Parce que c’est 2017 : Initiatives récentes à Bibliothèque et Archives Canada

Discours

Notes d'allocution

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada
Bibliothèque Webster, Université Concordia
Série de conférences de la Bibliothèque Concordia
Le 23 novembre 2017
Montréal (Québec)

Sous réserve de modifications


Bonjour.

Guylaine [Beaudry], merci pour ces bons mots et pour votre invitation.

Je suis heureux de retrouver de vieux amis cet après-midi, s’ils me pardonnent d’utiliser le mot « vieux »!

Voir la bibliothèque Webster ainsi transformée me rappelle à quel point les bibliothèques sont des lieux vraiment magiques.

Mais, avant de parler des bibliothèques du XXIe siècle, je vous invite à reculer dans le temps avec moi.

Nous connaissons tous La Joconde.

Ce sourire énigmatique qui semble nous suivre partout dans la pièce.

Comment Léonard de Vinci s’y est-il pris?

Dans un récent numéro de la revue The Atlantic, Walter Isaacson, qui vient tout juste de publier une biographie de Léonard de Vinci, s’intéresse à ce qu’il appelle la science de la créativité ainsi qu’à la technologie derrière le sourire de La Joconde.

Il s’avère que son sourire n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une étude minutieuse qui allie art et science.

L’anatomie, l’optique, l’utilisation de glacis, les rayons lumineux, l’effet du cerveau sur les mouvements, la relation entre les lèvres et les émotions… ce ne sont là que quelques exemples de la recherche du maître de Florence.

Voilà qu’il divague pensez-vous peut-être, mais je vous demande un peu d’indulgence.

Au moment de créer La Joconde, de Vinci devait compter sur les connaissances disponibles à l’époque.

C’était un curieux, un créatif, un innovateur.

Il est allé jusqu’à disséquer des cadavres pour comprendre comment les muscles des joues activaient les lèvres.

Imaginez seulement ce qu’il aurait pu faire s’il avait eu accès aux technologies d’aujourd’hui! Accès aux numériseurs, aux imprimantes 3D et à la technologie blockchain ! On a peine à se l’imaginer.

Et c’est par là que j’aimerais commencer.

Le patrimoine documentaire est la pierre angulaire de toute société démocratique. Il soutient toutes les sphères d’activités, qu’elles soient économique, sociale, juridique ou culturelle. Mais, et c’est encore plus important, dans notre monde moderne, le patrimoine documentaire favorise l’innovation.

Partout dans le monde, les institutions de mémoire reconnaissent l’importance de contribuer à l’innovation en numérisant leurs collections et en les rendant accessibles en ligne.

Et elles préparent activement des stratégies pour y arriver le plus vite possible… en travaillant les unes avec les autres, ainsi qu’avec le secteurs privé et celui des organismes sans but lucratif.

Je me souviens qu’au moment de joindre les rangs de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, en 2009, les archivistes défendaient ardemment l’idée que « si ce n’est pas en ligne, alors ça n’existe pas ».

Depuis, nous avons beaucoup évolué. Nous avons compris que cette mentalité était tellement répandue qu’il était aussi inutile de la combattre que de tenter d’arrêter le mouvement de la marée.

Le milieu documentaire – aussi bien les bibliothèques que les services d’archives – a bien saisi le message, et il met tout en œuvre pour donner accès en ligne à autant de documents que possible.

Même si parfois, la tâche n’est pas sans rappeler la vision de Saint-Augustin, « vider l’océan avec une coquille ».

Certains d’entre vous se rappelleront qu’en février 2015, le Conseil des académies canadiennes a publié un rapport intitulé À la fine pointe du monde numérique : possibilités pour les institutions de la mémoire collective au Canada.

Dans ce rapport, le Conseil mettait les institutions de mémoire au défi de travailler ensemble pour répondre aux attentes des Canadiens en matière numérique.

Bibliothèque et Archives Canada a donc recensé certaines des grandes initiatives numériques en cours dans le monde.

La Koninklijke Bibliotheek des Pays-Bas prévoit numériser 90 % de tous les livres publiés dans le pays ainsi que les magazines et journaux les plus pertinents publiés avant 1940.

En Suède, Digisam coordonne l’aide offerte aux institutions nationales du patrimoine qui sont à élaborer leurs propres stratégies de numérisation.

En Nouvelle-Zélande, DigitalNZ sert de point central pour le contenu portant sur le pays et fournit également de l’aide et des conseils sur la numérisation en général.

Et puis il y a la Digital Public Library of America, la DPLA.

Le réseau central de la DPLA est un collectif national unique en son genre dont l’objectif est de faire connaître au grand public les richesses des organismes du patrimoine culturel du pays.

Un portail vers la découverte.

La DPLA regroupe plus de 16 millions d’articles provenant de dizaines de villes et de milliers d’institutions participantes.

Des millions de personnes, des milléniaux jusqu’aux aînés, se sont prévalues des ressources gratuites et ouvertes qui leur sont offertes par l’entremise de la DPLA.

Vous vous imaginez ce que Léonard de Vinci aurait pu créer s’il avait eu accès à ce genre d’information!

(Ou s’il avait pu fréquenter la bibliothèque Webster!)

Le succès de la DPLA est en grande partie attribuable à son réseau de partenaires et à la volonté de ceux-ci d’atteindre un même objectif : maximiser l’accès du public à une histoire, à une culture et à un savoir communs.

Nous avions le modèle de la DPLA très présent à l’esprit lorsque nous avons formulé la Stratégie canadienne de numérisation du patrimoine documentaire (SCNPD).

La Stratégie canadienne, annoncée en juin 2016, se fonde sur les pratiques exemplaires que nous avons observées dans les pays que j’ai mentionnés.

La SCNPD a été élaborée par les grandes institutions de mémoire du Canada, c’est-à-dire les bibliothèques publiques, les bibliothèques et les centres d’archives universitaires, les services d’archives provinciaux ainsi que les associations nationales d’archivistes, de bibliothécaires, d’historiens et des responsables des musées.

Elle vise à numériser de manière coordonnée les centaines de collections des institutions de mémoire du Canada.

L’accès, la découverte et la préservation définissent la portée de cette stratégie.

Et elle s’intéresse autant aux documents numériques publiés qu’aux archives, que ces documents proviennent des services d’archives, des bibliothèques, des musées, des sociétés historiques ou des autres types d’institutions de mémoire.

Ce sont des ressources comme :

  • les livres, les périodiques et les journaux
  • les documents gouvernementaux
  • les affiches et les cartes
  • les thèses
  • les photographies et les œuvres d’art documentaire
  • les films, les vidéos et les enregistrements sonores
  • et plus encore

Notre objectif est de rendre les collections numériques les plus importantes du Canada facilement accessibles à tous et de créer des liens entre les Canadiens en quête de culture et de savoir où qu’ils se trouvent.

Notre objectif est de numériser, au cours des 10 prochaines années :

  • 90 % de tout le patrimoine publié avant 1917
  • 50 % de toutes les monographies publiées avant les années 1940
  • toutes les revues scientifiques
  • tous les microfilms
  • une sélection d’enregistrements sonores et audiovisuels;
  • une sélection de fonds d’archives et d’instruments de recherche
  • toutes les cartes géographiques historiques
  • tous les documents d’archives d’intérêt généalogique

Et, vous en conviendrez certainement, cela est passionnant.

Et c’est réaliste. Nous avons déjà commencé le travail.

Notre comité directeur comprend des représentants d’organismes des secteurs culturel et universitaire, comme Internet Archive, le Musée canadien de l’histoire, la Writers’ Union of Canada et de nombreuses bibliothèques.

La communauté en général s’y intéresse déjà beaucoup, et elle veut participer.

En date de septembre 2017, 46 organismes s’étaient déjà engagés à collaborer avec nous.

Nous avons créé quelques groupes de travail et d’autres suivront.

Et nous avons reçu un financement initial du secteur privé représentant 1,1 million de dollars.

Je suis particulièrement fier de l’approche coopérative qu’adopte la SCNPD. J’estime, en effet, que Bibliothèque et Archives Canada, BAC, ne doit pas voir l’écosystème des institutions de mémoire comme une hiérarchie.

Au contraire, j’aime à penser que BAC est le maillon d’une chaîne, et non un pharaon au sommet d’une pyramide.

Et le comité directeur de la Stratégie canadienne est un bon exemple de cette vision à l’œuvre.

La Stratégie a été élaborée dans un premier temps par un comité directeur de 21 membres présidé par Sandra Singh, la bibliothécaire en chef de la Ville de Vancouver.

BAC est membre du comité directeur, et l’une de nos employées en est la secrétaire générale. Mais je ne préside pas le comité et BAC n’est qu’un des 46 acteurs qui mettent au point les volets techniques et le modèle de gouvernance de la Stratégie.

Aucune institution au monde, même la Bibliothèque du Congrès et la British Library, n’a les moyens de tout acquérir, tout traiter et tout préserver.

Nous devons unir nos forces pour offrir à nos concitoyens le service de qualité auquel ils s’attendent.

Les premiers succès de la Stratégie canadienne ont gonflé ses voiles et j’aimerais attirer votre attention sur deux d’entre eux.

Nous savons tous que les journaux sont une ressource fantastique pour faire toutes sortes de recherches, des plus simples aux plus complexes, qu’elles soient le fait d’amateurs ou de chercheurs universitaires.

Conséquemment, de nombreux pays participent à des projets d’envergure visant à numériser le plus grand nombre possible de journaux.

Mais le travail n’est pas sans défi.

Premièrement, il y a la question du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle.

Ajoutons à cela des supports fragiles, des collections fragmentées et de multiples formats et cela donne une idée de la complexité de la tâche.

Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles le comité directeur de la SCNPD a entrepris de mener un projet pilote visant à recueillir des informations sur la numérisation des journaux au Canada.

Dans un premier temps, nous avons consulté des organismes situés d’un océan à l’autre qui avaient de l’expérience dans le domaine afin de connaître leurs pratiques exemplaires.

Cela comprenait BAnQ, Canadiana et OurDigitalWorld, ainsi que l’Université Simon Fraser et l’Université de l’Alberta.

Puis, nous avons lancé un petit projet afin de numériser trois journaux publiés par les Premières Nations, avec l’appui financier de la Fondation Salamander.  C’est ainsi qu’avec la bénédiction et la permission des éditeurs, nous sommes en train de numériser Windspeaker, Turtle Island News et Ha-Shilth-Sa.

Les résultats de ce projet pilote seront l’objet d’un rapport dont les conclusions nous aideront à réaliser des projets de plus grande envergure dans l’avenir.

Ces débuts modestes porteront donc leurs fruits, car nous pourrons ensuite appliquer les acquis de ce projet à de plus grandes collections de journaux.

À une échelle différente, nous offrons également une contribution tout à fait canadienne à un effort mondial.

Ce printemps, le Comité de pilotage de la Stratégie s’est jointe à un consortium international dirigé par la DPLA et Europeana.

RightsStatements.org fournit 12 énoncés normalisés permettant de communiquer au public l’état du droit d’auteur d’objets culturels numériques.

Il s’agit là d’une question extrêmement importante et souvent litigieuse.

En collaboration avec la DPLA, Europeana et des représentants de l’Inde et de l’Australie, nous avons créé un système flexible qui permettra aux partenaires du patrimoine culturel qui possèdent des œuvres numériques de communiquer clairement à leurs utilisateurs ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire avec les objets qu’ils découvrent.

Nous allons tester ces énoncés au Canada pour voir comment ils s’appliquent dans notre contexte.

Je veux aussi vous parler d’une autre initiative de la Stratégie canadienne, soit la création d’un prototype d’outil de découverte, un portail pour ainsi dire, qui aidera à repérer et à trouver des documents numérisés partout au pays.

L’outil nous permettra de diffuser des collections et d’offrir l’accès à des données d’un large éventail d’institutions de mémoire canadiennes.

Nous sommes encore à peaufiner l’outil, mais nous en ferons la démonstration publique au cours des prochains mois pour obtenir la rétroaction de ses usagers éventuelle.

Comme vous pouvez le constater, il se passe beaucoup de choses du côté de la Stratégie canadienne.

Et ce n’est pas tout.  Laissez-moi vous parler de ce que nous avons fait dans le cadre du Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire, qui a été mis en place il y a trois ans avec un financement à la hauteur de 1,5 million de dollars par année sur une échelle de cinq ans.

Le programme fournit des fonds aux bibliothèques, aux services d’archives et aux autres organismes du patrimoine documentaire pour leur permettre de traiter, de conserver et de diffuser leurs collections.

L’intérêt pour le programme est considérable et il ne montre aucun signe d’essoufflement.

Depuis son lancement en juin 2015, le programme a consacré 4,5 millions de dollars au financement de quelque 140 projets.

Bien que le programme ne s’intéresse pas qu’aux projets numériques, la majorité des propositions qui ont été reçues depuis sa création visaient à numériser des documents.

Des centaines de milliers de pages ont été numérisées afin d’améliorer la visibilité des collections canadiennes.

Les chercheurs du Canada et du monde entier ont maintenant accès à des documents et à des renseignements historiques qui auraient pu, dans certains cas, disparaître avec le temps.

Nous avons financé des organismes aussi divers que la Société de radiodiffusion inuite,

la Jewish Historical Society of Southern Alberta,

la Women’s College Hospital Foundation

et les Canadian Lesbian and Gay Archives, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les organismes financés ont fait un travail remarquable.

Par exemple, la Société d’histoire du Manitoba a tiré de l’oubli des centaines d’histoires locales et les a numérisées pour les rendre facilement disponibles en ligne.

Ou, encore, les archivistes de la Queer Heritage Initiative du Nouveau-Brunswick ont lancé un nouveau site Web afin de partager leurs archives sur l’histoire de la communauté queer (allosexuelle), ce qui a permis de mieux faire connaître ce groupe dynamique.

L’Avataq Cultural Institute a numérisé et décrit les fonds personnels de deux figures éminentes du Nunavut, à savoir Yves Michaud et Georges Filotas. Cette collection comprend des enregistrements audio originaux au sujet de moments clés de l’histoire de la communauté inuite et de ses initiatives d’autonomie gouvernementale au cours des années 1960 et 1970.  Tout cela est fascinant.

La collaboration et les technologies numériques nous aident à préserver des collections précieuses et à faire en sorte que davantage de Canadiens y aient accès.

Ce genre de collaboration peut avoir des retombées considérables.

Comme les pièces assemblées d’un casse-tête, elles permettent de réunir des fragments d’histoire.

Un autre exemple qui traduit bien l’esprit de 2017 est celui de la numérisation des dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Ces dossiers sont d’une importance cruciale pour la généalogie et la recherche historique. Nous recevons chaque année plus de 3 000 demandes de renseignements à leur sujet.  Puisque ces documents sont minces et fragiles, pour éviter de les endommager à cause d’une circulation intensive, nous les numérisons en priorité afin qu’ils soient accessibles sur notre site Web.

Nous avons commencé par la boîte 1 et nous ferons une à une les 10 686 boîtes!

À la fin de 2018, les 640 000 dossiers seront tous en ligne.

En novembre, nous en avions déjà numérisé plus de 81 %.

Cela comprend les dossiers et documents de soldats célèbres,

comme Frederick Banting, qui a découvert l’insuline,

Frank McGee, le légendaire joueur de hockey,

et Grey Owl, l’un des premiers écoguerriers du monde,

ainsi que de simples soldats au sujet desquels les familles veulent obtenir des renseignements.

C’est notre plus grand projet de numérisation de masse à ce jour, mais également un de nos plus populaires.

Nous avons même le dossier militaire de Wolverine!

James Howlett, y apprend-on, a connu toute une carrière militaire avant de rencontrer le professeur X!

Selon notre dossier, il a été grièvement blessé au combat à de nombreuses reprises et il s’est taillé la réputation d’un survivant acharné.

Bien sûr, je plaisante, car les documents ne sont ni réels ni authentiques.  Ils ont été publiés le 1er avril 2016 à titre de poisson d’avril.

Jamais jusqu’alors n’avions-nous publié un message aussi populaire sur les médias sociaux que le dossier de Wolverine.

Nous avons reçu 157 000 « J’aime » sur notre page Facebook, près de 24 000 commentaires et 45 000 « Partages », ce qui nous a permis de joindre plus de 6 millions de personnes au total !

Nous sommes passés à la télévision, nous avons fait la une de Reddit et, outre la couverture dans les médias canadiens, l’article a été repris par Forbes.com et même par Entertainment Weekly.

Pas mal pour une bibliothèque et des archives nationales !

***

Le Numéri-Lab, lancé en mars 2017, est une autre de nos innovations axées sur les besoins de la clientèle.

Le Numéri-Lab nous permet de communiquer avec l’un de nos clients les plus importants, le grand public, ainsi qu’avec les chercheurs et les étudiants.

Il s’agit de notre tout nouveau laboratoire ouvert.

Le Numéri-Lab rompt complètement avec la façon traditionnelle d’utiliser les collections d’archives. Pour le mieux.

Grâce au Numéri-Lab, les clients peuvent maintenant choisir leurs propres priorités en matière de numérisation, puis numériser eux-mêmes nos documents en utilisant de l’équipement de pointe.

Nous leur fournissons cet équipement gratuitement moyennant le partage du fruit de leur travail avec notre communauté d’utilisateurs.

Rien qu’au cours de ses premiers mois, le Numéri-Lab a permis de numériser et de mettre à la disposition du public plus de 24 000 pages de documents textuels et de 1 000 photographies, comme :

  • des données météo sur la pluie, le tonnerre et les éclairs dans le ciel d’Ottawa au XIXe siècle, qui permettront d’alimenter les recherches sur les changements climatiques;
  • des photographies montrant les camps de secours que le gouvernement canadien avait mis sur pied pour venir en aide aux chômeurs au plus fort de la Grande Crise, qui seront bientôt présentées dans un film documentaire;
  • un demi-siècle d’action dans le Service de la logistique des Forces armées canadiennes;
  •  un périple en voiture entre Montréal et Vancouver qui a eu lieu il y a 100 ans;
  • l’histoire des camps d’internement pour les Canadiens d’origine japonaise.

Voilà quelques-uns des documents fascinants auxquels le Numéri-Lab a facilité l’accès à ce jour.

Nous étudions également des moyens de faire participer le public par le « crowdsourcing » (transcription externalisée).

En juin 2016, la Fédération des Métis du Manitoba a célébré le 200e anniversaire de la bataille de la Grenouillère, le conflit qui a mené à l’émergence de la nation métisse.

Pour aider à commémorer l’événement, BAC a invité le public à transcrire le rapport Coltman en utilisant un nouveau logiciel de transcription accessible sur notre site Web.

Le rapport avait été rédigé à la main en 1818 par William Coltman, un éminent avocat de l’époque.

Ce rapport, qui est l’une des meilleures sources d’information sur la guerre du commerce des fourrures, comporte un compte rendu assez équitable de la bataille et il est, partant, un document clé de l’histoire de la nation métisse.

L’ensemble du rapport de 521 pages a été transcrit par le public en moins d’un mois.

La chance de plonger au cœur de notre histoire a suscité beaucoup d’intérêt et le projet pilote a été un tel succès que nous avons invité le public à transcrire un autre document, le journal de Lady Macdonald.

En 1867, pendant que sir John A. Macdonald s’affairait à mettre en place le gouvernement national du nouveau Dominion du Canada, son épouse, lady Susan Agnes Macdonald, s’est mise à l’écriture de son journal intime.

Ce récit fascinant d’un témoin direct des premiers jours du nouveau Dominion présente le point de vue d’une des Canadiennes les plus en vue de l’époque.

Cette fenêtre ouverte sur son quotidien brosse également un portrait captivant de la culture politique de la nouvelle nation.

Il n’aura fallu que 25 jours – du 29 juin, date à laquelle nous l’avons mis en ligne, au 22 août – pour transcrire le journal au complet.

Je ne suis pas vraiment surpris. Il s’agit d’une lecture fascinante.

Voici la traduction d’un court extrait, tiré de son entrée du 5 juillet 1867, quelques jours après la Confédération.

« La journée a été chaude et lourde, mais nous vivons des temps lourds. »

« Ce nouveau Dominion est venu bruyamment au monde le 1er, et les journaux eux-mêmes ont l’air de suer et de crouler de fatigue sous le poids des annonces et des listes du Cabinet. »

« Ici, dans cette maison, l’atmosphère est saturée de politique, à tel point que j’ai parfois l’impression que même les mouches tiennent une séance parlementaire sur les nappes de la cuisine! »

Une lecture qui en vaut la peine, ne diriez-vous pas?

***

Le monde numérique a ceci de formidable : il est démocratique.

Il a cette capacité de transcender les frontières, d’atteindre tout un chacun et d’unir en toute égalité les gens et les idées.

C’est en partie ce qui anime un nouveau projet de BAC dont le but est de préserver, de revitaliser et d’améliorer les langues et les cultures autochtones au Canada.

Le dernier budget fédéral consacre 14,9 millions de dollars à l’élaboration de deux initiatives numériques ambitieuses qui seront développées en consultation avec les collectivités elles-mêmes.

Voyez notre histoire permettra la numérisation des documents de BAC dont le contenu traite des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Il s’agit de traités, de photographies et de dictionnaires et de lexiques des langues autochtones

Il s’agit d’offrir l’accès universel et gratuit en ligne à cette mine d’information ainsi qu’à des outils d’accès numérique.

Entendez nos voix offrira du soutien et de l’expertise aux communautés autochtones dans leurs efforts de préservation et de revitalisation de leurs langues.

L’accent sera mis sur l’histoire orale et son enregistrement.

Pour ces deux initiatives, BAC créera également des postes d’archivistes spécialisés pour les Autochtones qui seront déployés à l’échelle du pays.

BAC travaillera directement avec les aînés et les gardiens du savoir des communautés par l’entremise d’un cercle consultatif et d’autres approches misant sur la collaboration.

Il s’agit d’un formidable bond en avant, un pas dans la bonne direction vers une véritable réconciliation.

Cette initiative reconnaît l’importance de la langue en tant qu’élément fondamental de la culture autochtone et nous verrons à la déployer dans le respect des valeurs des nations.

Les technologies nous permettent aussi de faire le pont entre le passé et le présent dans les régions les plus éloignées du pays.

En 2001, BAC s’est joint à un programme de formation au Nunavut.

L’idée était de numériser les photographies anciennes de notre collection présentant des Inuits et leurs communautés, afin d’en permettre l’identification.

Bon nombre des sujets de ces photos étaient restés anonymes depuis des décennies.

L’objectif était modeste : numériser et identifier 500 photographies au cours de l’année.

Mais le projet « Un visage, un nom » a pris son propre envol.

Depuis 2001, nous avons numérisé plus de 10 000 photographies et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Quelque 2 500 personnes et lieux ont été identifiés.

Des familles ont été réunies.

Des identités ont été retrouvées.

Et des mystères ont été résolus.

Nous avons maintenant élargi le projet pour y inclure les Inuits vivant dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nord du Québec et la région du Labrador ainsi que les collectivités autochtones et métisses du reste du Canada.

S’il est vrai que chacune des initiatives que j’ai décrites illustre le pouvoir du numérique, je m’en voudrais de terminer sans vous parler d’un des grands paradoxes de notre époque.

Cela semble illogique, mais à l’ère numérique, les gens sont plus nombreux que jamais à fréquenter les institutions de mémoire, comme le succès de la bibliothèque Webster en témoigne éloquemment.

Pourtant, le concept de mémoire lui-même peut paraître obsolète.  En effet, avec la vitesse stupéfiante de leurs algorithmes, n’est-il pas suffisant de se tourner vers Google, Amazon, Wikipédia, Facebook et Twitter pour « se souvenir »?

Mais le fait est que la clientèle des institutions de mémoire augmente sans cesse. Le nombre de visites dans les bibliothèques publiques s’est accru de 4 % aux États-Unis pendant la dernière année.

La nouvelle bibliothèque publique d’Halifax a reçu le double du nombre prévu de visiteurs au cours de sa première année d’existence (1,9 million au lieu des 900 000 prévus).

Cela me rappelle notre propre Grande Bibliothèque, qui devait recevoir 1,5 million de visiteurs par année et qui en accueille maintenant entre 2,5 et 3 millions bon an mal an.

Pour ce qui est du secteur des archives, l’Enquête sur les établissements du patrimoine, dont les résultats seront bientôt publiés par Patrimoine canadien, montrera que le nombre de visites en personne aux services d’archives s’est accru de 66,1 % depuis 2011!

De telles données ont amené la British Library à conclure que :

Plus nos vies sont rivées à des écrans, plus nous semblons valoriser les véritables rencontres en personne et le contact avec les artéfacts physiques : l’intérêt pour l’un renforce l’intérêt pour l’autre.

* **

J’ai commencé mon allocution en vous parlant d’un des génies créateurs les plus connus du monde, Léonard de Vinci et j’aimerais la conclure en vous parlant d’un autre être d’exception.

Le mois dernier, j’ai assisté à une conférence de presse qui s’est avérée être l’un des points culminants de ma carrière : nous avons souligné l’inclusion, dans le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO, de la collection Marshall McLuhan, qui est préservée à BAC et à l’Université de Toronto.

C’était la première fois que l’UNESCO reconnaissait des documents provenant de la collection de BAC.

Et il est on ne peut plus de circonstance, à l’ère numérique, que cette première soit consacrée à Marshall McLuhan, un Canadien reconnu comme le « prophète de la génération numérique ».

En célébrant l’héritage et la mémoire d’un grand penseur, d’un citoyen tant du monde que du Canada, c’est non seulement son génie créateur qui est reconnu, mais aussi c’est le rôle des bibliothèques et des services d’archives eux-mêmes ainsi que leur apport à la créativité et à l’innovation.

En unissant nos efforts, nous pouvons aller – individuellement et collectivement – au bout de nos rêves et rendre Marshall et Léonard fiers de leurs descendants.

Je vous remercie.


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