Demeurer à l’avant-garde : les bibliothèques et les réseaux sociaux

Discours

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada
Le 26 août 2018 - Kuala Lumpur, Malaisie

Sous réserve de modifications


À Bibliothèque et Archives Canada, nous utilisons abondamment les médias sociaux pour faire connaître notre collection, nos événements, nos partenariats, nos programmes et nos services.

Les piliers de cette approche sont la sensibilisation, la mobilisation et la collaboration.

À la date du 28 juin dernier, 56 000 personnes suivaient nos pages Facebook, en français et en anglais, et 60 500 personnes étaient abonnées à notre compte Twitter.

Nous sommes aussi présents sur Flickr, YouTube et Instagram.

Nous diffusons sur les médias sociaux des renseignements sur nos services et nos événements publics. Cela s’impose pour nous, car en tant qu’entité du gouvernement du Canada, nous ne sommes pas autorisés à acheter des espaces publicitaires dans les médias traditionnels pour faire de la promotion.  Nous devons donc recourir à d’autres médias pour faire connaître nos conférences, nos expositions et nos nombreux services.

Ces plateformes nous servent aussi à mettre en valeur des documents de notre collection.  Chaque jour, nous présentons deux ou trois documents ayant un lien avec l’actualité.

Prenons le 150e anniversaire de la Confédération canadienne, en 2017.

Chaque jour cette année-là, nous avons présenté un événement s’étant déroulé à la même date dans l’histoire du pays, accompagné du mot-clic #EnCeJour, par exemple :

  • Alanis Morissette atteignant le sommet des palmarès;
  • l’octroi du droit de vote aux femmes militaires;
  • la visite de Nelson Mandela à Ottawa.

Nous avons aussi profité des Jeux olympiques d’hiver de 2018 pour présenter quotidiennement les exploits d’athlètes canadiens figurant dans nos documents.

Parfois, nous y allons au pif, sans savoir ce qui retiendra l’attention du public…  Road Trip en est un bel exemple. Le 31 juillet 1954, la photographe indépendante Rosemary Gilliat est montée avec trois de ses amies à bord d’une Plymouth familiale pour entamer un périple de 12 391 kilomètres qui les a menées d’un bout à l’autre du Canada.

À l’été 2015, BAC a publié sur Facebook des extraits de son journal et des photos de son voyage – et plus de 340 000 personnes les ont vus.

Une autre publication dont le succès a surpassé nos attentes les plus insensées est celle du 1er avril 2016, quand nous avons mis en ligne le dossier militaire de James Howlett, alias Wolverine.

James Howlett, y apprenait-on, a connu toute une carrière militaire avant de rencontrer le professeur X! Selon notre dossier, il a été grièvement blessé au combat à de nombreuses reprises et il s’est taillé toute une réputation de survivant.

Bien sûr, je plaisante. Ces documents ne sont ni réels ni authentiques.  Le faux dossier de Wolverine était un poisson d’avril de notre part – et ce fut notre publication la plus populaire de tous les temps sur les médias sociaux.

Sur Facebook, cette publication nous a valu 157 000 mentions « J’aime », près de 24 000 commentaires et 45 000 partages, ce qui nous a permis d’atteindre plus de 6 millions de personnes au total !  Notre histoire est passée à la télévision, a fait la une de Reddit et, outre sa couverture dans les médias canadiens, a été reprise par Forbes.com et même par Entertainment Weekly.

Bien entendu, ce canular était conçu pour nous permettre de braquer les projecteurs sur notre plus gros projet de numérisation à ce jour, celui des dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Il y en a 622 290 en tout! Et quelque 30 millions d’images!

Nous avons commencé cet ambitieux projet en 2014 par la boîte no 1, et nous avons traté les suivantes, une à la fois et dans l’ordre, jusqu’à atteindre la boîte no 10 686!

Et maintenant, à temps pour le centenaire du jour du Souvenir, le 11 novembre 2018, les 622 290 dossiers sont en ligne.

Dans le lot, on trouve les dossiers et documents de soldats célèbres (en plus de Wolverine). Il y a entre autres :

  • Frederick Banting, qui a découvert l’insuline;
  • Frank McGee, dit « le borgne », le légendaire joueur de hockey qui est décédé à l’étranger;
  • Grey Owl, l’un des premiers écoguerriers du monde.

On y trouve aussi de l’information recherchée par les familles sur des soldats peu connus.

De tels dossiers sont d’importantes ressources pour la généalogie et la recherche historique.

* * *

Dernièrement, nous nous sommes à nouveau servis de l’humour pour mettre en valeur nos installations.

Le 4 mai, soit « May the Fourth », ou journée Star Wars pour les amateurs de cette saga, nous avons tenté d’attirer de nouveaux clients provenant « d’une galaxie lointaine, très lointaine ».

Nous avons donc publié une photo du seigneur Darth Vader, posant à mes côtés. Dans la légende, on expliquait que l’Empire galactique, affligé par une série d’atteintes à l’intégrité de ses données, avait déclaré unilatéralement que dès sa construction, notre nouvelle installation de préservation deviendrait le dépôt permanent de tous les futurs plans de l’Étoile de la mort.

Inutile de vous dire que cette publication a elle aussi été virale et, au passage, elle nous a permis d’attirer l’attention sur la construction de la phase 2 de notre Centre de préservation qui sera bientôt entreprise près de notre installation principale à Gatineau.

* * *

Sur une note plus sérieuse, Un visage, un nom est une autre initiative qui a pris de l’ampleur grâce aux médias sociaux.

L’idée était d’utiliser Facebook et Twitter pour identifier les personnes et communautés inuites, métisses et des Premières Nations figurant dans les photographies d’archives de notre collection, car bon nombre de ces personnes et de ces communautés étaient restées anonymes depuis des décennies.

À l’origine, notre objectif était modeste : nous voulions numériser et identifier 500 photographies en une année. Mais Un visage, un nom a fait boule de neige. Depuis 2001, nous avons numérisé plus de 10 000 photos et le projet est loin d’être terminé. Jusqu’ici, quelque 2 500 personnes et lieux ont été identifiés.

Par exemple, il y a Martha Kasudluak, d’Inukjuak, au Nunavik, que nous voyons ici avec des photos d’elle-même à trois époques différentes.

Et il y en a tant d’autres.

Des familles ont été réunies.

Des identités ont été retrouvées.

Et des mystères ont été résolus.

Je suis très fier de l’honneur qui a été décerné à Un visage, un nom, en décembre dernier : le prix de l’innovation à l’occasion du huitième Grand prix Livres Hebdo des bibliothèques francophones, à Paris.

***

À force d’essais et d’erreurs, nous avons trouvé le ton juste pour intéresser nos clients et faire passer notre message :  un ton tantôt irrévérencieux et divertissant pour piquer la curiosité, tantôt informatif et cultivé pour asseoir notre réputation.

En prenant des risques et en créant du contenu hors du commun, nous avons levé le voile sur le monde de la bibliothéconomie et mis en valeur notre vaste collection.  BAC est maintenant un chef de file des médias sociaux au sein du gouvernement du Canada et parmi les bibliothèques nationales.

Certes, l’utilisation des médias sociaux comporte des risques, car il s’agit d’un canal de communication audacieux.

Les sociétés d’aujourd’hui sont de moins en moins friandes de hiérarchies, et les médias sociaux reflètent parfaitement cette réalité.

En tant que dirigeant d’une institution nationale, j’estime que mon rôle est de préparer le terrain pour que nos responsables des médias sociaux puissent donner libre cours à leur imagination.

Et je crois avoir créé un climat où ils n’ont pas peur de repousser les limites.

Jusqu’à maintenant, nous avons eu de la chance avec nos idées les plus avant-gardistes, mais je suis persuadé qu’un jour, nous allons commettre une erreur et que certains nous reprocheront d’être allés trop loin.

J’accepte cette perspective et l’équipe des médias sociaux de BAC sait qu’elle pourra compter sur mon appui lorsque cela arrivera. C’est le prix à payer si on veut innover !

* * *

Jusqu’ici, les exemples que j’ai présentés provenaient des comptes de médias sociaux de BAC.

Je prendrai maintenant quelques instants pour vous parler de l’utilisation de comptes personnels pour la promotion des idées de l’institution.

J’ai été parmi les premiers à m’inscrire à Facebook. La plateforme a été lancée publiquement en septembre 2006, et j’ai créé mon compte en juillet 2007.

À l’époque, je ne pensais pas que Facebook me serait un jour utile dans mon travail. Je m’en servais pour me tenir au courant de ce qui se passait dans la vie de mes proches, de mes amis et de mes anciens étudiants.

La nécessité étant la mère de l’invention, je me suis rendu compte en 2009 que je pouvais utiliser mon propre compte Facebook pour faire connaître aux clients mon institution notre programmation publique et les événements à venir.

J’ai maintenant 900 amis sur ma page Facebook, et 1 600 abonnés suivent mon compte Twitter.

Je fais pâle figure comparativement à Beyoncé ou à Kim Kardashian, dont les gazouillis sont suivis par 60 millions de personnes.  Mais si on tient compte du fait que la plupart de mes « amis » et mes abonnés sont des passionnés de livres et d’archives, mes comptes personnels sont des canaux plutôt efficaces pour la promotion de nos événements.

Ce ne sont pas tous les cadres gouvernementaux qui sont à l’aise d’utiliser les médias sociaux. Les frontières entre nos vies privées et publiques deviennent nécessairement moins nettes et il faut employer un style moins officiel, plus accrocheur.

Toutefois, je pense sincèrement qu’en associant un visage et un point de vue personnel à une institution au moyen d’un gazouillis ou d’un affichage, nous augmentons nos chances d’intéresser les citoyens en leur présentant plus qu’une bureaucratie anonyme et invisible.

Je vous remercie.


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