Comment les espèces exotiques envahissantes arrivent au Canada

Introduction

Chaque espèce possède une aire de répartition naturelle dans laquelle elle fait partie de la faune et la flore indigène qui compose la biodiversité de la région. Certaines espèces possèdent une très petite aire de répartition géographique, alors que d’autres sont réparties sur plusieurs provinces, voire même sur un ou plusieurs continents.

Les espèces « exotiques » sont les espèces qui ont réussi à s’établir à l’extérieur de leur aire de répartition naturelle, dans des régions où on ne les trouverait pas normalement. L’une des meilleures façons de réduire l’impact des espèces exotiques envahissantes consiste à les empêcher de s’établir, au départ. Pour ce faire, nous devons comprendre de quelle façon elles arrivent à se déplacer, que ce soit par leurs propres moyens ou pas, à l’extérieur de leur aire de répartition naturelle.

Mouvements naturels

Il y a environ 12 mille ans à 80 mille ans, il y a eu des moments où l’Amérique du Nord était entièrement recouverte de glace. Au cours de ces périodes, les plantes et les animaux ont été repoussés bien au-delà de leurs aires de répartition naturelle par la glace et les changements climatiques.

Lorsque le climat s’est réchauffé et que la glace a commencé à reculer, ces mêmes espèces ont lentement suivi les glaciers vers le nord pour s’établir dans de nouveaux habitats. À la même époque, la densité de la glace au pôle Nord et au pôle Sud a causé une baisse significative du niveau de la mer, créant ainsi un pont terrestre entre l’Alaska et la Russie. On pense que c’est à cette époque que de nombreuses espèces de mammifères se sont déplacées de l’Asie vers l’Amérique du Nord.

Même si le parcours naturel de toute espèce peut être modifié naturellement à la suite des changements climatiques et de la forme du relief, cela s’effectue très lentement et peut même prendre des centaines, voire des milliers d’années.

Mouvements d'origine humaine

Les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui en ce qui a trait aux espèces exotiques envahissantes sont en grande partie attribuables à des mouvements non naturels par lesquels une plante, un animal, un insecte ou un organisme pathogène se disperse à l’extérieur de son aire de répartition naturelle, dans une région ou un écosystème que cette espèce ne serait normalement pas en mesure d’atteindre par ses propres moyens.

L’activité humaine est, et demeure encore aujourd’hui, la principale voie d’entrée qui a permis aux espèces exotiques envahissantes d’être introduites au Canada. Au cours des époques, les humains ont introduit, à la fois volontairement et involontairement, des espèces exotiques dans de nouveaux environnements.

Figure 1. Le nombre global d’introductions d’espèces au Canada depuis le début des années 1600.
Tableau des espèces (voir longue description ci-dessous)
Description longue de la figure 1

Le graphique ci-dessus montre l’augmentation exponentielle du nombre d’introductions de nouvelles espèces au Canada, au fil du temps.

Le graphique ci-dessus montre l’augmentation exponentielle du nombre d’introductions de nouvelles espèces au Canada, au fil du temps.

Pour les premiers colons arrivés au Canada, le fait d’apporter de nouvelles espèces était vu comme une manière de survivre et de s’adapter à leur nouvel environnement. Ils ont ainsi apporté de nombreuses variétés de plantes et d’espèces animales, y compris certains aliments que nous utilisons couramment de nos jours comme le maïs, le blé et les pommes de terre. Certaines espèces ont également été introduites involontairement - à bord des bateaux qui transportaient les hommes et les vivres. Le nombre d’introductions d’espèces a commencé à augmenter considérablement vers 1900. Depuis, l’augmentation des échanges et des voyages internationaux a contribué à cette croissance importante du nombre de nouvelles espèces introduites au cours des dernières décennies.

Le nerprun cathartique © Mark Richardson, Environnement Canada

Le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica L) a été introduit en Amérique du Nord comme arbuste décoratif à la fin du 19e siècle. Il est maintenant un envahisseur important de nombreuses régions boisées du nord-est des États-Unis et du sud-est du Canada.

Les Carabidés © Joseph Berger, bugwood.org

Les premiers vaisseaux à voiles qui sont arrivés en Amérique du Nord utilisaient de la terre ou des pierres comme ballast afin de stabiliser le navire pendant la traversée de l’océan. Ce ballast était souvent remplacé par une cargaison de bois, de fourrures ou de poisson pour le voyage de retour au port d’attache. De nouvelles espèces d’insectes et de plantes ont été introduites de cette manière.

Voies d'entrée

On appelle « voie d’entrée » le chemin parcouru par les espèces envahissantes à partir de leur aire de répartition naturelle d’origine vers une nouvelle aire de répartition. Une voie d’entrée peut être naturelle ou liée à l’activité humaine. Les voies d’entrée naturelles, telles que le vent et les courants, expliquent une très faible portion des introductions de nouvelles espèces. La grande majorité des introductions de nouvelles espèces sont causées par les humains. Par ailleurs, les espèces aquatiques et terrestres empruntent des voies d’entrée distinctes.

Voies d'entrée des espèces aquatiques

Seven major pathways for the transport of aquatic invasive species have been identified.

1. Navigation maritime

De nombreuses espèces ont été introduites dans les Grands Lacs et d’autres plans d’eau par la navigation. Le rejet des eaux de ballast et les salissures biologiques sont à l’origine de l’introduction de la moule zébrée, du cladocère épineux et du crabe européen.

Rejet des eaux de ballast dans le port. © International Joint Commission - 11th Biennial Report on Great Lakes Water Quality

Rejet des eaux de ballast dans le port

2. Pêche commerciale et navigation de plaisance

Les embarcations de plaisance et les barges et navires commerciaux peuvent involontairement contribuer à la propagation des espèces envahissantes autour des eaux canadiennes. Bon nombre de ces embarcations restent amarrées pendant de longues périodes dans leur port d’attache, ce qui permet aux espèces de proliférer et de se fixer à leur coque. Lorsque ces bateaux se déplacent jusqu’à un nouveau port non infesté, ils peuvent introduire les espèces envahissantes dans les voies navigables. C’est ainsi que la moule zébrée a été introduite.

Le myriophylle en épi © Alison Fox, University of Florida, bugwood.org

Le myriophylle en épi constitue un envahisseur important des écosystèmes d’eau douce; un petit segment de cette espèce suffit à envahir de nouvelles voies navigables.

3. Appâts vivants

Les appâts vivants utilisés dans la pêche et rejetés dans les lacs et les rivières du Canada sont à l’origine des mouvements de plusieurs espèces. L’écrevisse américaine constitue un exemple d’une espèce qui a été introduite dans de nombreux plans d’eau par l’entremise du lâcher d’appâts vivants; cette espèce, indigène de l’Ohio, du Kentucky et du Tennessee, s’est propagée à de nombreux lacs et rivières nordiques.

L'écrevisse américaine © Pêches et Océans Canada

4. Le commerce des aquariums et des jardins aquatiques

Les aquariums et les jardins aquatiques constituent des passe-temps en vogue chez les Canadiennes et les Canadiens. Toutefois, les poissons et les plantes indésirables peuvent être une source d’introduction d’espèces envahissantes.

Le faux-nymphéa à feuille peltées © Glenn Miller, Oregon Dept. of Agriculture, www.oregon.gov

Le faux-nymphéa à feuille peltées est une plante aquatique envahissante introduite, à l’origine, comme espèce pour les jardins aquatiques.

5. Poissons comestibles vivants

Le poisson à tête de serpent © Becky Cudmore, Pêches et Océans Canada

Des poissons de nombreuses espèces sont importés vivants comme poissons comestibles. Si des individus sont relâchés dans la nature, certaines de ces espèces pourraient devenir envahissantes.

6. Introductions non autorisées

Certaines espèces de poissons indigènes ont été volontairement introduites dans des plans d’eau où elles n’auraient pas dû se trouver. Dans certains cas, ces introductions ont considérablement nui à l’écosystème existant.

7. Canaux et déviations des cours d’eau

La construction de canaux et les déviations des cours d’eau ont permis à des espèces d’avoir accès à des cours d’eau dans lesquels elles ne devraient pas se trouver. Le cas le plus connu est celui de la grande lamproie marine, qui s’est déplacée jusque dans le secteur supérieur des Grands Lacs lorsque le canal Welland a été creusé.

Voies d’entrée des espèces terrestres

Les espèces envahissantes terrestres sont introduites et se dispersent de plusieurs façons.

1. Cargaison des bateaux

L’intensification des échanges commerciaux dans le monde a entraîné une augmentation des cargaisons de bateaux qui arrivent au Canada du monde entier - plusieurs milliers de conteneurs de fret passent par le Canada chaque mois. Des plantes, des animaux et des insectes vivants se trouvent parfois à bord de ces conteneurs. Une fois arrivés au Canada, ils s’y établissent et deviennent des espèces exotiques envahissantes.

Chargement des contenants au port © Transports Canada

2. Plantations horticoles

De nombreuses espèces de plantes et d’herbes de jardin sont importées au Canada. Si la majorité de ces espèces ne pose pas de risque significatif, certaines en posent un, et plusieurs espèces envahissantes se sont échappées des limites du jardin et posent maintenant de sérieux problèmes.

Le lierre commun © Chris Evans, River to River CWMA, bugwood.org

Le lierre commun est une plante qui, après s’être échappée, a commencé à poser de sérieux problèmes hors des limites du jardin.

3. Libération accidentelle

Un certain nombre d’espèces terrestres sont devenues envahissantes après avoir échappé à la captivité.

Étourneau sansonnet © Lee Karney, USDA, Agricultural Research Service
La spongieuse © Scott Bauer, USDA Agicultural Research Service

4. Mouvements du bois de chauffage

Certaines espèces envahissantes d’insectes - qui ne sont pas nouvelles - peuvent être introduites dans de nouvelles régions (non infestées) par le transport du bois de chauffage, des sapins de Noël ou d’autres produits du bois.

Agrile du frêne © David Cappaert, Michigan State University, bugwood.org

L’agrile du frêne est une espèce envahissante nuisible qui s’attaque aux frênes. Les mouvements du bois de chauffage ont contribué à l’expansion de son aire de répartition en Ontario.

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