Chapitre 2 : Vue d’ensemble des changements passés du climat
Auteurs
Auteurs coordonnateurs principaux
Xiaolan L. Wang, Environnement et Changement climatique Canada
Francis W. Zwiers, Université de Victoria
Auteurs principaux
Megan Kirchmeier-Young, Environnement et Changement climatique Canada
Yang Feng, Environnement et Changement climatique Canada
Nathan P. Gillett, Environnement et Changement climatique Canada
Budong Qian, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Auteurs contributeurs (en ordre alphabétique)
Jen Bagelman, Université de Newcastle
Vincent Y. S. Cheng, Environnement et Changement climatique Canada
Dwayne T. Drescher « Atjgaliaq », Université de la Saskatchewan
Maeva Gauthier, Université de Victoria
Dae Il Jeong, Environnement et Changement climatique Canada
Brian Kowikchuk, CINUK Creative Lead
Carmen Kuptana, CINUK Inuvialuit Advisory of Young Leaders
Zou Zou Kuzyk, Université du Manitoba
Mélanie Leblanc, Société Niskamoon
Tong Li, Université de Victoria
Yongxiao Liang, Environnement et Changement climatique Canada
Eriel Lugt, CINUK Inuvialuit Advisory of Young Leaders
Elizaveta Malinina, Environnement et Changement climatique Canada
Mimie Neacappo, Eeyou Istchee, Chisasibi (Québec)
Freddie Scipio, Eeyou Istchee, Chisasibi (Québec)
Reggie Scipio, Eeyou Istchee, Chisasibi (Québec), Kiniwaapimaakin (maître de trappe)
Darryl Tedjuk, CINUK Inuvialuit Advisory of Young Leaders
Karla Jessen Williamson, Université de la Saskatchewan
Bin Yu, Environnement et Changement climatique Canada
Remerciements
Merci à Rodney Chan d’Environnement et Changement climatique Canada pour son aide dans le téléchargement des ensembles de données de réanalyse et l’extraction des données de station archivées, ainsi qu’à Gilbert P. Compo et Cathy Smith du Physical Sciences Laboratory de la NOAA (CIRES – Université du Colorado à Boulder) pour nous avoir informés des données de réanalyse de l’OCADA et nous avoir donné accès à ces données.
Référence recommandée du chapitre
Wang, X.L., Zwiers, F.W., Kirchmeier-Young, M., Feng, Y., Gillett, N. et Qian, B. (2026). Vue d’ensemble des changements passés du climat. Dans Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026, (pp XX-XX). Gouvernement du Canada.
Description du chapitre
Ce chapitre présente une synthèse des changements climatiques passés à travers le Canada, ainsi que leurs causes, en s’appuyant sur les évaluations présentées dans le présent chapitre et dans les chapitres 4 à 9. Il comprend également une évaluation détaillée des changements passés de la température moyenne de l’air à la surface, des précipitations et de la vitesse du vent près de la surface.
Messages clés du chapitre
Le réchauffement climatique observé au Canada et ses causes
Message clé 2.1
Le Canada se réchauffe dans toutes les régions et toutes les saisons. Le Canada s’est réchauffé de 2,0 °C au cours de la période de 1948 à 2023 (très probable): de 0,9 à 3,1 °C), les régions nordiques ayant connu un réchauffement de 2,6 °C (très probable : de 1,4 à 4,1 °C) et le réchauffement étant généralement plus important en hiver qu’en été.
Message clé 2.2
L’influence humaine a mené à une hausse des températures moyennes au Canada entre 2015 et 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle, soit le double de l’augmentation de la température moyenne mondiale attribuable à l’influence humaine lorsque l’on compare les températures moyennes mondiales de 2010 à 2019 à celles de l’ère préindustrielle (degré de confiance élevé). Le réchauffement observé au Canada de 2,0 °C entre 1948 et 2023 est très fortement dominé par les influences humaines et impossible à distinguer du réchauffement attribuable aux influences externes sur le climat (degré de confiance élevé).
Effets climatiques observés du réchauffement au Canada
Message clé 2.3
La plupart des changements climatiques observés dans l’ensemble du Canada – sur terre, dans les océans qui l’entourent et dans l’atmosphère – sont compatibles avec un climat en réchauffement. Les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines constituent la seule explication plausible de ce changement collectif (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.4
L’allongement des saisons de croissance, l’augmentation des besoins en climatisation des bâtiments et la hausse des extrêmes de chaleur observés en été sont tous des facteurs compatibles avec un climat en réchauffement, tout comme la réduction des besoins en chauffage des bâtiments et la diminution de la sévérité des extrêmes de froid observées en hiver. Les saisons des feux de forêt se sont allongées (degré de confiance élevé) et la superficie brûlée par les feux de forêt a augmenté (degré de confiance moyen). Le réchauffement climatique a également entraîné des changements importants dans le cycle de l’eau et la cryosphère (degré de confiance élevé), comme en témoignent l’augmentation des précipitations annuelles et l’intensification des extrêmes de précipitations, la réduction du manteau neigeux et de la masse des glaciers, le pic printanier plus précoce du débit des rivières, la diminution de la glace lacustre et fluviale et le dégel du pergélisol.
Message clé 2.5
Les effets du réchauffement climatique sont également clairement visibles dans les zones océaniques du Canada, où l’on observe une augmentation de la température de l’eau, des vagues de chaleur marines plus fréquentes, un rafraîchissement des eaux océaniques proches de la surface et une diminution de la couverture de la glace de mer, ce qui a entraîné une augmentation de la hauteur des vagues dans l’Arctique (degré de confiance élevé). Certaines zones côtières du Canada subissent également les effets de l’élévation du niveau de la mer (degré de confiance très élevé) et de la fréquence accrue des épisodes de niveau de la mer extrême (degré de confiance élevé), qui peuvent contribuer à des inondations côtières. Les océans qui entourent le Canada ont également absorbé le dioxyde de carbone anthropique présent dans l’atmosphère, ce qui a entraîné l’acidification des océans dans les couches proches de la surface (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.6
Le climat du Canada s’est réchauffé rapidement au cours des 75 dernières années, et les taux de réchauffement ont fluctué au cours du siècle dernier. On estime que les températures moyennes annuelles ont augmenté à un rythme de 0,26 °C (très probable : de 0,12 à 0,41 °C) par décennie entre 1948 et 2023 pour le Canada dans son ensemble et de 0,35 °C (très probable : de 0,18 à 0,55 °C) par décennie pour le Nord canadien. La température moyenne annuelle estimée du Canada a dépassé la moyenne de 1961 à 1990 au cours de 30 des 33 années après 1990.
Message clé 2.7
Le Canada s’est réchauffé plus rapidement que la plupart des autres régions du monde. Le taux de réchauffement du Canada au cours de la période de 1948 à 2023 est similaire à celui de la superficie terrestre mondiale (degré de confiance élevé), mais le Nord canadien s’est réchauffé à un rythme environ deux fois supérieur à celui de la superficie terrestre et océanique mondiale combinée au cours de la période de 1948 à 2023 (degré de confiance élevé). La majeure partie du réchauffement observé s’est produite depuis 1970. Le taux de réchauffement du Canada a été presque deux fois plus élevé que le taux de réchauffement planétaire au cours de la période de 1970 à 2023 (degré de confiance élevé).
Message clé 2.8
L’influence humaine a entraîné une augmentation des températures moyennes canadiennes au cours de la période de 2015 à 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle (estimée dans le présent rapport comme la période allant de 1850 à 1900). Il est probable que les influences humaines à elles seules aient entraîné un réchauffement supérieur à celui observé entre les décennies de 1948 à 1957 et de 2014 à 2023, soit 1,6 °C, les influences externes naturelles et la variabilité climatique interne ayant, ensemble, empêché qu’une petite partie de cette influence soit exercée (degré de confiance élevé).
Message clé 2.9
Les précipitations annuelles totales ont augmenté au Canada depuis 1949, avec des augmentations en pourcentage plus importantes dans le nord du pays (degré de confiance très élevé). Les précipitations annuelles totales ont augmenté beaucoup plus rapidement au Canada que sur l’ensemble des terres émergées de la planète au cours d’une période similaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.10
Les précipitations annuelles au Canada ont augmenté de 9,7 % (probable : de 7,0 à 12,3 %) au Canada dans son ensemble, de 18,9 % (plus probable qu’improbable : de 8,6 à 29,5 %; degré de confiance moyen) dans le Nord canadien, et de 7,5 % (probable : de 2,4 à 11,8 %) dans le Sud du Canada entre 1949 et 2023, la majeure partie de cette augmentation étant attribuée à l’influence humaine sur le climat (degré de confiance moyen).
Message clé 2.11
Les précipitations n’ont pas changé de manière uniforme au cours de toutes les saisons. Elles ont augmenté dans une bande zonale centrée sur la latitude 62° N en été, ainsi que dans la plupart des régions de la Colombie-Britannique et le long du fleuve Saint-Laurent au printemps et à l’automne (degré de confiance moyen). Les précipitations ont augmenté au cours de toutes les saisons dans une région allant du sud du Nunavut à l’archipel arctique et du Labrador au nord-est du Québec (faible degré de confiance).
Message clé 2.12
On estime que la quantité annuelle de neige tombée et le nombre annuel de jours de neige ont diminué à la plupart des stations du Sud du Canada, mais ont augmenté à la plupart des stations du Nord canadien (degré de confiance moyen). La proportion de jours de précipitations sous forme de neige et la proportion de précipitations tombant sous forme de neige ont toutes deux diminué dans la majeure partie du Canada (degré de confiance moyen).
Message clé 2.13
Les vitesses moyennes annuelles et saisonnières des vents de surface ont diminué au cours de la période de 1953 à 2023 dans une grande partie du sud du Canada, depuis le sud des Prairies jusqu’au centre du Québec (degré de confiance moyen). En revanche, les vitesses moyennes des vents ont augmenté en Colombie-Britannique au printemps et à l’été (faible degré de confiance). Le degré de confiance global quant aux évaluations de l’ampleur des changements de la vitesse moyenne annuelle du vent est faible en raison de l’incohérence entre les produits de données d’observation. À l’heure actuelle, les aspects des changements observés de la vitesse du vent ne peuvent pas être attribués à l’influence humaine sur le système climatique.
Message clé 2.14
La rareté des données de station dans le nord du Canada rend très difficile l’évaluation des tendances à long terme de la vitesse du vent dans cette région, mais la cohérence entre les données de station dont on dispose et un ensemble de données de réanalyse moderne suggère que les vitesses du vent ont augmenté au cours de la période de 1953 à 2023 dans le nord du Canada (faible degré de confiance), en particulier à l’automne et au printemps.
Résumé en langage clairNote de bas de page 1
Le présent chapitre et le suivant (chapitre 3) jouent un rôle unique dans le présent rapport. Ils évaluent les changements climatiques passés (chapitre 2) et futurs (chapitre 3) à l’échelle du Canada, en mettant l’accent sur les changements de la température de l’air à la surface et des précipitations, et en s’appuyant sur les évaluations techniques détaillées présentées ailleurs dans le rapport. En outre, ce chapitre examine les changements passés de la vitesse du vent près de la surface et accorde une attention particulière aux sources d’informations climatiques historiques nécessaires pour replacer le climat actuel dans le contexte des conditions climatiques historiques au Canada. Pour ce faire, il se concentre sur les observations climatiques directes fournies par les instruments météorologiques et les observateurs, ainsi que sur les données issues de ces observations à l’aide de modèles météorologiques et climatiques.
Cette synthèse des changements climatiques observés au Canada dans le passé mène à la conclusion indéniable que les Canadiens sont témoins de changements dans l’ensemble du système climatique qui sont en grande partie attribuables à un seul facteur commun : l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à cause de l’activité humaine. Les effets de l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre se manifestent le plus directement dans le réchauffement du climat, mais aussi dans les changements qui touchent les précipitations, les chutes de neige et le débit des cours d’eau. Parmi les autres effets, mentionnons la fonte des glaciers et des grands inlandsis, le dégel du pergélisol, la perte de glace marine et lacustre, le réchauffement des océans qui entourent le Canada, l’élévation du niveau de la mer, l’acidification de l’eau des océans à mesure qu’elle absorbe davantage de dioxyde de carbone de l’atmosphère, et les changements dans la fréquence et l’intensité d’un large éventail de phénomènes extrêmes. Bien que les preuves de l’influence humaine soient plus difficiles à discerner en ce qui concerne certains aspects des changements climatiques par rapport à d’autres, l’ensemble des éléments probants pointe dans une seule direction, à savoir l’influence humaine comme cause dominante des changements observés. Cette conclusion est confirmée par les résultats d’études de détection et d’attribution des changements climatiques qui identifient rigoureusement les effets de l’influence humaine sur le climat dans le cadre d’observations des changements passés de la température et des précipitations. La compréhension des mécanismes qui relient le réchauffement à d’autres changements dans le système climatique vient étayer cette conclusion. En termes simples, aucun autre mécanisme de changement agissant sur le climat depuis l’ère préindustrielle (établie dans le présent rapport comme étant la période de 1850 à 1900) n’aurait pu provoquer des changements durables à l’échelle du système de l’ampleur observée.
Le Canada s’est réchauffé rapidement depuis les années 1950. Le taux de réchauffement du Canada entre 1948 et 2023 a été environ 70 % plus élevé que le taux de réchauffement planétaire au cours de la même période. Cependant, la majeure partie du réchauffement depuis 1948 s’est produite depuis 1970, tant au Canada que dans le monde. Le taux de réchauffement du Canada entre 1970 et 2023 a été presque deux fois plus élevé que le taux de réchauffement planétaire pendant cette période plus courte. De plus, le Canada se réchauffe beaucoup plus rapidement que ses voisins du sud, aux États-Unis contigus, et plus rapidement que la plupart des autres régions terrestres du globe. Le réchauffement est plus rapide au Canada que dans la plupart des autres régions, car notre climat nordique, en particulier aux latitudes plus élevées, est affecté par l’amplification arctique (abordée en détail à l’encadré 4.2 de la section 4.2 du chapitre 4).
Bien que les observations antérieures à 1948 soient beaucoup plus rares, on dispose de données suffisantes entre 1900 et 1948 pour examiner également comment les températures ont évolué depuis le début du XXe siècle dans le sud du Canada. Cette évaluation montre clairement que la période suivant 1948 a été plus chaude que le demi-siècle qui l’a précédée, ce qui correspond à notre compréhension de l’évolution de la température moyenne mondiale depuis 1900. De plus, de nouvelles méthodes permettant de combiner les résultats des modèles climatiques avec les observations issues d’études de détection et d’attribution nous permettent d’estimer qu’en 2025, le réchauffement causé par l’activité humaine aura fait augmenter la température moyenne annuelle du Canada d’environ 2,4 °C (fourchette d’incertitude de 90 % : 1,8 à 2,9 °C) par rapport au niveau observé pendant la période préindustrielle.
Le Canada a également connu des précipitations considérablement plus élevées depuis 1949, la moyenne annuelle des précipitations au Canada dans son ensemble étant environ 10 % plus élevée ces dernières années qu’au début de cette période. Bien que les précipitations annuelles moyennes soient faibles dans le Nord canadien, leur taux d’augmentation relatif est plus de deux fois supérieur à celui observé dans le sud du pays (environ 19 % contre 7,5 %, respectivement, pour la période de 1949 à 2023). Le taux d’augmentation relatif plus élevé des précipitations aux latitudes élevées est une caractéristique attendue du réchauffement climatique. Comme pour la température, on observe également des variations saisonnières et régionales dans l’ampleur des changements des quantités de précipitations, bien que les détails de ces changements ne puissent être évalués avec autant de certitude que pour la température. Sur la base d’études formelles de détection et d’attribution, nous estimons que l’influence humaine est à l’origine de la plupart des changements dans les quantités de précipitations qui se sont produits dans le nord du Canada et d’au moins une partie des changements qui se sont produits dans le sud du Canada.
Bien que les observations directes de la quantité et de la fréquence des chutes de neige soient limitées, la quantité de précipitations qui tombe les jours de précipitations où les températures sont proches de 0 °C constitue un indicateur efficace de ces paramètres. L’analyse de ces données indirectes permet de conclure que, conformément au réchauffement, la fréquence et la quantité des chutes de neige ont diminué dans le sud du Canada et augmenté dans le nord du pays.
Contrairement aux éléments probants qui indiquent que l’influence humaine sur le climat canadien a bien entraîné un réchauffement et une augmentation des précipitations, aucun signe clair de changement dans la vitesse moyenne des vents de surface au Canada n’a encore été décelé. Cela s’explique en partie par le fait que les modèles climatiques ne donnent pas encore d’indication claire sur la façon dont l’influence humaine sur le climat peut affecter les vents à proximité de la surface, et en partie par le fait que les observations à long terme de haute qualité sur la vitesse du vent sont rares au Canada. Un phénomène observé au cours des dernières décennies dans de nombreuses régions du Canada et ailleurs dans le monde est la réduction progressive de la vitesse moyenne du vent, appelée « stagnation atmosphérique ». La communauté scientifique spécialisée dans le climat a accordé une attention considérable à ce phénomène, mais aucun consensus clair n’a été dégagé quant à sa cause.
La capacité d’observer et de comprendre les changements à long terme du climat canadien dépend essentiellement de la qualité et de la disponibilité des observations à long terme et des produits de données dérivés de ces observations. C’est pourquoi nous incluons également dans ce chapitre une discussion consacrée aux différentes sources de données disponibles et à leur pertinence pour les études sur les changements climatiques. Cette discussion comprend des informations sur les améliorations apportées depuis la première édition du RCCC de 2019 aux méthodes utilisées pour traiter les données de station et les rendre adaptées aux analyses climatiques, ainsi qu’aux méthodes utilisées pour créer des ensembles de données maillées à partir de ces données.
2.1 : Introduction
Le présent chapitre fournit une synthèse des changements observés dans le système climatique canadien, sur la base d’une évaluation détaillée des changements passés des conditions moyennes quant à la température de l’air à la surface, aux précipitations et aux vents près de la surface, ainsi que des évaluations présentées aux chapitres 4 à 9 (figure 2.1). Ce chapitre complète le chapitre 3, qui présente une synthèse correspondante des changements futurs du système climatique du Canada. Ensemble, les chapitres 2 et 3 sont conçus pour donner un aperçu autonome des conclusions de l’ensemble du rapport et des changements qui touchent le climat.
La température, les précipitations et le vent sont des aspects fondamentaux du temps qu’il fait chaque jour, qui, cumulés au fil du temps, constituent ce que nous percevons comme étant notre climat. Nous désignons ici collectivement la température, les précipitations et le vent comme les variables fondamentales du climat de surface. Ces variables déterminent en grande partie les cultures que nous pouvons produire, la nature des écosystèmes qui peuplent notre paysage, la quantité d’eau disponible pour l’utilisation humaine, ainsi que le moment et le lieu où nous pouvons produire de l’énergie renouvelable à partir des ressources hydriques et éoliennes. Les changements de ces variables climatiques fondamentales ont une incidence sur nous et sur les systèmes naturels et aménagés dont nous dépendons. Ils influent également sur d’autres aspects du système climatique (évalués aux chapitres 4 à 9) qui, à leur tour, ont une incidence sur l’évolution des variables fondamentales du climat de surface.
Des évaluations détaillées des changements passés du climat de surface de base du Canada sont présentées plus loin dans ce chapitre, mais nous commençons, à la section 2.2, par une synthèse des évaluations de ces changements climatiques au Canada, en nous appuyant sur les informations présentées plus loin dans ce chapitre. Nous présentons également les évaluations des changements dans l’atmosphère et l’océan, la cryosphère (neige, glace et sol gelé), les cycles de l’eau et du carbone, ainsi que l’intensité et la fréquence des extrêmes climatiques, qui sont traités plus en détail dans les chapitres 4 à 9.
Les évaluations détaillées à l’appui des changements passés de la température de l’air à la surface, des précipitations et de la vitesse du vent sont présentées respectivement aux sections 2.4, 2.5 et 2.6 du présent chapitre. Ces évaluations s’appuient principalement sur des observations à long terme provenant de stations météorologiques et climatiques canadiennes qui ont fait l’objet de processus très rigoureux de contrôle de qualité et d’homogénéisation. L’homogénéisation des données climatiques est un processus mis en œuvre pour s’assurer que les changements observés ne sont pas influencés par des facteurs non climatiques, comme le remplacement d’instruments désuets par de nouvelles technologies ou la modification du paysage autour d’une station d’observation qui pourrait agir sur l’enregistrement des mesures. La section 2.3 présente les types et les sources de données climatiques, explique pourquoi certaines données sont plus adaptées que d’autres pour surveiller les changements climatiques au Canada, et décrit les données utilisées dans le présent chapitre.
Le présent chapitre fait généralement référence aux changements par rapport aux conditions moyennes qui prévalaient pendant une période de référence donnée. Différentes périodes de référence sont utilisées dans différents contextes (section 2.4.2). L’une de ces périodes, qui mérite une attention particulière, est celle de 1850 à 1900, que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) utilise comme période de référence pour évaluer les changements plus récents qui sont attribuables aux influences humaines sur le climat (GIEC, 2021b). Cette période, que l’on appelle communément la période préindustrielle, est utilisée pour des raisons pragmatiques. Les données d’instruments sur la température de surface antérieures à 1850 sont insuffisantes pour estimer la différence moyenne à l’échelle mondiale par rapport aux conditions moyennes des périodes antérieures, et les modèles climatiques qui permettent de réaliser des simulations des changements climatiques afin de reproduire les conditions historiques commencent généralement leurs simulations en 1850. L’utilisation du terme « préindustriel » dans le présent rapport fait donc très vaguement référence à la deuxième révolution industrielle, qui a débuté au milieu du XIXe siècle et s’est poursuivie jusqu’au début du XXe siècle. Les effets des émissions cumulées – provenant de la consommation de combustibles fossiles au cours des 150 années précédentes (qui comprennent à la fois la première et la deuxième révolution industrielle) – sur les températures moyennes mondiales à la surface n’ont commencé à être perceptibles qu’au cours du XXe siècle (voir par exemple la figure SPM.1 dans GIEC, 2021c). C’est la raison pour laquelle la période de 1850 à 1900 a été choisie comme période de référence préindustrielle pour évaluer les changements climatiques ultérieurs pouvant être attribués à l’effet des activités humaines sur le climat mondial.
Compte tenu des observations dont on dispose sur le climat, les tendances et autres mesures du changement sont généralement évaluées dans le présent chapitre pour les périodes centennales allant de 1900 à 2023 ou de 1916 à 2023 lorsqu’il s’agit du sud du Canada, ou de 1948 à 2023 ou de 1949 à 2023 lorsqu’il s’agit du Canada dans son ensemble (y compris le Nord canadien). Les évaluations des changements passés des variables climatiques synthétisées dans les chapitres 4 à 9 sont fondées sur des périodes de durée variable, selon la date à laquelle les observations systématiques de ces éléments ont commencé. Toutefois, elles tiennent toujours compte des changements survenus au cours des dernières décennies, période durant laquelle le système climatique mondial s’est réchauffé rapidement (GIEC, 2021b). Sur le plan géographique, les changements climatiques sont parfois résumés par région en fonction des frontières provinciales et territoriales, comme l’illustre la figure 2.2. Le plus souvent, cependant, les régions mentionnées sont déterminées en fonction de la disponibilité des données et de l’échelle et de la portée géographiques pertinentes pour une variable climatique particulière.
Le quatrième cycle du processus d’évaluation nationale Le Canada dans un climat en changement a conclu que les changements climatiques ont eu des répercussions importantes sur les infrastructures, la santé humaine, les ressources naturelles, le fonctionnement des écosystèmes et l’économie de notre pays. Les trois messages à retenir du Rapport de synthèse de la série de rapports soulignent les répercussions des changements climatiques sur le Canada et la nécessité de prendre des mesures d’adaptation éclairées et coordonnées afin de réduire les répercussions et les risques liés aux changements climatiques.
Faits saillants de la figure : Aperçu visuel du contenu du présent chapitre et des liens importants entre les chapitres.
Titre de la figure : Guide visuel du contenu du chapitre 2 et des principaux liens entre les chapitres
Description longue
La figure 2.1 est un diagramme conceptuel qui sert de feuille de route pour le chapitre 2 et indique aux lecteurs les principaux liens entre les chapitres. En haut, une boîte affiche le titre du chapitre et un court énoncé décrivant l’objectif général du chapitre. Au bas, d’autres boîtes énumèrent les principales sections, encadrés et études de cas. Une autre boîte énumère les principaux liens entre les chapitres pour aider les lecteurs à trouver de l’information connexe sur les sujets abordés dans le chapitre.
Faits saillants de la figure : Le rapport résume les changements observés quant à certaines variables du climat et certains extrêmes climatiques, par région.
Titre de la figure : Les six régions du Canada mentionnées dans le présent rapport
Description longue
La figure 2.2 est une carte du Canada à code de couleurs qui divise le pays en six grandes régions géographiques utilisées dans le rapport pour résumer les changements climatiques. Ces régions sont utilisées le plus souvent dans les chapitres 2, 3 et 8. Chaque région est indiquée dans une couleur distincte et nommée directement sur la carte. Le Nord, représenté en bleu sarcelle, couvre le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. La Colombie-Britannique, le long de la côte du Pacifique en jaune, forme la lisière ouest du pays. Immédiatement à l’est se trouvent les Prairies, en bleu foncé, composées de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. L’Ontario, en rouge, s’étend au sud de la baie d’Hudson et vers l’est le long des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Le Québec, en bleu clair, occupe une grande zone du centre-est au nord et au sud du Saint-Laurent, y compris la péninsule d’Ungava. La région de l’Atlantique, en bleu marine, comprend le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador le long de la côte est.
Dans le rapport, les cinq régions du sud – la Colombie-Britannique, les Prairies, l’Ontario, le Québec et l’Atlantique – sont collectivement appelées le Sud du Canada, et la région du nord contenant les trois territoires est appelée le Nord canadien. Le rapport fait également référence aux régions géographiques du nord et du sud du Canada, qui sont de vastes zones approximativement séparées par le 60e parallèle. La figure ne fournit pas de renseignements sur le climat, mais montre seulement les limites régionales, ce qui fournit un cadre géographique pour l’interprétation des changements climatiques dont il a été question ailleurs dans le rapport.
2.2 : Synthèse des changements passés
Le réchauffement climatique observé au Canada et ses causes
Message clé 2.1 : Le Canada se réchauffe dans toutes les régions et toutes les saisons. Le Canada s’est réchauffé de 2,0 °C au cours de la période de 1948 à 2023 (très probableNote de bas de page 2 ,Note de bas de page 3 : de 0,9 à 3,1 °C), les régions nordiques ayant connu un réchauffement de 2,6 °C (très probable : de 1,4 à 4,1 °C) et le réchauffement étant généralement plus important en hiver qu’en été.
Message clé 2.2 : L’influence humaine a mené à une hausse des températures moyennes au Canada entre 2015 et 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle, soit le double de l’augmentation de la température moyenne mondiale attribuable à l’influence humaine lorsque l’on compare les températures moyennes mondiales de 2010 à 2019 à celles de l’ère préindustrielle (degré de confiance élevé). Le réchauffement observé au Canada de 2,0 °C entre 1948 et 2023 est très fortement dominé par les influences humaines et impossible à distinguer du réchauffement attribuable aux influences externes sur le climat (degré de confiance élevé).
Effets climatiques observés du réchauffement au Canada
Message clé 2.3 : La plupart des changements climatiques observés dans l’ensemble du Canada – sur terre, dans les océans qui l’entourent et dans l’atmosphère – sont compatibles avec un climat en réchauffement. Les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines constituent la seule explication plausible de ce changement collectif (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.4 : L’allongement des saisons de croissance, l’augmentation des besoins en climatisation des bâtiments et la hausse des extrêmes de chaleur observés en été sont tous des facteurs compatibles avec un climat en réchauffement, tout comme la réduction des besoins en chauffage des bâtiments et la diminution de la sévérité des extrêmes de froid observées en hiver. Les saisons des feux de forêt se sont allongées (degré de confiance élevé) et la superficie brûlée par les feux de forêt a augmenté (degré de confiance moyen). Le réchauffement climatique a également entraîné des changements importants dans le cycle de l’eau et la cryosphère (degré de confiance élevé), comme en témoignent l’augmentation des précipitations annuelles et l’intensification des extrêmes de précipitations, la réduction du manteau neigeux et de la masse des glaciers, le pic printanier plus précoce du débit des rivières, la diminution de la glace lacustre et fluviale et le dégel du pergélisol.
Message clé 2.5 : Les effets du réchauffement climatique sont également clairement visibles dans les zones océaniques du Canada, où l’on observe une augmentation de la température de l’eau, des vagues de chaleur marines plus fréquentes, un rafraîchissement des eaux océaniques proches de la surface et une diminution de la couverture de la glace de mer, ce qui a entraîné une augmentation de la hauteur des vagues dans l’Arctique (degré de confiance élevé). Certaines zones côtières du Canada subissent également les effets de l’élévation du niveau de la mer (degré de confiance très élevé) et de la fréquence accrue des épisodes de niveau de la mer extrême (degré de confiance élevé), qui peuvent contribuer à des inondations côtières. Les océans qui entourent le Canada ont également absorbé le dioxyde de carbone anthropique présent dans l’atmosphère, ce qui a entraîné l’acidification des océans dans les couches proches de la surface (degré de confiance très élevé).
Cette section présente une synthèse des changements climatiques observés et de leurs causes dans les régions terrestres du Canada et dans les océans qui entourent le pays. Les changements mesurés, documentés et analysés par la science occidentale sont vécus et ressentis quotidiennement dans l’ensemble du Canada par les peuples autochtones; c’est pourquoi cette section commence par des témoignages poignants provenant de deux régions différentes du pays. L’étude de cas 2.1 est rédigée par un groupe de jeunes leaders inuvialuits qui témoignent des changements systémiques du climat dans l’ouest de l’Arctique à travers le prisme de l’unipkait, fondement du savoir inuit (étude de cas 2.1), tandis que l’étude de cas 2.2 décrit les changements observés par un Aîné Eeyou de Chisasibi à Eeyou Istchee (nord du Québec). Ces récits sont suivis d’un aperçu des changements observés de la température au Canada, à la section 2.2.1, qui établit un lien entre ces changements et ceux évalués aux chapitres 4 à 9. Le présent chapitre décrit ensuite les changements liés à l’eau (section 2.2.2), les extrêmes climatiques (section 2.2.3), les océans qui entourent le Canada (section 2.2.4) et les changements dans le cycle du carbone terrestre et océanique (section 2.2.5).
Dans les sous-sections de synthèse qui suivent, les numéros des chapitres et des sections qui étayent chaque conclusion sont indiqués entre parenthèses (par exemple, 5.4 renvoie au chapitre 5, à la section 5.4).
Étude de cas 2.1 : Par amour pour la terre : observations sur la fonte du Nuna Aliannaittuq
Référence recommandée :
Jessen Williamson, K., Bagelman, J., Kowikchuk, B., Kuptana, C., Lugt, E., Tedjuk, D., Drescher, D.T. et Gauthier, M. (2026). Par amour pour la terre : observations sur la fonte du Nuna Aliannaittuq [Étude de cas 2.1]. Dans Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026, (pp XX-XX). Gouvernement du Canada.
Les Inuits abordent la compréhension des changements climatiques à travers des modes de connaissance centrés sur l’unipkait, qui est à la base des modes de connaissance inuits. L’unipkait met l’accent sur des récits vivants exprimés de vive voix et à travers des gestes de narration incarnés et artistiques. Les connaissances traditionnelles des Inuvialuits sont profondément imprégnées des codes et des valeurs morales de l’unipkait. L’unipkait offre une vision sage de la manière de mener une bonne vie sur Nuna Aliannaittuq, les terres magnifiques des Inuvialuit. C’est l’unipkait qui rappelle aux Inuvialuit de donner la priorité à l’amour de leur nuna (qui signifie « les terres ») et d’être extrêmement attentifs à tous les êtres vivants.
Le Conseil consultatif des jeunes leaders inuvialuits a partagé ses témoignages sur les changements climatiques à travers cette optique avec les rédacteurs du Rapport sur le climat changeant du Canada lors d’un atelier participatif en mars 2024. Le Conseil consultatif des jeunes leaders inuvialuits est composé de six jeunes de Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, qui participent à un projet de recherche international intitulé Témoignage sur le climat. Le groupe vise à amplifier les voix des jeunes Inuvialuit sur les changements climatiques et à soutenir la gestion environnementale et sociale. Leurs témoignages s’inspirent en partie d’importantes observations intergénérationnelles transmises par le Comité des Aînés de Tuktoyaktuk. Ils mettent en lumière les réalités complexes de la vie dans un environnement qui évolue rapidement en raison des changements climatiques, et qui subit également des changements dans les pratiques culturelles et la perte des langues inuvialuites. Ils soulignent également les efforts concertés pour compenser ces pertes par la restauration culturelle et la revitalisation des langues.
Les déplacements liés aux changements climatiques sont déjà une réalité à Tuktoyaktuk, un site habité par les Inuvialuits depuis des temps immémoriaux et devenu une communauté permanente en 1905 (étude de cas 2.1, figure 1). Ici, les habitants sont confrontés au quotidien à la montée des eaux, à l’altération du rivage, à des taux d’érosion alarmants et à un dégel important du pergélisol, qui les ont contraints à déplacer leurs maisons vers des endroits plus sûrs, loin du littoral. On estime que l’ensemble de l’agglomération sera inhabitable d’ici 2050.
Titre : Littoral de Tuktoyaktuk
Description longue
Cette image illustre une petite collectivité nordique située à côté d’un plan d’eau partiellement gelé. Au premier plan, des touffes d’herbes brunes et sèches percent la glace et la neige à proximité du rivage, ce qui suggère des conditions du début du printemps ou de la fin de l’automne. La surface des eaux peu profondes est recouverte de glace mince et inégale, qui reflète le ciel bleu. Le long de l’image, au milieu, une rangée de maisons vert pâle identiques avec des moulures blanches sur de courts pilotis, positionnées côte à côte, s’étend horizontalement depuis la gauche de l’image jusqu’au centre. Des poteaux et des lignes de services publics passent derrière les maisons, reliant ainsi la collectivité. En arrière-plan à droite, plusieurs dômes radar blancs et ronds ainsi qu’une grande tour d’observation sont regroupés sur un terrain légèrement plus élevé, ce qui indique une infrastructure scientifique ou de communications. Le ciel est spectaculaire, avec de grands nuages bleu foncé, bas et parsemés de parcelles plus claires et ensoleillées, et la lumière dorée du soleil met en évidence les bâtiments et la végétation sèche, créant un contraste saisissant avec les tons plus froids de la glace et du ciel. La scène transmet un paysage subarctique nordique éloigné, tranquille et résilient.
« La relocalisation réduit la taille de notre communauté, car les maisons sont déplacées plus loin de la communauté... [et certaines personnes] ne pourront plus s’y rendre à pied », explique Brian Kowikchuk. Atjgaliaq (Dwayne Drescher) a souligné que « forcer les gens à déménager entraîne des problèmes de santé mentale et de la souffrance, car nous sommes à nouveau éloignés de nos terres ». Carmen Kuptana est d’accord : « Les changements climatiques ont un impact considérable sur notre santé mentale, et il est difficile de demander de l’aide lorsque celle-ci se trouve à des centaines de kilomètres. »
Les pratiques culturelles des Inuvialuit, comme la chasse et la pêche, nécessitent que la banquise soit fiable. Darryl Tedjuk a fait remarquer que son Daduk (grand-père) et son père, qui passent beaucoup de temps sur le terrain en tant que chasseurs, ont été témoins directs de l’amincissement et de la diminution de la banquise, ainsi que de l’allongement de la saison des eaux libres. Cette perte de glace de mer a des répercussions sur la migration des espèces sauvages et sur l’accès aux zones traditionnelles de chasse et de pêche. Elle rend également les pratiques de chasse et de récolte plus dangereuses. Face à ces changements radicaux, les Inuvialuit continuent de récolter des aliments sur leurs terres, car ils sont déterminés et compétents, et veulent s’adapter aux changements. Les Inuvialuit aiment leurs terres, leurs eaux et leur faune, et les protègent en tant que gardiens. Ils savent qu’en consommant les aliments de Nuna Aliannaittuk, ils ressentent un sentiment de guérison physique et spirituelle. Ils restent fortement attachés à la terre.
Eriel Lugt et Carmen Kuptana ont participé à des programmes qui visent à effectuer un suivi périodique de l’épaisseur de la glace et d’autres paramètres climatiques afin d’éclairer les décisions de planification pour la communauté de Tuktoyaktuk. « Certains endroits où notre peuple se rend depuis des générations... deviennent de plus en plus dangereux », a déclaré Eriel. « Nos programmes de suivi de la glace permettent d’avertir les gens du danger, mais il reste quand même un choc. »
Les perturbations qui découlent des changements climatiques ne se limitent pas à ce qui est perdu. « Nous voyons des baleines et des saumons, que nous n’avions jamais vus auparavant. Et de nouveaux insectes », a déclaré Brian Kowikchuk. Drescher a ajouté : « Il y a vingt ans, il n’y avait pas de castors dans les environs. Aujourd’hui, il y en a des tonnes. C’est un défi permanent que d’adapter notre mode de vie traditionnel. »
Les jeunes leaders ont notamment mené des actions de sensibilisation aux changements climatiques dans leur communauté en collaborant avec d’autres jeunes dans le cadre de projets artistiques participatifs. Ils ont dirigé la création d’un film documentaire avec Avatar Media intitulé Happening to Us et ont participé à un vidéoclip destiné aux jeunes, réalisé en collaboration avec la société de production N’we Jinan, intitulé Don’t Give Up. Dans ce vidéoclip, les jeunes chantent en chœur « Non, non, nous ne voulons pas déménager. C’est ici chez nous. »
L’artiste Brian Kowikchuk, directeur créatif du projet Témoignage sur le climat, a conçu une fresque murale après avoir consulté les Aînés, les membres de la communauté et l’équipe consultative de l’école Mangilaluk à Tuktoyaktuk (étude de cas 2.1, figure 2). « La fresque est née du désir d’aider les jeunes de la communauté à faire le deuil de ce qu’ils perdent [à cause des changements climatiques] et à trouver des moyens d’accueillir plus positivement la montée des eaux qui les entoure », explique M. Kowikchuk. « Il est important de passer d’un état d’esprit marqué par la perte et le deuil à un état d’esprit marqué par la résilience et l’espoir afin d’aider les jeunes qui grandiront en connaissant une forme modifiée de la vie et de la culture inuvialuites. » M. Kowikchuk conclut : « Nous continuerons d’aimer notre terre et nos eaux même si elles changent, car elles font partie de nous. »
Titre : Une fresque participative pour l’école Mangilaluk à Tuktoyaktuk
Description longue
Cette illustration vibrante illustre une scène arctique au coucher du soleil et mélange des éléments visuels colorés avec des représentations de la faune nordique. Au premier plan, à gauche, trois caribous – deux adultes et un jeune – se tiennent debout et s’appuient sur un sol vert parsemé de plantes feuillues. À droite, un grand ours blanc s’assoit près de deux oursons, tous regardant vers l’eau et le coucher du soleil. La scène est divisée par un rivage courbé qui s’étend du centre inférieur vers le haut, à droite, séparant les terres vert foncé sur la gauche d’une rivière ou d’un grand plan d’eau reflétant des teintes orange, rose et pourpre brillantes sur la droite. En haut, le ciel comporte une aurore boréale, peinte d’arcs longs et radieux de vert, de violet et de rose. Des points représentant une volée d’oiseaux migrateurs traversent le ciel ensoleillé en se déplaçant de droite à gauche. En arrière-plan, des étoiles de faible intensité parsèment le ciel nocturne au-dessus de petites collines vertes. Dans l’ensemble, l’image célèbre l’interconnectivité des terres, des eaux, du ciel et des espèces sauvages de l’Arctique, en mettant l’accent sur la nature éclatante et dynamique de la région.
Étude de cas 2.2 : Un Aîné Eeyou de Chisasibi partage son point de vue sur les changements environnementaux à Eeyou Istchee
Cette étude de cas s’appuie sur les observations de l’environnement partagées par Freddie Scipio, qui a occupé pendant plusieurs décennies le poste de kiniwaapimaakin (maître de trappe) de son territoire de piégeage (CH07) et qui est un membre très respecté de la communauté de Chisasibi, à Eeyou Istchee, au Québec. Freddie est l’oncle de Reggie Scipio, à qui il a transmis le titre de kiniwaapimaakin pour le territoire de trappage CH07. Ses observations ont été transcrites par Mimie Neacappo, linguiste et sociologue eeyou, et Reggie Scipio. Mélanie Leblanc, biologiste de la faune à la société Niskamoon, et Zou Zou Kuzyk, professeure à l’Université du Manitoba, ont contribué à l’élaboration de ce récit. Tous les coauteurs ont collaboré à la version finale.
Référence recommandée :
Scipio, F., Scipio, R., Neacappo, M., Leblanc, M., et Kuzyk, Z.Z. (2026). Un Aîné Eeyou de Chisasibi partage son point de vue sur les changements environnementaux à Eeyou Istchee [Étude de cas 2.2]. Dans Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026, (pp XX-XX).
Eeyou Istchee (qui signifie « la terre du peuple eeyou » en iiyiyiuyimuwin [langue eeyou]) est le territoire ancestral des Eeyouch (pluriel de Eeyou) d’Eeyou Istchee (nord du Québec), au Canada. Au cours des trois dernières décennies, les communautés côtières ont subi les effets du développement hydroélectrique d’une part, et du réchauffement progressif et des changements climatiques marins d’autre part (Kuzyk et al., 2023; Leblanc et al., 2023).
Le territoire d’Eeyou Istchee est divisé en zones de piégeage, qui sont des territoires familiaux définis où les activités de récolte ont lieu toute l’année sous la supervision d’un membre respecté de la famille, appelé « maître de trappe » ou « kiniwaapimaakin » en iiyiyiuyimuwin. Freddie Scipio, un membre respecté de la communauté de Chisasibi qui a été pendant plusieurs décennies le maître de trappe de la zone de piégeage la plus septentrionale d’Eeyou Istchee, se souvient de ce qu’il en était lorsqu’il était plus jeune :
« Je ne vivais pas et ne chassais pas beaucoup à l’intérieur des terres. Lorsque nous le faisions, ce n’était jamais très loin de la baie. Pourtant, j’ai remarqué à quel point les choses ont changé dans la baie depuis ma jeunesse. Même avant d’avoir l’âge de porter un fusil, j’étais toujours dans la wiinipaakw [« baie » en iiyiyiuyimuwin]. On m’a enseigné le mode de vie des chasseurs. La chasse était variée et, d’aussi loin que je me souvienne, il y avait toujours de l’abondance. »
Au cours des dernières décennies, Freddie a observé certains changements du climat. Comme il l’explique, ces changements ont modifié la façon dont les plantes poussent et les animaux vivent.
« J’ai entendu parler des changements climatiques. J’ai également observé comment le temps s’est réchauffé au fil du temps. Le climat n’est plus le même qu’autrefois. Je pense que c’est la cause de nombreux changements chez les animaux. Les animaux le savent et le ressentent aussi, même les poissons qui vivent au fond des lacs. La cause en est le réchauffement climatique et le manque de pluie. »
« Je me souviens qu’il pleuvait beaucoup autrefois. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. De ce fait, les plantes ne poussent plus comme avant sur la terre, et comme les plantes ne poussent plus comme avant, il y a un effet sur les animaux qui se nourrissent de ces plantes. »
Ces changements ont non seulement eu un impact sur la façon dont les animaux vivent et s’alimentent, mais aussi sur leur santé, comme l’explique Freddie :
« Kaah puusipaawaatin, le lac à aah michishtaawaayaach [Cape Jones] abritait de magnifiques poissons. J’avais pour habitude de donner les poissons que j’y pêchais aux Aînés. Cette année, je n’ai pu nourrir personne. Même s’il y avait du poisson, je ne me sentais pas à l’aise d’en donner, car les poissons n’avaient pas l’air en bonne santé. Ils étaient trop maigres. Ils n’étaient certainement pas en aussi bonne santé qu’ils auraient pu l’être. Encore une fois, c’est à cause du réchauffement des eaux. »
Freddie a également remarqué que les hivers sont de plus en plus courts, ce qui a une incidence sur ses déplacements entre Chisasibi et son territoire de piégeage :
« Il est vrai que les déplacements au printemps ne peuvent plus se faire comme par le passé. Chaque année, la saison propice aux déplacements sur la glace raccourcit. Autrefois, nous pouvions marcher sur la glace pendant une longue période au printemps. »
« À l’automne, la glace [de mer] était également prête à être utilisée beaucoup plus tôt. À l’époque où nous vivions sur l’île [de Fort George], nous pouvions traverser la rivière avant Noël pour nous rendre au nord. Les gens pouvaient se déplacer sur la glace et traverser la rivière. »
Cependant, tous les changements environnementaux ne sont pas causés par les changements climatiques. Selon Freddie, la diminution du nombre de Bernaches du Canada observées dans l’habitat côtier d’Eeyou Istchee est liée au déclin de la zostère marine, une plante marine qui constitue l’aliment préféré des bernaches.
« Les bernaches ne sont plus les mêmes de nos jours, notamment en raison de la qualité de l’eau. L’eau a changé depuis le début du projet hydroélectrique. Par exemple, vous ne boiriez pas cette eau si vous saviez qu’elle est mauvaise. Il en va de même pour les nisk [Bernaches du Canada en iiyiyiuyimuwin]. Les bernaches boivent aussi de l’eau. Elles savent que l’eau n’est pas bonne à boire, ce qui s’ajoute au fait que leur principale source de nourriture n’est plus là. »
Les observations de Freddie font écho à celles de nombreux autres Eeyouch côtiers qui participent au projet de recherche approfondie sur les habitats côtiers (Coastal Habitat Comprehensive Research Project; CHCRP) (Giroux et al., 2024; Idrobo et al., 2024). Le CHCRP est un projet mené par les Eeyou qui vise à mieux comprendre les changements de l’écosystème côtier à Eeyou Istchee. Les connaissances des Eeyou façonnent le projet, et elles contribuent également à générer des connaissances qui éclairent la prise de décision concernant les communautés de l’Eeyou Istchee (Fink-Mercier et al., 2024).
Titre de la figure : Camp de Seal River
Description longue
Cette photo panoramique capture un paysage large, plat et en grande partie dénudé sous un vaste ciel partiellement nuageux. Le sol semble sablonneux ou boueux, avec des parcelles d’herbes clairsemées et quelques débris épars. À gauche, une petite embarcation verte et blanche repose sur le sol, loin de toute eau visible, ce qui donne à penser que la marée est basse ou que la région connaît une sécheresse. Une longue ombre humaine s’avance vers l’embarcation, probablement en raison du faible angle du soleil derrière la caméra. Loin en arrière-plan, s’étendant horizontalement sur toute l’image, se trouve une rangée de bâtiments ou de maisons à profil bas, indiquant une collectivité rurale ou éloignée. Le ciel domine la moitié supérieure de la photo, contenant des nuages striés et sombres ainsi qu’un dégradé de bleu à jaune pâle près de l’horizon. Dans l’ensemble, l’image donne une impression d’espace ouvert, d’isolement et de calme, les points de convergence visuels étant le bateau à gauche et les logements éloignés. Aucune personne n’est visible sur la photo, à l’exception de la présence implicite de l’ombre du photographe.
2.2.1 : Le réchauffement climatique au Canada
Le Canada se réchauffe. Les températures moyennes annuelles et saisonnières ont augmenté dans tout le pays, le réchauffement le plus important ayant été observé en hiver et dans le nord-ouest du Canada (2.4). La température moyenne annuelle de l’air à la surface des terres pour le Canada dans son ensemble a augmenté de 2,0 °C entre 1948 et 2023, et l’augmentation est de 2,6 °C pour le Nord canadien (2.4). Le taux de réchauffement du Canada entre 1948 et 2023 a été nettement plus élevé que celui des États-Unis contigus et plus élevé que celui de la superficie terrestre mondiale (degré de confiance élevé). De plus, le Canada s’est réchauffé environ 65 % plus rapidement que la superficie terrestre et océanique mondiale combinée au cours de cette période (degré de confiance élevé) (2.4). L’amplification arctique, phénomène de réchauffement plus important dans les régions arctiques causé principalement par des processus liés à la perte de glace de mer (encadré 4.2), contribue au taux de réchauffement plus élevé au Canada par rapport à la moyenne mondiale, et au taux de réchauffement plus élevé dans le Nord canadien par rapport au sud du pays (degré de confiance élevé) (2.4, 4.2). Il a été établi selon un degré de confiance élevé que l’amplification arctique est devenue détectable et qu’elle est principalement attribuable à l’influence humaine depuis la fin du XXe siècle (4.2).
Bien que les activités humaines et les variations climatiques naturelles aient toutes deux contribué au réchauffement observé au Canada, le facteur humain est dominant (degré de confiance très élevé) (2.4). Le réchauffement observé de 2,0 °C entre 1948 et 2023 est statistiquement impossible à distinguer du réchauffement pouvant être attribué aux influences externes sur le climat du Canada (degré de confiance très élevé).
Le Canada ne dispose pas d’observations historiques suffisantes pour estimer la température moyenne qui prévalait pendant la période préindustrielle, ce qui rend impossible de fournir une estimation fiable du réchauffement total observé au Canada depuis cette période. Néanmoins, l’ampleur du réchauffement spécifiquement causé par les humains par rapport à la période préindustrielle peut être estimée en combinant les données d’observation issues des périodes plus récentes avec les résultats des modèles climatiques à l’aide de techniques de détection et d’attribution (2.4). Ces méthodes montrent que les facteurs humains ont eu très peu d’influence sur la température moyenne au Canada entre la période préindustrielle et le milieu du XXe siècle (degré de confiance élevé), mais qu’au cours de la période de 2015 à 2024, il est probable que les températures moyennes canadiennes étaient de 1,8 à 2,6 °C plus élevées qu’au cours de la période préindustrielle de 1850 à 1900 en raison de l’influence humaine sur notre climat, une valeur de 2,2 °C étant la meilleure estimation du réchauffement causé par l’activité humaine. Cette valeur représente environ le double du réchauffement de la température moyenne mondiale causé par l’influence humaine qui a été évalué par le GIEC (GIEC, 2021b) (degré de confiance élevé).
Les effets du réchauffement climatique ont été observés dans l’ensemble du système climatique canadien (figure 2.3). La saison de croissance s’est allongée; les degrés-jours de chauffage (qui indiquent les besoins en chauffage des bâtiments) ont diminué, et les degrés-jours de climatisation (qui indiquent les besoins en climatisation des bâtiments) ont augmenté (2.4). Les épisodes de chaleur extrême sont devenus plus fréquents et plus intenses, tandis que les épisodes de froid extrême ont diminué en fréquence et sont devenus plus doux (8.2). Les précipitations annuelles ainsi que la fréquence et l’intensité des précipitations extrêmes ont augmenté dans Canada dans son ensemble (2.5, 8.3), comme on s’attend à le voir dans un climat en réchauffement. La couverture, la durée et la quantité de neige ont diminué dans certaines régions (6.2). Les crues printanières précoces, qui se produisent lorsque la fonte des neiges printanières augmente considérablement le débit des cours d’eau, ont contribué au devancement du moment où le débit atteint son maximum au printemps (5.3). La superficie brûlée par les feux de forêt a augmenté (9.5) et la saison des feux s’est allongée (8.7). La glace sur les lacs et les rivières a diminué (6.4), les glaciers ont perdu de leur masse (6.5) et le pergélisol a dégelé (6.7). La superficie de la glace de mer a diminué, et la glace de mer présente toute l’année s’est amincie (6.3). La hauteur des vagues océaniques dans l’Arctique a augmenté, ce qui correspond à des superficies sans glace plus étendues dans l’océan qui persistent pendant des périodes plus longues (7.5). Les océans qui entourent le Canada se sont réchauffés (7.2) et absorbent le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère, ce qui provoque l’acidification des océans (7.7). La salinité des eaux de surface des océans a diminué, ce qui correspond à un apport élevé d’eau douce provenant des précipitations et de la fonte des glaces (7.3). Le niveau mondial de la mer a augmenté en raison de l’expansion thermique et de la fonte des inlandsis (7.4), et les inondations côtières ont augmenté dans certaines régions du Canada, où le niveau local de la mer a augmenté par rapport à des points fixes sur terre (7.6, 7.4, 8.7).
Ensemble, ces changements sur terre, dans l’atmosphère, dans les océans et dans la cryosphère indiquent que le climat du Canada subit un changement systémique. La seule explication plausible de ce changement collectif, selon un degré de confiance très élevé, est le réchauffement découlant de l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) anthropiques. De nombreux éléments probants corroborent ces changements au Canada, notamment des observations basées sur différents types de produits de données (2.3), les résultats de la modélisation et la compréhension des processus physiques, qui indiquent tous que l’augmentation des concentrations des gaz à effet de serre causée par l’activité humaine est le facteur commun. Les influences naturelles agissant en l’absence d’influences humaines, notamment les forçages externes naturels liés aux changements de l’activité solaire et volcanique ainsi que la variabilité naturelle du climat à basse fréquence générée à l’interne, ne peuvent expliquer les changements systémiques observés depuis le milieu du XXe siècle. Les changements climatiques au Canada sont décrits plus en détail dans les sections de synthèse suivantes et dans les chapitres respectifs du présent rapport.
Faits saillants de la figure : Les effets du réchauffement climatique ont été observés dans l’ensemble du système climatique canadien.
Titre de la figure : Synthèse des changements passés dans le système climatique dans l’ensemble du Canada
Description longue
La figure 2.3 présente un aperçu sommaire des changements climatiques observés au Canada, illustrant les preuves générales d’un changement systémique dans notre climat qui est perceptible dans la plupart des aspects du système climatique. La figure est une carte illustrant le Canada avec des légendes plutôt que des données numériques, résumant les changements observés avec un niveau de confiance élevé ou très élevé, à moins d’indication contraire. Le texte en italique indique les changements observés selon un degré de confiance moyen, et les changements marqués d’un astérisque ne s’appliquent qu’à certaines régions. Les zones marines ombrées en bleu représentent la zone économique exclusive du Canada.
En ce qui concerne la température, la figure indique une augmentation des températures moyennes partout au Canada, accompagnée d’extrêmes de chaleur plus fréquents, d’un moins grand nombre d’extrêmes de froid et d’une saison de croissance plus longue. Ces changements sont liés à l’augmentation des besoins en climatisation et à la réduction de la demande de chauffage pour les bâtiments. En ce qui concerne les précipitations, la figure montre une augmentation des précipitations annuelles et de l’activité des rivières atmosphériques (degré de confiance moyen pour cette dernière). Les changements observés dans les conditions de glace et de neige comprennent une superficie de glace de mer réduite, une glace de mer de longue durée plus mince, une diminution de la glace de lac, une perte généralisée de la masse des glaciers ainsi que des réductions globales de la couverture de neige, de la durée de celle-ci et des chutes de neige totales. Sur terre, la figure met en évidence le débit de pointe du printemps, le dégel du pergélisol dans les régions nordiques, l’augmentation de la superficie brûlée par les feux de forêt (degré de confiance moyen), des saisons d’incendie plus longues et un moins grand nombre de jours avec un sol gelé.
Les changements dans les zones océaniques comprennent l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation des inondations côtières dans certaines régions, le réchauffement des températures océaniques, la hausse de la hauteur des vagues dans l’Arctique et des vagues de chaleur marines plus fréquentes. Les océans s’acidifient et deviennent moins salés à la surface, et la teneur en oxygène dissous a diminué sous la surface de l’océan dans certaines régions.
2.2.2 : Changements liés aux précipitations, au cycle de l’eau et à la cryosphère
Un degré de confiance très élevé est associé à l’augmentation des précipitations annuelles moyennes au Canada dans son ensemble, avec des augmentations en pourcentage plus importantes dans le Nord canadien (2.5). Le degré de confiance est plus faible en ce qui concerne l’ampleur de ces changements (2.5). De plus, les changements observés dans les précipitations ne sont pas les mêmes pour toutes les saisons et toutes les régions. Les précipitations hivernales ont diminué dans une grande partie du sud du Canada, tandis qu’elles ont augmenté ailleurs. Les précipitations printanières ont augmenté dans la majeure partie du Canada, mais les tendances sont plus complexes en été et en automne (2.5).
Le réchauffement a augmenté la proportion des précipitations tombant sous forme de pluie plutôt que sous forme de neige dans la plupart des régions du sud du Canada, plus particulièrement au printemps et à l’automne (2.5, 8.3, 5.2). La durée du manteau neigeux a diminué au cours des quatre dernières décennies au Canada dans son ensemble (degré de confiance élevé) (6.2). Les diminutions régionales de la durée du manteau neigeux dans le nord et l’est du Canada sont supérieures à la moyenne nationale, tandis que cette durée a augmenté dans le centre du Canada (degré de confiance moyen) (6.2).
Le débit annuel total des cours d’eau a augmenté dans les régions nordiques du Canada (degré de confiance élevé) (5.3, 6.7). L’augmentation du débit résulte à la fois de l’augmentation des précipitations et des changements du pergélisol causés par l’épaississement de la couche active (la couche qui gèle et dégèle chaque année) à mesure que le pergélisol se dégèle, ce qui permet à une plus grande partie de l’eau qui atteint la surface sous forme de précipitations de s’écouler dans les ruisseaux et les rivières (5.3, 6.7). En revanche, les tendances relatives au débit annuel total des cours d’eau ne sont pas uniformes dans le reste du pays (5.3). On observe une nette tendance à l’augmentation du débit des cours d’eau dans la majeure partie du Canada pendant l’hiver et au début du printemps, tandis que la tendance indique une diminution pendant l’été et l’automne (degré de confiance élevé) (5.3). Le début de la crue printanière et le moment où survient le débit maximal au printemps sont aujourd’hui plus précoces partout au Canada. Ce changement a entraîné, dans certains bassins hydrographiques, le passage d’un régime hydrologique dominé par la fonte des neiges, dans lequel le débit annuel maximal se produit au printemps au moment de la fonte, à un régime dominé par les précipitations, dans lequel le cycle annuel du débit correspond davantage à celui des précipitations (degré de confiance élevé) (5.3), ce qui a une incidence sur le moment où l’eau devient disponible dans ces régions. Au Canada, les inondations liées au débit des cours d’eau résultent de nombreux facteurs, notamment les précipitations extrêmes, la fonte rapide des neiges, les embâcles et les épisodes de pluie sur neige, qui interagissent de manière complexe (5.7). Aucune tendance spatiale cohérente n’a été décelée, ni pour les inondations liées au débit des cours d’eau, ni pour les facteurs qui les provoquent (degré de confiance élevé) (5.7).
Sur le plan historique, des sécheresses périodiques se sont produites dans une grande partie du Canada, mais aucune tendance à long terme n’a été détectée quant à leur fréquence (5.6). Cependant, une augmentation du déficit hydrique (un indicateur des conditions de sécheresse) a été observée dans l’intérieur continental du Canada. Ce changement est particulièrement perceptible dans le sud des Prairies (5.6), où les précipitations ont considérablement diminué en hiver (2.5). Rien n’indique un changement à long terme quant au stockage des eaux de surface (c’est-à-dire l’eau stockée dans les lacs, les rivières et les milieux humides) au Canada, bien qu’une variabilité considérable soit apparente (5.4) et que des augmentations et des diminutions des niveaux des eaux souterraines aient été signalées dans tout le pays (5.5).
La glace de mer pluriannuelle épaisse de l’Arctique canadien est remplacée par de la glace de mer saisonnière plus mince (qui se forme chaque hiver) (degré de confiance très élevé) (6.3). La couverture de la glace de mer a diminué dans toutes les eaux canadiennes faisant l’objet d’un suivi par le Service canadien des glaces au cours des quatre ou cinq dernières décennies (degré de confiance très élevé) (6.3). Cependant, la quantité de glace de mer qui se déplace depuis l’océan Arctique central vers le nord de l’Arctique canadien a augmenté (degré de confiance élevé) (6.3); la glace se déplace ensuite vers le sud dans les voies de navigation du passage du Nord-Ouest. Ce processus a contribué à l’épuisement de la quantité de glace pluriannuelle dans l’océan Arctique central (6.3).
La durée de la glace présente sur les lacs du Canada, en moyenne pour le Canada dans son ensemble, a diminué au cours des quatre dernières décennies (degré de confiance élevé) (6.4). Cependant, on observe certaines variations régionales, avec une diminution de la durée de la glace lacustre dans le nord du Canada et dans les Maritimes, et une augmentation dans le centre du Canada (degré de confiance moyen) (6.4). Si les changements observés de la glace fluviale au Canada varient considérablement d’un endroit à l’autre, les changements quant à la chronologie annuelle de la débâcle sont liés aux changements dans la température saisonnière de l’air (degré de confiance moyen) (6.4). De plus, le nombre de débâcles survenant au milieu de l’hiver a augmenté dans les cours d’eau du Canada (degré de confiance moyen) (6.4).
Le volume de glace des glaciers de l’ouest du Canada et de l’Arctique a diminué au cours des deux dernières décennies, soit la période pour laquelle on dispose de mesures satellitaires (degré de confiance élevé) (6.5). Les observations à long terme, quoique limitées, indiquent que la masse des glaciers diminue depuis les années 1960, et que les pertes se sont accélérées au cours des dernières décennies (degré de confiance élevé) (6.5), principalement en raison de l’augmentation des températures et de l’assombrissement des surfaces glacées (6.5). Les glaciers de l’ouest du Canada comptent parmi ceux qui s’amincissent le plus rapidement au monde (6.5). Le pergélisol s’est réchauffé dans le nord du Canada depuis les années 1980, et un dégel du pergélisol a été observé (degré de confiance très élevé) (6.7). Le paysage riche en glace du nord du Canada a changé en réponse au dégel du pergélisol induit par le climat (degré de confiance très élevé) (6.7).
2.2.3 : Extrêmes
L’intensité et la fréquence des extrêmes de chaleur ont augmenté au Canada dans son ensemble et dans plusieurs régions depuis le milieu du XXe siècle (degré de confiance élevé) (8.2). L’intensité et la fréquence des extrêmes de froid ont diminué au Canada dans son ensemble et dans toutes les régions canadiennes depuis le milieu du XXe siècle (degré de confiance élevé) (8.2). Les extrêmes de froid se sont réchauffés davantage que les extrêmes de chaleur, ce qui correspond à la diminution observée de la variabilité quotidienne des températures hivernales (8.2). L’influence humaine sur le climat est le principal facteur à l’origine du réchauffement observé des extrêmes de chaleur et de froid (degré de confiance élevé) (8.2).
L’intensité et la fréquence des épisodes de fortes précipitations sur un jour et sur cinq jours ont augmenté au Canada dans son ensemble (degré de confiance moyen) (8.3.1). À l’échelle continentale, l’influence humaine sur le climat est le principal facteur à l’origine de l’intensification observée des épisodes de précipitations extrêmes sur un jour en Amérique du Nord, en raison de l’augmentation de l’humidité atmosphérique qui accompagne la hausse des températures (degré de confiance élevé) (8.3.1, encadré 8.3). Les données d’observation mises à jour fournissent également certaines indications que l’intensité des épisodes de pluie extrême de courte durée (c’est-à-dire sur des échelles de temps inférieures à un jour) a augmenté au Canada dans son ensemble (faible degré de confiance) (8.3.2). L’intensité et la fréquence des fortes chutes de neige sur un jour ont augmenté dans la plupart des sites du nord du Canada au cours des 75 dernières années (degré de confiance moyen) (8.3.3). Dans le sud-ouest du Canada, les quantités de neige tombées sur un jour ont diminué au cours des 75 dernières années (degré de confiance moyen), tandis que la direction du changement de cet indicateur est variable dans le sud-est du Canada, sans tendance claire (8.3.3).
Les rivières atmosphériques sont des courants d’air étroits qui transportent de grandes quantités de vapeur d’eau depuis les zones océaniques vers les terres, où cette vapeur se condense pour former des précipitations dont les quantités sont souvent extrêmes dans certaines régions du Canada (4.5, 8.3). La teneur en vapeur d’eau de l’atmosphère a augmenté avec le réchauffement, et on s’attend donc à une augmentation de la fréquence globale des rivières atmosphériques et de l’intensité des événements les plus forts. D’après des études récentes données sur des données de réanalyse (2.3), on peut affirmer selon un degré de confiance moyen que la fréquence et l’intensité des rivières atmosphériques touchant le Canada ont augmenté, mais le degré de confiance associé à l’ampleur de ces tendances est très faible (4.5). Aucune étude de détection et d’attribution n’a encore été menée pour confirmer si les tendances observées sont dues aux changements climatiques d’origine humaine (4.5).
Le degré de confiance quant aux changements passés des vitesses extrêmes du vent, y compris celles qui sont associées aux orages et aux cyclones extratropicaux, tropicaux et post-tropicaux touchant le Canada, est très faible en raison du nombre limité d’observations, des incohérences entre les ensembles de données et les périodes, de la grande variabilité interannuelle et des grandes incertitudes qui caractérisent les modèles (8.4). Les changements observés dans la fréquence et l’intensité des tempêtes extratropicales touchant le Canada sont incertains et faibles par rapport à la variabilité climatique interne (4.4). Le degré de confiance associé aux changements passés de la prévalence des conditions environnementales favorables aux orages au Canada est faible, en raison de l’absence d’études régionales couvrant le pays, des tendances faibles et des incohérentes détectées dans de nombreux ensembles de données indirectes et sur les phénomènes météorologiques violents, et de la grande variabilité climatique interne (4.7).
Certains événements extrêmes peuvent être représentés comme des événements combinés, causés par une combinaison de conditions météorologiques et climatiques (8.7). Par exemple, les inondations côtières résultent souvent d’une combinaison de conditions, comme la survenue simultanée de niveaux d’eau élevés et de précipitations extrêmes. Les inondations côtières combinées, lors desquelles l’inondation est causée par une combinaison de multiples facteurs, comme les ondes de tempête, les vagues, les précipitations et les crues fluviales, ont augmenté à certains endroits (faible degré de confiance), plus particulièrement dans le Canada atlantique (8.7.2). La météo des feux de forêt, c’est-à-dire la combinaison de conditions chaudes, sèches et venteuses favorisant les incendies, a augmenté en Alberta et en Colombie-Britannique (degré de confiance moyen) (8.7.1). D’autres régions du Canada ont connu une certaine augmentation de la météo des feux de forêt, bien que les changements ne soient généralement pas statistiquement significatifs et que la variabilité soit élevée d’une année à l’autre (8.7.1). La saison des feux au Canada s’est allongée (degré de confiance élevé) (8.7.1). De plus, la superficie de forêts brûlée chaque année au Canada a augmenté depuis le début des relevés satellitaires (c’est-à-dire depuis le début des années 1980) (degré de confiance moyen) (9.5). Il est possible d’affirmer, selon un degré de confiance élevé, que les changements climatiques causés par l’activité humaine ont contribué à cette augmentation, d’après plusieurs éléments probants (8.7, encadré 8.5, 9.5).
Plusieurs événements extrêmes récents ayant eu un impact élevé au Canada ont été étudiés afin de déterminer si l’influence humaine sur le climat a modifié leur intensité ou leur probabilité. La plupart de ces études ont conclu que l’influence humaine avait effectivement joué un rôle, notamment dans la vague de chaleur de 2021 dans l’ouest du Canada (également connue sous le nom de vague de chaleur du Nord-Ouest du Pacifique de 2021), les inondations en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec, et la saison des feux de forêt de 2023 (8.1, encadré 8.2, encadré 8.5).
2.2.4 : Changements océaniques
Les températures de la surface de la mer ont augmenté dans les océans qui entourent le Canada pendant les périodes sans glace (degré de confiance élevé), ce qui s’accorde avec le réchauffement des océans à l’échelle de la planète, l’influence humaine en étant le principal facteur (7.2). Les augmentations les plus importantes des températures moyennes annuelles de la surface de la mer ont été observées dans les eaux de l’Atlantique Nord adjacentes au sud du Canada atlantique (degré de confiance élevé) (7.2). Par saison, le réchauffement le plus important s’est produit en été, s’étendant à toute la zone océanique bordant l’est du Canada, y compris la baie d’Hudson (degré de confiance élevé ) (7.2). Les océans qui entourent le Canada ont également connu des périodes plus fréquentes et plus intenses de températures anormalement élevées, appelées vagues de chaleur marines (degré de confiance élevé) (7.2).
Les eaux de surface des océans qui entourent le Canada, qui ont une salinité relativement faible, sont devenues plus douces (moins salées) depuis les années 1950 (degré de confiance élevé) (7.3). Ce changement laisse croire à une augmentation de l’apport d’eau douce dans ces océans provenant des précipitations et du ruissellement terrestre, y compris l’eau de fonte des glaciers et des inlandsis (degré de confiance élevé) (7.3). Le réchauffement et la diminution de la salinité des eaux de surface du nord-est du Pacifique et du sud de l’Atlantique canadien, causés par les changements climatiques, ont modifié la façon dont la température et la salinité de l’eau varient avec la profondeur dans la partie supérieure de l’océan (degré de confiance élevé) (7.3). À leur tour, ces changements ont une incidence sur les caractéristiques océaniques qui sont importantes pour l’écosystème marin (7.3).
D’autres propriétés importantes des océans sont également en train de changer. Les océans qui entourent le Canada ont absorbé le CO₂ anthropique présent dans l’atmosphère, ce qui a entraîné une acidification des océans dans les couches superficielles (degré de confiance élevé) (7.7). Les concentrations d’oxygène sous la surface ont diminué au large et dans les zones côtières du nord-est de l’océan Pacifique, de l’estuaire du Saint-Laurent et du plateau néo-écossais (degré de confiance élevé) (7.7). Cependant, les processus responsables de la diminution de la teneur en oxygène varient selon les régions, et leur complexité empêche les scientifiques de déterminer dans quelle mesure les changements climatiques causés par l’activité humaine ont contribué à ces changements. Dans les eaux océaniques sous-marines, l’acidification est exacerbée dans les régions où la teneur en oxygène a diminué (degré de confiance élevé) (7.7). Cette acidification est causée par le CO2 qui pénètre dans l’océan et atteint les eaux plus profondes et, dans les régions qui subissent une diminution des concentrations d’oxygène, par la relation biologique entre la consommation d’oxygène et la libération de CO2 (7.7).
À l’échelle mondiale, le niveau de la mer a augmenté en raison du réchauffement du système climatique causé par l’activité humaine (degré de confiance très élevé), qui affecte à la fois l’océan et l’atmosphère. Le réchauffement de l’océan provoque une expansion de l’eau de mer, et le réchauffement de la surface terrestre a entraîné une fonte généralisée des glaces terrestres, qui ajoute de l’eau à l’océan; ces effets ont été les principaux facteurs contribuant à l’élévation du niveau de la mer à l’échelle mondiale (degré de confiance très élevé) (7.4).
Les mesures des marégraphes constituent une source importante de données sur les changements passés du niveau de la mer. Cependant, ces appareils mesurent le niveau de la mer par rapport à des points fixes sur terre, et ces points fixes – ainsi que les mesures qui en résultent – sont affectés par le relèvement isostatique, c’est-à-dire le réajustement progressif et continu de la surface terrestre qui a suivi le retrait des épaisses couches de glace qui recouvraient le continent au cours de la dernière glaciation continentale. Les changements d’élévation de la surface terrestre résultant du relèvement isostatique continu varient selon les endroits. Par conséquent, les changements dans les mesures de l’élévation du niveau de la mer le long des côtes canadiennes sont loin d’être uniformes, et l’élévation du niveau de la mer, telle que mesurée par les marégraphes, a à la fois augmenté et diminué, principalement en fonction de l’élévation ou de l’affaissement des points fixes en question de la surface terrestre à l’échelle locale (7.4). Par exemple, le niveau de la mer a diminué dans l’ouest de la baie d’Hudson à un rythme de 88 cm par siècle, en raison d’un soulèvement important du sol causé par le relèvement continu des zones terrestres (degré de confiance très élevé) (7.4). En revanche, le niveau de la mer a augmenté à un rythme pouvant atteindre 34 cm par siècle dans le sud de l’Atlantique canadien et l’ouest de l’Arctique, et à un rythme plus faible en Colombie-Britannique (degré de confiance très élevé) (7.4).
Les changements du niveau de la mer ont une incidence sur la fréquence et l’ampleur des épisodes de niveau de la mer extrême dans les régions côtières. Aux endroits où le niveau relatif de la mer a augmenté (la plupart des côtes de l’Atlantique et du Pacifique et la côte de la mer de Beaufort dans l’Arctique), la fréquence et l’ampleur des épisodes de niveau de la mer extrême ont augmenté (degré de confiance élevé) (7.6). Ces événements sont souvent le résultat d’une combinaison d’ondes de tempête, de marées et de vagues, et leur augmentation a entraîné une hausse des inondations, causant des dommages aux infrastructures et aux écosystèmes ainsi que l’érosion des côtes sablonneuses, mettant ainsi les collectivités en danger (7.6, 8.7.2, étude de cas 2.1).
Dans l’Arctique, les hauteurs moyennes et extrêmes des vagues ont augmenté, principalement en raison de la réduction de la glace de mer causée par les changements climatiques (degré de confiance élevé) (7.5), qui permet aux vents à proximité de la surface de créer des vagues en agissant sur la surface de l’océan. La hauteur des vagues dans le nord-ouest de l’océan Atlantique a augmenté au cours des dernières décennies (degré de confiance moyen), à cause du déplacement vers le nord de la trajectoire des tempêtes dans l’Atlantique Nord, mais ces changements n’ont pas été directement attribués aux changements climatiques causés par l’activité humaine (7.5, 4.3). Les tendances de la hauteur des vagues dans le Pacifique Nord ne sont pas statistiquement significatives (7.5). Les régions où la hauteur des vagues augmente connaissent également une augmentation des ondes de tempête (degré de confiance moyen) (7.5).
Le phénomène El Niño-oscillation australe (ENSO) est une tendance de la variabilité du climat qui se répète de manière irrégulière et qui implique des changements épisodiques de la température de l’eau dans l’océan Pacifique tropical, affectant le climat dans le monde entier. L’amplitude de l’ENSO, qui est la principale source de variabilité du climat d’une année à l’autre dans l’ouest du Canada, est élevée depuis 1950 (degré de confiance moyen) (4.8). Des éléments probants indiquent que le régime des grandes fluctuations de la température de la surface de la mer associées à l’ENSO a changé au cours de cette période (c’est-à-dire qu’il y a eu une évolution des phénomènes ENSO dits de type oriental vers des phénomènes ENSO dits de type central) (4.8), ce qui a des conséquences sur la façon dont l’ENSO affecte le temps en Amérique du Nord. En raison de la grande variabilité interne et de l’absence de simulation des tendances de l’ENSO dans les modèles climatiques, le degré de confiance selon lequel cette évolution découle des changements climatiques causés par l’activité humaine est faible (4.8).
2.2.5 : Changements dans le cycle du carbone
Dans des conditions climatiques naturelles et non perturbées, la concentration de CO2 dans l’atmosphère est régulée par le cycle du carbone entre les régions terrestres, les océans et l’atmosphère. Ce cycle maintient un équilibre à long terme entre les flux naturels de CO2 provenant de la terre et des océans vers l’atmosphère et l’absorption naturelle de CO2 par l’atmosphère (9.2). Le réservoir de carbone fossile de la Terre ne fait pas partie du cycle naturel moderne et actif du carbone; il est isolé des régions terrestres, des océans et de l’atmosphère depuis des millions d’années (9.2). Il est sans équivoque que l’augmentation des concentrations atmosphériques de CO2 depuis le début de la révolution industrielle découle des émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles et des changements anthropiques de l’utilisation des terres (9.3).
Les émissions anthropiques globales de GES du Canada ont atteint un sommet en 2007, avec 774 Mt (mégatonnes) (en équivalent CO₂ [éq. CO₂]), puis sont restées relativement constantes, autour de 740 Mt d’éq. CO₂/an, entre 2010 et 2019 (9.3). Les émissions pour 2023 (694 Mt d’éq. CO2/an; année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles) ont été environ 10 % plus faibles que leur pic de 2007, malgré la croissance continue de la population et de l’économie canadiennes (9.3). En 2023, le Canada était le 10e plus grand émetteur mondial, produisant 1,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (9.3). Si les émissions canadiennes ont lentement diminué depuis 2007, les émissions mondiales continuent d’augmenter. Toutes les émissions anthropiques ne restent pas dans l’atmosphère. Ensemble, les régions terrestres et les océans ont agi comme des puits de carbone qui ont absorbé plus de la moitié des émissions anthropiques mondiales de CO2 depuis l’ère préindustrielle (9.3). Les émissions restantes qui demeurent dans l’atmosphère augmentent la concentration de CO2 dans l’atmosphère et contribuent au réchauffement planétaire.
Sur le plan historique, au Canada, les régions terrestres ont absorbé une quantité nette de carbone; ce puits de carbone continue de fonctionner (degré de confiance moyen). Cependant, des événements extrêmes comme la saison des feux de forêt de 2023 peuvent transformer la masse terrestre canadienne en source de carbone à court terme (faible degré de confiance) (9.5). En moyenne, les régions océaniques du Canada (c’est-à-dire à l’intérieur de la zone économique exclusive) agissent comme un puits de carbone net (degré de confiance moyen), bien qu’elles constituent une source nette dans certaines zones côtières (faible degré de confiance) (9.5). On s’attend à ce que les océans canadiens continuent d’agir comme un puits de carbone tant que la concentration atmosphérique de CO2 continuera d’augmenter (9.5). Dans les régions terrestres, bien que l’on s’attende à une augmentation de l’absorption du carbone par la végétation en croissance, il en va de même pour les émissions de carbone provenant du dégel du pergélisol, des feux de forêt et d’autres perturbations. L’effet net des augmentations futures de l’absorption et des émissions de carbone dans les régions terrestres reste incertain (9.5).
La température mondiale, et avec elle la température canadienne, ne commencera à se stabiliser que lorsque les émissions anthropiques mondiales de CO₂ atteindront la carboneutralité (9.4), ce qui signifie que les émissions anthropiques seront compensées par les absorptions anthropiques. Le Canada et le monde entier devront réduire leurs émissions bien en dessous des niveaux actuels pour atteindre des émissions anthropiques carboneutres (9.4).
2.2.6 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 2.1 : Le Canada se réchauffe dans toutes les régions et toutes les saisons. Le Canada s’est réchauffé de 2,0 °C au cours de la période de 1948 à 2023 (très probable : de 0,9 à 3,1 °C), les régions nordiques ayant connu un réchauffement de 2,6 °C (très probable : de 1,4 à 4,1 °C) et le réchauffement étant généralement plus important en hiver qu’en été.
Message clé 2.2 : L’influence humaine a mené à une hausse des températures moyennes au Canada entre 2015 et 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle, soit le double de l’augmentation de la température moyenne mondiale attribuable à l’influence humaine lorsque l’on compare les températures moyennes mondiales de 2010 à 2019 à celles de l’ère préindustrielle (degré de confiance élevé). Le réchauffement observé au Canada de 2,0 °C entre 1948 et 2023 est très fortement dominé par les influences humaines et impossible à distinguer du réchauffement attribuable aux influences externes sur le climat (degré de confiance élevé).
Message clé 2.3 : La plupart des changements climatiques observés dans l’ensemble du Canada – sur terre, dans les océans qui l’entourent et dans l’atmosphère – sont compatibles avec un climat en réchauffement. Les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines constituent la seule explication plausible de ce changement collectif (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.4 : L’allongement des saisons de croissance, l’augmentation des besoins en climatisation des bâtiments et la hausse des extrêmes de chaleur observés en été sont tous des facteurs compatibles avec un climat en réchauffement, tout comme la réduction des besoins en chauffage des bâtiments et la diminution de la sévérité des extrêmes de froid observées en hiver. Les saisons des feux de forêt se sont allongées (degré de confiance élevé) et la superficie brûlée par les feux de forêt a augmenté (degré de confiance moyen). Le réchauffement climatique a également entraîné des changements importants dans le cycle de l’eau et la cryosphère (degré de confiance élevé), comme en témoignent l’augmentation des précipitations annuelles et l’intensification des extrêmes de précipitations, la réduction du manteau neigeux et de la masse des glaciers, le pic printanier plus précoce du débit des rivières, la diminution de la glace lacustre et fluviale et le dégel du pergélisol.
Message clé 2.5 : Les effets du réchauffement climatique sont également clairement visibles dans les zones océaniques du Canada, où l’on observe une augmentation de la température de l’eau, des vagues de chaleur marines plus fréquentes, un rafraîchissement des eaux océaniques proches de la surface et une diminution de la couverture de la glace de mer, ce qui a entraîné une augmentation de la hauteur des vagues dans l’Arctique (degré de confiance élevé). Certaines zones côtières du Canada subissent également les effets de l’élévation du niveau de la mer (degré de confiance très élevé) et de la fréquence accrue des épisodes de niveau de la mer extrême (degré de confiance élevé), qui peuvent contribuer à des inondations côtières. Les océans qui entourent le Canada ont également absorbé le dioxyde de carbone anthropique présent dans l’atmosphère, ce qui a entraîné l’acidification des océans dans les couches proches de la surface (degré de confiance très élevé).
De nombreux éléments probants indiquent que le climat du Canada s’est considérablement réchauffé depuis le milieu du XXe siècle. L’un des principaux indicateurs utilisés pour effectuer le suivi du réchauffement climatique est la température de l’air à la surface, qui est mesurée à une hauteur d’environ 2 m au-dessus du sol. Le message clé 2.1 résume quelques aspects importants des changements passés des températures moyennes annuelles et saisonnières au Canada, calculés à partir de données homogénéisées et soigneusement contrôlées sur le plan de la qualité. Ces données probantes sont associées à un degré de confiance très élevé, et la section 2.4.1 présente une justification de cette évaluation. Le degré de confiance élevé quant aux données et les méthodes utilisées pour fournir des estimations quantitatives des tendances et de leurs incertitudes renforce davantage l’évaluation selon laquelle il est très probable que les taux de réchauffement établis concordent avec le réchauffement observé.
Il existe également un ensemble très solide d’éléments probants indiquant que l’influence humaine sur le climat, qui est dominée par l’effet de réchauffement associé aux augmentations observées des concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, est la cause principale du réchauffement observé. Il ne fait plus aucun doute scientifiquement que l’influence humaine est responsable du réchauffement de notre climat, tant à l’échelle mondiale qu’au Canada. Il existe toutefois un certain degré d’incertitude pour le Canada, car nous ne disposons que d’observations très limitées des températures pendant la période préindustrielle de 1850 à 1900, qui est utilisée comme situation de départ dans les politiques climatiques internationales. Les progrès réalisés dans la détection des changements climatiques et les études d’attribution nous permettent désormais d’estimer avec certitude une fourchette de valeurs de réchauffement probables entre cette période et la dernière décennie complète (2010 à 2019) qui découlent de l’influence humaine sur le climat. Ces estimations sont résumées dans le message clé 2.2, qui s’appuie sur l’évaluation présentée à la section 2.4.2. Ces données sont suffisamment fiables pour permettre également d’évaluer comment le réchauffement induit par l’activité humaine au Canada entre la période de 1850 à 1900 et celle de 2010 à 2019 se compare à la hausse moyenne des températures des régions terrestres et des océans à l’échelle mondiale causée par l’influence humaine au cours de la même période. Les observations sont beaucoup plus exhaustives depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle la majeure partie du réchauffement observé a eu lieu. Ces constatations, associées aux études sur les causes du réchauffement menées au cours de la dernière décennie, permettent d’évaluer selon un degré de confiance élevé que l’influence humaine a joué un rôle prépondérant sur le climat au Canada entre 1948 et 2023.
Le réchauffement observé a de nombreuses répercussions, dont certaines amplifient encore davantage ce réchauffement; il s’agit d’un phénomène particulièrement marqué dans le Nord canadien et dans l’Arctique en général. La section 2.2.1 résume les éléments probants qui expliquent les changements liés au réchauffement observé dans l’ensemble du système climatique au Canada, et ces changements sont évalués dans les chapitres 4 à 9 du présent rapport. Tous ces changements ont un dénominateur commun, à savoir le réchauffement observé du climat canadien. Nous sommes en mesure de comprendre ce lien grâce à notre connaissance des processus physiques qui influent sur chaque variable et, pour certaines variables, grâce à des études de détection et d’attribution. Ces éléments probants, associés aux preuves très solides dont nous disposons actuellement sur les causes du réchauffement observé, conduisent à l’énoncé simple associé à un degré de confiance très élevé du message clé 2.3.
Le message clé 2.4 attire l’attention sur certaines des conséquences importantes des changements climatiques observés. Il s’agit notamment des conséquences directes des changements de température et de phénomènes plus complexes, comme les changements dans la fréquence et la superficie des feux de forêt, les changements dans la fréquence et l’intensité des événements extrêmes, les changements dans divers aspects du cycle de l’eau et les changements dans la cryosphère. Le niveau de connaissance des processus et la quantité de données historiques limitent le degré de confiance en ce qui a trait à certains changements observés et notre compréhension de leurs causes, mais toutes les constatations sont étayées par une compréhension des effets de l’influence humaine sur la température et la quantité de précipitations au Canada. De plus, de nombreux changements observés au Canada sont également observés dans d’autres régions terrestres du globe, plus particulièrement celles qui sont situées à des latitudes similaires, ce qui renforce encore notre confiance. Les éléments probants à l’appui des évaluations qui figurent dans le message clé 2.4 sont résumés dans les sections 2.2.2 et 2.2.3, et des références aux autres chapitres du présent rapport fournissent plus de détails sur le degré de confiance évalué pour chaque énoncé.
Enfin, le territoire canadien est bordé par des océans sur trois côtés et son climat est fortement influencé par les interactions entre ces océans et l’atmosphère. Les changements dans les océans, notamment les changements de la température, de la couverture de la glace de mer, du niveau de la mer, de la salinité et de l’acidité, ont une incidence sur notre climat terrestre, sur nos côtes et sur les écosystèmes océaniques. Le message clé 2.5 est basé sur le résumé des éléments probants qui figure à la section 2.2.4 et qui est largement examiné et évalué au chapitre 7 du présent rapport.
Outre l’aperçu général des changements observés présenté dans les messages clés 2.1 à 2.5, la figure 2.3 fournit un aperçu visuel des changements observés et de leurs degrés de confiance évalués, en s’appuyant sur les évaluations des changements observés qui ont été faites ailleurs dans le présent chapitre et dans les chapitres 4 à 9.
2.3 : Sources des données d’observation du climat
Notre compréhension des changements que subit le climat au Canada depuis le milieu du XIXe siècle repose en grande partie sur les observations météorologiques historiques qui ont été recueillies et archivées au fil du temps. Les premières données d’instruments sont extrêmement limitées. Certaines données des XVIIIe et XIXe siècles sont disponibles pour certains endroits de la vallée du Saint-Laurent (Slonosky, 2014). Les données d’instruments météorologiques les plus anciennes qui sont conservées dans les archives nationales du Canada proviennent de l’observatoire de Bloor Street à Toronto et remontent à 1840. Ce n’est qu’à partir des années 1880 et 1890, avec le développement des chemins de fer dans notre pays, que l’on a commencé à observer de manière plus systématique les conditions météorologiques dans le sud du Canada. L’essor économique du Canada après la Seconde Guerre mondiale et l’expansion de l’aviation civile dans les années 1950 ont entraîné une augmentation rapide du nombre de stations météorologiques, ce qui a permis d’étendre la couverture du territoire canadien. Le nombre de stations d’observation météorologique de surface contribuant aux archives nationales numériques sur le climat du Canada a atteint un plateau dans les années 1980, avant de commencer à décliner au milieu des années 1990, tendance qui se poursuit encore aujourd’hui (section 2.7.2). Outre les connaissances sur les changements climatiques au Canada qui peuvent être tirées des données d’instruments, les détenteurs de connaissances autochtones possèdent également des connaissances sur les changements climatiques du passé et du présent. Ces connaissances n’ont pas été évaluées dans le présent chapitre, ce qui, nous le reconnaissons, constitue une lacune dans l’évaluation actuelle.
L’histoire des changements qui ont eu lieu au fil du temps dans les systèmes d’observation du climat et des conditions météorologiques au Canada est longue et complexe. Par conséquent, il n’est pas possible de calculer directement, à partir d’observations météorologiques brutes, des estimations fiables des changements à long terme des variables météorologiques, même lorsque des séries chronologiques de longue durée sont disponibles pour un endroit précis. Pour calculer ces changements avec certitude, il faut comprendre comment les observations enregistrées ont été influencées par des facteurs tels que les changements apportés aux instruments et à leur endroit exact, ainsi qu’aux procédures d’observation, de communication et d’archivage des données, et aux méthodes de contrôle de la qualité.
Outre les observations météorologiques recueillies aux stations météorologiques de surface, il existe d’autres sources de données qui sont soit dérivées des observations météorologiques, soit influencées d’une manière ou d’une autre par ces observations. Les produits de données maillées fournissent la couverture la plus complète d’une région ou de l’ensemble du pays grâce à l’interpolation spatiale des données climatiques issues des observations météorologiques existantes. Les données de réanalyse représentent un autre type de données maillées qui sont produites en introduisant les observations météorologiques dans un système de prévision utilisé pour traiter l’ensemble des archives historiques de ces observations. Les produits dérivés des systèmes de télédétection, notamment les satellites et les radars, fournissent également des données météorologiques plus récentes.
2.3.1 : Données de stations météorologiques et climatiques
Au Canada, les données climatiques sont souvent obtenues à partir des observations des stations météorologiques, à l’aide d’instruments qui, par le passé, étaient actionnés manuellement, mais qui, plus récemment, sont devenus automatiques. Le pays dispose également d’un nombre limité de stations climatiques de référence qui respectent des normes de mesure particulièrement rigoureuses. Ces stations de référence sont conçues et exploitées principalement pour surveiller les conditions climatiques et fournissent généralement des données quotidiennes, telles que les températures maximales et minimales quotidiennes, les précipitations quotidiennes sous forme de pluie et de neige ou les quantités totales de précipitations. En outre, dans le passé, des observateurs bénévoles ont contribué à de nombreuses observations météorologiques, et des réseaux communautaires d’observateurs bénévoles continuent de recueillir ces données. Il convient de noter que le réseau CoCoRaHS (Collaborative Rain, Hail and Snow en anglais seulement) fournit certaines des observations qui ont été intégrées dans les ensembles de données sur les précipitations utilisés dans le présent chapitre.
Des facteurs tels que les changements dans les procédures d’observation, les instruments et le niveau d’exposition des stations peuvent affecter même les meilleurs enregistrements, entraînant des modifications des valeurs enregistrées qui ne sont pas liées aux changements climatiques. L’emplacement des stations peut également changer, ce qui risque aussi de modifier les valeurs enregistrées. Par conséquent, les enregistrements climatiques de longue durée doivent toujours faire l’objet d’un contrôle qualité rigoureux et d’un ajustement. Il convient d’éliminer autant que possible les influences non climatiques avant d’utiliser ces enregistrements pour estimer les changements climatiques qui ont eu lieu pendant la période pour laquelle des observations d’instruments sont disponibles (voir l’encadré 2.1 pour des exemples d’ajustements).
Encadré 2.1 : Qu’est-ce qui rend les données adaptées à l’étude des changements climatiques?
Les données climatiques sont définies par le National Research Council (NRC) des États-Unis comme des séries chronologiques de mesures suffisamment longues, cohérentes et continues pour déterminer la variabilité du climat et les changements climatiques (National Research Council, 2004). L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a élaboré un ensemble de principes de base pour la mise en place et l’exploitation de systèmes efficaces de surveillance du climat, qui fournissent des lignes directrices supplémentaires sur les systèmes satellitaires utilisés pour la surveillance du climat (OMM-1160) (voir l’annexe 2.2 dans OMM, 2023). L’objectif de ces principes est de garantir que les changements détectés dans les observations climatiques ne sont pas le résultat de facteurs comme des changements dans les technologies d’observation ou dans l’environnement physique entourant une station (c’est-à-dire des changements non climatiques) qui pourraient masquer les fluctuations climatiques réelles ou être interprétés à tort comme de véritables fluctuations climatiques. Il s’agit d’une exigence assez stricte car, comme indiqué dans le document OMM-488 (OMM, 2010), le suivi des changements climatiques exige la détection de tendances en termes de petites variations, par exemple quelques dixièmes de degré de température sur une décennie, ce qui nécessite un étalonnage particulièrement précis des instruments garantissant la cohérence des ensembles de données mondiaux provenant de différents capteurs sur une très longue période.
Les changements intervenus au fil du temps dans les technologies d’observation utilisées rendent presque inévitables les variations non climatiques dans les séries chronologiques d’observations des variables climatiques. C’est pourquoi on a recours à l’homogénéisation des données pour détecter et éliminer, dans la mesure du possible, les changements non climatiques dans les séries de données climatiques, afin de produire des données permettant de détecter et d’estimer les changements climatiques réels. L’homogénéisation des données climatiques est réalisée de manière optimale à l’aide des métadonnées des stations (informations sur le site d’observation, les instruments, les procédures d’observation et de traitement des données, et leur évolution au fil du temps) et des données des stations voisines comme référence pour le climat à l’échelle locale. Cependant, les métadonnées et les données de référence ne sont souvent pas disponibles, en particulier pour les périodes moins récentes et dans les zones où les observations sont rares, comme le nord du Canada. Dans ces cas, le processus d’homogénéisation se limite à la détection statistique et à la suppression des changements jugés déraisonnables sur le plan physique, ce qui confère un degré d’incertitude aux résultats (OMM, 2020). Il est particulièrement difficile d’assurer l’homogénéité des données dans le cas des produits de télédétection, en raison de l’évolution rapide des technologies et de la durée de vie généralement courte des instruments individuels qui contribuent aux enregistrements de données climatiques (en anglais seulement) dérivés des données de télédétection (voir la section 2.3.2 pour plus de détails).
Il est difficile d’obtenir et de maintenir l’homogénéité des données climatiques sur de longues périodes, même lorsqu’elles proviennent de stations d’observation soigneusement entretenues et conformes aux normes de l’OMM, comme le réseau climatique de référence exploité par le Service météorologique du Canada (SMC). Cette difficulté découle des changements dans des domaines comme l’élaboration des instruments, l’emplacement des stations, le milieu environnant et les procédures d’observation et d’enregistrement des données (voir par exemple la figure 1 de l’encadré 2.1) (voir également l’encadré 4.1 dans Zhang et al., 2019). L’homogénéisation des observations climatiques est un travail minutieux et fastidieux. Les effets de ces facteurs doivent être éliminés, et des enregistrements à long terme doivent être produits par le groupement d’enregistrements plus courts provenant de stations voisines dont les relevés ont été effectués pendant différentes périodes. Il en résulte une série de données climatiques historiques en constante évolution (voir le tableau supplémentaire S2.1) à mesure que davantage de données historiques deviennent disponibles (par exemple, les données récupérées à partir d’archives papier récemment numérisées) et que les techniques d’homogénéisation et de regroupement des stations s’améliorent.
Même après des recherches minutieuses visant à comprendre l’historique des enregistrements individuels à long terme et à garantir leur homogénéité, certaines hétérogénéités peuvent subsister. Par exemple, les changements dans le nombre de stations disponibles à un moment donné peuvent affecter la qualité et l’homogénéité des produits de données maillées dérivés en partie de l’interpolation spatiale des données provenant d’observations homogénéisées effectuées à des stations individuelles ou de l’intégration d’observations dans un modèle météorologique (section 2.3.3; encadré 2.2). Les conditions environnementales qui évoluent lentement et qui affectent les stations individuelles, telles que l’expansion des îlots de chaleur urbains, peuvent également affecter les observations de certaines stations. Il s’agit d’un défi particulier en matière d’homogénéité, car ces conditions sont difficiles à détecter et à éliminer avec fiabilité. En outre, la décision de tenter ou non d’éliminer ce type d’inhomogénéité dans les données climatiques dépend en fin de compte de l’utilisation qui en sera faite. Le réchauffement causé par la croissance des îlots de chaleur urbains est très réel pour les personnes qui vivent dans les zones touchées, et entraîne des conséquences telles qu’une exposition plus intense au stress thermique pendant les vagues de chaleur et des besoins de climatisation plus élevés pour les espaces intérieurs. Cependant, seule une très petite partie du territoire canadien est urbanisée. Par conséquent, même si l’influence de l’expansion des îlots de chaleur urbains sur les observations de la température constitue clairement une préoccupation à l’échelle locale dans certaines régions, il n’existe aucun élément probant indiquant que les données globales sur les températures au Canada sont touchées de manière significative par cet effet particulier. Cette conclusion correspond à l’évaluation présentée au chapitre 2 de la contribution du Groupe de travail 1 au sixième Rapport d’évaluation du GIEC (contribution du GT1 au RE6 du GIEC), selon laquelle il est peu probable que les effets non corrigés de l’urbanisation (encadré 10.3) ou des changements dans l’utilisation des terres ou la couverture terrestre (section 2.2.7) aient accru les tendances mondiales de la température de l’air à la surface des terres (LSAT) de plus de 10 % (contribution du GT1 au RE6 du GIEC 2.3.1.1.1) (Gulev et al., 2021).
Faits saillants de la figure : Les variations des données instrumentales non liées au climat peuvent influer sur les estimations des changements et des tendances climatiques.
Titre de la figure : Exemples d’hétérogénéités dans les observations avant et après l’homogénéisation
Description longue
Cette figure à quatre panneaux montre comment les changements non climatiques dans les relevés des stations météorologiques peuvent fausser les estimations des tendances climatiques et comment l’homogénéisation les corrige. Les panneaux a) et b) montrent les anomalies dans les précipitations mensuelles (en millimètres) à l’aéroport Mackenzie, en Colombie-Britannique, de janvier 1948 à juin 2024. Les panneaux c) et d) montrent les anomalies dans la vitesse moyenne mensuelle du vent (en km/h) à l’île Broughton, au Nunavut, de juin 1956 à octobre 2023. Les anomalies sont calculées par rapport au cycle annuel moyen à long terme à chaque station.
Dans les panneaux de gauche (a et c), les données originales non modifiées présentent des changements brusques du niveau moyen qui ne sont pas attribuables aux changements climatiques. Ces changements sont accompagnés de mentions indiquant le groupement d’enregistrements de stations voisines (« J »), le déplacement des instruments (« R ») et les modifications de la hauteur de l’anémomètre (« AHc »). En raison de ces changements artificiels, les lignes de tendance pointillées rouges, estimées à partir des données brutes, diffèrent sensiblement des lignes pointillées noires, qui tiennent compte des changements.
Dans les panneaux de droite (b et d), après homogénéisation, les séries chronologiques sont plus cohérentes au fil du temps. La variabilité restante reflète les fluctuations climatiques d’un mois à l’autre, et les lignes de tendance en pointillés noirs représentent bien les tendances climatiques.
En résumé, garantir que les observations météorologiques et climatiques puissent être utilisées pour effectuer le suivi de l’évolution de notre climat représente un défi opérationnel et scientifique important et permanent. Le défi opérationnel consiste à maintenir et à améliorer les systèmes de suivi du climat. Le défi scientifique consiste à examiner les observations actuelles dans un contexte historique qui reflète fidèlement les variations et les changements climatiques du passé, ce qui nécessite des recherches continues et l’amélioration des données d’observation afin qu’elles soient adaptées au suivi du climat. Les données utilisées dans le présent rapport tiennent compte autant que possible du niveau d’attention requis.
Au Canada, les données de station à long terme homogénéisées et soumises à un contrôle de la qualité qui se prêtent à l’étude des changements climatiques sont limitées. La figure 2.4 montre les emplacements où il est possible d’obtenir de telles données à long terme sur la température de l’air à la surface, les précipitations, la vitesse du vent à la surface et la fréquence des précipitations verglaçantes. Les données à long terme sur la vitesse du vent et la fréquence des précipitations verglaçantes sont particulièrement rares. Une station doit répondre à plusieurs critères pour être considérée comme une station d’observation à long terme, notamment la probabilité qu’elle soit exploitée et bien entretenue dans un avenir lointain (c’est-à-dire qu’elle résiste au passage du temps) et la disponibilité d’enregistrements de données de qualité à la station et dans les stations voisines afin de constituer une base de données à long terme (Wang et al., 2023). Au moins 20 ans de données mensuelles continues pour la période de 1961 à 1990 sont nécessaires au calcul des valeurs des normales climatiquesNote de bas de page 4 et à l’utilisation des données de station dans les produits maillés (Wang et al., 2023; Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). Les périodes d’activité et d’inactivité des stations varient selon les endroits, et de nombreuses stations ne sont actuellement pas actives (section 2.7.2; encadré 2.2). Comme le montre la figure 2.4, la partie sud du Canada bénéficie de la meilleure couverture, ce qui pose des défis pour le suivi des changements climatiques dans d’autres régions. Le processus d’interpolation spatiale des données homogénéisées sur une grille normalisée, bien qu’il ne produise pas des données de la même qualité que les changements observés directement, peut aider à fournir des informations sur le climat dans les régions qui ne sont pas bien observées. Ce processus a été utilisé pour la température et les précipitations (section 2.3.3).
Faits saillants de la figure : Les emplacements pour lesquels on dispose de données à long terme et de haute qualité sur les précipitations, la température, le vent et la fréquence des précipitations verglaçantes sont répartis de manière inégale sur le territoire.
Titre de la figure : Stations d’observation à long terme permettant le suivi des changements dans les précipitations, la température, le vent et la fréquence des précipitations verglaçantes au Canada
Description longue
Cette figure est une carte du Canada montrant l’emplacement des stations d’observation à long terme homogénéisées utilisées pour surveiller les changements dans les températures, les précipitations, la vitesse du vent et la fréquence des précipitations verglaçantes. Quatre types de stations climatiques homogénéisées sont cartographiées à l’aide de symboles différents : les stations de troisième génération fournissant des données homogénéisées sur la température (HomTV3), les stations fournissant des données homogénéisées sur les précipitations (CanHomP), les stations fournissant des données homogénéisées sur la vitesse du vent (CanHomW) et les stations fournissant des données homogénéisées sur la fréquence des précipitations (CanHomFPf). La légende indique le nombre total de stations dans chaque réseau.
Les stations sont réparties de façon inégale dans l’ensemble du pays. La plupart des stations sont situées dans le sud du Canada, en particulier le long de la limite sud de la Colombie-Britannique, des provinces des Prairies, de l’Ontario, du Québec et des provinces de l’Atlantique, avec des concentrations plus élevées près des grands corridors de population, y compris le sud de l’Ontario et le sud du Québec. En revanche, de grandes régions du nord du Canada, y compris une grande partie du Nord canadien, le nord du Québec, le nord de l’Ontario et le nord des Prairies, comptent relativement peu de stations, avec seulement des points isolés éparpillés dans ces régions.
Dans l’ensemble, la carte met en évidence un important déséquilibre géographique dans la disponibilité des observations climatiques de grande qualité à long terme. Les régions du sud sont bien surveillées par plusieurs types de stations, tandis que les régions nordiques et éloignées sont peu couvertes, ce qui limite la capacité à détecter et à évaluer uniformément les changements climatiques à long terme partout au Canada.
2.3.2 : Données de télédétection
L’American Meteorological Society (AMS, 2025) définit la télédétection comme une méthode permettant d’obtenir des informations sur les propriétés d’un objet sans entrer en contact physique avec celui-ci. Les données de télédétection comprennent celles qui sont obtenues à partir de satellites et de radars météorologiques. Les technologies de télédétection se sont constamment améliorées au fil des ans, et des progrès importants ont été réalisés en matière de sensibilité et de résolution spatiale des capteurs terrestres et spatiaux. Cependant, ces améliorations ont donné lieu à des difficultés dans l’utilisation des données obtenues pour étudier les changements climatiques, en raison des nombreuses hétérogénéités causées par les changements technologiques. Néanmoins, certaines données climatiques couvrant toute la période des observations satellitaires, soit depuis 1979, sont disponibles. On peut citer par exemple l’ensemble des enregistrements de température de la troposphère inférieure, moyenne et supérieure développés par Remote Sensing Systems (en anglais seulement), qui sont largement utilisés dans la recherche climatique à grande échelle (voir par exemple Santer et al., 2017 et les références qui y sont citées). L’utilisation de données de télédétection pour produire des enregistrements climatiques qui décrivent de manière fiable et précise les tendances à long terme et la variabilité du climat à basse fréquence est un processus minutieux et exigeant. Par exemple, dans le cas des enregistrements de la température troposphérique, les enregistrements doivent être reconstitués à partir d’une longue séquence de données provenant de différents instruments à courte durée de vie (quelques années pour chaque mission satellitaire), chacun ayant des caractéristiques techniques, orbitales et d’étalonnage différentes, qui peuvent même changer au cours de la durée de vie d’un instrument individuel.
Bien que les données de télédétection constituent un atout important dans de nombreux aspects de la recherche climatique, nous ne les utilisons pas directement dans le présent chapitre, car notre objectif principal est d’évaluer et de comprendre les changements observés dans le climat de surface du Canada. Les données de télédétection ne sont pas bien adaptées à cet objectif, en raison de la période relativement courte qu’elles peuvent couvrir et des difficultés liées aux mesures à distance de la température de l’air à la surface et des précipitations.
Les satellites ont permis d’obtenir des mesures relativement bonnes des précipitations et des vents à proximité de la surface au-dessus des océans, mais les résultats dans les régions terrestres ont été moins concluants par le passé. Les précipitations sont souvent déduites à partir des températures au sommet des nuages, qui sont plus directement liées aux précipitations au-dessus des océans, en particulier dans les régions tropicales et subtropicales. La vitesse du vent au-dessus des océans est quant à elle souvent déduite à partir des mesures de la rugosité de la surface de l’océan, qui augmente avec la vitesse du vent.
Les radars météorologiques constituent une source d’information importante pour la surveillance des conditions météorologiques actuelles, mais ils ne sont pas largement utilisés pour la recherche et la surveillance climatiques. Des images radar archivées sont disponibles pour le Canada à partir de 2007 (MSC, 2024). Les images radar historiques peuvent être utiles pour étudier les événements extrêmes, par exemple pour valider les mesures très élevées, et donc potentiellement erronées, des pluviomètres (voir par exemple Canadian Standard Association, 2025). Cependant, ces données ne constituent pas actuellement une source d’information viable sur les changements climatiques à long terme, en raison de la durée limitée des archives, de leur couverture spatiale incomplète (axée sur les grands centres urbains et les aéroports) et des hétérogénéités des données résultant des améliorations technologiques au fil du temps.
En bref, bien que les données de télédétection soient associées à de nombreuses applications importantes dans la recherche climatique et notre compréhension des processus climatiques, elles ne constituent pas encore une solution de rechange viable aux observations effectuées à des stations météorologiques qui permettent de constater les changements à long terme des principales variables (température, précipitations et vitesse du vent à la surface) utilisées pour effectuer le suivi des changements climatiques au Canada.
2.3.3 : Produits de données maillées
Les données de station (section 2.3.1) consistent en des observations effectuées à des endroits individuels dispersés, qui ne sont pas répartis uniformément sur le territoire canadien (figure 2.4). Pour de nombreuses utilisations, il est préférable de disposer de valeurs mensuelles pour tous les endroits du pays, ce qui peut être réalisé en superposant une grille (ou un maillage) sur le territoire national, puis en estimant une valeur pour chaque point de grille à partir des données disponibles des stations. Par exemple, les ensembles de données maillées récemment créés par la Division de la recherche climatique d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) (tableau supplémentaire S2.1) couvrent le pays avec des mailles de grille d’environ 10 km x 10 km, formant des cellules d’une superficie d’environ 100 km² chacune. Ces produits sont intéressants, car ils fournissent des informations pour tous les endroits de la zone d’étude et tous les intervalles de temps couverts par le produit, qu’il y ait ou non des stations d’observation. Cette méthode permet d’estimer les tendances des changements dans les zones géographiques et de calculer les moyennes régionales sans avoir à tenir compte de l’espacement irrégulier des stations d’observation.
Toutes les méthodes de maillage impliquent l’intégration d’observations à un certain modèle statistique ou dynamique. Des produits se concentrent sur une seule variable et utilisent des modèles statistiques relativement simples pour effectuer une interpolation spatiale, une procédure statistique qui prédit des valeurs à partir de données provenant d’endroits rapprochés et qui tient parfois compte d’informations supplémentaires telles que l’altitude de la surface pour aider à expliquer les variations spatiales de la température et des précipitations (Abbasnezhadi et Wang, 2024). On peut citer comme exemples les produits maillés homogénéisés quotidiens et mensuels de la température de l’air à la surface et les produits maillés homogénéisés mensuels des précipitations utilisés dans le présent chapitre. Nous nous appuyons sur ces produits maillés, car ils sont élaborés à l’aide de techniques bien documentées et reproductibles et s’appuient sur des sources uniques d’observations climatiques de haute qualité, faisant l’objet de recherches approfondies et soigneusement ajustées pour éliminer les influences non climatiques (section 2.3.4).
D’autres produits maillés, comme les produits de réanalyse (voir la section 2.3.4.4 pour plus de détails), utilisent des modèles fondés sur les processus physiques de l’atmosphère (et parfois d’autres parties du système climatique). Ces produits tentent d’estimer simultanément toutes les variables atmosphériques en intégrant les observations dans les modèles de circulation générale de l’atmosphère utilisés pour produire des prévisions météorologiques. Les centres de prévision météorologique produisent régulièrement des analyses des conditions météorologiques actuelles. Ces analyses sont archivées, mais ne peuvent être utilisées pour effectuer le suivi des changements climatiques, car les modèles de prévision, les systèmes d’assimilation des données et les sources de données changent constamment. Pour tenir compte de ces changements, les réanalyses utilisent des modèles de prévision météorologique et des systèmes d’assimilation des données fixes (section 2.3.4.4), ce qui leur permet d’éviter les hétérogénéités causées par les changements des systèmes, même si elles restent exposées à d’éventuelles hétérogénéités causées par les changements des sources de données au fil du temps.
Encadré 2.2 : Représentativité des tendances dans les données maillées des stations, compte tenu de l’évolution de la disponibilité des données
Les observations in situNote de bas de page 5 couvrent généralement différentes périodes, les enregistrements individuels des stations commençant et s’arrêtant à des moments différents. Le pourcentage d’observations manquantes peut également varier au fil du temps. Par exemple, les enregistrements de données récents provenant de stations pluviométriques automatisées ont tendance à comporter plus de données manquantes que les stations manuelles qu’elles ont remplacées. La disponibilité des données de station homogénéisées a beaucoup varié depuis 1900 (encadré 2.2, figure 1). La couverture est limitée au début du XXe siècle, puis atteint un pic dans les années 1980, avant d’entamer un déclin qui se poursuit encore aujourd’hui. La densité spatiale des stations mesurant la température et les précipitations à long terme (figure 2.4) est également faible, en particulier dans le nord du Canada.
Faits saillants de la figure : La disponibilité des données homogénéisées sur les précipitations et la température a considérablement varié au cours de la période de 1900 à 2023.
Titre de la figure : Disponibilité des données provenant des stations météorologiques du Canada fournissant des données homogénéisées à long terme
Description longue
Cette figure montre comment le nombre annuel de stations fournissant des données homogénéisées sur la température et les précipitations a changé au fil du temps. L’axe horizontal dans les deux panneaux représente l’année, de 1900 à 2023, et l’axe vertical indique le nombre annuel de stations qui fournissent des données.
Le panneau a) affiche le nombre de stations fournissant des données de température homogénéisées de troisième génération (HomTV3). Pour l’ensemble du Canada, le nombre de stations disponibles augmente régulièrement depuis le début des années 1900, augmente rapidement jusqu’au milieu du 20e siècle et atteint des sommets dans les années 1970 et 1980, avec un peu plus de 600 stations. Après ce pic, le total diminue graduellement jusqu’à aujourd’hui. Le sud du Canada représente toujours la plupart des stations, tandis que le nord du Canada fournit un nombre de stations beaucoup plus faible. Le nombre de stations fournissant des données dans le nord du Canada augmente lentement jusqu’au milieu des années 1970, puis demeure plus ou moins stable, et ne diminue que très lentement.
Le panneau b) montre le nombre de stations fournissant des données canadiennes sur les précipitations homogénéisées (CanHomP). Une tendance semblable est évidente : la disponibilité des stations augmente à partir de faibles valeurs au début du siècle, augmente fortement après les années 1940 et atteint un maximum de plus de 400 stations à la fin du 20e siècle, puis diminue au cours des dernières décennies. Le nombre de stations dans le nord du Canada demeure faible tout au long de la série. Une ligne pointillée indique le nombre de stations avant que les données manquantes aient été reconstituées, qui est toujours inférieur au total.
Dans l’ensemble, la figure met en évidence d’importants changements temporels dans la disponibilité des données et de forts contrastes entre le sud et le nord du Canada.
Faits saillants de la figure : Les ensembles de données sur la température de l’air à la surface et les précipitations utilisés dans le présent chapitre représentent assez bien les tendances à long terme de la température et des précipitations.
Titre de la figure : Représentativité des tendances des données de station homogénéisées maillées utilisées dans le présent chapitre
Description longue
Cette figure compare les tendances à long terme de la température de surface et des précipitations au Canada dérivées d’ensembles de données de réanalyse reconstitués qui reproduisent les ensembles de données basés sur les données de stations, en suivant les tendances de référence issues des ensembles de données complets de réanalyse. L’objectif est d’évaluer dans quelle mesure les ensembles de données fondés sur les stations représentent bien les tendances climatiques à l’échelle nationale.
Deux ensembles de graphiques à barres sont présentés. Le groupe a) évalue les tendances du réchauffement à l’aide de l’ensemble de données mensuelles CanGridT, version 3.1, et le groupe b) évalue les tendances des précipitations à l’aide de l’ensemble de données mensuelles CanGridP, version 2. Pour chaque période évaluée, les barres grises représentent les tendances de référence estimées à partir des données de réanalyse complètes, en combinant les données de réanalyse provenant de différentes réanalyses si plus d’une réanalyse est disponible pour cette période. Les barres de couleur montrent les tendances estimées à partir des données de réanalyse reconstituées qui n’utilisent que les mêmes stations et la même tendance de mois manquants que les ensembles de données de stations homogénéisées. Les barres rouges correspondent à l’ensemble de données sur la température et, dans le cas des précipitations, à la version sans données reconstituées, tandis que les barres bleues représentent l’ensemble de données sur les précipitations avec reconstitution.
Chaque barre couvre l’intervalle de confiance à 95 % de l’estimation de la tendance, et une petite marque au centre indique la meilleure estimation. Au cours des périodes évaluées, les barres de couleur se chevauchent généralement étroitement avec les barres de référence grises. Cet accord visuel indique la représentativité des tendances entre les données homogénéisées de stations – depuis 1900 pour la température et depuis 1916 pour les précipitations – malgré une couverture spatiale incomplète et des données manquantes.
Des inquiétudes ont été exprimées quant au fait que les changements dans la disponibilité des données au fil du temps pourraient agir sur les tendances des températures et des précipitations moyennes régionales, même si les données de station elles-mêmes ont été soigneusement homogénéisées. Les données de réanalyse (section 2.3.4.4) peuvent être utilisées pour déterminer si ces préoccupations sont fondées. Étant donné que les données de réanalyse sont complètes dans l’espace et dans le temps (sans valeurs manquantes), les tendances des données de réanalyse complètes dans l’espace peuvent être comparées à celles des données reconstituées, pour lesquelles le processus de reconstitution imite l’évolution des données maillées de station. Dans le cadre de ce processus, on rend les données de réanalyse incomplètes en ne conservant les valeurs de réanalyse que pour les moments et les lieux où les données des stations sont disponibles, on maille les données de réanalyse incomplètes ainsi obtenues de la même manière que les données de station et, enfin, on compare les données maillées avec les données de réanalyse originales, complètes sur le plan spatial et temporel (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). Les effets de l’évolution de la disponibilité des données, qui imitent ceux des données de station, peuvent alors être observés à travers les différences entre les données maillées reconstituées et les données de réanalyse originales. Ce processus nous aide à comprendre si les tendances observées dans les données d’observation homogénéisées maillées pourraient résulter, en partie, de changements dans la disponibilité et la couverture des observations au fil du temps.
Ce type d’évaluation a été réalisé pour la température de l’air en surface et les précipitations à l’aide de trois ensembles de données de réanalyse différents. Dans les deux cas, les ensembles de données maillées se sont avérés représenter raisonnablement bien les tendances au Canada, comme l’ont déterminé l’examen de la tendance du réchauffement au Canada depuis 1900 dans l’ensemble de données maillées sur la température CanGridT mlyV3.1 et l’examen des tendances des précipitations au Canada depuis 1949 dans l’ensemble de données maillées sur les précipitations CanGridP mlyV2 et depuis 1916 dans le sud du Canada (encadré 2.2, figure 2) (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). Les biais causés par les changements dans la disponibilité des données de station étaient faibles par rapport à l’intervalle de confiance des tendances correspondantes (encadré 2.2, figure 2) et sont trop légers pour être estimés et éliminés de manière fiable pour ces périodes, qui ont été choisies pour évaluer les tendances du réchauffement et des précipitations dans ce chapitre.
2.3.4 : Données utilisées dans le présent chapitre
La présente sous-section décrit les données relatives à la température, aux précipitations et à la vitesse du vent qui ont été utilisées pour évaluer les changements observés dans les variables du climat de surface correspondantes aux sections 2.4, 2.5 et 2.6, respectivement. Dans le cas des précipitations, nous avons pris en compte les précipitations totales, les données indirectes sur les chutes de neige, dérivées des données sur la température et les précipitations (encadré 2.3), et la fréquence des précipitations verglaçantes, obtenue à partir de rapports horaires établis par des observateurs humains sans l’utilisation d’instruments. Dans tous les cas, nous nous sommes appuyés sur les observations primaires enregistrées aux stations météorologiques et systématiquement collectées et archivées par le Service météorologique du Canada, les observations les plus anciennes remontant au milieu du XIXe siècle pour certains sites du sud du Canada. Avant d’utiliser les données de station, nous avons pris grand soin de les ajuster afin d’éliminer autant que possible les facteurs non climatiques et de tenir compte des changements dans les instruments et les technologies d’observation, les procédures d’observation et d’autres facteurs non climatiques qui pourraient influer sur les tendances déduites à partir des observations. Pour un résumé des différents ensembles de données utilisés et de leur évolution, voir le tableau supplémentaire S2.1.
Encadré 2.3 : Utilisation de données indirectes pour estimer les changements à long terme des chutes de neige
À ce jour, les jauges automatisées utilisées au Canada mesurent les quantités totales de précipitations, mais ne signalent pas le type de précipitations (par exemple, pluie ou neige), ce qui signifie que les données observées sur les chutes de neige au cours des dernières décennies sont très limitées. Une solution de rechange à l’observation directe des quantités de neige consiste à estimer les quantités quotidiennes à partir des données disponibles sur les précipitations et des observations d’autres variables. L’une des approches permettant d’estimer le type de précipitations repose sur des bulletins météorologiques produits toutes les trois heures et indiquant la température et la pression de l’air à la surface, ainsi que l’occurrence de neige et de pluie (Dai, 2008). Cependant, les données à long terme sur la température et les précipitations toutes les trois heures ne sont pas disponibles pour la plupart des stations à long terme qui contribuent à l’ensemble de données canadiennes homogénéisées sur les précipitations (CanHomP). Par conséquent, une autre méthode a été adoptée, fondée sur les températures quotidiennes pour déterminer les quantités quotidiennes de précipitations pouvant être considérées comme des chutes de neige, afin d’estimer les changements à long terme des quantités annuelles de neige et des jours d’enneigement (Qian et al., 2025).
Qian et al. (2025) ont examiné plusieurs méthodes possibles visant à utiliser un seuil de température spécifique afin d’interpréter la quantité quotidienne de précipitations comme la quantité de neige en unités d’équivalent en eau. Les méthodes examinées étaient toutes fondées sur des seuils basés sur les températures minimales, moyennes ou maximales quotidiennes. En outre, deux types de seuils ont été examinés : l’un considérant toutes les précipitations survenant à des températures inférieures à 0 °C comme des chutes de neige, et l’autre déterminant un seuil spécifique pour chaque station. Cette dernière option reconnaît que les conditions climatologiques et météorologiques qui prévalent lorsque les précipitations tombent sous forme de neige correspondent à des seuils de température qui ne sont pas uniformes dans l’ensemble du Canada. Qian et al.(2025) ont comparé les données indirectes sur les chutes de neige ainsi obtenues aux observations quotidiennes disponibles, en tenant compte de l’erreur moyenne, de l’erreur quadratique moyenne et de la reproduction des tendances. Ils ont constaté que les données quotidiennes sur les chutes de neige sont mieux estimées en utilisant les températures moyennes quotidiennes qu’en utilisant les températures maximales ou minimales quotidiennes, et en utilisant des seuils calibrés pour chaque station individuelle qu’en utilisant un seuil de 0 °C pour toutes les stations. Les auteurs ont donc étalonné des seuils pour les 388 stations CanHomP (sur un total de 425 stations) qui disposent de données suffisantes à des fins d’étalonnage. Ils ont ensuite appliqué cette méthode à l’ensemble de données homogénéisées sur les précipitations quotidiennes à long terme CanHomP dlyV2 (Wang et Feng, 2026) et aux températures moyennes quotidiennes interpolées à partir des données homogénéisées sur la température moyenne quotidienne à l’aide de l’ensemble de données maillé CanGridT dlyV3.1 (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026) aux 388 stations. L’ensemble de données indirectes sur les chutes de neige qui en a résulté, CanHomSp anlV2, a été utilisé pour évaluer les changements observés dans les chutes de neige à 388 stations dans l’ensemble du Canada. La représentativité des tendances obtenues à partir de ces données est particulièrement pertinente pour le présent rapport. Comme le montre la figure 1 de l’encadré 2.3, l’ampleur des tendances des chutes de neige dérivées des données indirectes est très similaire à celle observée pendant la période où des données in situ sur les chutes de neige étaient disponibles aux 388 stations (le caractère significatif des tendances est également similaire, comme le montrent Qian et al., 2025).
Faits saillants de la figure : Les tendances des données indirectes sur les chutes de neige dérivées des données de température et de précipitations reproduisent assez fidèlement les tendances des observations in situ pour les quantités annuelles de neige, les jours d’enneigement et les quantités maximales de neige sur un jour.
Titre de la figure : Comparaison des tendances issues des données indirectes sur les chutes de neige avec les tendances issues des observations des chutes de neige
Description longue
Cette figure compare les tendances à long terme des chutes de neige dérivées de données indirectes avec les tendances mesurées directement à partir des observations in situ des chutes de neige à 388 stations de surveillance. Les données indirectes sur les chutes de neige sont estimées à partir de relevés homogénéisés des températures quotidiennes et des précipitations à l’aide de seuils de température propres aux stations, tandis que les données d’observation proviennent de mesures manuelles quotidiennes des chutes de neige dont la qualité est contrôlée. Les quantités de neige sont exprimées en unités d’équivalent en eau (c.-à-d. la profondeur d’eau qui serait obtenue lorsque la neige est fondue, plutôt que l’épaisseur de la neige, qui varie parce qu’elle dépend de la densité de la neige).
La figure comporte trois diagrammes de dispersion qui comparent les tendances des données indirectes aux tendances des données d’observation. Le panneau a) montre les tendances des quantités annuelles totales de neige, le panneau b) montre les tendances du nombre annuel de jours de neige (jours avec chute de neige) et le panneau c) montre les tendances des chutes de neige annuelles maximales d’une journée. Dans chaque panneau, l’axe horizontal représente la tendance observée à partir des données d’observation in situ, et l’axe vertical représente la tendance correspondante dérivée des données indirectes. Chaque point représente une station.
Une ligne diagonale pleine dans chaque panneau marque la relation « un pour un », où les tendances des données indirectes et des données d’observation sont identiques. La plupart des points se regroupent de près autour de cette ligne diagonale dans les trois panneaux, ce qui indique une forte concordance entre les tendances des données indirectes et des données d’observation. L’écart entre les points est modéré, avec une certaine dispersion, mais il n’y a pas de biais systématique fort au-dessus ou en dessous de la ligne « un pour un ». Dans l’ensemble, la tendance visuelle montre que les données indirectes sur les chutes de neige reproduisent raisonnablement bien l’ampleur et la direction des tendances des données d’observation en ce qui concerne les chutes de neige totales, la fréquence des chutes de neige et les chutes de neige annuelles maximales sur un jour.
2.3.4.1 : Données sur la température de l’air à la surface
Les données sur la température utilisées dans le présent chapitre consistent en des enregistrements à long terme des mesures de la température de l’air à la surface provenant de stations d’observation. Ces données ont fait l’objet d’un contrôle de qualité et ont été soigneusement analysées et ajustées afin de réduire les effets des changements non climatiques dans les enregistrements (encadré 2.1) (Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). La température de l’air à la surface est généralement mesurée à une hauteur d’environ 2 m au-dessus du sol, à l’intérieur d’une enceinte qui protège l’instrument des précipitations et du rayonnement solaire direct, tout en permettant à l’air de circuler librement. Les stations offrant des données homogénéisées à long terme sur les températures sont réparties de manière inégale sur le territoire et couvrent différentes périodes (figure 2.4, encadré 2.2, figure 1a). Les stations d’observation ont tendance à être plus densément réparties dans la partie peuplée du sud du Canada, et certaines offrent des données quotidiennes continues de la température depuis le milieu ou la fin du XIXe siècle (par exemple, depuis 1840 pour un site à Toronto). Cependant, les stations sont peu nombreuses dans le nord du Canada, et celles qui étaient en fonction avant 1948 sont rares. Le nombre de stations au Canada offrant des données était de 1 avant 1865, de 6 en 1870, de 28 avant 1880, de 46 avant 1890 et de 47 à 77 entre 1890 et 1899. Ainsi, avant 1900, les observations étaient insuffisantes pour produire des données de température maillées représentatives permettant une analyse des tendances, même pour le sud du Canada.
Les techniques permettant d’ajuster les données de station afin d’en éliminer les influences non climatiques continuent d’évoluer. À mesure que les séries chronologiques de données climatiques s’allongent, notre compréhension de la manière dont les facteurs non climatiques peuvent agir sur les observations s’approfondit, et les techniques statistiques utilisées pour éliminer ces effets s’améliorent (tableau supplémentaire S2.1). Par conséquent, la Division de la recherche climatique d’ECCC a produit un ensemble de données de station homogénéisées de troisième génération sur les températures de l’air en surface (CanHomTV3, qui comprend des données mensuelles et quotidiennes) (Vincent et al., 2020). Cet ensemble de données a été mis à jour jusqu’en 2023, et les données de 632 des 778 stations ont été utilisées pour produire l’ensemble de données CanGridT V3.1 (données homogénéisées et maillées mensuelles et quotidiennes sur la température au Canada, version 3.1), la version utilisée dans le présent chapitre. En revanche, la première édition du RCCC (RCCC 2019) (Zhang et al., 2019) utilisait les données d’anomalies de température canadiennes maillées (CanGRD) (ECCC, 2016), qui étaient basées sur la deuxième génération de données moyennes mensuelles homogénéisées sur la température de 338 stations (Vincent et al., 2012), mises à jour jusqu’en 2016 (voir le tableau supplémentaire S2.1a).
L’ensemble CanGridT améliore l’ensemble CanGRD de deux façons. Premièrement, l’ensemble CanGridT utilise un maillage plus fin, réduisant la superficie des mailles d’environ 2 500 km² à 100 km². Deuxièmement, l’ensemble CanGridT fournit des estimations des températures moyennes mensuelles plutôt que de simples écarts par rapport aux températures normales (la normale étant définie comme la normale climatique de 1961 à 1990; voir la note de bas de page 4). Pour ce faire, les normales climatiques de 1961 à 1990 ont été maillées séparément des données homogénéisées des stations et des différences mensuelles (anomalies) par rapport à ces normales, puis les normales maillées et les anomalies maillées ont été ajoutées ensemble. Ce processus de maillage en deux étapes a permis de surmonter certains des problèmes causés par les changements dans la répartition spatiale et temporelle des stations d’observation.
L’ensemble de données maillées CanGridT mlyV3.1 (tableau supplémentaire S2.1a) (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026) fournit les valeurs mensuelles de température à partir de 1900 pour le sud du Canada et à partir de 1948 pour l’ensemble du Canada. Comme la densité des stations est plus élevée dans le sud du Canada, il est possible d’obtenir des estimations des tendances selon un degré de confiance élevé pour cette partie du pays, plus particulièrement pour la période ayant commencé en 1948, date à laquelle davantage de stations ont été ajoutées. La représentativité des tendances obtenues a été évaluée (encadré 2.2) (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026) afin de répondre aux préoccupations concernant les effets des changements dans la disponibilité des données de station dans l’ensemble de données CanHomT mlyV3.1, sur lequel l’ensemble CanGridT mlyV3.1 est basé (tableau supplémentaire S2.1a). L’évaluation a révélé que les biais d’échantillonnage causés par les changements dans la disponibilité des données de station pendant les périodes utilisées pour déterminer les tendances dans le présent chapitre étaient faibles par rapport à l’intervalle de confiance des tendances correspondantes (encadré 2.2, figure 2a) et qu’il n’était donc pas nécessaire de corriger les biais d’échantillonnage.
Un autre ensemble de données maillées, l’ensemble CanGridT mlyV4, dont la série chronologique commence en 1948, est également disponible depuis peu (Wan et al., 2025). Une analyse des différences entre cet ensemble de données et cinq autres ensembles de données sur la température de l’air à la surface montre clairement que l’évolution de la température moyenne quotidienne annuelle pour tout le Canada, dans l’ensemble CanGridT mlyV4, est différente de celle qui se dégage des autres ensembles de données entre 1948 et 1970 environ (figures 2.5a et 2.5b), l’ensemble CanGridT mlyV4 montrant un réchauffement anormal par rapport aux cinq autres ensembles de données examinés. Il en résulte une tendance vers une augmentation plus élevée (2,25 °C) de la température moyenne annuelle au Canada sur la période de 1948 à 2023 dans l’ensemble CanGridT mlyV4. Les tendances pour la même période dans d’autres ensembles de données sont de 1,95 °C (CanGridT mlyV3.1), de 1,95 °C (C-LSAT2.0, dans Sun et al., 2021), de 1,88 °C (CRUTEM5 v5.0.2.0, Osborn et al., 2021), de 2,03 °C (NOAA MLOST v6.0, Yin et al., 2024), et de 1,95 °C (ERA5, Hersbach et al., 2020). Cinq des six ensembles de données comparés les uns avec les autres sont basés sur des données de station qui ont été traitées de différentes manières, tandis que le sixième ensemble de données, l’ensemble de données de réanalyse ERA5 (section 2.3.4.4), utilise une très large fourchette d’observations atmosphériques dans son analyse. Le réchauffement observé dans l’ensemble de données CanGridT mlyV3.1 s’accorde beaucoup plus avec ce qui a été observé dans les quatre ensembles internationaux, qui sont construits de différentes manières, qu’avec le réchauffement observé dans l’ensemble CanGridT mlyV4. Il a également été constaté que l’ensemble CanGridT mlyV3.1 représentait assez bien la tendance au réchauffement du Canada depuis 1900 (encadré 2.2). Notre évaluation du réchauffement passé au Canada est donc basée sur l’ensemble CanGridT mlyV3.1.
Faits saillants de la figure : Les ensembles de données sur la température de l’air en surface peuvent parfois présenter des différences systématiques les uns par rapport aux autres.
Titre de la figure : Différences dans les résultats pour le Canada dans son ensemble entre quatre ensembles de données sur la température de l’air à la surface produits à l’échelle internationale et deux versions de l’ensemble CanGridT
Description longue
Cette figure présente deux graphiques linéaires comparant les différences dans les anomalies de la température moyenne quotidienne annuelle pour le Canada entre les ensembles de données CanGridT et quatre ensembles de données internationaux de 1948 à 2023. Les différences sont exprimées en degrés Celsius par rapport au niveau de référence de 1961 à 1990.
Le panneau a) compare CanGridT version 4 (V4) avec ERA5 (noir), CRUTEM5 (cyan), NOAA-MLOST (vert) et C-LSAT2.0 (rouge). De 1948 à 1970 environ, l’ensemble V4 est plus froid que les autres ensembles de données, avec des différences variant d’environ 0,5 °C à 0,1 °C dans les années 1950. Ces différences diminuent graduellement d’ici 1970, ce qui reflète une tendance au réchauffement plus élevée pour l’ensemble V4. Après 1970, les différences varient autour de zéro, généralement entre -0,2 °C et +0,2 °C, ce qui indique de petites différences systématiques.
Le panneau b) compare l’ensemble CanGridT version 3.1 (V3.1) avec les quatre mêmes ensembles de données. Les différences demeurent plus près de zéro tout au long de la période 1948-2023, généralement entre 0,1 °C et 0,2 °C, et montrent moins d’écarts importants par rapport au panneau a).
Dans l’ensemble, la figure montre que l’ensemble CanGridT version 3.1 s’aligne plus étroitement sur les ensembles de données internationaux en ce qui concerne les tendances du réchauffement que la version 4. Elle montre également que les ensembles de données maillées sur la température peuvent différer de façon modeste, mais systématique, avec des variations selon la période et la version de l’ensemble de données. Ces différences reflètent en grande partie des choix méthodologiques plutôt que des écarts importants dans le réchauffement observé.
2.3.4.2 : Données sur les précipitations
Les principales sources de données de station sur les précipitations utilisées dans le présent chapitre comprennent la version 2 des ensembles de données mensuelles et quotidiennes homogénéisées au Canada sur les précipitations, soit les ensembles CanHomP mlyV2 et CanHomP dlyV2 (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026; Wang et Feng, 2026), et l’ensemble de données indirectes quotidiennes sur les chutes de neige CanHomSp anlV2 (encadré 2.3) (Qian et al., 2025). Chaque ensemble de données CanHomP comprend 425 enregistrements à long terme des quantités mensuelles ou quotidiennes de précipitations totales (liquides et gelées) provenant de stations d’observation. La version maillée de l’ensemble de données CanHomP mlyV2, appelée CanGridP mlyV2 (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026), est le principal ensemble de données maillées utilisé dans le présent chapitre.
Les données sur les précipitations contenues dans les ensembles de données CanHomP ont fait l’objet d’un contrôle qualité et ont été soigneusement analysées et ajustées afin de réduire les effets des changements non climatiques sur les données (encadré 2.1) (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026; Wang et Feng, 2026; Wang et al., 2023). Bien que des méthodes rigoureuses aient été utilisées pour effectuer ces ajustements, le degré de confiance associé aux changements observés est néanmoins plus faible pour les précipitations que pour la température.
Les précipitations sont mesurées à l’aide de divers instruments installés au sol ou à proximité et exposés à l’air libre. Ils mesurent la quantité de précipitations tombant dans un récipient ou, dans le cas de certains types de mesures de la neige, sur une surface. Divers facteurs influent sur les mesures des précipitations. L’un de ces facteurs est la phase des précipitations (liquide ou solide) : les précipitations sous forme de pluie sont généralement plus faciles à mesurer que les précipitations sous forme de neige et l’équivalent en eau qu’elles représentent. La vitesse du vent influe également sur les mesures des précipitations, car les instruments captent généralement moins efficacement les précipitations par temps venteux. Dans une moindre mesure, les mesures des précipitations sont également influencées par les pertes dues à l’évaporation et à l’humidification des surfaces intérieures des instruments. L’exactitude des mesures des précipitations est également réduite par la grande diversité des conditions climatiques au Canada, où les précipitations annuelles peuvent se situer dans une fourchette allant de plus de 3 000 mm (principalement sous forme de pluie) dans certains endroits de la côte ouest à moins de 200 mm (principalement sous forme de neige) dans certains endroits de l’Arctique (figure supplémentaire S2.3). Les conditions climatiques agissent sur l’exactitude des mesures, car les performances des instruments varient en fonction du taux et de la phase des précipitations. Les variations importantes des conditions climatiques, les différences substantielles entre les instruments utilisés pour mesurer les précipitations et les écarts considérables entre les quantités de précipitations qui peuvent être observés même lorsque les stations sont séparées par de courtes distances rendent les ajustements visant à éliminer les facteurs non climatiques plus difficiles pour les précipitations que pour la température (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026; Wang et Feng, 2026).
Les stations disposant de données de qualité élevée sur les précipitations à long terme sont réparties de manière inégale sur le territoire et ont fonctionné pendant des périodes différentes (figure 2.4; encadré 2.2, figure 1b). Les relevés des précipitations pour certains endroits du Canada remontent à plus d’un siècle, mais la plupart des relevés ont des points de départ plus récents, et un nombre important de sites d’observation à long terme ont été abandonnés. Bien qu’ECCC recueille et archive à tout moment les données de nombreuses stations d’observation, dont plus de 2 500 stations actives ces dernières années, seules quelques centaines d’endroits offrent des relevés à long terme. Les données à long terme disponibles aux 425 stations qui contribuent aux ensembles de données CanHomP ont souvent été créées en regroupant les données de stations voisines rapportant des périodes différentes, ce qui donne des données uniques plus longues, qui sont contrôlées et ajustées pour les rendre adaptées à l’analyse du climat (encadré 2.1) (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026; Wang et al., 2023).
L’ensemble CanGridP mlyV2 (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026) fournit des estimations des précipitations mensuelles totales dans chaque maille de 100 km² à l’aide d’une méthode de maillage élaborée par Abbasnezhadi et Wang (2024). Une évaluation de la représentativité des tendances obtenues avec l’ensemble CanGridP mlyV2 (encadré 2.2) a montré que cet ensemble de données représente assez bien les tendances des précipitations au Canada dans son ensemble depuis 1949 et dans le sud du Canada depuis 1916 (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). Il a donc été utilisé dans le présent chapitre pour évaluer les tendances des précipitations au Canada et dans le nord du Canada entre 1949 et 2023, ainsi que les tendances des précipitations dans le sud du Canada entre 1916 et 2023. L’ensemble CanGridP mlyV2 améliore l’approche utilisée dans la version précédente de l’ensemble CanGRD (ECCC, 2016), qui fournissait des anomalies relatives mensuelles des précipitations maillées dérivées exclusivement de données de précipitations non homogénéisées (voir le tableau supplémentaire S2.1c).
L’une des difficultés particulières associées à l’évaluation des tendances des précipitations réside dans le fait que les observations quotidiennes et mensuelles individuelles fournissent moins d’informations sur les précipitations dans les sites voisins par rapport aux observations correspondantes de la température. En d’autres termes, les observations des précipitations sont beaucoup moins représentatives sur le plan spatial que les observations de la température. Il est donc plus difficile d’estimer les quantités de précipitations et leur évolution dans les sites où il n’y a pas d’observations à l’aide de procédures de maillage spatial que pour la température. Par conséquent, les tendances régionales et nationales des précipitations estimées à partir de l’ensemble CanGridP mlyV2 sont intrinsèquement plus incertaines que les tendances correspondantes de la température. Bien que le présent chapitre se concentre sur les données de station, nous reconnaissons que les ensembles de données de réanalyse à haute résolution récents, comme l’ensemble de données de la Réanalyse canadienne de surface (CaSR, 2025) et l’ensemble de données ERA5-Land (Muñoz-Sabater et al., 2021), ont le potentiel d’améliorer la fiabilité des estimations des changements des précipitations à l’échelle locale et régionale.
2.3.4.3 : Données sur la vitesse du vent
La principale source des données sur la vitesse du vent près de la surface utilisées dans le présent chapitre est l’ensemble de données canadiennes homogénéisées sur la vitesse du vent de surface (CanHomW mlyV2), qui comprend des enregistrements à long terme d’observations homogénéisées de la vitesse du vent à 154 endroits (figure 2.4; encadré 2.1) (Wang, Feng, Isaac, et al., 2025). Les vents de surface sont observés aux stations météorologiques à l’aide d’instruments appelés anémomètres, qui sont placés à 10 m au-dessus du sol dans une zone restreinte, exempte d’obstacles susceptibles d’altérer la circulation atmosphérique à proximité. Les données sur la vitesse du vent utilisées dans le présent chapitre proviennent principalement d’anémomètres qui mesurent la vitesse de rotation de moulinets à coupelles mécaniques. Bien que ces mesures soient généralement fiables, elles peuvent être affectées par plusieurs types de problèmes mécaniques. Par exemple, des accumulations de glace peuvent entraver le mouvement des coupelles, ce qui entraîne des mesures de vitesse du vent trop faibles, voire le blocage complet des coupelles, ce qui donne des mesures nulles (ECCC, 2015). Les données mensuelles moyennes sur la vitesse du vent ont été dérivées des données horaires sur la vitesse du vent à la surface, dont la qualité a été contrôlée, issues des archives nationales de données climatologiques du Canada tenues par ECCC. Les valeurs horaires rapportées correspondent aux vitesses moyennes du vent sur deux minutes enregistrées au début de chaque heure (ECCC, 2015). Aucun ensemble de données maillées sur la vitesse du vent issu des données de station homogénéisées n’a été produit en raison du faible nombre de sites offrant des données homogénéisées à long terme.
2.3.4.4 : Ensembles de données de réanalyse
La réanalyse est une méthode scientifique qui se fonde sur les relations physiques entre différentes variables climatiques, telles que décrites dans un modèle météorologique ou climatique, pour combiner systématiquement une variété de sources d’observations météorologiques et climatiques (de la surface/sous-surface à la haute atmosphère, y compris les observations satellitaires et maritimes) afin de créer une représentation plus complète de l’évolution des conditions climatiques historiques, de la surface/sous-surface de la Terre jusqu’au-dessus de la stratosphère. Un ensemble de données de réanalyse représente une reconstruction en quatre dimensions des conditions climatiques historiques sur la période de réanalyse.
Trois sources secondaires de données sur les températures moyennes mensuelles historiques, les quantités de précipitations et les vitesses du vent de surface ont également été utilisées dans le présent chapitre, tout en reconnaissant que ces sources peuvent être sujettes à des hétérogénéités et à d’autres incertitudes. Ces sources sont les ensembles de données de réanalyse ERA5, 20CRv3 et OCADA. L’ensemble ERA5 est constitué de données de réanalyse atmosphériques de cinquième génération pour le climat mondial, et a été produit par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) (Hersbach et al., 2020); l’ensemble 20CRv3 est la troisième version de l’ensemble de données de réanalyse du XXe siècle de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis (Slivinski et al., 2019); l’ensemble OCADA est constitué de données de réanalyse OCADA (Over-Centennial Atmospheric Data Assimilation) et a été produit par des institutions japonaises (Ishii et al., 2024).
L’ensemble ERA5 utilise une version fixe du modèle de prévision météorologique et du système d’assimilation des données du CEPMMT pour fournir des analyses détaillées et à haute résolution (environ 31 km) de l’état complet de l’atmosphère entre 1940 et aujourd’hui, y compris les valeurs horaires de certaines variables. Il se fonde sur une vaste archive d’observations historiques in situ et d’observations satellitaires. Pour cette raison, certains aspects de l’analyse, comme la température de l’air à la surface et les précipitations, sont susceptibles de présenter des hétérogénéités découlant de l’évolution du système d’observation mondial au fil du temps. Le produit de données 20CRv3 utilise une version fixe du modèle de prévision météorologique et du système d’assimilation des données des NCEP (National Centers for Environmental Prediction) des États-Unis. Il fournit des analyses à résolution modérée (environ 75 km) de l’état complet de l’atmosphère pour la période de 1836 à 2015, et l’échantillonnage est réalisé trois fois par heure. L’ensemble OCADA est similaire au produit de données 20CRv3, mais il utilise un modèle atmosphérique japonais pour fournir des analyses à résolution modérée (environ 60 km) de l’état complet de l’atmosphère.
Les ensembles de données 20CRv3 et OCADA intègrent tous deux les observations de la température de surface de la mer et de la pression atmosphérique à la surface dans leurs modèles de prévision météorologique. Ces deux aspects du climat font l’objet de certaines des séries d’observations réalisées à l’aide d’instruments les plus longues et les mieux étudiées. L’avantage d’utiliser uniquement ces deux sources de données d’observation découle du fait que ces réanalyses devraient être moins touchées par les changements du système mondial d’observation météorologique que celles qui sont basées sur un ensemble plus large d’observations historiques. L’inconvénient, cependant, est que ces réanalyses ne bénéficient pas des améliorations apportées aux systèmes d’observation qui ont débuté, notamment en 1979, avec l’introduction des données des satellites météorologiques. Par conséquent, bon nombre des variables utilisées dans les réanalyses 20CRv3 et OCADA pour représenter l’état de l’atmosphère sont beaucoup plus fortement influencées par les modèles de prévision météorologique utilisés dans la réanalyse que ce ne serait le cas dans une réanalyse qui s’appuie davantage sur des données climatiques et météorologiques archivées, comme ERA5.
Nous avons utilisé les données réanalysées avec prudence dans le présent chapitre, car elles peuvent contenir des hétérogénéités, et les modèles de prévision météorologique utilisés peuvent avoir biaisé certaines variables. Comme aucun ensemble de données maillées sur les vitesses moyennes mensuelles du vent dérivées de données homogénéisées issues de stations n’était disponible, nous avons utilisé avec prudence les réanalyses ERA5, 20CRv3 et OCADA comme sources de données maillées historiques sur les vitesses moyennes mensuelles du vent à la surface. La circulation dans l’atmosphère libre, où le mouvement de l’air n’est que très peu affecté par le frottement à la surface de la planète, est généralement bien représentée dans les réanalyses, et les champs tridimensionnels du vent et les variables connexes issus des réanalyses sont souvent utilisés de manière interchangeable avec les observations de la haute atmosphère provenant de radiosondes et d’autres sources. Ce n’est toutefois pas le cas pour les vitesses du vent près de la surface (c’est-à-dire à une hauteur d’anémomètre de 10 m), car les vents près de la surface sont fortement influencés par la rugosité et la topographie du relief. Le calcul des vitesses du vent dans les réanalyses est soumis à plusieurs contraintes, comme la résolution des grilles spatiales et verticales utilisées dans les modèles météorologiques, ce qui fait en sorte que les détails à très petite échelle ne sont pas bien représentés. En outre, certains processus physiques agissant sur les vitesses du vent à la surface ne sont pas bien représentés dans les modèles de prévision météorologique. Par exemple, la résolution des grilles utilisées n’est pas assez fine pour représenter explicitement les orages individuels et les vents forts à l’échelle locale qu’ils peuvent produire. Par conséquent, comme pour les précipitations, nous avons utilisé avec prudence les données sur les vents à la hauteur de l’anémomètre issues des réanalyses.
2.4 : Changements passés des températures
Message clé 2.6 : Le climat du Canada s’est réchauffé rapidement au cours des 75 dernières années, et les taux de réchauffement ont fluctué au cours du siècle dernier. On estime que les températures moyennes annuelles ont augmenté à un rythme de 0,26 °C (très probable : de 0,12 à 0,41 °C) par décennie entre 1948 et 2023 pour le Canada dans son ensemble et de 0,35 °C (très probable : de 0,18 à 0,55 °C) par décennie pour le Nord canadienNote de bas de page 6 . La température moyenne annuelle estimée du Canada a dépassé la moyenne de 1961 à 1990 au cours de 30 des 33 années après 1990.
Message clé 2.7 : Le Canada s’est réchauffé plus rapidement que la plupart des autres régions du monde. Le taux de réchauffement du Canada au cours de la période de 1948 à 2023 est similaire à celui de la superficie terrestre mondiale (degré de confiance élevé), mais le Nord canadien s’est réchauffé à un rythme environ deux fois supérieur à celui de la superficie terrestre et océanique mondiale combinée au cours de la période de 1948 à 2023 (degré de confiance élevé). La majeure partie du réchauffement observé s’est produite depuis 1970. Le taux de réchauffement du Canada a été presque deux fois plus élevé que le taux de réchauffement planétaire au cours de la période de 1970 à 2023 (degré de confiance élevé).
Message clé 2.8 : L’influence humaine a entraîné une augmentation des températures moyennes canadiennes au cours de la période de 2015 à 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle (estimée dans le présent rapport comme la période allant de 1850 à 1900). Il est probable que les influences humaines à elles seules aient entraîné un réchauffement supérieur à celui observé entre les décennies de 1948 à 1957 et de 2014 à 2023, soit 1,6 °C, les influences externes naturelles et la variabilité climatique interne ayant, ensemble, empêché qu’une petite partie de cette influence soit exercée (degré de confiance élevé).
La présente section décrit l’évolution des températures de l’air à la surface au Canada, établit des comparaisons avec les changements observés dans la température moyenne mondiale et évalue dans quelle mesure l’influence humaine sur le climat est responsable des changements observés au Canada. On a principalement utilisé l’ensemble de données maillées sur la température CanGridT mlyV3.1 (section 2.3.4.1) pour réaliser les analyses et l’évaluation, en tenant compte de la période de 1900 à 2023 pour le Sud du Canada et de la période de 1948 à 2023 pour le Canada dans son ensemble. Il s’agit des périodes pour lesquelles on dispose de suffisamment de données de station homogénéisées à long terme pour produire un ensemble de données maillées pour ces régions.
2.4.1 : Changements passés des températures moyennes de l’air à la surface
Les températures moyennes annuelles ont augmenté presque partout au Canada depuis 1948, et dans la plupart des régions, cette augmentation est statistiquement significative au seuil de 5 % (c’est-à-dire que la probabilité de conclure qu’un effet ou une tendance existe alors qu’il n’en est rien est de 5 % ou moins) (figure 2.6). La température moyenne annuelle pour le Canada dans son ensemble a peu changé entre 1948 et 1970, mais elle a augmenté rapidement par la suite, une tendance également observée dans les données de réanalyse ERA5 (figures 2.7c et d). Les dix années les plus chaudes de la période de 1948 à 2023 se sont produites depuis 1981. Les première, deuxième et troisième années les plus chaudes ont été 2010, 2023 et 2006, avec des températures respectivement supérieures de 3,05 °C, de 2,91 °C et de 2,46 °C à la température moyenne de référence de 1961 à 1990. La température moyenne annuelle du Canada a dépassé la moyenne de 1961 à 1990 pendant 30 des 33 années après 1990 (les exceptions sont 1992, 1996 et 2004, où les températures ont été légèrement inférieures à la moyenne).
Au Canada dans son ensemble, les températures moyennes annuelles de l’air à la surface ont augmenté à un rythme d’environ 0,26 °C par décennie (2,0 °C au total) entre 1948 et 2023. La quasi-totalité de ce réchauffement s’est produit depuis 1970 (figure 2.7a,c), ce qui signifie que le Canada a connu un taux de réchauffement d’environ 0,37 °C par décennie (2,0 °C au total) entre 1970 et 2023. Un degré d’incertitude relativement important caractérise ces estimations, même lorsque l’on tient compte du Canada dans son ensemble, comme le reflètent les fourchettes d’incertitude de 95 % présentées au tableau 2.1a (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). Ces estimations peuvent également être influencées par les méthodes de traitement et de maillage des données. Les sources d’incertitude sont difficiles à évaluer, mais on considère qu’elles sont faibles lorsque l’on compare des produits de données ayant fait l’objet de recherches adéquates. Par exemple, il n’y a qu’une différence très mineure entre la tendance de 0,26 °C par décennie estimée à partir de l’ensemble CanGrid mlyV3.1 pour la période de 1948 à 2023 et les tendances de 0,26 °C, de 0,26 °C, de 0,25 °C et de 0,27 °C par décennie estimées à partir des ensembles ERA5, C-LSAT2.0, CRUTEM5 et NOAA-MLOST, respectivement (voir la section 2.3.4.1 et la figure 2.5).
Faits saillants de la figure : Le Canada s’est réchauffé au cours des périodes pour lesquelles on dispose de données suffisantes sur les températures, le réchauffement étant plus marqué dans le nord.
Titre de la figure : Évolution des températures moyennes quotidiennes annuelles dans l’ensemble du Canada
Figure 2.6 : Cartes des changements observés dans les températures moyennes quotidiennes annuelles entre a) 1948 et 2023 (échelle de gauche : °C/décennie; échelle de droite : °C) et b) 1900 et 2023 (échelle de gauche : °C/décennie; échelle de droite : °C). Les changements sont basés sur les tendances linéaires observées au cours des périodes respectives, estimées à l’aide de la méthode décrite par Wang et Swail (2001)Note de bas de page 7 . Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 % (c’est-à-dire que la probabilité de conclure qu’un effet ou une tendance existe alors qu’il n’en est rien est de 5 % ou moins). Les pourcentages indiqués dans les titres des panneaux correspondent respectivement au pourcentage de points de grille présentant des tendances positives et négatives significatives. Les données pour le nord du Canada sont insuffisantes pour calculer avec certitude les tendances de réchauffement de 1900 à 2023. La figure supplémentaire S2.1 présente les estimations correspondantes des changements dans les températures moyennes annuelles minimales et maximales quotidiennes de l’air à la surface. Source des données : ensemble CanGridT mlyV3.1 (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026).
Description longue
Cette figure montre deux cartes du Canada avec des codes de couleurs illustrant les changements observés dans la température moyenne quotidienne annuelle moyenne sur deux périodes. Le panneau a) couvre la période de 1948 à 2023, et le panneau b), celle de 1900 à 2023. Les changements de température sont exprimés sous forme de tendances linéaires en degrés Celsius par décennie, et une échelle de variation totale correspondante est indiquée le long de chaque carte. Les couleurs vont du bleu clair, indiquant un léger refroidissement, au gris pâle, indiquant un léger réchauffement, et à des couleurs allant du jaune clair à l’orange foncé, correspondant à des augmentations plus importantes, l’orange foncé indiquant le réchauffement le plus fort.
Dans le panneau a), presque toutes les régions du Canada présentent un réchauffement, les plus fortes augmentations étant observées dans les zones nordiques et arctiques, en orange, atteignant environ 0,5 °C par décennie (environ 3,8 °C au total sur la période). Les régions du sud affichent un réchauffement modéré en jaune, autour de 0,1 à 0,3 °C par décennie. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Le panneau b) montre les tendances de 1900 à 2023, mais le nord du Canada est grisé en raison du manque de données. Le sud du Canada montre toujours un réchauffement, principalement jaune clair, ce qui indique des augmentations plus faibles d’environ 0,05 à 0,15 °C par décennie au cours de la période plus longue de 124 ans. Les deux cartes confirment un réchauffement généralisé, de plus grande ampleur au cours des dernières décennies et dans les régions du Nord.
Nous estimons que le réchauffement a été nettement plus important au Canada que dans la partie continentale des États-Unis (degré de confiance élevé), où la température moyenne annuelle a augmenté à un rythme de 0,18 °C par décennie au cours de la période de 1948 à 2023 (série chronologique nationale; NOAA NCEI, 2024). La limite supérieure de la fourchette d’incertitude de 95 % estimé (de 0,11 à 0,24 °C) de ce réchauffement est inférieure à la meilleure estimation du taux de réchauffement correspondant pour le Canada, qui est de 0,26 °C par décennie. Le degré de confiance envers cette tendance repose à la fois sur la différence substantielle entre les tendances observées en matière de réchauffement et sur la compréhension du rôle que jouent les processus d’amplification arctique dans l’accélération du réchauffement au Canada par rapport à celui des zones terrestres situées à des latitudes plus faibles (chapitre 4, section 4.2).
Faits saillants de la figure : Tous les ensembles de données pris en compte s’accordent pour dire que le Canada s’est considérablement réchauffé pendant la période pour laquelle on dispose de données.
Titre de la figure : Changements dans les températures moyennes annuelles pour l’ensemble du Canada et le Sud du Canada
Description longue
La figure 2.7 montre quatre graphiques à barres illustrant les anomalies de la température moyenne quotidienne annuelle pour le Canada et le sud du Canada, par rapport au niveau de référence de 1961 à 1990, chaque année étant représentée par une barre distincte. Les anomalies sont montrées en degrés Celsius. Les panneaux a) et b) utilisent les données de l’ensemble CanGridT mlyV3.1; les panneaux c) et d) utilisent les données de réanalyse ERA5. Les panneaux a), b) et d) affichent des données pour la période de 1948 à 2023, tandis que le panneau c) affiche des données pour la période de 1900 à 2023.
Chaque graphique présente les anomalies annuelles sous forme de barres verticales, avec des barres bleues pour les années plus froides et des barres rouges pour les années plus chaudes. Deux lignes de tendance lissées sont incluses : une moyenne mobile sur 30 ans (ligne noire pleine) et une moyenne mobile sur 11 ans (ligne noire pointillée).
Dans tous les panneaux, les anomalies du milieu du 20e siècle fluctuent près de zéro, puis un réchauffement progressif se produit après 1970 environ. Le panneau c), basé sur les données de l’ensemble CanGridT mlyV3.1 pour le sud du Canada, montre que la première partie du 20e siècle était plus froide d’environ 0,5 °C par rapport au milieu du 20e siècle dans cette région. Le réchauffement s’accélère fortement vers 1980, les dernières décennies présentant des anomalies dépassant +2 °C au-dessus du niveau de référence pour le Canada et légèrement moins pour le sud du Canada.
Les deux ensembles de données confirment la même tendance : un réchauffement important au cours de la période de référence, le plus fort depuis la fin du 20e siècle. Le Canada dans son ensemble présente des anomalies légèrement plus importantes que le sud du pays, mais les deux régions présentent des tendances à la hausse constantes.
Sources de données : CanGridT mlyV3.1 (mise à jour de Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers et al., 2025) et ERA5 (Hersbach et al., 2020).
Tableau 2.1 : Changements observés des températures quotidiennes moyennes annuelles et saisonnières de l’air à la surface des terres au cours des périodes indiquées pour le Canada dans son ensemble, ses six régions et le Sud du Canada (voir la figure 2.2 pour la définition des régions). a) Température quotidienne moyenne de l’air à la surface des terres, b) température quotidienne minimale de l’air à la surface des terres et c) température quotidienne maximale de l’air à la surface des terres. Les changements qui ont eu lieu au cours de la période sont représentés par des tendances linéaires, et les intervalles de confiance à 95 % correspondants sont indiqués entre parenthèses (voir la note de bas de page 7). Source des données : estimations tirées de l’ensemble de données de station maillées CanGridT mlyV3.1, mises à jour à partir de Vincent et al. (2020) par Wang, Feng, Zwiers et al. (2026).
| Période | Région | Changement de la température (°C par décennie) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Annuel | Hiver | Printemps | Été | Automne | ||
| 1948– 2023 | Canada | 0,26 (0,12 à 0,41) | 0,45 (0,26 à 0,64) | 0,21 (0,09 à 0,35) | 0,22 (0,16 à 0,29) | 0,26 (0,14 à 0,41) |
| Nord canadien | 0,35 (0,18 à 0,55) | 0,57 (0,37 à 0,77) | 0,26 (0,1 à 0,44) | 0,27 (0,13 à 0,4) | 0,36 (0,22 à 0,51) | |
| Sud du Canada | 0,2 (0,08 à 0,33) | 0,38 (0,14 à 0,62) | 0,18 (0,03 à 0,31) | 0,21 (0,12 à 0,31) | 0,19 (0,05 à 0,33) | |
| Colombie-Britannique | 0,26 (0,16 à 0,35) | 0,44 (0,12 à 0,77) | 0,22 (0,05 à 0,37) | 0,24 (0,13 à 0,35) | 0,13 (-0,02 à 0,24) | |
| Prairies | 0,25 (0,13 à 0,36) | 0,47 (0,1 à 0,8) | 0,19 (-0,02 à 0,41) | 0,21 (0,13 à 0,3) | 0,15 (-0,03 à 0,38) | |
| Ontario | 0,21 (0,06 à 0,35) | 0,33 (0,11 à 0,54) | 0,16 (-0,02 à 0,36) | 0,18 (0,08 à 0,28) | 0,19 (0,03 à 0,37) | |
| Québec | 0,16 (0,04 à 0,28) | 0,24 (0 à 0,47) | 0,08 (-0,08 à 0,26) | 0,21 (0,1 à 0,32) | 0,25 (0,11 à 0,35) | |
| Canada atlantique | 0,15 (0,03 à 0,25) | 0,15 (-0,1 à 0,38) | 0,1 (-0,04 à 0,26) | 0,21 (0,12 à 0,3) | 0,21 (0,12 à 0,31) | |
| 1970–2023 | Canada | 0,37 (0,15 à 0,59) | 0,61 (0,25 à 0,97) | 0,18 (-0,02 à 0,41) | 0,29 (0,18 à 0,38) | 0,51 (0,29 à 0,73) |
| 1900–2023 | Sud du Canada | 0,15 (0,08 à 0,21) | 0,25 (0,14 à 0,36) | 0,15 (0,08 à 0,22) | 0,13 (0,11 à 0,16) | 0,11 (0,05 à 0,17) |
| Période | Région | Changement de la température (°C par décennie) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Annuel | Hiver | Printemps | Été | Automne | ||
| 1948–2023 | Canada | 0,28 (0,14 à 0,43) | 0,48 (0,3 à 0,68) | 0,23 (0,1 à 0,37) | 0,22 (0,17 à 0,29) | 0,29 (0,15 à 0,43) |
| Nord canadien | 0,36 (0,17 à 0,57) | 0,58 (0,38 à 0,76) | 0,28 (0,11 à 0,47) | 0,24 (0,17 à 0,32) | 0,39 (0,24 à 0,54) | |
| Sud du Canada | 0,22 (0,09 à 0,34) | 0,45 (0,19 à 0,7) | 0,18 (0,03 à 0,32) | 0,22 (0,17 à 0,27) | 0,2 (0,07 à 0,32) | |
| Colombie-Britannique | 0,27 (0,2 à 0,38) | 0,53 (0,17 à 0,87) | 0,22 (0,07 à 0,35) | 0,25 (0,2 à 0,31) | 0,15 (0,02 à 0,26) | |
| Prairies | 0,26 (0,13 à 0,4) | 0,53 (0,15 à 0,87) | 0,19 (0 à 0,4) | 0,22 (0,14 à 0,3) | 0,16 (-0,03 à 0,34) | |
| Ontario | 0,22 (0,08 à 0,38) | 0,41 (0,15 à 0,62) | 0,19 (0,03 à 0,35) | 0,19 (0,09 à 0,29) | 0,19 (0,03 à 0,34) | |
| Québec | 0,2 (0,06 à 0,33) | 0,34 (0,07 à 0,61) | 0,11 (-0,08 à 0,29) | 0,23 (0,1 à 0,35) | 0,26 (0,12 à 0,38) | |
| Canada atlantique | 0,15 (0,03 à 0,27) | 0,19 (-0,08 à 0,46) | 0,08 (-0,09 à 0,24) | 0,21 (0,13 à 0,29) | 0,22 (0,11 à 0,34) | |
| 1900–2023 | Sud du Canada | 0,2 (0,11 à 0,29) | 0,33 (0,19 à 0,46) | 0,18 (0,1 à 0,26) | 0,18 (0,15 à 0,2) | 0,15 (0,1 à 0,21) |
| Période | Région | Changement de la température (°C par décennie) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Annuel | Hiver | Printemps | Été | Automne | ||
| 1948–2023 | Canada | 0,25 (0,12 à 0,38) | 0,4 (0,24 à 0,57) | 0,21 (0,1 à 0,34) | 0,21 (0,14 à 0,28) | 0,24 (0,12 à 0,4) |
| Nord canadien | 0,34 (0,17 à 0,52) | 0,57 (0,35 à 0,77) | 0,25 (0,07 à 0,43) | 0,27 (0,14 à 0,4) | 0,35 (0,2 à 0,51) | |
| Sud du Canada | 0,17 (0,06 à 0,3) | 0,32 (0,1 à 0,54) | 0,16 (0,02 à 0,3) | 0,19 (0,11 à 0,29) | 0,18 (0,02 à 0,32) | |
| Colombie-Britannique | 0,23 (0,14 à 0,32) | 0,36 (0,09 à 0,64) | 0,21 (0,03 à 0,38) | 0,21 (0,1 à 0,33) | 0,1 (-0,05 à 0,21) | |
| Prairies | 0,23 (0,12 à 0,35) | 0,42 (0,11 à 0,73) | 0,21 (0 à 0,43) | 0,21 (0,1 à 0,3) | 0,17 (-0,05 à 0,4) | |
| Ontario | 0,18 (0,07 à 0,3) | 0,27 (0,06 à 0,46) | 0,16 (-0,03 à 0,37) | 0,17 (0,07 à 0,26) | 0,21 (0,04 à 0,39) | |
| Québec | 0,13 (0,02 à 0,24) | 0,15 (-0,08 à 0,39) | 0,05 (-0,09 à 0,22) | 0,19 (0,08 à 0,31) | 0,21 (0,08 à 0,33) | |
| Canada atlantique | 0,15 (0,04 à 0,26) | 0,08 (-0,12 à 0,29) | 0,12 (-0,02 à 0,26) | 0,22 (0,12 à 0,32) | 0,22 (0,1 à 0,33) | |
| 1900–2023 | Sud du Canada | 0,1 (0,06 à 0,13) | 0,17 (0,08 à 0,26) | 0,11 (0,04 à 0,18) | 0,1 (0,06 à 0,13) | 0,07 (0 à 0,13) |
On peut affirmer selon un degré de confiance élevé que le Canada s’est réchauffé à un rythme similaire à celui de la superficie terrestre mondiale, ce qui signifie qu’il s’est réchauffé plus rapidement que de nombreux autres pays. Les estimations du taux de réchauffement de la superficie terrestre mondiale entre 1948 et 2023, basées sur trois ensembles de données, sont de 0,25 °C par décennie (0,20 à 0,29 °C; NOAA-MLOST v6.0.0) (NOAA NCEI, 2024; Yin et al., 2024), de 0,25 °C par décennie (0,20 à 0,30 °C; C-LSAT2.0) (Q. Li et al., 2021; Sun et al., 2021), et de 0,21 °C par décennie (0,17 à 0,25 °C; CRUTEM5 v5.0.2.0) (Osborn et al., 2021)Note de bas de page 8 . Une fois encore, le degré de confiance envers cette évaluation repose à la fois sur les différences entre les taux de réchauffement estimés et sur la compréhension du rôle de l’amplification arctique.
De plus, le Canada s’est réchauffé environ 1,7 fois plus vite que la planète dans son ensemble, ce qui comprend les régions terrestres et les océans. Les estimations du taux de réchauffement planétaire mondial pour la période de 1948 à 2023 sont de 0,15 °C par décennie (0,13 à 0,17 °C) (NOAA NCEI, 2024), de 0,15 °C par décennie (0,13 à 0,18 °C; CMST2.0) (Q. Li et al., 2021; Yun et al., 2019), et de 0,16 °C par décennie (0,13 à 0,19 °C; analyse HadCRUT5, version 5.0.2.0) (Morice et al., 2021). Comme au Canada, la majeure partie du réchauffement de la planète depuis 1948 s’est produite depuis 1970. Les estimations du taux de réchauffement planétaire mondial pour la période de 1970 à 2023 sont de 0,19 °C par décennie (0,16 à 0,21 °C; NOAA-MLOST v6.0.0) (NOAA NCEI, 2024; Yin et al., 2024), de 0,20 °C par décennie (0,18 à 0,22 °C; CMST2.0) (Q. Li et al., 2021; Yun et al., 2019), et de 0,20 °C par décennie (0,18 à 0,22 °C; analyse HadCRUT5, version 5.0.2.0) (Morice et al., 2021). Comme indiqué ci-dessus, le taux de réchauffement du Canada pour la même période de 1970 à 2023 est de 0,37 °C par décennie (0,15 à 0,59 °C; tableau 2.1a). Sur la base de ces comparaisons, nous estimons que le Canada s’est réchauffé presque deux fois plus vite que la planète dans son ensemble au cours de la période 1970 à 2023 (degré de confiance élevé).
La plupart des pays ont connu un réchauffement plus rapide que la moyenne mondiale simplement en raison du régime dans lequel ce réchauffement s’est produit, les zones terrestres se réchauffant plus rapidement que les zones océaniques, ce qui est une caractéristique que l’on s’attend à voir dans la réponse du système climatique à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre (GES)Note de bas de page 9 . Ce régime a été observé et simulé par toutes les générations des modèles climatiques évalués par le GIEC depuis les débuts de l’organismeNote de bas de page 10 . Il s’explique par la très grande capacité thermique des océans, qui leur permet d’absorber beaucoup plus d’énergie provenant du réchauffement induit par les GES que la surface terrestre. Le Canada a connu un réchauffement nettement plus important que la moyenne des régions terrestres mondiales, car le climat de nos hautes latitudes nordiques est fortement influencé par les processus d’amplification arctique (chapitre 4, section 4.2).
Au cours de la période de 1900 à 2023, nous avons estimé que la température moyenne annuelle dans le Sud du Canada a augmenté de 1,85 °C (0,15 °C par décennie), avec des augmentations de 3,08 °C en hiver, de 1,85 °C au printemps, de 1,60 °C en été et de 1,35 °C en automne (0,25 °C, 0,15 °C, 0,13 °C et 0,11 °C par décennie, respectivement). Les températures moyennes annuelles dans le Sud du Canada n’ont pas augmenté de façon constante au cours de cette période (figure 2.7b). Les températures ont augmenté jusqu’aux années 1940, sont restées stables jusqu’aux années 1970, puis ont augmenté rapidement (voir la section 2.4.2 pour une analyse des facteurs à l’origine de ces changements). Les températures moyennes annuelles dans le Sud du Canada sont restées constamment supérieures à la moyenne de 1961 à 1990 depuis 1997 (figure 2.7b), ce qui aurait été pratiquement impossible en l’absence d’un réchauffement systématique du système climatique. Ce comportement à long terme des températures dans le Sud du Canada correspond à celui observé aux États-Unis et à l’échelle mondiale. Voir la figure 2.11 dans Gulev et al. (2021) pour la série chronologique mondiale et les National Centers for Environmental Protection de la NOAA (NOAA NCEI, 2024) pour les graphiques des séries chronologiques nationales et mondiales.
On observe des variations saisonnières et régionales importantes dans les tendances des températures observées dans l’ensemble du Canada (voir la figure 2.2 pour les définitions des régions prises en compte dans les chapitres 2, 3 et 8). Le réchauffement a été plus marqué au Canada en hiver et en automne qu’au printemps et en été. Entre 1948 et 2023, la température moyenne annuelle sur l’ensemble du territoire du Canada aurait augmenté de 3,38 °C (0,45 °C par décennie) en hiver, de 1,58 °C (0,21 °C par décennie) au printemps, de 1,65 °C (0,22 °C par décennie) en été et de 1,95 °C (0,26 °C par décennie) en automne (les intervalles de confiance à 95 % correspondants sont indiqués dans le tableau 2.1a). L’ampleur du réchauffement varie également selon les régions. Le réchauffement annuel moyen le plus important a été observé dans le nord-ouest du Canada, où la température annuelle moyenne a augmenté de 2,6 à 3,5 °C (0,35 à 0,47 °C par décennie) dans certaines régions. L’est du Canada a connu un réchauffement nettement moins important, avec des augmentations non statistiquement significatives estimées dans certaines parties du nord de l’Ontario et du Québec, ainsi que dans le centre du Labrador et de Terre-Neuve (figure 2.6a). Il convient de noter que, même s’il ne fait aucun doute que le Canada s’est réchauffé depuis 1948, la fiabilité des estimations des variations saisonnières et régionales du réchauffement est un peu plus faible en raison des variations spatiales et temporelles du nombre de stations d’observation (figure 2.4 et encadré 2.2, figure 1a).
Les tendances annuelles et saisonnières des changements observés dans les températures minimales et maximales quotidiennes moyennes annuelles sont globalement similaires à celles observées dans les températures moyennes quotidiennes (figures supplémentaires S2.1 et S2.2). Les variations régionales et saisonnières des tendances sont également similaires entre les variables de température (tableau 2.1b,c), le réchauffement le plus élevé se produisant en hiver, en plus d’être beaucoup plus élevé dans le Nord canadien que dans le Canada dans son ensemble. Le Canada a également connu une augmentation plus importante des températures minimales quotidiennes que des températures maximales quotidiennes, plus particulièrement en hiver, ce qui correspond aux résultats observés dans d’autres régions du monde. On estime que les températures minimales quotidiennes hivernales (c’est-à-dire la température minimale des nuits d’hiver) ont augmenté à un rythme de 0,48 °C par décennie (3,6 °C entre 1948 et 2023), contre 0,40 °C par décennie (3,0 °C entre 1948 et 2023) pour les températures maximales quotidiennes hivernales. En outre, la différence entre les taux de réchauffement des températures minimales quotidiennes en hiver et des températures maximales quotidiennes en été (c’est-à-dire la température des journées d’été) est particulièrement frappante, les températures maximales quotidiennes estivales ayant augmenté à un rythme estimé à 0,21 °C par décennie, soit 1,6 °C sur la période de 1948 à 2023. Contrairement à l’hiver, en été, les températures minimales quotidiennes n’ont augmenté que légèrement plus vite que les températures maximales quotidiennes (0,22 °C par décennie contre 0,21 °C par décennie).
Les différences régionales en matière de réchauffement sont les plus marquées en hiver et les moins marquées en été, et des variations saisonnières importantes ont été constatées dans le profil de réchauffement (figure 2.8). Le réchauffement hivernal est particulièrement notable au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest, dans le nord de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, ainsi que dans l’ouest du Nunavut, selon une fourchette allant de 4 à 7,5 °C pour la période de 1948 à 2023 (soit 0,55 à 1,02 °C par décennie). Les profils de réchauffement régional sont semblables au printemps, mais leur ampleur est moindre et ils ne sont pas statistiquement significatifs sur de vastes superficies. Le réchauffement estival est comparable en ampleur à celui du printemps, mais il est statistiquement significatif presque partout au Canada et généralement plus uniforme à l’échelle du pays que pendant les autres saisons. À l’automne, on observe un réchauffement important au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et dans le sud-est du Canada, tandis que les changements ne sont pas significatifs dans la plupart des régions de la Colombie-Britannique et des Prairies. Ces différences dans les tendances saisonnières et l’intensité du réchauffement correspondent globalement à la compréhension des caractéristiques du système climatique (section 2.4.2; chapitre 4). Les changements de température dans l’ensemble du Canada ont tendance à être plus uniformes en été qu’en hiver, car le réchauffement des hautes latitudes, qui est fortement amplifié en hiver en raison de l’amplification arctique (chapitre 4, section 4.2), est limité en été par la fonte continue de la glace de mer et de la glace terrestre.
Faits saillants de la figure : Le réchauffement observé au Canada depuis 1948 varie selon les saisons, le réchauffement le plus important se produisant en hiver dans la plupart des régions.
Titre de la figure : Tendances des températures moyennes quotidiennes saisonnières de l’air à la surface des terres dans l’ensemble du Canada
Description longue
La figure 2.8 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les changements observés dans la température moyenne quotidienne saisonnière de l’air à la surface entre 1948 et 2023. Chaque panneau représente une saison : hiver (décembre à février), printemps (mars à mai), été (juin à août) et automne (septembre à novembre). Les couleurs vont du bleu clair, indiquant un léger refroidissement, au gris pâle, indiquant un léger réchauffement, et à des couleurs allant du jaune clair à l’orange foncé, correspondant à des augmentations plus importantes, l’orange foncé indiquant le réchauffement le plus fort. Les tendances sont exprimées en degrés Celsius par décennie, et une échelle de variation totale correspondante est indiquée le long de chaque carte.
Pour toutes les saisons, le réchauffement est évident, mais son ampleur varie. L’hiver montre le plus fort réchauffement, particulièrement dans les régions du Nord et de l’Arctique, avec des tendances allant jusqu’à environ 0,5 °C par décennie. L’été présente également un réchauffement généralisé, bien que généralement plus faible qu’en hiver. Le printemps et l’automne montrent un réchauffement modéré, principalement dans le sud du Canada. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Dans l’ensemble, les cartes indiquent que le Canada s’est réchauffé chaque saison depuis 1948, le réchauffement le plus important ayant lieu en hiver et dans les régions du Nord.
Ces changements de température ont des répercussions sur de nombreux secteurs. Les indices basés sur la température permettent d’évaluer les répercussions des changements du climat sur l’agriculture, la conception des bâtiments et la santé humaine, parmi de nombreux autres secteurs importants. Par exemple, pour le Canada dans son ensemble, la durée de la saison sans gel, qui est définie comme la période de l’année pendant laquelle la température minimale quotidienne est continuellement supérieure à 0 °C, aurait augmenté de 18,1 jours (intervalle de confiance à 95 % : 9,5 à 27,2 jours) entre 1948 et 2023. La durée de la saison de croissance, souvent définie comme la période qui commence lorsqu’il y a six jours consécutifs de températures moyennes quotidiennes supérieures à 5 °C au printemps ou en été et qui s’achève lorsque cette condition n’est plus remplie plus tard dans l’année, aurait augmenté de 15,9 jours (10,0 à 22,7 jours) au cours de la même période. Les tendances relatives à la durée sans gel et à la durée de la saison de croissance ont été calculées de la même manière que dans le RCCC de 2019 (Vincent et al., 2018; Zhang et al., 2019), à l’aide des ensembles de données CanGridTmin et CanGridT dlyV3.1 (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020; Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026).
Trois autres indices sont souvent utilisés pour évaluer les répercussions du réchauffement : les degrés-jours de croissance (DJC), les degrés-jours de chauffage (DJCh) et les degrés-jours de climatisation (DJCl). Les degrés-jours sont des mesures cumulatives de l’écart entre les températures moyennes quotidiennes de l’air à la surface et un certain seuil chaque année. Pour les degrés-jours de croissance (DJC), la température de 5 °C est utilisée comme seuil représentant les conditions propices à la croissance des cultures et les dépassements journaliers de ce seuil sont cumulés. Par exemple, une journée avec une température moyenne de l’air à la surface de 9 °C (c’est-à-dire 4 °C de plus que le seuil de 5 °C) ajouterait 4 DJC au total des DJC pour cette année. Nous avons utilisé les ensembles de données de température quotidienne maillées CanGridTmin, CanGridTmax et CanGridT dlyV3.1 pour évaluer les changements de cet indicateur. Entre 1948 et 2023, les DJC ont augmenté de 195 degrés-jours (passant de 149 à 246 degrés-jours) en moyenne pour l’ensemble du pays, ce qui représente 22,3 % de la situation de départ climatologique de référence de 1961 à 1990 pour les DJC (874 degrés-jours) au Canada. Des augmentations statistiquement significatives des DJC ont été observées dans toutes les régions du Canada (figure 2.9a).
Faits saillants de la figure : Le réchauffement qui s’est produit agit sur les besoins en chauffage et en climatisation ainsi que sur les conditions de croissance.
Titre de la figure : Évolution des degrés-jours de croissance, des degrés-jours de climatisation et des degrés-jours de chauffage annuels sur la période de 1948 à 2023
Description longue
La figure 2.9 présente trois cartes du Canada avec un code de couleurs montrant les changements observés dans le nombre annuel de degrés-jours de croissance (DJC), de degrés-jours de climatisation (DJCl) et de degrés-jours de chauffage (DJCh) de 1948 à 2023. Les tendances s’expriment par des changements dans le nombre de degrés-jours par décennie. Les couleurs chaudes indiquent des changements compatibles avec un climat qui se réchauffe : augmentation des DJC et des DJCl, et diminution des DJCh.
La première carte montre les tendances des DJC, qui augmentent dans presque toutes les régions, en particulier dans le sud du Canada, ce qui reflète des saisons de croissance plus longues. La deuxième carte montre les tendances des DJCl, qui indiquent une demande accrue en climatisation dans la plupart des régions du sud, bien que certaines régions du nord demeurent inchangées parce que les températures n’atteignent pas des niveaux suffisamment élevés pour indiquer que les bâtiments pourraient avoir besoin de climatisation. La troisième carte montre les tendances en matière de DJCh, qui diminuent partout au Canada, à quelques exceptions près dans l’est du Canada, ce qui signifie qu’il faut moins de chauffage pendant l’hiver. Les points représentent des zones limitées dans l’est du Canada où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Ensemble, ces cartes montrent que le réchauffement a eu une incidence sur l’agriculture, la consommation d’énergie et le confort saisonnier, avec des saisons de croissance plus longues, des besoins en climatisation plus élevés et des exigences réduites en matière de chauffage.
Les degrés-jours de climatisation (DJCl) tiennent compte des températures qui dépassent un seuil de 18 °C, tandis que les degrés-jours de chauffage (DJCh) tiennent compte des températures inférieures à 18 °C. Bien que la température extérieure réelle à laquelle les Canadiens commencent à climatiser ou à chauffer leurs espaces de vie et de travail puisse varier par rapport à 18 °C, ce seuil générique est souvent utilisé pour calculer les DJCh et les DJCl au moment de la conception des systèmes de chauffage et de climatisation. Ces mesures sont des indicateurs utiles de la demande énergétique potentielle en chauffage et en climatisation et sont donc importantes dans la conception des bâtiments. On estime que les DJCl ont augmenté de 20 degrés-jours (10 à 30 degrés-jours) en moyenne dans tout le Canada (figure 2.9b), ce qui représente une augmentation importante (67,8 %) par rapport à la moyenne climatologique de 29,5 degrés-jours. En revanche, on estime que les DJCh ont diminué de 711 degrés-jours (-1 086 à -357 degrés-jours) entre 1948 et 2023, soit 8,8 % de la moyenne climatologique nationale de 8 102 degrés-jours. Des diminutions statistiquement significatives des DJCh ont été observées presque partout au Canada (figure 2.9c). Pour les DJCl, les moyennes régionales montrent également des augmentations fortes et statistiquement significatives, bien que les changements ne soient pas significatifs dans certaines parties des Prairies et dans la région de la baie d’Hudson. De plus, certaines régions du nord du Canada n’ont pas dépassé suffisamment souvent le seuil de température de 18 °C pour que la tendance des DJCl puisse être calculée (zone grise à la figure 2.9b). Ces changements indiquent qu’il y a eu une réduction au fil du temps de la quantité d’énergie nécessaire pour chauffer une maison canadienne type en hiver (en supposant une conception normalisée) et peut-être une augmentation globale modeste de la quantité d’énergie nécessaire pour climatiser une telle maison en été, en particulier dans le sud du Canada.
Les changements observés dans le nombre de degrés-jours de croissance, de degré-jour de climatisation et de degré-jour de chauffage qui s’accumulent chaque année correspondent fortement aux changements observés dans les températures moyennes estivales et hivernales, ce qui permet d’interpréter la direction de ces changements selon un degré de confiance élevé. Cependant, ces indices reposent principalement sur des renseignements concernant les fluctuations quotidiennes des températures dans la partie de la distribution des températures qui s’étend soit au-dessus (DJC et DJCl), soit en dessous (DJCh) des seuils utilisés dans leurs définitions. Le degré de confiance associé à l’importance des tendances associées à ces indices (degré de confiance moyen) est donc moins élevé que pour les tendances et les moyennes annuelles et saisonnières des températures.
2.4.2 : Comprendre les changements passés
La part du réchauffement attribuable à l’influence humaine est un domaine de recherche très actif qui a considérablement évolué depuis le RCCC de 2019. Nous examinons ici les méthodes améliorées utilisées pour attribuer le réchauffement à l’influence humaine et les résultats des principales études menées depuis le RCCC de 2019. Nous résumons notre évaluation fondée sur ces données à la fin de la présente sous-section.
Plusieurs facteurs externes ont influé sur l’état du climat depuis la période préindustrielle (approximativement la période de 1850 à 1900 dans le présent rapport). Il s’agit notamment de facteurs naturels, comme les variations de l’activité solaire et volcanique, et de facteurs anthropiques, comme les variations des concentrations de GES, des concentrations d’aérosols dans l’atmosphère et des propriétés de la surface terrestre en raison des changements de l’utilisation des terres. La contribution du Groupe de travail 1 au sixième Rapport d’évaluation du GIEC (contribution du GT1 au RE6 du GIEC) a estimé qu’il était probable que l’influence humaine soit responsable d’un réchauffement planétaire de 0,8 à 1,3 °C (meilleure estimation : 1,07 °C) entre les périodes de 1850 à 1900 et de 2010 à 2019 (Eyring et al., 2021), par rapport au réchauffement observé de 1,09 °C (0,95 à 1,20 °C) entre les périodes de 1850 à 1900 et de 2011 à 2020 (Gulev et al., 2021) (à noter que les fourchettes d’incertitude dans cette section sont indiquées comme des fourchettes d’incertitude de 90 % plutôt que comme des intervalles de confiance à 95 %, comme c’est généralement le cas ailleurs dans le présent chapitreNote de bas de page 11 ). Au cours de la même période, il est probable que le forçage dû aux GES ait augmenté la température moyenne mondiale de 1,0 à 2,0 °C s’il avait été le seul facteur de réchauffement, tandis qu’il est probable que d’autres forçages anthropiques, notamment les aérosols, aient réduit ce réchauffement potentiel de 0,0 à 0,8 °C (Eyring et al., 2021). Une version actualisée de cette analyse, fondée sur des méthodes similaires, a conclu que le réchauffement planétaire d’origine humaine avait atteint 1,22 °C (1,0 à 1,5 °C) en moyenne au cours de la décennie de 2015 à 2024 et qu’en 2024, il avait atteint 1,36 °C (1,1 à 1,7 °C) par rapport à la moyenne de la période de 1850 à 1900 (Forster et al., 2025). T. Li, Zwiers et Zhang (2025a) ont utilisé une méthode différente de celle de Forster et al. (2025) pour produire une estimation très similaire de l’importance du réchauffement planétaire causé par l’influence humaine en 2024, soit 1,30 °C (1,19 à 1,40 °C) par rapport à la période de 1850 à 1900.
Pour le Canada, Zhang et al. (2019) ont estimé dans le RCCC de 2019 qu’il est probable que plus de la moitié du réchauffement observé au Canada au cours de la période de 1948 à 2016 soit dû à l’influence des activités humaines. Cette conclusion s’appuie principalement sur une étude (Wan et al., 2019) qui a montré que la meilleure estimation de la tendance attribuable aux influences humaines sur le climat était proche de la meilleure estimation de la tendance observée dans les températures moyennes au Canada entre 1948 et 2012, après élimination des influences naturelles résultant de deux phénomènes à grande échelle de la variabilité naturelle du climat qui affectent le Canada, soit l’oscillation nord-atlantique (ONA) et l’oscillation décennale du Pacifique (ODP) (voir le chapitre 4, sections 4.3 et 4.8). On estime que ces influences naturelles ont contribué à environ 0,5 °C de la hausse des températures moyennes annuelles au Canada dans son ensemble au cours de cette période (Wan et al., 2019; Zhang et al., 2019). Sur la base de ces résultats, on a estimé dans le RCCC de 2019 que l’influence humaine (y compris l’effet de réchauffement des GES et l’effet de refroidissement des aérosols) avait causé un réchauffement net de 1,1 °C (0,6 à 1,5 °C), tandis que les forçages externes naturels dus aux changements de l’activité volcanique et solaire avaient causé un réchauffement de 0,2 °C (0,1 à 0,3 °C). Une analyse informelle réalisée à partir d’un ensemble de données sur les températures s’étendant jusqu’en 2022 suggère que la variabilité naturelle du climat a eu un effet nettement moins important sur la longue période de 1948 à 2022 que ne le concluait le RCCC de 2019. Cela correspond à ce à quoi on s’attendait, à savoir que les tendances dues à la variabilité naturelle du climat ne peuvent persister indéfiniment et doivent donc diminuer en importance.
De manière générale, les modèles utilisés dans le cadre de la phase 6 du projet d’intercomparaison de modèles couplés (CMIP6) (Eyring et al., 2016) reproduisent fidèlement le réchauffement observé au Canada dans son ensemble (figure 2.10a, courbe rouge foncé), avec une période de températures relativement stables jusqu’au début des années 1970, suivie d’un fort réchauffement. Le RE6 du GIEC a conclu selon un degré de confiance moyen qu’il existe une influence humaine détectable sur les tendances annuelles à la hausse des températures dans le nord-ouest et le nord-est de l’Amérique du Nord (GIEC, 2021a).
Nous avons effectué une analyse d’attribution des températures moyennes au Canada en suivant l’approche décrite dans Ribes et al. (2013) à l’aide de simulations du CMIP6 et d’observations de l’ensemble HadCRUT5 (figure 2.10b), et avons constaté que l’influence humaine avait causé un réchauffement de 2,2 °C (1,8 à 2,7 °C) en moyenne entre 2015 et 2024 par rapport à la période de référence de 1850 à 1900. Ce réchauffement comprend des changements de température de 2,4 °C (1,8 à 3,0 °C) attribuables aux GES bien mélangésNote de bas de page 12 , de -0,1 °C (-0,5 à 0,3 °C) attribuables à d’autres influences humaines et de 0,1 °C (-0,3 à 0,4 °C) attribuables à des forçages naturels. La couverture des observations au Canada est extrêmement limitée pour la période de 1850 à 1900 (section 2.3), ce qui introduit un degré d’incertitude dans les estimations du réchauffement attribuable par rapport à cette période de référence (voir l’encadré 2.4 pour les estimations du réchauffement au Canada découlant de forçages externes dans de multiples périodes de référence).
En utilisant une approche analytique différente pour analyser les changements des températures au Canada, T. Li, Zwiers, Zhang et al. (2025b) ont appliqué une méthode de krigeage appelée « Kriging for Climate Change » (KCC) (T. Li, Zwiers et Zhang, 2025a; Ribes et al., 2021) afin d’estimer les changements attribuables dans les températures moyennes au Canada (figure 2.10b). T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b) ont utilisé les données maillées d’observation des températures de l’ensemble CanGridT mlyV3.1 et 25 simulations du climat du CMIP6 pour la période de 1850 à 2014 (qui ont été prolongées jusqu’en 2025 avec des simulations fondées sur le scénario d’émissions intermédiaires [trajectoire commune d’évolution socio-économique 2-4.5, ou SSP2-4.5] [pour une description des trajectoires, voir le chapitre 3, section 3.3.1, et Meinshausen et al., 2020). Les auteurs ont estimé le réchauffement moyen induit par forçage externe, qui est dominé par l’influence humaine, à 2,2 °C (1,3 à 3,1 °C) au Canada pour la période de 2015 à 2024 par rapport à la période de 1850 à 1900. À l’aide d’un sous-ensemble de 10 simulations issues de modèles ayant participé au projet DAMIP (Detection and Attribution Model Intercomparison Project) (Gillett et al., 2016), ils ont également estimé des changements de température de 2,8 °C (2,0 à 3,7 °C) attribuables aux GES bien mélangés, de -0,5 °C (-1,3 à 0,2 °C) attribuables à d’autres influences humaines, et de -0,1 °C (-0,3 à 0,2 °C) attribuables à des forçages externes naturels. T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b) ont également estimé que l’influence du réchauffement anthropique sur la température moyenne au Canada était de 2,3 °C (1,8 à 2,8 °C) et de 2,4 °C (1,9 à 2,9 °C) en 2023 et en 2025, respectivement, par rapport à la moyenne de 1850 à 1900. Ces estimations du réchauffement anthropique en 2023 et 2025 sont similaires à celles qui pourraient être déduites d’après le réchauffement anthropique pour la période de 2015 à 2024 et le taux d’augmentation prévu des températures au Canada de 0,43 °C (0,1 à 0,8 °C) par décennie au cours de la période de 2021 à 2040 (chapitre 3, section 3.4.2).
Faits saillants de la figure : Le réchauffement observé au Canada correspond aux effets que l’on s’attend à voir sous l’influence du forçage anthropique exercé sur le système climatique.
Titre de la figure : Réchauffement découlant d’un forçage externe au Canada par rapport à la période de 1850 à 1900
Figure 2.10 : Deux illustrations différentes des estimations de la contribution de plusieurs facteurs de forçage différents au réchauffement observé, notamment : les gaz à effet de serre bien mélangés (en jaune); d’autres agents de forçage anthropiques (principalement les aérosols, en vert); les gaz à effet de serre et autres agents de forçage anthropiques combinés (c’est-à-dire le forçage anthropique, en orange); les agents de forçage externes naturels (forçage volcanique et solaire, en bleu); les gaz à effet de serre, autres agents de forçage anthropiques et agents de forçage externes naturels combinés (en rouge foncé, dans le graphique « a » uniquement). a) Estimations du réchauffement (en °C) au Canada, contraintes par les observations, attribuées à différentes combinaisons de forçages externes. Les lignes indiquent les contributions individuelles des différents facteurs de forçage, tandis que les zones ombrées indiquent les limites d’incertitude de 90 % pour ces estimations. Le changement de température attribué à l’ensemble des forçages a été dérivé de 25 simulations historiques réalisées dans le cadre du CMIP6; les estimations d’attribution aux autres agents de forçage ont été dérivées de 10 simulations lissées des changements climatiques reposant uniquement sur ce forçage, avec une exécution de chaque modèle du projet DAMIP (voir le texte). Les points noirs indiquent les températures moyennes annuelles observées entre 1948 et 2023 qui ont été utilisées pour limiter les simulations. Les températures observées et contraintes dans la figure sont fournies sous forme de différences par rapport à la moyenne de 1850 à 1900. Les températures moyennes annuelles observées qui sont fournies dans la figure sont décalées à des fins d’affichage, de sorte que les températures annuelles décalées entre 1948 et 2023 aient la même moyenne que les estimations des températures annuelles contraintes réalisées avec l’ensemble des forçages pour cette période. b) Réchauffement attribuable au Canada au forçage anthropique, aux GES, à d’autres agents de forçage anthropique et aux agents de forçage externes naturels. Trois estimations relatives à l’attribution du réchauffement sont présentées pour chaque agent de forçage : L = correspond à T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b); R = fondée sur l’approche de Ribes et al. (2013); C = évaluation combinée utilisant les deux approches. Les barres indiquent les fourchettes d’incertitude de 90 % connexes, tandis que la barre pour « C » a été obtenue par le calcul de la moyenne des fourchettes des deux premières études. Les barres colorées indiquent la moyenne des meilleures estimations issues des deux approches. Sources : a) tiré de T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b); b) dérivé de l’ensemble HadCRUT5 (Morice et al., 2021) et des simulations du CMIP6 (Earth System Grid Federation (en anglais seulement)) à l’aide de la méthode décrite dans Ribes et al. (2013).
Description longue
La figure 2.10 illustre les contributions estimées des différents facteurs de forçage externes au réchauffement observé dans la température moyenne quotidienne annuelle du Canada par rapport à la période de référence 1850-1900. La figure présente deux panneaux.
Le panneau a) présente une série chronologique contrainte par les données d’observation du réchauffement attribuable aux gaz à effet de serre (GES, jaune), à d’autres agents anthropiques comme les aérosols (AO, vert), au forçage anthropique combiné (ANT, orange), au forçage externe naturel (NAT, bleu) et à tous les forçages combinés (TOUT, rouge foncé). Les zones ombrées indiquent les plages d’incertitude de 90 %. Les températures observées (points noirs) concordent étroitement avec les simulations contraintes par le forçage TOUT, ce qui indique que les forçages anthropiques et naturels combinés expliquent la plupart des phénomènes de réchauffement observés.
Le panneau b) montre des graphiques à barres du réchauffement attribuable aux forçages GES, AO, ANT et NAT, en utilisant trois approches : méthode de Li et al. (2025) (L), méthode de Ribes et al. (2013) (R) et évaluation combinée c). Les barres de couleur représentent les meilleures estimations, et les plages d’incertitude sont indiquées. Les résultats confirment que les GES sont le principal moteur du réchauffement, tandis que les forçages naturels liés aux changements de l’activité solaire et volcanique y contribuent peu.
Dans l’ensemble, la figure montre que le réchauffement du Canada est principalement attribuable à des influences anthropiques, ce qui concorde avec les études de détection et d’attribution.
En combinant les données probantes sur l’attribution à l’échelle mondiale avec celles dont on dispose pour le Canada, nous concluons que l’influence humaine a entraîné une augmentation des températures moyennes au pays. Il est probable que l’augmentation de la température moyenne au Canada dans son ensemble découlant de l’influence humaine se situe entre 1,8 °C et 2,6 °C, selon une comparaison entre la période de 1850 à 1900 et la période de 2015 à 2024, l’estimation optimale s’établissant à un réchauffement de 2,2 °C (figure 2.9b). Il est plus probable qu’improbable que le réchauffement causé par l’activité humaine ait fait passer la température moyenne canadienne en 2025 à plus de 2 °C au-dessus des niveaux de 1850 à 1900.
Les méthodes décrites dans T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b) et Ribes et al. (2013) ont également été utilisées pour obtenir des estimations du réchauffement attribuable qui s’est produit entre les décennies de 1948 à 1957 et de 2014 à 2023. Sur la base de l’ensemble de données CanGrid mlyV3.1, la température moyenne annuelle de l’air à la surface du Canada a été de 1,60 °C plus élevée au cours de la décennie de 2014 à 2023 qu’au cours de la décennie de 1948 à 1957. L’estimation correspondante du changement attribuable à l’influence humaine, basée sur les méthodes décrites dans T. Li, Zwiers, Zhang et al. (2025b), est de 2,09 °C (1,70 à 2,49 °C); elle est partiellement compensée par un léger refroidissement de -0,13 °C (-0,44 à 0,18 °C) attribuable aux influences externes naturelles. Une analyse utilisant les observations de l’ensemble HadCRUT5 (Morice et al., 2021) et les méthodes de Ribes et al. (2013) fournit des estimations très similaires du réchauffement attribuable aux influences humaines, soit 2,15 °C (1,67 à 2,63 °C), compensées par un refroidissement mineur de -0,18 °C (-0,61 à 0,24 °C) attribuable aux influences externes naturelles. En outre, l’analyse de T. Li, Zwiers, Zhang, et al. (2025b) attribue un réchauffement de 1,89 °C (1,47 à 2,31 °C) aux influences humaines et naturelles combinées, en utilisant un échantillon de modèles climatiques plus vaste que celui qui peut être utilisé pour l’attribution des influences humaines et naturelles de manière distincte.
La cohérence des résultats obtenus à l’aide de différentes méthodes, de différents ensembles de données d’observation et de différentes combinaisons de modèles climatiques indique que l’attribution du réchauffement au Canada entre les décennies de 1948 à 1957 et de 2014 à 2023 à des influences externes est associée à un degré de confiance élevé. La combinaison des résultats des deux analyses des rôles distincts des influences externes humaines et naturelles indique que l’influence humaine à elle seule aurait été responsable d’un réchauffement de 2,12 °C (1,69 à 2,56 °C), et que celui-ci a été partiellement compensé par un refroidissement léger, mais incertain, de 0,16 °C (-0,53 à 0,21 °C) causé par le forçage externe naturel. Nous estimons qu’il est probable que les influences humaines agissant seules auraient causé un réchauffement plus important que celui observé, et que les influences externes naturelles et la variabilité climatique interne naturelle combinées ont empêché une petite partie de cette influence de se réaliser (degré de confiance élevé). Dans l’ensemble, les données d’attribution disponibles pour la période plus récente de 1948 à 2023, dans laquelle la couverture du Canada est plus complète, indiquent que le réchauffement attribuable aux forçages externes – qui sont eux-mêmes fortement dominés par les effets des forçages anthropiques – est indiscernable du réchauffement observé pendant cette période, selon un degré de confiance très élevé.
Encadré 2.4 : Réchauffement découlant des forçages externes au Canada au cours de différentes périodes de référence
La période de 20 ans allant de 1986 à 2005 a été utilisée comme période de référence pour la plupart des projections dans la première édition du RCCC (RCCC de 2019). Dans le présent rapport, plusieurs périodes de référence différentes sont utilisées pour présenter les projections climatiques (voir également le chapitre 10, section 10.3.6). Certains chapitres adoptent la période de 1850 à 1900, qui a été définie par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) comme la « période quasi préindustrielle » et qui est couramment utilisée pour évaluer le réchauffement planétaire par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris (GIEC, 2021b). Le chapitre 8 utilise la période de 30 ans allant de 1971 à 2000 comme base pour les projections des changements dans les extrêmes, tandis que la période de 1995 à 2014 est utilisée dans le chapitre 7 comme période de référence pour les projections de l’élévation du niveau de la mer. La période de 1961 à 1990 est fréquemment utilisée dans le présent chapitre, tandis que la décennie de 2015 à 2024 est la plus récente au moment de la rédaction. Afin d’aider les lecteurs à interpréter les projections par rapport à ces différentes périodes de référence, nous présentons ici les estimations du réchauffement forcé au Canada dans son ensemble pour ces différentes périodes par rapport à la période de référence préindustrielle de 1850 à 1900. Le réchauffement forcé comprend le réchauffement induit par des forçages externes (notamment les gaz à effet de serre, les aérosols anthropiques, les changements du rayonnement solaire et les aérosols volcaniques), mais exclut la variabilité climatique interne. Comme les observations des températures au Canada pour la période de 1850 à 1900 sont extrêmement limitées, nous ne pouvons pas estimer le réchauffement par rapport à cette période directement à partir des observations. Nous présentons plutôt des estimations du réchauffement attribuable aux forçages externes pour chaque période de référence (encadré 2.4, tableau 1), qui ont été estimées à l’aide de la réponse simulée des modèles climatiques aux forçages anthropiques et naturels. Les modèles ont été contraints à l’aide d’observations des changements de la température au Canada, en adoptant les approches décrites dans T. Li, Zwiers, Zhang et al. (2025b) et dans Liang et al. (2023) ainsi qu’une analyse d’attribution basée sur l’approche de Ribes et al. (2013). Nous présentons également les observations du réchauffement planétaire à des fins de comparaison.
Encadré 2.4 Tableau 1 : Estimations, contraintes par des observations, du réchauffement forcé de la température moyenne pour l’ensemble du Canada, et moyennées pour chacune des périodes de référence indiquées par rapport à la période de 1850 à 1900, et fourchettes d’incertitude de 90 % connexes. L’anomalie de la température moyenne mondiale observée pour chaque période par rapport à la période de 1850 à 1900 est indiquée à des fins de comparaison (voir les notes de bas de page sous le tableau). La colonne « Évaluation » indique les moyennes des meilleures estimations et les 5e et 95e centiles des trois estimations individuelles.
| Période | Température moyenne mondiale (changement observé par rapport à 1850-1900 en °C) | Réchauffement attribuable au forçage externe de la température moyenne canadienne par rapport à 1850-1900 en °C | |||
|---|---|---|---|---|---|
| T. Li, Zwiers, Zhang et al. (2025b) | Méthode de Ribes et al. (2013) | Liang et al. (2023) | Évaluation | ||
| 1961-1990 | 0,36 (0,23 à 0,44)a | 0,42 (-0,48 à 1,31) | 0,13 (-0,12 à 0,37) | 0,22 (-0,37 à 0,83) | 0,26 (-0,32 à 0,84) |
| 1971-2000 | 0,49 (0,44 à 0,55)b | 0,71 (-0,19 à 1,60) | 0,32 (0,07 à 0,57) | 0,40 (-0,31 à 1,11) | 0,48 (-0,14 à 1,09) |
| 1986-2005 | 0,69 (0,54 à 0,79)a | 1,11 (0,22 à 1,99) | 0,76 (0,40 à 1,12) | 0,70 (0,10 à 1,26) | 0,86 (0,24 à 1,46) |
| 1995-2014 | 0,85 (0,69 à 0,95)a | 1,53 (0,64 à 2,42) | 1,36 (0,95 à 1,77) | 1,20 (0,67 à 1,70) | 1,36 (0,75 à 1,96) |
| 2015-2024 | 1,24 (1,11 à 1,35)c | 2,19 (1,27 à 3,10) | 2,27 (1,71 à 2,85) | 2,01 (1,50 à 2,59) | 2,16 (1,49 à 2,85) |
a Évaluation par Gulev et al. (2021)
b D’après l’ensemble HadCRUT5 (Morice et al., 2021)
c Évaluation par Forster et al. (2025)
2.4.3 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 2.6 : Le climat du Canada s’est réchauffé rapidement au cours des 75 dernières années, et les taux de réchauffement ont fluctué au cours du siècle dernier. On estime que les températures moyennes annuelles ont augmenté à un rythme de 0,26 °C (très probable : de 0,12 à 0,41 °C) par décennie entre 1948 et 2023 pour le Canada dans son ensemble et de 0,35 °C (très probable : de 0,18 à 0,55 °C) par décennie pour le Nord canadien. La température moyenne annuelle estimée du Canada a dépassé la moyenne de 1961 à 1990 au cours de 30 des 33 années après 1990.
Message clé 2.7 : Le Canada s’est réchauffé plus rapidement que la plupart des autres régions du monde. Le taux de réchauffement du Canada au cours de la période de 1948 à 2023 est similaire à celui de la superficie terrestre mondiale (degré de confiance élevé), mais le Nord canadien s’est réchauffé à un rythme environ deux fois supérieur à celui de la superficie terrestre et océanique mondiale combinée au cours de la période de 1948 à 2023 (degré de confiance élevé). La majeure partie du réchauffement observé s’est produite depuis 1970. Le taux de réchauffement du Canada a été presque deux fois plus élevé que le taux de réchauffement planétaire au cours de la période de 1970 à 2023 (degré de confiance élevé).
Message clé 2.8 : L’influence humaine a entraîné une augmentation des températures moyennes canadiennes au cours de la période de 2015 à 2024 à un niveau supérieur de 2,2 °C (probable : de 1,8 à 2,6 °C) à celui de l’ère préindustrielle (estimée dans le présent rapport comme la période allant de 1850 à 1900). Il est probable que les influences humaines à elles seules aient entraîné un réchauffement supérieur à celui observé entre les décennies de 1948 à 1957 et de 2014 à 2023, soit 1,6 °C, les influences externes naturelles et la variabilité climatique interne ayant, ensemble, empêché qu’une petite partie de cette influence soit exercée (degré de confiance élevé).
Les éléments probants indiquant un réchauffement généralisé du climat au Canada, présentés à la section 2.4.1, sont indéniables. Les observations qui sous-tendent cette conclusion ont été traitées avec beaucoup de soin afin d’éliminer les effets non climatiques découlant des changements apportés aux instruments et d’autres influences non climatiques, et des analyses ont été effectuées pour confirmer que les changements, au fil du temps, du nombre et de l’emplacement des stations pour lesquelles des observations des températures à long terme sont disponibles n’ont pas d’incidence significative sur les estimations des tendances. Les tendances au réchauffement observées dans la plupart des sites au Canada sont beaucoup plus prononcées que ce qui pourrait se produire par simple hasard dans un climat sans changement. Les énoncés du message clé 2.6 selon lesquels le climat du Canada s’est réchauffé rapidement, que les taux de réchauffement ont fluctué et que la température moyenne annuelle estimée au Canada a constamment dépassé la moyenne de la période de 1961 à 1990 après 1990 sont donc présentés comme des faits. Les fourchettes d’incertitude qui accompagnent les énoncés concernant les taux de réchauffement pour le Canada dans son ensemble et le Nord canadien ont été obtenues par le calcul des intervalles de confiance à 95 % à l’aide d’une méthode statistique bien établie qui a été appliquée à un ensemble de données soigneusement évalué. La mention « très probable » (probabilité de plus de 90 %) appliquée à ces fourchettes reflète le degré de confiance envers les données et les méthodes, tout en reconnaissant que des incertitudes subsistent dans les données et que les intervalles de confiance ne peuvent pas faire l’objet d’une interprétation probabiliste directe.
Les données probantes indiquant que les régions nordiques des latitudes élevées se réchauffent plus rapidement que le reste du monde sont irréfutables et clairement évidentes dans toutes les séries de données sur les températures mondiales évaluées par le GIEC dans Gulev et al. (2021). L’énoncé du message clé 2.7 selon lequel le Canada, qui est fortement touché par un réchauffement amplifié dans l’Arctique, s’est réchauffé plus rapidement que la plupart des autres régions du monde, est présenté comme un fait. Il est établi selon un degré de confiance très élevé que le réchauffement au Canada correspond aux tendances géographiques du réchauffement découlant de l’augmentation des concentrations de GES dans l’atmosphère. Le réchauffement est amplifié dans les latitudes nordiques élevées, comme on peut l’observer dans les températures moyennes annuelles et les températures moyennes hivernales, avec une amplification très forte dans ce dernier cas, ce qui correspond à notre compréhension des processus d’amplification arctique. Par conséquent, comme indiqué dans le message clé 2.7, nous établissons selon un degré de confiance très élevé que le Canada se réchauffe de manière plus rapide que ses voisins du sud, aux États-Unis contigus, et selon un degré de confiance élevé qu’il s’est réchauffé presque deux fois plus vite que l’ensemble de la planète depuis les années 1970.
L’attribution du réchauffement à long terme observé au Canada à l’augmentation des concentrations de GES découlant de l’influence humaine est également associée à un degré de confiance élevé. Des évaluations rigoureuses de détection et d’attribution fondées sur différents ensembles de données d’observation, sur la génération actuelle de modèles climatiques et sur des méthodes distinctes produisent des estimations très cohérentes de la contribution de l’influence humaine sur le système climatique au réchauffement observé des températures au Canada. L’ensemble des éléments probants issus des observations et des analyses de détection et d’attribution, lorsque ces éléments sont pris en compte conjointement avec les nombreuses recherches sur les changements des températures moyennes mondiales, mène inévitablement à la conclusion, selon un degré de confiance très élevé, que les influences humaines sur le climat sont la cause du réchauffement observé au Canada. Les énoncés du message clé 2.8 indiquent les progrès substantiels qui ont été réalisés dans les études de détection et d’attribution, ce qui permet désormais de se prononcer clairement sur l’impact des influences humaines sur le climat canadien depuis la période préindustrielle de 1850 à 1900. Il existe des éléments probants substantiels indiquant que l’influence humaine à elle seule, au cours de la période de 1948 à 2023, aurait réchauffé le climat plus que ce qui a été observé, mais qu’une petite partie de ce réchauffement potentiel a été compensée par des influences externes naturelles et par la variabilité naturelle du climat.
2.5 : Changements passés des précipitations
Message clé 2.9 : Les précipitations annuelles totales ont augmenté au Canada depuis 1949, avec des augmentations en pourcentage plus importantes dans le nord du pays (degré de confiance très élevé). Les précipitations annuelles totales ont augmenté beaucoup plus rapidement au Canada que sur l’ensemble des terres émergées de la planète au cours d’une période similaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.10 : Les précipitations annuelles au Canada ont augmenté de 9,7 % (probable : de 7,0 à 12,3 %) au Canada dans son ensemble, de 18,9 % (plus probable qu’improbable : de 8,6 à 29,5 %; degré de confiance moyen) dans le Nord canadien, et de 7,5 % (probable : de 2,4 à 11,8 %) dans le Sud du Canada entre 1949 et 2023, la majeure partie de cette augmentation étant attribuée à l’influence humaine sur le climat (degré de confiance moyen).
Message clé 2.11 : Les précipitations n’ont pas changé de manière uniforme au cours de toutes les saisons. Elles ont augmenté dans une bande zonale centrée sur la latitude 62° N en été, ainsi que dans la plupart des régions de la Colombie-Britannique et le long du fleuve Saint-Laurent au printemps et à l’automne (degré de confiance moyen). Les précipitations ont augmenté au cours de toutes les saisons dans une région allant du sud du Nunavut à l’archipel arctique et du Labrador au nord-est du Québec (faible degré de confiance).
Message clé 2.12 : On estime que la quantité annuelle de neige tombée et le nombre annuel de jours de neige ont diminué à la plupart des stations du Sud du Canada, mais ont augmenté à la plupart des stations du Nord canadien (degré de confiance moyen). La proportion de jours de précipitations sous forme de neige et la proportion de précipitations tombant sous forme de neige ont toutes deux diminué dans la majeure partie du Canada (degré de confiance moyen).
La présente section décrit les changements observés dans les précipitations totales annuelles et saisonnières, principalement sur la base de l’ensemble de données mensuelles canadiennes homogénéisées et maillées sur les précipitations (version 2) CanGridP mlyV2 (voir la section 2.3.4.2) (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). Elle se fonde également sur les données mensuelles sur les précipitations provenant de l’ensemble de données de réanalyse ERA5 (section 2.3.4.4) pour montrer les changements dans les moyennes régionales. En outre, la présente section fournit des estimations de la mesure dans laquelle l’influence humaine sur le climat pourrait être responsable des changements observés. Ces informations complètent les évaluations des changements liés à d’autres aspects des précipitations abordés au chapitre 4 (intensité, durée et fréquence des rivières atmosphériques), au chapitre 5 (intensification du cycle de l’eau et de la plupart des aspects des inondations et des sécheresses) et au chapitre 8 (précipitations extrêmes).
L’ensemble de données quotidiennes homogénéisées sur les précipitations au Canada (version 2), CanHomP dlyV2 (voir la section 2.3.4.2) (Wang et Feng, 2026; Wang, Feng, Zwiers et al., 2026), a également été utilisé pour estimer les quantités quotidiennes de neige tombée afin d’évaluer les tendances en matière de chutes de neige (Qian et al., 2025). Ces informations, basées sur des données de station homogénéisées à long terme sur les précipitations et la température, complètent les informations présentées au chapitre 6, qui examine les changements dans les chutes de neige, l’étendue du manteau neigeux et la masse neigeuse à l’aide de données in situ, de données de télédétection et de données d’analyse sur la neige provenant de diverses sources. Les changements dans la fréquence des précipitations verglaçantes sont examinés dans le présent chapitre à l’aide de données homogénéisées issues des bulletins météorologiques horaires, tandis que les changements dans l’intensité et la fréquence des épisodes extrêmes de précipitations verglaçantes sont évalués au chapitre 8.
Les quantités de précipitations « normales » (moyenne sur trois décennies; voir la note de bas de page 4) varient considérablement d’une région à l’autre du Canada (voir la figure supplémentaire S2.3), et l’importance d’un changement absolu (p. ex. 5 mm) diffère donc selon les régions (un changement de 5 mm serait important dans le Nord canadien, mais il s’agirait d’un changement mineur sur les côtes est et ouest). Par conséquent, tout au long de la présente section, les taux de variation des précipitations et des chutes de neige sont exprimés en pourcentage de variation sur une période (ou en pourcentage par décennie) par rapport à la valeur de référence calculée pour la période de la normale climatique de 1961 à 1990.
2.5.1 : Changements passés dans les précipitations annuelles et saisonnières
La présente section comprend trois sous-sections qui indiquent les changements observés dans les quantités totales de précipitations, les quantités de neige et le nombre de jours d’enneigement, ainsi que la fréquence des précipitations verglaçantes.
Faits saillants de la figure : Les quantités de précipitations annuelles ont varié de différentes manières dans l’ensemble du Canada au cours de la période pour laquelle on dispose de données suffisantes sur les précipitations.
Titre de la figure : Changements dans les quantités de précipitations annuelles au Canada
Description longue
La figure 2.11 montre deux cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les changements observés dans les quantités annuelles de précipitations exprimées en pourcentage de la moyenne de référence de 1961 à 1990.
Le panneau a) couvre la période de 1949 à 2023, et le panneau b), celle de 1916 à 2023. Les couleurs varient du vert pâle pour les petites augmentations aux nuances plus foncées de vert pour les augmentations plus importantes. De même, les couleurs varient de l’orange pâle pour les petites diminutions à des nuances plus foncées d’orange pour les diminutions plus importantes. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Pour la période de 1949 à 2023, les augmentations dominent dans une grande partie du Canada, en particulier dans les régions nordiques, tandis que les diminutions sont limitées et dispersées. Pour la période de 1916 à 2023, la tendance est semblable, mais moins prononcée, avec des changements plus petits dans l’ensemble et des données insuffisantes pour le nord du Canada.
De manière générale, les cartes indiquent que les précipitations annuelles ont généralement augmenté au Canada, bien que les changements varient selon la région et la période.
2.5.1.1 : Évolution passée des quantités de précipitations
Les estimations des tendances basées sur les données de l’ensemble CanGridP mlyV2 indiquent une augmentation statistiquement significative des précipitations annuelles totales selon un seuil de 5 % (c’est-à-dire que la probabilité de conclure qu’un effet ou une tendance existe alors qu’il n’en est rien est de 5 % ou moins) dans la plupart des régions, du sud du Nunavut à l’archipel arctique, du Yukon au nord de la Colombie-Britannique et au sud des Territoires du Nord-Ouest, du Labrador au nord-est du Québec et le long du fleuve Saint-Laurent. Des baisses importantes ont été observées dans de petites régions du nord des Territoires du Nord-Ouest, du sud de l’Alberta et de l’est du Canada (figure 2.11a). La quantité annuelle de précipitations pour le Canada dans son ensemble a augmenté depuis 1949 (figure 2.12a), les 10 quantités de précipitations annuelles les plus élevées de la période de 1949 à 2023 ayant été enregistrées depuis 1996. On estime que les précipitations annuelles au Canada ont augmenté d’environ 9,7 %, ou à un taux de 1,31 % par décennie, entre 1949 et 2023 (voir le tableau 2.2 pour les fourchettes d’incertitude de 95 % des changements) (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). Entre 1916 et 2023, les précipitations annuelles totales moyennes dans le sud du Canada ont augmenté à un taux d’environ 1,0 % par décennie (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). Ces augmentations sont statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Faits saillants de la figure : La moyenne régionale des précipitations au Canada a changé au cours de la période pour laquelle on dispose de données suffisantes.
Titre de la figure : Évolution des précipitations annuelles moyennes au Canada
Description longue
La figure 2.12 montre quatre graphiques à barres illustrant les anomalies annuelles des précipitations totales pour le Canada et le sud du Canada, exprimées en pourcentage par rapport à la moyenne de référence de 1961 à 1990, chaque année étant représentée par une barre distincte. Les panneaux a) et c) utilisent les données de l’ensemble CanGridP mlyV2, tandis que les panneaux b) et d) utilisent les données de réanalyse ERA5. Les panneaux a), b) et d) présentent des données pour la période allant de 1949 à 2023, tandis que le panneau c) affiche des données pour la période allant de 1916 à 2023. Chaque graphique présente les anomalies annuelles sous forme de barres verticales, avec des barres bleues pour les années où les valeurs sont inférieures à la moyenne et des barres rouges pour les années où les valeurs sont supérieures à la moyenne. Deux lignes de tendance lissées sont incluses : une moyenne mobile sur 30 ans (ligne noire pleine) et une moyenne mobile sur 11 ans (ligne noire pointillée).
Dans tous les panneaux, les anomalies de précipitations fluctuent considérablement d’une année à l’autre, mais les tendances à long terme montrent une augmentation graduelle des quantités annuelles de précipitations depuis le milieu du 20e siècle. Le Canada dans son ensemble affiche des augmentations légèrement plus importantes que le sud du pays. Les deux ensembles de données confirment la même tendance générale : les précipitations ont augmenté au fil du temps.
Tableau 2.2 : Changements observés dans les quantités de précipitations annuelles et saisonnières au cours des périodes indiquées pour le Canada dans son ensemble, six régions du Canada et le Sud du Canada. Les changements sont représentés par des tendances linéaires sur la période, et les intervalles de confiance à 95 % correspondants sont indiqués entre parenthèses; les valeurs sont exprimées en pourcentage de la moyenne pour la période de référence (de 1961 à 1990), par décennie. Les tendances linéaires et leurs valeurs d’incertitude connexes ont été estimées à partir des données de l’ensemble CanGridP mlyV2. Voir la figure 2.2 pour une définition des régions et la note de bas de page 7 pour la méthode d’analyse des tendances. Source : Wang, Feng, Zwiers et al. (2026).
| Période | Région | Changement de la quantité de précipitations (% par décennie) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Annuel | Hiver | Printemps | Été | Automne | ||
| 1949-2023 | Canada | 1,31 (0,94 à 1,66) | 0,34 (-0,59 à 1,17) | 2,38 (1,11 à 3,64) | 1,15 (0,47 à 1,8) | 1,48 (0,61 à 2,22) |
| Nord canadien | 2,55 (1,16 à 3,99) | 4,23 (2,58 à 6,12) | 4,53 (2,05 à 7,27) | 2,21 (0,85 à 3,26) | 1,30 (0,27 à 2,34) | |
| Sud du Canada | 1,01 (0,33 à 1,59) | -0,26 (-1,18 à 0,63) | 1,87 (0,92 à 2,79) | 0,78 (0,14 à 1,54) | 1,67 (0,61 à 2,61) | |
| Colombie-Britannique | 1,30 (0,23 à 2,17) | -0,47 (-2,46 à 1,26) | 3,29 (1,14 à 5,36) | 1,28 (-1,11 à 3,67) | 1,99 (0,43 à 3,47) | |
| Prairies | 0,65 (-0,10 à 1,46) | -0,59 (-1,92 à 0,72) | 1,34 (-0,57 à 3,24) | 0,79 (-0,47 à 2,27) | 0,74 (-1,47 à 2,76) | |
| Ontario | 0,58 (-0,22 à 1,33) | -0,10 (-1,96 à 1,77) | 1,48 (-0,09 à 3,02) | 0,45 (-0,81 à 1,76) | 1,05 (-0,51 à 2,38) | |
| Québec | 0,85 (0,18 à 1,47) | -0,24 (-1,56 à 1,02) | 1,93 (0,71 à 3,16) | 0,36 (-0,69 à 1,39) | 1,57 (0,39 à 2,76) | |
| Canada atlantique | 1,48 (0,90 à 1,98) | 0,69 (-0,57 à 1,9) | 1,35 (0,01 à 2,83) | 1,88 (0,87 à 3,1) | 2,44 (0,90 à 3,95) | |
| 1970-2023 | Canada | 0,98 (0,17 à 1,79) | 0,24 (-1,28 à 1,58) | 1,46 (-0,06 à 2,83) | 1,40 (0,42 à 2,5) | 1,10 (-0,44 à 2,41) |
| 1916− 2023 | Sud du Canada | 1,00 (0,52 à 1,47) | 0,57 (-0,01 à 1,13) | 0,94 (0,45 à 1,49) | 0,96 (0,55 à 1,38) | 1,42 (0,74 à 2,1) |
Le taux d’augmentation des précipitations annuelles totales varie d’un endroit à l’autre (figures 2.11 et 2.13) et d’une région à l’autre (tableau 2.2). Le taux d’augmentation le plus élevé (exprimé en pourcentage) a été observé dans le Nord canadien, où la moyenne régionale a augmenté de 18,9 % (ou 2,55 % par décennie) entre 1949 et 2023. En revanche, elle n’a augmenté que de 7,5 % (ou 1,01 % par décennie) dans le Sud du Canada (tableau 2.2). Cette différence latitudinale dans les tendances des précipitations, selon laquelle les changements relatifs sont plus importants dans les régions arctiques, est une caractéristique qui s’attend à être observée dans la réponse du système climatique au réchauffement forcé par des facteurs externes résultant de l’augmentation du transport de l’humidité atmosphérique vers le pôle (chapitre 4, section 4.5.2) (voir par exemple Held et Soden, 2006; figure SPM.5 dans GIEC, 2021). Cependant, les précipitations climatologiques annuelles totales sont beaucoup plus élevées dans les régions côtières du sud du Canada que dans l’Arctique (figure supplémentaire S2.3). L’augmentation absolue des précipitations est la plus élevée dans le Canada atlantique et sur la côte de la Colombie-Britannique (figure 8a dans Wang, Feng, Zwiers et al., 2026), même si les augmentations en pourcentage sont plus faibles dans ces régions.
Faits saillants de la figure : Les changements dans les quantités de précipitations observés au Canada depuis 1949 varient selon les saisons.
Titre de la figure : Changements des quantités totales de précipitations saisonnières au Canada entre 1949 et 2023
Description longue
La figure 2.13 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les changements observés dans les quantités totales de précipitations saisonnières entre 1949 et 2023. Chaque panneau représente une saison : hiver (décembre à février), printemps (mars à mai), été (juin à août) et automne (septembre à novembre). Les changements sont exprimés en pourcentage par rapport aux quantités saisonnières de référence de 1961 à 1990.
Les couleurs varient du vert pâle pour les petites augmentations aux nuances plus foncées du vert pour les augmentations plus importantes. De même, les couleurs varient de l’orange pâle pour les petites diminutions à des nuances plus foncées d’orange pour les diminutions plus importantes. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Dans l’ensemble, les précipitations ont généralement augmenté au cours de la plupart des saisons, les augmentations les plus importantes ayant eu lieu au printemps et en hiver, particulièrement dans le nord et l’est du Canada. Des tendances à la baisse sont apparentes en hiver dans une grande partie du sud du Canada. Les changements estivaux comprennent des augmentations dans la partie est du nord du Canada et le long d’une bande d’environ 500 km de large à l’échelle du pays, centrée près de 62° N de latitude. Des changements plus faibles et plus localisés se produisent en automne.
Les tendances observées au Canada en matière de précipitations présentent des variations saisonnières notables (figure 2.13). En moyenne pour Canada dans son ensemble, les précipitations annuelles ont augmenté de 17,6 % (2,38 % par décennie) entre 1949 et 2023 au printemps, de 8,5 % (1,15 % par décennie) en été et de 11,0 % (1,48 % par décennie) en automne, avec une légère augmentation de 2,5 % (0,34 % par décennie) en hiver qui n’est pas statistiquement significative (tableau 2.2). Les variations saisonnières des précipitations présentent également des tendances géographiques différentes. Dans le sud du Canada, les diminutions sont dominantes en hiver, tandis que ce sont les augmentations qui sont dominantes pendant les autres saisons (figure 2.13). Dans le centre-sud du Canada, les précipitations hivernales ont diminué de manière significative, tandis qu’elles ont augmenté de manière significative dans la plupart des régions du nord du Canada, en particulier depuis le sud du Nunavut jusqu’à l’archipel arctique et depuis le nord du Yukon jusqu’au sud des Territoires du Nord-Ouest, ainsi que dans certaines parties du nord du Québec. Le nord du Canada présente des tendances similaires sur le plan des variations des précipitations en hiver et au printemps. Dans le sud du Canada, le profil est très différent : les tendances négatives sont dominantes en hiver, et les tendances positives sont dominantes au printemps. En été, les changements régionaux des précipitations comprennent des augmentations dans l’est de l’Arctique et dans une bande zonale d’environ 500 km de large qui traverse le pays et dont le centre se trouve à 62° de latitude nord environ, qui s’accompagnent de petites zones de diminutions le long de la côte nord des Territoires du Nord-Ouest, dans le sud de l’île de Vancouver et dans une bande allant du nord de l’Ontario au centre du Québec. Les précipitations printanières ont également augmenté le long du fleuve Saint-Laurent. La tendance des précipitations à l’automne est similaire à celle du printemps, mais les changements relatifs sont moins importants et concernent des zones plus restreintes, sauf dans le sud-est du Canada (figure 2.13).
Bien que les quantités de précipitations issues de produits de réanalyse (section 2.3.4.4) soient moins fiables que celles qui proviennent des données de station, il est néanmoins utile de comparer les changements observés dans les données de station avec ceux qui ont été calculés à partir de réanalyses. Les figures 2.12b et 2.12d illustrent les changements dans les quantités de précipitations annuelles pour le Canada et le Sud du Canada, respectivement, calculés à partir de l’ensemble de données de réanalyse ERA5. Les données de station maillées et les données de réanalyse ERA5 s’accordent pour indiquer que les quantités de précipitations annuelles au Canada ont considérablement augmenté, avec des quantités nettement plus élevées après 1970 environ. Les changements globaux à long terme au Canada dans son ensemble et dans le Sud du Canada issus de l’ensemble de données ERA5 sont similaires sur le plan de l’importance par rapport aux changements estimés à partir de données de station maillées, plus particulièrement depuis 1970, ce qui confirme l’ampleur des changements calculés à partir des données de station maillées. Les variations d’une année à l’autre entre les deux produits montrent clairement les difficultés liées à l’estimation des précipitations annuelles moyennes au Canada, en particulier au début des séries chronologiques. Ces difficultés nous rappellent que toutes les estimations sont soumises à un certain degré d’incertitude, en raison de la nature très variable des précipitations, tant sur le plan spatial que temporel.
Comme pour la température, les précipitations ont augmenté à un rythme plus élevé au Canada que dans la partie continentale des États-Unis et sur l’ensemble des terres émergées de la planète. Contrairement à l’augmentation de 1,31 % par décennie des précipitations annuelles au Canada, les précipitations annuelles aux États-Unis contigus n’ont augmenté que de 0,97 % par décennie entre 1949 et 2023, selon la série chronologique nationale des NCEI de la NOAA (NOAA NCEI, 2024). Néanmoins, des changements importants ont été observés dans certaines régions de la partie continentale des États-Unis, notamment une augmentation de 5 à 15 % des précipitations annuelles moyennes dans le centre et l’est, et une diminution de 10 à 15 % dans certaines parties du sud-ouest, si l’on compare les valeurs normales pour les périodes de 1901 à 1960 et de 2002 à 2021 (U.S. Global Change Research Program, 2023). À partir de trois ensembles de données provenant de stations de mesure des précipitations au-dessus des terres à l’échelle mondiale, la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (Gulev et al., 2021) a estimé que la quantité moyenne annuelle de précipitations au-dessus des terres à l’échelle mondiale avait augmenté à un rythme de 1,67 mm (intervalle de confiance à 90 % : -1,56 à 4,90 mm), de 0,17 mm (-2,95 à 3,29 mm) et de 5,03 mm (0,16 à 9,90 mm) par décennie, respectivement, pour la période de 1960 à 2019 (Gulev et al., 2021). Les différences entre ces taux de changement correspondent à des augmentations de 0,21 %, de 0,02 % et de 0,64 % par décennie, respectivement, par rapport à la moyenne mondiale des précipitations annuelles au-dessus des terres de 790 mm pour la période de 1950 à 2000, calculée à partir des données du Global Precipitation Climatology Centre (GPCC) (Schneider et al., 2017). Bien que les taux d’augmentation des précipitations restent incertains, en moyenne, les précipitations ont augmenté plus rapidement au Canada qu’aux États-Unis continentaux et dans la superficie terrestre mondiale (degré de confiance élevé).
Une autre façon utile de décrire les changements dans les précipitations consiste à les exprimer sous forme de taux de mise à l’échelle, soit le pourcentage d’augmentation par 1 °C de réchauffement dans une région donnée, ce qui fournit une mesure de la sensibilité de la quantité moyenne de précipitations à un changement de la température moyenne, ainsi qu’un point de référence pour comparer les modèles climatiques. Les précipitations au Canada ont augmenté à un taux de 2,6 % par 1 °C de réchauffement de la température moyenne pour le Canada dans son ensemble au cours de la période de 1970 à 2023 et à un taux de 4,9 % par 1 °C de réchauffement au cours de la période de 1949 à 2023 (section 2.4) (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026). Le taux de mise à l’échelle pour le Nord canadien (5,7 % par 1 °C de réchauffement pour la période de 1970 à 2023, et 6,9 % pour la période de 1949 à 2023) est plus élevé que celui de Canada dans son ensemble, tandis que le taux pour le Sud du Canada est comparable à celui de la partie continentale des États-Unis (5,1 % contre 5,2 %, respectivement, par 1 °C de réchauffement pour la période de 1949 à 2023). Les taux de mise à l’échelle plus élevés pour le Nord canadien s’accordent de manière générale avec notre compréhension de la manière dont le système climatique modifie et redistribue les précipitations en raison de l’influence humaine sur le climat. Pour la période de près de 100 ans de 1916 à 2023, le taux de changement est de 6,7 % par 1 °C de réchauffement pour le sud du Canada (les données sont insuffisantes pour calculer le taux pour le Nord canadien).
2.5.1.2 : Changements passés des chutes de neige
Nous examinons ensuite brièvement les changements dans la fréquence et la quantité des précipitations gelées et leur contribution aux précipitations annuelles totales. Comme indice indirect des chutes de neige, nous utilisons les précipitations qui se produisent lorsque la température moyenne quotidienne de l’air à la surface descend en dessous d’un seuil spécifique à chaque station (encadré 2.3) (Qian et al., 2025).
Les instruments automatisés utilisés à ce jour au Canada ne mesurent que les quantités totales de précipitations et ne fournissent pas d’informations sur le type de précipitations (pluie ou neige, par exemple). Par conséquent, les données sur les chutes de neige pour la dernière décennie sont limitées. Qian et al. (2025) ont remédié à cette limitation en estimant les quantités de neige à partir de données homogénéisées sur les précipitations quotidiennes à l’aide de données homogénéisées sur les températures moyennes quotidiennes, comme l’indique l’encadré 2.3. L’ensemble de données annuelles sur les chutes de neige ainsi obtenu, appelé CanHomSp anlV2, a été utilisé pour évaluer les changements passés des chutes de neige.
Les données indirectes sur les chutes de neige montrent que tant la quantité annuelle de neige que le nombre annuel de jours d’enneigement (un jour d’enneigement est un jour où l’équivalent en eau de la neige est supérieur à 1,0 mm) ont diminué à la plupart des stations du sud du Canada, mais ont augmenté dans le nord du Canada (figures 2.14a et b). La région qui s’étend depuis le sud de l’Ontario jusqu’aux provinces maritimes a connu à la fois des augmentations et des diminutions statistiquement significatives du nombre de jours d’enneigement. La proportion de jours de précipitations avec de la neige (rapport entre les jours d’enneigement et les jours de précipitations) et la proportion de la quantité de précipitations tombant sous forme de neige (rapport entre la quantité de neige et la quantité de précipitations) ont diminué dans la plupart des sites du sud du Canada (figures 2.14c et d). Le taux médian de diminution à l’échelle du Canada est de 2,1 % par décennie pour ce qui est de la proportion de jours de précipitations avec de la neige et de 3,4 % par décennie pour ce qui est de la proportion de précipitations tombant sous forme de neige. Les changements dans l’Arctique ne sont généralement pas statistiquement significatifs, car les précipitations continuent de s’y produire principalement sous forme de neige. Les changements dans la proportion des précipitations tombant sous forme de neige et dans la proportion de jours de précipitations avec de la neige sont relativement saisonniers; les proportions diminuent davantage à l’automne et au printemps qu’en hiver (Qian et al., 2025). Des tendances similaires à celles observées dans le sud du Canada ont également été constatées dans la partie continentale des États-Unis. La proportion des précipitations tombant sous forme de neige a diminué dans la majeure partie de la partie continentale des États-Unis au cours de la période de 1949 à 2020, tout comme les quantités de neige tombées à la plupart des stations de surveillance de ces régions, à l’exception des stations situées dans certaines parties du centre et de l’ouest des États-Unis, où des augmentations ont été signalées (USEPA, 2025).
Faits saillants de la figure : Les quantités annuelles de neige, le nombre de jours d’enneigement, la proportion des précipitations tombant sous forme de neige et la proportion des jours de précipitations avec de la neige ont changé au Canada.
Titre de la figure : Tendances de la quantité annuelle de neige tombée, du nombre de jours d’enneigement, de la proportion des précipitations tombant sous forme de neige et de la proportion des jours de précipitations avec de la neige au cours de la période de 1949 à 2023 au Canada
Description longue
La figure 2.14 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les tendances observées dans les indices liés aux chutes de neige entre 1949 et 2023. Ces indices comprennent : les quantités annuelles de neige, le nombre de jours d’enneigement, la proportion des précipitations tombant sous forme de neige et la proportion des jours de précipitations avec de la neige. Les changements sont exprimés en pourcentage de la valeur moyenne de référence par décennie pour la période de 1961 à 1990.
Les tendances sont indiquées pour chaque lieu où des données approximatives sur les chutes de neige sont disponibles. L’amplitude et la direction des tendances sont indiquées à l’aide de triangles rouges pointant vers le bas pour les diminutions, et de triangles pointant vers le haut pour les augmentations. La taille des triangles est proportionnelle à l’ampleur de la tendance, et les triangles sont pleins lorsque les tendances sont significativement différentes de zéro au seuil de 5 %. Les deux chiffres entre parenthèses pour chaque panneau représentent le pourcentage de stations présentant des tendances positives et négatives significatives au seuil de 5 %.
Dans l’ensemble, les cartes montrent une diminution généralisée de la quantité de neige et des jours de neige dans la plupart des régions du Canada, en particulier dans le sud. La proportion de précipitations tombant sous forme de neige et la proportion de jours de précipitation avec neige diminuent également considérablement dans le sud du Canada, ce qui indique un virage vers plus de pluie et moins de neige. Ces changements reflètent l’influence du réchauffement climatique sur le type de précipitations et les tendances saisonnières.
2.5.1.3 : Changements passés dans la fréquence des précipitations verglaçantes
Les précipitations verglaçantes se produisent dans des conditions météorologiques spécifiques et créent des aléas pour de nombreux systèmes naturels et humains, notamment l’exploitation forestière, l’agriculture, les transports et les systèmes de transport et de distribution d’électricité. Les répercussions potentielles comprennent les longues pannes d’électricité causées par l’effondrement des pylônes de transport sous le poids de grandes quantités de glace accumulée sur les pylônes et les lignes. C’est ce qui s’est produit lors de la tempête de verglas de janvier 1998 qui a touché l’est du Canada et certaines régions du nord-est des États-Unis. La présente sous-section rend compte des changements observés dans la fréquence des précipitations verglaçantes. Les changements dans les épisodes extrêmes de précipitations verglaçantes (p. ex. les accumulations extrêmes de glace) sont évalués au chapitre 8, à la section 8.3.4.
Faits saillants de la figure : La fréquence annuelle et la fréquence saisonnière des précipitations verglaçantes au Canada ont changé depuis 1954.
Titre de la figure : Tendances de la fréquence des précipitations verglaçantes au cours de la période de 1954 à 2023
Description longue
La figure 2.15 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les tendances de la fréquence des précipitations verglaçantes entre 1954 et 2023. Les panneaux représentent les tendances annuelles et saisonnières pour l’automne (septembre à novembre), l’hiver (décembre à février) et le printemps (mars à mai). Les changements sont exprimés en pourcentage de la valeur moyenne de référence par décennie pour la période de 1961 à 1990.
Les couleurs indiquent des augmentations, des diminutions ou une absence de changement dans les heures annuelles de précipitations verglaçantes, en utilisant des triangles pointés vers le haut, des triangles pointés vers le bas et de petits cercles gris, respectivement. La taille des triangles est proportionnelle à l’ampleur de la tendance, et les triangles sont pleins lorsque les tendances sont significativement différentes de zéro au seuil de 5 %. Les deux chiffres entre parenthèses pour chaque panneau représentent le pourcentage de stations présentant des tendances positives et négatives significatives au seuil de 5 %.
Dans l’ensemble, les cartes montrent que la majorité des stations qui déclarent une tendance en matière d’heures annuelles de précipitations verglaçantes présentent des tendances à la baisse, bien que certaines régions connaissent également une augmentation. Le nombre de stations déclarantes est toutefois insuffisant pour permettre d’inférer avec certitude les tendances générales du changement.
L’occurrence de précipitations verglaçantes (y compris la pluie verglaçante et la bruine verglaçante) est constatée par des observateurs humains sans l’utilisation d’instruments, et fait l’objet de rapports horaires (généralement aux aéroports, comme un indicateur des conditions météorologiques actuelles). Par conséquent, seul un nombre limité de stations au Canada offrent un historique à long terme de la fréquence des précipitations verglaçantes. Pour la présente section, nous avons mis à jour la série de données homogénéisées sur la fréquence à long terme à 95 stations compilées par Wang (2006) (figure 2.4) en regroupant certains enregistrements des stations voisines.
La fréquence annuelle des précipitations verglaçantes a diminué à la plupart des stations du sud de l’Ontario et des Prairies, mais elle a augmenté à la plupart des stations situées dans la région allant du nord de l’Ontario au sud du Labrador, avec des augmentations statistiquement significatives observées à trois stations du nord du Canada (figure 2.15a). Une tendance négative a été estimée pour 50 des 95 stations, une tendance positive, pour 33 stations, et des tendances proches de zéro (aucun changement), pour 12 stations (dont 8 stations en Colombie-Britannique et une station dans chacune des administrations suivantes : Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Alberta et Île-du-Prince-Édouard). Le profil des changements en hiver est similaire à celui de l’ensemble de l’année (tendance annuelle), mais un changement statistiquement significatif a été détecté à un nombre moins important de stations en raison de l’absence de précipitations verglaçantes dans le nord et des fluctuations interannuelles plus importantes de la fréquence saisonnière que de la fréquence annuelle (figure 2.15a,c). Pour les mêmes raisons, un changement statistiquement significatif a également été détecté à un nombre moins important de stations à l’automne et au printemps (figure 2.15b,d). À l’automne, une tendance négative a été estimée pour 32 stations du centre du Canada, sans changement à la plupart des stations de l’ouest du Canada et du Canada atlantique. Au printemps, une augmentation des précipitations verglaçantes a été détectée depuis le nord-est de l’Ontario jusqu’aux provinces maritimes et au Nunavut, avec des diminutions dans le sud de l’Ontario, au Manitoba et dans le sud de la Saskatchewan, et aucun changement dans l’ouest du Canada.
Bien qu’il soit difficile d’établir une tendance générale, la plupart des stations d’observation disponibles affichent une diminution de la fréquence des précipitations verglaçantes, ce qui correspond au réchauffement observé; il y a aussi quelques indications d’un possible changement régional dans le nord de l’Ontario et du Québec, vers une augmentation de la fréquence des précipitations verglaçantes.
La nature complexe des changements dans la fréquence des précipitations verglaçantes n’est pas surprenante, puisque les précipitations verglaçantes dépendent, selon un processus complexe, des conditions atmosphériques dans la basse troposphère (chapitre 3, sections 3.2 et 3.5). Les changements projetés quant à la durée des épisodes de pluie verglaçante sont évalués au chapitre 3 (figure 3.15).
Les précipitations verglaçantes, comme la pluie verglaçante et la bruine verglaçante, peuvent créer des conditions dangereuses qui augmentent le risque de chutes et de fractures. Pour en savoir plus sur le lien entre la fréquence et l’impact des précipitations verglaçantes et les risques de traumatismes accidentels, consultez la section 3.9.2.1 du rapport La santé dans un climat en changement, qui a contribué au processus d’évaluation nationale Le Canada dans un climat en changement.
2.5.2 : Comprendre les changements observés
Les changements observés dans les précipitations au Canada correspondent à la tendance observée à l’échelle mondiale dans les précipitations au-dessus des terres dans les latitudes moyennes (30 à 60° N) et élevées (60 à 90° N), comme l’indique la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (Eyring et al., 2021). Ces changements correspondent également aux changements dans les précipitations auxquels on s’attend dans un climat en réchauffement. Dans le contexte de l’augmentation des températures, la contribution du GT1 au RE6 du GIEC a estimé qu’il est très probable que l’humidité atmosphérique ait augmenté à l’échelle mondiale pendant la période couverte par les données satellitaires (Gulev et al., 2021). Il a également été estimé qu’il est probable que l’influence humaine ait contribué à l’augmentation de l’humidité dans la troposphère supérieure et, selon un degré de confiance moyen, qu’elle ait contribué à une augmentation de l’humidité spécifique à la surface du globe (Eyring et al., 2021). On s’attend à une augmentation des précipitations totales avec l’augmentation de l’humidité atmosphérique, mais la variation des précipitations annuelles mondiales est inférieure à l’augmentation mondiale de l’humidité atmosphérique en raison des contraintes liées au bilan énergétique (Allen et Ingram, 2002; Boer, 1993; Douville et al., 2021).
Le RCCC de 2019 a conclu qu’il existait un degré de confiance moyen que l’augmentation observée des précipitations au Canada soit au moins en partie causée par l’influence humaine (Zhang et al., 2019). Cette conclusion est corroborée par la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (Eyring et al., 2021), qui indique que de nouvelles études d’attribution renforcent les conclusions précédentes, selon lesquelles une augmentation détectable des précipitations terrestres dans les latitudes moyennes à élevées de l’hémisphère nord a été observée (degré de confiance élevé). L’une de ces études d’attribution (Wan et al., 2015) a été incluse dans l’évaluation du RCCC de 2019 des changements historiques des précipitations au Canada.
Afin d’évaluer le rôle des influences externes humaines et naturelles (facteurs externes) dans les changements des précipitations au Canada, les changements observés dans les précipitations annuelles ont été comparés aux simulations du CMIP6 à l’aide de différents ensembles de facteurs externes (figure 2.16). Les observations utilisées pour cette analyse ont été obtenues à partir de l’ensemble CanGridP mlyV1 (Wang et al., 2023) et corrigées de manière à tenir compte des hétérogénéités résultant des valeurs manquantes, qui se traduisaient de manière erronée comme des quantités de précipitations nulles (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). Les périodes prises en compte pour cette analyse sont celle de 1959 à 2018, pour laquelle un plus grand nombre de stations ont fourni des données à l’ensemble de données CanGridP mlyV1, et celle de 1904 à 2018 pour le sud du Canada, pour laquelle des enregistrements plus longs étaient disponibles.
Dans le nord et le sud du Canada, les augmentations observées des précipitations au cours de la période de 1959 à 2018 correspondent assez bien aux changements révélés dans les simulations des modèles climatiques combinant les forçages anthropiques (y compris les gaz à effet de serre et les aérosols) et naturels (volcaniques et solaires) ou uniquement le forçage associé aux gaz à effet de serre (figure 2.16). En revanche, les simulations reposant uniquement sur des forçages naturels ne montrent aucun changement au cours de cette période, et celles qui sont fondées uniquement sur des forçages liés aux aérosols ne montrent que des changements limités ou de légères diminutions. Bien que la fourchette des estimations issues des différentes simulations de modèles soit large (voir les nuances de gris dans la figure 2.16), les lignes pleines qui représentent la moyenne de toutes les simulations de modèles peuvent être utilisées pour représenter la réponse associée à chaque type de forçage climatique. Selon une analyse de détection et d’attribution, l’augmentation observée des précipitations annuelles au Canada au cours de la période de 1959 à 2018 peut être attribuée aux forçages anthropiques, la relation étant nettement plus forte et plus significative dans le nord du Canada que dans le sud (degré de confiance moyen) (Kirchmeier-Young et al.,2025). Comme on dispose de données sur une plus longue période pour le sud du Canada, le changement observé dans les précipitations annuelles s’explique mieux par les forçages anthropiques au cours de la période de 1904 à 2018 qu’au cours de la période de 1959 à 2018 (degré de confiance moyen) (Kirchmeier-Young et al., 2025). Les changements dans les précipitations pendant les saisons chaudes et froides au Canada dans son ensemble et dans le nord du Canada peuvent également être liés aux forçages anthropiques (faible degré de confiance) (Kirchmeier-Young et al., 2025).
Faits saillants de la figure : Les changements observés dans les précipitations moyennes au Canada s’expliquent mieux par les modèles climatiques lorsque les simulations incluent les effets des forçages anthropiques.
Titre de la figure : Changements observés et simulés dans les moyennes quinquennales des anomalies de précipitations annuelles moyennes régionales par rapport aux valeurs moyennes de référence
Description longue
La figure 2.16 contient deux panneaux qui montrent des séries chronologiques de moyennes sur cinq ans des anomalies annuelles des précipitations pour le nord et le sud du Canada, exprimées en pourcentage par rapport à la période de référence 1959-1988. Chaque panneau illustre les changements observés et simulés à partir des modèles climatiques.
Les anomalies observées (lignes noires) sont dérivées de l’ensemble de données CanGridP mlyV1 mis à jour. Les simulations comprennent quatre scénarios de forçage : les forçages anthropiques et naturels combinés (jaune), le forçage des gaz à effet de serre seulement (rouge), le forçage des aérosols seulement (bleu) et le forçage naturel seulement (vert). Les zones ombrées autour des lignes jaune et verte représentent la plage d’incertitude de 90 % pour les simulations.
La figure montre que les changements observés dans les précipitations s’accordent étroitement avec les résultats des simulations qui comprennent des forçages anthropiques, en particulier les gaz à effet de serre. Les forçages naturels à eux seuls n’expliquent pas les augmentations observées.
L’influence principale du réchauffement anthropique sur les changements des précipitations dans les latitudes élevées et moyennes se produit par le biais de processus thermodynamiques. L’atmosphère plus chaude résultant de l’influence humaine a une capacité de rétention d’eau accrue, ce qui permet à la circulation atmosphérique de transporter davantage d’humidité vers les régions de latitudes élevées et moyennes. Les processus thermodynamiques jouent également un rôle dans l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des rivières atmosphériques, là encore en permettant aux régimes de circulation qui produisent ces rivières atmosphériques de puiser davantage d’humidité dans les régions plus chaudes où l’humidité atmosphérique est abondante. Les rivières atmosphériques sont responsables de jusqu’à 30 % des précipitations annuelles dans certaines régions (chapitre 4, section 4.5). Les modes à grande échelle de la variabilité naturelle du climat, comme l’oscillation décennale du Pacifique et le phénomène El Niño-oscillation australe (chapitre 4, section 4.8), peuvent également influer sur les précipitations au Canada, principalement pendant l’hiver et surtout dans l’ouest et le sud du pays. Ces indices ne présentent aucune tendance à long terme (Gulev et al., 2021), mais ils peuvent avoir des influences régionales pendant de longues périodes. Voir le chapitre 4 pour une discussion plus approfondie sur la variabilité du climat à grande échelle et son influence sur le climat au Canada. En conclusion, selon un degré de confiance moyen, la majeure partie de l’augmentation observée des précipitations annuelles au cours de la période de 1959 à 2018 dans le nord du Canada et au moins une partie de l’augmentation observée au Canada dans son ensemble découlent de l’influence humaine sur le climat.
2.5.3 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 2.9 : Les précipitations annuelles totales ont augmenté au Canada depuis 1949, avec des augmentations en pourcentage plus importantes dans le nord du pays (degré de confiance très élevé). Les précipitations annuelles totales ont augmenté beaucoup plus rapidement au Canada que sur l’ensemble des terres émergées de la planète au cours d’une période similaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 2.10 : Les précipitations annuelles au Canada ont augmenté de 9,7 % (probable : de 7,0 à 12,3 %) au Canada dans son ensemble, de 18,9 % (plus probable qu’improbable : de 8,6 à 29,5 %; degré de confiance moyen) dans le Nord canadien, et de 7,5 % (probable : de 2,4 à 11,8 %) dans le Sud du Canada entre 1949 et 2023, la majeure partie de cette augmentation étant attribuée à l’influence humaine sur le climat (degré de confiance moyen).
Message clé 2.11 : Les précipitations n’ont pas changé de manière uniforme au cours de toutes les saisons. Elles ont augmenté dans une bande zonale centrée sur la latitude 62° N en été, ainsi que dans la plupart des régions de la Colombie-Britannique et le long du fleuve Saint-Laurent au printemps et à l’automne (degré de confiance moyen). Les précipitations ont augmenté au cours de toutes les saisons dans une région allant du sud du Nunavut à l’archipel arctique et du Labrador au nord-est du Québec (faible degré de confiance).
Message clé 2.12 : On estime que la quantité annuelle de neige tombée et le nombre annuel de jours de neige ont diminué à la plupart des stations du Sud du Canada, mais ont augmenté à la plupart des stations du Nord canadien (degré de confiance moyen). La proportion de jours de précipitations sous forme de neige et la proportion de précipitations tombant sous forme de neige ont toutes deux diminué dans la majeure partie du Canada (degré de confiance moyen).
Comme indiqué dans le message clé 2.9, l’énoncé indiquant que le Canada reçoit davantage de précipitations par rapport aux niveaux historiques, et que cette augmentation est encore plus rapide dans le nord du pays que dans le Canada dans son ensemble, est associé à un degré de confiance très élevé. Cette conclusion est corroborée par diverses sources de données structurellement différentes, notamment des données de station canadiennes largement étudiées et divers produits de réanalyse. On peut également affirmer selon un degré de confiance très élevé que le Canada connaît une augmentation des précipitations par rapport aux niveaux historiques plus importante que la plupart des autres régions terrestres du globe. Si l’on compare les changements constatés dans l’ensemble de données des NCEI de la NOAA et divers produits d’observation évalués dans Gulev et al. (2021), les données indiquent qu’en moyenne, les précipitations ont augmenté plus rapidement au Canada que dans la partie continentale des États-Unis et dans l’ensemble des régions terrestres du globe.
Le degré de confiance associé aux changements des précipitations estimés à partir des données de réanalyse est faible par rapport à celui qui est associé aux changements estimés à partir des données de station, en raison de l’influence des modèles de prévision météorologique utilisés dans la réanalyse sur les quantités de précipitations réanalysées. Nous avons donc évalué les tendances relatives aux quantités de précipitations à partir des données de stations en activité depuis longtemps. Les données améliorées dont nous disposons maintenant nous permettent d’évaluer les tendances relatives aux quantités moyennes annuelles de précipitations au Canada dans son ensemble et dans le Sud du Canada selon un degré de confiance élevé, et dans le Nord canadien selon un degré de confiance moyen (message clé 2.10), mais le degré de confiance est plus faible (moyen ou faible) pour ce qui est des tendances des quantités saisonnières et dans certaines régions (message clé 2.11), en partie en raison du nombre limité et de la répartition spatiale inégale des données homogénéisées de haute qualité à long terme sur les précipitations au Canada. Les données améliorées sur les précipitations nous permettent d’interpréter avec prudence les intervalles de confiance à 95 % pour les estimations des tendances des quantités annuelles de précipitations pour le Canada et le Sud du Canada comme des fourchettes probables (probabilité supérieure à 66 %), et pour le Nord canadien, comme des fourchettes plus probables qu’improbables (probabilité supérieure à 50 %) (message clé 2.9). Ces évaluations, qui sont plus prudentes que les évaluations de la confiance et de la probabilité correspondantes pour la température, reflètent les difficultés plus importantes que posent la mesure, l’homogénéisation et le maillage des données d’observations des précipitations.
Les changements rapides des quantités de précipitations au Canada sont conformes aux effets attendus des forçages anthropiques dans les zones de latitudes moyennes et élevées, d’après les simulations des modèles climatiques pour la période historique commençant en 1850 et les connaissances théoriques. Il est désormais possible de démontrer la cohérence entre les changements observés et attendus en effectuant une analyse formelle de détection et d’attribution à l’aide d’une version mise à jour de l’ensemble de données CanGridP mlyV1 (Wang et al., 2023; Kirchmeier-Young et al., 2025). Ces résultats, combinés à des études de détection et d’attribution menées sur des zones d’étude plus vastes incluant le Canada et démontrant que les précipitations dans les hautes latitudes nordiques et en Amérique du Nord ont augmenté en raison de l’influence humaine sur le climat, appuient l’évaluation présentée dans le message clé 2.10 selon laquelle la majeure partie de l’augmentation observée des précipitations au Canada, selon un degré de confiance moyen, est attribuable à l’influence humaine.
En raison de la disponibilité limitée des mesures directes des chutes de neige, l’examen des changements dans les paramètres relatifs aux chutes de neige dans le présent chapitre s’est limité à la quantité et à la fréquence des précipitations tombées les jours où la température moyenne quotidienne était inférieure à un seuil spécifique à chaque station (généralement dans la fourchette de -2 °C à +2 °C]; Qian et al., 2025). Néanmoins, la fiabilité des données sous-jacentes sur la température et les précipitations nous permet d’associer un degré de confiance moyen aux tendances relatives aux quantités et à la fréquence des chutes de neige pour le sud et le nord du Canada obtenues à partir des données dérivées sur les chutes de neige (message clé 2.12). Les estimations des changements dans la fréquence des précipitations verglaçantes ne sont possibles que pour un nombre limité de sites. Bien que la majorité des stations offrant des données à long terme montrent une diminution globale de la fréquence des précipitations verglaçantes, leur couverture est insuffisante pour déceler avec certitude des tendances distinctes pouvant être liées à l’influence humaine sur le climat.
2.6 : Changements passés de la vitesse du vent
Message clé 2.13 : Les vitesses moyennes annuelles et saisonnières des vents de surface ont diminué au cours de la période de 1953 à 2023 dans une grande partie du sud du Canada, depuis le sud des Prairies jusqu’au centre du Québec (degré de confiance moyen). En revanche, les vitesses moyennes des vents ont augmenté en Colombie-Britannique au printemps et à l’été (faible degré de confiance). Le degré de confiance global quant aux évaluations de l’ampleur des changements de la vitesse moyenne annuelle du vent est faible en raison de l’incohérence entre les produits de données d’observation. À l’heure actuelle, les aspects des changements observés de la vitesse du vent ne peuvent pas être attribués à l’influence humaine sur le système climatique.
Message clé 2.14 : La rareté des données de station dans le nord du Canada rend très difficile l’évaluation des tendances à long terme de la vitesse du vent dans cette région, mais la cohérence entre les données de station dont on dispose et un ensemble de données de réanalyse moderne suggère que les vitesses du vent ont augmenté au cours de la période de 1953 à 2023 dans le nord du Canada (faible degré de confiance), en particulier à l’automne et au printemps.
La présente section décrit les changements à long terme de la vitesse du vent au Canada au cours de la période de 1953 à 2023, sur la base des données de station homogénéisées et de trois réanalyses récentes : ERA5, 20CRv3 et OCADA (voir les sections 2.3.4.3 et 2.3.4.4 pour une description des données). La vitesse du vent est mesurée à une hauteur de 10 m à chaque station d’observation. Étant donné que l’ensemble ERA5 est le seul ensemble de données de réanalyse qui offre des données postérieures à 2015 et que ces données sont de plus haute résolution que celles des ensembles OCADA et 20CRv3 (voir la section 2.3.4.4), nous présentons également les cartes des tendances dérivées des données sur le vent de l’ensemble ERA5. Cette section examine également si l’influence humaine sur le climat peut être responsable de certains des changements constatés.
2.6.1 : Changements passés dans la moyenne des vents
Les tendances associées à la vitesse du vent de surface détectées dans les données recueillies entre 1953 et 2023 à 154 stations d’observation de l’ensemble du Canada (c’est-à-dire les données de station) et homogénéisées par la suite (Wang, Feng, Isaac, et al., 2025) ont été comparées aux tendances correspondantes estimées à partir des ensembles ERA5 (figures 2.17a et b), 20CRv3 (figure 2.17c) et OCADA (figure 2.17d). Les quatre ensembles de données (données de station, ERA5, 20CRv3 et OCADA) indiquent une tendance à l’accalmie (baisse d’intensité des vents) dans une grande partie du sud du Canada, dans une bande s’étendant depuis le sud des Prairies jusqu’au centre du Québec, mais indiquent aussi des tendances peu cohérentes sur le plan de la vitesse du vent dans la plupart des autres régions. De plus, les données des ensembles ERA5 et 20CRv3 indiquent systématiquement une augmentation de la vitesse du vent le long des côtes du détroit d’Hudson jusqu’au nord de la baie d’Hudson, ainsi que dans le centre-ouest du Nunavut (du bassin de la rivière Burnside à Kugluktuk et au sud-ouest de l’île Victoria), où les données de station ne permettent pas d’évaluer les tendances (figures 2.17b et c). Les vitesses du vent à la surface obtenues à partir des données de station montrent une diminution des vitesses du vent depuis 1953 dans une région s’étendant depuis le nord de la Colombie-Britannique jusqu’au sud du Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest, ainsi que dans la région s’étendant depuis le sud des Prairies jusqu’au centre-sud du Québec et au Labrador. Une intensification des vents a été observée dans la plupart des autres régions, en particulier dans la région allant du centre-sud de la Colombie-Britannique aux Rocheuses, aux provinces de l’Atlantique et au Haut-Arctique (figure 2.17a).
Les résultats de l’ensemble de données ERA5 s’accordent généralement mieux avec ceux des données de station, qui indiquent une augmentation de la vitesse du vent dans le centre-sud de la Colombie-Britannique et dans le Haut-Arctique, tandis que les données des ensembles 20CRv3 et OCADA indiquent des diminutions pour la plupart insignifiantes dans ces régions. Les données de l’ensemble ERA5 et les données de station montrent systématiquement une baisse d’intensité le long de la côte sud de la baie d’Hudson, tandis que les données de l’ensemble 20CRv3 montrent de légères augmentations qui ne sont pas statistiquement significatives. Cependant, dans la région allant du nord de la Colombie-Britannique au centre des Territoires du Nord-Ouest, l’ensemble ERA5 indique une tendance à l’intensification, tandis que les données de station et des ensembles 20CRv3 et OCADA montrent des tendances à l’accalmie. Il convient de noter que l’ensemble de données ERA5 intègre un paramètre de rugosité effective de la surface (qui tient compte de la turbulence et du frottement causés par les caractéristiques de la surface) qui peut varier dans le temps.
Le fait de calculer la moyenne d’une variable climatique comme la vitesse du vent sur de vastes superficies permet généralement d’éliminer les incertitudes liées à l’échantillonnage. Par conséquent, bien que les tendances observées dans les données des ensembles ERA5, OCADA et 20CRv3 ne soient pas cohérentes sur l’ensemble du pays, les variations des vitesses moyennes nationales et régionales du vent calculées à partir des réanalyses sont globalement cohérentes entre elles (figure 2.18). On observe une variabilité marquée dans les vitesses moyennes régionales du vent d’une décennie à l’autre, la caractéristique la plus notable étant les importantes anomalies positives autour des années 1990 dans le Nord canadien et les anomalies négatives correspondantes dans le Sud du Canada. En moyenne pour le Canada dans son ensemble, les vitesses du vent basées sur les données de l’ensemble ERA5 auraient diminué de manière significative au seuil de 5 % (c’est-à-dire que la probabilité de conclure qu’un effet ou une tendance existe alors qu’il n’en est rien est de 5 % ou moins) uniquement en été, sans changement statistiquement significatif dans la moyenne annuelle ou les autres moyennes saisonnières (tableau 2.3). En ce qui concerne les moyennes annuelles régionales de la vitesse du vent, une diminution statistiquement significative n’est observée qu’en Ontario, sans changement statistiquement significatif dans les autres régions.
Faits saillants de la figure : Les estimations de l’évolution des vitesses moyennes annuelles des vents de surface au Canada diffèrent selon la source des données.
Titre de la figure : Tendances des vitesses moyennes annuelles du vent à la surface
Description longue
La figure 2.17 montre des cartes des tendances de la vitesse moyenne annuelle du vent de surface au Canada. Le panneau a) couvre la période de 1953 à 2023 en utilisant les données de station homogénéisées et les données de réanalyse ERA5. Les panneaux b), c) et d) couvrent la période de 1953 à 2015 en utilisant les données de station combinées aux ensembles de données de réanalyse ERA5, 20CRv3 et OCADA.
Les tendances sont exprimées en pourcentage de variation par décennie par rapport à la moyenne de la période de référence de 1961 à 1990. Les couleurs représentent les tendances dans les données de réanalyse (bleu pour la diminution, jaune pour l’augmentation), tandis que les triangles indiquent les tendances dans les données de station (pointant vers le bas pour les diminutions et vers le haut pour les augmentations). Les points indiquent les zones où les tendances de réanalyse sont statistiquement significatives, et les triangles colorés indiquent les tendances observées qui sont statistiquement significatives, au seuil de 5 %.
Les cartes montrent des tendances mixtes, avec un niveau de concordance modeste entre les ensembles de données. Certaines régions affichent de légères augmentations, tandis que d’autres présentent des diminutions, ce qui met en évidence l’incertitude quant aux tendances associées à la vitesse du vent. La caractéristique la plus remarquable est une baisse généralisée de la vitesse moyenne annuelle des vents de surface dans une grande partie du sud du Canada, qui s’étend depuis le sud des Prairies jusqu’au centre du Québec pendant la période 1953-2023.
Faits saillants de la figure : Il n’y a qu’une concordance modérée entre les tendances estimées des changements régionaux moyens de la vitesse du vent à la surface au Canada provenant de différentes sources.
Titre de la figure : Changements dans les moyennes annuelles régionales de la vitesse du vent
Description longue
La figure 2.18 montre une série chronologique des moyennes régionales de la vitesse moyenne annuelle du vent de surface pour le Nord canadien et le Sud du Canada depuis 1953, dérivées des ensembles de données de réanalyse ERA5, 20CRv3 et OCADA. Les panneaux a), c) et e) représentent le Nord canadien, tandis que les groupes b), d) et f) représentent le Sud du Canada.
Les valeurs sont exprimées en pourcentage de différence par rapport à l’année de référence 1961-1990. Chaque graphique comprend des valeurs annuelles (barres rouges et bleues) et une moyenne sur 11 ans (ligne noire) pour mettre en évidence les tendances à long terme et la variabilité décennale.
La caractéristique dominante de ces séries chronologiques est la présence d’une grande variabilité interannuelle et interdécennale, avec une certaine cohérence entre les ensembles de données dans les deux régions. De plus, le sud du Canada montre certaines indications d’une légère diminution à long terme dans les trois ensembles de données. Ces résultats soulignent l’incertitude associée aux tendances de la vitesse du vent et l’importance d’utiliser plusieurs ensembles de données pour interpréter les changements de la vitesse du vent au fil du temps.
Les données homogénéisées des stations montrent des variations saisonnières notables dans les tendances observées de la vitesse du vent dans l’ensemble du Canada et de ses régions, bien que l’on observe un affaiblissement pour toutes les saisons dans le sud des Prairies et un renforcement pour toutes les saisons dans le centre-sud de la Colombie-Britannique (figure 2.19, triangles). La superficie où les tendances sont statistiquement significatives est plus grande en été, avec des diminutions statistiquement significatives de la vitesse du vent à la plupart des stations et dans la plupart des régions de l’est et du centre du Canada et des augmentations significatives le long de la côte ouest et dans l’est de l’Arctique (figure 2.19c).
Le degré de concordance entre les données de réanalyse ERA5 et les données de station varie également d’une saison à l’autre (figure 2.19). La concordance la plus forte entre les données de réanalyse ERA5 et les données de station a été observée en été, lorsque les vitesses du vent ont augmenté dans la région allant de la côte ouest au centre des Rocheuses et sur la côte de la baie de Baffin, mais ont diminué dans la plupart des autres régions. Au printemps, les deux ensembles de données divergent quant à la direction du changement (augmentations statistiquement significatives observées dans l’un, mais diminutions dans l’autre) dans le centre-ouest du Canada (du nord de la Colombie-Britannique au sud des Territoires du Nord-Ouest), tandis qu’ils indiquent tous deux des augmentations significatives dans le nord-est du Québec, le nord du Labrador et Terre-Neuve. La divergence dans le centre-ouest du Canada est également visible à l’automne, mais dans une moindre mesure. Les données de station montrent un renforcement statistiquement significatif du vent dans le sud de la Colombie-Britannique et les Rocheuses en toutes saisons, tandis que les données de réanalyse ERA5 montrent des tendances principalement négatives dans ces régions en hiver et en automne.
Tableau 2.3 : Changements dans les vitesses moyennes annuelles et saisonnières du vent entre 1953 et 2023 pour le Canada, six régions et le Sud du Canada. Les changements sont représentés par des tendances linéaires couvrant la période, avec les intervalles de confiance à 95 % correspondants indiqués entre parenthèses, et exprimés en pourcentage par rapport à la période de référence (de 1961 à 1990), par décennie. Les estimations ont été tirées des données de réanalyse ERA5 pour la superficie terrestre canadienne. Voir la figure 2.2 pour une définition des régions et la note de bas de page 7 pour la méthode d’analyse des tendances. Source : Wang, Feng, Isaac, et al. (2025).
| Période | Région | Changement de la vitesse moyenne du vent, % par décennie | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Annuelle | Hivernale | Printemps | Été | Automne | ||
1953–2023 |
Canada |
-0,06 (-0,2 à 0,1) |
-0,02 (-0,39 à 0,34) |
0,26 (-0,07 à 0,57) |
-0,38 (-0,64 à -0,17) |
-0,08 (-0,32 à 0,14) |
Nord canadien |
-0,01 (-0,20 à 0,21) |
-0,01 (-0,54 à 0,52) |
0 (-0,08 à 0,74) |
-0,23 (-0,54 à 0,08) |
0,11 (-0,27 à 0,45) |
|
Sud du Canada |
-0,11 (-0,29 à 0,05) |
-0,03 (-0,41 à 0,28) |
0 (-0,19 à 0,52) |
-0,50 (-0,87 à -0,15) |
-0,25 (-0,53 à 0,03) |
|
Colombie-Britannique |
0,11 (-0,21 à 0,42) |
-0,01 (-0,79 à 0,71) |
0,34 (-0,31 à 1,00) |
0,44 (-0,15 à 1,07) |
-0,07 (-0,58 à 0,53) |
|
Prairies |
-0,30 (-0,59 à 0,03) |
-0,24 (-0,77 à 0,34) |
0,07 (-0,45 à 0,56) |
-0,44 (-0,88 à 0,02) |
-0,38 (-0,75 à -0,04) |
|
Ontario |
-0,24 (-0,47 à -0,01) |
0,17 (-0,28 à 0,59) |
0 (-0,43 à 0,5) |
-0,69 (-1,11 à -0,25) |
-0,37 (-0,81 à 0,00) |
|
Québec |
-0,07 (-0,29 à 0,12) |
-0,13 (-0,64 à 0,43) |
0,27 (-0,21 à 0,70) |
-0,78 (-1,21 à -0,33) |
-0,10 (-0,52 à 0,29) |
|
Canada atlantique |
0,07 (-0,18 à 0,34) |
0,32 (-0,14 à 0,8) |
0,34 (-0,14 à 0,86) |
-0,65 (-1,05 à -0,16) |
0,07 (-0,53 à 0,6) |
|
Les données de réanalyse ERA5 et les données de station illustrent les difficultés inhérentes à l’estimation des variations de la vitesse du vent dans des zones au relief complexe. L’ensemble ERA5 utilise un modèle de prévision météorologique d’une résolution d’environ 31 km pour assimiler et analyser les observations (voir la section 2.3.4.4). Les altitudes de surface qu’il représente sont donc très lisses par rapport à la réalité, ce qui influe sur sa capacité à représenter correctement le champ des vents de surface. Il convient également de noter que les observations des vents de surface provenant des stations terrestres ne sont pas assimilées dans l’ensemble ERA5, qui utilise plutôt divers autres types de données pour estimer les vents près de la surface. L’estimation des changements de la vitesse du vent à partir des données des anémomètres de stations d’observation est aussi difficile, mais d’une autre manière. En effet, comme les stations d’observation sont généralement situées dans des sites de faible altitude dans les zones où le relief est complexe, les vents enregistrés ne sont pas nécessairement représentatifs des changements qui ont pu se produire dans ces régions.
Lorsque l’on examine les vitesses moyennes régionales du vent (tableau 2.3), on constate une diminution statistiquement significative des vitesses moyennes du vent en été et en automne dans l’ensemble de l’Ontario, ainsi que des vitesses moyennes du vent en été au Québec et dans les provinces de l’Atlantique, séparément. Si l’on fait la moyenne pour le Sud du Canada, la tendance indiquant une baisse d’intensité du vent est statistiquement significative en été.
Faits saillants de la figure : On observe des différences saisonnières dans les changements des vitesses moyennes du vent à la surface au Canada depuis les années 1950.
Titre de la figure : Tendances des vitesses moyennes saisonnières du vent, de 1953 à 2023
Description longue
La figure 2.19 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les tendances observées dans la moyenne saisonnière de la vitesse du vent à la surface entre 1953 et 2023. Chaque panneau représente une saison : l’hiver, le printemps, l’été et l’automne.
Les tendances sont exprimées en pourcentage de variation par décennie par rapport à la moyenne de la période de référence de 1961 à 1990. Les couleurs représentent les tendances dans les données de réanalyse ERA5 (bleu pour la diminution, jaune pour l’augmentation), tandis que les triangles indiquent les tendances dans les données de station (pointant vers le bas pour les diminutions et vers le haut pour les augmentations). Les points indiquent les zones où les tendances de réanalyse sont statistiquement significatives, et les triangles colorés indiquent les tendances observées qui sont statistiquement significatives, au seuil de 5 %.
Les tendances varient selon la saison et la région, avec une combinaison d’augmentations et de diminutions à chaque saison. Les tendances des changements dans les données ERA5 correspondent un peu plus aux changements des données de station en été et en hiver qu’au printemps et à l’automne. La caractéristique la plus remarquable est une diminution persistante de la vitesse moyenne saisonnière des vents de surface observée dans les données ERA5 et les données de station dans tout le sud des Prairies, toutes saisons confondues, qui s’étend dans certaines parties du centre du Canada pendant l’été et l’automne.
Quelle que soit leur direction, les tendances estimées à partir des données de station sont généralement plus fortes que celles qui sont issues de la réanalyse. Cela peut s’expliquer par le fait que les vitesses du vent mesurées aux stations sont susceptibles d’être plus variables que celles qui sont mesurées dans les mailles de grille de la réanalyse. Une valeur horaire provenant des données de station s’apparente à un instantané pris à un moment donné, car elle représente la vitesse du vent à l’emplacement de la station (un point) moyennée sur l’intervalle de deux minutes se terminant à l’heure de l’observation (ECCC, 2015). En revanche, une valeur horaire dans les données de réanalyse représente la vitesse « instantanée » du vecteur moyen du vent dans la maille de grille du modèle au début de chaque heure pour des mailles de superficie considérable (env. 960 km² pour l’ensemble ERA5 et ~5600 km² pour l’ensemble 20CRv3). Dans le contexte des modèles météorologiques et climatiques, le terme « instantané » fait référence au plus petit incrément de temps représenté par les modèles. Les modèles de réanalyse utilisent des pas de temps fixes, les valeurs des variables qui représentent l’état de l’atmosphère changeant à chaque pas de temps. Par exemple, le modèle ERA5 utilise un pas de temps de 12 minutes (voir Detailed information of implementation of IFS cycle 41r2 [en anglais seulement]). Par conséquent, une grande partie de la variabilité temporelle et spatiale à petite échelle de la vitesse du vent qui agit sur les mesures des stations est absente des données de réanalyse.
Un changement notable de la vitesse du vent au Canada, qui a fait l’objet d’études approfondies, s’est produit dans certaines zones océaniques de l’Arctique canadien. Selon un ensemble de données régionales de réanalyse à haute résolution, soit la Réanalyse par Environnement Canada des vents et des vagues dans le détroit de Davis et la baie de Baffin, qui couvre la période de 1979 à 2016 (Wang et al., 2021), la vitesse du vent a augmenté depuis 1979 dans la plupart des secteurs du détroit de Davis et dans la région de la baie de Baffin pendant la période de septembre à décembre, avec quelques diminutions au-dessus des eaux libres en juin et juillet. Ces constatations correspondent globalement aux tendances saisonnières observées dans la zone côtière adjacente illustrées à la figure 2.19. Dans cette région, la tendance positive de la vitesse du vent s’est intensifiée depuis 2001 (Wang et al., 2021). D’après la Réanalyse par Environnement Canada des vents et des vagues dans la mer de Beaufort pour la période de 1970 à 2013, la vitesse du vent a augmenté de manière significative dans la partie centrale des mers de Beaufort et des Tchouktches, mais a diminué de manière significative dans les eaux côtières canadiennes correspondantes en août (Wang et al., 2015). La diminution observée au-dessus de ces eaux côtières en août correspond aux diminutions observées dans la zone terrestre adjacente (figure 2.19c). De plus amples informations sur les changements des vents marins sont présentées au chapitre 7, à la section 7.5.
2.6.2 : Comprendre les changements observés
L’attribution des changements de la vitesse du vent à des forçages externes demeure difficile pour plusieurs raisons. Les produits de données sur le vent utilisés fournissent des informations peu cohérentes en matière de tendances pour une grande partie du Canada, et l’importance des tendances est généralement faible par rapport à la variabilité interannuelle dans les régions où les ensembles de données présentent des tendances cohérentes. Ces deux facteurs réduisent la confiance envers l’attribution potentielle des causes des changements. La contribution du GT1 au RE6 du GIEC a estimé qu’il est probable que les trajectoires des tempêtes extratropicales dans les hémisphères nord et sud se soient déplacées vers les pôles depuis les années 1980, et les tendances relevées sont associées à une forte saisonnalité (degré de confiance moyen) (Gulev et al., 2021). Certaines données probantes de ce rapport indiquent aussi que le nombre annuel de cyclones extratropicaux a augmenté dans l’hémisphère nord (faible degré de confiance), mais que le nombre de cyclones profonds (fortes tempêtes dont la pression centrale est inférieure à 980 hPa) a diminué (Gulev et al., 2021). Ces changements pourraient avoir eu une incidence sur les régimes de vents de surface et les précipitations au Canada. De telles évaluations, qui n’ont pas été réalisées spécifiquement pour le secteur de l’hémisphère nord qui comprend le Canada, seraient nécessairement associées à des degrés de confiance encore plus faibles.
De nombreux autres aspects de la documentation sur les changements des vents et l’activité des tempêtes extratropicales connexes demeurent également ambigus. Par exemple, il a été démontré que la force du vent géostrophiqueNote de bas de page 13 dans l’hémisphère nord (Wang et al., 2009) contient une réponse détectable aux forçages anthropiques et naturels combinés, avec des augmentations de la force du vent dans certaines parties de l’Atlantique Nord et du Pacifique Nord et des changements faibles (généralement des diminutions) ailleurs dans l’hémisphère. Certains chercheurs affirment également que la diminution des vitesses du vent près de la surface dans les latitudes moyennes de l’hémisphère nord est attribuable à l’augmentation des gaz à effet de serre (voir par exemple Deng et al., 2021). D’autres études, cependant, affirment que les changements à grande échelle observés dans les vitesses du vent s’accordent avec la variabilité climatique interne (voir par exemple Wohland et al., 2021).
Une baisse d’intensité a été largement constatée dans les données d’observation du vent provenant de nombreuses régions du monde, mais les causes de cette baisse font toujours l’objet d’un débat scientifique. Diverses théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, certaines se concentrant sur les changements de la force de traînée qui agit sur le vent, liée à l’augmentation de la rugosité terrestre causée par l’urbanisation et les changements de la végétation (voir par exemple Vautard et al., 2010). Cependant, certains chercheurs notent un renversement relativement marqué de la tendance à l’accalmie à partir de 2010, un changement incompatible avec les explications fondées sur la rugosité terrestre, car celle-ci ne peut évoluer que lentement (Zeng et al., 2019). D’autres ont suggéré que la variation de la vitesse du vent (y compris l’accalmie antérieure et le renversement récent) est principalement déterminée par la variabilité décennale des oscillations à grande échelle, telles que l’oscillation décennale du Pacifique (comme le suggèrent Zeng et al., 2019) (voir le chapitre 4 pour plus de détails sur les processus de circulation à grande échelle). Ce point de vue est renforcé par une analyse des variations de la vitesse du vent réalisée dans le cadre d’une simulation d’ensemble à très grande échelle au moyen d’un modèle climatique global (Wohland et al., 2021), qui a déterminé que la variabilité climatique interne naturelle était la cause dominante des variations des ressources en énergie éolienne (Pryor et al., 2020), et qui a suggéré l’existence d’un lien entre le phénomène El Niño-oscillation australe et les vitesses du vent dans les Prairies canadiennes (St. George et Wolfe, 2009). Il convient toutefois de noter qu’un examen approfondi de la documentation sur les changements de la vitesse du vent et leurs causes potentielles mène à la conclusion qu’il reste de nombreuses questions en suspens quant à l’importance relative des changements de la circulation (Wu et al., 2018), qui pourraient refléter les effets de forçages externes ou de la variabilité climatique interne à basse fréquence (ou les deux), ainsi que les changements de la force de traînée (c’est-à-dire les changements de la rugosité terrestre et, possiblement, les changements causés par l’exploitation accrue de l’énergie éolienne).
2.6.3 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 2.13 : Les vitesses moyennes annuelles et saisonnières des vents de surface ont diminué au cours de la période de 1953 à 2023 dans une grande partie du sud du Canada, depuis le sud des Prairies jusqu’au centre du Québec (degré de confiance moyen). En revanche, les vitesses moyennes des vents ont augmenté en Colombie-Britannique au printemps et à l’été (faible degré de confiance). Le degré de confiance global quant aux évaluations de l’ampleur des changements de la vitesse moyenne annuelle du vent est faible en raison de l’incohérence entre les produits de données d’observation. À l’heure actuelle, les aspects des changements observés de la vitesse du vent ne peuvent pas être attribués à l’influence humaine sur le système climatique.
Message clé 2.14 : La rareté des données de station dans le nord du Canada rend très difficile l’évaluation des tendances à long terme de la vitesse du vent dans cette région, mais la cohérence entre les données de station dont on dispose et un ensemble de données de réanalyse moderne suggère que les vitesses du vent ont augmenté au cours de la période de 1953 à 2023 dans le nord du Canada (faible degré de confiance), en particulier à l’automne et au printemps.
L’évaluation des changements observés dans les vitesses moyennes annuelles et saisonnières du vent s’est concentrée sur la période pour laquelle des données de station homogénéisées étaient disponibles (de 1953 à 2023) et a été fondée sur quatre sources de données indépendantes. Cette méthode fait en sorte que le degré de confiance envers les évaluations des changements observés dans les régions du sud du Canada, où il existe une cohérence entre les sources de données, est moyen. Le degré de confiance est faible ou très faible ailleurs, en raison du manque de cohérence entre les produits de données et du manque de données de station suffisantes, en particulier dans le nord du Canada. Il n’est pas possible d’attribuer les changements observés à l’influence humaine. Une baisse de l’intensité du vent a été constatée dans une grande partie du sud du Canada, comme dans de nombreuses autres régions du monde. Si certaines recherches récentes suggèrent que les causes ne sont pas liées à l’influence humaine, de nombreuses questions restent en suspens concernant les causes et les processus qui participent à la baisse observée de l’intensité du vent. Le renversement récent de la tendance à l’accalmie que l’on observe à l’échelle hémisphérique n’est pas encore apparent dans les données de station du Canada.
2.7 : Principales lacunes dans les connaissances et nouveaux enjeux
La présente section décrit certaines des lacunes dans les connaissances et les nouveaux enjeux qui réduisent notre capacité à étudier et à comprendre comment le climat du Canada a changé depuis 1900 pour le sud du pays et depuis 1950 pour le nord du pays et le Canada dans son ensemble.
2.7.1 : Interprétation des estimations des tendances et des incertitudes
L’un des enjeux qui sont rarement pris en compte est que les estimations des tendances (et les autres estimations des changements) calculées à partir d’observations peuvent être interprétées de deux manières différentes. Le système climatique produit d’importantes variations spontanées (générées en interne). La séquence des variations météorologiques et climatiques que nous observons aujourd’hui peut être considérée comme l’une parmi un nombre infini de séquences aux propriétés statistiques similaires qui auraient pu avoir lieu. Les scientifiques parlent souvent de « l’effet papillon » pour décrire ce concept (voir par exemple le célèbre article de Lorenz [1963]). Conceptuellement, la nature a simplement choisi l’une des « réalisations » possibles : celle que nous observons. Par conséquent, les tendances calculées à partir des observations peuvent être interprétées de deux manières différentes : soit comme une description du changement observé dans la réalisation de la variabilité climatique et météorologique que nous connaissons, soit comme une estimation du changement systématique au fil du temps qui est commun à toutes les réalisations possibles et qui résulte d’une influence externe sur le système climatique. Ces deux interprétations d’un changement ou d’une tendance observée sont influencées par différentes sources d’incertitude. Une distinction semblable intervient dans le processus d’analyse de régression statistique (voir par exemple Mendenhall, 1979), dans lequel l’incertitude associée à la courbe d’une tendance peut être exprimée de deux manières : soit comme un intervalle de confiance pour la courbe de tendance lorsqu’elle est interprétée comme une estimation de la manière dont la valeur moyenne d’une variable, telle que la température, pourrait varier dans le temps, soit comme un intervalle de prédiction plus large qui doit être interprété comme un intervalle de confiance pour une valeur non observée de cette variable à un moment précis.
Toute estimation des tendances ou des changements est affectée par des biais d’observation et des incertitudes lorsqu’elle est interprétée comme une description de la façon dont la réalisation observée des conditions météorologiques et climatiques a changé au fil du temps. Les sources de biais et d’incertitude dans ce cas comprennent les erreurs de mesure des instruments, l’homogénéisation imparfaite, la couverture spatiale limitée et variable des observations des instruments, et les erreurs d’analyse résultant de l’interpolation spatiale (maillage) ou de l’utilisation d’observations pour contraindre une réanalyse. Les fourchettes d’incertitude estimées pour les estimations des tendances dans le présent chapitre tiennent compte, dans la mesure du possible, de ces sources d’incertitude.
La même estimation d’une tendance ou d’un changement est également affectée par l’incertitude quant à l’ampleur de la variabilité naturelle non forcée lorsque la tendance ou le changement est interprété comme une estimation des changements climatiques forcés par des facteurs externes. En effet, différentes réalisations possibles de l’évolution des conditions météorologiques et climatiques contiendront différentes séquences météorologiques, ainsi que le phénomène El Niño-oscillation australe, l’oscillation décennale du Pacifique, l’oscillation atlantique multidécennale et d’autres événements et phénomènes, bien qu’ils soient influencés de la même manière par des forçages externes. Les variations naturelles lentes peuvent faire augmenter ou diminuer le taux de changement observé, parfois sur plusieurs décennies. Ces variations peuvent entraîner, par exemple, des différences d’un RCCC à l’autre quant à l’évaluation du taux de réchauffement canadien par rapport au réchauffement planétaire. L’ampleur de cette source d’incertitude est difficile à estimer directement à partir des observations, et elle est donc généralement estimée à partir de modèles climatiques. Les modèles climatiques simulent une partie importante de la variabilité interne et sont capables de simuler de multiples réalisations de l’évolution des événements météorologiques et climatiques en répétant des simulations dont les conditions initiales sont légèrement perturbées. Cette source d’incertitude supplémentaire, ainsi que l’incertitude liée à la modélisation climatique, est prise en compte aux sections 2.4.2 et 2.5.2, dans les estimations de l’importance des changements causés au Canada par des influences externes sur le climat.
2.7.2 : Déclin des archives de données de station au Canada
L’un des défis fondamentaux pour le Canada concerne son réseau épars de sites d’observation à long terme et de haute qualité. La rareté des sites d’observation, en particulier avant les années 1950 et dans le nord du Canada (p. ex. figure 2.4; encadré 2.2, figure 1) limite notre capacité à évaluer de manière fiable l’évolution du climat canadien depuis l’ère préindustrielle. Des modèles contraints par les observations disponibles peuvent aider dans certains cas, mais avec une grande incertitude. Par exemple, l’encadré 2.4 présente des estimations du réchauffement forcé au Canada pour les périodes récentes par rapport à la période de 1850 à 1900, lorsque seules quelques observations étaient disponibles dans quelques sites du sud du Canada.
La diminution de la couverture et de la qualité des observations des précipitations dans les archives climatiques nationales du Canada affecte notre capacité à comprendre comment les précipitations ont changé au pays, même au cours des dernières décennies. Elle peut également limiter notre capacité à contraindre les projections des changements futurs à l’aide d’observations des changements historiques récents. Les réseaux d’observation bénévoles, comme le réseau CoCoRaHS (voir la section 2.3.1), et la mise en commun des données recueillies par différentes organisations contribuent à rendre les données plus accessibles (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026) (voir également la page BC meteorological station data [en anglais seulement] comme exemple d’effort de consolidation des réseaux), mais ne remédient pas nécessairement à la diminution du nombre d’enregistrements à long terme.
Faits saillants de la figure : Le nombre d’observations des précipitations ou de la température entrant chaque année dans les archives climatiques numériques nationales du Canada a changé.
Titre de la figure : Disponibilité des données quotidiennes sur les précipitations et les températures relevées par les stations météorologiques canadiennes au fil du temps
Description longue
La figure 2.20 illustre la disponibilité des données quotidiennes sur les précipitations et la température pour le nord et le sud du Canada dans les archives climatiques numériques nationales du Canada pour chaque année depuis 1970. La figure est composée de quatre panneaux, qui montrent, dans les panneaux a) et b), la disponibilité des données sur les précipitations pour le nord et le sud du Canada, respectivement, et dans les panneaux c) et d), la même information pour les données quotidiennes sur la température. Chaque panneau comprend trois courbes : une courbe noire montrant le nombre annuel moyen de stations avec des observations quotidiennes complètes (données non manquantes), une courbe bleue pour le nombre de stations déclarant au moins une valeur quotidienne dans l’année (stations actives) et une courbe rouge indiquant le taux global de données non manquantes pour l’année (pourcentage d’exhaustivité).
La figure montre que la disponibilité des données a varié au fil du temps. Le sud du Canada compte toujours plus de stations, et les données y sont plus exhaustives que dans le nord du Canada, mais le nombre de stations actives a chuté rapidement tant pour les précipitations que pour la température à des niveaux qui ne représentent qu’environ la moitié des niveaux des années 1970 et 1980. Le nombre de stations actives dans le nord du Canada a été plus variable, et les augmentations dans les années 1990 semblent avoir persisté pour ce qui est de la température. Cette augmentation est toutefois annulée en grande partie par les taux élevés de données manquantes, qui limitent la capacité de surveillance dans une région où la couverture des stations est également très éparse.
Deux mesures objectives du déclin sont le nombre de stations déclarantes et la fréquence des données manquantes, qui sont présentés aux figures 2.20a et 2.20b pour ce qui est des données quotidiennes sur les précipitations dans le sud et le nord du Canada (au sud et au nord de 60° N, respectivement). Les taux de données manquantes ont augmenté au début des années 1990 et à la fin des années 2000, bien que le nord du Canada ait connu une certaine reprise au cours des dernières années. Le nombre de stations déclarant des données quotidiennes sur les précipitations a diminué depuis le début des années 1990 dans le sud du Canada et depuis la fin des années 2010 dans le nord du Canada, où la densité des stations était déjà très faible. En raison des effets combinés de la réduction du nombre de stations et de l’augmentation du taux de données manquantes, le nombre actuel d’observations disponibles pour le Canada dans son ensemble a chuté à environ 45 % du nombre disponible pendant la période de pointe des années 1970 et 1980, et à environ 40 % pour le sud du Canada (figure 2.20b, courbe noire).
La situation est similaire pour les observations quotidiennes de la température de l’air à la surface, comme le montrent les figures 2.20c et 2.20d. La diminution du nombre d’observations des températures a moins d’incidence sur la capacité d’évaluer le réchauffement récent au Canada par rapport au nombre d’observations des précipitations (figures S1 et S3 dans Wang, Feng, Zwiers et al. [2025]), car les anomalies de température individuelles ont tendance à être représentatives de zones beaucoup plus vastes que les anomalies de précipitations individuelles.
La diminution des observations des chutes de neige au cours des dernières décennies, en raison du remplacement des jauges manuelles par des jauges automatisées (voir la section 2.5.1.2), est également préoccupante. Il en va de même pour la très faible disponibilité des données à long terme sur la vitesse du vent, même si l’on ne tient compte que des vitesses moyennes, comme à la section 2.6. Cette diminution a des conséquences importantes sur les plans pratique et scientifique. Par exemple, la conception d’infrastructures résilientes à notre climat actuel doit tenir compte des conditions climatiques dominantes. Les normes de conception, telles que celles détaillées dans le Code national du bâtiment du Canada, exigent des ingénieurs qu’ils tiennent compte des températures extrêmes, des précipitations, des charges de neige et des pressions du vent dans la conception des nouveaux bâtiments; ces éléments ne peuvent être estimés de manière adéquate que lorsque l’on dispose d’observations à long terme et de haute qualité. De plus, la communauté des ingénieurs doit également tenir compte de plus en plus des changements climatiques futurs, ce qui passe généralement par l’ajustement des estimations des extrêmes historiques aux conditions futures (voir par exemple l’Association canadienne de normalisation (Canadian Standard Association, 2025), qui décrit comment les ingénieurs doivent ajuster les courbes historiques d’intensité-durée-fréquence des précipitations à un climat futur plus chaud). En outre, le manque de données d’observation au cours des dernières décennies peut nuire à notre capacité de réduire le degré d’incertitude des projections futures par l’utilisation de méthodes de « contraintes émergentes » pour ajuster les résultats des modèles climatiques (chapitre 3, section 3.3.2).
2.7.3 : L’impact des modes de variabilité du climat à basse fréquence et à grande échelle
Un autre défi réside dans le fait que, comme ailleurs dans le monde, le climat du Canada est influencé par des modes de variabilité climatique interne à basse fréquence et à grande échelle qui varient de manière quasi périodique, à des échelles temporelles qui vont de quelques années à plusieurs décennies (chapitre 4, section 4.8). Ces modes de variabilité comprennent les effets de phénomènes bien étudiés et documentés comme le phénomène El Niño-oscillation australe et l’oscillation décennale du Pacifique, qui touchent les régions occidentales et centrales du Canada, ainsi que l’oscillation nord-atlantique et l’oscillation atlantique multidécennale, qui touchent principalement la moitié est du Canada (chapitre 4, section 4.8.1). Ils peuvent donner lieu à des conditions qui s’écartent de la normale ou de la réponse à laquelle on s’attend aux forçages externes pendant des périodes relativement longues (des années ou des décennies). L’influence de ces modes de variabilité est plus importante à petite échelle, et bien que le Canada soit un très grand pays, ses régions sont petites dans le contexte du système climatique mondial. Il faut donc reconnaître que nos estimations des tendances, nos déductions sur l’ampleur des changements attribués aux forçages externes et nos projections fondées sur des observations pourraient toutes être influencées par l’évolution historique de ces modes lents et à grande échelle de variabilité naturelle du climat.
2.7.4 : Nouvelles possibilités
Les défis et les enjeux qui nuisent à notre capacité de décrire et de comprendre les changements climatiques au Canada donnent également lieu à des possibilités. Par exemple, la capacité de reconstituer l’évolution historique des conditions météorologiques au Canada sur plusieurs décennies grâce à l’utilisation de systèmes de réanalyse (section 2.3.4.4) s’est régulièrement améliorée, parallèlement aux progrès réalisés dans le domaine des prévisions météorologiques. Ces produits ont le potentiel de fournir à terme des données d’une qualité suffisante pour effectuer le suivi des changements climatiques à l’échelle régionale, y compris en ce qui concerne des éléments comme le vent. En effet, l’un de ces produits, l’ensemble de données de réanalyse ERA5 (Hersbach et al., 2020), dont les données commencent en 1940 et sont mises à jour en continu en temps quasi réel, est déjà utilisé par le service européen Copernicus sur les changements climatiques pour surveiller en permanence la température moyenne mondiale. Dans l’intervalle, cependant, les réanalyses offrent de nombreuses possibilités à des échelles régionales plus petites pour aider à tirer le meilleur parti des observations in situ disponibles, par exemple en les utilisant comme indices indirects pour l’élaboration de méthodes d’évaluation des effets du biais d’échantillonnage sur les données de station maillées et les valeurs moyennes régionales qui sont calculées à partir de données de station maillées affichant des degrés variables de disponibilité des données (encadré 2.2).
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Documentation supplémentaire
Tableau supplémentaire S2.1 : Améliorations apportées aux ensembles de données homogénéisées utilisés dans le RCCC de 2026 par rapport aux versions ou générations précédentes
Tableau S2.1 : Les différentes générations ou versions des ensembles de données ajustées et/ou homogénéisées mensuelles (mly) ou quotidiennes (dly) sur les valeurs moyennes, maximales et minimales de la température de l’air à la surface (T, Tmax, Tmin), les précipitations (P), la pluie (R), les chutes de neige (S), la vitesse du vent à la surface (W) et la fréquence des précipitations verglaçantes (FPf) (logarithmes du rapport des cotes) utilisées dans la première édition du RCCC (RCCC de 2019) et dans la présente version (RCCC de 2026). Hom = « homogénéisées »; V# = « version n° »; G# = « génération n° ».
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
Ensemble de données de station : HomT mlyV1 – G1 des T mensuelles (mly) homogénéisées, initialement la base de données canadienne sur les températures historiques (Canadian Historical Temperature Database; Vincent et Gullett, 1999) :
|
Ensemble de données de station : HomT mlyV2 – G2 des T mensuelles homogénéisées (Vincent et al., 2012) :
|
Ensemble de données de station : HomT mlyV3, HomTmin mlyV3 et HomTmax mlyV3 – G3 des données mensuelles homogénéisées sur les températures moyennes quotidiennes (T), maximales quotidiennes (Tmax) et minimales quotidiennes (Tmin) (Vincent et al., 2020) :
|
Ensemble de données de station : CanHomT mlyV3.1, CanHomTmin mlyV3.1, CanHomTmax mlyV3.1, c’est-à-dire HomT mlyV3, HomTmin mlyV3 et HomTmax mlyV3, mis à jour jusqu’en 2023 (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020), à savoir les fichiers dans les dossiers CanHomTmin_mlyV3.1 CanHomTmax_mlyV3.1 disponibles sur Données canadiennes homogénéisées sur la température de l’air à la surface – Version 3.1 (CanHomT V3.1). |
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : CanGRD mlyV2 – anomalies maillées des températures mensuelles au Canada (ECCC, 2016; Vincent et al., 2012) :
|
Ensemble de données maillées correspondant : CanGRD mlyV3 (ECCC, 2016; (Vincent et al., 2020) :
|
Ensemble de données maillées correspondant : CanGridT mlyV3.1, CanGridTmin mlyV3.1 et CanGridTmax mlyV3.1, (mis à jour à partir d’ECCC, 2016; Vincent et al., 2020), à savoir une version maillée des ensembles de données de station dans les dossiers CanHomT_mlyV3.1 CanHomTmin_mlyV3.1 CanHomTmax_mlyV3.1 (voir ci-dessus), maillées à l’aide d’une nouvelle méthode de maillage (Wang, Feng, Zwiers et al., 2025); disponibles sur Données canadiennes maillées et homogénéisées sur la température de l’air à la surface – Version 3.1 (CanGridT V3.1)
(Utilisé dans le chapitre 2). |
|
Génération ou version 1 |
Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 |
Génération ou version 3 |
Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : HomT, HomTmin, HomTmax dlyV2 – G2 des données homogénéisées de températures quotidiennes moyennes, minimales et maximales (Vincent et al., 2012) :
|
Ensemble de données de station : HomT, HomTmax, HomTmin dlyV3 – G3 des données homogénéisées de températures quotidiennes moyennes, minimales et maximales (Vincent et al., 2020) :
|
Ensemble de données de station : CanHomT, CanHomTmin, CanHomTmax dlyV3.1, c’est-à-dire HomT, HomTmin et HomTmax dlyV3 mis à jour jusqu’en 2023 (mis à jour à partir de Vincent et al., 2020), à savoir les données dans les dossiers CanHomTmin_dlyV3.1 CanHomTmax_dlyV3.1 disponibles sur la page Données canadiennes homogénéisées sur la température de l’air à la surface – Version 3.1 (CanHomT V3.1). (Utilisé dans les chapitres 2 et 8). |
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : CanGridT, CanGridTmin, CangGridTmax dlyV3.1 (mis à jour à partir d’ECCC, 2016; Vincent et al., 2020), à savoir une version maillée des ensembles de données de station dans les dossiers CanHomTmin_dlyV3.1 CanHomTmax_dlyV3.1
(Utilisé au chapitre 2) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
Ensemble de données de station : G1 des précipitations mensuelles ajustées (Mekis et Hogg, 1999) :
|
Ensemble de données de station : G2 des précipitations mensuelles ajustées (Mekis et Vincent, 2011) :
|
Ensemble de données de station : CanHoP mlyV1 – précipitations mensuelles canadiennes homogénéisées, version 1 (Wang et al., 2023) :
|
Ensemble de données de station : CanHomP mlyV2 (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026), disponible sur la page Données homogénéisées sur les précipitations canadiennes – Version 2 (CanHomP V2). Utilisé pour produire l’ensemble CanGridP mlyV2 disponible sur la page Précipitations mensuelles homogénéisées et maillées au Canada – Version 2 (CanGridP mlyV2) (utilisé au chapitre 2). |
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : G2 de CanGRD mly PA – anomalies des précipitations mensuelles canadiennes maillées (ECCC, 2016; Mekis et Vincent, 2011) :
|
Ensemble de données maillées correspondant : CanGridP mlyV1 (appelé CanKrig mlyPv1 dans Wang et al. [2023]) :
|
Ensemble de données maillées correspondant : CanGridP mlyV2 (Wang, Feng, Zwiers, et al., 2026) :
(Utilisé au chapitre 2) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : G2 des précipitations quotidiennes ajustées (Mekis et Vincent, 2011) :
|
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : CanHomP dlyV2 – précipitations quotidiennes homogénéisées (Wang et Feng, 2026) disponible sur la page https:// data-donnees.az.ec. gc.ca/data/climate/ scientificknowledge/ canadian-homogenized-precipitation? lang=en) :
|
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
(S.O.) |
G2 des chutes de neige quotidiennes ajustées (Mekis et Vincent, 2011) :
|
(S.O.) |
Ensemble de données de station : CanHomSp anlV2 – données indirectes sur les chutes de neige (Sp) annuelles (anl), dérivées à l’aide de l’ensemble CanHomP dlyV2 et des températures moyennes quotidiennes (Qian et al., 2025) :
|
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Génération ou version 1 |
Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 |
Génération ou version 3 |
Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
Ensemble de données de station : CanAdjRS dlyV1 – pluie et chutes de neige quotidiennes ajustées, version de 2016 (appelé AdjDlyRS dans Wang et al. (2017) :
|
Ensemble de données des stations : CanAdjRS dlyV1.1, c’est-à-dire l’ensemble CanAdjRS dlyV1 mis à jour jusqu’à 2020 avec un contrôle de la qualité approfondi supplémentaire (Cheng et al., 2024; Wang et al., 2017)
|
Ensemble de données de la station : (S.O.) |
Ensemble de données des stations : CanAdjRSP dlyV2, c’est-à-dire pluie, chutes de neige et précipitations quotidiennes ajustées, version 2 (Wang, Feng, Zwiers et al., 2026). L’ensemble comprend :
(Utilisé pour produire les ensembles CanHomP mlyV2 et dlyV2, CanHomSp anlV2 et CanExP V2 pour les chapitres 2 et 8) |
Ensemble de données maillées correspondant : ANUSPLINNote de bas de page 15 -AdjP V1 : ensembles de données ajustées et maillées par le modèle ANUSPLIN sur les précipitations, version 1 (mensuelles, quotidiennes, sur 5 jours) (MacDonald et al., 2021)
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : ANUSPLIN-AdjP V2, c’est-à-dire les ensembles de données ajustées et maillées par le modèle ANUSPLIN sur les précipitations, version 2; produit par le maillage des données sur les précipitations de l’ensemble CanAdjRSP dlyV2 à l’aide de la méthode de MacDonald et al., 2021).
(Utilisé pour produire les ensembles CanHomP mlyV2 et dlyV2 et CanHomSp anlV2 pour les chapitres 2 et 8) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
|
Ensemble de données de station : CanHomW mlyV1 – données homogénéisées sur la vitesse mensuelle du vent (Wan et al., 2010) :
|
(S.O.) |
(S.O.) |
Ensemble de données de stations : CanHomW mlyV2 – vitesses mensuelles du vent homogénéisées (Wang, Feng, Isaac et al., 2025) :
|
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
Ensemble de données de station : CanHomFPf mlyV1 – logarithmes du rapport des cotesNote de bas de page 16 mensuels homogénéisés de la fréquence des précipitations verglaçantes (Wang, 2006) :
|
(S.O.) |
(S.O.) |
Ensemble de données de station : CanHomFPf mlyV2 – logarithmes du rapport des cotes mensuels homogénéisés de la fréquence des précipitations verglaçantes; ensemble mis à jour à partir de Wang (2006) :
|
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
Ensemble de données maillées correspondant : (S.O.) |
| Génération ou version 1 | Génération ou version 2 et extensions utilisées dans le RCCC de 2019 | Génération ou version 3 | Ensembles de données utilisés dans le RCCC de 2026 |
|---|---|---|---|
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : (S.O.) |
Ensemble de données de station : Ensembles de données CanExP et CanExT – indices extrêmes pour le climat de surface canadienNote de bas de page 17 (y compris les précipitations, les chutes de neige et la température) (Wang et Feng, 2026; Qian et al., 2025; mis à jour à partir de Vincent et al., 2020) :
|
Figure supplémentaire S2.1 : Évolution des températures minimales et maximales quotidiennes moyennes annuelles de l’air à la surface dans l’ensemble du Canada
Description longue
La figure supplémentaire S2.1 montre quatre cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les changements observés dans les températures de l’air à la surface minimales (Tmin) et maximales (Tmax) quotidiennes moyennes annuelles sur deux périodes : 1948-2023 et 1900-2023. Les panneaux a) et c) présentent les changements des Tmin et Tmax de 1948 à 2023, tandis que les panneaux b) et d) indiquent les changements pour 1900 à 2023.
Les couleurs vont du bleu clair, indiquant un léger refroidissement, au gris pâle, indiquant un léger réchauffement, et à des couleurs allant du jaune clair à l’orange foncé, correspondant à des augmentations plus importantes, l’orange foncé indiquant le réchauffement le plus fort. Les tendances sont exprimées en degrés Celsius par décennie, et une échelle de variation totale correspondante est indiquée le long de chaque carte. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Pour la période de 1948 à 2023, le réchauffement est généralisé partout au Canada dans les Tmin, et les augmentations les plus fortes ont été observées dans les régions du Nord. Pour la période 1900-2023, le nord du Canada est grisé en raison du manque de données, mais le sud du Canada affiche toujours un réchauffement important des Tmin. Il y a également un fort réchauffement dans les Tmax pour presque tout le Canada entre 1948 et 2023, mais le réchauffement est plus faible dans les Tmax pendant la période 1900-2023. Les pourcentages indiqués dans les titres des panneaux correspondent à la proportion de points de grille présentant des tendances positives et négatives significatives.
Figure supplémentaire S2.2 : Évolution des températures minimales et maximales quotidiennes moyennes saisonnières de l’air à la surface dans l’ensemble du Canada
Description longue
La figure supplémentaire S2.2 montre huit cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les changements observés dans les températures de l’air à la surface minimales (Tmin) et maximales (Tmax) quotidiennes moyennes saisonnières entre 1948 et 2023. Chaque paire de panneaux représente une saison : hiver (décembre à février), printemps (mars à mai), été (juin à août) et automne (septembre à novembre); des cartes distinctes sont utilisées pour les Tmin et les Tmax.
Les changements des températures sont exprimés sous forme de tendances linéaires en degrés Celsius par décennie.
Les couleurs vont du bleu clair, indiquant un léger refroidissement, au gris pâle, indiquant un léger réchauffement, et à des couleurs allant du jaune clair à l’orange foncé, correspondant à des augmentations plus importantes, l’orange foncé indiquant le réchauffement le plus fort. Les tendances sont exprimées en degrés Celsius par décennie, et une échelle de variation totale correspondante est indiquée le long de chaque carte. Les points indiquent les zones où les tendances ne sont pas statistiquement significatives au seuil de 5 %.
Pour l’ensemble des saisons, le réchauffement est évident pour les Tmin et les Tmax, mais l’ampleur varie. L’hiver montre le plus fort réchauffement, en particulier pour les Tmin dans les régions du Nord, tandis que l’été présente un réchauffement généralisé pour les Tmin et les Tmax. Le printemps et l’automne montrent un réchauffement modéré, principalement dans le sud du Canada.
Figure supplémentaire S2.3 : Quantités de précipitations « normales » (moyenne sur trois décennies) dans l’ensemble du Canada
Description longue
La figure supplémentaire S2.3 montre deux cartes du Canada avec un code de couleurs illustrant les quantités annuelles moyennes de précipitations pour deux périodes climatologiques normalisées : 1961-1990 et 1991-2020. Les valeurs sont exprimées en millimètres.
Les deux cartes utilisent un gradient de couleurs, soit le rouge foncé pour les précipitations les plus faibles, des tons de rose, de bleu et de vert clair pour les précipitations modérées, et le vert foncé pour les précipitations annuelles élevées.
Les quantités de précipitations les plus élevées se trouvent le long de la côte du Pacifique en Colombie-Britannique et dans certaines parties du Canada atlantique, tandis que les quantités les plus faibles se trouvent dans l’archipel de l’Arctique et dans les régions des Prairies.
Si l’on compare les deux périodes, les précipitations augmentent généralement dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du Canada et dans certaines parties de l’ouest du pays, bien que la figure mette l’accent sur les tendances spatiales plutôt que sur l’ampleur des tendances.
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