Allocution de Michael Wernick, greffier du Conseil privé, à la réunion de tout le personnel de Finances Canada

Discours

Le 11 juin 2017
Michael Wernick, greffier du Conseil privé

Priorité au discours prononcé

Merci, Rob [sous-ministre délégué et représentant du Canada auprès du G7/G20 & du Conseil de stabilité financière]. Je vais adopter une perspective historique un peu plus longue que celle de monsieur le ministre.

Pour commencer, je souhaiterais féliciter le ministre Bill Morneau et saluer son résumé des aventures que nous avons vécues ensemble ces dernières années. À ce sujet, je répondrai que oui, c’est le meilleur poste que je pouvais imaginer, mais cela dépend des jours. Je crois, monsieur le ministre, que vous aussi pensez probablement la même chose, lorsque vous baissez votre garde. Aujourd’hui, je me permets de retourner un peu plus loin dans le passé.

J’ai commencé ma carrière au ministère des Finances il y a 37 ans, à l’été 1981. Embauché à un poste de niveau ES-1, je touchais un salaire de 15 900 dollars. Depuis lors, mon parcours a été extraordinaire. J’ai passé six années ici, à travailler sur plusieurs budgets et plusieurs programmes de transition lors des changements de gouvernement. Plusieurs choses se sont passées pendant ces six années. Permettez-moi de vous parler rapidement du contexte de cette période. Je pourrais aussi vous raconter bien d’autres choses, comme l’arrivée du premier ordinateur McIntosh ou des télécopieurs au ministère des Finances. Je pourrais vous raconter toute une histoire de la technologie au fil de ma carrière au sein de ce ministère.

Lorsque je suis arrivé au Ministère ce premier été, le plus grand défi qui préoccupait tout le monde était la stagflation, une croissance faible associée à une très forte inflation. Cet été-là, les gens se détournaient des prêts hypothécaires et se voyaient offrir des renouvellements de six mois à des taux d’intérêt de 21 %. Nous avions la sensation que nous n’arriverions jamais à maîtriser l’inflation. Le ministre [Marc] Lalonde a introduit un objectif de taux d’inflation de 6 %. La presse de l’époque l’a violemment critiqué. Tous pensaient que cet objectif était totalement irréaliste et ne pourrait jamais être atteint.

Avançons à présent jusqu’au débat national convulsif qui a entouré l’accord de libre-échange avec les États-Unis, la décision initiale de conclure cet accord, puis ensuite l’Accord de libre échange nord américain. Les premières vagues des technologies de rupture ont suivi : les changements apportés par Internet, les chaînes d’approvisionnement, des industries entières et la façon de fonctionner du gouvernement. Nous avions l’impression que nous n’arriverions jamais à résoudre les problèmes liés aux impôts et à la dette, qui ne cessaient de s’accumuler. Le montant de la dette se rapprochait de plus en plus à 100 % du PIB [produit intérieur brut], et le déficit à 6 % du PIB. Vous pouvez vérifier ces chiffres. Cette époque a ensuite laissé la place au gouvernement de monsieur Chrétien, et Paul Martin a pris ses fonctions de ministre des Finances. Ensemble, ils ont introduit le fameux budget de 1995.

Nous sommes passés d’un déficit de 6 % du PIB à un excédent budgétaire en moins de quatre ans, en évitant les perturbations et les bouleversements sociaux qu’ont pu connaître de nombreux pays européens qui ont tenté des mesures beaucoup plus modestes. En toile de fond, nous avons traversé une crise de l’unité nationale, un référendum sur la possibilité de scinder le pays, ce qui a fait grimper les taux d’intérêt, ainsi que la crise économique asiatique, pour ceux d’entre vous qui ont une bonne mémoire. Avec l’effondrement du secteur des technologies en 2001, tout l’optimisme suscité par le phénomène Internet a soudainement été réduit en cendres, les actions se sont effondrées en passant de 180 dollars à 3 dollars, et les économies des gens se sont évaporées.

Puis est venue la crise financière mondiale de 2008-2009, accompagnée du sentiment pénible que cela n’était que le début, et les ministres et les dirigeants du monde entier essayaient de trouver une échappatoire à mesure que les institutions commençaient à s’effondrer. Grâce à un gigantesque plan de relance, créé en l’espace de quelques semaines, l’économie canadienne a traversé ces périodes bien mieux que toute autre économie des pays du G7 ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ensuite, le gouvernement a décidé de relâcher ce plan, et nous avons ralenti le mouvement en 2012. Nous avons ensuite laissé derrière nous les déficits et les investissements pour rétablir l’excédent budgétaire en quelques années.

Nous arrivons maintenant à la conversation, commencée par le gouvernement actuel, concernant les éléments fondamentaux de la croissance. Nous discutons aussi avec les Canadiens des moyens de renforcer la croissance, de façon à créer de bons emplois pour les gens et de générer des revenus suffisants pour fournir les services sociaux liés à la santé, à l’éducation et à d’autres services auxquels les Canadiens s’attendent. Nous parlons, de nos jours, de nombreux défis et de nombreuses occasions, et le ministre en a évoqué plusieurs : la gestion du système de revenu de retraite, le système de santé, l’emploi et l’aide financière aux étudiants, pour n’en citer que quelques-uns.

Aujourd’hui, nous parlons aussi d’environnement, d’économie, du prix du charbon et des moyens de développer une économie tout en conservant la planète pour nos petits-enfants. Nous parlons également de la place des peuples autochtones dans notre pays et des façons de les intégrer pleinement à notre société, à notre économie et aux décisions que nous prenons. Comment générer une croissance réellement inclusive sans isoler des pans importants de la population canadienne et leur donner le sentiment que le système n’est pas fait pour eux—ce que vous pouvez voir en Angleterre, en Europe ou au sud de notre frontière? Là-bas, la population est mécontente de tout le système et le rejette avec colère. Ce sont de graves problèmes. Cela a été toute une aventure.

Pourquoi vous ai-je raconté tout cela?

Parce que nous tenons pour acquis le fait de vivre dans un État de droit, dans lequel la presse est indépendante, les tribunaux sont indépendants, l’Assemblée législative est dynamique et les gouvernements sont capables de prendre des décisions et de les appliquer. Peu de pays peuvent en dire autant. Plusieurs pays pourraient tenter de résoudre ses enjeux pour en fin de compte, abandonner le défi. Ils ne parviendraient jamais à créer les conditions nécessaires pour trouver des solutions ou guider leur pays vers celles-ci, les mettre en place et les exécuter. Année après année, une génération après l’autre, les Canadiens se sont montrés à la hauteur du défi.

Comme nous sommes actuellement dans la Semaine de la fonction publique, je suis sûr que je prononcerai cette phrase de nombreuses fois au cours des prochains jours. Nous avons noué un partenariat très solide, fondé sur des valeurs, avec les femmes et les hommes qui vont dans les rues, frappent aux portes et obtiennent leur mandat démocratique pour avoir une place au Cabinet ou à cette assemblée législative. Ils prennent des décisions au nom des 36 autres millions de Canadiens, et ils reçoivent l’aide d’une fonction publique compétente, excellente et non partisane, qui est fondée sur les valeurs. De plus, nous réglons les problèmes ensemble, nous leur fournissons des conseils et nous mettons en œuvre les orientations. C’est un partenariat extraordinaire qui a bien servi notre pays. Grâce à cela, le Canada a pu, à plusieurs reprises, réagir au changement et relever les défis mieux que presque tout autre pays du monde.

C’est un héritage. C’est votre héritage. C’est notre héritage en tant que Canadiens et nous devons le transmettre en bon état aux générations suivantes. Vous avez la chance de travailler dans un ministère remarquable de notre fonction publique. Vous êtes au cœur de toutes les décisions importantes, de la répartition des ressources et de la création de nouvelles politiques. Je ne pense pas qu’il y ait un seul enjeu en matière de politique publique auquel vous n’ayez pas pris part ou auquel vous ne prendrez pas part dans l’avenir.

Je voudrais vous remercier d’être arrivés jusqu’ici et de tout ce que vous avez fait. Je voudrais aussi vous mettre au défi d’entretenir cet héritage et de le porter vers l’avenir, de rechercher continuellement l’excellence dans vos analyses et les données probantes à l’appui de vos conseils. Remettez en question vos idées préconçues sur la façon dont le monde fonctionne et sur ce qui se passe à l’extérieur. Vous possédez une expertise dans des domaines spécialisés comme nuls autres dans cette ville, et vous êtes entourés de partenaires dans toute la fonction publique qui ont des connaissances approfondies sur différents sujets, qui font partie de réseaux, qui entretiennent des liens. De nos jours, l’ingrédient secret de la fonction publique consiste à apprendre à collaborer avec les autres organismes et d’autres équipes.

Soyez ouverts aux autres, accueillez-les et attirez de nouveaux talents, de nouvelles voix et de nouvelles idées. Trouvez des formules plus inclusives pour la prise de décisions, de façon à ce que chaque voix puisse se faire entendre et que chaque talent ait l’occasion de contribuer. Ce n’est pas le moment de nous reposer sur nos lauriers. C’est le moment de redoubler d’efforts, car les défis qui nous attendent sont de taille. Le monde est un lieu parfois inquiétant, si vous regardez les nouvelles du soir. Le Canada s’en sortira, car nous avons la bonne gouvernance et une fonction publique excellente et non partisane, qui repose sur des valeurs.

Il n’existe pas d’algorithme pour former un bon gouvernement. Ce dernier repose sur les personnes. Des personnes compétentes, possédants des valeurs, qui se passionnent et s’engagent à servir leur pays et à apporter leur contribution au sein de leur communauté. Transmettez cet héritage à la génération suivante, en meilleur état que celui dans lequel vous l’avez trouvé. Voilà l’héritage et la tradition du ministère des Finances et de la fonction publique du Canada, laquelle arrive en tête ou dans les premières places de plusieurs classements des meilleures fonctions publiques au monde. Je parle ici du classement des gouvernances par la Banque mondiale et des classements de l’OCDE, d’autres centres d’études et de recherche, d’institutions et d’écoles de commerce, ainsi que celui du magazine Forbes.

Nous recevons de nombreuses rétroactions sur ce que nous pourrions ou devrions mieux faire, et nous les acceptons. Lorsque nous recevons une critique, nous redressons la tête, nous en tirons des leçons et nous nous engageons à améliorer les choses. La boucle des rétroactions met généralement l’accent sur ce que nous pourrions ou devrions faire mieux. Toutefois, n’oubliez jamais tout ce que nous faisons correctement. Notre fonction publique est remarquable, notre pays est remarquable, et votre institution est remarquable. Soyez fiers de vous!

Je vous remercie.

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