens distincts :
    • Série ouverte : moyenne plus élevée.
    • Série pleine : moyenne plus basse.
  • Le pic de 2012 dans la série pleine ressort fortement, créant un point d’attention visuel.
  • La longueur de la série (1982–2024) permet d’observer des cycles, anomalies et variations sur plusieurs décennies.

Figure 3 : Nombre de mâles adultes

Nombre de mâles adultes retrouvés morts annuellement dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent de 1983 à 2025 (cercle plein), et tendance prédite à la décroissance (courbe avec intervalle de confiance à 95 %).
Description de la Figure 3

But de la figure

  • Présenter l’évolution temporelle de l’estimé du nombre de mâles adultes dans une population donnée, sur une période d’environ quarante ans.
  • Visualiser la tendance générale à l’aide d’une ligne de régression (ligne continue) et de son intervalle de confiance (lignes pointillées).
  • Permettre l’interprétation des variations interannuelles et des changements à long terme dans l’abondance estimée.

Étendue temporelle

  • Échelle horizontale (axe des x) : Année, couvrant approximativement de 1985 à 2025.
  • Les points sont distribués de manière régulière, représentant une estimation pour chaque année ou presque.
  • La période inclut des phases de hausse, de déclin et de stabilisation.

Éléments graphiques et habillage

  • Axe vertical (y) : intitulé Estimé du N de mâles adultes, gradué de 0 à environ 12.
  • Chaque point noir représente une estimation annuelle.
  • Une ligne de tendance (ligne continue) traverse les points, illustrant la trajectoire moyenne au fil du temps.
  • Deux lignes pointillées encadrent la tendance : elles représentent l’intervalle de confiance, indiquant l’incertitude autour de l’estimation moyenne.
  • Le fond est blanc, sans éléments décoratifs, pour maximiser la lisibilité.
  • Les axes sont clairement étiquetés, avec une police simple et uniforme.

Légende – signification des éléments

  • Points noirs : estimations annuelles du nombre de mâles adultes.
  • Ligne continue : tendance centrale estimée (modèle statistique).
  • Lignes pointillées : intervalle de confiance autour de la tendance, illustrant la variabilité et l’incertitude.
  • La figure ne comporte pas de légende textuelle, mais les conventions graphiques sont standard et facilement interprétables.

Description des tendances (1985–2025)

Phase initiale (fin des années 1980 – fin des années 1990)

  • Les estimations se situent généralement entre 8 et 12 mâles adultes.
  • La tendance est relativement stable, avec une légère variabilité interannuelle.

Déclin progressif (fin des années 1990 – années 2010)

  • La ligne de tendance montre une baisse marquée du nombre estimé de mâles adultes.
  • Les points annuels suivent cette trajectoire descendante, plusieurs tombant sous la barre des 6 individus.
  • Cette période constitue le déclin le plus prononcé de la série.

Stabilisation ou légère remontée (années 2015–2025)

  • La tendance cesse de diminuer et montre une stabilisation, voire une légère augmentation vers les années 2020.
  • Les estimations annuelles se situent alors autour de 5 à 7 individus.
  • L’intervalle de confiance demeure relativement constant, indiquant une incertitude stable.

Lecture et contrastes

  • Le contraste entre les points annuels et la ligne de tendance permet de distinguer les fluctuations ponctuelles des tendances à long terme.
  • Les lignes pointillées encadrant la tendance aident à visualiser l’ampleur de l’incertitude statistique.
  • La figure met clairement en évidence :
    • un niveau élevé au début de la série,
    • un déclin soutenu sur plusieurs décennies,
    • une stabilisation récente, potentiellement encourageante.
  • La simplicité visuelle du graphique facilite une lecture rapide et une interprétation robuste.

Les différences de mortalité par segment démographique peuvent résulter de multiples causes. Les carcasses des mâles adultes pourraient être devenues moins détectables en raison d’un changement de distribution, ou l’abondance des mâles adulte pourrait avoir diminué. Les mâles adultes pourraient avoir récemment bénéficié d’une meilleure survie. La survie des femelles et des mâles adultes pourrait également s’être améliorée grâce, par exemple, à la réduction de certains contaminants et de l’incidence des cancers. Chez les femelles adultes, ces bénéfices pourraient avoir été annihilés par la hausse récente de la mortalité chez les femelles gestantes, et expliquer du moins en partie, la hausse de mortalité chez les nouveau-nés.

Le déclin de la condition physique des bélugas dans les années 2000 et la diversification alimentaire depuis au moins 2015 suggèrent des difficultés à s’alimenter adéquatement.

Figure 4 : Acides gras

Indice de la condition physique (quantité d’acides gras dans le lard - μg/g poids humide) chez les mâles (cercle plein) et femelles adultes (cercle vide) et tendance prédite à la décroissance entre 1998 et 2016 (courbe moyenne avec intervalle de confiance à 95 %).
Description de la Figure 4

But de la figure

  • Illustrer l’évolution temporelle des concentrations d’acides gras totaux (µg/g poids humide) dans les tissus d’un organisme étudié.
  • Comparer les valeurs entre deux sexes (F = femelles, M = mâles) représentés par deux symboles distincts.
  • Mettre en évidence une tendance générale au déclin au fil du temps, à l’aide d’une ligne de régression et de son intervalle de confiance.

Étendue temporelle

  • Échelle horizontale (axe des x) : Année, couvrant environ de 1998 à 2016.
  • Les points sont distribués sur près de deux décennies, permettant d’observer des variations interannuelles et une tendance à long terme.
  • La période inclut des années avec plus ou moins de données selon le sexe.

Éléments graphiques et habillage

  • Axe vertical (y) : intitulé Acides gras totaux (µg/g ww), gradué de 0 à environ 12.
  • Deux types de symboles représentent les sexes :
    • Diamants noirs : femelles (F).
    • Cercles blancs : mâles (M).
  • Une ligne de régression continue traverse la figure, illustrant la tendance centrale.
  • Un bandeau ombré autour de la ligne représente l’intervalle de confiance, indiquant l’incertitude autour de la tendance.
  • Le fond est blanc, sans éléments décoratifs, pour maximiser la lisibilité.
  • Les axes sont clairement étiquetés, avec une police simple et uniforme.

Légende – signification des symboles

  • Diamants noirs (F) : valeurs mesurées chez les femelles.
  • Cercles blancs (M) : valeurs mesurées chez les mâles.
  • Ligne continue : tendance moyenne estimée des acides gras totaux au fil du temps.
  • Bande ombrée : intervalle de confiance autour de la tendance, reflétant la variabilité et l’incertitude statistique.

Description des tendances (1998–2016)

Début de la période (fin des années 1990 – début des années 2000)

  • Les concentrations d’acides gras totaux sont relativement élevées, souvent entre 8 et 12 µg/g ww.
  • Les deux sexes présentent des valeurs comparables, avec une dispersion modérée.

Déclin progressif (années 2000 – début des années 2010)

  • La ligne de tendance montre une baisse continue des concentrations.
  • Les points annuels, pour les deux sexes, suivent cette trajectoire descendante.
  • Les valeurs chutent progressivement vers 4–6 µg/g ww.

Fin de la période (2012–2016)

  • Les concentrations atteignent leurs niveaux les plus faibles, souvent sous 5 µg/g ww.
  • La tendance demeure orientée à la baisse, sans signe clair de stabilisation.
  • Les deux sexes restent relativement proches en termes de valeurs, sans divergence marquée.

Lecture et contrastes

  • Le contraste entre les symboles noirs (F) et blancs (M) permet de distinguer facilement les sexes.
  • La ligne de régression descendante met en évidence un déclin marqué des acides gras totaux au fil du temps.
  • Le bandeau ombré aide à visualiser l’incertitude, qui reste relativement constante sur la période.
  • La figure montre clairement une tendance négative robuste, cohérente entre les sexes et persistante sur près de vingt ans.

Agents de stress potentiels

Plusieurs hypothèses non exclusive et possiblement cumulatives sont évoquées pour expliquer la hausse des mortalités chez les nouveau-nés et les femelles adultes, et les changements démographiques.

Un lien a récemment été démontré chez le béluga entre la présence d’adduits HAP-ADN et l’incidence de cancers gastro-intestinaux. Or les HAP et d’autres contaminants organiques comme les BPC et le DDT diminuent chez le béluga et dans son environnement depuis les dernières décennies. D’autres contaminants comme les PBDE et certains PFAS ont, au contraire, augmenté dans leurs tissus durant les années 1990s ou sont apparus récemment. Il n’existe actuellement aucune évidence d’un lien entre les PBDE ou autres contaminants et les cas d’hypothyroïdie chez le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent, bien que les PBDE et autres retardateurs de flamme soient corrélés à l’expression de gènes et niveaux d’hormones thyroïdiens. La hausse soudaine des mortalités des nouveau-nés et des jeunes femelles à la fin des années 2000 soulève toutefois des doutes quant au rôle possible des contaminants organiques dans la hausse récente des mortalités. Une mise à jour des substances auxquelles les bélugas sont exposés est nécessaire afin de mieux évaluer les risques que les contaminants représentent pour la santé des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent.

Dans le Saint-Laurent, les bélugas sont également exposés de façon chronique au bruit des navires marchands et des traversiers qui opèrent dans leur habitat. De mai à octobre, ils sont de plus exposés aux observations dirigées des plaisanciers et à une imposante industrie touristique opérant dans leur habitat essentiel. Ces activités perturbent les vocalisations des bélugas, réduisent l’espace où ils peuvent entendre et communiquer, et peuvent interrompre des activités essentielles comme la mise bas, l’allaitement et l’alimentation. La détérioration de la condition physique des bélugas documentée dans les années 2000 suggère des difficultés à se nourrir adéquatement, découlant possiblement d’une diminution de l’abondance ou de la qualité des proies. Des interférences fréquentes par la navigation ou un mauvais état de santé découlant d’effets délétères des contaminants pourraient constituer des facteurs aggravants dans les circonstances.

Le changement dans la dynamique de la population de béluga vers 2000 coïncide avec de profonds bouleversements des conditions océanographiques de son habitat. Auparavant caractérisé par des températures atmosphériques et marines relativement froides et des hivers rigoureux, cet écosystème connait depuis les années 2000 des conditions plus chaudes. Ces changements se sont produits alors que les stocks de certaines proies importantes du béluga s’effondraient, sans que cette perte de biomasse ait pour autant été remplacée par d’autres espèces.

De fortes mortalités peuvent également survenir à la suite d’éclosions d’algues toxiques. Ce fut le cas notamment en 2008, alors que des mortalités élevées sont survenues chez les bélugas et plusieurs autres espèces marines.

Perspectives

L’incapacité du béluga de l’estuaire du Saint-Laurent à se rétablir malgré l’arrêt de la chasse suggère que des stresseurs anthropiques et environnementaux contraignaient déjà sa croissance en 1980-1990.

Présents dans le Saint-Laurent depuis 10 000 ans, les bélugas sont adaptés à un milieu extrême et changeant. Toutefois, la rapidité du réchauffement actuel, l’isolement, le haut niveau de consanguinité, et des traits culturels limitant la colonisation de nouveaux secteurs pourraient réduire leur adaptabilité. Des modélisation à grande échelle prédisent l’absence d’habitats propices au béluga dans le Saint-Laurent en 2100.

La réglementation de certains contaminants semble avoir porté fruit en réduisant les cancers. Toutefois, les vulnérabilités énumérées soulignent l’urgence d’actions supplémentaires. L’agrandissement prévu du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent permettra d’encadrer les activités nuisibles au béluga sur une plus vaste portion de son habitat. La recherche et le monitorage permettront d’évaluer l’efficacité des actions posées et de mieux cerner les facteurs limitants.

Pour en savoir plus

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BARRETT H, DU X, HOUDE M, LAIR S, VERREAULT J, PENG H (2021) Suspect and Nontarget Screening Revealed Class-Specific Temporal Trends (2000−2017) of Poly- and Perfluoroalkyl Substances in St. Lawrence Beluga Whales. Environ Sci Technol 55: 1659-1671 

BERNIER-GRAVELINE A, LESAGE V, CABROL J, LAIR S, MICHAUD R, ROSABAL M, VERREAULT J (2021) Lipid metabolites as predictors of energy reserves in highly contaminant-exposed belugas from the endangered St. Lawrence Estuary population. Environ Res 192: 110272

BONNELL TR, MICHAUD R, DUPUCH A, LESAGE V, CHION C (2022) Extracting spatial networks from capture-recapture data reveals individual site fidelity patterns within a marine mammal’s spatial range. Ecology and Evolution 12: e8616 

CABROL J, LESAGE V, RIOUX È (2025) Changing ecosystems promote generalism and enhanced heterogeneity in diet composition in the endangered St. Lawrence Estuary beluga. Sci Rep 15:6239 

GALBRAITH PS, CHASSÉ J, SHAW J-L, LEFAIVRE D, BOURASSA M-N (2025) Physical Oceanographic Conditions in the Gulf of St. Lawrence during 2024. Can Tech Rep Hydrogr Ocean Sci 397: v + 95 p 

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Programme Suivi de l’état du Saint-Laurent

Cinq partenaires gouvernementaux – Environnement et Changement climatique Canada, Pêches et Océans Canada, Parcs Canada, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec – et Stratégies Saint-Laurent, un organisme non gouvernemental actif auprès des collectivités riveraines, mettent en commun leur expertise et leurs efforts pour rendre compte à la population de l’état et de l’évolution à long terme du Saint-Laurent.

Pour obtenir plus d’information sur le programme Suivi de l’état du Saint-Laurent, veuillez consulter :  https://www.planstlaurent.qc.ca/developper-les-connaissances/suivi-de-letat-du-saint-laurent.

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2026-05-26