Point d’inflexion - Lgén Michael Wright (S7 É1)

Le lieutenant-général Michael Wright affirme que l’Armée dont nous disposons n’est pas celle dont nous avons besoin – mais cela est sur le point de changer. Pour lancer la saison 7, le commandant de l’Armée présente un programme de modernisation ambitieux : une harmonisation structurelle importante, de nouvelles armes, de nouvelles capacités et de nouveaux équipements personnels pour les militaires. Tout cela vise à faire en sorte que l’Armée évolue au-delà des « guerres de participation » et qu’elle soit prête à mener des opérations de combat de grande envergure.
4 Février 2026
24:46 minutes
Transcription
[Musique commence]
Capitaine Adam Orton : Salut, ici capitaine Adam Orton, avec Le balado de l’Armée canadienne.
[Musique continue]
Au Quartier général de l’Armée, on entend souvent dire que nous sommes à un point d’inflexion. Les hauts dirigeants de l’Armée vont apporter des changements majeurs à notre mode de fonctionnement. Ils ont examiné notre équipement, notre entraînement et notre organisation et entendent modifier la structure de nos divisions afin de pouvoir répondre efficacement aux crises et aux conflits. J'ai le plaisir d'accueillir le commandant de l’Armée canadienne, le lieutenant-général Mike Wright. Il va nous expliquer à quoi l’Armée doit ressembler pour être
pleinement efficace sur le champ de bataille. Bienvenue au balado, Monsieur.
[Musique continue]
Lieutenant-général Michael Wright : Merci beaucoup, Adam.
[Musique termine]
Capt Orton : Peut-être pour débuter, pour établir un contexte. C'est sûr que l'environnement mondial a beaucoup de choses dynamiques qui prennent place. C'est quoi les défis qu'on regarde en termes d’Armée face à ces changements-là?
Lgén Wright : Bonne question. Et comme vous l'avez mentionné, nous sommes déjà à un point d'inflexion et notre document de l'année passée, Point d'inflexion 2025, a commencé avec un point très clair, et c'est que l’Armée que nous avons n'est pas celle dont nous avons besoin. Et je pense que cette phrase résume bien notre situation actuelle. Nous faisons face à des déficits dans plusieurs domaines : le manque de personnel, d'équipement, d'entraînement et de soutien. Mais en plus de ces lacunes, nous devons tenir compte des menaces mondiales qui s’aggravent. Donc il y a de l'érosion de l'ordre international fondé sur les règles établies après la 2e Guerre mondiale. Et cet ordre a permis la prospérité du Canada, mais il est fragilisé par des événements comme l'invasion de l'Ukraine, des actions de la Chine, mais aussi la coopération entre la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord. Donc nous assistons à l'effritement de certains systèmes traditionnels et nous commençons à observer des tentatives d'affaiblissement de certaines alliances. Dans ce contexte, nos alliances comme l'OTAN, le NORAD et le groupe des 5 sont plus importantes que jamais. Deuxièmement, les changements climatiques ont aussi un impact direct. Cet été encore, des soldats de l’Armée canadienne ont été déployés dans le cadre de l'opération LENTUS pour répondre à des urgences causées par des conditions météorologiques extrêmes. Et l’Arctique est un autre enjeu majeur. Notre présence actuelle se limite à nos Rangers canadiens et à la Garde côtière. Mais le réchauffement climatique rend cette région plus accessible, ce qui entraîne plus de trafic maritime, des besoins accrus en recherche et sauvetage et une utilisation plus fréquente du passage du Nord-Ouest. Nous devons donc renforcer notre capacité à opérer dans l’Arctique. Enfin, nous devons nous adapter aux technologies perturbatrices et à la désinformation, et nous venons tout juste de lancer l'initiative Minerva, qui vise à introduire davantage de technologies sans équipage dans l’Armée.
Capt Orton : Vous avez fait mention peut-être un petit peu des défis en termes de l’Armée qu'on a. C'est pas l’Armée qu'on a besoin. Est-ce que vous pouvez peut-être expliquer un petit peu plus en détail c'est quoi le problème, puis qu'est-ce qu'on fait pour améliorer la situation?
Lgén Wright : Oui, absolument. Donc, comme j'avais mentionné, nous avons commencé avec une analyse des menaces actuelles et leur évolution probable. Mais après ça, nous avons identifié trois questions essentielles.
D'abord, quel profil et quelles compétences sont nécessaires pour l’Armée?
Deuxièmement, quelles capacités opérationnelles et technologiques devons-nous développer?
Et troisièmement, comment organiser l’Armée pour relever ce défi?
Donc l'organisation de l’Armée vise à garantir que nos forces soient équipées, entraînées, soutenues et structurées de façon adéquate. Elle vise aussi une intégration complète avec les forces interarmées des Forces armées canadiennes, avec le gouvernement du Canada et avec nos alliés. Dans le passé, notre armée venait surtout appuyer les opérations de nos alliés dans le cadre des missions comme par exemple les Balkans, en Afghanistan, ou encore des opérations comme l'opération IMPACT ou l'opération REASSURANCE. Mais aujourd'hui, nous devons jouer un rôle de leadership plus important et assurer la défense conjointe du Canada. Et cette défense inclut des missions sur notre territoire, mais aussi des missions dans le cadre de l'OTAN.
Capt Orton : On parle aussi beaucoup de nouvel équipement qu'on va faire rentrer. On fait des achats. Déjà, même sur nos sites médias sociaux, on voit qu’il y a des choses qui commencent à arriver. C'est quoi les projets qu'on est en train de réaliser en ce moment?
Lgén Wright : Une bonne question, et beaucoup de projets. Donc nous avons actuellement près de 50 projets majeurs en cours, mais parmi les 50, il y a 5 priorités. Dont la frappe de précision à longue portée avec le système HIMARS, la défense aérienne terrestre courte portée — SHORAD — et très courte portée — VSHORAD. L'amélioration de la mobilité dans l’Arctique, c'est-à-dire notamment le remplacement des véhicules BV206. La modernisation des feux indirects avec des obusiers automoteurs et des mortiers. Et notre système de commandement et de contrôle. Donc à court terme, nous apportons aussi des améliorations pour les soldats comme le nouveau fusil CMAR, des vêtements modernes comme la laine mérinos et des vestes isolantes, et de l'équipement de portage et de protection balistique adapté à toutes les morphologies.
Capt Orton : Je me rappelle qu’à un certain point, vous avez fait mention aussi que pour le CMAR, il y en a beaucoup qui rentrent, là. On va les recevoir bientôt, c'est vrai?
Lgén Wright : Oui. Donc j’ai la confiance qu’on va commencer la livraison de ce nouveau fusil cette année.
Capt Orton : Ça, ça bouge vite!
Lgén Wright : Ça bouge vite, oui!
Capt Orton : C’est généralement, je pense, que pour la majorité des gens c'est plus facile à comprendre pourquoi on a besoin des pièces d'artillerie à longue portée ou des chars d'assaut ou des nouveaux fusils. Mais des systèmes de commandement et de contrôle, c’est pas toujours évident. Si on regarde un film, c’est pas ça qui est à l'avant, là, c’est vraiment l'action. Pourquoi est-ce que les systèmes de soutien moins visibles… pourquoi est-ce que c'est important?
Lgén Wright : Donc, j'avais mentionné les 50 projets et parmi les 50 projets, les 5 priorités. Et vraiment, notre système de commandement et de contrôle est essentiel pour intégrer tous les nouveaux systèmes. Il ne s'agit pas seulement d'acheter du matériel, mais aussi de disposer des logiciels capables d'évaluer rapidement. Donc nous devons garantir l'interopérabilité et la capacité d’opérer, même dans des environnements privés de communication ou de GPS. Et le système intègre plusieurs capacités : le commandement, le contrôle, les communications, l'informatique, le cyber, le renseignement, la surveillance, la reconnaissance et le ciblage. Autrement dit, il s'agit de créer un réseau intégré qui relie toutes nos capacités, du ciblage à la collecte du renseignement, pour que l'équipement déployé à Shilo puisse communiquer avec celui de Valcartier. Nous devons aussi nous assurer que la radio et le système que nous déployons puissent être mis à jour rapidement. Donc nous ne pouvons pas permettre d'acheter une technologie qui serait déjà dépassée au moment de sa livraison. On veut éviter, par exemple, qu'une série de radios livrées à une brigade ait un logiciel différent de ce qui serait livré à une autre brigade quelques mois plus tard. Donc enfin, nous tirons des leçons importantes de plusieurs conflits, comme en Ukraine, notamment sur le camouflage, la dissimulation et la protection contre les drones, et nous devons être capables de protéger nos postes de commandement contre les surveillances qui sont vraiment omniprésentes et les systèmes aériens sans équipage. Et c’est pourquoi, enfin, pour répondre à la question originelle, notre système intégré de commandement et de contrôle est au cœur de notre modernisation : il relie toutes nos capacités et nous prépare à un champ de bataille où la technologie évolue sans cesse.
Capt Orton : C'est sûr qu’il y a des gens qui auraient peut-être pas vécu l'expérience d'être un commandant en opération, mais il y a juste tellement d'informations qui bougent, comme vous avez fait mention. Puis c'est beaucoup pour un commandant d'essayer de consommer toute cette information-là. Fait que les systèmes de commandement et de contrôle, ça l'aide à la rapidité de faire des décisions.
Lgén Wright : Oui. C'est l'importance de trouver la façon d'utiliser la nouvelle technologie aussi.
Capt Orton : En parlant de nouvelles technologies : l'industrie joue un rôle là-dedans. Comme… faut produire ces choses-là, faut avoir une place où les acheter. Qu'est-ce qu'on fait pour se connecter avec l'industrie pour faire sûr qu'on reçoit les choses qu'on a besoin?
Lgén Wright : Plutôt, j'avais mentionné l'initiative Minerva et cette initiative joue un rôle central dans cette collaboration. En juin de l'année passée, j'ai donné l'intention de « flooder la zone » avec les drones, avec les systèmes autonomes. Mais moi, le seul chef de l’Armée, nous avons vu la réalité de cet effort, de cette intention, pendant nos visites partout dans l’Armée. Donc, l'initiative Minerva, c'est vraiment… le rôle est de voir c'est quoi la possibilité de technologie avec l'industrie canadienne, mais aussi d'utiliser l'innovation et les idées de nos soldats canadiens afin de voir c'est quoi les possibilités et décider c'est quoi les systèmes autonomes dont on a besoin ici au Canada. Parce qu’il y a une grande différence entre des opérations dans une province comme le Nouveau-Brunswick ou dans les territoires comme le Nunavut, mais aussi pour les opérations à l'extérieur du Canada.
Capt Orton : On dirait aussi que l'autre côté de la médaille des drones puis des systèmes automatisés, c'est la pertinence des forces terrestres, des soldats sur le terrain, dans un monde où ce qu'on voit dans l'Ukraine et ailleurs, l'utilisation de plus en plus de systèmes de drones, éventuellement sans doute aussi des véhicules automatisés. Pourquoi est-ce que les forces terrestres jouent un rôle important sur un champ de bataille moderne?
Lgén Wright : Oui. Donc pour moi, c'est pas important : c'est essentiel. Et je pense que c'est plus pertinent que jamais. Donc oui, les technologies sans équipage sont importantes et nous devons les intégrer, qu'elles soient aériennes, terrestres ou peut-être maritimes, mais elles ne peuvent pas tenir un terrain ni interagir avec les populations. Elles ne peuvent pas non plus opérer dans toutes les conditions climatiques. Mais nos soldats sont capables d'opérer dans toutes les conditions climatiques. Et à l'inverse, les soldats canadiens peuvent tenir un terrain, le reprendre, interagir avec la communauté locale et opérer dans des conditions extrêmes, que ce soit dans le Nord ou dans une autre zone d'entraînement à travers le pays. Et cette capacité humaine, je crois, est vraiment irremplaçable. Donc, nous savons que le champ de bataille évolue rapidement avec l'arrivée des drones et des systèmes autonomes, mais la puissance terrestre demeure la base de la souveraineté et de la crédibilité nationale, et les forces terrestres sont celles qui permettent de contrôler le terrain, de protéger la population et de garantir la résilience du Canada face à n'importe quelle crise.
Capt Orton : Comment est-ce que notre approche en ce moment en termes de modernisation, est-ce que c'est différent des autres initiatives, des autres processus qu'on a faits dans le passé?
Lgén Wright : Donc je pense que je vais commencer avec le fait que, comme nous avons discuté au début du balado, l'environnement des menaces est plus sévère maintenant que jamais dans l'histoire récente de l’Armée canadienne, et notre Armée ne peut plus se contenter de petits ajustements. C'est le temps de prendre des grands changements, des changements majeurs. Donc par exemple, nous avons eu une stagnation structurelle depuis au moins 1994. Et je peux dire ça parce que je suis arrivé au sein d’un bataillon d’infanterie à 94. Mais le monde, nos alliés et nos adversaires potentiels ont profondément évolué pendant ce temps. Donc, ce qui rend cette modernisation différente, c'est que nous avons enfin les ressources nécessaires pour agir. Nous avons travaillé dans un contexte de réalité qui était marqué par des choses comme la pandémie, mais aussi la reconstitution des Forces armées canadiennes. Mais aujourd'hui, nous disposons d’un budget de plus de 80 milliards de dollars, ce qui nous permet non seulement de renforcer nos effectifs réguliers et de réserve, mais aussi d'investir dans des capacités modernes et dans des infrastructures adaptées pour aujourd'hui.
Capt Orton : Si on regarde, je vais utiliser l'exemple du projet Minerva où ce qu'on regarde à lancer plusieurs drones à des unités pour qu’ils aient un accès. Des fois, c'est difficile, quand on fait l'achat de produits, que ça découle dans les mains des soldats. Comment est-ce qu'on fait certain que l'intention stratégique qu'on développe se traduit au niveau tactique, où les soldats reçoivent les choses qu’on veut qu’ils reçoivent?
Lgén Wright : Encore, c'est une bonne question, et c'est l'importance de nos relations avec les autres niveaux. Un, au sein du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, mais aussi avec d’autres parties du gouvernement. Mais ici dans l’Armée, nous devons améliorer nos règles d'approvisionnement et déléguer davantage d'autorité au niveau le plus bas possible. Aujourd'hui, c'est évident que trop de décisions sont centralisées, ce qui ralentit la mise en œuvre des projets. Le commandement par mission fonctionne bien pour les opérations, mais il n'est pas encore appliqué dans le domaine de l'acquisition, et ça doit changer. L'objectif, c'est que les décisions courantes ne nécessitent pas la signature du commandement de l’Armée ou des commandants de division. Cela permettrait d'accélérer la modernisation et de donner plus de pouvoir aux échelons locaux. En toute franchise, nous n'avons pas encore atteint ces niveaux de délégation, mais des travaux sont déjà en cours et, avec l'augmentation des ressources — j'avais mentionné le budget de défense de plus de 80 milliards de dollars — nous aurons l'occasion de passer d'une période de réalité à une période d'opportunité. Et cette année, nous aurons l'occasion.
Capt Orton : Puis on voit… bien, peut-être pour du contexte, je vais expliquer comment l’Armée fonctionne en ce moment. C'est qu’on a la structure actuelle de, disons, 4 divisions qui divisent le pays en 4 zones. Chacune de ces divisions-là a la capacité de faire plusieurs tâches qui sont complexes, avec des milliers de soldats qui sont répartis dans plusieurs brigades qui font chacun leur propre travail. On a des brigades mécanisées, qui sont de la Force régulière, qui sont plus centralisées, qui disposent de toutes sortes de véhicules et d'équipements. Puis on a des brigades de réserve qui sont plus légères sur le terrain, mais plus dispersées, fait qu’elles ont plus accès à différentes régions. On a des Rangers canadiens, donc il y a plusieurs… ils servent dans des communautés plus éloignées. Il se passe beaucoup de choses. Puis on a décidé de faire des changements sur la structure. Qu'est-ce qui se passe avec ce changement-là?
Lgén Wright : Donc, comme tu as mentionné, nous allons passer de 4 divisions qui sont vraiment géographiques, mais aussi asymétriques — mais pas à cause des décisions, mais à cause du développement — à trois divisions fonctionnelles et une formation d'instruction. Donc je vais expliquer c'est quoi les trois divisions. D'abord, la Division de défense du Canada, qui sera basée à Montréal, sera responsable des opérations nationales, de l’Arctique, des Rangers et de la défense aérienne et antimissile intégrée, qui est vraiment importante.
Capt Orton : Ouais, c'est sûr.
Lgén Wright : Deuxièmement, la Division de manœuvre, qui sera basée à Edmonton, regroupera les brigades mécanisées que tu as mentionnées, les brigades de puissance de feu, la brigade de soutien et un régiment d'infanterie légère. Troisièmement, la Division de soutien, qui sera basée à Kingston, assurera un soutien centralisé mais avec une exécution décentralisée. Donc nous renforcerons aussi les questions de doctrine et d'entraînement, avec un accent sur l'instruction individuelle et collective ainsi que sur l'éducation militaire professionnelle. L'objectif est vraiment de pouvoir opérer au niveau divisionnaire pour garantir la souveraineté, mais aussi la crédibilité du Canada.
Capt Orton : Pour les soldats, est-ce qu’il va y avoir un changement, donc où est-ce qu’ils vont être pris à se déplacer… est-ce qu’il va y avoir beaucoup de changements géographiques pour certaines personnes?
Lgén Wright : Donc ça dépend d’un principe… non, ça dépend vraiment du rôle, de l’unité et du rôle de chaque soldat. Donc peut-être que je pourrais utiliser l'exemple d'une unité de réserve comme les Voltigeurs de Québec, qui se trouvent actuellement dans la 35e Brigade, avec le quartier général de la division à Montréal. En septembre, les Voltigeurs de Québec vont demeurer dans la 35e Brigade avec le quartier général divisionnaire à Montréal. Mais, par exemple, les unités de la 5e Brigade vont déménager de la division avec le quartier général à Montréal à la Division de manœuvre avec le quartier général à Edmonton.
Capt Orton : Mais les soldats, comme tels, vont rester à la même place?
Lgén Wright : Absolument. Mais aussi, c'est important de promouvoir le déménagement des francophones dans des régions anglophones, et aussi l'inverse : les anglophones dans la province de Québec.
Capt Orton : Si on parle de la décentralisation de ces divisions-là, donc ce n’est plus attaché à la géographie, mais maintenant c'est plus par tâches. C'est quoi l'impact qu'on va voir dans un contexte de langue officielle?
Lgén Wright : Très bonne question. Donc, vraiment, l’Armée canadienne est unique au sein des Forces armées canadiennes parce que nous sommes présents dans chaque province — dans les 10 provinces — mais aussi dans les 3 territoires, grâce à notre Force régulière, mais aussi la Force de réserve et le Groupe de patrouille des Rangers canadiens. Nos unités sont réparties dans des régions qui sont soit anglophones ou francophones en majorité, mais aussi dans des régions officiellement désignées bilingues en vertu de la Loi sur les langues officielles. Donc il n'est pas surprenant que le bilinguisme joue un rôle important dans la façon de nous entraîner, de planifier, d’opérer et de gouverner au quotidien. Comme tu as mentionné, la structure actuelle de l’Armée est surtout régionale. Par exemple, toutes les unités régulières et de réserve en Ontario relèvent du quartier général de la 4e Division à Toronto. Mais notre initiative de modernisation nous fait repasser d'une approche régionale à une approche fonctionnelle. Qu’est-ce que cela signifie pour les langues officielles? Donc, des quartiers généraux qui commandaient auparavant uniquement des unités anglophones pourraient désormais superviser des unités dans des régions francophones — mais aussi vice-versa. Donc c'est un changement important dans la façon de communiquer avec nos unités et nos membres. Et je sais à quel point c'est important. Au début de ma carrière, quand j'étais capitaine, j'ai eu l'occasion de servir à Valcartier pendant 3 ans avec le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, vraiment plongé dans un environnement francophone. Même, j'ai vu mon cours de VBL en français! Mais cette expérience m'a permis de mieux comprendre les deux cultures et elle m'a appris que la langue, ce ne sont pas que des mots : c'est l'identité, c'est la confiance, et c'est le leadership. Et c'est pourquoi chaque leader doit faire du respect des langues officielles une pratique quotidienne. Il s'agit d'inclusion et de respect. Connaissez vos soldats, connaissez leurs familles; assurez-vous que, même à la maison, ils sont soutenus, surtout lorsqu'ils vivent dans un milieu minoritaire. Donc la modernisation va changer notre façon d’opérer, mais elle ne changera jamais notre engagement envers chaque membre de l’Armée canadienne. C'est vraiment important que la modernisation n'est pas seulement structurelle : elle est aussi culturelle.
Capt Orton : On a des auditeurs qui nous écoutent en ce moment. C'est sûr qu'il y a beaucoup de choses qui arrivent dans le monde. Quel message est-ce que vous voudriez passer à nos auditeurs en termes de qu'est-ce qui se passe dans l’Armée aujourd'hui?
Lgén Wright : Oui. Donc l’Armée est occupée et l’Armée va rester occupée. Je sais qu'il y a beaucoup de monde, beaucoup d’enjeux partout dans l’Armée, mais c'est vraiment… quand je vois les trajets de ma carrière, plus de 35 ans dans l’Armée, c'est vraiment une bonne occasion, une bonne période d'être dans l’Armée canadienne. C'est une période d'opportunité. Avec le nouvel équipement, avec la nouvelle structure de l’Armée et avec toujours les opportunités pour des opérations, soit ici au Canada, soit à l'extérieur. Donc vraiment, la modernisation, c'est pas un process pour le quartier général de l’Armée; c'est un process pour l’Armée complète. Et nous allons réussir avec l'équipe d'une Armée.
Capt Orton : C'est un bon temps pour être dans l’Armée?
Lgén Wright : Absolument.
[Musique commence]
Capt Orton : Bien, merci beaucoup, Monsieur. C'est très bien apprécié. Merci d'avoir contribué votre temps. Je sais que vous avez une cédule pactée.
Lgén Wright : Merci beaucoup, Adam.
Capt Orton : Ça, c'était le lieutenant-général Mike Wright, commandant de l’Armée canadienne, et moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous.
[Musique termine]