Perspectives autochtones : Histoires de fonctionnaires autochtones Enjeu 9 – Priorités, partie 1

La baladodiffusion Perspectives autochtones d’EDSC traite des réalités des employés autochtones dans la fonction publique ainsi que de la signification de la réconciliation pour eux et de ce qu’elle pourrait représenter pour le Canada. Des fonctionnaires y témoignent de leurs expériences en tant qu’Autochtones et des difficultés qu’ils doivent surmonter à cet égard.

la durée : 29:56 minutes

Transcription

(Extrait sonore : Janice Edgar)

« Nous sommes toujours portés à croire que nous avons la réponse; nous sommes prêts à consulter, mais nos opinions sont habituellement déjà formées. J’estime donc que, tant que nous ne serons pas en mesure d’admettre notre ignorance sur certains points et de poser les vraies questions afin d’avoir une discussion constructive… je ne sais même pas si cela est possible. Je veux dire, évidemment, cela peut faire très peur.  »

(Musique : « Hoka » de Boogey The Beat)

Perspectives Autochtones. Récits des employé(e)s Autochtones.

« Tansi. »

Ceci est Perspectives Autochtones, un programme dans le cadre duquel nous comptons explorer les expériences et les points de vue de fonctionnaires autochtones, en plus de découvrir ce que la réconciliation signifie pour eux et ce qu’elle peut représenter pour le Canada.

(Musique : « Side Step » de Boogey The Beat)

En 2012, quatre femmes – Nina Wilson, Sheelah McLean, Sylvia McAdam et Jessica Gordon – ont organisé une série de séances d’enseignements un peu partout en Saskatchewan. Elles ont provoqué quelque chose, une réaction qui a donné lieu à un mouvement populaire de fond.

Ces quatre femmes – trois membres des Premières Nations et une alliée non autochtone – ont demandé à tout le monde de se joindre à une révolution pacifique vers la réconciliation, en honorant la souveraineté des peuples autochtones, en protégeant la terre et l’eau, et en luttant contre les inégalités économiques et sociales.

Leur appel a été entendu partout en Amérique du Nord, et éventuellement partout dans le monde.

Idle No More est rapidement devenu l’un des mouvements de masse autochtones les plus importants de l’histoire canadienne en encourageant des milliers de personnes à participer à des séances d’enseignements, à des rassemblements et à des manifestations partout sur l’Île de la Tortue et ailleurs; il a ainsi changé notre paysage social et politique.

Mais le mouvement a débuté de façon modeste, avec un petit groupe de personnes déterminées à s’attaquer aux problèmes persistants dans leur société.

Personne ne se lève un bon matin en disant : « Aujourd’hui, mes amis et moi allons lancer un mouvement qui marquera l’histoire de notre pays. Aujourd’hui, nous organiserons dans notre communauté une discussion qui s’étendra éventuellement à l’échelle de la province, du pays et du continent, jusqu’à ce que le monde entier soit sensibilisé au fait que, même lors des périodes plus paisibles, il y a des troubles ici. Même dans ce pays prospère, des gens souffrent. »

Cependant, nous devrions peut-être nous confronter au quotidien, non seulement à la capacité que nous avons de contribuer à l’amélioration de notre société, mais à l’obligation que nous avons de le faire.

Si nous nous levions tous chaque matin en nous donnant pour mission de penser aux autres et de mettre tout en œuvre pour veiller à ce que chaque Canadien soit en mesure de répondre à ses besoins essentiels – de l’eau potable, de la nourriture et un logement abordables, et une bonne éducation – le Canada serait vraiment le pays où il fait le mieux vivre sur la Terre, et nous n’aurions pas besoin d’un reportage ou d’un rapport pour nous en informer.

Agissez. La balle est dans votre camp.

Le fait de se préoccuper du sort des autres, de s’inquiéter de la souffrance de nos concitoyens, de vouloir que tout le monde soit en sécurité et se porte bien, et de comprendre que la prospérité des autres ne s’atteint pas au détriment de notre propre prospérité, me semble on ne peut plus canadien.

Et maintenant, des fonctionnaires canadiens nous font part de leurs réflexions, de leurs sentiments et de leurs idées, dans leurs propres mots, sur la marche à suivre pour parvenir à la réconciliation.

(musique: Greg Reiter)

Todd :

Avez-vous une liste de souhaits personnelle? Si vous étiez responsable et que vous aviez le pouvoir d’apporter des changements radicaux au pays ou de cibler des priorités particulières, quelles sont les trois choses que vous changeriez?

Tim L :

Je pense que tous les élèves de 6e ou de 8e année du Canada devraient participer à un exercice des couvertures, comme le font déjà les élèves de certains arrondissements scolaires et de certaines provinces. C’est un moyen très efficace qui permet aux élèves de connaître la véritable histoire des relations entre les Européens et les nations autochtones du Canada ainsi que les répercussions des gestes posés par les Européens sur les peuples autochtones ainsi que sur leurs terres et leur mode de vie, qui était très complexe avant l’arrivée des Européens. Il est également important qu’ils comprennent que ces relations étaient axées sur le partage et la paix au cours des 100 à 200 ans qui ont suivi l’arrivée des Européens. Puis la cupidité s’en est mêlée; les Européens qui sont arrivés au pays voulaient faire de l’argent avec le commerce de fourrures et voulaient toujours plus de pouvoir politique et ont donc commencé à former des gouvernements. C’est la première chose que je changerais. J’aimerais que toutes les écoles du Canada intègrent l’exercice de couvertures à leur programme pour que les élèves connaissent la véritable histoire du Canada dès leur plus jeune âge.

Fannie :

Nous nous penchons sur la représentation. Nous voulons que le bon nombre de personnes occupent le bon nombre de postes. Nous voulons également offrir des mesures de soutien par l’entremise de divers services de mentorat ou d’encadrement. Je pense que la réussite réside dans la véritable inclusion plutôt que dans la détermination d’un chiffre précis. Il faut tenir compte de la façon dont leurs perspectives nous permettent d’améliorer nos politiques, notre processus décisionnel, notre sens de l’innovation ainsi que notre santé mentale et notre bien-être global. Je pense qu’il faut trouver une façon de bien se comprendre, de comprendre nos différences et de s’assurer que tout le monde peut donner son opinion de façon sécuritaire. Il ne faut pas seulement s’excuser, il faut prendre des mesures concrètes. Je pense qu’il s’agit d’une priorité et que cela permettrait d’apporter des changements positifs pour tout le monde.

Daniel :

Je ne peux pas vous dire à quel point j’aime travailler au gouvernement en compagnie non seulement d’un collègue autochtone, mais de deux chercheurs autochtones chevronnés qui détiennent un doctorat et d’autres autochtones qui travaillent dans le groupe de recherche et ailleurs. J’ai également eu la chance d’établir des liens avec des chercheurs autochtones qui travaillent depuis longtemps avec le gouvernement, dans le cadre de la Commission royale, sur des questions de changement d’orientation et des enjeux touchant les Autochtones comme l’autonomie gouvernementale et le bien-être. J’ai été tellement chanceux de travailler avec un si grand nombre de mentors autochtones dès le début de ma carrière. Mon Dieu! Maintenant que j’y pense, je trouve cela incroyable. Il serait très difficile, voire impossible, de reproduire ce genre de réseau. Je pense que les nouveaux employés doivent trouver des façons de combler le fossé et d’établir des liens durables. Il faut établir des liens professionnels à long terme, et non seulement des liens fondés sur des transactions ou des marchés. Les conversations sur ce sujet deviendront ainsi moins difficiles et pénibles, ce qui nous permettra de nous pencher sur les enjeux délicats.

Janice :

Je me souviens du moment où je suis devenu agent libre; j’ai rencontré Neil [Bouwer], qui m’a dit « Comment pouvons-nous régler ce problème? Comment faut-il aborder la réconciliation? Quelle est la solution sur le plan stratégique? ». J’ai répondu que nous ne trouverions pas la solution nous-mêmes parce qu’elle devait être élaborée en partenariat avec les peuples autochtones. Nous ne pouvons pas continuer à faire ce que nous avons toujours fait, c’est-à-dire leur imposer un changement de politique, les informer de nos intentions et les consulter. Nous n’arrivons jamais les mains vides parce que c’est trop risqué, mais c’est peut-être ça que nous devrions faire. Nous donnons toujours l’impression que nous savons ce dont ils ont besoin, que nous avons la solution et que nous voulons les consulter au sujet de cette solution. C’était notre façon de faire. Nous devrions plutôt avouer que nous ne connaissons pas la solution, leur demander leur avis et travailler ensemble pour trouver la réponse. Je ne sais même pas si cela est faisable. Cette approche peut sembler menaçante, mais j’ai examiné notre façon de faire, les approches que nous avons adoptées dans le passé, les leçons tirées de nos expériences et d’autres points de vue, et j’estime que nous devons vraiment faire preuve d’ouverture pour adopter des points de vue différents et pour avouer que nos connaissances ont des limites. Cette approche n’est pas souvent adoptée par les échelons supérieurs du gouvernement. La haute direction n’aime pas admettre qu’elle n’a pas la solution à un problème puisque cela est perçu comme une faiblesse. Comment peut-on devenir sous­ministre, sous­ministre adjoint ou directeur général si l’on ne peut pas trouver de solutions à un problème?

Don :

En ce qui concerne la vérité et la réconciliation, je pense qu’il est important de reconnaître la vérité. Il faut accepter que certains gestes ont été posés dans le passé et comprendre l’époque à laquelle ces gestes ont été posés et les croyances qui régnaient à ce moment-là ainsi que les répercussions de ces gestes sur les personnes concernées. Il est important de comprendre ces éléments et d’en tenir compte; ensuite, j’espère que les gens pourront commencer à travailler ensemble afin de guérir. Je dirais donc que ma culture est désavantagée puisqu’il reste des lacunes importantes à combler et que tous les Canadiens devraient modifier leur comportement. Je vis maintenant dans une région rurale du Canada et je peux vous confirmer que les résidents ne sont pas aussi ouverts à la réconciliation avec les Autochtones que les résidents des villes. Je crois particulièrement que les nouveaux Canadiens ou les nouveaux arrivants ont des points de vue différents des Canadiens qui sont au Canada depuis de nombreuses années, et le même principe s’applique aux résidents des régions rurales et des régions urbaines. C’est intéressant de constater ces différences. Je souhaite donc que les gens arrêtent d’avoir peur du changement et qu’ils profitent de l’occasion pour guérir et pour trouver une façon respectueuse de cohabiter, que ce soit en modifiant leurs attitudes ou leurs croyances, en précisant [inaudible], en acceptant les collectivités et en entamant un dialogue. Je pense qu’il faut favoriser le sentiment d’appartenance aux collectivités et faire comprendre aux gens qu’ils peuvent apprendre et transmettre leurs connaissances. Il existera toujours des personnes négatives et inquiètes qui agiront par peur. Voilà mon souhait. La plupart des régimes politiques du monde sont fondés sur la race, des croyances et des désaccords, qui sont eux-mêmes habituellement fondés sur la peur. Un groupe a toujours l’avantage sur un autre groupe.

Ryan :

Lorsque nous avons commencé à parler du processus de réconciliation, j’ai eu beaucoup d’appréhension. Je ne pensais pas que notre conversation serait productive, mais en fin de compte je pense qu’il était important d’en parler. Je pense également que Gord Downie a bien fait de dire que les Autochtones font encore face à beaucoup de difficultés aujourd’hui et qu’il faut se pencher sur ce problème. En entamant des conversations et en attirant l’attention sur ce problème, on contribue grandement à le régler. Il existera toujours des personnes négatives qui se serviront de cet enjeu à des fins politiques pour mettre de l’avant leurs opinions, qui sont habituellement fondées sur l’intolérance. Je comprends tout à fait leurs intentions. Elles ont le sentiment que tout leur est dû, puisque cela a toujours été le cas. Malheureusement, certaines personnes pensent que la réconciliation leur enlèvera des droits et qu’elles ne peuvent plus être fières d’être blanches. Il n’y a aucun mal à dire que l’on est fier de sa culture ou de sa race, mais il ne faut pas opprimer les autres et leur dire qu’ils n’ont pas les mêmes droits que nous. C’est inacceptable. J’écoute beaucoup de nouvelles politiques et d’opinions de toutes sortes et je pense qu’il est important d’être fier de sa race. On peut être fier d’être blanc, mais il ne faut pas opprimer les autres cultures et peuples. Selon moi, certaines des personnes qui s’opposent à la réconciliation ou à la discussion sur la réconciliation craignent de perdre certains de leurs privilèges ou que leurs droits deviennent égaux à ceux d’autres peuples. Ces gens ne comprennent pas que leur vie est plus facile que celle d’autres personnes. C’est ce que je constate en naviguant sur Internet, en lisant les commentaires et en suivant les fils de discussion. Je trouve cela très triste. J’ai pris position quand les réfugiés sont entrés au Canada et que certaines personnes se sont opposées à leur arrivée. Je pense que ces personnes font preuve d’une hypocrisie ridicule. Il y a tellement de monde au Canada et la population autochtone est l’une de celles qui croissent le plus rapidement, mais la vaste majorité des Canadiens sont des réfugiés. Toute personne qui n’est pas originaire d’ici est un réfugié. C’est pourquoi il est hypocrite de s’opposer à l’arrivée des réfugiés. J’ai dénoncé cette hypocrisie pendant un certain temps et j’ai adopté une position très ferme, que je défendais lors de débats très concis en essayant de ne pas me laisser emporter par mes émotions. J’exposais les faits et il arrivait souvent que les autres se laissaient emporter; je perdais alors un ami sur Facebook, ou la personne arrêtait de me parler. Il arrivait également que le débat se transforme en dispute puérile et que je reçoive des menaces ou quelque chose du genre.

Jeannette :

Je souhaite que les gens lisent davantage et qu’ils soient plus attentifs. Je souhaite qu’ils se demandent ce qu’est un vrai Canadien, si vous voulez. Je suis Métis et je pense qu’il est important de savoir ce que cela signifie pour développer son sentiment d’appartenance. Sans cela, le Canada n’est qu’un État politique, pas une nation. Il ne s’agit que d’une définition politique sans frontières physiques, même si nous disons toujours « d’un océan à l’autre ». Les Métis, par exemple, ont leur propre drapeau et leur propre hymne national, en plus d’un territoire traditionnel. Il faut en être fier, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle, selon moi. Le Canada n’est qu’un endroit où l’on vit. On vous donne un passeport et vous y gagnez votre vie, mais faites-vous réellement partie du « Canada »? Faites-vous vraiment partie du territoire et du peuple qui y vit et qui y a toujours vécu? Je souhaite que les gens développent leur sentiment d’appartenance.

Tim L :

J’encouragerais également le gouvernement à joindre le geste à la parole. Les représentants des échelons supérieurs du gouvernement parlent beaucoup. Le premier ministre parle beaucoup de ses priorités, c’est-à-dire la création d’une nation et l’établissement d’une relation de nation à nation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits, mais aucune mesure concrète n’a été prise. J’aimerais que les choses bougent. J’aimerais que le gouvernement du Canada établisse un réel partenariat avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits, qu’il reconnaisse les droits de toutes les nations autochtones du pays et qu’il favorise l’autodétermination. Je souhaite que le gouvernement du Canada établisse un partenariat en vue de l’autonomie gouvernementale et de l’autodétermination des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Mon deuxième souhait est donc que les représentants des échelons supérieurs joignent le geste à la parole.

Fannie :

Je pense que cette responsabilité revient aux citoyens. Cet objectif serait atteint si tous les Canadiens s’unissaient pour convaincre les politiciens de défendre nos amis, notre peuple et nos valeurs communes. Je pense que tout le monde devrait comprendre les difficultés auxquelles font face les peuples autochtones et faire des efforts pour appliquer les valeurs qui nous sont si chères. Les personnes qui nous représentent doivent protéger notre peuple, et non l’histoire du Canada. Elles doivent protéger nos valeurs et non les valeurs des conquérants d’autrefois. Je pense qu’il faut améliorer notre compréhension de la situation, trouver des façons de former une société plus unie et examiner attentivement les difficultés auxquelles font face les collectivités autochtones. Je participais récemment à une conférence WebEx sur le suicide en milieu de travail et j’ai appris beaucoup de choses intéressantes sur l’âge et le sexe des victimes, mais je n’ai pas été surprise d’apprendre que les taux de suicide sont si élevés dans les collectivités autochtones. Les personnes dont l’un des proches s’est suicidé connaissent une grande douleur, et la société doit examiner les difficultés auxquelles elles font face et rassembler les ressources et les compétences disponibles pour les aider. Nous devons agir. Nous aidons un grand nombre de collectivités et de nations, même celles qui se situent à l’extérieur du Canada. Je constate que les logements des Autochtones du Canada sont en mauvais état et que leurs taux de suicide sont très élevés; je vois que plein d’autres choses se produisent dans notre propre cour. J’avoue que je ne connais pas la solution. Je suis certaine que la solution est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, mais je pense que les citoyens doivent en apprendre davantage sur la situation et aider du mieux qu’ils peuvent.

Janice :

Ce n’est pas toujours facile. Beaucoup de personnes ne se voient pas faire cela et ne comprennent pas en quoi ce travail est pertinent pour leur vie et pour l’endroit où elles se trouvent. Je pense que si vous habitez au Canada et que vous faites partie du pays, alors ce travail est pertinent pour vous puisqu’il fait partie de votre histoire. Je trouve cela très intéressant. J’ai animé quelques séances d’apprentissage et j’ai constaté que certains nouveaux Canadiens étaient surpris par ce qu’ils apprenaient. Tout le monde pense que le Canada est un endroit parfait. Bien sûr, le Canada est un pays merveilleux qui respecte les libertés des citoyens, mais il a quelques squelettes dans le placard. Hier, quelqu’un a dit « Wow! Il est très important que les immigrants sachent cela », et je suis d’accord. Si vous choisissez de vivre au Canada, vous devez connaître son histoire, les droits autochtones et les droits issus de traités, vous devez comprendre pourquoi le Canada entretient une relation spéciale avec la Couronne, et vous devez savoir qu’on ne met pas facilement son passé derrière soi.

Ryan :

Je pense que le plus grand obstacle à la réconciliation réside dans le fait qu’un grand nombre de personnes bénéficient de la structure actuelle de la société. Les personnes qui vivent dans les grandes villes n’ont pas de problème avec l’eau potable et les infrastructures, et leur situation est généralement prospère. Toutefois, un grand nombre de collectivités autochtones n’ont pas accès aux services de base, et je pense qu’il faut en parler parce que certaines mesures ont déjà été prises. Il reste encore beaucoup à faire, comme s’assurer que les Autochtones ont accès à de l’eau potable propre. Il est important de comprendre que certaines collectivités vivent de cette façon depuis 20 [ou] 30 ans. C’est ridicule et hypocrite. Les gens qui sont heureux s’attendent à ce que ceux qui ne vivent pas dans les mêmes conditions et dont les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits soient heureux eux aussi.

Pamela :

Je suis autochtone et j’ai été blessée au cours de mon enfance. Dans le cadre de mon travail, une gestionnaire m’a déjà dit « Tu sais quoi? Je sais que tu es intelligente, Pam, mais quelque chose ne tourne pas rond chez toi. » Elle m’a demandé de passer une évaluation psychoéducative, dont les coûts étaient remboursés par la Sun Life. À l’issue de l’évaluation, j’ai reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique, ou TSPT, ce qui expliquait mes difficultés de concentration. Je suis devenue fonctionnaire, mais j’avais été blessée au cours de mon enfance, comme l’ont été beaucoup d’enfants autochtones, parce que mes deux parents avaient été placés dans des pensionnats indiens. Mes deux parents blessés m’ont élevée et j’ai été blessée à mon tour même s’ils ne m’ont jamais maltraitée ou criée après. Mais je ressentais la douleur de mes parents et cela m’a touchée au point où j’ai développé un TSPT. Ma gestionnaire a examiné les recommandations qui avaient été formulées à mon égard ainsi que les résultats de l’évaluation psychoéducative et a dit « Tu sais quoi? Nous allons donner suite à ces recommandations dans la mesure du possible. Voici ce que j’aimerais que tu fasses, mais je ne peux pas te demander de le faire parce que cela n’a rien à voir avec le travail ». Des mesures ont été prises au travail pour m’appuyer. Je me suis soumise à l’évaluation psychoéducative il y a quelques années et les mesures ont été appliquées au cours de la dernière année. Leur mise en œuvre a été facilitée par les diverses initiatives en matière de santé mentale et de mieux-être qui ont été adoptées récemment par le Ministère. J’estime qu’il reste beaucoup à faire pour sensibiliser les gens à la santé mentale et au mieux-être et que d’autres mesures doivent être prises, pas seulement pour les Autochtones, mais pour tout le monde. Je pense que la plupart des humains vivent avec des blessures et que les personnes qui se sentent parfaitement saines sont rares. Je pense que c’est l’un des problèmes avec la fonction publique et je pense qu’il devrait y avoir davantage d’ateliers permettant aux gestionnaires non pas de poser des diagnostics, mais de cibler les problèmes de leurs employés et de travailler avec derniers pour s’assurer qu’ils réussissent sur le plan professionnel. Les gestionnaires doivent apprendre à ne plus dire à leurs employés que leur rendement n’est plus satisfaisant et que des mesures seront prises pour corriger la situation; ils doivent en apprendre davantage sur divers problèmes de santé mentale comme le TSPT, le trouble déficitaire de l’attention ou le trouble déficit de l’attention/hyperactivité chez l’adulte, la dépression et la toxicomanie. J’ai maintenant accès à des mesures de soutien et je consulte un thérapeute depuis quelques années. Je me sens beaucoup mieux et ma concentration s’est beaucoup améliorée. Puisque j’ai davantage confiance en moi, je prends plus souvent la parole dans mon équipe et je suis plus apte à m’acquitter de mes tâches. La situation n’est pas parfaite, mais c’est comme cela que ça fonctionne au gouvernement. Soixante pour cent du travail que nous effectuons n’a rien à voir avec notre entente de rendement. Avant, je n’étais pas capable de me dire que j’étais correcte et que je faisais de mon mieux; je me disais plutôt que je n’étais même pas capable de faire tout ce qui était indiqué dans mon entente de rendement. Le fait de consulter un thérapeute et de travailler avec une bonne gestionnaire qui m’a conseillé de passer une évaluation psychoéducative pour me protéger en cas de changement de gestionnaire m’a beaucoup aidée. J’ai récemment rencontré ma gestionnaire pour discuter de mon entente de gestion du rendement; elle m’a dit que j’étais sur la bonne voie, que je suis un membre utile de l’équipe et que je déploie des efforts supplémentaires pour sensibiliser les gens à la santé mentale et aux questions touchant les Autochtones.

Tim O :

Hier, je suis allé à une présentation du greffier, à laquelle assistaient également certains bureaucrates. Ils ont posé des questions au greffier et ce dernier les a impressionnés avec ses messages inspirants. Personne n’a remis les paroles du greffier en question. Je ne savais pas si cela se faisait, mais je suis allé le voir et j’ai dit « J’ai une question pour vous », ce à quoi il a répondu « Oh! ». Il faut comprendre que j’occupe un poste de niveau « anglais essentiel ». Je lui ai dit « Savez-vous ce qui constituerait un bon geste de réconciliation? Savez-vous que je ne pourrai pas obtenir un meilleur emploi au sein du gouvernement parce que je ne parle pas français? ». Je lui ai dit que je n’apprendrais probablement jamais le français, pas parce que je souffre d’un trouble de stress post-traumatique, mais parce que je n’en ai pas la motivation. Je comprends que le français est important, surtout ici, à Ottawa, mais je ne ferais pas des pieds et des mains pour l’apprendre. Je ferais cependant tout en mon pouvoir pour apprendre ma langue. Je suis certain qu’un grand nombre de fonctionnaires autochtones seraient motivés à apprendre leur langue si on ne leur imposait pas l’exigence d’apprendre le français et qu’on leur permettait plutôt d’apprendre leur langue.

Tim L :

J’imagine que vous savez qu’en tant que fonctionnaire fédéral, mon troisième souhait serait que le gouvernement fédéral recrute un plus grand nombre d’Autochtones. Il faut examiner nos processus de recrutement pour s’assurer qu’ils tiennent compte des besoins des Autochtones et qu’ils sont moins, comment dire, axés sur la bureaucratie, car ils ne permettent pas de régler les problèmes. Les processus de recrutement et de mise en candidature ne sont pas assez souples. En améliorant la souplesse des processus, nous pourrions embaucher de façon respectueuse et adaptée sur le plan culturel un plus grand nombre de personnes talentueuses qui vivent dans des collectivités autochtones et faire tout en notre pouvoir pour nous assurer que ces personnes travaillent dans un milieu de travail adapté à leur culture et qu’elles ne veulent pas partir. Les sondages réalisés auprès des fonctionnaires au cours des quatre ou cinq dernières années révèlent que le gouvernement atteint ses objectifs d’équité en matière d’emploi en ce qui a trait aux employés autochtones. Nous recrutons des Autochtones, mais ceux-ci quittent rapidement leur travail. Notre taux de roulement est très élevé pour cette catégorie d’employés. Ils partent aussi vite qu’ils sont arrivés parce que notre milieu de travail ne leur convient pas; nous devons nous améliorer pour maintenir ces employés en poste et pour leur permettre de contribuer à leur milieu de travail comme je l’ai mentionné précédemment, de faire des progrès, de réussir sur le plan professionnel et même d’occuper des postes de direction. Voilà mes trois souhaits. Je voudrais que toutes les écoles participent à un exercice de couverture, que les représentants des échelons supérieurs du gouvernement prennent des engagements et des mesures concrètes et que le gouvernement recrute un plus grand nombre d’Autochtones. Je voudrais aussi que la fonction publique soit un endroit plus accueillant et adapté à la culture des Autochtones pour que ces derniers ne quittent pas leur emploi.

Perspectives Autochtones : Récits des employé(e)s Autochtones est une production d’Emploi et Développement social Canada.

Toutes les opinions exprimées dans le cadre de la série sont strictement celles des personnes qui les expriment et ne sont pas nécessairement partagées par leur employeur.

Les fonctionnaires que vous avez entendus dans cet épisode sont : Fannie Bernard, Don Bilodeau, Janice Edgar, Jeannette Fraser, Ryan Jeddore, Daniel Jette Pamela Kupeuna, Tim O'Loan et Tim Low.

Notre musique thème est signée Boogey the Beat, et vous avez également entendu la musique de Boogey the Beat et Greg Reiter.

Mon nom est Todd Lyons. Je suis animateur, auteur et directeur technique pour la série Perspectives Autochtones.

Merci de votre écoute.

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Lien de téléchargement (MP3, 20,6 Mo) Perspectives autochtones : Histoires de fonctionnaires autochtones Enjeu 9 - Priorités, partie 1

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