Allocution du greffier au forum des dirigeants sur la technologie et le gouvernement

Discours

Merci de votre présentation.

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui et d’avoir l’occasion de vous parler de la technologie et du gouvernement.

Vous avez un bon programme. Tous des sujets pertinents et certains conférenciers et spécialistes très distingués. Plus tard aujourd’hui et demain, vous aurez l’occasion d’entendre des dirigeants influents et des agents du changement de la fonction publique fédérale qui ont une connaissance approfondie de ces questions, et je suis convaincu que vous aurez des échanges très constructifs avec eux.

Aujourd’hui, je vous présenterai quelques observations.

La première concerne mes fonctions, soit celles qui sont mentionnées le plus souvent, naturellement celles de greffier du Conseil privé et de secrétaire du Cabinet. Je suis également le sous-ministre du premier ministre, et à ce titre, j’ai d’ailleurs assermenté un nouveau ministre à Rideau Hall ce matin, et j’assiste à toutes les réunions du Cabinet, où j’écoute les hommes et femmes qui en sont membres débattre des enjeux de l’heure et prendre des décisions. C’est quelque chose de fascinant.

Je suis également le chef de la fonction publique. Cette fonction est en fait celle qui est prévue par la loi, mais qui n’est jamais mentionnée. Je prends cette fonction extrêmement au sérieux. Je la considère comme une fonction d’intendance qui consiste à contribuer à améliorer la fonction publique afin qu’elle puisse épauler les gouvernements futurs. Il s’agit de la perspective que je veux faire valoir ici aujourd’hui.

L’autre perspective que je peux offrir, c’est celle de la « vue du pont », pour employer une métaphore de Star Strek. J’œuvre au sein de la fonction publique depuis très longtemps, depuis bien avant qu’Al Gore invente Internet. J’occupe des fonctions de cadre supérieur depuis 27 ans, dont 16 ans à titre de sous-ministre. J’ai vu bien des choses. J’ai pris part à bien des réunions et j’ai vu bien des enjeux évoluer, ce qui m’a procuré une perspective bien particulière, que je suis heureux de partager avec vous.

Au cours de ma carrière dans la fonction publique, nous avons assisté à de nombreux changements technologiques, notamment à l’arrivée des premiers logiciels de traitement de texte, des premiers cellulaires et des premiers télécopieurs, ainsi qu’à l’arrivée d’Internet, des cyberattaques, des téléphones intelligents et des réseaux sociaux.

Les changements technologiques ne sont donc rien de nouveau, mais votre défi consiste à déterminer ce que l’actuelle vague de changements technologiques a de différent. A‑t‑on tiré des leçons à la suite des vagues précédentes? Avons-nous réussi à nous adapter à l’interne et à l’externe afin de ne pas avoir à recommencer à zéro chaque fois? Comment pouvons-nous tirer des leçons des vagues précédentes de changements technologiques alors que nous en entamons une autre, qu’il s’agisse de chaîne de blocs, d’intelligence artificielle ou de logiciel d’apprentissage? Ce que nous avons déjà vécu nous indiquera vers quoi nous nous dirigeons.

Les gouvernements et les Parlements vont et viennent, et le système de gouvernement fondé sur le modèle de Westminster repose donc sur les fonctionnaires. Il s’agit d’un de mes sujets préférés, sur lequel portent beaucoup de mes discours publiés dans mon site Web.

La fonction publique est une entité complexe. Selon le dernier calcul, elle regroupe plus de 250 organisations distinctes, d’énormes ministères comme Revenu Canada à de petits organismes comptant une douzaine d’employés, en passant par une gamme d’organisations de taille moyenne. Nous formons une grande institution, ou famille d’institutions. Nous disposons de plus de 600 points de service direct au Canada et de plus de 170 missions à l’étranger. Notre effectif compte plus de 400 000 personnes dont la rémunération représente plus de 50 milliards de dollars par année; 260 000 personnes forment le noyau de la fonction publique et, naturellement, la GRC et les forces armées; il existe plus de 650 classifications, et 84 % de nos effectifs sont syndiqués. En outre, les femmes représentent 54 % des effectifs, et cette proportion augmente chez les cadres de direction. J’en suis très fier.

Nous utilisons, occupons, louons ou possédons 32 000 édifices. Nous dépensons, et cela intéressera sans doute certains d’entre vous dans la salle, au moins 20 milliards de dollars par année en approvisionnements. Nous traitons plus de 300 000 transactions et contrats chaque année, en majeure partie de petits contrats conclus avec de petites entreprises. Et nous devons améliorer les processus d’approvisionnement. Il s’agit de l’un des grands défis de notre époque, et je suis ravi du travail que Services publics et Approvisionnement Canada réalise.

Si vous êtes à l’emploi de l’administration fédérale depuis longtemps ou si vous l’avez observée de l’extérieur, vous aurez constaté de nombreux changements. Des organisations se regroupent ou sont démantelées. Nous assistons à des scissions et à des fusions, où des organisations sont regroupées. Il s’agit réellement de la prérogative du premier ministre de structurer l’administration publique comme il l’entend, et mon travail consiste à faire en sorte que cette structure corresponde à ce qui est nécessaire au moment voulu.

Mon travail consiste également à réduire les frictions relatives aux coûts des transactions et aux changements organisationnels afin que les gouvernements puissent décider de réaffecter des ressources de façon ciblée ou de façon à créer des synergies à un faible coût et avec le moins de perturbations possible. J’ai vécu de nombreuses réorganisations de ministère lors desquelles la première année était consacrée à régler ce qui concernait le fonctionnement interne et les services internes, les organigrammes organisationnels et les édifices, et les autres choses de ce genre. Je veux réduire le plus possible les coûts des frictions connexes. Pour cette raison, il faut assurer l’interopérabilité et la mobilité. En effet, il est important que les effectifs et les données circulent aussi rapidement et aussi harmonieusement que possible au sein des organisations et entre celles-ci. Et cela peut s’avérer ardu.

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles nous devons nous unir davantage en tant qu’une seule et même organisation. Les services à la population sont l’une de ces raisons. Il importe peu aux Canadiens de quel ministère ou organisme ou sous-unité ils reçoivent leurs services pourvu qu’ils reçoivent les services voulus. Ils veulent obtenir des services facilement, 24 heures sur 24, sept jours par semaine; ils veulent accéder à ces services à partir de leurs appareils mobiles, dans les deux langues officielles, et dans des formats à la fine pointe de la technologie pour les personnes handicapées.

La cybersécurité constitue la seconde raison. Les réseaux et les données du gouvernement sont chaque jour les cibles de pirates informatiques et de vandales. Les entreprises privées se soucient grandement des cyberintrusions et de leur intégrité cybernétique. Pour les gouvernements, les normes et les attentes à respecter sont encore plus élevées. À raison, les Canadiens ne tolèrent pas les manquements relatifs aux renseignements de nature délicate du gouvernement ni aux renseignements que le gouvernement possède au sujet de leurs déclarations de revenus, de leurs formulaires de recensement et de leurs entreprises.   

En 2018, le gouvernement du Canada instaurera une solide stratégie sur la cybersécurité. Cette stratégie touchera le secteur privé ainsi que le gouvernement et modifiera la façon dont nous interagissons les uns avec les autres.

Les innovations au sein de l’administration fédérale ne sont pas exemptes de contraintes. En effet, elles doivent se faire dans les deux langues officielles, être accessibles au moyen des dernières technologies, et il faut assurer leur cybersécurité. Cette année, le gouvernement présentera un projet de loi sur l’accessibilité qui visera à faire du gouvernement du Canada le gouvernement le plus accessible sur la planète. Et c’est un objectif que nous atteindrons.  

Donc faites valoir toutes vos idées et innovez sur tous les fronts, mais assurez-vous de le faire dans les deux langues officielles et faites en sorte que vos innovations soient entièrement accessibles et bien protégées, car ces critères ne sont pas négociables.

En tant que fins observateurs du gouvernement, vous aurez sans doute pris en note les cibles annoncées l’an dernier dans le cadre des engagements du Canada à l’égard des changements climatiques. Nous nous étions engagés à réduire l’empreinte carbone du gouvernement du Canada et les gaz à effet de serre qu’il produit de 80 %. La technologie peut nous aider à atteindre cette cible et peut faire partie de la solution. Cela est important pour ceux d’entre vous qui travaillent à la conception de pratiques de travail, d’édifices et d’appareils plus intelligents. Si vous comptez faire affaire avec le gouvernement, songez à votre empreinte carbone et aux répercussions de vos services et activités.

Tous les gouvernements désirent réaliser des gains de productivité et réduire leurs coûts. Tous les gouvernements veulent simplifier leurs processus et être productifs. Ils veulent offrir à la population des services précis, exempts de problème et qui ne causent aucune frustration chez les personnes desservies. De nos jours, les gens veulent obtenir des services rapidement, avec précision et de façon de plus en plus personnalisée. À cet égard, de nombreux secteurs sont en avance sur le gouvernement. Nous devons acquérir davantage d’expertise relativement à la gestion des files d’attente, à la satisfaction de la clientèle et à la façon d’utiliser les données recueillies dans le cadre des millions d’interactions de service, puis combiner le tout à des logiciels intelligents tout en peaufinant et en améliorant constamment les services offerts.

Nous devons également établir un équilibre entre la protection des renseignements personnels et la sécurité d’une part et l’expérience et la satisfaction de la clientèle d’autre part. Il s’agit d’un autre défi de notre époque. Il faut faire en sorte que les Canadiens continuent de nous faire confiance en ce qui concerne la protection de leurs renseignements personnels.

Nous nous attendons à ce que les futurs Parlements et Cabinets soient au rendez-vous, et à ce que les gouvernements continuent à s’efforcer de réaliser les aspirations usuelles des Canadiens à l’égard de la paix, du maintien de l’ordre et de la bonne gouvernance. Ils s’efforceront de protéger les Canadiens à mesure que les menaces évolueront. Ils tenteront de différentes façons d’aider les Canadiens à prospérer, à générer de la richesse et à créer des possibilités et de bons emplois, ainsi que les ressources qui permettent de payer le genre de services publics que les Canadiens demanderont. Ils tenteront d’exercer une influence positive dans le monde, dans le cadre de rôles et d’institutions à l’échelle internationale. Nous devons protéger nos intérêts et mettre nos valeurs de l’avant. Les gouvernements du Canada continueront à faire de ce pays un modèle de diversité où règnent la tolérance, la primauté du droit et l’inclusion.

Les Canadiens profitent tous les jours des avantages que leur procurent les nouvelles technologies et les nouveaux services. Et notre gouvernement doit composer avec le fait que les Canadiens n’accepteront pas encore très longtemps des niveaux de service qui sont inférieurs à ceux qui leur sont offerts dans le cadre de leurs interactions quotidiennes, notamment à la banque, au moment de réserver une chambre d’hôtel ou chez un concessionnaire d’automobiles.

Heureusement, elle est presque révolue l’époque où nous devions aller à l’autre bout de la ville pour attendre en ligne pendant des heures dans un bureau du gouvernement pour présenter des documents et, peut-être, recevoir quelque chose par la poste des semaines plus tard. Aujourd’hui, 60 p. 100 de nos services sont offerts sur le Web et 30 p. 100, au téléphone. Des services accessibles en tout temps feraient bien sûr le bonheur de tous. Pour revenir au point que j’ai soulevé plus tôt, les services doivent être offerts de façon sécuritaire et dans les deux langues officielles et accessibles à l’ensemble de la population canadienne.

Un défi important subsiste : ce ne sont pas tous les Canadiens qui ont un accès à large bande ou à un réseau sans fil adéquat. Des innovations et solutions technologiques s’imposent si nous voulons faire en sorte que tous les Canadiens puissent tirer parti des possibilités découlant de la technologie.

Par ailleurs, nos fonctionnaires méritent beaucoup mieux. Dans le passé, les lieux de travail des fonctionnaires étaient dotés des technologies les plus récentes. Ce n’est plus le cas. Les fonctionnaires peuvent maintenant télécharger les dernières applications sur leurs appareils personnels dans le confort de leur foyer. Et ils veulent que les technologies disponibles dans leur milieu de travail soient semblables à celles auxquelles ils ont accès tous les jours en dehors du bureau. Il s’agit de l’un des défis les plus pressants liés au recrutement et au maintien en poste.

Je suis fier du travail qu’effectuent l’Unité des retombées et de l’innovation du Bureau du Conseil privé et le Service numérique canadien du Conseil du Trésor à l’échelle du gouvernement du Canada. Nous conjuguons nos efforts en vue de cerner les possibilités et les défis liés aux nouvelles technologies et aux nouveaux services et d’en mesurer l’incidence. L’innovation à elle seule n’est pas suffisante. Elle doit avoir une incidence et nous aider à offrir de meilleurs services.

La confiance des Canadiens envers notre gouvernement repose en grande partie sur les services que nous leur offrons. Nous avons restructuré notre présence sur le Web et les médias sociaux et nous continuons de l’améliorer. En effet, nous avons réalisé des progrès importants grâce au portail Canada.ca. De plus, nous nous sommes penchés sur les raisons pour lesquelles les gens visitent les sites Web du gouvernement du Canada. Les trois principales raisons sont, en ordre d’importance, les prévisions météorologiques, les renseignements sur les visas de visiteur et la façon d’immigrer au Canada.

Les services occupent une place centrale dans la vie personnelle de tous les jours; ils représentent les renseignements personnalisés que recherchent les gens. C’est pourquoi nous devons nous renseigner sur les types de services recherchés, et donner aux gens la chance de manipuler les données, de créer leurs propres applications et de nous aider à concevoir les services qu’ils veulent.

Le système de paye s’est avéré le plus important problème de TI en 2017. Nous sommes résolus à corriger ce qui aurait dû être une tâche simple : faire en sorte que nos employés reçoivent une paye exacte et à temps. Je peux vous garantir que l’année 2018 sera consacrée à la résolution de ce problème. Et nous tirerons des leçons de ce projet. En fait, nous recevrons d’autres renseignements du vérificateur général sur ce sujet en mai prochain. Je dirais toutefois que notre priorité demeure la stabilisation du système de paye.

L’an dernier, nous avons mené un recensement national qui a obtenu le taux de participation en ligne le plus élevé de tous les recensements menés dans le monde. Cette réalisation est attribuable à l’excellent partenariat entre Statistique Canada et Services partagés Canada.

J’espère que vous téléchargez tous l’application FrontièreCan quand vous rentrerez chez vous cet après‑midi. Cette application vous fournit des renseignements personnalisés sur ce à quoi vous devez vous attendre lorsque vous traversez la frontière. Si vous avez pris l’avion récemment, vous avez sans doute vu les bornes frontalières qui ont été installées pour aider un nombre croissant de personnes à franchir de façon rapide et efficace les diverses étapes à l’aéroport.

L’application Parcs Canada pourrait aussi vous intéresser. L’an dernier, 30 millions de personnes ont visité gratuitement les parcs canadiens. Tous les aspects relatifs aux parcs, même la réservation d’un emplacement de camping, peuvent être gérés en ligne grâce à une application. Nous faisons l’envie des services de parc à l’échelle mondiale.

Il est facile de parler d’une application téléchargeable axée sur la clientèle. Nous ne parlons pas du travail moins prestigieux que nous avons effectué au cours des dernières années. En effet, des efforts considérables ont été déployés pour reconstituer et redynamiser l’infrastructure des TI. Vous n’en avez probablement jamais entendu parler, car ces efforts se sont avérés fructueux dans la plupart des cas.

Nous avons bâti une communauté et nous en sommes très conscients. Quelque 9 000 personnes quittent la fonction publique tous les ans et près de 9 000 autres personnes s’y joignent. Au fil des ans, ce roulement représente un renouvellement important. La moitié des fonctionnaires qui travaillent aujourd’hui se sont joints à la fonction publique dans les années 1990. D’après moi, les défis et les possibilités avec lesquels nous devons composer concernent le mélange des générations. Ça ne concerne pas seulement la génération du millénaire. Les baby-boomers peuvent transmettre leurs connaissances (expérience, valeurs et culture) aux générations futures et, à leur tour, tirer des leçons de leurs collègues plus jeunes, bénéficier de leur énergie, de leur dévouement et de leur passion, et trouver de nouvelles méthodes de travail.

Nous allons consacrer beaucoup de temps à enseigner et à développer les dirigeants de demain, et cette communauté jouera un rôle de premier plan à cet égard. Nous y arriverons en établissant des partenariats avec le secteur privé, la société civile, les ONG et d’autres groupes.

La fonction publique se distingue par le fait qu’elle est composée de citoyens des quatre coins du pays, qui vont au bureau tous les jours pour contribuer à changer les choses dans leur collectivité et leur pays. Ils sont déterminés et passionnés par ce qu’ils font. Nous devons les soutenir et mettre à leur disposition les outils, les installations et les structures décisionnelles dont ils ont besoin pour s’acquitter de leurs tâches. Ils doivent éliminer les règles et les structures non productives de la bureaucratie et exploiter leur talent, leur créativité et leur connexion aux Canadiens.

Je crois que la fonction publique du Canada a toujours été un endroit stimulant et intéressant où travailler. Vous avez peut-être entendu parler du classement du Canada en 2017 dans l’indice international sur l’efficacité des fonctions publiques : The International Civil Service Effectiveness (InCiSE) Index (en anglais seulement). Les fonctions publiques de 35 pays ont été évaluées, et il a été déterminé que la fonction publique la plus efficace du monde est celle du Canada.

Il existe un intérêt réel concernant l’innovation et les possibilités au Canada. Au cours de la prochaine année, nous continuerons de collaborer de près avec les fonctions publiques des provinces et des municipalités. L’an dernier, les secrétaires des cabinets à l’échelle du pays se sont tous engagés à signaler depuis les échelons les plus élevés du gouvernement que l’innovation nous tient à cœur et que nous l’encourageons.

Nous vivons dans un pays spécial. Dans un monde agité, notre gouvernement est toujours en mesure de prendre des décisions et de les exécuter. Cela nous donne un avantage concurrentiel et la chance d’agir rapidement en tant que pays pour saisir des débouchés au nom des Canadiens.

Je suis persuadé que nous ferons exactement cela, et je crois que les personnes présentes dans cette pièce aujourd’hui joueront un rôle de premier plan à cet égard.

Merci beaucoup.


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