Allocution de Ian Shugart, greffier du Conseil privé, à l'occasion du Forum des sous-ministres adjoints de 2019

Discours

Le 25 avril 2019
Ian Shugart, greffier du Conseil privé

Priorité au discours prononcé

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais honorer Michael Wernick [ancien greffier du Conseil privé]. Michael et moi sommes des collègues de longue date. Au fil du temps, il est resté pour moi l’exemple du fonctionnaire dévoué dont l’intégrité, l’intelligence, la curiosité infinie et l’humanité inspirent les autres. Durant toute sa longue carrière, il a toujours eu une foi profonde dans les institutions de notre modèle de gouvernement. Par sa détermination sans compromis à éliminer toute forme de harcèlement du milieu de travail et son engagement passionné pour la santé mentale, Michael a fait preuve d’une profonde humanité. Tout au long de son mandat de greffier, et bien avant, son dévouement désintéressé au service, sa bonne humeur et son engagement envers l’innovation et l’excellence nous ont bien guidés. Je suis très reconnaissant envers Michael.

Le premier jour du printemps, Michael a déposé le 26e Rapport annuel au Premier ministre sur la fonction publique du Canada. Il m’a gracieusement demandé au préalable si quoi que ce soit dans ce rapport me mettrait mal à l’aise. Bien sûr, il n’en était rien, mais à vrai dire, la grande majorité du contenu m’était inconnue. Cela a été une lecture inspirante — si vous n’avez pas lu le Rapport, je vous invite à le faire.

Au-delà de 2020 en est le thème : le renouvellement constant et continu de la fonction publique est la tâche qui nous attend tous.

C’est le monde dans lequel nous vivons : un monde de changements constants et rapides, dont beaucoup sont contradictoires. Certaines tendances sont inspirées par d’autres. Certains changements sont le fruit de longues luttes qui se sont finalement concrétisées.

Pour bien servir les Canadiens, il faut suivre le rythme de ces changements, et dans notre contexte de responsabilisation, de prise de décisions politiques et de complexité inhérente, ce n’est pas facile à faire. Mais c’est nécessaire. Au-delà de 2020 nous appelle à relever ce défi en étant plus agiles, plus inclusifs et mieux outillés.

Vous, les membres du groupe des SMA [sous-ministres adjoints], êtes responsables de relever ce défi.

Et le rapport du greffier raconte des histoires, des histoires inspirantes et pratiques sur les réalisations de la fonction publique partout au pays.

Vous, les membres du groupe SMA, devriez être fiers d’avoir créé un environnement propice au développement de cette ingéniosité et à sa quête constante de l’excellence. 

Survivre et prospérer dans un environnement numérique, ce n’est désormais plus une capacité de pointe que seule une petite minorité pratique.

Les Canadiens s’attendent à ce que le gouvernement évolue et s’adapte en leur offrant les services dont ils ont besoin, quand et où ils en ont besoin, en empruntant les voies qu’ils préfèrent.

  • L’autorité canadienne en matière de cybersécurité, à savoir le Centre canadien pour la cybersécurité, offre des outils et des renseignements tels que les applications et les vidéos interactives qui aident la population du pays à mieux comprendre comment elle peut protéger ses renseignements.
  • La nouvelle appli MétéoCAN d’Environnement et Changement climatique Canada met les prévisions et les alertes météorologiques à la disposition de la population en transmettant des données météorologiques en temps réel.

Bien que la diversité du Canada est un fait confirmé, l’inclusion est un acte volontaire. Il peut s’agir tout simplement de la façon dont nous dirigeons les réunions, ou dont nous tendons la main à d’autre équipes et aux nombreux secteurs en dehors de la fonction publique pour obtenir des points de vue diversifiés et différents.

La fonction publique, qui est en train de se munir d’outils informatiques modernisés, de réseaux sécurisés, de serveurs fiables et d’espaces de travail appropriés, est de plus en plus essentielle à l’accomplissement de notre mission. Il faut que nos organismes et nos dirigeants dans ce domaine réussissent, et c’est ce qu’ils font. En outre, les fonctionnaires devront eux aussi privilégier l’apprentissage continu, car rien ni personne n’est à l’abri du changement.

Nous avons aussi été témoins d’importantes réalisations du gouvernement sur les plans politique et législatif pendant la présente législature.

J’ai eu de la chance de constater par moi-même que de nombreux d’entre vous avez travaillé sans relâche dans le cadre du processus de modernisation de l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain] avec les États-Unis et le Mexique.

La réussite de la légalisation et de la réglementation du cannabis est un autre exemple. Le Canada est devenu le deuxième pays du monde à légaliser la possession et l’utilisation du cannabis à des fins récréatives.

L’adoption du projet de loi C-65, Loi visant à éliminer le harcèlement en milieu de travail, représente une importante modernisation et démontre l’engagement des fonctionnaires à l’égard de la création d’un environnement de travail sécuritaire.

Il n’y a pas de meilleur moment pour nous demander comment nous allons rendre le secteur public mieux adapté aux besoins des Canadiens.

Nous devons améliorer la souplesse de nos systèmes et de nos structures, favoriser une plus grande inclusion et faire en sorte que nos employés soient bien équipés, maintenant et au-delà de 2020.

Au-delà de 2020 est une évolution naturelle des progrès que nous avons réalisés durant Objectif 2020 et une approche nécessaire et pratique pour l’avenir.

J’ai entendu notre premier ministre et ses prédécesseurs — chacun à plus d’une occasion — parler de la fonction publique du Canada comme un atout inestimable pour le bien-être de notre pays. Nous croyons que c’est absolument le cas, sinon nous ne serions pas ici aujourd’hui.

L’un des défis que pose le fait d’occuper des postes de haute direction dans la fonction publique, c’est que nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Si nous voulons demeurer un atout pour le Canada, nous devons suivre le rythme.

Les défis auxquels nous sommes confrontés à l’échelle mondiale et nationale sont trop complexes, trop implacables pour que nous puissions « dormir sur nos lauriers ».

Je mentionne ici cinq défis, ce qui est loin d’être une liste exhaustive :

  1. La technologie est une conséquence inévitable de la créativité humaine, et son emploi reflète la diversité de la nature humaine, pour le meilleur et pour le pire. À notre époque, la technologie pose deux défis particuliers : elle est perturbatrice, et les fruits de son application ne sont pas toujours répartis équitablement.

    Pour comprendre la nature, les effets et les conséquences de la technologie, nous devrons toujours mieux nous sensibiliser au marché, aux perspectives des citoyens et des collectivités et renforcer notre résilience en tant qu’agents de réglementation, de décideurs politiques et de fournisseurs de services.

  2. Les conflits et les changements climatiques causeront des perturbations d’envergure. Heureusement, certains conflits prennent fin, mais en général, les conflits entraîneront de vastes déplacements de populations. Que ceux-ci soient aggravés ou causés par les effets des changements climatiques, ils exerceront d’énormes pressions sur les régions et les pays perçus comme étant des lieux de refuge possibles.

    En grande partie, toutes ces transformations sont loin du Canada, mais le poète anglais John Donne a exprimé au XVIe siècle à quel point les tendances mondiales sont immédiates et reliées entre elles :

    Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie; [...] la mort de tout homme me diminue parce que je fais partie du genre humain. Aussi, n’envoie personne demander pour qui sonne le glas; c’est pour toi qu’il sonne.

  3. Nouveaux alignements des pays : À vrai dire, je pense encore aux menaces pesant sur le monde. Le Canada doit faire face à la réalité : de nombreuses règles de l’ordre international dont il a bénéficié sont aujourd’hui plus contestées que jamais au cours de notre vie. Notre économie a profité de ces règles et aussi des mécanismes de stabilisation économique et de l’ouverture des marchés.

  4. Les tensions au sein de la Fédération : L’histoire de la politique du Canada et de son approche en matière de prestation des services se rapportent toujours à la fédération canadienne. Différents points de vue, l’incidence disproportionnée des événements sur les régions du pays et différents calendriers électoraux, voilà autant d’éléments qui se conjuguent pour provoquer un changement constant d’acteurs sur la scène de notre vie nationale, et ce, avec de nouvelles intrigues.

    À peu près tout ce que nous faisons dans la fonction publique comporte des rapports étroits avec les provinces et les territoires, et de plus en plus avec les municipalités et les collectivités : les analyses et les solutions fondées sur le lieu, les expériences qui peuvent ou non créer des précédents — tout ce que je peux dire, c’est que la vie n’est jamais monotone dans le contexte du fédéralisme canadien.

  5. L’impératif pour le Canada, face à tous ces défis, entre autres, consiste à toujours être à la hauteur. Dans chaque domaine. Dans les institutions publiques et privées, sur le plan du rendement économique et sur ceux de la cohésion sociale et de la collaboration régionale et en ce qui concerne le rendement du système éducationnel. Il doit être aussi novateur que n’importe quel autre pays du monde.

Pour que le Canada soit toujours à la hauteur, la fonction publique doit l’être également, et pour qu’il en soit ainsi, nous devrons tous nous dépasser de même : le greffier, les sous-ministres, les SMA et le groupe des cadres supérieurs.

Aujourd’hui, je nous mets tous au défi de donner le meilleur de nous-mêmes : de temps en temps, le calendrier électoral nous oblige à nous préparer à un nouveau mandat gouvernemental. C’est le cas en 2019, et notre planification de la transition a déjà commencé.

Bien sûr, la fonction publique n’est pas la seule institution à se mobiliser et à être active au cours d’une année électorale : les intervenants font valoir leur point de vue; chaque parti se prépare à convaincre l’électorat qu’il est le seul à avoir la solution; les médias aiguisent leur plume critique.

Quelle est donc la contribution particulière de la fonction publique? Son seul objectif réside dans l’intérêt public. La loi nous charge de voir au bien public. Cela ne fait pas d’elle la seule source de conseils et d’idées, ni l’arbitre des bonnes réponses!

Dans son oeuvre massive intitulée De la démocratie en Amérique, le philosophe politique français Alexis de Tocqueville a formulé l’observation suivante qui, selon moi, a des implications pour nous :

De nos jours, il faut retenir l’esprit humain dans la théorie, il court de lui-même à la pratique, et au lieu de le ramener sans cesse vers l’examen détaillé des effets secondaires, il est bon de l’en distraire quelquefois, pour l’élever jusqu’à la contemplation des causes premières.

Parce que la civilisation romaine est morte à la suite de l’invasion des barbares, nous sommes peut-être trop enclins à croire que la civilisation ne saurait autrement mourir.

Si les lumières qui nous éclairent venaient jamais à s’éteindre, elles s’obscurciraient peu à peu, et comme d’elles-mêmes. À force de se renfermer dans l’application, on perdrait de vue les principes, et quand on aurait entièrement oublié les principes, on suivrait mal les méthodes qui en dérivent; on ne pourrait plus en inventer de nouvelles, et l’on emploierait sans intelligence et sans art de savants procédés qu’on ne comprendrait plus.

Quelles sont les « lumières qui nous éclairent », nous, les dirigeants de la fonction publique au cours de cette année d’élection? Le professionnalisme, la permanence, l’impartialité politique.

Pour être professionnelle, la fonction publique doit créer et employer les outils et les disciplines voulus pour donner au gouvernement en poste ses conseils en se fondant sur les faits et les analyses, et, en fonction des directives de ce dernier, pour fournir d’excellents services à la population canadienne. Comme dans le cas de toutes les professions, il existe des méthodes qui ont servi l’intérêt public au fil des années; il y a des codes de conduite qui définissent en quoi consiste le comportement honorable.

Le mot « permanent » ne s’applique pas aux personnes, mais à l’institution! Celle‑ci a évolué en mettant l’accent sur la stabilité et la continuité, de manière à pouvoir fournir des conseils professionnels et à assurer des services solides quand les gouvernements changent. Le mot « permanence » ne signifie pas de ne pas changer; l’agilité et l’adaptabilité sont des attributs qu’il nous faut absolument. Cela veut dire que, quand un nouveau ministre arrive, l’institution est là, prête à lui fournir des conseils et des services d’expert, et qu’elle est formée pour ce faire.

La permanence ne doit jamais aboutir à la paralysie de l’institution. Celle‑ci fournit continuité et stabilité; les fonctionnaires, individuellement et en équipe, doivent se tenir à jour. Plus le ministère est spécialisé, plus grande est la nécessité pour eux de sortir de leur environnement et de s’exposer à d’autres parties de l’économie, de la société et du reste de l’appareil gouvernemental.

Par ailleurs, la fonction publique du Canada n’est pas partisane. Il n’en est pas ainsi parce que les fonctionnaires n’ont pas d’opinion. Au contraire, l’impartialité politique a ses racines dans les principes constitutionnels et elle va dans le sens du modèle de Westminster de conduite des affaires publiques. À titre de fonctionnaires, notre loyauté est envers le gouvernement qui peut obtenir l’appui de la Chambre des communes dont les membres sont, quant à eux, choisis par les Canadiens. Notre impartialité va de pair avec notre professionnalisme et avec la permanence de l’institution.

Par conséquent, en cette année électorale, la fonction publique gagnera et conservera la confiance des partis politiques et des leaders par son excellence des quatre façons suivantes :

  1. En évaluant les défis qui se posent au pays et les possibilités s’offrant à lui. À cet égard, notre engagement est en faveur des faits, et il comprend une prise de conscience de la façon dont les autres perçoivent les enjeux auxquels fait face le Canada.

  2. En analysant les propositions et les options, dont les moindres ne sont pas les plates‑formes des partis.

  3. En fournissant des conseils au gouvernement élu, quelles qu’en soient la couleur et la composition, au début et tout au long de son mandat.

  4. En acceptant le choix fait par la population.

Faisons cela ensemble, à titre de chefs de cette précieuse ressource du Canada.

Faisons-le en écoutant toutes les voix se faisant l’écho d’un pays caractérisé par sa diversité.

Faisons-le avec enthousiasme, inspirés par le privilège que nous avons de servir ce fabuleux pays en assumant ces rôles pareils à nul autre.


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