Allocution du greffier au 21e Gala annuel du Carleton University School of Public Policy and Administration (SPPA)

Discours

Priorité au discours prononcé  

Je vous remercie de m'avoir invité à passer cette soirée avec vous. Félicitations à Audrey et l'équipe qui a mis sur pied cette activité, et bravo à tous ceux d'entre vous qui consacrez temps et énergie à améliorer l'école pour vos collègues, un geste à la fois.

Je commencerai par souligner que nous sommes rassemblés sur le territoire traditionnel des Algonquins de cette région, et les remercier pour leur accueil. Je voudrais aussi saluer la gestion et les membres du corps professoral. Cette université est très spéciale pour moi et ma famille – mon épouse et mon fils y ont obtenu leur diplôme et mes deux enfants ont participé à de nombreux programmes sportifs et récréatifs ici.

J’ai siégé pendant sept ans au Bureau des gouverneurs et j’ai fait partie de plusieurs de ses comités. Je venais donc ici quelques fois par mois pour participer du mieux que je pouvais, et en apprendre un peu plus sur l'université. Je suis persuadé que Carleton a un brillant avenir.

Mais je suppose que vous m'avez invité ici pour parler d'autres choses. Lorsque j'ai reçu l’invitation à cette soirée, j'ai d'abord été ravi et un peu flatté, mais cela a rapidement cédé à un petit peu d’anxiété – pourrais‑je vous dire quelque chose d'utile, vous qui avez choisi l'administration publique et les politiques publiques comme domaine d'études, et pour beaucoup d'entre vous, qui comptez faire carrière dans ce domaine?

J’ai fait le calcul et pour faire une comparaison, ce serait comme assister à la remise de mon grade de maîtrise en 1980 (nous n'avons pas eu de gala) et écouter un vieux gars qui aurait commencé sa carrière sous Mackenzie King. Je sais que certains d'entre vous se posent la même question – vous m’avez mentalement caractérisé sur le plan démographique – un vieil homme blanc de 60 ans – et vous avez vos propres hypothèses toutes faites sur la façon dont j'ai vécu ma vie ou sur ma vision du monde. De fait, beaucoup de ces hypothèses seraient erronées.

J'accepte le défi – me préparer pour cette soirée a été une merveilleuse occasion de faire le point et de réfléchir , et de distiller quelques-uns de mes thèmes préférés.

Il s’agit de réflexions alors que j’achève graduellement un long parcours au sein de la fonction publique fédérale. Cela fera 37 ans cet été, dont 28 à titre de cadre supérieur et 16 ans dans la communauté des sous‑ministres. J’ai travaillé en étroite collaboration avec plus d'une douzaine de ministres et trois premiers ministres.

Permettez-moi de commencer par dire ceci : la continuité et l'impartialité politique sont d’une grande importance.

Il n'y a pas beaucoup d'endroits où il y a une relation aussi étroite entre les acteurs politiques partisans et une fonction publique impartiale.

Oui, il peut y avoir parfois des périodes plus ou moins mouvementées – mais chaque nouveau gouvernement constate qu'il peut compter sur un soutien professionnel compétent – autant pour donner des conseils que pour mettre en œuvre les décisions.

Nous, en tant que fonctionnaires, réalisons que les gouvernements peuvent avoir des programmes politiques sous-jacents très différents – particulièrement en ce qui a trait au rôle du gouvernement dans la société et l'économie, et au rôle de l’administration fédérale dans notre fédération – et qu'ils recherchent parfois des solutions très différentes aux problèmes – mais que les femmes et hommes qui sont élus par les Canadiens sont, dans l'ensemble, guidés par des objectifs communs et des calculs communs de risques et de récompenses.

Tous les types de gouvernements seront animés par quelques aspirations de base : assurer la sécurité des Canadiens, stimuler l'activité économique et la prospérité, partager cette sécurité et cette prospérité de façon plus équitable et plus inclusive, et exercer une influence positive sur les affaires mondiales.

Tous les types de gouvernements voudront offrir des services pertinents en temps utile, qui se traduisent par une expérience positive pour les utilisateurs.

Cette continuité dans les relations sous-jacentes avec les ministres et le parlement – et la continuité des principaux défis que nous devrons relever – est une source de force réelle.

Nous sommes moins enclins que de nombreux pays à suivre un chemin zigzagant parsemé de redémarrages.

Nous perdons moins de temps dans les transitions et les changements de gouvernement. Comme je le dis souvent, en 2015, nous sommes passés d'un gouvernement fonctionnel à un autre en 16 jours. J’y étais pour chacun d’entre eux.

En 2006 et en 2015, le nouveau gouvernement a été mis en place et a commencé à concrétiser ses engagements en quelques semaines.

Nous sommes particulièrement bons au changement de pouvoir pacifique dans un système démocratique. Ce qui rend cela possible, c'est la confiance. Les acteurs politiques en viennent à avoir confiance que les fonctionnaires les appuieront loyalement et diligemment, qu'ils peuvent avoir des réunions et des conversations ouvertes et honnêtes à leurs côtés, et que la fonction publique fera de son mieux pour signaler les pièges et les obstacles et leur dire ce qu'ils doivent savoir et non ce qu’ils veulent entendre.

En retour, les fonctionnaires doivent avoir confiance que les acteurs politiques comprennent et valorisent leur rôle, qu'ils ne seront pas sacrifiés pour des raisons d'opportunisme politique à court terme lorsque ces acteurs doivent confronter un problème, la période de questions ou un comité parlementaire, et qu'ils peuvent présenter des faits probants et des conseils sans être étiquetés comme étant peu coopératifs ou hostiles.

Cette confiance est de grande valeur et peut être ébranlée, même perdue, par des actions de part et d'autre des deux côtés. Elle peut aussi être ébranlée par suite de négligence graduelle.

La bonne nouvelle, c'est que le Canada a remarquablement bien réussi à maintenir cette confiance et cette relation fondamentales. Cela a permis au pays de faire face à de nombreuses vagues de changements.

Voilà donc l’un des messages que je veux vous transmettre – que ce que nous faisons dans la fonction publique a été remarquablement constant – mais que la façon dont nous faisons notre travail a changé continuellement.

Une illustration simple de cela est de raconter le parcours technologique – des unités de dactylographie aux applications pour téléphone intelligent – des ordinateurs centraux à l’informatique en nuage.

Cela m’amène à une autre illustration : le parcours de la gestion de l’information. Nous sommes passés d'une époque où le gouvernement détenait une grande partie des données utiles et décidait de la façon de diffuser de petites bribes dans des formats que nous avions fixés, à une époque où on voit un flux massif de données ouvertes que les citoyens peuvent utiliser et retraiter à leur guise. Notre époque est ainsi définie, caractérisée par un flux massif d’information ouverte que les citoyens peuvent obtenir et remanier, pour s’en servir et bâtir. D’une époque où le gouvernement était opaque et difficile à décoder à une époque où presque tout est affiché de façon proactive et sur Internet, y compris nos processus internes. Il peut encore être difficile de bien décoder quelque chose, mais c'est parce qu'il y a tellement d'informations à assimiler.

Pour moi, le changement le plus marquant est celui du chemin que nous avons parcouru en faveur d'une plus grande inclusion. Il y a quelques personnes qui éprouvent de la nostalgie et qui suggèrent qu'à l'époque, à leur époque, c’était l’âge d'or, quand les géants circulaient parmi nous et qu’il y avait un autre type de fonction publique.

C’est tout à fait absurde. La fonction publique à laquelle j'ai adhéré était dirigée par des hommes – des hommes blancs. C’était peut-être amusant de faire partie de la ligue des gentlemen extraordinaires, mais la fonction publique était ouvertement hostile et discriminatoire envers les canadiens LGBTQ. Il y avait très peu de personnes de couleur ou d'autochtones canadiens occupant des postes d'autorité. Le harcèlement sexuel était fréquent, tout comme l’intimidation et les abus de pouvoir. Les gens fumaient dans leur bureau et buvaient à la pause du midi. Les personnes souffrant des problèmes de santé mentale n'avaient aucun soutien et se retrouvaient en congé d’invalidité ou pire.

Je suis heureux de pouvoir dire à quel point cela a changé. La fonction publique d'aujourd'hui est tellement meilleure que celle à laquelle je me suis joint.

Je me dois de saluer le leadership solide exercé au fil des ans par mes prédécesseurs et d'autres personnes clés.

Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, le rythme du changement dans notre pays est rapide et en accélération.

La fonction publique est une énorme institution, mais elle est entraînée par les grands courants de changement qui traversent l'ensemble de notre société et nous demandent de garder le pas et de nous adapter.

Tout au long de ma carrière, nous en avons connu plusieurs changements.

Je mentionnerais d’abord le renforcement du pouvoir des femmes depuis les années 1980.

Leur progression en vue d’occuper des postes de direction demeure un parcours inachevé.

Depuis le début des années 2000, le Canada a connu un changement significatif relativement aux personnes LGBTQ. J’étais dans la salle du Cabinet lorsque le gouvernement martin a décidé d’aller de l’avant avec la loi sur le mariage entre personnes de même sexe, et je suis maintenant dans la même pièce que deux ministres qui ont appliqué cette mesure législative pour épouser leur partenaire.

Au cours des quinze dernières années, le Canada a connu un changement radical dans notre façon de penser à l'égard de la santé mentale. Au sein de la fonction publique, c'était une priorité particulière de ma prédécesseure immédiate, Janice Charrette, graduée de Carleton; nous avons donné suite activement à cette priorité au cours des dernières années.

Nous avons été de plus en plus sensibilisés et préoccupés par les changements climatiques et nous nous sommes maintenant engagés à réduire de 80 p. 100 l'empreinte carbone du gouvernement fédéral.

Nous faisons maintenant un autre changement majeur – un renouvellement complet de nos relations avec les peuples autochtones du Canada. Cela touche tous les Canadiens de différentes façons. C’est particulièrement important pour le gouvernement fédéral et la fonction publique parce que nous sommes la Couronne – c'est avec la Couronne que les relations avec les peuples autochtones se nouent, et nous sommes tenus de respecter un principe juridique appelé l'honneur de la Couronne.

Je ne parle pas de ces sujets par nostalgie du passé ou pour préparer mes mémoires, mais pour vous dire que vous vivrez vos propres expériences au cours des prochaines décennies, à mesure que le Canada continuera de croître et d'évoluer. Qui sait ce que sera le grand mouvement social des années 2020 ou 2030?

En travaillant dans la fonction publique, vous serez certainement entraînés par les rouages du changement et vous aurez aussi l'immense privilège de contribuer à le façonner. Vous travaillez de concert avec des acteurs politiques afin de tirer parti de ces courants et d'aider à les transformer en lois, politiques, services et institutions.

C’est vraiment le rôle central de la fonction publique – transposer un ensemble presque infini de pressions et de possibilités en choix réalisables pour les cabinets et les assemblées législatives et en services pertinents pour les Canadiens.

Ce rôle – et la présence de femmes et d'hommes qui sont motivés par l'identification d'un intérêt public parmi les pressions concurrentes, par la gestion des biens publics et des fonds publics, qui veulent regarder au‑delà d'aujourd'hui vers des résultats à plus long terme, en luttant contre le trouble déficitaire de l’attention, de l’hyperactivité et du court-termisme qui caractérisent nos journalistes et nos marchés.

Ce rôle est au cœur du maintien de la gouvernance inclusive et de la primauté du droit, des élections libres et justes, des tribunaux et un monde académique indépendants – forces qui sont aujourd'hui assiégées ou en train de disparaître dans de nombreux autres pays.

Les baby-boomers dans la salle reconnaîtront cette référence culturelle : « Vous ne savez pas ce que vous avez jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus ».

Dans certains pays, il n’y en a plus ou à tout le moins c’est en voie de disparaître.

Je vous demande de résister. De joindre la résistance. Et l'une des façons les plus efficaces de le faire, c'est de vous servir de votre douce et ferme passion à l’égard du Canada, de montrer du cran et de vous joindre à une fonction publique professionnelle, non partisane et axée sur les valeurs, ou de vous porter à sa défense.

Une fonction publique qui sera là en 2054, quand quelqu'un dans cette pièce occupera mon poste, approchant la fin de sa carrière, et parlera du fond du cœur à un dîner comme celui-ci.

Je vous remercie de votre écoute et de votre passion pour les politiques publiques et l'administration publique.

C’est un pays remarquable, et une fonction publique remarquable. En parcourant cette pièce du regard, je suis rempli d'espoir et d'optimisme, sachant qu'elle sera entre de bonnes mains.

Merci. Thank you. Meegweetch.

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