Allocution de Michael Wernick, greffier du Conseil privé, au Sommet sur la sécurité de 2018

Discours

Le 30 mai 2018
Michael Wernick, greffier du Conseil privé

Priorité au discours prononcé

Bonjour tout le monde. Mon allocution sera brève, car je préfère que vous me posiez des questions et échanger avec vous. Je ferai rapidement quelques remarques et commentaires pour aider à lancer la discussion et nourrir votre réflexion au cours des prochains jours.

Tout d'abord, félicitations et bienvenue à Greta [Bossenmaier] dans ses nouvelles fonctions de conseillère en matière de sécurité nationale et de renseignement auprès du premier ministre. Ce poste la place à la table du Bureau du Conseil privé (BCP) tous les matins et je me réjouis à l’idée de travailler avec elle, tant au BCP qu'en tant que championne de votre communauté.

Dans le cadre de mes fonctions, j'ai l'occasion de parler avec de nombreux fonctionnaires d’horizons variés. Toutes les communautés ont leurs propres perspectives, mais également beaucoup de choses en commun.

Je considère maintenant la fonction publique comme une grande communauté de communautés et non pas tant comme 300 organismes et leurs organigrammes—aussi importants soient-ils parfois. Aujourd'hui, la fonction publique compte environ 260 000 hommes et femmes qui viennent travailler tous les jours, animés par des valeurs et un engagement à servir leur pays.

Ces communautés se rassemblent dans des salles comme celle-ci et essaient d’améliorer les choses et de faire leur travail avec plus d’efficacité. Qu'il s'agisse des groupes de politiques, des responsables des services, des technologies de l'information ou de la réglementation, des avocats, des communicateurs ou des chefs de mission, toutes ces communautés s'efforcent de tirer parti des efforts de leurs prédécesseurs, d'obtenir une rétroaction et de tirer des leçons de ce qui se passe dans le monde ou dans notre pays. Tout comme votre communauté, ces communautés veulent s'adapter aux changements qui se produisent dans le monde et mettre en place des outils, des politiques, des connaissances et des apprentissages pour aller de l'avant et faire encore mieux à l'avenir. Je sais qu’il en va de même pour votre communauté, et je reviendrai à ce sujet plus tard pour vous encourager à le faire.

C'est important—surtout cette semaine où nous recevons beaucoup de commentaires sur les choses que nous aurions pu et aurions dû mieux faire—pour nous assurer de rester connectés avec la réalité et d’avoir une certaine perspective. Il est également important de se rendre compte, quand on observe le monde et la grande lutte entre les forces de l'inclusion, de l'ouverture et de la primauté du droit d'une part, et celles du repliement, de la division, du populisme et de l'autoritarisme d'autre part, que le Canada est clairement dans le camp des sociétés ouvertes.

Nous sommes ouverts au commerce, à l'investissement, à l'immigration, aux idées et aux cultures. Ces valeurs sont ancrées dans l'ADN des Canadiens ainsi que dans notre façon de penser et d'aborder les enjeux. Le Canada n'a pas une culture où l’on bâtit des murs, exclut, divise et sépare les gens entre eux et nous. Je sais que ces valeurs ont une influence sur la façon dont vous pensez à assurer la sécurité des Canadiens et des fonctionnaires.

Le thème d'aujourd'hui, si je comprends bien, est l'innovation. En fait, nous avons célébré l'innovation dans la fonction publique il y a quelques semaines à l'occasion du Salon de l'innovation annuel. Si vous avez un peu de temps libre, vous devriez lire mon rapport annuel au premier ministre qui a été déposé récemment. Il a été écrit pour raconter vos histoires, et vous verrez que l'innovation y tient une place importante.

J'ai parfois l'impression que je suis comme un canal de communication pour vous. J'ai l'occasion—grâce à mon obligation de déposer un rapport tous les ans sur l'état de la fonction publique—de raconter vos histoires sur ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Cela me permet de détourner un peu de l'attention des projets qui ont mal tourné et qui auraient pu être mieux gérés—c'est-à-dire les sujets qui ont tendance à susciter l’intérêt des médias, du Parlement, des partis de l'opposition et des parties intéressées—pour miser plutôt sur les réussites et les réalisations discrètes.   

De nombreuses réussites sont réalisées dans la fonction publique chaque année. Nous devons les reconnaître et les célébrer ensemble. Je vous encourage également, lorsque vous êtes sur les terrains de soccer ou aux barbecues et réunions de famille, de raconter ces histoires et ces réalisations. Le rapport de cette année est beaucoup plus partageable. Il y a des graphiques, des vidéos, des boîtes de texte et des histoires que vous pouvez mettre sur différentes plateformes de médias sociaux. Alors ne soyez pas timides et racontez ce que la fonction publique fait pour les Canadiens.

Il est aussi important de ne pas oublier la valeur que procure la rétroaction de la dizaine d’agents du Parlement, des intervenants, des parties de l’opposition, de la presse libre et du Parlement. Je ne voudrais pas que les choses soient autrement et je suis heureux que nous vivions dans une société où les élections sont libres, où la presse peut s’exprimer librement et où le Parlement et les assemblées législatives sont bien vivants. L’alternative n’est pas une que je souhaite envisager. Ces boucles de rétroaction font toutes partie des engagements envers les Canadiens et figurent au nombre des raisons pour lesquelles notre pays réussit aussi bien et est aussi prospère, sécuritaire et inclusif. Depuis 150 ans, notre fonction publique est impartiale, excelle dans ce qu’elle fait et agit de manière professionnelle. Il s’agit ici de vous. Le contrat que nous avons, c’est que tous les trois ou quatre ans, les Canadiens procèdent à l’élection de femmes et d’hommes pour prendre des décisions dans les salles du Cabinet et les assemblées législatives du pays, et nous devons les aider à atteindre leurs buts.

En ce qui a trait à l’innovation, il s’agit d’un thème principal et il y a des conférenciers beaucoup plus éloquents à ce sujet. Dans mon site Web, outre les 35 allocutions comme celle-ci, vous trouverez quelques clips du Salon de l’innovation. Je vous encourage à en prendre connaissance. Il s’en trouve un en particulier de l’ancien gouverneur général, le très honorable David Johnston, qui traite de l’innovation. Notre ancien gouverneur général a fait de l’innovation une de ses vraies passions et il a donné, lors du Salon de l’innovation il y a quelques semaines, un discours sur les ingrédients de l’innovation. Ce clip vaut la peine d’être regardé.

De mon point de vue, les gadgets et la technologie ne représentent pas l’innovation. En fait, ce sont les humains qui représentent l’innovation. Elle a trait à l’esprit humain, à la psychologie humaine, aux sentiments humains et aux motivations ou aspirations humaines. L’innovation concerne le comportement et la culture. Les gadgets et la technologie en font partie. Souvent, la technologie est à la fois l’expression et la cause de l’innovation. Cependant, la réelle raison d’être de l’innovation, c’est de chercher à mieux faire les choses, en explorant des perspectives sur différentes façons de faire. Au bout du compte, l’innovation vise à comprendre comment servir les gens. Elle est du peuple, par le peuple et pour le peuple, si je peux emprunter cette expression.

Ne me croyez pas sur parole. Je vous recommande comme lecture au chalet un livre intitulé « The Four » par l’auteur Scott Galloway. Ce livre au sujet d’Amazon, d’Apple, de Facebook et de Google est paru à Noël dernier. Même si ce livre n’est déjà plus à jour, compte tenu de ce qui est arrivé récemment avec Facebook sur le plan de la confiance et de l’acceptabilité sociale, le message qu’il contient est que ces entreprises, dont la capitalisation boursière de chacune se rapproche maintenant des billions de dollars, n’ont pas inventé la technologie sur laquelle leurs plateformes sont fondées. En effet, ces entreprises ont perfectionné les concepts liés au comportement humain. Elles ont été les premières à vraiment tirer parti de ces concepts au sujet de la psychologie humaine et à s’en servir dans leurs activités commerciales. Il s’agit d’une lecture fascinante sur ce qui motive les êtres humains, sur ce qui les stimule et sur la façon dont vous pouvez concevoir un meilleur moyen de donner suite à ce qu’ils veulent ou à ce dont ils ont besoin.

Parfois, vous arrivez à constituer une entreprise valant des billions de dollars, parfois encore vous fournissez simplement de meilleurs services publics dans des ministères et des organismes. Comme gouvernement ou comme employeur, nous devons réagir à toutes sortes de choses que la technologie apporte dans nos vies. Je suis arrivé à la fonction publique alors qu’il n’y avait pas de télécopieurs, de téléphones cellulaires, d’ordinateurs personnels et Internet, mais nous nous sommes adaptés à tout cela, en particulier Internet, au cours des 10 ou 20 dernières années.

Les outils changent, mais le but et les valeurs qui sont de servir le gouvernement du jour au Canada, ainsi que les Canadiens ne changent pas. Ce que nous faisons a toujours été remarquablement constant, mais la façon dont nous nous y prenons ne cesse de changer. Si je comprends bien le programme, vous consacrerez probablement un certain temps à examiner comment on réagit à la technologie. Il peut être question ici de cybersécurité, de robots et de piratage ou de questions liées au chiffrement ou aux drones, et des défis que cela engendrent pour les organismes d’application de la loi.

La technologie pose des défis aux gouvernements et ceux-ci doivent décider comment y réagir, soit de légiférer ou créer de nouvelles règles, et comment les mettre en place. Une partie de cela a trait aux nouvelles technologies de pointe et je n’en ignore pas l’importance, mais souvent, l’innovation peut être étonnamment astucieuse et de faible contenu technologique. Votre monde comprend une partie de cette réalité et les risques associés à la technologie. Il peut s’agir de quelque chose de simple ou de très haute technologie. Nous devons réagir à cela.

En général, les malfaiteurs font preuve de beaucoup d’innovation et notre défi consiste à assurer la sécurité des Canadiens et à déjouer ces malfaiteurs en nous montrant plus malins qu’eux et en comprenant comment ils opèrent. Pour y arriver, nous devons avoir un esprit novateur dans nos interventions et solutions. L’innovation consiste à réfléchir aux solutions, à résoudre des problèmes, à nous rassembler, à soumettre le problème à l’approche « hacking », comme on dit dans le jargon, et à trouver une façon d’aller de l’avant. Cela constitue souvent un défi dans les organisations constituées selon une hiérarchie et une structure de commandement où les approbations s’obtiennent des paliers supérieurs. Les ressources nécessaires pourraient aussi constituer un défi.

En tant que fonction publique, notre défi actuel est de trouver de nouvelles façons de collaborer, de générer des idées et des pratiques exemplaires, et de les diffuser avec rapidité et efficacité. Une portion de la réponse consiste à sortir des plus de 300 organisations et à laisser les fonctionnaires parler et apprendre les uns des autres. Nous avons connu quelques succès sur ce plan, avec la suite des OutilsGC. Mais, des enjeux accompagnent l’utilisation des outils publics. Je n’ai aucun problème que vous soyez sur LinkedIn, Twitter ou Facebook. Mais ne perdez jamais de vue que vous êtes dans un espace public et que vous devez respecter le code de conduite et les valeurs de la fonction publique dans ces applications.

J’aimerais que tout le monde présent aujourd’hui soit inscrit à l’un des OutilsGC d’ici vendredi soir. Choisissez-en un. Un de ceux qui réunissent les gens. En outre, je vous donnerai la réponse à une question que vous poserez sans doute, soit « comment pouvons-nous travailler ensemble? » : c’est à vous de décider. Il ne s’agit pas de convaincre vos dirigeants de vous transmettre la directive de faire preuve de plus de créativité ou d’innovation. Nous vous accorderons la latitude, la permission et l’espace pour prendre des risques et discuter entre vous. Créez une communauté et parlez ensemble, générez des idées. Partout dans la fonction publique, les gens discutent et trouvent des communautés. Je suis ici pour vous encourager à le faire.

Les valeurs et la culture doivent stimuler cette façon de faire. Il ne s’agit pas de construire des clôtures ni de règles et de conformité. Pour avoir un véritable aperçu des 260 000 autres fonctionnaires, il faut posséder des façons de comprendre ce qu’ils essaient de faire et la façon dont ils souhaitent travailler. Si nous nous dirigeons vers une fonction publique plus collaborative, mieux capable de se transformer, plus souple, où les gens peuvent se réunir, nous devons posséder les espaces physiques qui correspondent à cette vision. Il faut donc des lieux où les personnes peuvent aller et venir, où il y a moins de bureaux et davantage d’espaces généraux et collaboratifs.

Il faut également que nous possédions une infrastructure de technologie de l’information où les gens peuvent discuter par vidéoconférence ou conférence par ordinateur pour permettre une circulation instantanée des idées. J’ai comme vision que tous les fonctionnaires peuvent communiquer de façon sécuritaire avec leurs collègues, partout et en tout temps. Nous nous approchons de cet objectif. Les ministres disposent maintenant de cette capacité. Le premier ministre peut maintenant discuter avec n’importe quel ministres en tout temps et n’importe où. De nombreux ministères ont dû déployer d’immenses efforts pour en arriver là. Ultimement, toutefois, nous devons y parvenir pour l’ensemble de la fonction publique.

Cela crée des problèmes de sécurité pour vous, qui n’ont rien à voir avec les règles, la conformité, les sanctions et le fait de dire « voici une règle et si vous ne la respectez pas, vous serez congédié ». Il y a une place pour cela à l’occasion, mais c’est en fait beaucoup plus une question de culture et de comportement. Vous pouvez construire des réseaux, mais les gens continueront à mettre des documents secrets sur leurs courriels. Vous pouvez avoir toutes sortes de règles sur la sécurité physique et le rangement des documents la nuit, mais encore une fois, vous avez besoin des bons incitatifs et des bons outils pour faire ce qu’il faut. Autrement, les problèmes de comportement des fonctionnaires pourraient ne pas changer. Vous allez devoir établir un juste équilibre entre la conformité et les règles, et les moyens de persuader les fonctionnaires et de faciliter leur travail.

Dans le domaine de la sécurité physique, mon exemple vient de mon activité favorite à l’extérieur du travail, soit le soccer. Le soccer a dû réagir face à la possibilité que quelqu’un se présente et fasse exploser une bombe dans un stade de 60 000 personnes. Ses dirigeants ont également dû prendre des mesures à l’égard des gens qui conduisent des fourgonnettes et foncent sur les gens qui attendent en ligne pour entrer dans le stade. Les dirigeants ont toutefois trouvé des moyens d’assurer la sécurité des gens en installant des bornes, des barrières et des protections autour du stade. Ils l’ont fait d’une manière qui tient compte de leur clientèle. Leurs mesures de sécurité sont presque indétectables et, à ce titre, l’expérience vécue à un match avec vos enfants n’a pas vraiment changé. Ils ont été très habiles.

Nous avons appris quelques dures leçons à la suite de la fête du Canada l’an dernier. Les Canadiens veulent se rassembler, célébrer et s’amuser librement tout en se sentant en sécurité. Il faut trouver des moyens de le faire, de les garder en sécurité dans un monde où, malheureusement, il y a trop de menaces à la sécurité, que ce soit sur le plan physique, de la technologie ou autre.

J’ai récemment parlé à des représentants de l’Agence des services frontaliers du Canada. Dans mes commentaires, je leur ai rappelé qu’ils sont l’agence frontalière d’une société libre et ouverte, et non d’un pays qui va ériger des clôtures ou des murs. Nous sommes une société ouverte qui accueille de nouvelles personnes. Il est très difficile d’être une agence frontalière ingénieuse pour une société ouverte. Mais cela peut aussi être très gratifiant.

Au cours de votre conférence, je veux que vous réfléchissiez à votre rôle. Je veux une fonction publique ouverte, collaborative et souple où les organigrammes et les niveaux organisationnels ont moins d’importance. Je veux que notre fonction publique soit fondée sur des efforts visant à se réunir et à résoudre les problèmes au nom des Canadiens et des gouvernements. Il faut toutefois trouver un moyen de s’assurer que les gens se sentent en sécurité. La bonne nouvelle est que je sais que vous êtes assez intelligent et débrouillard pour le faire.

Merci beaucoup.

Des photos de l'événement sont disponibles en ligne.

 


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