Chapitre 3 : Vue d’ensemble des changements futurs du climat
Auteurs
Auteurs coordonnateurs principaux
Nathan P. Gillett, Environnement et Changement climatique Canada
Damon Matthews, Université Concordia
Auteurs principaux
Cindy Chu, Pêches et Océans Canada
Blair J. W. Greenan, Pêches et Océans Canada
Megan Kirchmeier-Young, Environnement et Changement climatique Canada
Yongxiao Liang, Environnement et Changement climatique Canada
Michael Sigmond, Environnement et Changement climatique Canada
Julie M. Thériault, Université du Québec à Montréal
Auteurs contributeurs
Russell Blackport, Environnement et Changement climatique Canada
Barrie R. Bonsal, Environnement et Changement climatique Canada
Alex J. Cannon, Environnement et Changement climatique Canada
Charles L. Curry, Pacific Climate Impacts Consortium, Université de Victoria
Mitchell Dickau, Université Concordia
Patrick Farnole, Université de Victoria
Parsa Gooya, Environnement et Changement climatique Canada
Dae Il Jeong, Environnement et Changement climatique Canada
Tong Li, Université de Victoria
Koral Memogana, Ulukhaktuuq (T.N.-O.), Canada
William Merryfield, Environnement et Changement climatique Canada
Adam Monahan, Université de Victoria
Lawrence Mudryk, Environnement et Changement climatique Canada
Allen Pogotak, Ulukhaktuuq (T.N.-O.), Canada
Graeme Reed, Assemblée des Premières Nations
Stephen R. Sobie, Pacific Climate Impacts Consortium, Université de Victoria
Reinel Sospedra-Alfonso, Environnement et Changement climatique Canada
Nadja Steiner, Pêches et Océans Canada, Environnement et Changement climatique Canada
Mark Stoller, Université Queen’s
Remerciements
Merci à Leon Hermanson du Met Office du Royaume-Uni pour avoir fourni les données de prévision décennale de la figure 3.7.
Référence recommandée du chapitre
Gillett, N.P., Matthews, H.D., Chu, C., Greenan, B., Kirchmeier-Young, M., Liang, Y., Sigmond, M., et Thériault, J.M. (2026). Vue d’ensemble des changements futurs du climat. Dans Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026, (pp XX-XX). Gouvernement du Canada.
Description du chapitre
Ce chapitre synthétise les évaluations détaillées présentées aux chapitres 4 à 9 sur les changements climatiques futurs à l’échelle du Canada, notamment les changements dans l’atmosphère, dans les eaux douces, sur terre, dans la glace et dans la neige ainsi que dans les océans qui entourent le Canada. Il fournit également une synthèse et une évaluation détaillée des changements futurs de la température moyenne, des précipitations et des vents près de la surface.
Messages clés du chapitre
Message clé 3.1
À très court terme, le Canada continuera de se réchauffer à un rythme près de deux fois celui observé à l’échelle mondiale, avec une hausse d’environ 0,9°C (0,2–1,6°C) de 2021 à 2040 dans tous les scénarios d’émissions (degré de confiance élevé). En moyenne, au cours de cette période de 20ans, le Canada devrait connaître un réchauffement de 2,7°C (1,8–3,6°C) (degré de confiance élevé) et recevoir 7% (5–10%) plus de précipitations (degré de confiance moyen) que la moyenne de la période1850-1900. Les tendances déjà observées, à savoir des épisodes de chaleur plus fréquents, une pointe de débit des cours d’eau plus hâtive, des eaux plus chaudes et plus acides autour des côtes et une augmentation de la superficie brûlée par les feux de forêt, devraient se poursuivre (degré de confiance élevé). La durée du manteau neigeux, de la couverture de glace de mer et de la couverture de glace des lacs au Canada diminuera avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.2
Les changements climatiques au Canada s’intensifieront tout au long du siècle si les émissions continuent d’évoluer à peu près conformément aux politiques climatiques mondiales actuelles (degré de confiance élevé). Au cours de la période2081‑2100, le réchauffement moyen au Canada par rapport à la période1850-1900 devrait atteindre 5,0°C (3,8–6,6°C) (degré de confiance élevé), et les précipitations devraient augmenter de 13% (9–18%) (degré de confiance moyen). L’intensité et la fréquence des fortes précipitations devraient augmenter (degré de confiance élevé). On estime avec un degré de confiance moyen que les rivières atmosphériques se renforceront. Les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre plus de 75% de leur masse (degré de confiance moyen), et le dégel du pergélisol dans le nord du Canada se poursuivra (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.3
La plupart des aspects du climat du Canada se stabiliseront au cours de la seconde moitié du présent siècle si les émissions mondiales de CO2 commencent immédiatement à diminuer et que la carboneutralité est atteinte dans les années2070 (degré de confiance élevé). Dans un tel scénario, les températures au pays devraient augmenter d’environ 0,8°C entre la période2021-2040 et la période2081-2100, et la hausse devrait être de 3,5°C (2,3–4,8°C) par rapport aux températures moyennes de la période1850-1900 (degré de confiance élevé). Toutefois, en raison de la lenteur des temps de réponse, le niveau de la mer dans la plupart des zones côtières devrait continuer à s’élever, les glaciers, à fondre, et le pergélisol, à dégeler tout au long du siècle, même après la stabilisation des températures de surface (degré de confiance élevé).
Message clé 3.4
Les changements climatiques continueront de s’intensifier fortement dans toutes les régions du Canada si les émissions continuent d’augmenter tout au long du siècle (degré de confiance élevé), ce qui refléterait un scénario dans lequel les politiques climatiques mondiales actuelles reculeraient ou ne parviendraient pas à atténuer les émissions mondiales. Dans ce scénario, au cours de la période2081‑2100, les températures au Canada devraient augmenter de 6,9°C (5,2–8,9°C) par rapport à la moyenne de la période1850-1900 (degré de confiance élevé). Les précipitations devraient augmenter en moyenne de17% (12–24%) dans l’ensemble du Canada (degré de confiance moyen), et les hausses de l’intensité et de la fréquence des épisodes de fortes précipitations devraient être plus marquées que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance élevé). Les rivières atmosphériques au-dessus du Canada devraient se renforcer (degré de confiance élevé), tandis que les sécheresses estivales devraient s’intensifier dans le sud du Canada (degré de confiance élevé). Avec des niveaux de réchauffement plus élevés, la durée de la neige, de la glace de mer et du gel saisonnier du sol au Canada devrait raccourcir encore plus que dans le scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuelles, et la fonte des glaciers, le dégel du pergélisol et l’élévation du niveau de la mer le long de la plupart des côtes canadiennes devraient être plus importants (degré de confiance élevé).
Message clé 3.5
Les incertitudes entourant les projections climatiques résultent des incertitudes quant aux émissions futures de gaz à effet de serre et à d’autres facteurs des changements climatiques, des incertitudes quant à la façon dont le système climatique réagira à ces changements, et de la variabilité climatique interne. L’éventail d’émissions mondiales futures plausibles tend vers des scénarios d’émissions plus faibles, en partie en raison de l’évolution des politiques et des technologies à l’échelle mondiale (degré de confiance moyen). Pour chaque scénario d’émissions, l’incertitude de la réponse climatique s’est réduite grâce à l’amélioration de la synthèse des modèles climatiques et des observations (degré de confiance élevé). Une partie de la variabilité climatique du Canada peut désormais être prédite pour des périodes allant jusqu’à cinq ans (degré de confiance moyen), ce qui réduit cette source d’incertitude dans les estimations du climat à très court terme.
Message clé 3.6
La température moyenne de l’air à la surface devrait augmenter partout au Canada, et ce, en toutes saisons (degré de confiance très élevé). Le réchauffement projeté pour le Canada, basé sur de nouvelles techniques et de nouveaux modèles climatiques, est plus élevé que celui évalué dans les scénarios nominalement équivalents de la première édition (2019) du Rapport sur le climat changeant du Canada (degré de confiance élevé).
Message clé 3.7
Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, la température annuelle moyenne devrait augmenter de 5,0°C (3,8–6,6°C) d’ici la période2081-2100 par rapport à la période1850-1900 (degré de confiance élevé), et les hausses les plus importantes dans le nord du Canada en hiver pourraient dépasser 10°C dans certaines régions (degré de confiance moyen). Dans un scénario sans politiques, le réchauffement moyen projeté au Canada est de 6,9°C (5,2–8,9°C) au cours de la même période (degré de confiance élevé). Dans un scénario de carboneutralité, la température annuelle moyenne au Canada devrait se stabiliser après 2050, avec une hausse de 3,5°C (2,3–4,8°C) au cours de la période2081-2100 par rapport aux niveaux de la période1850-1900 (degré de confiance élevé).
Message clé 3.8
Les précipitations hivernales et annuelles moyennes devraient augmenter partout au Canada, en particulier dans le nord du pays et autour de la baie d’Hudson (degré de confiance élevé). Les précipitations estivales moyennes devraient augmenter dans le nord du Canada (degré de confiance moyen), mais diminuer dans certaines régions du sud du pays (faible degré de confiance). Les précipitations annuelles moyennes devraient augmenter dans tout le Canada d’ici la période2081-2100 par rapport à la période1850-1900 de 10% (7–15%) dans un scénario de carboneutralité, de 13% (9–18%), dans un scénario fondé sur les politiques actuelles, et de 17% (12–24%), dans un scénario sans politiques (degré de confiance moyen). Les augmentations des précipitations hivernales pourraient dépasser 50% dans certaines parties du Nunavut et du Nunavik (nord du Québec) dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance moyen).
Message clé 3.9
Les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans le nord du Canada, mais diminuer dans le sud, en particulier dans les régions côtières (degré de confiance moyen). Cette tendance reflète une augmentation des précipitations partout au Canada, mais, sous l’effet du réchauffement, celles-ci seront moins sous forme de neige dans les régions les plus méridionales. Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles et celui sans politiques, les précipitations verglaçantes devraient devenir plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, mais moins fréquentes dans le Canada atlantique et le sud de l’Ontario (degré de confiance moyen), en raison des changements dans l’occurrence simultanée de conditions de gel à la surface et d’air plus chaud en altitude.
Message clé 3.10
La vitesse moyenne du vent près de la surface et le potentiel éolien devraient diminuer au Canada (faible degré de confiance). Les projections de la vitesse du vent au Canada sont très incertaines à cause du faible degré de concordance entre les modèles.
Résumé en langage clairNote de bas de page 1
Le climat du Canada change rapidement et continuera de changer à très court terme, quelle que soit l’évolution des émissions. À long terme, de nombreux aspects du climat canadien se stabiliseront si les réductions des émissions mondiales de dioxyde de carbone permettent l’atteinte de la carboneutralité, mais les changements s’intensifieront si les émissions restent élevées. En premier lieu, le présent chapitre synthétise les projections des changements climatiques futurs à l’échelle du Canada, en s’appuyant sur les évaluations détaillées qu’il présente plus loin ainsi qu’aux chapitres 4 à 9. Cette synthèse complète le chapitre 2, qui fournit des renseignements similaires sur les changements climatiques passés à l’échelle du pays. En deuxième lieu, le chapitre évalue les changements projetés de la température moyenne, des précipitations et des vents près de la surface dans l’ensemble du Canada. Il s’agit là de variables climatiques fondamentales qui exercent une influence déterminante sur d’autres aspects du système climatique ainsi que sur les sociétés humaines et les écosystèmes.
Par rapport à la première édition du Rapport sur le climat changeant du Canada (RCCC de 2019) (Bush et Lemmen, 2019), nous mettons davantage l’accent sur le très court terme (2021-2040), qui est important pour de nombreux intervenants et qui constitue un horizon où les changements climatiques sont relativement insensibles au scénario d’émissions envisagé. Nous estimons que le Canada connaîtra un réchauffement d’environ 0,9 °C de 2021 à 2040, poursuivant ainsi la tendance au réchauffement observée par le passé. De nombreuses tendances du passé devraient se poursuivre, notamment la hausse de la fréquence des extrêmes de chaleur, la baisse de la fréquence des extrêmes de froid, l’avancement du débit de pointe des cours d’eau, le réchauffement et l’acidification des eaux côtières canadiennes et l’augmentation de la superficie brûlée par les feux de forêt.
Pour le plus long terme (jusqu’en 2100), nous présentons une analyse et une évaluation des scénarios mondiaux ainsi que les hypothèses qui les sous-tendent. Si les cinq scénarios basés sur les trajectoires communes d’évolution socio-économique (SSP) évaluées dans ce chapitre ne représentent qu’un sous‑ensemble des futurs mondiaux possibles et reposent sur un ensemble limité d’hypothèses et de visions du monde sous-jacentes, la littérature récente corrobore l’évaluation selon laquelle les scénarios d’émissions élevées sont désormais moins probables qu’on ne le pensait lors de la publication du RCCC de 2019. Parallèlement, de nouvelles approches visant à contraindre les projections à l’aide d’observations nous permettent de réduire la fourchette du réchauffement projeté dans tous les scénarios par rapport à ceux évalués dans le RCCC de 2019. Ces approches, lorsqu’elles sont appliquées aux simulations des modèles les plus récents, aboutissent à un niveau de réchauffement moyen projeté plus élevé que les projections basées sur des scénarios équivalents évalués dans le RCCC de 2019.
Un scénario globalement représentatif des politiques climatiques mondiales actuelles (SSP2-4.5) prévoit une baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre vers la fin du siècle, mais illustre un climat futur loin d’être clément pour le Canada. Selon les projections de ce scénario, le Canada devrait se réchauffer tout au long du siècle, à raison d’une hausse médiane estimée de 5 °C d’ici la période 2081‑2100 par rapport à la période 1850‑1900, tandis qu’il est plus probable qu’improbableNote de bas de page 2 Note de bas de page 3 que le réchauffement dépasse 10 °C dans une grande partie du Nunavut. Toujours dans ce scénario, les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre plus de 75 % de leur glace, les précipitations intenses dans l’ensemble du Canada devraient connaître une hausse médiane de 40 %, et il est probable que le centre de l’océan Arctique soit libre de glace la plupart des mois de septembre. De plus, selon ce scénario, le Canada devrait continuer à se réchauffer à la fin du siècle. Dans un scénario où aucune politique climatique mondiale n’est appliquée et où les émissions augmentent (SSP3-7.0), les changements climatiques futurs au Canada devraient être considérablement plus sévères, même plus sévères que ceux projetés dans le scénario fondé sur les politiques actuelles. En revanche, dans un scénario de faibles émissions (SSP1‑2.6), où la carboneutralité est atteinte vers 2075, le climat du Canada devrait se stabiliser dans la seconde moitié de ce siècle. Dans ce scénario, le réchauffement supplémentaire découlant de l’activité humaine dans le futur devrait être inférieur à celui à ce jour. Néanmoins, même dans ce scénario de carboneutralité, le réchauffement moyen au Canada devrait atteindre une estimation médiane de 3,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels (la période préindustrielle étant de 1850 à 1900 environ dans le présent rapport) au cours de la période 2081-2100, et certains changements, tels que la fonte des glaciers et l’élévation du niveau de la mer, ne devraient être que légèrement moindres que ceux du scénario fondé sur les politiques actuelles. Ces conclusions font ressortir la nécessité de s’adapter aux changements climatiques et de s’y préparer, même dans un avenir carboneutre.
Dans l’ensemble, la synthèse présentée dans ce chapitre dessine un avenir climatique de plus en plus clair pour le Canada : les changements climatiques ne sont plus un problème abstrait du futur, mais un problème déjà bien présent, et nous sommes désormais en mesure d’anticiper les changements futurs avec un degré de confiance plus élevé.
3.1 : Introduction
Les projections climatiques sont des simulations du climat futur créées à l’aide de modèles mathématiques du système climatique de la Terre. Il s’agit de projections plutôt que de prédictions, car les projections reposent sur des hypothèses concernant les facteurs déterminants des changements climatiques, tels que les émissions de gaz à effet de serre dues à l’activité humaine. Les projections sont essentielles pour comprendre comment le climat du Canada changera dans le futur, planifier les mesures d’adaptation visant à réduire les effets et comprendre comment le climat futur dépend des choix que le Canada et d’autres pays font en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Le présent chapitre synthétise les changements climatiques futurs à l’échelle du Canada, en s’appuyant sur les évaluations détaillées qu’il présente plus loin ainsi qu’aux chapitres 4 à 9 (figure 3.1). Il complète ainsi le chapitre 2, qui fournit une synthèse similaire des changements passés dans le système climatique du Canada. Ensemble, les synthèses des chapitres 2 et 3 offrent un aperçu autonome des conclusions de l’ensemble du rapport. Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous présentons une évaluation détaillée des changements dans les principales variables du climat près de la surface au Canada : la température, les précipitations et les vents.
La synthèse présentée dans le présent chapitre (section 3.2) se concentre d’abord sur les projections à très court terme (2021-2040), horizon qui est important pour de nombreux décideurs et où les changements climatiques projetés sont largement insensibles au scénario d’émissions envisagé. Pour les périodes au-delà de 2040, nous examinons d’abord les changements climatiques à long terme dans un scénario qui correspond à peu près à un scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuelles (SSP2-4.5). Nous abordons ensuite les changements climatiques à long terme dans un scénario qui prévoit l’atteinte de la carboneutralité à l’échelle mondiale au cours de la seconde moitié du présent siècle (SSP1-2.6). Enfin, nous examinons les changements climatiques à long terme dans un scénario où aucune politique climatique n’est appliquée et où les émissions augmentent progressivement (SSP3‑7.0), soit un scénario qui représenterait un abandon ou un échec des politiques climatiques existantes à l’échelle mondiale.
Comme il s’agit du premier chapitre du rapport à utiliser des projections climatiques, nous décrivons ensuite, à la section 3.3, comment ces projections sont établies ainsi que les sources d’incertitude qui les caractérisent. Cette section du chapitre comprend une analyse des scénarios sur lesquels repose notre évaluation, y compris les hypothèses qui les sous-tendent. Elle est suivie d’une section sur l’incertitude associée à la réponse climatique et sur la manière dont cette incertitude peut être contrainte à l’aide d’observations du climat et des changements climatiques. Enfin, nous incluons une analyse de l’influence des variations naturelles au sein du système climatique, ou variabilité interne, sur le climat futur du Canada, ainsi que de l’utilisation de prédictions décennales pour prédire ces variations à très court terme.
Les sections 3.4 et 3.5 du chapitre présentent notre évaluation principale et détaillée des changements futurs des températures et des précipitations saisonnières et annuelles moyennes à l’échelle du Canada. Ces variables climatiques influent considérablement sur les écosystèmes, l’agriculture, l’hydroélectricité, les charges de chauffage et de climatisation des bâtiments et de nombreux autres systèmes. La température et les précipitations entraînent également des changements d’autres composantes du système climatique évaluées dans le présent rapport, notamment les changements touchant les eaux douces, la cryosphère, les océans du Canada et le cycle du carbone terrestre, de même que des phénomènes tels que les feux de forêt. Le présent chapitre évalue les changements des températures et des précipitations moyennes, y compris les chutes de neige, tandis que les changements des extrêmes de températures et de précipitations sont évalués au chapitre 8. L’évaluation du présent chapitre porte sur les changements des températures et des précipitations moyennes au Canada ainsi que sur les changements moyens dans les différentes régions du pays, et fournit des cartes des tendances spatiales des changements projetés. Enfin, nous évaluons également brièvement les changements futurs de la vitesse des vents près de la surface à l’échelle du Canada (section 3.6), variable importante de la disponibilité de l’énergie éolienne, entre autres.
Les changements projetés dans le système climatique du Canada, notamment la hausse de la fréquence des vagues de chaleur, la baisse de la fréquence des vagues de froid et les changements des précipitations, peuvent poser des risques importants pour les systèmes alimentaires, en particulier en ce qui concerne le rendement des cultures, la santé du bétail et la sécurité alimentaire. Veuillez consulter le tableau 8.2 de la section 8.3 du rapport Santé humaine dans un climat en changement, qui contribue au processus national d’évaluation Le Canada dans un climat en changement, pour obtenir un résumé détaillé des risques liés aux changements climatiques pour les principales composantes du système alimentaire, y compris les effets de la hausse des extrêmes de chaleur et le risque d’augmentation du stress agricole et des perturbations dans la transformation et la distribution des aliments, à l’adresse suivante : Impacts des changements climatiques sur les systèmes alimentaires du Canada.
Description longue
La figure 3.1 est un schéma conceptuel qui sert de feuille de route pour le chapitre 3 et guide les lecteurs vers les principaux liens entre les chapitres. Dans la partie supérieure de la figure, un encadré présente le titre du chapitre ainsi qu’un court énoncé décrivant son objectif général. Dans la partie inférieure de la figure, d’autres encadrés énumèrent les principales sections du chapitre, les encadrés, les études de cas et les questions fréquemment posées. Un encadré distinct recense les principaux liens entre les chapitres afin d’aider les lecteurs à repérer des informations connexes sur les sujets abordés dans ce chapitre.
3.2 : Synthèse des changements projetés
Message clé 3.1 : Le climat du Canada à très court terme
À très court terme, le Canada continuera de se réchauffer à un rythme près de deux fois celui observé à l’échelle mondiale, avec une hausse d’environ 0,9 °C (0,2–1,6 °C) de 2021 à 2040 dans tous les scénarios d’émissions (degré de confiance élevé[3]). En moyenne, au cours de cette période de 20 ans, le Canada devrait connaître un réchauffement de 2,7 °C (1,8–3,6 °C) (degré de confiance élevé) et recevoir 7 % (5–10 %) plus de précipitations (degré de confiance moyen) que la moyenne de la période 1850-1900. Les tendances déjà observées, à savoir des épisodes de chaleur plus fréquents, une pointe de débit des cours d’eau plus hâtive, des eaux plus chaudes et plus acides autour des côtes et une augmentation de la superficie brûlée par les feux de forêt, devraient se poursuivre (degré de confiance élevé). La durée du manteau neigeux, de la couverture de glace de mer et de la couverture de glace des lacs au Canada diminuera avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.2 : Le climat du Canada à long terme avec les politiques climatiques mondiales actuelles
Les changements climatiques au Canada s’intensifieront tout au long du siècle si les émissions continuent d’évoluer à peu près conformément aux politiques climatiques mondiales actuelles (degré de confiance élevé). Au cours de la période 2081‑2100, le réchauffement moyen au Canada par rapport à la période 1850-1900 devrait atteindre 5,0 °C (3,8–6,6 °C) (degré de confiance élevé), et les précipitations devraient augmenter de 13 % (9–18 %) (degré de confiance moyen). L’intensité et la fréquence des fortes précipitations devraient augmenter (degré de confiance élevé). On estime avec un degré de confiance moyen que les rivières atmosphériques se renforceront. Les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre plus de 75 % de leur masse (degré de confiance moyen), et le dégel du pergélisol dans le nord du Canada se poursuivra (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.3 : Le climat du Canada à long terme dans un monde carboneutre
La plupart des aspects du climat du Canada se stabiliseront au cours de la seconde moitié du présent siècle si les émissions mondiales de CO2 commencent immédiatement à diminuer et que la carboneutralité est atteinte dans les années 2070 (degré de confiance élevé). Dans un tel scénario, les températures au pays devraient augmenter d’environ 0,8 °C entre la période 2021-2040 et la période 2081-2100, et la hausse devrait être de 3,5 °C (2,3–4,8 °C) par rapport aux températures moyennes de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé). Toutefois, en raison de la lenteur des temps de réponse, le niveau de la mer dans la plupart des zones côtières devrait continuer à s’élever, les glaciers, à fondre, et le pergélisol, à dégeler tout au long du siècle, même après la stabilisation des températures de surface (degré de confiance élevé).
Message clé 3.4 : Le climat du Canada à long terme dans un monde sans politiques climatiques
Les changements climatiques continueront de s’intensifier fortement dans toutes les régions du Canada si les émissions continuent d’augmenter tout au long du siècle (degré de confiance élevé), ce qui refléterait un scénario dans lequel les politiques climatiques mondiales actuelles reculeraient ou ne parviendraient pas à atténuer les émissions mondiales. Dans ce scénario, au cours de la période 2081‑2100, les températures au Canada devraient augmenter de 6,9 °C (5,2–8,9 °C) par rapport à la moyenne de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé). Les précipitations devraient augmenter en moyenne de 17 % (12–24 %) dans l’ensemble du Canada (degré de confiance moyen), et les hausses de l’intensité et de la fréquence des épisodes de fortes précipitations devraient être plus marquées que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance élevé). Les rivières atmosphériques au-dessus du Canada devraient se renforcer (degré de confiance élevé), tandis que les sécheresses estivales devraient s’intensifier dans le sud du Canada (degré de confiance élevé). Avec des niveaux de réchauffement plus élevés, la durée de la neige, de la glace de mer et du gel saisonnier du sol au Canada devrait raccourcir encore plus que dans le scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuelles, et la fonte des glaciers, le dégel du pergélisol et l’élévation du niveau de la mer le long de la plupart des côtes canadiennes devraient être plus importants (degré de confiance élevé).
Cette section synthétise l’information sur les changements climatiques futurs au Canada selon deux échelles de temps principales. Tout d’abord, nous synthétisons l’information sur les changements climatiques à très court terme (2021-2040) au Canada (section 3.2.1). Cette période a déjà commencé, mais elle a été choisie pour des raisons de cohérence avec la période à très court terme utilisée dans la contribution du Groupe de travail 1 (GT1) au sixième Rapport d’évaluation (RE6) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (2021). Le scénario à très court terme présente un intérêt particulier pour de nombreuses activités d’adaptation aux changements climatiques et de planification des mesures d’adaptation, où les décisions sont prises à des échelles de temps allant jusqu’à 10 à 20 ans et peuvent être évaluées et ajustées au fur et à mesure de l’évolution du climat. Une telle adaptation peut souvent réduire considérablement le risque climatique. À cette échelle de temps, les changements climatiques ne dépendent pas fortement du scénario d’émissions, ce qui réduit au minimum une source d’incertitude. En outre, au cours des cinq premières années, les modèles climatiques initialisés avec les états observés de l’atmosphère et de l’océan peuvent souvent produire des prédictions qui surpassent les projections des modèles climatiques non initialisés pour certaines variables climatiques (section 3.4.1). Ces prédictions sont également résumées ici.
La deuxième échelle de temps examinée ici concerne la seconde moitié du XXIe siècle, avec un accent particulier sur la fin du siècle (2081-2100) (sections 3.2.2 à 3.2.4). Les changements climatiques au cours de cette période, qui constituent un facteur important pour de nombreuses décisions d’adaptation liées aux infrastructures à longue durée de vie, à la planification des ressources, aux écosystèmes et à la société, dépendent du scénario d’émissions. Dans la plupart des activités d’adaptation et de planification liées aux changements climatiques, il est important d’envisager un éventail de scénarios, plutôt qu’un seul, afin de tenir compte des différences de risques selon les différents scénarios d’émissions (chapitre 10, section 10.5.1). Plus précisément, pour les secteurs qui sont très sensibles à des niveaux élevés de réchauffement et qui ont peu de possibilités d’ajuster leurs réponses, la prise de décisions fondée sur les risques peut devoir tenir compte de scénarios d’émissions élevées, qui reflètent moins bien les tendances d’émissions actuelles (section 3.3.1), mais qui peuvent avoir un impact important. En revanche, lorsque les horizons de planification sont plus courts ou lorsque les mesures d’adaptation peuvent être ajustées à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles, les décisions de planification et d’adaptation ne doivent pas nécessairement tenir compte des scénarios d’émissions élevées.
Les projections présentées dans ce rapport sont basées sur des simulations climatiques modélisées à partir d’un nombre limité de scénarios d’émissions couvrant un éventail d’émissions futures allant de très faibles à très élevées (voir la section 3.3.1 pour une analyse des scénarios et la figure 3.4 pour les émissions de CO2 associées). Dans cette section de synthèse, nous examinons d’abord un scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuellement mises en œuvre, dans lequel les émissions mondiales de gaz à effet de serre restent relativement constantes jusqu’en 2050 environ, puis diminuent progressivement par la suite (SSP2-4.5) (section 3.2.2). Nous comparons ensuite ce scénario à un autre dans lequel les émissions mondiales de CO2 sont rapidement réduites, de sorte que la carboneutralité est atteinte vers 2075 (SSP1-2.6). La carboneutralité représente un état dans lequel toutes les émissions de CO2 restantes issues de l’activité humaine sont compensées par l’élimination d’une quantité équivalente de l’atmosphère (section 3.2.3). Ce scénario correspondrait approximativement au respect par tous les pays de leurs engagements en matière de réduction des émissions et de leur objectif de carboneutralité, ce qui nécessiterait la mise en œuvre fructueuse de politiques climatiques nationales allant au-delà de celles actuellement en vigueur. Nous mettons l’accent sur ce scénario plutôt que sur le scénario SSP1-1.9, plus strict, qui est le seul scénario dans lequel il est plus probable qu’improbable que le réchauffement planétaire à la fin du siècle soit inférieur à 1,5 °C (GIEC, 2021), car les simulations SSP1-1.9 ne sont disponibles qu’à partir d’un nombre limité de modèles climatiques. Enfin, nous présentons les résultats du scénario d’émissions élevées SSP3-7.0 (section 3.2.4), qui est un scénario sans politiques d’atténuation des changements climatiques dans lequel les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentent progressivement (section 3.3.1). Nous nous concentrons sur ce scénario plutôt que sur le scénario d’émissions élevées SSP5-8.5, car plusieurs analyses récentes donnent à penser que les politiques climatiques mondiales actuelles réduisent la probabilité que les émissions futures augmentent au rythme représenté dans le scénario d’émissions élevées (section 3.3.1).
Dans cette section, nous utilisons généralement une période de référence préindustrielle (de 1850 à 1900 environ dans le présent rapport) pour comparer les projections, pour les raisons exposées à la section 2.1 du chapitre 2. En bref, cette période de référence est conforme à celle généralement utilisée pour les projections dans le rapport du GT1 au RE6 du GIEC (GIEC, 2021). La révolution industrielle a certes commencé avant 1850, mais l’effet des émissions anthropiques (d’origine humaine) sur les températures mondiales avant cette période est faible selon les estimations (Chen et al., 2021), et l’absence d’observations avant 1850 limite l’utilisation de périodes de référence antérieures. La période 1850-1900 correspond également à la période de référence généralement utilisée pour les niveaux de réchauffement planétaire de 1,5 °C et de 2 °C mentionnés dans l’Accord de Paris et dans le présent rapport, et elle permet de comparer les effets nets des émissions cumulatives des différents scénarios. Pour certaines variables climatiques, les projections relatives à la période de référence 1850‑1900 ne sont pas disponibles dans les chapitres sous-jacents et la documentation évaluée. Dans ces cas, nous présentons des projections relatives à d’autres périodes de référence. Il convient de noter que la première édition du Rapport sur le climat changeant du Canada (RCCC de 2019) utilisait, pour les projections des températures et des précipitations, la période de référence 1986-2005, où la moyenne mondiale était environ 0,7 °C plus élevée que celle de la période de référence 1850-1900 utilisée ici (Gulev et al., 2021). De l’information sur le réchauffement au Canada au cours de différentes périodes de référence est disponible dans l’encadré 2.4 du chapitre 2.
Dans les sections de synthèse qui suivent, les numéros de chapitre et de section qui étayent chaque conclusion sont indiqués entre parenthèses. Par exemple, « 5.4 » renvoie à la section 5.4 du chapitre 5. Les intervalles entre parenthèses associés aux changements des variables évaluées dans ce chapitre correspondent à des fourchettes d’incertitude de 5 à 95 %, ce qui signifie que, sauf indication contraire, on estime à 90 % la probabilité que la valeur réelle se situe dans la fourchette.
3.2.1 : Le climat du Canada à très court terme
Cette section synthétise les projections à très court terme (2021-2040) pour le Canada (voir également la figure 3.2). Pour cette période, nous présentons les projections selon un scénario d’émissions intermédiaires, SSP2-4.5, mais ces projections ne sont pas très sensibles au scénario utilisé. Il en est ainsi d’abord parce que les émissions dans les différents scénarios d’émissions mondiales à partir de 2015 ont eu peu de temps pour diverger les uns des autres. Ensuite, les émissions mondiales cumulatives de CO2 depuis la période de référence 1850-1900, qui constituent le principal facteur du réchauffement planétaire, divergent encore moins entre les scénarios au cours de cette période.
3.2.1.1 : Températures
La température moyenne au Canada devrait augmenter d’environ 0,9 °C (0,2–1,6 °C) de 2021 à 2040, quels que soient les changements des émissions mondiales (3.4). Le niveau de réchauffement projeté est plus élevé dans le nord que dans le sud, et plus élevé dans l’est que dans l’ouest. Selon les prédictions d’organismes du monde entier, dont Environnement et Changement climatique Canada, la probabilité que la période 2025-2029 soit en moyenne plus chaude que la période 1991-2020 est de plus de 80 %, tant en saison chaude qu’en saison froide, partout au Canada. Le Canada devrait se réchauffer en moyenne de 2,7 °C (1,8–3,6 °C) au cours de la période 2021‑2040 par rapport à la période 1850‑1900, ce qui est près du double du réchauffement planétaire projeté de 1,5 °C (1,2–1,8 °C) pour la même période. Il convient de noter que l’Accord de Paris engage les pays à poursuivre leurs efforts pour limiter le réchauffement planétaire à ce niveau.
La hausse des températures moyennes s’accompagnera de vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses ainsi que de vagues de froid moins fréquentes et moins intenses dans toutes les régions du Canada (degré de confiance élevé) (8.2.2). La température quotidienne maximale la plus élevée de l’année, moyennée sur l’ensemble du pays, devrait augmenter de 2,6 °C (2,0–3,1 °C) au cours de la période 2021‑2040 par rapport à la période 1850‑1900, ce qui est semblable à l’augmentation projetée des températures estivales moyennes. Les changements projetés sont plus importants pour les extrêmes de froid que pour les extrêmes de chaleur. La température quotidienne minimale la plus basse de l’année devrait augmenter plus rapidement que les températures hivernales au Canada, avec une hausse moyenne de 4,7 °C (3,7–5,6 °C) au cours de la période 2021‑2040 par rapport à la période 1850‑1900. Les changements de l’intensité des extrêmes de chaleur et de froid au Canada sont généralement bien proportionnels aux changements de la température moyenne mondiale (8.2.2).
3.2.1.2 : Précipitations
Selon les projections, les précipitations annuelles moyennes au Canada de la période 2021-2040 seront plus élevées de 7 % (5–10 %) par rapport à la période de référence 1850-1900, et les augmentations seront plus prononcées en hiver et dans l’Arctique canadien (3.5). L’intensité (quantité de pluies au cours d’une période donnée) et la fréquence des fortes précipitations quotidiennes, sur plusieurs jours et sur moins d’un jour, devraient augmenter (degré de confiance élevé) (8.3.1.2, 8.3.2.2). Les changements de l’intensité des extrêmes de précipitations sont proportionnels à la température moyenne, car des températures plus élevées augmentent la quantité de vapeur d’eau que l’atmosphère peut contenir. Il s’ensuit une augmentation d’environ 7 % de la quantité de précipitations pour chaque augmentation de 1 °C de la température au Canada pour les pluies de courte durée (sur moins d’un jour) (degré de confiance moyen) (encadré 8.3). L’augmentation projetée de la température moyenne au Canada pour la période 2021-2040 par rapport à la période 1850-1900 se traduit par une augmentation projetée de 20 % (13–28 %) de l’intensité des fortes pluies de courte durée. Cela signifie, en moyenne, que l’épisode de pluies sur moins d’un jour le plus important annuellement fera tomber 20 % plus de pluies. Il peut y avoir certaines différences par rapport au taux de mise à l’échelle, selon la région ou la durée des précipitations (8.3.1.2, 8.3.2.2, encadré 8.3). Les épisodes de fortes précipitations devraient également devenir plus fréquents (degré de confiance élevé) (8.3.1.2, 8.3.2.2).
3.2.1.3 : Eaux douces
Sous l’effet du réchauffement climatique, la proportion de pluies est plus élevée que celle des chutes de neige, et l’on observe également plus de pluies en saison froide, tendance qui devrait se poursuivre à très court terme (5.2). Selon les projections, cette augmentation de la quantité de pluie fera augmenter les débits annuels des cours d’eau dans le nord du Canada à très court terme. Les débits saisonniers augmenteront dans la majeure partie du Canada en hiver et au début du printemps, puis diminueront en été et en automne (degré de confiance élevé). Enfin, les débits printaniers partout au Canada continueront d’atteindre leur maximum plus tôt, compte tenu du début plus hâtif de la crue printanière (débits plus élevés résultant du dégel printanier), qui découle lui-même des températures plus élevées au printemps.
À très court terme, les niveaux des eaux de surface devraient baisser dans les lacs et les milieux humides de certaines régions et s’élever dans d’autres (5.4). La trajectoire du changement dépendra de l’équilibre entre l’augmentation de l’évaporation des eaux libres due aux températures élevées et aux périodes libres de glace prolongées, et l’augmentation projetée des précipitations. Les eaux de surface dans les régions nordiques continueront d’être touchées par le dégel du pergélisol, qui entraînera l’expansion des lacs et des milieux humides dans certaines régions, mais leur disparition dans d’autres. On s’attend à ce que les eaux souterraines restent l’une des sources d’eaux douces les plus résilientes à l’égard des effets du climat changeant (degré de confiance élevé) (5.5).
Plusieurs facteurs suscitent des changements dans les inondations et agissent de manière opposée. La hausse des températures et des pluies peut accroître la fréquence des inondations causées par la fonte rapide de la neige et par les épisodes de pluie sur neige. Parallèlement, la diminution des chutes de neige et l’amincissement de la couche de glace pourraient réduire le nombre d’inondations printanières, y compris celles causées par les embâcles sur les cours d’eau. Les changements à très court terme des inondations liées à la neige et à la glace sont par conséquent incertains (5.7).
3.2.1.4 : Cryosphère
La durée du manteau neigeux devrait diminuer dans tout le Canada avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire (6.2.3). La plupart des régions du pays devraient perdre de 1 à 2 semaines de manteau neigeux saisonnier par degré Celsius de réchauffement planétaire. Bien que l’on s’attende à ce que l’océan Arctique conserve une certaine couverture de glace en été la plupart des années, il est à peu près aussi probable qu’improbable qu’au moins une fois en septembre, mois où la couverture de glace est minimale, le centre de l’océan Arctique sera libre de glace d’ici 2040 (6.3.3.2). La période annuelle sans glace dans les régions où la glace de mer se forme et fond chaque année devrait s’allonger (degré de confiance élevé). Dans l’Arctique, cette période devrait s’allonger en moyenne d’environ 31 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire (6.3.3.1), ce qui, à très court terme, signifie 47 jours supplémentaires par rapport à la période de référence 1850-1900. Ces changements devraient se produire plus rapidement dans la mer de Beaufort et plus lentement dans la mer du Labrador (degré de confiance moyen). On ne s’attend pas à ce que le passage du Nord-Ouest soit libre de glace de manière constante à très court terme (6.3.3.3). La durée de la couverture de glace des lacs devrait diminuer de 10 à 21 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire (6.4.3.2), ce qui se traduira à très court terme par une diminution de 15 à 32 jours par rapport à la période 1850-1900. On s’attend à ce que le nombre annuel de jours avec un sol gelé de façon saisonnière et la profondeur maximale annuelle de ce dernier diminuent dans l’ensemble du Canada (6.6.3).
3.2.1.5 : Océans
On s’attend à ce que les océans qui entourent le Canada continuent à connaître une hausse de la température de surface pendant les périodes sans glace (7.2). Récemment, cette hausse a été la plus importante au large des côtes du sud du Canada atlantique, mais pendant l’été, un réchauffement a été observé partout au large des côtes de l’est du Canada, y compris dans la baie d’Hudson. Selon les projections, cette tendance au réchauffement se poursuivra, le réchauffement annuel moyen le plus important se produira au large des côtes du Canada atlantique et de la Colombie-Britannique, et le réchauffement le plus important en été aura lieu dans la baie d’Hudson et la mer de Beaufort (7.2.2). La hausse de la température des océans entraîne des vagues de chaleur marines plus fréquentes et plus intenses, tendance qui devrait se poursuivre à mesure que cette hausse se poursuit. La diminution déjà observée de la salinité de la surface de la mer continuera sous l’effet de l’augmentation des précipitations, des eaux de ruissellement provenant des terres ainsi que des eaux issues de la fonte des glaciers et des inlandsis (7.3.2). Le réchauffement et l’adoucissement de la surface de la mer dus aux changements climatiques devraient entraîner une stratification accrue de la couche supérieure dans le Pacifique Nord-Est et au large des côtes du sud du Canada atlantique, ce qui aura une incidence sur le transport vertical des matières physiques, chimiques et biologiques qui sont essentielles aux écosystèmes marins.
Partout au Canada, le niveau de la mer continuera de changer relativement à la terre ferme à très court terme, et l’ampleur et la direction de ce changement varieront d’une région à l’autre, car le mouvement terrestre vertical varie considérablement d’un bout à l’autre du pays (7.4.2). Les changements projetés du niveau relatif de la mer durant le siècle en cours sont largement indépendants des scénarios avant 2050 environ. Étant donné que le sol s’affaisse progressivement dans certaines parties du Canada atlantique et de l’ouest de l’Arctique à cause de l’ajustement postglaciaire, ces régions devraient connaître une élévation du niveau de la mer importante par rapport à la moyenne mondiale. Là où l’on s’attend à une élévation du niveau relatif de la mer, les phénomènes extrêmes liés au niveau de la mer, qui sont causés par les ondes de tempête, les vagues et les marées, deviendront plus importants et plus fréquents, ce qui posera des risques pour les collectivités côtières (7.6). Ces risques comprennent l’augmentation des inondations côtières, les dommages aux infrastructures et aux écosystèmes, et l’érosion des côtes sablonneuses.
3.2.1.6 : Cycle du carbone et écosystèmes
La concentration atmosphérique de CO2 augmente principalement en raison des émissions anthropiques mondiales de CO2 provenant de la combustion de combustibles fossiles (9.3). La quantité de CO2 qui s’accumule dans l’atmosphère est influencée par le cycle du carbone sur terre, dans les océans et dans l’atmosphère. À l’échelle mondiale, les puits de carbone terrestres et océaniques absorbent environ la moitié des émissions anthropiques annuelles de CO2. Cette absorption ralentit le taux de croissance des émissions du CO2 dans l’atmosphère. Depuis toujours, le territoire canadien absorbe du carbone, principalement grâce à la croissance accrue des plantes et des arbres découlant de l’augmentation des concentrations de CO2, phénomène appelé « effet de fertilisation par le CO2 ». Cependant, depuis que des données pancanadiennes fiables sont disponibles (soit depuis le début des années 1980), la superficie forestière brûlée par les incendies au pays a augmenté. Les projections indiquent que cette tendance se poursuivra. Par conséquent, même si l’on s’attend à ce que le territoire canadien continue d’être un puits de carbone à très court terme, la tendance à la hausse de la superficie forestière brûlée (9.5.1.7), combinée à d’autres facteurs tels que les sécheresses, les quantités de nutriments et les ravageurs, rend l’avenir de ce puits de carbone très incertain.
En moyenne, les océans se trouvant l’intérieur de la zone économique exclusive du Canada forment un puits net de carbone. Cependant, dans la plupart des zones côtières, il s’agit plutôt d’une source nette. Les océans continueront d’être un puits net de CO2 à très court terme tant que les concentrations atmosphériques de CO2 continueront d’augmenter (9.5.2). La chimie des océans qui entourent le Canada continuera d’être touchée par les changements climatiques à très court terme (7.7). L’augmentation continue des concentrations de CO2 dans l’atmosphère entraînera une acidification accrue des eaux de surface des océans. La hausse de la température et la stratification de la couche supérieure des océans réduiront les concentrations d’oxygène dans les eaux profondes.
Les changements climatiques physiques modifieront inévitablement les écosystèmes terrestres, dulcicoles et marins à très court terme. Les changements des températures, des précipitations et de la cryosphère, y compris les phénomènes extrêmes, auront des répercussions sur les écosystèmes terrestres et dulcicoles du Canada (9.5.1). L’acidification accrue, les teneurs réduites en oxygène, le réchauffement des océans et la diminution de la glace de mer influeront sur les écosystèmes marins (6.3, 7.2, 7.7, encadré 7.1).
3.2.2 : Le climat du Canada à long terme avec les politiques climatiques mondiales actuelles
Cette section synthétise les projections pour le Canada dans un scénario qui est à peu près représentatif des politiques climatiques mondiales actuelles, SSP2-4.5, également appelé « scénario d’émissions intermédiaires » dans d’autres chapitres du présent rapport (voir également la figure 3.2).
3.2.2.1 : Températures
Dans ce scénario, la température moyenne au Canada devrait augmenter progressivement tout au long du siècle, avec un réchauffement moyen de 5,0 °C (3,8–6,6 °C) en 2081-2100 par rapport à la période de référence 1850-1900 (3.4). Selon les projections, le réchauffement planétaire dépassera l’objectif à long terme de l’Accord de Paris, atteignant 2,0 °C (1,6–2,5 °C) au cours de la période 2041-2060 et 2,7 °C (2,1–3,5 °C) au cours de la période 2081-2100 (tableau 3.1). Au Canada, le réchauffement hivernal et le réchauffement annuel moyen devraient tous deux être plus élevés dans le nord que dans le sud et dans l’est que dans l’ouest (3.4.2). En été, le réchauffement projeté est relativement uniforme dans tout le pays. Le réchauffement moyen en hiver devrait dépasser 10 °C d’ici la fin du siècle dans une grande partie du Nunavut et du Nunavik (nord du Québec). Le Canada devrait également continuer à se réchauffer au-delà de la fin du siècle (3.4).
Des extrêmes de chaleur plus intenses et plus fréquents et des extrêmes de froid moins intenses et moins fréquents devraient se produire à l’échelle du Canada, proportionnellement au réchauffement moyen actuel (degré de confiance très élevé) (8.2.2). Les extrêmes de froid seront moins intenses que les extrêmes de chaleur. La température quotidienne maximale la plus élevée de l’année (jour le plus chaud de l’année), moyennée sur l’ensemble du pays, devrait être supérieure de 4,6 °C (3,6–6,0 °C) pour la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900, ce qui est semblable au changement projeté pour la température estivale moyenne au Canada. La température quotidienne minimale la plus faible de l’année (nuit la plus froide de l’année), moyennée sur l’ensemble du pays, devrait être supérieure de 8,4 °C (6,5–10,9 °C) pour la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900, continuant à augmenter plus rapidement que la température hivernale moyenne au Canada. Une augmentation de la température quotidienne maximale et de la température quotidienne minimale au cours d’une année est également projetée pour toutes les régions du Canada. Les extrêmes de froid devraient devenir plus rares, tandis que les extrêmes de chaleur devraient devenir plus fréquents, et plus le phénomène est extrême, plus sa fréquence devrait changer rapidement. Les extrêmes de froid qui se produisaient en moyenne une fois toutes les quelques décennies dans un passé récent devraient pratiquement disparaître avec le niveau de réchauffement planétaire projeté à la fin du siècle dans le scénario fondé sur les politiques mondiales actuelles.
Les conditions météorologiques extrêmes liées aux incendies, dues à la combinaison de chaleur, de sécheresse et de vent, devraient devenir plus fréquentes et plus sévères dans la plupart des régions (degré de confiance élevé) (8.7.1). Le stress thermique perçu par l’être humain, qui résulte de la combinaison de températures élevées et de taux d’humidité élevés, devrait également augmenter avec la hausse des températures (degré de confiance élevé) (8.7.4). Il y a un certain intérêt à savoir si les méandres nord-sud du courant-jet s’accentueront au cours du siècle, étant donné l’hypothèse émise selon laquelle une telle augmentation aurait une incidence sur les extrêmes de température futurs au Canada. Cependant, rien ne pointe clairement vers une telle accentuation. Les variations annuelles de température associées au phénomène El Niño-oscillation australe, actuellement limitées principalement à l’ouest du Canada, devraient s’étendre au centre et à l’est du pays (faible degré de confiance) (4.8).
3.2.2.2 : Précipitations
Dans ce scénario, les précipitations annuelles moyennes au Canada devraient augmenter de 13 % (9–18 %) d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900. Les augmentations relatives les plus importantes des précipitations saisonnières moyennes, supérieures à 50 %, sont projetées en hiver et en automne au Nunavut. Il est probable que les précipitations estivales augmentent dans le nord (degré de confiance moyen), mais diminuent dans l’extrême sud du Canada (faible degré de confiance) (3.5).
Les extrêmes de précipitations devraient augmenter en intensité et en fréquence (degré de confiance élevé), principalement en raison de l’augmentation de l’humidité atmosphérique qui accompagne la hausse des températures (8.3.1.2, 8.3.2.2, encadré 8.3). De plus, il existe un degré de confiance moyen que les rivières atmosphériques, qui sont associées à une forte précipitation persistante et à des vents violents, deviendront plus fortes et plus fréquentes (4.5). Les conditions environnementales favorables aux tempêtes convectives devraient également se produire plus souvent, en particulier dans le centre et l’est du Canada au printemps, en été et en automne (degré de confiance moyen) (4.7). Les courants-jets et les trajectoires des tempêtes associées, les cyclones extratropicaux et les rivières atmosphériques devraient migrer vers le pôle (faible degré de confiance) (4.3-4.5). L’ampleur des fortes pluies de courte durée (sur moins d’un jour), moyennée sur l’ensemble du Canada, devrait augmenter d’environ 40 % (29–56 %) par rapport à la période 1850-1900, conformément à l’augmentation de la température moyenne au Canada au cours de la période 2081-2100 (8.3.2.2). L’ampleur des précipitations maximales annuelles sur un jour et sur cinq jours devrait également augmenter (8.3.1.2). Des changements similaires sont projetés pour la plupart des régions, avec des augmentations plus importantes dans le nord du Canada. Des changements moins importants sont projetés dans les Prairies. La fréquence des fortes précipitations à l’échelle du Canada devrait également augmenter, avec des changements plus marqués de la fréquence des phénomènes plus rares (8.3.1.2, 8.3.2.2). Les épisodes combinés de vent et de pluie deviendront également plus fréquents (degré de confiance moyen) (8.7.3). La pluie verglaçante ne se forme que dans une fourchette étroite de températures de l’air, tant en altitude qu’à la surface, ce qui influe sur les tendances régionales des hausses et des baisses projetées des précipitations verglaçantes. On s’attend à ce que celles-ci deviennent plus fréquentes dans les Prairies et moins fréquentes dans le sud de l’Ontario et le Canada atlantique. Le reste du Canada devrait connaître peu de changements dans les précipitations verglaçantes (3.5).
3.2.2.3 : Eaux douces
Selon ce scénario, le débit des cours d’eau devrait augmenter en hiver dans tout le Canada et annuellement dans le nord du pays (degré de confiance élevé) (5.3). Les débits estivaux dans l’ouest du Canada devraient diminuer (degré de confiance élevé). Les débits printaniers atteindront leur maximum plus tôt dans l’année qu’à l’heure actuelle, ce qui entraînera une transition des cours d’eau, qui passeront d’un régime dominé par la fonte des neiges à un régime dominé par les pluies. Le niveau d’eau des lacs et des milieux humides devrait baisser dans certaines régions et augmenter dans d’autres en raison des nombreux facteurs complexes qui influent sur le stockage des eaux de surface (degré de confiance moyen) (5.4). Les eaux souterraines seront rechargées plus tôt dans l’année étant donné la fonte des neiges plus précoce et les pluies hivernales plus abondantes (degré de confiance élevé) (5.5). On s’attend à ce que les eaux souterraines restent une source d’eaux douces plus résiliente dans un climat en changement que les eaux de surface (degré de confiance moyen). L’augmentation projetée des extrêmes de précipitations devrait rendre les inondations urbaines liées aux pluies plus fréquentes (degré de confiance élevé) (5.7). La fonte des neiges, la rupture des glaces et les épisodes de pluie sur neige, qui se produiront plus tôt sous l’effet de la hausse des températures, devraient avancer les crues printanières liées au débit des cours d’eau (degré de confiance élevé). Cependant, la fréquence future de ces crues reste incertaine en raison des interactions entre la hausse des températures, la diminution du manteau neigeux et la dynamique complexe des crues liées à la fonte des neiges. Les projections indiquent que les sécheresses météorologiques et agricoles seront plus longues, plus fréquentes et plus intenses dans le centre et le sud du Canada pendant l’été (degré de confiance élevé) (5.6).
3.2.2.4 : Cryosphère
Les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans le nord du Canada, mais diminuer dans le sud du pays, en particulier dans les régions côtières (degré de confiance moyen) (3.5.2). Les modèles climatiques projettent que la plupart des régions du Canada perdront de 1 à 2 semaines de manteau neigeux saisonnier par degré Celsius de réchauffement planétaire (dans ce scénario, le réchauffement planétaire devrait atteindre 2,7 °C d’ici la fin du siècle) (6.2.3). L’intensité et la fréquence des chutes de neige extrêmes sur un jour devraient augmenter dans la majeure partie du nord du Canada (degré de confiance moyen), sous l’effet de l’augmentation de l’humidité atmosphérique et des précipitations ainsi que de la hausse des températures pendant la saison froide, qui restent inférieures à 0 °C (8.3.3.2). Le degré de confiance est faible en ce qui concerne l’ampleur et la direction futures des changements liés aux chutes de neige extrêmes dans le sud du Canada (8.3.3.2). Il est probable que le centre de l’Arctique soit libre de glace la plupart des mois de septembre (6.3.3.2). Selon la moyenne calculée pour l’Arctique, la période annuelle sans glace dans les régions où la glace de mer se forme et fond chaque année devrait augmenter d’environ 31 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire, ce qui signifie, par rapport à la période 1850-1900, que la période annuelle sans glace sera prolongée d’environ 84 jours au cours de la période 2081-2100 dans ce scénario. Ces changements devraient être moins importants dans la mer du Labrador et plus importants dans la mer de Beaufort (degré de confiance moyen). La durée de la couverture de glace lacustre au Canada devrait diminuer d’environ 10 à 21 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire, ce qui signifie que la saison de couverture de glace sera plus courte de 27 à 57 jours au cours de la période 2081-2100 qu’au cours de la période 1850-1900 (6.4.3.2). Les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre de 75 à 100 % de leur masse de 2015 d’ici 2100 (estimation médiane de 94 %), tandis que les glaciers du nord de l’Arctique canadien devraient perdre de 10 à 26 % (6.5.3). On s’attend à ce que le réchauffement du pergélisol et les changements paysagers induits par le dégel s’accentuent avec la poursuite du réchauffement climatique (degré de confiance très élevé) (6.7.3). Cependant, le degré de confiance est faible en ce qui concerne l’ampleur et le moment de ces changements ainsi que le degré d’influence des caractéristiques locales du sol.
3.2.2.5 : Océans
Dans ce scénario, les projections indiquent que les températures de surface devraient augmenter de 1,2 à 3,2 °C dans les océans qui entourent le Canada d’ici la fin du siècle par rapport à la période 1990-2014 (7.2.2). La tendance régionale du changement projeté de la température de surface de la mer est semblable à celle observée par le passé, les eaux au large des côtes du sud du Canada atlantique et de la Colombie-Britannique devant connaître le réchauffement le plus important. Cependant, les changements des températures estivales devraient être prononcés dans la baie d’Hudson et le sud de la mer de Beaufort, car la perte de glace de mer en été sera un facteur important dans ces régions.
Le niveau de la mer devrait baisser relativement à la terre ferme dans la baie d’Hudson et une grande partie de l’est de l’Arctique, où les taux de soulèvement terrestre sont élevés (7.4). Là où le soulèvement est lent, le niveau relatif de la mer devrait augmenter, et c’est aux endroits où il y a affaissement que ce niveau devrait augmenter le plus, dépassant l’augmentation mondiale projetée de 0,56 m (0,44–0,76 m) d’ici 2100 par rapport à la période 1995-2014 dans une grande partie du Canada atlantique et de l’ouest de l’Arctique. Tuktoyaktuk et Halifax se trouvent dans des régions du Canada où le sol s’affaisse, et elles affichent, selon les projections, la plus forte élévation du niveau de la mer de tous les endroits évalués. À Rimouski, à Vancouver et à Tofino, le sol se soulève lentement, si bien que l’élévation du niveau de la mer y sera moindre. Contrairement à ces cinq villes, Churchill, sur la côte de la baie d’Hudson, devrait connaître une baisse du niveau relatif de la mer selon ce scénario puisque le soulèvement terrestre y est rapide. Une élévation de 0,5 m du niveau relatif de la mer par rapport aux niveaux de la période 1995‑2014 est peu probable avant environ 2055 dans la plupart des collectivités côtières du Canada dans ce scénario (7.4.2.2).
La circulation méridienne de retournement atlantique est un système de courants océaniques qui déplace les eaux subarctiques froides et plongeantes vers le sud et les eaux de surface plus chaudes vers le nord, apportant ainsi d’énormes quantités de chaleur dans l’Atlantique Nord. Un affaiblissement de ce système réduirait légèrement le réchauffement de l’est et du nord du Canada. Son effondrement refroidirait beaucoup l’est et le nord du Canada et ne peut être exclu dans ce scénario. Cependant, nous avons un degré de confiance moyen qu’un tel arrêt ne se produira pas au cours du XXIe siècle (4.9).
3.2.2.6 : Cycle du carbone et écosystèmes
L’augmentation des concentrations atmosphériques de CO2 provoque un réchauffement planétaire qui sera pratiquement irréversible pendant des siècles, voire des millénaires. Selon ce scénario, les concentrations atmosphériques de CO2 devraient continuer à augmenter tout au long du siècle, malgré des baisses modérées des émissions de CO2 au cours de la seconde moitié du siècle. Tant que les émissions de CO2 se poursuivront (supérieures à zéro), comme c’est le cas tout au long du siècle dans ce scénario, le Canada et le reste de la planète continueront de se réchauffer (9.4.1). La superficie brûlée chaque année par les feux de forêt augmente, et cette tendance devrait se poursuivre (9.5.1.7). Même si l’on s’attend à ce que les plantes et les arbres deviennent plus productifs au Canada en raison d’une plus grande quantité de CO2 dans l’atmosphère, les émissions provenant des incendies, du dégel du pergélisol et d’autres perturbations devraient également augmenter. À cause de ces processus antagonistes, l’effet net sur le bilan carbone des écosystèmes terrestres du Canada est incertain. Dans l’ensemble, les océans à l’intérieur de la zone économique exclusive du Canada, à l’instar des océans ailleurs dans le monde, continueront d’absorber du CO2 en réponse à l’augmentation continue du CO2 atmosphérique et, par conséquent, les océans continueront de s’acidifier (7.7.2, 9.5.2).
3.2.3 : Le climat du Canada à long terme dans un monde carboneutre
Dans le scénario de faibles émissions, SSP1-2.6, les émissions mondiales de CO2 commencent à diminuer après 2020, et la carboneutralité serait atteinte vers 2075. Les émissions mondiales de tous les gaz à effet de serre en équivalent CO2 diminuent considérablement dans ce scénario, mais la carboneutralité n’est pas atteinte avant la fin du siècle. Cette section synthétise les projections pour le Canada selon ce scénario de carboneutralité (voir également la figure 3.2).
3.2.3.1 : Températures
Le réchauffement planétaire est étroitement proportionnel aux émissions cumulatives de CO2. Il se poursuivra donc jusqu’à ce que les émissions mondiales de CO2 deviennent nulles (carboneutralité). Une fois ce point passé, la baisse des concentrations de CO2 et d’autres forçages climatiques devrait mener à une température moyenne mondiale essentiellement stable (9.4). Dans ce scénario, il est probable que la hausse de la température moyenne mondiale reste inférieure à 2 °C (tableau 3.1). La température moyenne au Canada devrait se stabiliser dans la seconde moitié du siècle, avec un réchauffement d’environ 0,8 °C entre les périodes 2021-2040 et 2081-2100 (tableau 3.1) (3.4). Dans ce scénario, le climat devrait se réchauffer moins à l’avenir qu’il ne l’a déjà fait jusqu’à présent (2.4).
La température moyenne au Canada devrait être de 3,5 °C (2,3–4,8 °C) plus élevée au cours de la période 2081-2100 qu’au cours de la période de référence 1850-1900, soit environ le double du réchauffement planétaire mondial de 1,8 °C (1,3–2,4 °C) au cours de la même période (3.4). Les températures extrêmes hautes et basses devraient se stabiliser au Canada durant la seconde moitié de ce siècle, car les changements de ces extrêmes sont proportionnels aux changements de la température moyenne mondiale. La température quotidienne maximale la plus élevée de l’année (jour le plus chaud de l’année), moyennée sur l’ensemble du pays, devrait être de 3,1 °C (2,2–4,1 °C) plus élevée qu’au cours de la période 1850-1900, et la température quotidienne minimale la plus faible de l’année (nuit la plus froide de l’année) devrait être supérieure de 5,6 °C (4,0–7,4 °C) (8.2.2).
3.2.3.2 : Précipitations
Dans ce scénario, les précipitations moyennes et les extrêmes de précipitations devraient également se stabiliser au Canada au cours de la seconde moitié du siècle. Les précipitations moyennes au Canada devraient augmenter d’une estimation médiane de seulement 2,5 % entre les périodes 2021-2040 et 2081-2100 (3,5). L’intensité des pluies abondantes de courte durée sera, selon les projections, plus élevée de 27 % (17–38 %) au cours de la période 2081-2100 qu’au cours de la période 1850-1900 (8.3.2.2).
3.2.3.3 : Eaux douces
Peu d’études ont examiné les changements liés aux eaux douces au Canada dans ce scénario. Cependant, étant donné que la température et les précipitations devraient se stabiliser dans ce scénario de carboneutralité, on s’attend à ce que le débit des cours d’eau et les autres changements liés aux eaux douces se stabilisent également au Canada (5.3). On prévoit une augmentation de la fréquence des sécheresses météorologiques et agricoles dans le sud du Canada, mais dans une moindre mesure que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles ou celui sans politiques (degré de confiance moyen) (5.6).
3.2.3.4 : Cryosphère
Le manteau neigeux et la zone de glace de mer devraient également se stabiliser au cours de la seconde moitié du siècle dans ce scénario (6.2, 6.3). La durée de la couverture de glace annuelle des lacs devrait diminuer de 10 à 21 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire, ce qui signifie une diminution moyenne de 18 à 38 jours par année au cours de la période 2081‑2100 par rapport à la période 1850‑1900 dans ce scénario de carboneutralité (6.4). Il n’est pas certain que le centre de l’océan Arctique sera systématiquement libre de glace durant les mois de septembre, mais il est probable qu’il le sera occasionnellement (6.3.3.2). Cependant, en raison de la lenteur de réaction, la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol devraient se poursuivre tout au long du siècle, même après l’atteinte d’émissions nettes de CO2 égales à zéro à l’échelle mondiale (6.5, 6.7). D’ici la fin du siècle, les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre environ 55 à 97 % de leur masse de 2015, tandis que ceux du nord de l’Arctique canadien devraient perdre environ 8 à 24 %, soit un peu moins que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles.
3.2.3.5 : Océans
Dans ce scénario de carboneutralité, les projections indiquent que la température de surface de la mer dans toutes les régions des océans qui entourent le Canada devrait augmenter de 0,7 à 2,1 °C d’ici la fin du siècle par rapport à la période 1990-2014 (7.2.2). Ces valeurs sont plus faibles que les hausses projetées de température de surface de la mer dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, mais les tendances régionales — quelles parties des océans se réchauffent plus ou moins rapidement — sont similaires.
Le niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale continuera d’augmenter pendant des milliers d’années, même si les émissions futures de CO2 sont réduites jusqu’à devenir nulles et que le réchauffement planétaire est stoppé, puisque la chaleur excédentaire due aux émissions passées continue de se propager lentement dans les profondeurs océaniques, et que les glaciers et les inlandsis continuent de fondre, contribuant ainsi à l’apport d’eau de fonte dans les océans. Les changements projetés du niveau de la mer pour le Canada sont largement les mêmes jusqu’en 2050 environ, quel que soit le scénario (7.4). D’ici la fin du XXIe siècle, l’élévation moyenne du niveau de la mer à l’échelle mondiale selon ce scénario de carboneutralité serait d’environ 12 cm inférieure à celle du scénario fondé sur les politiques actuelles. Une autre façon d’examiner les projections relatives au niveau de la mer consiste à noter l’année au cours de laquelle une élévation donnée du niveau de la mer sera atteinte. Il est improbable qu’une élévation de 0,5 m du niveau relatif de la mer par rapport aux niveaux de 1995-2014 soit atteinte avant environ 2060 dans la plupart des collectivités côtières du Canada dans le cadre d’un scénario de faibles émissions (7.4.2.2).
3.2.3.6 : Cycle du carbone et écosystèmes
Dans ce scénario de carboneutralité, les projections indiquent que les concentrations atmosphériques de CO2 atteindront un pic, puis diminueront au cours des dernières décennies du présent siècle. Pour atteindre la carboneutralité dans ce scénario, il faudrait éliminer le CO2 anthropique de l’atmosphère afin de compenser les émissions résiduelles difficiles à atténuer. Au Canada, des mesures délibérées visant à améliorer l’absorption et le stockage de CO2 sur terre et dans les océans pourraient permettre de réduire davantage les concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Bien que ces mesures puissent avoir plusieurs avantages connexes importants, leur potentiel de séquestration de CO2 et, par conséquent, leur contribution à l’atteinte de la carboneutralité sont modestes. En outre, la durée de stockage du carbone dans les écosystèmes végétalisés (de quelques saisons à un siècle) est courte par rapport à la durée du réchauffement irréversible dû aux émissions de carbone antérieures découlant de la combustion de combustibles fossiles (des millénaires). Néanmoins, la protection des écosystèmes végétalisés existants sur terre et dans les océans permettrait de maintenir leur capacité à agir comme puits et pourrait empêcher certaines émissions supplémentaires de gaz à effet de serre (9.6.2).
Dans ce scénario de faibles émissions, la superficie brûlée chaque année par les feux de forêt devrait augmenter à très court terme (2021-2040), puis se stabiliser à environ 50 % de plus qu’au cours de la période 1998‑2014 (9.5.1.7). L’acidité de la surface des océans qui entourent le Canada devrait augmenter de 20 à 35 % d’ici la fin du siècle par rapport aux valeurs actuelles, et l’on s’attend à ce que les changements les plus importants surviennent dans l’Arctique et l’Atlantique Nord-Ouest (7.7.2).
3.2.4 : Le climat du Canada à long terme dans un monde sans politiques climatiques
Dans un scénario d’émissions élevées, c’est-à-dire un scénario sans politiques climatiques ni atténuation des émissions de gaz à effet de serre (SSP3-7.0), les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient augmenter progressivement tout au long du siècle. Les projections pour le Canada dans ce scénario sont synthétisées dans cette section (voir également la figure 3.2).
3.2.4.1 : Températures
Dans ce scénario, la hausse de la température moyenne au Canada devrait être forte, atteignant 6,9 °C (5,2–8,9 °C) au cours de la période 2081-2100 par rapport à la période de référence 1850-1900 (3.4). La hausse correspondante de la température moyenne mondiale est de 3,6 °C (2,8–4,6 °C), soit environ la moitié du réchauffement projeté pour le Canada (3.4). Dans ce scénario, caractérisé par un niveau de réchauffement planétaire élevé, les épisodes de chaleur extrême devraient être beaucoup plus fréquents au Canada, tandis que les épisodes de froid extrême devraient l’être beaucoup moins. Les deux types d’épisodes devraient être considérablement plus intenses (8.2.2). Moyennée sur l’ensemble du Canada, d’ici la période 2081-2100, la température quotidienne maximale la plus élevée de l’année (jour le plus chaud de l’année) devrait augmenter de 6,2 °C (4,8–7,9 °C) par rapport à la période 1850‑1900, et la température quotidienne minimale la plus basse de l’année (nuit la plus froide de l’année), de 11,2 °C (8,7–14,3 °C). Les chaleurs extrêmes devraient être plus fréquentes, avec des changements plus marqués dans le cas des épisodes plus rares. En ce qui concerne les froids extrêmes, les températures qui se produisaient en moyenne une fois toutes les quelques décennies au cours de la période 1850-1900 deviennent pratiquement impossibles avec ce niveau de réchauffement supplémentaire. Les conditions météorologiques extrêmes propices aux feux de forêt dans la plupart des régions, qui résultent de la combinaison de conditions chaudes, sèches et venteuses, d’une part, et le stress thermique perçu par l’être humain, qui résulte de la combinaison de températures élevées et de taux d’humidité élevés, d’autre part, devraient tous deux devenir plus fréquents et plus sévères (degré de confiance élevé) (8.7.1, 8.7.4). Les variations annuelles de température liées au phénomène El Niño-oscillation australe, actuellement limitées principalement à l’ouest du Canada, devraient s’étendre vers le centre et l’est du pays (faible degré de confiance) (4.8).
3.2.4.2 : Précipitations
Selon ce scénario sans politiques climatiques et selon la moyenne pour l’ensemble du Canada, les précipitations annuelles moyennes devraient être de 17 % (12–24 %) plus élevées au cours de la période 2081-2100 qu’au cours de la période 1850-1900 (degré de confiance moyen) (3.5). Les projections indiquent que les précipitations augmentent de plus de 50 % dans une grande partie du nord du Canada en hiver (degré de confiance moyen). Les baisses de précipitations projetées dans l’extrême sud du Canada en été sont plus importantes que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, bien que le degré de confiance de ces projections soit faible. Pour cette même période, selon la moyenne pour l’ensemble du Canada, la quantité de pluies tombées lors d’épisodes de fortes précipitations de courte durée (sur moins d’un jour) devrait atteindre 59 % (42–83 %) de plus que les niveaux de la période 1850-1900 en raison de l’augmentation de la capacité de rétention d’eau d’une atmosphère plus chaude (8.3.2.2, encadré 8.3). La quantité de précipitations lors d’épisodes de fortes précipitations sur un jour ou sur plusieurs jours devrait également augmenter (8.3.1.2, encadré 8.3). Les rivières atmosphériques devraient devenir plus fortes et plus fréquentes (degré de confiance élevé) (4.5). Les conditions environnementales favorables aux tempêtes convectives devraient également devenir plus courantes, en particulier dans le centre et l’est du Canada (degré de confiance élevé) (4.7).
Sous l’effet du réchauffement planétaire, les précipitations verglaçantes devraient devenir plus fréquentes dans la majeure partie du Canada en raison de l’augmentation des conditions de température atmosphérique favorables à sa formation. Cela vaut particulièrement pour les Prairies canadiennes et certaines régions montagneuses de la Colombie-Britannique et des Territoires du Nord‑Ouest, où jusqu’à 25 heures supplémentaires de précipitations verglaçantes par an sont projetées. En revanche, les précipitations verglaçantes devraient diminuer dans le sud de l’Ontario et le Canada atlantique (3.5).
3.2.4.3 : Eaux douces
Dans ce scénario, les changements liés aux eaux douces au Canada devraient s’intensifier davantage que dans les autres scénarios. Les sécheresses météorologiques et agricoles (conditions sèches entraînant des déficits d’humidité dans le sol) devraient être plus longues, plus fréquentes et plus intenses dans le centre et le sud du Canada, particulièrement en été (degré de confiance élevé). La durée, la fréquence et l’intensité des sécheresses hydrologiques estivales (faible disponibilité en eau) devraient également augmenter dans de nombreuses régions du sud du Canada, principalement en raison de l’augmentation de l’évaporation et de la diminution du ruissellement provenant des régions montagneuses (faible degré de confiance) (5.6).
3.2.4.4 : Cryosphère
Il est probable que le centre de l’océan Arctique soit libre de glace tous les mois de septembre (6.3.3.2). Moyennée sur l’Arctique, la période annuelle sans glace dans les régions où la glace de mer se forme et fond chaque année devrait se prolonger d’environ 31 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire (degré de confiance élevé), ce qui, dans ce scénario, correspond à une prolongation de 112 jours de la période sans glace au cours de la période 2081‑2100 par rapport à la période 1850‑1900. La période annuelle de couverture de glace des lacs devrait raccourcir d’environ 10 à 21 jours par degré Celsius de réchauffement planétaire, ce qui reflète une réduction de 36 à 76 jours de la couverture de glace au cours de la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 (6.4.4.1). Dans ce scénario, les projections indiquent que les glaciers de l’ouest du Canada devraient pratiquement disparaître d’ici la fin du siècle (6.5.3). Les modèles climatiques mondiaux projettent en moyenne 45 jours de gel de moins d’ici la fin du siècle par rapport à une période de référence récente dans ce scénario, ce qui se traduit par une durée de gel saisonnier du sol plus courte (6.6.3). Le réchauffement du pergélisol et les changements paysagers liés au dégel devraient s’accentuer avec le réchauffement climatique supplémentaire de ce scénario (degré de confiance élevé) (6.7.3).
3.2.4.5 : Océans
Dans ce scénario sans politiques climatiques, les températures de surface de la mer dans toutes les régions des océans qui entourent le Canada devraient augmenter considérablement, soit de 2,5 à 4,2 °C d’ici la fin du XXIe siècle par rapport à la période 1990-2014 (7.2.2). Ces valeurs sont plus élevées que les hausses projetées de température de surface de la mer dans le scénario fondé sur les politiques actuelles. Le réchauffement estival dans la baie d’Hudson et le sud de la mer de Beaufort devrait dépasser 5 °C. La configuration régionale du changement annuel projeté de la température est semblable à celle des autres scénarios.
D’ici la fin du XXIe siècle, dans ce scénario sans politiques climatiques, le niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale devrait être d’environ 12 cm plus élevé que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (3.2.2.5). Une élévation de 0,5 m du niveau relatif de la mer par rapport aux niveaux de la période 1995-2014 est probable d’ici 2080 pour le sud du Canada atlantique (par exemple, Halifax) et le sud de la mer de Beaufort (par exemple, Tuktoyaktuk). Dans d’autres régions du Canada, une élévation relative du niveau de la mer de 0,5 m est projetée après 2100. Même dans ce scénario, caractérisé par des émissions élevées et un réchauffement important, le niveau relatif de la mer continuera de baisser dans la région de la baie d’Hudson en raison du soulèvement terrestre rapide qui y est observé (7.4.2.2).
On s’attend à un affaiblissement de la circulation méridienne de retournement atlantique, ce qui réduira légèrement le réchauffement de l’est et du nord du Canada. Bien qu’un arrêt complet de ce système de courants océaniques ne puisse être exclu, nous avons un degré de confiance moyen qu’un tel arrêt ne se produira pas au cours du XXIe siècle (4.9).
3.2.4.6 : Cycle du carbone et écosystèmes
Dans ce scénario, les projections indiquent que la hausse continue des émissions mondiales de CO2 entraînera une accumulation plus rapide de CO2 dans l’atmosphère tout au long du présent siècle. La superficie brûlée annuellement au Canada devrait augmenter considérablement, atteignant plus de trois fois la superficie moyenne brûlée au cours de la période 1998‑2014 d’ici la fin du XXIe siècle (9.5.1.7). L’acidité des océans devrait doubler d’ici la fin du siècle dans la plupart des eaux de surface qui entourent le Canada, avec des changements encore plus importants dans l’Arctique et l’Atlantique Nord-Ouest (7.7.2).
Les changements climatiques peuvent entraîner des coûts économiques importants qui touchent des secteurs tels que l’agriculture, les infrastructures et les soins de santé. Veuillez consulter l’étude de cas 6.3 de la section 6.5 du rapport Enjeux nationaux, qui contribue au processus national d’évaluation Le Canada dans un climat en changement, et vous référer à la figure 6.8 pour connaître le coût social et les coûts annuels liés au produit intérieur brut (PIB) prévus pour la ville d’Edmonton, en fonction de différents niveaux de changements climatiques par rapport à la normale climatique de la période 1981‑2010 : Évaluation par la Ville d’Edmonton des coûts nets engendrés par les changements climatiques
3.2.5 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 3.1 : Le climat du Canada à très court terme
À très court terme, le Canada continuera de se réchauffer à un rythme près de deux fois celui observé à l’échelle mondiale, avec une hausse d’environ 0,9 °C (0,2–1,6 °C) de 2021 à 2040 dans tous les scénarios d’émissions (degré de confiance élevé). En moyenne, au cours de cette période de 20 ans, le Canada devrait connaître un réchauffement de 2,7 °C (1,8–3,6 °C) (degré de confiance élevé) et recevoir 7 % (5–10 %) plus de précipitations (degré de confiance moyen) que la moyenne de la période 1850-1900. Les tendances déjà observées, à savoir des épisodes de chaleur plus fréquents, une pointe de débit des cours d’eau plus hâtive, des eaux plus chaudes et plus acides autour des côtes et une augmentation de la superficie brûlée par les feux de forêt, devraient se poursuivre (degré de confiance élevé). La durée du manteau neigeux, de la couverture de glace de mer et de la couverture de glace des lacs au Canada diminuera avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.2 : Le climat du Canada à long terme avec les politiques climatiques mondiales actuelles
Les changements climatiques au Canada s’intensifieront tout au long du siècle si les émissions continuent d’évoluer à peu près conformément aux politiques climatiques mondiales actuelles (degré de confiance élevé). Au cours de la période 2081‑2100, le réchauffement moyen au Canada par rapport à la période 1850-1900 devrait atteindre 5,0 °C (3,8–6,6 °C) (degré de confiance élevé), et les précipitations devraient augmenter de 13 % (9–18 %) (degré de confiance moyen). L’intensité et la fréquence des fortes précipitations devraient augmenter (degré de confiance élevé). On estime avec un degré de confiance moyen que les rivières atmosphériques se renforceront. Les glaciers de l’ouest du Canada devraient perdre plus de 75 % de leur masse (degré de confiance moyen), et le dégel du pergélisol dans le nord du Canada se poursuivra (degré de confiance très élevé).
Message clé 3.3 : Le climat du Canada à long terme dans un monde carboneutre
La plupart des aspects du climat du Canada se stabiliseront au cours de la seconde moitié du présent siècle si les émissions mondiales de CO2 commencent immédiatement à diminuer et que la carboneutralité est atteinte dans les années 2070 (degré de confiance élevé). Dans un tel scénario, les températures au pays devraient augmenter d’environ 0,8 °C entre la période 2021-2040 et la période 2081-2100, et la hausse devrait être 3,5 °C (2,3–4,8 °C) par rapport à la température moyenne de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé). Toutefois, en raison de la lenteur des temps de réponse, le niveau de la mer dans la plupart des zones côtières devraient continuer à s’élever, les glaciers, à fondre, et le pergélisol, à dégeler tout au long du siècle, même après la stabilisation des températures de surface (degré de confiance élevé).
Message clé 3.4 : Le climat du Canada à long terme dans un monde sans politiques climatiques
Les changements climatiques continueront de s’intensifier fortement dans toutes les régions du Canada si les émissions continuent d’augmenter tout au long du siècle (degré de confiance élevé), ce qui refléterait un scénario dans lequel les politiques climatiques mondiales actuelles reculeraient ou ne parviendraient pas à atténuer les émissions mondiales. Dans ce scénario, au cours de la période 2081‑2100, les températures au Canada devraient augmenter de 6,9 °C (5,2–8,9 °C) par rapport à la moyenne de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé). Les précipitations devraient augmenter en moyenne de 17 % (12–24 %) dans l’ensemble du Canada (degré de confiance moyen), et les hausses de l’intensité et de la fréquence des épisodes de fortes précipitations devraient être plus marquées que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance élevé). Les rivières atmosphériques au-dessus du Canada devraient se renforcer (degré de confiance élevé), tandis que les sécheresses estivales devraient s’intensifier dans le sud du Canada (degré de confiance élevé). Avec des niveaux de réchauffement planétaire plus élevés, la durée de la neige, de la glace de mer et du gel saisonnier du sol au Canada devrait raccourcir encore plus que dans le scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuelles, et la fonte de glacier, le dégel du pergélisol et l’élévation du niveau de la mer le long de la plupart des côtes canadiennes devraient être plus importants (degré de confiance élevé).
La synthèse ci-dessus repose sur les évaluations détaillées présentées aux sections 3.4 et 3.5 et aux chapitres 4 à 9. Ce qui suit est une analyse de la force des données probantes qui sous-tendent chaque énoncé contenu dans les messages clés, accompagnée de la justification des évaluations présentées dans cette section.
En ce qui concerne le message clé 3.1, une comparaison du taux de réchauffement au Canada et du taux de réchauffement planétaire est présentée à la section 3.4.2 : d’après de multiples sources de données, le pays devrait se réchauffer près de deux fois plus rapidement que la planète. Cette conclusion est conforme aux évaluations du réchauffement passé et du réchauffement futur dans le RCCC de 2019. Nous avons un degré de confiance élevé dans nos projections quantitatives en matière de températures pour le Canada, comme il est décrit à la section 3.4.3. Nous avons donc un degré de confiance élevé dans notre évaluation selon laquelle le Canada continuera de se réchauffer à un taux proche du double du taux de réchauffement planétaire dans tous les scénarios d’émissions. Nous avons un degré de confiance moyen dans nos projections correspondantes en matière de précipitations, comme il est décrit à la section 3.5.1. Les intervalles entre parenthèses figurant dans le présent chapitre correspondent à des fourchettes d’incertitude de 5 à 95 %, ce qui signifie que, sauf indication contraire, il est probable à 90 % que la valeur réelle se situe dans la fourchette. À la section 8.2 du chapitre 8, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que la fréquence des épisodes de chaleur extrême devrait augmenter dans toutes les régions du Canada (les changements s’accentuant à mesure que la température moyenne mondiale augmente) et avec un degré de confiance élevé que des augmentations de la fréquence des épisodes de chaleur extrême au Canada ont été observées. À la section 5.3 du chapitre 5, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que le changement observé vers une pointe de débit des cours d’eau plus hâtive devrait se poursuivre. À la section 7.2 du chapitre 7, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que la température des océans qui entourent le Canada augmente et que les projections dans tous les scénarios montrent un réchauffement continu des océans qui entourent le Canada. À la section 7.7 du chapitre 7, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que l’acidification de la surface des océans qui entourent le Canada se produit et que l’acidité des océans canadiens devrait continuer d’augmenter au cours du reste du XXIe siècle. À la section 9.5 du chapitre 9, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que la tendance à la hausse de la superficie brûlée par les feux de forêt au Canada devrait se poursuivre. Une fois combinées, ces évaluations soutiennent un degré de confiance au moins élevé pour toutes les évaluations de la troisième phrase de ce message clé. Au chapitre 6, nous considérons comme un fait avéré que la durée du manteau neigeux devrait diminuer dans tout le Canada (section 6.2) et que la période sans glace dans les eaux océaniques canadiennes devrait allonger (section 6.3) avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire. Dans le même chapitre, nous déterminons également avec un degré de confiance très élevé que la durée de la glace des lacs devrait diminuer dans tout le Canada avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire (section 6.4 du chapitre 6). Par conséquent, c’est avec un degré de confiance très élevé que nous déterminons que la durée du manteau neigeux, de la couverture de glace de mer et de la couverture de glace des lacs au Canada diminuera avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire.
En ce qui concerne le message clé 3.2, le degré de confiance élevé attribué à l’intensification des changements climatiques au Canada au cours du siècle dans le scénario SSP2-4.5, qui correspond essentiellement au scénario fondé sur les politiques climatiques actuelles, est étayé par la projection du réchauffement progressif de ce scénario pour la planète (GIEC, 2021) et pour le Canada (section 3.4) au cours du siècle ainsi que par les projections d’augmentations progressives des précipitations (section 3.5), du niveau de la mer (section 7.4 du chapitre 7) et de nombreuses autres variables. Nous avons un degré de confiance élevé dans nos projections quantitatives en matière de températures pour le Canada et un degré de confiance moyen dans les projections correspondantes en matière de précipitations, comme il est décrit aux sections 3.4.3 et 3.5.1, respectivement. À la section 8.3 du chapitre 8, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que l’intensité et la fréquence des extrêmes de pluies de courte durée (moins d’un jour) et des extrêmes de fortes précipitations sur un jour et sur cinq jours au Canada devraient augmenter. Nous déterminons donc avec un degré de confiance élevé que l’intensité et la fréquence des fortes précipitations devraient augmenter. Notre degré de confiance moyen accordé au renforcement des rivières atmosphériques dans ce scénario repose sur l’évaluation présentée à la section 4.5 du chapitre 4. À la section 6.5 du chapitre 6, nous mentionnons que, selon les projections d’une étude, la masse glaciaire dans l’ouest du Canada devrait diminuer de 94 ± 19 % (75–100 %) d’ici 2100 par rapport à 2015 dans le scénario RCP4.5 (similaire au scénario SSP2-4.5); nous résumons le tout comme étant une perte projetée de plus de 75 % dans le présent rapport. Nous attribuons un degré de confiance moyen à cette projection car, bien qu’elle soit fondée sur une seule étude et qu’elle porte sur une période et une région légèrement différentes de celles considérées dans le présent rapport, elle est cohérente avec les projections tirées de la documentation antérieure évaluée dans le RCCC de 2019. À la section 6.7 du chapitre 6, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que le réchauffement du pergélisol et les changements paysagers induits par le dégel devraient s’accentuer à mesure que le climat se réchauffe davantage et qu’une partie du dégel devrait se poursuivre en profondeur même si le climat se stabilise. Nous avons donc un degré de confiance très élevé dans notre évaluation selon laquelle le dégel du pergélisol se poursuivra dans ce scénario.
En ce qui concerne le message clé 3.3, le degré de confiance élevé associé à la stabilisation de la plupart des aspects du climat canadien au cours de la seconde moitié du présent siècle qui est projetée dans le scénario SSP1-2.6, dans lequel la carboneutralité à l’échelle mondiale serait atteinte dans les années 2070, repose sur la stabilisation projetée dans ce scénario de la température moyenne mondiale (GIEC, 2021) et à l’échelle canadienne (section 3.4) durant la seconde moitié du siècle. Il repose également sur le constat que la plupart des aspects des changements climatiques au Canada sont étroitement liés à la température moyenne mondiale. Nous avons un degré de confiance élevé dans nos projections quantitatives en matière de températures pour le Canada, comme il est décrit à la section 3.4.3. Dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (GIEC, 2021), il a été déterminé qu’il est quasiment certain que l’élévation du niveau de la mer continuera d’augmenter au cours du siècle actuel, sur la base des évaluations de tous les scénarios examinés dans le présent rapport. Ainsi, à la section 7.4 du chapitre 7, nous déterminons que l’élévation du niveau de la mer dans les zones côtières canadiennes non visées par un soulèvement terrestre important devrait se poursuivre tout au long du siècle dans le cadre du scénario SSP1-2.6. À la section 6.5 du chapitre 6, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que les glaciers du Canada continueront de perdre de la masse dans tous les scénarios d’émissions évalués. À la section 6.7 du chapitre 6, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que le dégel du pergélisol se poursuivra en profondeur même en cas de stabilisation du climat, comme c’est le cas dans le scénario de carboneutralité. Nous déterminons donc avec au moins un degré de confiance élevé que l’élévation du niveau de la mer dans la plupart des zones côtières, la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol devraient se poursuivre tout au long du siècle.
En ce qui concerne le message clé 3.4, nous déterminons que l’augmentation des émissions tout au long du siècle dans le cadre d’un scénario où les politiques actuelles sont abandonnées ou ne parviennent pas à atténuer les émissions (SSP3-7.0) entraînera une forte intensification des changements climatiques dans toutes les régions du Canada. Cette détermination repose principalement sur les projections du réchauffement du pays et de ses sous-régions dans le scénario SSP3-7.0 (section 3.4). Étant donné que toutes les régions du Canada affichent des niveaux de réchauffement très élevés dans ce scénario (section 3.4), nous avons un degré de confiance élevé à cet égard. Nous avons également un degré de confiance élevé dans nos projections quantitatives en matière de températures pour le Canada, comme il est décrit à la section 3.4.3. Nous avons un degré de confiance moyen dans nos projections du changement des précipitations moyennes, comme il est décrit à la section 3.5. À la section 8.3 du chapitre 8, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des extrêmes de pluies de courte durée ainsi que des extrêmes de précipitations sur un jour et sur cinq jours s’accentuera au fur et à mesure de la hausse de la température moyenne mondiale. Le réchauffement planétaire projeté est plus élevé dans ce scénario sans politiques que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, comme il a été déterminé dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (GIEC, 2021). Nous déterminons donc avec un degré de confiance élevé que l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des épisodes de fortes précipitations devrait être plus marquée dans le scénario sans politiques que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles. Le degré de confiance élevé attribué au renforcement des rivières atmosphériques projeté dans le scénario sans politiques repose sur le degré de confiance élevé (décrit à la section 4.5 du chapitre 4) entourant l’augmentation de l’intensité des rivières atmosphériques au‑dessus du Canada dans les scénarios d’émissions élevées. Le degré de confiance élevé attribué à la projection d’intensification des sécheresses estivales dans le sud du Canada repose sur le degré de confiance élevé (décrit à la section 5.6 du chapitre 5) entourant la projection d’intensification des sécheresses météorologiques et hydrologiques dans le sud du Canada pendant l’été, en particulier à la fin du siècle et en cas de niveau de réchauffement planétaire plus élevé. Au chapitre 6, nous considérons comme un fait avéré que la durée du manteau neigeux devrait diminuer dans tout le Canada (section 6.2) et que la période sans glace dans les eaux canadiennes devrait allonger (section 6.3) avec chaque niveau d’augmentation du réchauffement planétaire. À la section 6.7 du chapitre 6, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que le nombre annuel de jours de gel saisonnier du sol et la profondeur maximale annuelle du gel saisonnier du sol devraient continuer de diminuer dans tout le Canada jusqu’à la fin du siècle et au-delà dans ce scénario sans politiques. Nous y montrons également que les diminutions projetées du nombre de jours de gel, étroitement lié à ce phénomène, sont plus importantes dans ce scénario que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles. Nous déterminons donc avec un degré de confiance élevé que la durée de la neige, de la glace de mer et du gel saisonnier du sol au Canada devrait diminuer encore plus dans un scénario sans politiques que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles avec des niveaux plus élevés d’augmentation du réchauffement. La section 6.5 du chapitre 6 présente des projections de la fonte de glacier qui sont plus élevées dans les scénarios d’émissions élevées que dans les scénarios d’émissions intermédiaires, tandis que la section 3.4 montre que la fonte des glaciers est due au réchauffement climatique, qui est plus important dans les scénarios d’émissions élevées. À la section 6.7 du chapitre 6, nous déterminons avec un degré de confiance très élevé que le réchauffement du pergélisol et les changements du paysage dus au dégel devraient s’accentuer à mesure que le climat se réchauffe davantage. Nous y indiquons également que le dégel du pergélisol sera plus important dans l’hémisphère Nord dans un scénario d’émissions élevées que dans un scénario de faibles émissions. La section 7.4 du chapitre 7 présente une élévation projetée de l’élévation du niveau de la mer plus importante dans le scénario sans mesures politiques que dans le scénario fondé sur les politiques actuelles le long de la plupart des côtes canadiennes, à l’exception de certaines parties de la baie d’Hudson et de l’est de l’Arctique où le niveau relatif de la mer devrait baisser en raison du soulèvement terrestre. Nous déterminons donc avec un degré de confiance élevé que la fonte de glacier, le dégel du pergélisol et l’élévation du niveau de la mer le long de la plupart des côtes canadiennes devraient être plus importants dans ce scénario sans politiques que dans le scénario fondé sur les mesures actuelles.
Faits saillants de la figure : Les changements climatiques au Canada seraient beaucoup plus marqués dans le scénario fondé sur les politiques actuelles ou sur des politiques moins strictes que dans le scénario de carboneutralité.
Titre de la figure : Synthèse des changements climatiques futurs au Canada
Description longue
Cette figure montre comment la température moyenne au Canada devrait augmenter selon trois scénarios d’émissions de 2000 à 2100. Une courbe noire représente le réchauffement historique. Trois courbes colorées illustrent différents futurs possibles : une courbe orange pour un scénario fondé sur les politiques actuelles (SSP2‑4.5), une courbe verte pour un scénario de carboneutralité (SSP1‑2.6) et une courbe rouge pour un scénario sans politiques climatiques (SSP3‑7.0). Toutes les courbes indiquent une poursuite du réchauffement, la hausse la plus marquée étant associée au scénario sans politiques climatiques. Chaque courbe est entourée d’une bande colorée qui s’élargit avec le temps et qui illustre l’incertitude croissante.
Au milieu du siècle (2021–2040), tous les scénarios présentent un réchauffement similaire d’environ 1,5 °C par rapport à la moyenne de 1850 à 1900. À la fin du siècle (2081–2100), le réchauffement prévu diffère nettement d’un scénario à l’autre : environ 3,5 °C dans un monde carboneutre, 5 °C selon les politiques actuelles et 7 °C en l’absence de mesures supplémentaires pour lutter contre les changements climatiques.
Les panneaux situés à droite résument les changements projetés de divers indicateurs liés au climat pour chaque scénario. Ceux‑ci comprennent les changements à l’échelle du Canada des températures des journées les plus chaudes, des précipitations totales et extrêmes, de la masse des glaciers, de la superficie brûlée par les feux de forêt et de l’élévation du niveau de la mer à Tuktoyaktuk, ainsi que la probabilité d’une saison libre de glace dans le centre de l’océan Arctique. Les indicateurs s’aggravent dans tous les scénarios, mais davantage dans les scénarios d’émissions élevées.
Étude de cas 3.1 : L’histoire des saisons à Ulukhaktuuq, dans les Territoires du Nord-Ouest
Référence recommandée :
Farnole, P., Pogotak, A., Memogana, K., Stoller, M., Monahan, A., et Steiner, N. (2026). L’histoire des saisons à Ulukhaktuuq, dans les Territoires du Nord-Ouest [Étude de cas 3.1]. Dans Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026, (pp XX-XX). Gouvernement du Canada. DOI pour le chapitre.
Révision de la communauté : Comité des chasseurs et trappeurs d’Olokhaktomiut
L’été se termine avec des vagues de plus en plus grosses qui secouent les galets sur le rivage. Leur bruit indique aux poissons qu’il est temps de se rassembler à l’embouchure de la rivière pour remonter le courant. C’est aussi le moment pour les élèves de retourner à l’école. Nous pouvons encore pêcher au filet ou à la canne dans l’océan, et cueillir des baies. Les poissons, les bœufs musqués, les caribous et les lapins sont plus gras, et les phoques commencent à reconstituer la graisse qu’ils ont perdue au printemps. Les oiseaux ont eux aussi pris du poids et commencent à migrer vers le sud alors que le sol se couvre de blanc. C’est le moment idéal pour chasser et piéger, mais l’air se refroidit rapidement et la nuit tombe plus tôt.
Le gel du littoral du côté de l’océan au début de l’automne est signe que les lacs sont également gelés et que nous pourrons bientôt commencer à pratiquer la pêche sur glace, à la dandinette ou aux filets. Les caribous s’accouplent avant de migrer pour l’hiver, les mâles et les femelles empruntant des chemins différents. Les jours sont très courts, et les vents et la chaleur de l’eau peuvent retarder la prise des glaces sur l’océan. Lorsque la glace est fine, nous restons près du hameau et nous déplaçons le long du littoral, souvent pour poser des pièges ou chasser les loups qui peuvent s’y aventurer. Le gel tardif et la glace fine peuvent également perturber les routes migratoires des caribous.
L’hiver s’installe lentement, à mesure que la glace s’épaissit et que les jours allongent. Il faut faire preuve de patience et rester à l’intérieur, surtout dans le cas des Aînés. C’est le moment de bricoler, de réparer des objets et de raconter des histoires. Une fois l’hiver plus avancé, les phoques sont vraiment gras : c’est le moment idéal pour mettre en pratique nos habiletés de chasse au phoque. Au retour du Soleil, nous avons droit à quelques semaines de mauvais temps : les vents font monter le Soleil (Qulvaqhaiyuq). Les blizzards apportent le grand froid. La neige devient dure comme du béton, ce qui est idéal pour construire des igloos. C’est la période la plus froide de l’année : Qiqaunihaaq (février).
Le printemps se pointe subtilement. Les vents ont une odeur et un son différents. Avez-vous vu un glaçon fondre ou un oiseau migrateur passer? Avec l’allongement des journées, les gens commencent à s’aventurer plus loin du hameau. Certains sont impatients d’aller pêcher, de creuser la glace épaisse et de pêcher la truite ou l’omble à la dandinette. D’autres sont à l’affût des ours blancs, qui suivent les vents de l’ouest. Les congères sont utiles pour trouver notre chemin dans une tempête.
Avec les journées qui allongent et la glace qui s’amincit, la pêche sur lac est en plein essor. Le Soleil ne se couche plus, alors il ne faut pas oublier ses lunettes fumées! Le printemps atteint son apogée avec les journées plus chaudes. Les oies suivent les parcelles de terre nue pour nicher près des bassins versants, les canards survolent l’océan tumultueux, la neige fond et les rivières peuvent déborder à tout moment. La pleine lune de mai accueille les petits des phoques barbus et les premiers bourdons.
L’été arrive enfin, très rapidement. Lorsque la glace des lacs a disparu, les cours d’eau se réchauffent et repoussent la glace de mer loin du rivage. Il est temps de préparer les filets pour la montaison des ombles. C’est la saison de la navigation de plaisance, et les baleines arrivent. Les fleurs éclosent, et les baies deviennent plus juteuses, surtout après quelques averses. Par contre, les moustiques émergent également du sol et nous accueillent au camp d’été.
Lorsque les Aînés voient l’ombre de la Terre ou la rosée du matin sur les linaigrettes, ils savent que l’été tire à sa fin. Les conditions vont bientôt changer : il est l’heure de se préparer pour l’hiver.
«Lorsque la Lune est très basse, cela signifie que les animaux seront nombreux. Avant, nous utilisions les étoiles, le Soleil et la Lune, mais plus maintenant. La Lune était notre calendrier, et c’est pourquoi, dans notre langue, les mots “lune” et “calendrier” se ressemblent autant. Ils étaient des scientifiques inuits. Des astronomes. »
– Kate Kanayok Inuktalik
L’une des motivations derrière ce travail est d’établir un dialogue sur le climat entre la science inuite, Qauyimayait, et la science occidentale, grâce à une cartographie et à une étude des saisons selon les deux points de vue (figure 1 de l’étude de cas 3.1). La glace a changé autour d’Ulukhaktuuq ces 50 dernières années. Bien que chaque année soit différente, les membres de la communauté, les modèles climatiques et les observations par satellite indiquent tous une période d’eau libre plus longue. Par le passé, la débâcle survenait à la mi-juillet, mais elle se produit désormais en juin. Le gel, qui arrivait vers la mi-octobre, peut être retardé jusqu’en décembre de nos jours.
Les modèles climatiques peuvent aider à simuler les conditions futures (figure 2 de l’étude de cas 3.1). Les projections montrent que de plus en plus d’années comporteront plus de six mois d’eau libre vers la fin du siècle. Dans ce monde de modélisation science-fiction, nous avons imaginé avec des élèves à quoi pourrait ressembler le calendrier dans 50 ans. Les membres de la communauté étaient intéressés par ces projections du calendrier en tant qu’outils pédagogiques destinés aux jeunes générations afin de favoriser l’adaptation locale aux changements futurs. Cependant, les détenteurs de connaissances ont insisté pour les séparer des connaissances traditionnelles pour deux raisons :
- Les projections pourraient détourner l’attention des jeunes Inuinnait de ce qui fait leur force. Apprenez votre langue et les histoires de vos Aînés, gardez les yeux et les oreilles ouverts, apprenez à écouter la Terre. Ensuite, si vous avez le temps, examinez les projections climatiques futures.
- La responsabilité est une valeur fondamentale pour les détenteurs du savoir inuinnait. Comme les projections touchent la transmission intergénérationnelle, plus vous regardez dans le futur, plus vous devez être exact. Vous ne pouvez pas vous permettre de vous tromper lorsque vous planifiez pour les générations futures. Or, plus les projections climatiques touchent un futur lointain, plus elles deviennent incertaines.
Ce calendrier a été conçu comme une carte réunissant langue, récits, arts, sagesse et indices sur le climat, comme un cadre de référence favorisant une compréhension holistique des saisons, comme une invitation à écouter la Terre et son appel saisonnier à l’action, au cœur de la résilience des Inuinnait.
Titre de la figure : Calendrier saisonnier pour Ulukhaktuuq, dans les Territoires du Nord-Ouest, et principaux contributeurs.
Description longue
Cette figure présente un calendrier des saisons élaboré par des membres de la communauté d’Ulukhaktuuq, dans les Territoires du Nord‑Ouest, qui illustre les connaissances des Inuinnait relatives aux tendances environnementales et aux activités saisonnières. Le diagramme circulaire à gauche représente le cycle annuel, divisé selon les saisons traditionnelles des Inuinnait. Autour du cercle figurent des illustrations montrant la présence d’espèces sauvages, l’état de la glace, les indices météorologiques, les activités de récolte et les changements du paysage qui marquent les transitions au fil de l’année.
La photographie à droite montre des membres de la communauté rassemblés autour d’une grande version imprimée du calendrier des saisons, étalée sur le sol du centre communautaire.
Titre de la figure : Calendriers des saisons passés, actuels et futurs possibles pour Ulukhaktuuq, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Description longue
Cette figure illustre les conséquences de l’évolution de la durée des périodes d’eau libre dans l’Arctique. Le panneau du haut présente une estimation des dates de débâcle et de prise des glaces autour d’Ulukhaktuuq, selon trois modèles du système terrestre (simulations ESM de 1850 à 2100), un modèle régional océanique à résolution plus fine (simulation de 1980 à 2085) et des observations par télédétection satellitaire (de 1980 à 2024). Les zones colorées représentent l’incertitude associée aux scénarios futurs (SSP2‑4.5 à SSP5‑8.5 en gris pour les ESM; RCP4.5 à RCP8.5 en bleu pour la simulation régionale). Les courbes ont été lissées à l’aide d’une moyenne mobile sur 20 ans afin de mettre en évidence les tendances à long terme.
Le panneau du bas montre le calendrier culturel d’Ulukhaktuuq, ainsi que ses variations passées et futures, et illustre les éléments suivants : une période passée stable, avant les années 1970, caractérisée par des périodes d’eau libre plus courtes (environ 3,5 mois) et une présence plus importante de glace pluriannuelle; une période contemporaine, déjà modifiée, avec environ 4,5 mois d’eau libre; et un avenir incertain, dans lequel les simulations indiquent que la période d’eau libre pourrait durer jusqu’à 6 mois. Les zones croissantes en bleu foncé représentent l’expansion des étendues océaniques libres de glace dans l’ensemble de l’Arctique à mesure que le réchauffement s’intensifie. Une carte située sous le graphique montre la région autour d’Ulukhaktuuq utilisée pour calculer les dates de débâcle et de prise des glaces, délimitée par un carré rouge.
Encadré 3.1 : Niveaux de réchauffement planétaire
De nombreuses variables climatiques évoluent de manière approximativement proportionnelle à la hausse de la température moyenne mondiale. Nous pouvons donc utiliser les niveaux de réchauffement planétaire pour déduire les changements futurs d’autres aspects du climat. Cette relation s’est avérée valable pour plusieurs changements moyens à l’échelle mondiale et pour les tendances spatiales de variables climatiques clés, notamment les changements régionaux des températures et des précipitations moyennes ainsi que de leurs extrêmes. Ainsi, dans un éventail de scénarios d’émissions futures, on s’attend à ce que les changements de ces variables climatiques mondiales et régionales se produisant à un niveau de réchauffement planétaire donné (par exemple, 2 °C au-dessus de la moyenne de la période 1850-1900) soient similaires, quel que soit le moment de ce niveau de réchauffement planétaire. La première édition du Rapport sur le climat changeant du Canada a fait état de l’observation selon laquelle la température moyenne du Canada avait augmenté environ deux fois plus vite que la température moyenne mondiale. Le présent rapport confirme de nouveau cette conclusion et précise que, selon les projections, cette tendance se poursuivra dans tous les scénarios futurs (tableau 3.1). On s’attend à ce que le niveau de réchauffement planétaire de 1,5 °C soit atteint dans tous les scénarios vers 2030, ce qui correspondrait à un réchauffement moyen au Canada compris entre 2,6 et 2,9 °C. Le niveau de réchauffement planétaire de 2,0 °C devrait être atteint d’ici le milieu du siècle dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (SSP2-4.5) et un peu avant le milieu du siècle dans les scénarios d’émissions élevées et très élevées (SSP3-7.0 et SSP5-8.5), tandis que l’estimation médiane du niveau de réchauffement planétaire dans les scénarios de faibles et de très faibles émissions (SSP1‑1.9 et SSP1-2.6) reste inférieure à 2 °C tout au long du siècle.
L’ampleur des changements régionaux des températures et des précipitations dans l’ensemble du Canada peut également être exprimée en fonction du niveau de réchauffement planétaire (figure 1 de l’encadré 3.1). Toutes les régions du Canada devraient se réchauffer plus rapidement que la moyenne mondiale : pour chaque augmentation de 1,0 °C du réchauffement planétaire, on s’attend à ce que le niveau de réchauffement soit environ 1,5 fois plus élevé dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, mais plus de 3 fois plus élevés dans certaines parties du nord du Canada. L’augmentation des précipitations annuelles moyennes à l’échelle du Canada est également proportionnelle au niveau de réchauffement planétaire, se situant dans la fourchette d’environ 2 à 20 % de précipitations supplémentaires par 1,0 °C de réchauffement planétaire (figure 1 de l’encadré 3.1).
Faits saillants de la figure : Pour chaque degré de réchauffement planétaire, les températures à l’échelle du Canada augmenteront de 1,5 à 3,5 °C, et les précipitations, d’un maximum de 20 %.
Titre de la figure : Changements des températures et des précipitations par degré Celsius de réchauffement planétaire dans l’ensemble du Canada.
Description longue
Cette figure montre comment la température et les précipitations annuelles au Canada devraient évoluer pour chaque degré Celsius de réchauffement planétaire, d’après les moyennes multimodèles issues des simulations climatiques CMIP6. La carte du haut présente l’évolution de la température par degré de réchauffement planétaire. Presque toutes les régions connaissent un réchauffement marqué, les hausses les plus importantes étant observées dans le nord du Canada, où les zones rouge foncé indiquent un réchauffement supérieur à 3 °C pour chaque hausse d’un degré Celsius de la température moyenne mondiale. Le sud du Canada se réchauffe également, généralement de 1,5 à 2,5 °C par degré de réchauffement planétaire. Cette tendance reflète le phénomène bien connu de l’amplification arctique.
La carte du bas montre l’évolution des précipitations par degré de réchauffement planétaire. L’ensemble du territoire canadien devient plus humide, comme l’indiquent les tons de vert et de bleu, avec des augmentations de 5 à 20 % par degré de réchauffement planétaire. Les hausses les plus importantes sont observées dans le nord et l’est du Canada. Dans l’ensemble, cette illustration montre que le Canada se réchauffera plus rapidement que la moyenne mondiale et deviendra plus humide à mesure que le climat se réchauffera.
Les changements climatiques projetés dans le présent rapport sont présentés à la fois en fonction du temps pour des scénarios d’émissions donnés et pour des niveaux de réchauffement planétaire donnés. Nous synthétisons les résultats des deux approches dans le présent chapitre. Lorsqu’ils sont exprimés pour une période donnée, les changements climatiques sont soit basés sur un scénario d’émissions donné, soit soumis à l’incertitude du scénario, en plus d’être soumis à l’incertitude entourant la réponse climatique et à la variabilité climatique interne (voir la section 3.3 sur les projections climatiques et leurs incertitudes). En revanche, les changements présentés en fonction d’un niveau de réchauffement planétaire donné sont largement indépendants du scénario d’émissions et ne sont donc pas influencés par l’incertitude du scénario. L’incertitude du scénario influe sur le moment où un niveau de réchauffement planétaire donné est atteint, plutôt que sur l’ampleur des changements qui découleront de ce niveau de réchauffement planétaire. Par conséquent, l’incertitude concernant l’ampleur des changements climatiques associés à un niveau de réchauffement planétaire donné est généralement plus faible que l’incertitude correspondante associée à une gamme de scénarios.
L’approche consistant à utiliser les niveaux de réchauffement planétaire fonctionne bien pour caractériser les variables climatiques qui changent à la même échelle de temps que le réchauffement planétaire, mais moins bien dans le cas des variables climatiques qui ont tendance à répondre plus lentement au réchauffement. Des variables telles que l’élévation du niveau de la mer, le réchauffement des eaux profondes des océans, la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol ont des réponses lentes, qui affichent un décalage par rapport aux changements de la température moyenne mondiale. Pour ces variables, le moment où un niveau de réchauffement planétaire donné est atteint aura une incidence sur l’ampleur de la réponse qui se sera déjà produite à ce moment-là. De plus, pour ces variables, le cadre d’indexation des niveaux de réchauffement planétaire ne réduit pas plus l’incertitude que l’approche habituelle basée sur le temps et le scénario (Tebaldi et al., 2023).
Les niveaux de réchauffement planétaire sont également moins utiles pour représenter les changements des variables climatiques qui dépendent principalement des concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone, comme le pH des océans ou l’absorption du carbone par les terres et les océans. Parmi les autres variables climatiques qui pourraient ne pas varier de façon proportionnelle avec l’augmentation de la température mondiale figurent les variables susceptibles de subir des changements non linéaires le long d’une trajectoire climatique donnée, par exemple la réponse du débit des cours d’eau aux changements des quantités de neige au fil du temps, et les processus fortement influencés par le taux d’augmentation des températures, par exemple la probabilité d’extrêmes records (Fischer et al., 2021). Les changements qui dépendent des émissions d’aérosols ne varient pas non plus de façon proportionnelle avec l’augmentation de la température mondiale (Persad et al., 2023; Wang et al., 2017). Un dernier élément à considérer est le fait que la représentation des changements liés au climat en fonction des niveaux de réchauffement planétaire est principalement évaluée dans le contexte de scénarios d’émissions où la température moyenne mondiale augmente tout au long du XXIe siècle. Par contraste, les scénarios qui conduisent à la stabilisation, voire à la diminution de la température moyenne mondiale dans la seconde moitié du siècle pourraient produire des relations différentes entre la température mondiale et chacune des variables climatiques.
3.3 : Projections climatiques et leurs incertitudes
Message clé 3.5 : Les incertitudes entourant les projections climatiques résultent des incertitudes quant aux émissions futures de gaz à effet de serre et à d’autres facteurs des changements climatiques, des incertitudes quant à la façon dont le système climatique réagira à ces changements, et de la variabilité climatique interne. L’éventail d’émissions mondiales futures plausibles tend vers des scénarios d’émissions plus faibles, en partie en raison de l’évolution des politiques et des technologies à l’échelle mondiale (degré de confiance moyen). Pour chaque scénario d’émissions, l’incertitude de la réponse climatique s’est réduite grâce à l’amélioration de la synthèse des modèles climatiques et des observations (degré de confiance élevé). Une partie de la variabilité climatique du Canada peut désormais être prédite pour des périodes allant jusqu’à cinq ans (degré de confiance moyen), ce qui réduit cette source d’incertitude dans les estimations du climat à très court terme.
Les projections climatiques sont généralement établies à l’aide de modèles climatiques fondés sur des principes physiques et alimentés par des scénarios de changements futurs des émissions ou des concentrations de gaz à effet de serre et d’autres facteurs des changements climatiques. Ces scénarios sont généralement dérivés de modèles d’évaluation intégrée (MEI) (encadré 3.2), qui simulent les trajectoires possibles des changements sociaux, économiques et technologiques futurs et leurs effets sur les émissions. Les projections climatiques comportent trois sources d’incertitude : l’incertitude liée aux scénarios d’émissions, l’incertitude liée à la réponse climatique et l’incertitude liée à la variabilité climatique interne (Hawkins et Sutton, 2009) (figure 3.3). Nous abordons chacune d’entre elles et examinons comment elles peuvent être réduites.
Faits saillants de la figure : L’incertitude associée au réchauffement futur du Canada est dominée par la variabilité climatique interne et l’incertitude de la réponse climatique à très court terme ainsi que par l’incertitude des scénarios d’émissions à long terme.
Titre de la figure : Projections de la température moyenne au Canada et leurs sources d’incertitude.
Description longue
Cette figure présente les changements projetés de la température moyenne au Canada et montre l’incidence de différentes sources d’incertitude sur ces projections. Le panneau (a) illustre le réchauffement projeté par rapport à la période de référence de 1850 à 1900 selon cinq scénarios d’émissions (SSP1‑1.9, SSP1‑2.6, SSP2‑4.5, SSP3‑7.0 et SSP5‑8.5). Chaque scénario est représenté par une courbe de couleur tiretée, entourée d’une bande colorée correspondant à la fourchette d’incertitude de 5 à 95 %. Tous les scénarios indiquent une poursuite du réchauffement jusqu’en 2100, avec des hausses beaucoup plus importantes selon les trajectoires d’émissions élevées. Les scénarios de faibles émissions prévoient une hausse progressive de la température moyenne d’environ 3 °C par rapport à la période de 1850 à 1900, tandis que le scénario SSP5‑8.5 prévoit un réchauffement d’environ 8 °C d’ici la fin du siècle.
Le panneau (b) montre comment trois composantes — la variabilité climatique interne, l’incertitude liée à la réponse climatique aux forçages et l’incertitude associées aux scénarios d’émissions — contribuent à la variation des températures projetées. La contribution de la variabilité interne (en bleu) demeure relativement faible et stable dans le temps, celle de l’incertitude liée à la réponse climatique (en rose) est modérée, mais croissante, et celle de l’incertitude associée aux scénarios (en gris) devient la plus importante après le milieu du siècle, à mesure que les trajectoires d’émissions divergent.
Le panneau (c) présente ces mêmes composantes en pourcentage de la variation totale. De 2020 à environ 2040, l’incertitude liée à la réponse climatique prédomine. Après le milieu du siècle, l’incertitude associée aux scénarios explique une fraction de plus en plus importante de la variation, et elle devient la composante dominante d’ici 2100.
3.3.1 : Scénarios
Pour établir des projections, les modèles climatiques mondiaux utilisent différents scénarios de concentrations de gaz à effet de serre ainsi que d’autres facteurs de changements climatiques, tels que les aérosols. Ces scénarios de concentration sont eux-mêmes basés sur des scénarios d’émissions dérivés de MEI de l’impact du comportement humain futur sur les émissions, qui dépendent de changements politiques, sociétaux et technologiques incertains. La conversion des changements des émissions en changements des concentrations introduit d’autres incertitudes liées au cycle du carbone et à d’autres processus biogéochimiques. L’effet de ces facteurs socio-économiques et biogéochimiques sur la trajectoire des concentrations futures est appelé « incertitude des scénarios » dans les projections climatiques.
Au cours des dernières décennies, la communauté de recherche sur le climat a élaboré des scénarios décrivant les trajectoires potentielles des émissions en se fondant sur un éventail de variables démographiques, économiques, énergétiques, sociales, technologiques et politiques (Chen et al., 2021). La génération actuelle de scénarios repose sur un ensemble de cinq scénarios socio-économiques communs, connus sous le nom de « trajectoires communes d’évolution socio-économique » (SSP), à savoir SSP1 à SSP5 (Ebi et al., 2014; Kriegler et al., 2014; Moss et al., 2010; O’Neill et al., 2014). Ces scénarios SSP reflètent les changements socio-économiques et technologiques futurs imaginés, qui découlent d’un éventail d’hypothèses sous-jacentes sur la façon dont le monde est susceptible d’évoluer au cours du siècle à venir (encadré 3.2).
Tous les scénarios SSP ont été conçus comme des avenirs plausibles représentant une gamme de conditions sociétales de référence. Des trajectoires d’émissions de référence non assorties de politiques d’atténuation ont également été générées pour chaque scénario SSP. L’effet des politiques d’atténuation des changements climatiques sur les trajectoires d’émissions futures pour chaque scénario a ensuite été étudié. Afin de générer une trajectoire d’émissions futures selon différentes hypothèses d’atténuation des changements climatiques, chaque scénario SSP a été combiné à une limite de forçage radiatif. Le forçage radiatif, exprimé en watts par mètre carré (W/m2), fait référence à un changement dans l’équilibre entre l’énergie entrant dans l’atmosphère terrestre et l’énergie qui en sort en raison d’un changement des facteurs des changements climatiques. Un forçage radiatif positif indique que l’énergie entrant dans l’atmosphère terrestre est supérieure à celle qui en sort, ce qui entraîne un réchauffement climatique. Un faible forçage radiatif dans un scénario signifie donc que l’atténuation a été plus ambitieuse pour limiter le réchauffement climatique, tandis qu’un forçage radiatif élevé signifie que l’atténuation a été moins ambitieuse (Riahi et al., 2017; van Vuuren et al., 2011). Des MEI sont ensuite utilisés pour estimer les trajectoires d’émissions futures qui seraient compatibles à la fois avec le scénario SSP et le niveau de forçage radiatif sélectionnés en 2100 (Riahi et al., 2017). Un scénario d’émissions futures donné est donc généré à partir d’une limite de forçage radiatif, d’un scénario socio-économique et d’un MEI donnés. Par exemple, SSP1-1.9 fait référence à un scénario utilisant le scénario SP1 qui limite le forçage radiatif d’origine humaine à moins de 1,9 W/m2 d’ici la fin du siècle.
À partir de l’ensemble complet des combinaisons SSP/RF/MEI disponibles, la communauté de recherche a désigné une série de scénarios illustratifs qui ont été utilisés comme données d’entrée pour générer des projections à partir de modèles climatiques mondiaux exigeants en calcul (Chen et al., 2021; O’Neill et al., 2017). Les scénarios illustratifs les plus largement utilisés et souvent mentionnés dans le présent rapport sont les suivants : SSP1-1.9 (très faibles émissions), SSP1-2.6 (faibles émissions), SSP2‑4.5 (émissions intermédiaires), SSP3-7.0 (émissions élevées) et SSP5-8.5 (émissions très élevées). Dans les deux scénarios présentant les objectifs climatiques les plus stricts, SSP1-1.9 et SSP1-2.6, les émissions de CO2 diminuent rapidement et deviennent nulles vers 2055 et 2075, respectivement, avant de devenir négatives (lorsque les absorptions de carbone dépassent le niveau des émissions restantes) d’ici la fin du siècle. Dans le scénario SSP2-4.5, les émissions de CO2 commencent à diminuer, mais ne deviennent pas nulles avant la fin du siècle. Dans les scénarios d’émissions élevées et très élevées qui n’ont pas de politiques climatiques, SSP3-7.0 et SSP5-8.5, les émissions de CO2 continuent d’augmenter tout au long du XXIe siècle (figure 3.4).
Faits saillants de la figure : Les émissions mondiales de dioxyde de carbone au cours des dix dernières années ont été supérieures à celles des scénarios de faibles émissions et inférieures à celles des scénarios d’émissions élevées.
Titre de la figure : Émissions de CO2 observées et projetées dans les scénarios d’émissions illustratifs.
Description longue
Cette figure montre les émissions mondiales de dioxyde de carbone provenant de l’utilisation de combustibles fossiles et du changement de l’utilisation des terres de 1980 à 2100, ainsi que des projections selon de multiples trajectoires socioéconomiques (SSP). Une courbe noire représente les émissions observées jusqu’en 2024 et se termine par un point rouge qui indique les valeurs de 2024. Après 2020, des courbes colorées représentent les trajectoires futures des émissions pour différents scénarios SSP. Chaque courbe foncée correspond à un scénario de référence utilisé dans les simulations des modèles climatiques, tandis que les courbes plus fines illustrent des variantes issues d’autres modèles d’évaluation intégrée.
Les scénarios d’émissions élevées (SSP5‑8.5 et SSP3‑7.0), représentés en gris, affichent une augmentation des émissions jusqu’au milieu du siècle, atteignant un pic d’environ 80 à 120 Gt de CO2 par année. Dans les scénarios de faibles émissions (SSP1‑1.9 et SSP1‑2.6), représentés en bleu sarcelle et en bleu foncé, les émissions diminuent rapidement après 2020, atteignent la carboneutralité d’ici le milieu du siècle et deviennent nettes négatives après 2060. Les scénarios intermédiaires (SSP2‑4.5 et SSP4‑6.0), dont les émissions sont les plus semblables à celles observées en 2024, montrent une stabilisation des émissions suivie d’un déclin modéré.
Une zone colorée située sous la valeur zéro de l’axe vertical indique le domaine des émissions mondiales nettes négatives, qui ne serait atteint que dans des scénarios d’émissions très faibles.
Le RCCC de 2019 a évalué les changements climatiques projetés pour le Canada en se fondant sur la génération précédente de scénarios, qui n’étaient pas associés à des scénarios SSP. Ces scénarios étaient appelés « profils représentatifs d’évolution de concentration » (RCP), et chacun était étiqueté en fonction d’un niveau de forçage radiatif à atteindre en 2100. Le RCCC de 2019 était axé sur les RCP2.6 et RCP8.5, qui sont largement comparables (mais non identiques) aux SSP1-2.6 et SSP5-8.5. Il convient de noter que les SSP1-2.6 et SSP5-8.5 présentent des émissions et un forçage radiatif légèrement plus élevés que les RCP équivalents (Lee et al., 2021).
En général, ces scénarios illustratifs sont tous considérés comme des trajectoires futures plausibles, sans qu’aucune probabilité ne soit associée à leur réalisation. Cependant, certaines données probantes indiquent que les émissions récentes ont chuté en deçà des scénarios d’émissions les plus élevés, tendance en partie attribuable à l’effet des politiques nationales en matière de climat et d’utilisation des terres ainsi qu’à la baisse des coûts et au déploiement accru des énergies renouvelables (Matthews et Wynes, 2022; PNUE, 2023). Cela est particulièrement notable pour les émissions mondiales de CO2, où le taux d’augmentation des émissions totales (combustibles fossiles + utilisation des terres) est plus faible que celui dans les scénarios sans politiques depuis 2012 (figure 3.4). Ces données probantes et d’autres ont mené à la conclusion, dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC, que les scénarios SSP3-7.0 et SSP5-8.5 représentent des scénarios contrefactuels qui incluent moins de politiques climatiques que les scénarios du statu quo (ces derniers pouvant être interprétés comme étant la poursuite des politiques climatiques existantes), et que la probabilité de scénarios d’émissions élevées tels que RCP8.5 ou SSP5-8.5 est considérée comme faible à la lumière des développements récents dans le secteur de l’énergie (Chen et al., 2021). Ces données probantes ont également mené le GT1 à conclure, dans sa contribution au RE6 du GIEC, que les études qui envisagent les tendances possibles des émissions futures dans des scénarios sans politiques climatiques additionnelles, par exemple le scénario fondé sur les politiques actuelles (« Stated Policies Scenario ») du récent rapport World Energy Outlook 2020 de l’AIE (AIE, 2020), prévoient des émissions de CO2 associées aux combustibles fossiles et aux industries approximativement constantes jusqu’en 2070, ce qui correspond à peu près aux scénarios d’émissions intermédiaires RCP4.5, RCP6.0 et SSP2-4.5 (Chen et al., 2021). Conformément à cette évaluation des données probantes, le GT3 du GIEC (GIEC WGIII, 2022) indique également des émissions mondiales de CO2 à peu près constantes jusqu’en 2100 d’après les politiques actuelles. Cette conclusion est également étayée par les rapports 2023 et 2024 du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions (PNUE, 2023, 2024), qui prévoient tous deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre presque constantes jusqu’en 2050 dans le cadre des politiques actuellement adoptées et mises en œuvre (figure 3.5). Ces deux projections correspondent à un scénario d’émissions qui se rapproche des émissions du SSP2-4.5.
Nous reconnaissons toutefois que le paysage politique mondial en matière de climat évolue rapidement et que les projections concernant l’effet des politiques actuelles sont à la fois très incertaines et susceptibles de changer rapidement à mesure que des politiques nationales sont ajoutées ou supprimées. Le dernier rapport World Energy Outlook (AIE, 2024) de l’Agence internationale de l’énergie comprend également un scénario fondé sur les politiques énoncées qui prévoit un pic des émissions mondiales de CO2 avant 2030, lequel sera suivi d’une baisse de 1 % par an jusqu’en 2050, ce qui se traduirait par un réchauffement à la fin du siècle qui serait plus faible que celui simulé dans le scénario SSP2-4.5. Ces changements résultent de la rigueur plus élevée des politiques climatiques en Chine, dont les émissions de CO2 ont diminué de 1,6 % au premier trimestre de 2025 par rapport à l’année précédente (Carbon Brief, 2025a). En revanche, on s’attend à ce que l’affaiblissement des politiques climatiques aux États-Unis ralentisse considérablement la baisse de ses émissions, qui ne serait que de 3 % par rapport aux niveaux actuels d’ici 2030 (Carbon Brief, 2025b). L’équilibre entre l’affaiblissement des politiques climatiques aux États-Unis et le renforcement des décisions politiques dans d’autres grands pays émetteurs influera bien sûr fortement sur les prochaines estimations de l’effet des politiques actuelles sur les émissions futures.
Outre l’effet des politiques actuelles, plusieurs études ont estimé ce que serait le résultat climatique si tous les objectifs nationaux énoncés en matière d’émissions étaient atteints, ce qui nécessiterait la mise en œuvre de politiques nationales additionnelles à celles déjà en vigueur. Ces études font généralement la projection que les émissions mondiales pourraient diminuer de manière similaire au scénario SSP1-2.6 si tous les objectifs nationaux en matière d’émissions (y compris ceux dont la mise en œuvre est subordonnée à l’obtention d’un soutien de la part des pays émettant traditionnellement plus d’émissions) étaient atteints et si les engagements actuels en matière de carboneutralité étaient également respectés (AIE, 2024; Meinshausen et al., 2022; PNUE, 2023, 2024). D’autres publications récentes concluent que les scénarios d’émissions les plus élevés sont moins probables, et certaines suggèrent que la fourchette d’incertitude des scénarios est plus étroite (Gillett, 2024; Hausfather et Moore, 2022; Hausfather et Peters, 2020; Huard et al., 2022; Lehner et al., 2023; Moore et al., 2022).
À la lumière de ces considérations, nous estimons que la fourchette d’incertitude des scénarios est davantage axée sur des trajectoires d’émissions futures plus faibles et modérées (et s’éloigne du scénario SSP prévoyant les émissions les plus élevées) que ce qui avait été envisagé dans le RE6 du GIEC (Lee et al., 2021) et le RCCC de 2019. Bien que les changements plausibles des émissions futures continuent de s’inscrire dans l’éventail complet de scénarios d’émissions illustratifs fondés sur les SSP, nous nous concentrons dans ce chapitre sur SSP2-4.5, que nous considérons comme étant le scénario représentatif des politiques mondiales actuelles, dans le cadre duquel le réchauffement planétaire serait d’environ 2,7 °C au cours de la période 2081‑2100 par rapport à la période 1850-1900 (tableau 3.1). Nous utilisons SSP1-2.6 comme scénario approximativement représentatif de la mise en œuvre complète des objectifs nationaux d’émissions et des engagements à atteindre la carboneutralité, ce qui correspond approximativement à un réchauffement de 2 °C au cours de la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900. Nous utilisons le scénario SSP3-7.0 comme scénario sans politiques, dans lequel les émissions mondiales continuent d’augmenter tout au long de présent siècle et le réchauffement planétaire atteint 3,6 °C au cours de la période 2081-2100.
Il apparaît désormais que le scénario prévoyant les émissions les plus élevées (SSP5-8.5) nécessiterait un affaiblissement substantiel des politiques climatiques mondiales, comme l’ont évalué en 2023 le GIEC (GIEC, 2022) et le PNUE (PNUE, 2023). Par conséquent, contrairement au RCCC de 2019, nous ne nous attardons pas au scénario SSP5-8.5 dans la section de synthèse ci-dessus. Cependant, nous reconnaissons que ce scénario est largement étudié dans la documentation sur l’impact sur le climat et l’adaptation pour représenter un monde à émissions élevées (fort réchauffement) et fournir une limite supérieure aux changements climatiques plausibles à des fins d’appréciation des risques. Nous n’insistons pas non plus sur le scénario prévoyant les émissions les plus faibles (SSP1-1.9), qui correspond à un réchauffement planétaire de près de 1,5 °C d’ici la fin du siècle et qui nécessiterait un renforcement supplémentaire considérable des objectifs climatiques et des politiques nationales de manière à ce qu’ils dépassent l’ensemble actuel d’objectifs nationaux d’émissions et d’engagements à atteindre la carboneutralité (Matthews et Wynes, 2022). Plus précisément, les émissions nettes de CO2 des pays industrialisés riches devraient chuter à zéro bien avant 2050 afin de permettre des émissions nettes de CO2 à l’échelle mondiale égales à zéro d’ici 2055 (comme dans le scénario SSP1-1.9) (Matthews et Wynes, 2022). Il convient toutefois de noter que l’objectif actuel du Canada, qui est d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050 (encadré 1.2 du chapitre 1), nécessite de réduire à zéro les émissions nettes de CO2 avant 2050. Bien que le Canada n’ait pas formulé d’objectif distinct visant les émissions de CO2 uniquement, l’atteinte de la carboneutralité exige généralement de réduire à zéro les émissions nettes de CO2 avant les émissions de tous les gaz à effet de serre combinés.
Faits saillants de la figure : Les émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le scénario d’émissions intermédiaires (SSP2-4.5) sont globalement conformes aux politiques climatiques mondiales actuelles.
Titre de la figure : Émissions de gaz à effet de serre dans les scénarios basés sur les SSP par rapport à l’éventail d’émissions futures évaluées dans le rapport 2023 du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions.
Description longue
Cette figure compare les émissions mondiales de gaz à effet de serre selon plusieurs scénarios d’émissions SSP avec la fourchette d’émissions attendue en vertu des politiques climatiques mondiales actuelles et renforcées, telles qu’évaluées dans le Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions du PNUE (2023). Le graphique présente les émissions totales de gaz à effet de serre, exprimées en gigatonnes d’équivalent CO2, de 2020 à 2050.
Chaque courbe colorée représente un scénario SSP. Dans les scénarios de faibles émissions (SSP1‑1.9 et SSP1‑2.6, en bleu pâle et bleu foncé), les émissions diminuent rapidement après 2020 et atteignent des niveaux beaucoup plus bas d’ici le milieu du siècle. Dans le scénario intermédiaire SSP2‑4.5 (en orange), les émissions demeurent généralement stables au fil du temps. Dans les scénarios d’émissions élevées (SSP3‑7.0 en rouge et SSP5‑8.5 en rouge foncé), les émissions continuent d’augmenter jusqu’en 2050, atteignant des valeurs nettement supérieures à celles d’aujourd’hui.
Une courbe grise représente les émissions projetées selon les politiques climatiques actuelles, qui restent presque constantes jusqu’en 2050 et sont semblables à celles dans le scénario intermédiaire SSP2‑4.5. La zone en gris (« fourchette du rapport du PNUE ») correspond à la fourchette d’émissions évaluée dans le rapport du PNUE. Cette zone illustre l’écart entre ce que permettront les politiques actuelles et les réductions beaucoup plus importantes des émissions nécessaires pour limiter le réchauffement à environ 1,5 °C.
Encadré 3.2 : Hypothèses sous-jacentes aux scénarios d’émissions
Scénarios des trajectoires communes d’évolution socio-économique
Les changements physiques liés au climat évalués dans ce chapitre découlent principalement des processus et des changements socio-économiques qui produisent les trajectoires d’émissions représentées dans les scénarios d’émissions futures. Les scénarios actuels ne représentent qu’un sous‑ensemble limité de trajectoires socio-économiques possibles. Cet encadré donne un aperçu des caractéristiques générales de ces scénarios futurs, y compris les valeurs et les hypothèses qui sont intégrées dans les modèles utilisés pour générer les trajectoires d’émissions futures.
L’élaboration de la génération actuelle de scénarios basés sur les SSP il y a plus de dix ans a nécessité à la fois des jugements de valeur et des hypothèses sur les changements sociétaux, économiques et technologiques anticipés. Les cinq scénarios SSP utilisés pour générer l’ensemble de scénarios d’émissions futures illustratifs utilisés dans le présent rapport reflètent un petit sous-ensemble d’avenirs possibles et sont basés sur des visions spécifiques du monde. Les hypothèses clés qui sous-tendent tous les scénarios SSP comprennent la poursuite de la croissance économique et l’augmentation de la demande mondiale en énergie et autres ressources. Les scénarios ne reflètent pas d’autres paradigmes économiques, tels que la décroissance, ni l’effet potentiel de conflits géopolitiques imprévus (Pedersen et al., 2022). Par conséquent, les scénarios qui s’éloignent davantage du statu quo sont peu envisagés, tandis que la mobilisation à l’égard de changements sociétaux potentiels qui remettent en question les hypothèses de croissance économique et de capitalisme est limitée. À ce jour, on s’est très peu intéressé à la mesure dans laquelle ces scénarios futurs ont pris en compte les droits et les systèmes de connaissances des peuples autochtones au Canada ou dans le monde, de même qu’à la mesure dans laquelle les valeurs et les hypothèses qui sous-tendent ces scénarios sont compatibles, sur le plan éthique, avec les visions du monde des Autochtones (Rubiano Rivadeneira et Carton, 2022).
Une autre caractéristique importante des scénarios SSP est qu’ils présentent, de par leur conception, des trajectoires socio-économiques qui ne sont influencées ni par les politiques climatiques ni par les effets des changements climatiques (GIEC, 2021; Kriegler et al., 2014; O’Neill et al., 2014). Cela signifie que tous les scénarios SSP représentent des situations de référence dans lesquelles les changements socio-économiques sont indépendants à la fois des réponses sociétales aux changements climatiques et de l’impact des dommages climatiques sur les facteurs socio-économiques. Lorsque les scénarios SSP sont associés à un objectif climatique, tel qu’une limite de forçage radiatif, un modèle d’évaluation intégré (MEI) peut être utilisé pour simuler les mesures des politiques climatiques qui seraient nécessaires pour limiter les émissions à des niveaux répondant à cet objectif climatique (Riahi et al., 2017). La capacité d’un MEI à atteindre l’objectif climatique dépend du degré d’ambition de cet objectif, des instruments politiques et des technologies énergétiques disponibles dans le MEI ainsi que des obstacles à l’atténuation associés au scénario SSP (Kriegler et al., 2014). De nombreux MEI sont incapables de faire des simulations associées à des objectifs climatiques ambitieux dans le cas de certains scénarios SSP, révélant ainsi que tous les futurs socio-économiques ne sont pas compatibles avec les objectifs climatiques convenus dans l’Accord de Paris (Riahi et al., 2017; Rogelj et al., 2018).
Modèles d’évaluation intégrée
Les MEI simulent certains aspects de l’économie, de la consommation d’énergie, des émissions et des changements de l’utilisation des terres ainsi que les interactions entre ces aspects (Chen et al., 2021; Keppo et al., 2021; Riahi et al., 2017). Parallèlement aux données socio-économiques issues d’un scénario SSP donné, les MEI sont utilisés pour estimer les trajectoires d’émissions futures associées à un objectif stratégique en matière de climat donné, ou à l’absence de politiques climatiques (Riahi et al., 2017). Dans la génération actuelle de scénarios, l’ensemble complet des scénarios basés sur les SSP présente des niveaux de forçage radiatif à la fin du siècle compris entre 1,9 et 8,5 W/m2. Cette fourchette reflète un jugement de valeur important sur l’éventail des résultats climatiques plausibles au cours du siècle à venir.
En général, les MEI sont conçus pour utiliser des mesures axées sur l’offre afin de trouver la trajectoire la moins coûteuse associée au scénario (SSP) et à l’objectif climatique (limite du forçage radiatif) (Clarke et al., 2014). Les mesures axées sur l’offre font référence à des politiques telles que la tarification du carbone, la réglementation des émissions, et l’adoption de technologies de production d’énergie ou de technologies à émissions négatives reposant sur l’élimination intentionnelle de dioxyde de carbone de l’atmosphère. Les hypothèses intégrées dans les différents MEI déterminent la disponibilité et le coût des technologies de production d’énergie à fortes émissions de carbone relativement à ceux des technologies à émissions de carbone faibles ou nulles, la diversité des mécanismes stratégiques en matière de climat appliqués et la disponibilité des terres aux fins de différentes utilisations humaines telles que la production alimentaire, la bioénergie et les approches terrestres d’élimination du dioxyde de carbone d’origine humaine.
Les approches terrestres visant à éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère et à le stocker de manière durable comprennent la bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECSC), le boisement et le reboisement. Le déploiement à grande échelle de ces types d’élimination du dioxyde de carbone, souvent simulé dans les trajectoires les moins coûteuses des MEI, pourrait menacer les droits fonciers des Autochtones (Creutzig et al., 2021; Rubiano Rivadeneira et Carton, 2022) et avoir, sur le régime foncier, la gouvernance et la politique, des conséquences qui n’ont pas été évaluées de manière approfondie dans les scénarios utilisant les MEI. Il existe également une probabilité élevée d’effets secondaires sur l’économie en raison de la concurrence avec le secteur agricole pour l’accès aux terres. Ces mesures terrestres d’atténuation pourraient en outre entraîner des compromis avec d’autres objectifs environnementaux, comme l’utilisation de l’eau ou la conservation de la biodiversité (Gambhir et al., 2019). De plus, l’efficacité des approches terrestres d’élimination de dioxyde de carbone prévoyant le stockage de carbone dans les arbres ou d’autres végétaux dépend elle-même des changements climatiques et de leurs effets, lesquels ne sont généralement pas pris en compte dans les MEI (Anderegg et al., 2020; section 9.6 du chapitre 9).
Conséquences sur l’interprétation des résultats climatiques futurs
À ce jour, les jugements de valeur et les hypothèses intégrés dans les scénarios d’émissions futures reflètent les visions économiques et technologiques dominantes, sans tenir compte ou en tenant très peu compte des visions du monde des Autochtones ou d’autres groupes (Rubiano Rivadeneira et Carton, 2022). Les valeurs et les hypothèses intégrées dans les scénarios basés sur les SSP ont un impact important sur les trajectoires d’émissions qui en résultent ainsi que sur les résultats liés aux effets du climat, à la justice, à la vulnérabilité, à l’adaptation et à l’atténuation. Si l’ensemble des scénarios basés sur les SSP représente un éventail d’avenirs socio-économiques et de résultats climatiques possibles, il n’englobe toutefois pas toutes les voies de développement humain possibles. En outre, une multitude de scénarios et de trajectoires d’émissions pourraient être compatibles avec un résultat climatique donné. Les scénarios illustratifs utilisés pour générer des projections climatiques à l’aide de modèles du système terrestre, comme leur nom l’indique, illustrent les trajectoires possibles vers différents résultats climatiques.
3.3.2 : Réponse climatique
Afin de déduire les changements climatiques futurs à partir d’un scénario donné d’évolution de la concentration des gaz à effet de serre et d’autres facteurs des changements climatiques, nous avons besoin d’un modèle du système climatique physique. L’incertitude entourant la réponse climatique associée à ces modèles est la deuxième source principale d’incertitude dans les projections climatiques. Le présent rapport s’appuie principalement sur les simulations des modèles climatiques CMIP6 (Eyring et al., 2016; Lee et al., 2021), qui sont généralement plus récents que les modèles CMIP5, sur lesquels s’appuyait le RCCC de 2019. L’évaluation du climat simulé par les modèles CMIP6 pour le Canada est présentée dans l’encadré 3.3. La réponse climatique à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre varie selon les modèles CMIP6, car les modèles climatiques développés par les centres de modélisation du monde entier intègrent diverses hypothèses et représentations des processus physiques (Zelinka et al., 2020). Les différences entre les modèles en ce qui a trait à la simulation des nuages et des processus liés aux nuages qui peuvent amplifier ou atténuer la réponse climatique aux changements des concentrations de gaz à effet de serre (rétroactions des nuages) peuvent expliquer en grande partie les différences de degré de sensibilité du climat et de réchauffement planétaire projeté dans les modèles CMIP5 et CMIP6 (Forster et al., 2021).
Encadré 3.3 : Performance des modèles climatiques pour le Canada
Les modèles climatiques CMIP6 reflètent globalement les différences et les tendances régionales observées en matière de températures et de précipitations à l’échelle du Canada. Dans le RE6 du GIEC, Gutiérrez et al. (2021) ont déterminé avec un degré de confiance moyen que les modèles CMIP6 avaient été améliorés par rapport aux modèles précédents (modèles CMIP5) en ce qui concerne la réduction des biais dans les simulations de températures et de précipitations moyennes en Amérique du Nord par rapport aux valeurs observées. Ils ont en outre estimé que les modèles climatiques régionaux simulaient une tendance de réchauffement cohérente avec celle des modèles CMIP5 et CMIP6 pour la région. Cependant, la performance d’un modèle donné dépend de la variable modélisée, de la région et des échelles spatiales et temporelles (Jeong et Cannon, 2023; M.-Z. Zhang et al., 2024). Il existe une corrélation entre les biais de températures et de précipitations moyennes simulées dans les modèles : les modèles prévoyant des températures trop élevées ont également tendance à prévoir trop de précipitations (Jeong et Cannon, 2023). Pour la plupart des régions du globe, la moyenne multimodèles surpasse la plupart des simulations individuelles (Eyring et al., 2021; M.-Z. Zhang et al., 2024).
Les biais dans la tendance au réchauffement des modèles CMIP6 sont moins importants pour le Canada et la région nordique que pour la moyenne mondiale (Jeong et Cannon, 2023). Comme il est indiqué au chapitre 2, les séries chronologiques des températures et des précipitations moyennes observées au Canada concordent bien avec les changements des températures et des précipitations moyennes simulés à l’aide de l’ensemble de modèles, et la variabilité interannuelle des observations est généralement bien contenue dans la dispersion de l’ensemble (voir par exemple la figure 2.16). Il existe une forte corrélation entre l’ampleur du réchauffement passé et l’ampleur des changements futurs à l’échelle des modèles (Jeong et Cannon, 2023). Par conséquent, une représentation juste de la tendance passée renforce la fiabilité des modèles utilisés pour les projections.
Les modèles CMIP6 prévoient en moyenne des augmentations plus importantes des températures et des précipitations au Canada que les modèles CMIP5 évalués dans le RCCC de 2019 pour des scénarios d’émissions équivalents (Sobie et al., 2021). Ce résultat s’explique en partie par le fait que l’ensemble de modèles CMIP6 comprend plusieurs modèles présentant un degré de sensibilité du climat plus élevé ou des réponses plus fortes à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre (Cannon, 2024; Sobie et al., 2021). Cependant, le réchauffement projeté au Canada dans les modèles CMIP6 n’est que légèrement supérieur à celui dans les modèles CMIP5 si l’on se base sur les niveaux de réchauffement planétaire plutôt que sur les scénarios d’émissions (Gutiérrez et al., 2021; Sobie et al., 2021). Les modèles CMIP6 présentent en moyenne des biais moins importants que les modèles CMIP5 en ce qui concerne les températures de surface, les précipitations et la pression au Canada (Jeong et Cannon, 2023), ce qui reflète l’amélioration de la performance des modèles à l’échelle mondiale (Eyring et al., 2021).
Il existe de nombreuses options différentes pour réduire ou corriger les biais des modèles. L’examen des changements simulés, tels que le réchauffement au cours de la période 2081-2100 par rapport à celui au cours de la période 1850-1900, plutôt que des valeurs absolues dans chaque modèle, peut éliminer les biais systématiques d’une seule variable. La correction des biais des modèles peut éliminer les erreurs dans la moyenne, la variabilité ou la distribution d’une ou plusieurs variables (section 10.3.1 du chapitre 10) (Sobie et al., 2024). Le fait d’analyser les niveaux de réchauffement planétaire (encadré 3.1) réduit l’effet des biais de réchauffement ou de degré de sensibilité du climat (Cannon, 2024; Sobie et al., 2021). De plus, le fait de contraindre les projections en fonction de la performance passée peut réduire l’incertitude des projections basées sur des ensembles (section 3.3.2). Bon nombre de ces techniques ont été utilisées dans le présent chapitre et dans tout le rapport afin d’améliorer les projections des changements des principales variables climatiques à grande échelle au Canada.
La meilleure pratique pour appliquer les projections climatiques consiste le plus souvent à utiliser plusieurs modèles climatiques plutôt qu’un seul afin de tenir compte des incertitudes dans la réponse climatique (voir également la section 10.3.5 du chapitre 10). Cependant, l’utilisation de plusieurs modèles peut entraîner une grande fourchette d’incertitude dans les projections climatiques qui en résultent. Par exemple, la fourchette de 5 à 95 % du réchauffement moyen au Canada (qui signifie que 90 % des projections des modèles se situent dans cette fourchette) dans le scénario d’émissions intermédiaires (SSP 2-4.5) à la fin du siècle (2081-2100), d’après un ensemble de 22 modèles, est de 4,1 à 7,8 °C (figure 3.8). De plus, nous ne savons pas à quel point il est probable que la valeur réelle du réchauffement se situera dans cette fourchette ad hoc est grande, à moins de formuler d’autres hypothèses.
Il est essentiel de produire des projections climatiques assorties de fourchettes d’incertitude plus étroites et bien étalonnées pour prendre des décisions éclairées, gérer les risques et mieux comprendre les changements climatiques d’un point de vue scientifique. L’utilisation d’information issue d’observations de changements climatiques et d’autres mesures observables est un moyen d’y parvenir (Chen et al., 2021). Dans sa contribution du RE6 du GIEC (GIEC, 2021), le GT1 a été le premier à utiliser des projections du réchauffement planétaire contraintes par des observations pour étayer son évaluation du réchauffement planétaire futur (Lee et al., 2021). Bien que le GT1 n’ait pas, dans sa contribution au RE6 du GIEC (GIEC, 2021), contraint par des observations les projections climatiques moyennes régionales, plusieurs études récentes montrent que l’incertitude des projections régionales peut également être contrainte à l’aide d’observations. À la section 3.4.2, nous évaluons quatre approches d’application de contraintes observationnelles aux projections des températures au Canada. En outre, les projections du niveau de la mer présentées au chapitre 7 ont été dérivées à partir de projections du réchauffement planétaire contraintes par des observations (Fox-Kemper et al., 2021).
En ce qui concerne les précipitations, comme il n’existe pas suffisamment de documentation permettant d’appliquer des contraintes observationnelles, nous utilisons les résultats de modèles climatiques non contraints. Les estimations contraintes par des observations du réchauffement futur au Canada présentent des fourchettes d’incertitude plus petites que celles tirées des modèles CMIP6 non contraints, mais un niveau de réchauffement moyen semblable (section 3.4). Par conséquent, l’utilisation de projections des températures contraintes par des observations parallèlement à l’utilisation de projections multimodèles CMIP6 non contraintes d’autres variables, ne devrait pas introduire d’incohérences majeures entre les changements climatiques projetés pour différentes variables.
Nous utilisons trois approches à l’égard des contraintes observationnelles à la section 3.4 pour étayer les projections du réchauffement évaluées pour le Canada dans son ensemble et pour certaines régions du pays. La première méthode contraint les projections des modèles en utilisant les propriétés des nuages simulés par chaque modèle (Y. Liang et al., 2023); la deuxième contraint les projections des modèles en utilisant le réchauffement planétaire et régional passé (Li et al., 2025); la troisième pondère les modèles en utilisant la sensibilité du climat à l’équilibre (Cannon, 2024). Y. Liang et al. (2023) et Li et al. (2025) démontrent tous deux que leurs méthodes fonctionnent bien lorsqu’elles sont utilisées pour estimer le réchauffement futur dans un modèle climatique intégrant les résultats d’autres modèles. À la section 3.4.2, nous évaluons comment ces méthodes sont appliquées pour contraindre les projections du climat canadien.
3.3.3 : Variabilité climatique interne
La troisième source d’incertitude dans les projections climatiques canadiennes est la variabilité climatique interne. Il s’agit des variations naturelles au sein du système climatique susceptibles d’entraîner un réchauffement ou un refroidissement temporaire. Ces variations diffèrent de celles causées par des forçages climatiques externes, tels que les changements des concentrations de gaz à effet de serre, qui peuvent causer des changements à long terme (voir par exemple Deser et al., 2010; Hawkins et Sutton, 2009). La variabilité climatique interne du Canada est en partie associée à des phénomènes climatiques tels que El Niño-oscillation australe (section 4.8 du chapitre 4), la téléconnexion Pacifique-Amérique du Nord (section 4.8 du chapitre 4) et l’oscillation nord-atlantique (section 4.3 du chapitre 4) (Deser et al., 2010). La variabilité climatique interne ne peut être prédite plus de quelques années à l’avance et représente donc une source d’incertitude impossible à atténuer dans les projections à long terme. Par conséquent, il est essentiel de quantifier la variabilité climatique interne pour comprendre les limites fondamentales de l’exactitude des projections des modèles climatiques. Les limites liées à la variabilité climatique interne subsisteraient même si le développement des modèles aboutissait à des modèles climatiques représentant parfaitement le système climatique réel et si les forçages futurs étaient parfaitement connus (Deser et al., 2012). La variabilité interne peut être quantifiée à l’aide de grands ensembles de simulations exécutées avec le même modèle et avec des forçages externes identiques. La seule différence entre les membres d’un ensemble est qu’ils sont tous fondés sur des conditions initiales légèrement différentes. À partir de ces conditions de départ distinctes, différentes « réalisations » (simulations) de la variabilité interne sont générées. La dispersion entre les membres d’un ensemble donne alors une approximation de l’échelle d’incertitude associée à la variabilité interne. Pour les ensembles suffisamment grands (composés généralement de 50 membres ou plus), la variabilité interne est moyennée sur la moyenne de l’ensemble. La moyenne de l’ensemble est une approximation de la réponse forcée, c’est-à-dire la partie du changement qui est due à des forçages externes tels que l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre résultant des activités humaines (voir par exemple Deser et al., 2012). Il convient de noter que les forçages externes ne se limitent pas à ceux résultant des activités humaines, mais comprennent également les forçages naturels, comme les éruptions volcaniques et les changements de la quantité de rayonnement que la Terre reçoit du Soleil.
La variabilité interne de la plupart des variables climatiques reste relativement constante au fur et à mesure de l’évolution du climat global (Hawkins et Sutton, 2009). Ce constat est illustré dans le cas de la température moyenne canadienne aux figures 3.3 b) et c), où la zone ombrée en bleu représente les effets de la variabilité interne. L’importance relative de la variabilité interne par rapport à la réponse forcée et à l’incertitude totale diminue avec le temps, comme le montre la figure 3.3 c), la variabilité interne étant relativement plus importante dans les projections à très court terme que dans les projections de la fin du siècle (Hawkins et Sutton, 2009).
L’importance de la variabilité interne dépend également de l’emplacement et de la superficie de la région d’intérêt (la variabilité interne influe davantage sur les moyennes calculées pour des régions de petite superficie) et de la variable étudiée (Deser et al., 2012, 2014; Hawkins et Sutton, 2009). Ce constat est illustré à la figure 3.6, qui présente les projections hivernales à très court terme issues de neuf simulations du modèle canadien du système terrestre qui ne diffèrent que par leurs conditions initiales. La moyenne de l’ensemble, qui donne une approximation des changements climatiques forcés, montre un réchauffement plus important dans le nord du Canada que dans le sud et une augmentation générale des précipitations, ce qui correspond aux résultats d’autres modèles climatiques, tels que ceux utilisés pour produire la figure 1 de l’encadré 3.1. La grande dispersion entre les neuf réalisations également plausibles des changements climatiques à très court terme (figure 3.6) montre, à l’échelle régionale, que la variabilité interne peut avoir des effets importants. L’importance relative de la variabilité interne est nettement plus grande pour les précipitations que pour la température de l’air à la surface, comme le montre la figure 3.6, certains membres de l’ensemble indiquant même une diminution des précipitations sur la côte ouest du Canada. Cet écart est principalement dû au rôle important de la variabilité interne dans les projections des vents (figure 4.2 de la section 4.1 du chapitre 4). Dans les régions où les précipitations dépendent moins des vents et plus des températures, l’effet de la variabilité interne sur les précipitations est moindre. L’effet de la variabilité interne sur les projections des précipitations pour l’ouest du Canada, souligné par Barrow et Sauchyn (2019), est également moindre. En raison du rôle plus important de la variabilité interne à l’échelle régionale, l’attribution des tendances climatiques régionales à l’influence humaine est plus compliquée que celle des tendances moyennes mondiales.
Faits saillants de la figure : La variabilité climatique interne est une source d’incertitude dans les projections à très court terme des températures et des précipitations.
Titre de la figure : Effets de la variabilité interne sur les projections climatiques.
Description longue
Cette figure illustre l’incidence de la variabilité climatique interne sur les projections à très court terme de la température et des précipitations hivernales dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Chaque rangée présente les changements projetés pour la période de 2021 à 2040 par rapport à la période de référence de 1850 à 1900. Tant pour la température (panneaux du haut) que pour les précipitations (panneaux du bas), la carte en haut à gauche montre la moyenne de l’ensemble issue du grand ensemble CanESM5 composé de 50 membres. Les neuf autres cartes présentent neuf membres individuels de l’ensemble, tous soumis aux mêmes forçages externes (SSP2‑4.5), mais ne différant que par de légères perturbations de leurs conditions initiales.
Dans les cartes de température, la moyenne de l’ensemble indique un réchauffement hivernal généralisé, avec les hausses les plus marquées dans les régions nordiques. Toutefois, les membres individuels présentent des variations importantes quant aux zones où le réchauffement est le plus fort ou le plus faible, ce qui illustre comment la variabilité atmosphérique interne peut modifier les tendances régionales même lorsque le forçage est identique.
Les cartes de précipitations révèlent une tendance similaire : la moyenne de l’ensemble suggère une augmentation des précipitations hivernales dans une grande partie de l’ouest de l’Amérique du Nord, mais les membres individuels produisent des tendances régionales plus humides ou plus sèches selon la variabilité naturelle. Ensemble, ces cartes montrent que, bien que l’orientation des changements climatiques à long terme soit solide, la variabilité interne peut influencer de façon importante les caractéristiques spatiales des changements de température et de précipitations à court terme.
Contrairement à la plupart des autres variables climatiques, la variabilité climatique interne de la zone de glace de mer dépend du climat global. À mesure que la glace de mer s’amincit, la variabilité interannuelle de la zone de glace de mer (qui est principalement due à la variabilité climatique interne) devrait initialement augmenter, car la zone de glace de mer amincie fond et regèle davantage en réponse aux variations aléatoires de la température. On s’attend à ce que la variabilité interannuelle de la zone de glace de mer diminue par la suite, lorsque la superficie moyenne de la zone de glace de mer se rapprochera de zéro en été (Kirchmeier-Young et al., 2017; Mioduszewski et al., 2019).
Contrairement aux projections climatiques à long terme, la variabilité interne peut être prédite pour certaines variables climatiques jusqu’à quelques années dans le futur. L’exemple le plus connu de telles prédictions à l’échelle horaire ou quotidienne est celui des prévisions météorologiques, pour lesquelles des modèles de prédiction basés sur la physique sont initialisés à partir d’observations afin de fournir des prévisions météorologiques adéquates jusqu’à une ou deux semaines à l’avance. Au-delà de deux semaines, l’atmosphère devient trop imprévisible à cause de la croissance exponentielle de changements initialement faibles (phénomène appelé « effet papillon »). Cependant, compte tenu des échelles de temps relativement longues des processus dans l’océan, sur terre et dans la glace de mer, il est parfois possible de faire des prédictions adéquates de la variabilité interne de certaines variables climatiques (telles que les températures moyennes saisonnières, annuelles ou pluriannuelles) à des échelles de temps allant de quelques saisons à plusieurs décennies (section 3.4.1).
3.3.4 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 3.5 : Les incertitudes dans les projections climatiques résultent des incertitudes quant aux émissions futures de gaz à effet de serre et à d’autres facteurs des changements climatiques, des incertitudes quant à la façon dont le système climatique réagira à ces changements, et de la variabilité climatique interne. L’éventail d’émissions mondiales futures plausibles tend vers des scénarios d’émissions plus faibles, en partie en raison de l’évolution des politiques et des technologies à l’échelle mondiale (degré de confiance moyen). Pour chaque scénario d’émissions, l’incertitude de la réponse climatique s’est réduite grâce à l’amélioration de la synthèse des modèles climatiques et des observations (degré de confiance élevé). Une partie de la variabilité climatique interne du Canada peut désormais être prédite pour des périodes allant jusqu’à cinq ans (degré de confiance moyen), ce qui réduit cette source d’incertitude dans les estimations du climat à très court terme.
La première phrase du message clé 3.5 est un énoncé de fait décrivant les sources d’incertitude dans les projections climatiques. Nous estimons que l’éventail d’émissions mondiales futures plausibles tend vers des scénarios d’émissions plus faibles et s’éloigne des scénarios d’émissions les plus élevés depuis la publication du RCCC de 2019. Notre degré de confiance moyen entourant cette estimation est fondé sur des évaluations contenues dans le RE6 du GIEC (Chen et al., 2021) et dans le rapport 2023 du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions (PNUE, 2023) ainsi que dans d’autres publications récentes qui indiquent que les scénarios d’émissions élevées sont moins probables qu’ils ne l’étaient au moment de la publication du RCCC de 2019 (section 3.3.1). Ces évaluations sont fondées sur l’évolution des politiques et des technologies à l’échelle mondiale ainsi que sur le fait que les émissions mondiales sont restées inférieures aux scénarios d’émissions les plus élevés au cours de la dernière décennie. En outre, l’inclusion d’un scénario d’émissions très faibles (SSP1-1.9) dans l’ensemble actuel de scénarios de référence donne également à penser que les scénarios d’émissions plus faibles sont considérés comme plus plausibles qu’ils ne l’étaient au moment de la publication du RCCC de 2019 (lorsque le scénario d’émissions les plus faibles était RCP2.6, qui est à peu près comparable à SSP1-2.6).
Nous déterminons avec un degré de confiance élevé que l’incertitude liée à la réponse climatique a diminué. Cette conclusion s’appuie sur les fourchettes de réchauffement évaluées dans chaque scénario du RE6 du GIEC, qui sont beaucoup plus petites que celles du cinquième Rapport d’évaluation du GIEC (RE5) en raison de l’utilisation de contraintes observationnelles. Elle s’appuie également sur de la documentation récente qui évalue les contraintes observationnelles des projections climatiques régionales et qui les applique au climat canadien (section 3.3.2). Notre degré de confiance moyen dans la possibilité de prédire désormais une certaine variabilité climatique interne au Canada sur des périodes allant jusqu’à cinq ans repose sur les mesures adéquates présentées par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) (OMM, 2025) pour le Canada et d’autres publications récentes évaluées aux sections 3.3.3 et 3.4.1.
3.4 : Température
Message clé 3.6 : La température moyenne de l’air à la surface devrait augmenter partout au Canada, et ce, en toutes saisons (degré de confiance très élevé). Le réchauffement projeté pour le Canada, basé sur de nouvelles techniques et de nouveaux modèles climatiques, est plus élevé que celui évalué dans les scénarios nominalement équivalents de la première édition (2019) du Rapport sur le climat changeant du Canada (degré de confiance élevé).
Message clé 3.7 : Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, la température annuelle moyenne devrait augmenter de 5,0 °C (3,8–6,6 °C) d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 (degré de confiance élevé), et les hausses les plus importantes dans le nord du Canada en hiver pourraient dépasser 10 °C dans certaines régions (degré de confiance moyen). Dans un scénario sans politiques, le réchauffement moyen projeté au Canada est de 6,9 °C (5,2–8,9 °C) au cours de la même période (degré de confiance élevé). Dans un scénario de carboneutralité, la température annuelle moyenne au Canada devrait se stabiliser après 2050, avec une hausse de 3,5 °C (2,3–4,8 °C) au cours de la période 2081-2100 par rapport aux niveaux de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé).
Cette section évalue à la fois les prédictions et les projections de la température près de la surface au Canada pour les années à venir. Les projections climatiques portent sur les changements à long terme des conditions climatiques et sont généralement produites à l’aide d’ensembles de simulations des modèles climatiques basées sur des scénarios de changements des forçages climatiques, tels que les émissions de gaz à effet de serre, mais non initialisées à partir d’observations réelles du système climatique. Chacun des membres d’un ensemble a des « réalisations » (simulations) différentes de la variabilité climatique interne. Si les conditions climatiques moyennes simulées correspondent généralement aux conditions climatiques moyennes observées, le temps qu’il fera à des dates précises dans une simulation climatique ne correspondra généralement pas à ce qui sera réellement observé, même dans un avenir proche. Cela s’explique par le fait que la variabilité climatique interne n’est pas synchronisée avec les observations dans ces simulations climatiques. En revanche, les prédictions climatiques sont des prédictions à très court terme de l’évolution réelle du climat produites à l’aide de simulations des modèles climatiques dans lesquelles la variabilité climatique interne est synchronisée avec les observations. Pour ce faire, les simulations sont lancées à partir de l’état réel et observé de l’atmosphère et des océans (de la même manière que pour les prévisions météorologiques). Les prédictions décennales sont des prévisions climatiques sur une période d’un an à une décennie ou plus. Bien que les prédictions décennales et les projections climatiques soient produites à partir des mêmes scénarios d’émissions, les prédictions décennales peuvent fournir des données climatiques plus exactes que les projections pour les premières années de prévision, puisque les prévisions sont fondées sur des observations (Lee et al., 2021; OMM, 2025).
3.4.1 : Prédictions décennales
Les prédictions décennales sont des prévisions prospectives pouvant aller jusqu’à dix ans. La capacité de prédiction est évaluée au moyen de prédictions produites pour des décennies passées, que l’on compare aux changements observés au cours de la même période. Pour le Canada, les prédictions décennales de la température de l’air près de la surface se sont révélées les plus adéquates pour l’est du pays et l’archipel arctique canadien (Delgado-Torres et al., 2022; Doblas-Reyes et al., 2013; Smith et al., 2019; Sospedra-Alfonso et al., 2021; OMM, 2025). La contribution de l’initialisation est en partie liée à la prédictibilité de l’oscillation atlantique multidécennale (AMO), variabilité climatique interne du centre de l’Atlantique Nord, qui est décrite à la section 4.8 du chapitre 4. Les expériences menées à l’aide de modèles climatiques montrent que les changements de l’AMO induisent des changements saisonniers de température au Canada, avec un réchauffement statistiquement significatif dans l’est pendant la phase positive de l’AMO, lorsque l’Atlantique Nord est plus chaud que la normale, et un refroidissement dans l’ouest qui dépend davantage du modèle (Hodson et al., 2022; Ruprich‑Robert et al., 2017). Le changement observé de l’AMO à la fin des années 1990 semble avoir contribué à la capacité de prévision saisonnière à long terme des températures estivales dans l’est du Canada (Lin et al., 2024) et a probablement également contribué à la capacité de prédiction décennale pour la région (Smith et al., 2019).
Pour l’ouest du Canada, la capacité de prévision après la première année de prévision est généralement faible par rapport à celle pour l’est du Canada. Il en est peut-être ainsi parce que l’oscillation décennale du Pacifique est moins prévisible (section 4.8 du chapitre 4) (Guemas et al., 2012; Kim et al., 2012) et que les modèles individuels et les ensembles multimodèles ne la prédisent pas aussi bien. La capacité de prédiction de ces derniers, le cas échéant, se limite aux quelques premières années des prévisions (Boer et Sospedra-Alfonso, 2019; Choi et Son, 2022).
La figure 3.7 présente un exemple de prévision décennale récente pour le Canada. Cette prévision a été élaborée par l’OMM, qui publie chaque année des mises à jour annuelles à décennales sur le climat. Ces mises à jour présentent les prédictions pour la prochaine année et pour les 5 prochaines années, basées sur les prédictions décennales de 11 institutions internationales de prévision décennale (OMM, 2025), dont le Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique, qui fait partie d’Environnement et Changement climatique Canada. L’OMM ne fournit pas de prédictions initialisées au-delà de cinq ans, car l’intérêt de l’initialisation diminue considérablement au-delà de cette période. Selon les prédictions, la température moyenne à la surface du sol au Canada au cours de la période 2025-2029 serait jusqu’à 1,5 °C plus élevée en été que la moyenne estivale de la période 1991-2020. En hiver, elle devrait être jusqu’à 1 °C plus élevée dans le sud-ouest du Canada et jusqu’à 3 °C plus élevée dans l’archipel arctique canadien (figure 3.7). La probabilité est supérieure à 80 % partout au Canada, tant en été qu’en hiver, que les températures de la période 2025-2029 soient plus élevées que les moyennes de la période 1991-2020. Ces prévisions pour le Canada sont associées à un degré de confiance élevé en raison de la capacité relativement élevée des modèles de prédire la température de l’air près de la surface en été et, dans une moindre mesure, en hiver (OMM, 2025).
Faits saillants de la figure : La probabilité est supérieure à 80 % pour l’ensemble du Canada que la température moyenne de l’air près de la surface au cours de la période 2025-2029 soit plus élevée que la moyenne de la période 1991-2020.
Titre de la figure : Prédictions de la température de l’air près de la surface au Canada pour la période 2025 à 2029.
Description longue
Cette figure montre les changements projetés de la température près de la surface à l’échelle du Canada pour la période de 2025 à 2029 par rapport à la moyenne de 1991 à 2020, à partir de prédictions décennales produites par 11 centres de modélisation internationaux. Les panneaux de gauche présentent les différences de température prévues, tandis que ceux de droite indiquent la probabilité que les températures de 2025 à 2029 soient supérieures à la moyenne de 1991 à 2020. Les résultats sont présentés séparément pour l’été (mai à septembre) et pour l’hiver (novembre à mars).
Selon les cartes estivales (rangée du haut), la majeure partie du Canada devrait connaître des températures supérieures de 1 à 3 °C à la moyenne de 1991 à 2020, le réchauffement le plus important étant observé dans les régions nordiques. Les cartes de probabilité montrent que l’ensemble du pays a plus de 80 % de chances de connaître des étés plus chauds que la moyenne au cours de la période de 2025 à 2029.
Dans les cartes hivernales (rangée du bas), le réchauffement prévu est encore plus important, le nord du Canada affichant des hausses dépassant 3 °C. La carte de probabilité correspondante indique que tout le pays a plus de 80 % de chances de connaître des températures hivernales supérieures à la moyenne.
Ensemble, ces cartes indiquent qu’il est très probable que les températures estivales et hivernales à l’échelle du Canada soient en moyenne plus élevées entre 2025 et 2029 que les moyennes récentes.
3.4.2 : Projections
Le RCCC de 2019 a déterminé que les températures annuelles et saisonnières moyennes devraient augmenter partout au Canada et que les changements seraient beaucoup plus importants dans le nord du pays en hiver (X. Zhang et al., 2019). Les changements futurs de la température moyenne au Canada ont été évalués à l’aide de simulations des modèles climatiques CMIP5, et les 25e et 75e centiles de la distribution des modèles (représentant les 50 % médians des valeurs simulées) sont indiqués en tant que mesure de l’incertitude. L’évaluation a accordé une pondération égale à chaque simulation des modèles, ce qui signifie que les projections de chaque modèle ont été prises en compte de manière égale dans le calcul de la moyenne multimodèles et des centiles. Le RCCC de 2019 a estimé que les températures moyennes canadiennes augmenteraient de 1,8 °C (avec une fourchette de 1,1 à 2,5 °C entre les 25e et 75e centiles) d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1986-2005 dans un scénario de faibles émissions (RCP2.6), les températures se stabilisant à peu près à ce niveau après 2050. Par contraste, les projections d’un scénario d’émissions très élevées (RCP8.5) indiquaient que le Canada subirait un réchauffement de 6,3 °C (avec une fourchette de 5,6 à 7,7 °C entre les 25e et 75e centiles) d’ici la période 2081-2100. Après conversion des projections pour utiliser la période de référence 1850-1900, par l’ajout d’une estimation contrainte par des observations du réchauffement forcé de 0,9 °C de la période 1986-2005 par rapport à la période 1850-1900 (encadré 2.4 du chapitre 2), ces projections correspondent à une estimation médiane du réchauffement moyen au Canada de 2,7 °C pour la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 dans le scénario RCP2.6 et de 7,2 °C dans le scénario RCP8.5. X. Zhang et al. (2019) ont projeté une hausse plus marquée de la température annuelle moyenne et de la température hivernale moyenne dans le nord du Canada. Leur projection est fondée sur plusieurs facteurs, notamment la diminution de la neige et de la glace, qui réduirait l’albédo (la quantité de lumière réfléchie vers l’espace au lieu d’être absorbée), et le transport vers le nord d’une plus grande quantité de chaleur par les courants océaniques et atmosphériques. Ils ont également déterminé qu’aucune amplification du réchauffement n’était projetée en été dans les latitudes élevées, car les températures de l’océan Arctique resteront proches de 0 °C selon les contraintes. Ils ont également projeté un réchauffement hivernal plus important dans l’est du pays que dans l’ouest. Selon une des principales conclusions du chapitre 4 du RCCC de 2019 et du rapport dans son ensemble, la température moyenne au Canada devait, selon les projections, augmenter environ deux fois plus vite que la température moyenne mondiale, et ce ratio était indépendant des scénarios d’émissions (X. Zhang et al., 2019).
Ces projections concordent avec celles publiées pour l’ensemble de l’Amérique du Nord. Par exemple, Gutiérrez et al. (2021) ont estimé qu’il était quasiment certain que les températures annuelles et saisonnières à la surface de l’Amérique du Nord continueraient d’augmenter plus rapidement que la température moyenne mondiale, avec des hausses plus importantes dans le Grand Nord. Conformément aux projections de la température moyenne mondiale (Lee et al., 2021), Gutiérrez et al. (2021) ont montré que les modèles CMIP6 prévoient en moyenne des niveaux de réchauffement légèrement plus élevés dans le nord-est et le nord-ouest de l’Amérique du Nord, deux régions définies par le GIEC qui, ensemble, couvrent la majeure partie du Canada, que les projections des modèles CMIP5 dans le cadre de scénarios similaires. Sobie et al. (2021) sont par la suite parvenus à une conclusion similaire pour le Canada. Lee et al. (2021) ont estimé qu’environ la moitié du réchauffement plus important dans les simulations CMIP6 est due à un degré de sensibilité moyen du climat plus élevé dans ces modèles et qu’environ la moitié est due à un forçage radiatif effectif plus élevé (une mesure du déséquilibre radiatif de la Terre dû aux changements des concentrations de gaz à effet de serre et à d’autres facteurs des changements climatiques) dans les nouveaux scénarios nominalement équivalents (par exemple, dans SSP5-8.5 par rapport à RCP8.5).
Une évolution majeure des projections de la température moyenne mondiale dans le RE6 du GIEC par rapport au RE5 du GIEC a été l’utilisation de contraintes observationnelles (ou émergentes) dans les projections (Lee et al., 2021). Dans ces approches, les observations passées d’une mesure observable, par exemple la tendance au réchauffement planétaire au cours des dernières décennies, et la relation entre cette mesure et le réchauffement projeté dans un ensemble de modèles climatiques sont utilisées pour contraindre les projections du réchauffement futur. Cette relation est souvent établie, par exemple, en ajustant une ligne droite à un graphique représentant le réchauffement futur par rapport au réchauffement passé dans différents modèles climatiques. Bien que ces approches reposent sur des hypothèses concernant la capacité des modèles à représenter le monde réel, elles nous permettent d’estimer l’incertitude des projections climatiques et produisent des fourchettes de projections du réchauffement planétaire beaucoup plus étroites dans le RE6 que dans le RE5 pour des scénarios similaires (Lee et al., 2021).
Alors que Lee et al. (2021) ont estimé qu’il n’y avait pas encore suffisamment de données probantes pour appliquer des contraintes observationnelles aux projections des températures à des échelles inférieures à l’échelle mondiale, plusieurs études récentes les ont appliquées à l’échelle régionale au Canada (section 3.3.2). Plus précisément, Y. Liang et al. (2023) ont démontré que deux mesures associées aux rétroactions des nuages à l’échelle mondiale permettaient de bien contraindre les projections du réchauffement planétaire au XXIe siècle dans le nord-est et le nord-ouest de l’Amérique du Nord. Dans le cadre d’un test dit « modèle imparfait », ils ont évalué leur approche en traitant les résultats de chaque modèle climatique tour à tour comme des observations et en utilisant leur méthode avec les résultats de tous les autres modèles pour prédire le réchauffement futur dans ce modèle, puis en établissant une comparaison avec le réchauffement futur simulé directement dans le modèle climatique. Ils ont montré que le réchauffement moyen contraint par des observations était presque identique au réchauffement moyen des modèles CMIP6 calculé directement à partir des résultats du modèle pour ces régions, mais que les fourchettes d’incertitude étaient au moins 25 % plus étroites. Li et al. (2025) ont récemment appliqué l’approche de Ribes et al. (2022) pour contraindre les projections des températures moyennes canadiennes issues des simulations CMIP6 à l’aide d’observations de la température moyenne canadienne et de la température moyenne mondiale. Ils ont également montré que cette méthode fonctionnait bien dans le test « modèle imparfait ». Cannon (2024) a pondéré les modèles à l’aide d’une fourchette évaluée de la sensibilité du climat à l’équilibre afin de contraindre les projections du réchauffement du Canada, démontrant que cette méthode réduisait la fourchette projetée du réchauffement pour un scénario d’émissions donné, en particulier en réduisant la limite supérieure de la fourchette d’incertitude. Jeong et Cannon (2023) ont appliqué une approche de sélection de modèles basée sur une fourchette de mesures régionales et mondiales de températures et de précipitations. Ils ont constaté que cette approche donnait une fourchette de réchauffement projeté pour le Canada plus étroite que l’ensemble CMIP6 non contraint. Les résultats des approches utilisées par Li et al. (2025), Y. Liang et al. (2023) et Cannon (2024) sont largement similaires : les trois approches donnent un niveau de réchauffement moyen légèrement plus faible, et les méthodes de Y. Liang et al. (2023) et de Cannon (2024) donnent des fourchettes de niveaux de réchauffement projetés beaucoup plus étroites que les résultats bruts des modèles CMIP6 pour les trois scénarios à l’étude (figure 3.8). Jeong et Cannon (2023) montrent également une fourchette plus étroite de niveaux de réchauffement projetés pour SSP2-4.5, bien que le niveau soit légèrement plus élevé que la moyenne multimodèles non contrainte pour l’ensemble des modèles présentés ici.
Faits saillants de la figure : Trois études distinctes portant sur des contraintes observationnelles ont obtenu des fourchettes de niveaux de réchauffement projeté pour le Canada généralement plus étroites et plus faibles que les projections climatiques multimodèles non contraintes.
Titre de la figure : Comparaison des changements projetés de la température moyenne au Canada de la période 2081‑2100.
Description longue
Cette figure compare les changements projetés de la température annuelle moyenne au Canada pour la fin du siècle (2081–2100), par rapport à la période de 1850 à 1900, selon trois scénarios d’émissions : SSP1‑2.6, SSP2‑4.5 et SSP3‑7.0. Pour chaque scénario, des barres colorées représentent les résultats de différentes études fondées sur des contraintes observationnelles, ainsi qu’une moyenne multimodèle sans contrainte. Chaque barre présente une estimation centrale (ligne blanche) et une fourchette d’incertitude de 5 à 95 %.
Les barres grises correspondent aux projections sans contrainte des modèles CMIP6, qui présentent généralement les fourchettes d’incertitude les plus larges et les estimations de réchauffement les plus élevées. Les barres rouges, bleues, violettes et brunes montrent les résultats de quatre études distinctes — Y. Liang et al. (2023), Li et al. (2025), Cannon (2024) et Jeong et Cannon (2023) — chacune appliquant différentes méthodes statistiques pour réduire la fourchette de réchauffement projetée. Les barres noires représentent les évaluations de synthèse du rapport, qui combinent les données probantes issues de plusieurs études.
Pour l’ensemble des scénarios, les estimations des modèles avec contraintes sont généralement plus faibles et associées à des fourchettes plus étroites que les estimations des modèles sans contrainte. Dans le scénario SSP1‑2.6, le réchauffement projeté se situe généralement entre environ 2,5 et 5 °C. Dans le scénario SSP2‑4.5, la plupart des estimations varient d’environ 4 à 7 °C. Dans le scénario SSP3‑7.0, la majorité des estimations se situent entre environ 5 et 9 °C, tandis que les projections sans contrainte dépassent 10 °C. Dans l’ensemble, la figure met en évidence le rôle des contraintes observationnelles dans la réduction de l’incertitude associée aux projections de réchauffement au Canada.
Certaines publications récentes laissent entendre que le réchauffement projeté auquel on a appliqué des contraintes fondées sur les tendances passées pourrait être sous-estimé, étant donné que la variabilité climatique interne des dernières décennies pourrait avoir réduit le réchauffement dans l’est du Pacifique tropical au cours de la même période, et ainsi, avoir réduit les tendances observées du réchauffement planétaire par le biais des effets sur les rétroactions des nuages (Armour et al., 2024; Y. Liang et al., 2024). Il pourrait donc y avoir influence sur deux des approches évaluées ici (Cannon, 2024; Li et al., 2025). Cependant, on s’attend à ce que cette influence soit limitée dans nos projections de synthèse.
À la lumière des résultats de ces études sur les contraintes observationnelles et de la section 3.3.2, nous estimons que ces méthodes sont suffisamment éprouvées pour être appliquées aux présentes projections des températures au Canada. En adoptant une approche semblable à celle utilisée par Lee et al. (2021) pour les projections de la température moyenne mondiale, nous avons produit des projections de synthèse en calculant la moyenne des moyennes ainsi que des 5e et 95e centiles de Li et al. (2025), de Y. Liang et al. (2023) et de Cannon (2024), ce qui a donné les fourchettes de synthèse présentées à la figure 3.8. Nous évaluons ces fourchettes du 5e au 95e centile comme étant les fourchettes très probables associées aux changements projetés de la température au Canada dans chaque scénario d’émissions basé sur les SSP. Nous utilisons la même approche dans le reste de cette section pour produire des projections de la température moyenne au Canada et dans les sous-régions du pays. Étant donné que les approches appliquant des contraintes observationnelles aux tendances spatiales des changements projetés sont moins avancées et que notre synthèse du réchauffement moyen au Canada est relativement proche de la moyenne des modèles CMIP6 non contraints (figure 3.8), nous présentons des cartes des changements projetés de la température à l’échelle régionale qui sont fondées sur la moyenne des modèles CMIP6 non contraints (figure 3.10).
La figure 3.3a et le tableau 3.1 présentent notre synthèse des projections contraintes par des observations du réchauffement moyen au Canada selon les cinq scénarios basés sur les SSP (section 3.3.1). Le niveau de réchauffement projeté est relativement peu sensible au scénario d’émissions jusqu’en 2040. Pendant la période 2021-2040, la température moyenne au Canada devrait être de 2,7 °C (1,8–3,6 °C) plus élevée qu’au cours de la période 1850-1900 (tableau 3.1).
Le taux de réchauffement, donnée qui peut être importante pour orienter les taux d’adaptation, a été évalué à l’échelle mondiale dans le récent RE6 du GIEC (Eyring et al., 2021). Nous évaluons le taux de réchauffement moyen au Canada à très court terme (2021-2040). Le taux de réchauffement est quelque peu sensible au scénario sur cette période, et nous nous concentrons ici sur le scénario fondé sur les politiques actuelles (SSP2-4.5) (figure 3.3a). Li et al. (2025) ont calculé, pour le Canada, un taux de réchauffement moyen contraint de 0,46 °C (0,18–0,73 °C) par décennie pour la période 2021-2040 selon SSP2-4.5, tandis que notre application de l’approche de Y. Liang et al. (2023) donne un taux de réchauffement de 0,48 °C (0,10–0,90 °C) par décennie, et celle de l’approche de Cannon (2024), de 0,34 °C (‑0,03–0,74 °C) par décennie. En faisant la moyenne de ces valeurs, nous obtenons la projection d’un réchauffement de 0,4 °C (0,1–0,8 °C) par décennie au Canada pour la période 2021‑2040. Ce chiffre est légèrement inférieur au double de l’estimation médiane contrainte par des observations du taux actuel de réchauffement planétaire d’origine humaine, qui est de 0,26 °C par décennie (Forster et al., 2024).
Après 2040, le réchauffement projeté commence à diverger selon les scénarios (figure 3.3a). Dans SSP1‑2.6, la température moyenne au Canada se stabilise dans la seconde moitié du siècle, avec une hausse de 3,5 °C (2,3–4,8 °C) au cours de la période 2081-2100 par rapport aux niveaux de la période 1850-1900 (tableau 3.2), ce qui est environ 30 % de plus que le réchauffement de 2,7 °C évalué par X. Zhang et al. (2019) dans le scénario équivalent RCP2.6 (lorsqu’il est comparé à la période 1850‑1900). Une comparaison du réchauffement dans les simulations CMIP5 et CMIP6 indique qu’outre le niveau globalement plus élevé de réchauffement planétaire dans les simulations de scénarios CMIP6 équivalents (Lee et al., 2021), les modèles CMIP6 montrent en moyenne une amplification légèrement plus forte du réchauffement au nord de l’Amérique du Nord que les modèles CMIP5 (Gutiérrez et al., 2021). Le Canada se réchauffe progressivement tout au long du siècle dans SSP2-4.5 ainsi que dans les scénarios d’émissions plus élevées, la hausse étant de 5,0 °C (3,8–6,6 °C) au cours de la période 2081-2100 par rapport aux niveaux de la période 1850-1900 dans le scénario SSP2-4.5, et de 6,9 °C (5,2–8,9 °C), dans le scénario SSP3-7.0 (tableau 3.2). Notre estimation médiane du réchauffement de 6,9 °C dans le scénario d’émissions élevées (SSP3-7,0) durant la période 2081-2100 est très proche des 7,2 °C évalués par X. Zhang et al. (2019) dans le scénario d’émissions très élevées RCP8.5. Ainsi, pour des scénarios comparables, nous obtenons un niveau de réchauffement projeté pour le Canada nettement plus élevé que celui évalué dans le RCCC de 2019. Sur le plan du taux de réchauffement, au cours des deux dernières décennies du siècle (2081-2100), le Canada devrait continuer à se réchauffer dans les scénarios d’émissions élevées et intermédiaires, avec une tendance à la hausse de 0,8 °C (0,2–1,2 °C) par décennie dans SSP3-7.0 et de 0,3 °C (‑0,1–0,6 °C) par décennie dans SSP2-4.5, tandis que sa température devrait se stabiliser selon SSP1-2.6, avec une légère tendance de -0,1 °C (-0,4–0,2 °C) par décennie.
Comme il est indiqué dans l’encadré 3.1 ci-dessus, selon l’une des principales conclusions du RCCC de 2019, le réchauffement moyen au Canada devrait être deux fois celui de la planète (X. Zhang et al., 2019). Le rapport entre le réchauffement moyen au Canada et le réchauffement planétaire varie de 2,3 dans le scénario SSP1-2.6 à 2,0 dans le scénario SSP5-8.5 selon le CMIP6, et les résultats sont similaires selon les scénarios CMIP5 équivalents (Sobie et al., 2021). La comparaison des estimations du réchauffement planétaire tirées du RE6 du GIEC (tableau 3.1) (Lee et al., 2021) avec nos projections correspondantes pour le Canada (tableau 3.1) corrobore également cette évaluation. La température moyenne mondiale devrait être de 1,8, de 2,7 et de 3,6 °C plus élevée au cours de la période 2081‑2100 qu’au cours de la période 1850-1900 dans les scénarios SSP1-2.6, SSP2-4.5 et SSP3-7.0, respectivement (Lee et al., 2021), tandis qu’au Canada, les projections équivalentes sont de 3,5, de 5,0 et de 6,9 °C. Par conséquent, nous estimons également que le réchauffement projeté au Canada sera environ deux fois supérieur au réchauffement planétaire. Cette conclusion est également valable pour les simulations individuelles des modèles CMIP6 dans tous les scénarios, comme le montre la figure 3.9, bien que certains modèles simulent un réchauffement au Canada légèrement supérieur au double du taux mondial et que d’autres en simulent un légèrement inférieur, ce qui correspond aux résultats de Sobie et al. (2021). Le Canada devrait se réchauffer plus rapidement que la moyenne mondiale, d’abord parce que la terre devrait se réchauffer plus rapidement que les océans, et ensuite parce que les latitudes élevées devraient se réchauffer plus rapidement que les basses latitudes (section 2.4 du chapitre 2; section 4.2 du chapitre 4; FAQ 4.1).
Faits saillants de la figure : Le Canada devrait connaître un réchauffement environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale.
Titre de la figure : Relation entre le réchauffement moyen projeté au Canada et le réchauffement planétaire projeté.
Description longue
Cette figure montre la relation entre l’augmentation de la température moyenne au Canada et l’augmentation de la température moyenne mondiale selon cinq scénarios d’émissions. Chaque point représente une simulation de modèle issue de l’archive CMIP6. L’axe horizontal indique le réchauffement planétaire par rapport à la période de 1850 à 1900, tandis que l’axe vertical montre le réchauffement correspondant au Canada. Les points sont colorés selon le scénario : vert pour SSP1‑1.9, bleu pour SSP1‑2.6, jaune pour SSP2‑4.5, violet pour SSP3‑7.0 et rouge pour SSP5‑8.5. Dans tous les scénarios, les points forment un groupe serré disposé en diagonale. Une ligne grise tiretée représente un réchauffement au Canada deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. La majorité des points de modèle se situe près de cette ligne, certains légèrement au‑dessus ou au‑dessous. Dans l’ensemble, la figure met en évidence une tendance robuste : indépendamment de la trajectoire d’émissions, le Canada devrait se réchauffer environ deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale.
Tableau 3.1 : Projections du réchauffement planétaire et du réchauffement au Canada.
Changements de la température moyenne à la surface dans le monde et au Canada par rapport à la période 1850-1900 selon cinq scénarios basés sur les SSP, déterminés dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (GIEC, 2021) et présentés à la figure 3.3 et au tableau 3.2. Les projections, contraintes par des observations, correspondent à la moyenne des résultats obtenus à l’aide des approches de Y. Liang et al. (2023), de Cannon (2024) et de Li et al. (2025), sauf dans le cas de SSP1-1.9, qui est fondé sur des projections non contraintes en raison du petit nombre de modèles aux résultats disponibles. Les simulations SSP1-1.9 ont été mises à l’échelle de manière à ce que leur réchauffement moyen pendant la période 1995‑2014 corresponde à celui des projections contraintes de Y. Liang et al. (2023) dans SSP2-4.5. Les trois scénarios mis en évidence dans la section de synthèse sont ombrés en bleu (SSP1-2.6 : carboneutralité, bleu clair; SSP2-4.5 : politiques actuelles, bleu; SSP3‑7.0 : sans politiques, bleu clair). Il convient de noter que les différences sur le plan du réchauffement projeté à très court terme (2021-2040) d’un scénario à l’autre sont faibles et qu’elles pourraient refléter les différences entre les ensembles de modèles utilisés pour réaliser les simulations des différents scénarios.
| Très court terme, 2021-2040 | Fin du siècle, 2081-2100 | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| - | Estimation médiane (°C) | Fourchette très probable (°C) | Estimation médiane (°C) | Fourchette très probable (°C) | ||||
| Scénario | Monde | Canada | Monde | Canada | Monde | Canada | Monde | Canada |
| SSP1-1.9 | 1,5 | 2,6 | 1,2 à 1,7 | 2,0 à 3,5 | 1,4 | 2,7 | 1,0 à 1,8 | 2,1 à 4,1 |
| SSP1-2.6 | 1,5 | 2,7 | 1,2 à 1,8 | 1,9 à 3,7 | 1,8 | 3,5 | 1,3 à 2,4 | 2,3 à 4,8 |
| SSP2-4.5 | 1,5 | 2,7 | 1,2 à 1,8 | 1,8 à 3,6 | 2,7 | 5,0 | 2,1 à 3,5 | 3,8 à 6,6 |
| SSP3-7.0 | 1,5 | 2,7 | 1,2 à 1,8 | 1,7 à 3,7 | 3,6 | 6,9 | 2,8 à 4,6 | 5,2 à 8,9 |
| SSP5-8.5 | 1,6 | 2,9 | 1,3 à 1,9 | 2,0 à 3,9 | 4,4 | 8,2 | 3,3 à 5,7 | 6,1 à 10,5 |
Conformément au RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019), nos projections montrent un réchauffement plus élevé en hiver qu’en été au Canada (figure 3.10). Pour la période hivernale et la moyenne annuelle, le réchauffement est plus élevé dans le nord que dans le sud (voir également la section 4.2.3 du chapitre 4), et dans l’est que dans l’ouest. En été, le réchauffement est relativement uniforme dans tout le pays. Selon une comparaison entre le réchauffement projeté par les modèles CMIP6 et celui projeté par les modèles CMIP5, les modèles CMIP6 montrent, outre un niveau de réchauffement global plus élevé, un réchauffement annuel moyen légèrement plus intense dans l’Arctique canadien et la région de la baie d’Hudson (Gutiérrez et al., 2021; Sobie et al., 2021). Cette projection diffère quelque peu de la tendance du réchauffement annuel moyen observé entre 1948 et 2023, qui était le plus élevé dans le nord-ouest (figure 2.6 du chapitre 2). Les modèles climatiques montrent des niveaux de réchauffement systématiquement plus élevés dans l’est du Canada que dans l’ouest pour des niveaux de réchauffement planétaire de 1, de 2 et de 4 °C (GIEC, 2021). Le niveau de réchauffement relativement plus élevé dans le nord-ouest que dans le nord-est au cours de la période 1948-2023 était donc probablement dû à la variabilité climatique interne. En hiver, le réchauffement moyen devrait dépasser 10 °C sur la majeure partie de l’archipel arctique dans le scénario SSP2-4.5 (figure 3.10). En moyenne, c’est en Colombie-Britannique que le réchauffement devrait être le moins important, même s’il devrait demeurer nettement supérieur au réchauffement planétaire projeté (tableaux 3.1 et 3.2) (Sobie et al., 2021). Les Prairies et le Canada atlantique devraient connaître un réchauffement un peu plus important, et l’Ontario, encore plus. Le taux de réchauffement du Québec devrait être encore plus élevé, se rapprochant du taux moyen canadien, tandis que le niveau de réchauffement le plus élevé devrait être observé dans le nord (tableau 3.2) (Sobie et al., 2021).
La vélocité climatique désigne la vitesse de déplacement des conditions climatiques à l’échelle du paysage, par exemple le déplacement des conditions climatiques chaudes vers le nord. Elle est calculée comme le rapport entre une tendance à long terme des conditions climatiques (p. ex. le réchauffement) et le gradient horizontal de ces conditions (Loarie et al., 2009). Elle diffère du taux de réchauffement (°C/décennie) présenté ci-dessus, car elle représente la vitesse (km/an) et la direction du déplacement des conditions climatiques. La vélocité est souvent utilisée pour étudier l’impact des changements climatiques sur les espèces et les écosystèmes, car elles donnent une approximation de la vitesse à laquelle les organismes devront se déplacer pour rester dans un climat favorable (Loarie et al., 2009). Elle tend à être élevée dans les régions plates et homogènes, mais faible dans les régions montagneuses, et elle peut être sensible à la résolution des données utilisées pour la calculer (Brito-Morales et al., 2018). Au Canada, la vélocité annuelle moyenne estimée de la température de l’air affiche une fourchette large, avec des valeurs plus élevées dans le nord du pays (Asamoah et al., 2021). Dans le RE6 du GIEC, la vélocité climatique basée sur la température qui a été observée de 1970 à 2019 a été évaluée comme étant en moyenne 20 % plus faible à l’intérieur des zones terrestres et dulcicoles riches en biodiversité qu’à l’extérieur, mais 69 % plus élevée à l’intérieur des zones marines riches en biodiversité. Ces résultats laissent croire que les pressions induites par le climat pourraient particulièrement mettre en péril les espèces vivant dans les zones marines riches en biodiversité.
Faits saillants de la figure : Le Canada devrait se réchauffer davantage en hiver qu’en été, davantage dans le nord que dans le sud, et davantage dans l’est que dans l’ouest, selon les projections.
Titre de la figure : Changement projeté de la température à l’échelle canadienne au cours de la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900
Description longue
Cette figure montre les changements projetés de la température au Canada pour la fin du siècle (2081–2100) par rapport à la période de 1850 à 1900, selon trois scénarios d’émissions : SSP1‑2.6 (faibles émissions), SSP2‑4.5 (émissions intermédiaires) et SSP3‑7.0 (émissions élevées). Pour chaque scénario, des cartes présentent le réchauffement annuel (rangée du haut), le réchauffement estival (rangée du milieu) et le réchauffement hivernal (rangée du bas). L’échelle de couleurs, allant du rose pâle au rouge foncé, représente des augmentations de température allant de zéro à plus de 12 °C.
Dans tous les scénarios, le réchauffement le plus important, tant en hiver que pour la moyenne annuelle, se produit dans le nord du Canada. Dans le scénario SSP1‑2.6, le réchauffement annuel est modéré, généralement entre 2 et 6 °C, l’Arctique enregistrant les hausses les plus importantes. Dans le scénario SSP2‑4.5, le réchauffement s’intensifie et atteint 4 à 8 °C dans la majeure partie du pays. Dans le scénario SSP3‑7.0, l’Arctique se réchauffe considérablement — plus de 10 °C par année à certains endroits et encore davantage en hiver — tandis que le sud du Canada connaît un réchauffement de 4 à 7 °C.
Le réchauffement estival est important, mais moins prononcé que le réchauffement hivernal, et il est plus uniforme à l’échelle du pays.
Tableau 3.2 : Réchauffement régional projeté au Canada
Réchauffement annuel moyen en degrés Celsius (°C) projeté au Canada et dans les régions du Canada à très court terme (2021-2040) et à la fin du siècle (2081-2100) par rapport à la période préindustrielle (1850-1900), dans trois scénarios basés sur les SSP. Les projections contraintes par des observations et leurs fourchettes de confiance de 5 à 95 % sont indiquées. Les projections sont fondées sur une moyenne des résultats obtenus à l’aide des approches de Y. Liang et al. (2023), de Cannon (2024) et de Li et al. (2025). Les projections pour la période 2021-2040 ne sont présentées que pour SSP2-4.5, mais elles sont relativement insensibles au scénario. Les projections du réchauffement moyen au Canada dans les cinq scénarios basés sur les SSP à très court terme et à la fin du siècle sont présentées au tableau 3.1.
| Région |
2021-2040 (en °C) |
2081-2100 (en °C) | ||
|---|---|---|---|---|
| SSP2-4.5 | SSP1-2.6 | SSP2-4.5 | SSP3-7.0 | |
| Canada | 2,7 (1,8 à 3,6) | 3,5 (2,3 à 4,8) | 5,0 (3,8 à 6,6) | 6,9 (5,2 à 8,9) |
| Colombie-Britannique | 1,8 (0,9 à 2,6) | 2,5 (1,5 à 3,6) | 3,6 (2,5 à 4,9) | 4,8 (3,2 à 6,4) |
| Prairies | 2,3 (1,4 à 3,0) | 2,9 (2,0 à 4,0) | 4,4 (3,3 à 5,6) | 6,1 (4,6 à 7,7) |
| Ontario | 2,6 (1,7 à 3,4) | 3,2 (2,0 à 4,4) | 4,7 (3,5 à 6,0) | 6,6 (5,0 à 8,4) |
| Québec | 2,8 (1,7 à 3,9) | 3,5 (1,9 à 5,1) | 5,0 (3,3 à 6,8) | 6,9 (4,8 à 9,0) |
| Atlantique | 2,4 (1,4 à 3,5) | 3,0 (1,4 à 4,4) | 4,3 (2,6 à 6,0) | 5,8 (3,7 à 7,9) |
| Nord canadien | 3,2 (2,2 à 4,3) | 4,1 (2,7 à 5,7) | 6,0 (4,3 à 7,7) | 8,2 (5,9 à 10,5) |
3.4.3 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 3.6 : La température moyenne de l’air à la surface devrait augmenter partout au Canada, et ce, en toutes saisons (degré de confiance très élevé). Le réchauffement projeté pour le Canada, basé sur de nouvelles techniques et de nouveaux modèles climatiques, est plus élevé que celui évalué dans les scénarios nominalement équivalents de la première édition (2019) du Rapport sur le climat changeant du Canada (degré de confiance élevé).
Message clé 3.7 : Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, la température annuelle moyenne devrait augmenter de 5,0 °C (3,8–6,6 °C) d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 (degré de confiance élevé), et les hausses les plus importantes dans le nord du Canada en hiver pourraient dépasser 10 °C dans certaines régions (degré de confiance moyen). Dans un scénario sans politiques, le réchauffement moyen projeté au Canada est de 6,9 °C (5,2–8,9 °C) au cours de la même période (degré de confiance élevé). Dans un scénario de carboneutralité, la température annuelle moyenne au Canada devrait se stabiliser après 2050, avec une hausse de 3,5 °C (2,3–4,8 °C) au cours de la période 2081-2100 par rapport aux niveaux de la période 1850-1900 (degré de confiance élevé).
Notre évaluation dans le message clé 3.6 selon laquelle la température moyenne devrait augmenter dans tout le Canada en toutes saisons est fortement étayée par le RE6 du GIEC (Gutiérrez et al., 2021), le RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019) et d’autres publications pertinentes citées à la section 3.4. Dans le RE6 du GIEC, Gutiérrez et al. (2021) ont estimé qu’il était quasiment certain que les températures annuelles et saisonnières à la surface de l’Amérique du Nord augmenteraient. Notre évaluation est donc assortie d’un degré de confiance très élevé. Le niveau de réchauffement projeté dans cette évaluation, plus élevé que dans les scénarios équivalents du RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019), est basé sur une comparaison entre le réchauffement projeté pour la période 2081-2100 dans les scénarios RCP2.6 et RCP8.5 (X. Zhang et al., 2019), ajustés pour tenir compte de la différence par rapport aux références, ainsi que sur notre évaluation du réchauffement dans les scénarios SSP1-2.6 et SSP5-8.5, présentée au tableau 3.1. Le niveau de réchauffement dans ces deux derniers scénarios est nettement plus élevé. Il s’agit d’une comparaison directe des estimations médianes évaluées du réchauffement projeté dans les deux rapports, et donc un degré de confiance élevé est attribué.
Les fourchettes d’incertitude de 90 % des projections contraintes du réchauffement au Canada dans le message clé 3.7 correspondent à la moyenne des résultats de trois études différentes (Cannon, 2024; Li et al., 2025; Y. Liang et al., 2023), dont deux ont vérifié que leurs approches produisaient des intervalles d’incertitude qui n’étaient pas trop optimistes dans les tests de validation croisée. En prenant la moyenne des trois études, nous suivons l’approche appliquée par le GT1 dans sa contribution au RE6 du GIEC (Lee et al., 2021) aux projections de la température moyenne mondiale. Nous avons donc un degré de confiance élevé dans ces projections quantitatives décrites dans les première, deuxième et troisième phrases du message clé 3.7.
Notre conclusion selon laquelle les augmentations devraient être plus importantes dans le nord en hiver est une conclusion solide de l’analyse présentée dans la présente section, le RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019) et le RE6 du GIEC (Gutiérrez et al., 2021). Notre évaluation selon laquelle le réchauffement projeté pourrait dépasser 10 °C dans certaines régions en hiver est basée sur les résultats présentés à la figure 3.10 ce qui concerne la température moyenne de la période 2081-2100 dans le scénario SSP2-4.5 en décembre-février, où le réchauffement moyen (par rapport à la période 1850‑1900) dépasse 10 °C sur la majeure partie du Nunavut et certaines parties d’autres provinces et territoires. Notre degré de confiance est moyen plutôt qu’élevé, compte tenu des incertitudes liées aux tendances régionales et saisonnières du réchauffement. La projection de la stabilisation de la température annuelle moyenne du Canada après 2050 dans le scénario de carboneutralité (degré de confiance élevé) est fondée sur la série chronologique de niveaux de réchauffement moyens projetés pour le Canada dans le scénario SSP1-2.6 présentée à la figure 3.3a, sur la documentation évaluée à la section 3.4 et sur la stabilisation correspondante de la température moyenne mondiale au cours de cette période, déterminée dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC (Lee et al., 2021).
3.5 : Précipitations
Message clé 3.8 :
Les précipitations hivernales et annuelles moyennes devraient augmenter partout au Canada, en particulier dans le nord du pays et autour de la baie d’Hudson (degré de confiance élevé). Les précipitations estivales moyennes devraient augmenter dans le nord du Canada (degré de confiance moyen), mais diminuer dans certaines régions du sud du pays (faible degré de confiance). Les précipitations annuelles moyennes devraient augmenter dans tout le Canada d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 de 10 % (7–15 %) dans un scénario de carboneutralité, de 13 % (9–18 %), dans un scénario fondé sur les politiques actuelles, et de 17 % (12–24 %), dans un scénario sans politiques (degré de confiance moyen). Les augmentations des précipitations hivernales pourraient dépasser 50 % dans certaines parties du Nunavut et du Nunavik (nord du Québec) dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance moyen).
Message clé 3.9 :
Les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans le nord du Canada, mais diminuer dans le sud, en particulier dans les régions côtières (degré de confiance moyen). Cette tendance reflète une augmentation des précipitations partout au Canada, mais, sous l’effet du réchauffement, celles-ci seront moins sous forme de neige dans les régions les plus méridionales. Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles et celui sans politiques, les précipitations verglaçantes devraient devenir plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, mais moins fréquentes dans le Canada atlantique et le sud de l’Ontario (degré de confiance moyen), en raison des changements dans l’occurrence simultanée de conditions de gel à la surface et d’air plus chaud en altitude.
Cette section évalue les changements projetés des précipitations au Canada. Les changements dans les précipitations totales, qui représentent la somme des pluies, des chutes de neige et d’autres formes de précipitations, sont évalués à la section 3.5.1, les changements dans les chutes de neige, à la section 3.5.2, et les changements dans les précipitations verglaçantes, à la section 3.5.3. Les changements des extrêmes de précipitations sont évalués à la section 8.3 du chapitre 8.
3.5.1 Précipitations totales
Le RCCC de 2019 a estimé que les précipitations hivernales et annuelles moyennes devraient augmenter dans tout le Canada, mais que les précipitations estivales devraient diminuer dans le sud du pays dans un scénario d’émissions très élevées vers la fin du XXIe siècle (X. Zhang et al., 2019). Le rapport explique notamment que, dans un scénario d’émissions très élevées, de petits changements moyens des précipitations estivales projetées au Canada d’ici la fin du siècle sont le résultat d’augmentations importantes en pourcentage dans le nord du pays, compensées par des baisses importantes en pourcentage dans le sud. Il souligne également les fortes augmentations projetées des précipitations annuelles moyennes, supérieures à 30 % dans le Haut-Arctique, dans un scénario d’émissions très élevées (RCP8.5).
Gutiérrez et al. (2021) ont également évalué les changements projetés des précipitations dans le nord‑est et le nord-ouest de l’Amérique du Nord, deux régions définies par le GIEC qui couvrent ensemble la majeure partie du Canada. Ils ont estimé avec un degré de confiance très élevé qu’il est très probable que ces régions connaîtront une augmentation des précipitations annuelles moyennes, augmentation qui sera plus importante à des niveaux de réchauffement plus élevés.
Au moment de la rédaction du présent document, les contraintes observationnelles (section 3.3.2) n’ont pas été largement appliquées aux projections régionales des précipitations pour l’Amérique du Nord, probablement parce que les changements projetés des précipitations sont plus incertains et moins bien corrélés avec les mesures observables. Nous présentons donc ici des projections non contraintes. Nous indiquons la fourchette de 5 à 95 % pour l’ensemble des simulations individuelles comme mesure ad hoc de l’incertitude. Il convient de noter que le RCCC de 2019 a montré des fourchettes de 25 à 75 % (X. Zhang et al., 2019). À très court terme (2021-2040), les augmentations des précipitations sont insensibles au scénario, et l’augmentation pour le Canada dans son ensemble par rapport à la période 1850-1900 est de 7 % (5–10 %) (figure 3.11; tableau 3.3). Les incertitudes sont plus grandes dans les projections des précipitations que dans celles des températures.
Faits saillants de la figure : Les précipitations moyennes au Canada devraient continuer d’augmenter fortement, en particulier dans les scénarios d’émissions élevées.
Titre de la figure : Changements projetés des précipitations moyennes au Canada selon un éventail de scénarios d’émissions.
Description longue
Cette figure montre les changements projetés des précipitations moyennes sur 20 ans au Canada, exprimés en pourcentage d’augmentation par rapport à la période de 1850 à 1900, selon cinq scénarios d’émissions issus de l’ensemble CMIP6. Chaque courbe tiretée colorée représente un scénario, et la zone colorée entourant chaque courbe correspond à la fourchette du 5e au 95e centile des projections de chaque modèle. Tous les scénarios présentent une augmentation des précipitations moyennes au cours du XXIe siècle, l’ampleur du changement dépendant du niveau des émissions de gaz à effet de serre.
Au début des années 2000, les augmentations projetées des précipitations sont modestes, généralement inférieures à 10 %. D’ici le milieu du siècle, tous les scénarios indiquent une poursuite des augmentations, les précipitations augmentant plus rapidement dans les scénarios d’émissions élevées (SSP3‑7.0 et SSP5‑8.5) que dans ceux à faibles émissions (SSP1‑1.9 et SSP1‑2.6). D’ici 2100, les augmentations des précipitations varient d’environ 5 à 10 % dans les scénarios de faibles émissions à environ 15 à 30 % dans le scénario SSP5‑8.5.
L’élargissement des zones colorées illustre l’incertitude croissante au fil du temps. Dans l’ensemble, la figure indique que le Canada devrait devenir plus humide dans un climat en réchauffement, avec des augmentations des précipitations plus importantes dans les scénarios d’émissions élevées.
Tableau 3.3 : Changements projetés des précipitations annuelles au Canada d’après des simulations des modèles CMIP6.
Changements projetés des précipitations annuelles moyennes au Canada et dans les régions du Canada à très court terme (2021-2040) et à la fin du siècle (2080-2100) par rapport à la période préindustrielle (1850‑1900), en pourcentage (%), dans trois scénarios basés sur les SSP. Les moyennes des projections CMIP6 et les fourchettes du 5e au 95e centile des changements projetés sont indiquées. Les projections pour la période 2021-2040 ne sont montrées que pour SSP2-4.5, mais elles sont insensibles au scénario.
| Région | 2021-2040 (en %) | 2081-2100 (en %) | ||
|---|---|---|---|---|
| SSP2-4.5 | SSP1-2.6 | SSP2-4.5 | SSP3-7.0 | |
| Canada | 7,2 (4,5 à 9,8) | 9,7 (7,0 à 15,4) | 13,4 (9,2 à 18,3) | 17,2 (11,8 à 24,4) |
| Colombie-Britannique | 5,1 (0,0 à 9,2) | 8,1 (3,6 à 15,4) | 11,2 (6,7 à 16,8) | 12,3 (5,3 à 20,5) |
| Prairies | 4,9 (-2,8 à 12,6) | 7,1 (-1,7 à 15,9) | 9,3 (-2,3 à 20,3) | 11,1 (-3,0 à 24,6) |
| Ontario | 6,3 (-0,4 à 14,9) | 8,8 (2,2 à 15,3) | 10,6 (0,2 à 17,6) | 12,9 (2,5 à 20,2) |
| Québec | 7,7 (3,8 à 11,3) | 11,6 (7,6 à 18,7) | 14,0 (10,1 à 21,6) | 17,5 (11,6 à 23,8) |
| Atlantique | 5,4 (2,3 à 8,3) | 9,0 (3,6 à 17,6) | 10,8 (4,6 à 17,3) | 12,6 (6,3 à 18,8) |
| Nord canadien | 11,2 (6,2 à 15,6) | 16,5 (9,4 à 30,7) | 23,4 (13,3 à 40,7) | 29,3 (17,8 à 43,0) |
La tendance des changements projetés des précipitations simulée par les modèles CMIP6 pour le Canada (figure 3.12) est généralement semblable à celle simulée par les modèles CMIP5 évalués dans le RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019), et concorde largement avec les projections régionales des modèles climatiques (Bukovsky et Mearns, 2020). Ces modèles simulent les augmentations absolues les plus importantes des précipitations en automne et en hiver sur la côte ouest du Canada, au Québec et dans les provinces de l’Atlantique (Stewart et al., 2019), et les augmentations relatives les plus importantes sur l’archipel arctique canadien et dans le Nunavik au cours des mêmes saisons (X. Zhang et al., 2019) (il convient de noter que ces régions ont des précipitations moyennes relativement faibles; voir la figure supplémentaire S2.3 du chapitre 2). Les modèles simulent également des augmentations plus faibles des précipitations au printemps dans tout le Canada (Stewart et al., 2019). Les modèles CMIP6 simulent en moyenne une diminution des précipitations estivales dans l’extrême sud du Canada à la fin du siècle dans le scénario SSP3-7.0, les baisses les plus importantes étant observées dans le sud de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de la Saskatchewan, ce qui est semblable au comportement observé dans les modèles CMIP5 dans le scénario RCP8.5 (Stewart et al., 2019; X. Zhang et al., 2019). Cependant, les modèles CMIP6 montrent une faible concordance dans cette région (figure 3.12), où Lee et al. (2021) considèrent qu’il n’y a pas de changement significatif puisque moins des deux tiers des simulations individuelles des modèles prévoient un changement de la moyenne sur 20 ans supérieur à la variabilité climatique interne. Il existe donc une incertitude considérable quant à cette projection de l’assèchement estival. Alors que certains modèles mondiaux et régionaux simulent une diminution des précipitations dans le sud du Canada en été, d’autres simulent une augmentation (Bukovsky et Mearns, 2020). Selon une comparaison des projections CMIP5 et CMIP6 des changements des précipitations en présence d’un réchauffement planétaire de 2 et 4 °C dans le nord-est et le nord-ouest de l’Amérique du Nord, les fourchettes CMIP5 et CMIP6 se recoupent largement, même si, en moyenne, les modèles CMIP6 simulent des augmentations des précipitations légèrement plus importantes (Gutiérrez et al., 2021). D’après les simulations CMIP6, les augmentations projetées des précipitations hivernales dépasseront 50 % d’ici la fin du siècle dans une grande partie du Nunavut et du Nunavik (nord du Québec), même dans le scénario SSP2-4.5.
Faits saillants de la figure : En hiver, les précipitations devraient augmenter fortement dans tout le Canada, tandis qu’en été, elles augmenteront dans le nord, mais pourraient diminuer dans la partie la plus méridionale du pays sous l’effet du réchauffement accru.
Titre de la figure : Changement projeté des précipitations au Canada pour la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900.
Description longue
Cette figure montre les changements projetés des précipitations au Canada pour la fin du siècle (2081–2100) par rapport à la période de 1850 à 1900, selon trois scénarios d’émissions : SSP1‑2.6, SSP2‑4.5 et SSP3‑7.0. Pour chaque scénario, des cartes présentent les précipitations annuelles (rangée du haut), les précipitations estivales (rangée du milieu) et les précipitations hivernales (rangée du bas). L’échelle de couleurs va du bleu sarcelle pâle au vert foncé pour les augmentations (de 0 à 50 %) et du beige au brun foncé pour les diminutions (de 0 à ‑50 %). Les zones hachurées indiquent les régions où moins de 80 % des modèles climatiques s’entendent sur le caractère positif ou négatif des changements.
Dans tous les scénarios, les précipitations annuelles augmentent à l’échelle du Canada, les hausses les plus marquées étant observées dans le nord du pays. Les précipitations hivernales connaissent les augmentations les plus importantes, en particulier dans les scénarios d’émissions élevées. Les précipitations estivales présentent une variabilité régionale plus marquée : les régions nordiques deviennent plus humides, tandis que les régions méridionales — notamment certaines parties des Prairies et du centre du Canada — pourraient connaître des diminutions, surtout dans le scénario SSP3‑7.0. Dans l’ensemble, les changements des précipitations s’intensifient à mesure que les émissions de gaz à effet de serre augmentent.
3.5.2 Chutes de neige
En plus des changements dans les précipitations totales, nous évaluons les changements dans les chutes de neige. Ces derniers dépendent d’influences concurrentes du réchauffement (section 3.4) et de l’augmentation des précipitations. Selon Gutiérrez et al. (2021), malgré la projection d’une diminution générale du manteau neigeux en Amérique du Nord au cours du XXIe siècle, certaines régions situées à des latitudes élevées pourraient plutôt connaître une augmentation en raison d’une hausse des chutes de neige, dont l’effet dépasserait celui du réchauffement. Les changements futurs de la durée du manteau neigeux et des accumulations maximales de neige sont évalués à la section 6.2.3 du chapitre 6, qui conclut que, selon les simulations des modèles CMIP6, la durée du manteau neigeux raccourcir dans l’ensemble du Canada, tandis que les accumulations maximales de neige devraient diminuer dans la plupart des régions, mais augmenter dans le Grand Nord. Les changements projetés dans les chutes de neige extrêmes sont évalués à la section 8.3 du chapitre 8, qui fait état de hausses dans la plupart des régions du pays.
Les chutes de neige annuelles devraient diminuer dans l’extrême sud du Canada, en particulier dans les régions côtières méridionales, quel que soit le niveau de réchauffement planétaire (figure 3.13). Cependant, contrairement aux accumulations maximales de neige simulées directement par les modèles CMIP6, qui ne devraient augmenter que légèrement au Nunavut (section 6.2.3), les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans presque tous les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ainsi que dans la majeure partie du Yukon et du Nunavik (nord du Québec), d’après un ensemble de données sur les chutes de neige dérivé des températures et des précipitations des multimodèles CMIP6 dont l’échelle a été réduite, et les biais, corrigés (Dai, 2008; Sobie et al., 2024) (figure 3.13). Ces augmentations dépassent 25 % dans certaines parties du nord du Nunavut à un niveau de réchauffement planétaire de 3 °C, ce qui correspond approximativement au réchauffement projeté à la fin du siècle dans le scénario fondé sur les politiques climatiques mondiales actuelles (tableau 3.1). On pourrait expliquer la plus grande superficie touchée par des augmentations des chutes de neige que par des augmentations des accumulations maximales de neige (section 6.2.3 du chapitre 6) par le fait que les accumulations annuelles de neige ne tiennent pas compte des pertes dues à la fonte directe. En outre, les températures hivernales minimales des modèles CMIP6 ont tendance à être plus élevées que celles observées dans la plupart des régions du Canada, à l’exception du Nunavut (Sobie et al., 2021), et après correction de ce biais, la région touchée par des chutes de neige accrues devrait être plus grande que celle qui découlerait des projections brutes des modèles. Néanmoins, il existe une certaine incertitude et une sensibilité des modèles quant à l’emplacement exact où les augmentations se transformeront en diminutions, comme l’indiquent les zones hachurées de la figure 3.13. Dans l’ensemble, nous estimons avec un degré de confiance moyen que les chutes de neige annuelles diminueront dans l’extrême sud du Canada, en particulier dans les régions côtières, tandis qu’elles augmenteront dans le nord du Canada.
Faits saillants de la figure : Les chutes de neige devraient diminuer dans l’extrême sud du Canada, mais augmenter dans le nord du pays.
Titre de la figure : Changements projetés dans les chutes de neige dans l’ensemble du Canada à différents niveaux de réchauffement planétaire.
Description longue
Cette figure montre les changements projetés dans les chutes de neige annuelles dans l’ensemble du Canada à des niveaux de réchauffement planétaire de 2, de 3 et de 4 °C au‑dessus de la moyenne de 1850 à 1900, en comparaison avec les conditions correspondant à un réchauffement planétaire d’environ 1 °C, représentatif d’une période de référence récente. Le panneau de gauche présente les chutes de neige annuelles représentatives d’une période de référence, les accumulations les plus élevées étant observées sur la côte de la Colombie‑Britannique, dans les montagnes de l’Ouest et dans certaines régions du Canada atlantique. Les trois autres panneaux montrent les changements en pourcentage des chutes de neige par rapport à cette période de référence.
À tous les niveaux de réchauffement considérés, le sud du Canada connaît des diminutions des chutes de neige annuelles, indiquées par des couleurs jaune et orange, avec des réductions dépassant 40 % dans certaines régions de la Colombie‑Britannique aux niveaux de réchauffement les plus élevés. Le nord du Canada affiche des augmentations dans la plupart des régions, celles‑ci s’accentuant à mesure que le réchauffement s’intensifie. Les zones hachurées indiquent les régions où moins de 80 % des modèles s’entendent sur le caractère positif ou négatif des changements.
3.5.3 Précipitations verglaçantes
Les changements dans les précipitations verglaçantes extrêmes sont évalués au chapitre 8, tandis que la présente section se concentre sur les changements moyens. La pluie verglaçante et la neige mouillée peuvent adhérer aux structures et aux installations, et avoir ainsi des conséquences catastrophiques (Hanesiak et al., 2022; Roebber et Gyakum, 2003). À mesure que le réchauffement planétaire s’accentuera, les précipitations verglaçantes devraient devenir plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, notamment dans les Prairies canadiennes et une grande partie du nord du pays (Cannon et al., 2020; Jeong et al., 2019; McCray et al., 2022). La durée des précipitations verglaçantes devrait augmenter de plus de 5 heures par an à un niveau de réchauffement planétaire de 3 °C dans la majeure partie de cette région (figure 3.14), ce qui représente une augmentation de plus de 50 % à de nombreux endroits (McCray et al., 2022). Cependant, une diminution est projetée dans le sud de l’Ontario et le Canada atlantique, alors que le Québec devrait connaître peu de changements (figure 3.14). On s’attend à une augmentation des précipitations verglaçantes dans la majeure partie du Canada à cause de la formation plus fréquente d’une couche de fonte dans l’atmosphère (plus chaude), combinée à des températures à la surface inférieures à zéro (Cannon et al., 2020; Jeong et al., 2019; McCray et al., 2022). Les changements projetés de la fréquence des précipitations verglaçantes par rapport à une période de référence récente (1980‑2008) sont faibles à un niveau de réchauffement planétaire de 2 °C, mais deviennent plus importants, plus répandus et plus constants dans les modèles à mesure que le réchauffement s’accentue (figure 3.14).
Faits saillants de la figure : À mesure que le réchauffement planétaire s’intensifie, les précipitations verglaçantes devraient être plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, mais moins fréquentes dans le sud de l’Ontario et le Canada atlantique.
Titre de la figure : Changements projetés dans les précipitations verglaçantes dans l’ensemble du Canada à différents niveaux de réchauffement planétaire.
Description longue
Cette figure montre les changements projetés du nombre d’heures de précipitations verglaçantes par an en Amérique du Nord à des niveaux de réchauffement planétaire de 2, de 3 et de 4 °C par rapport à la médiane de la période de 1980 à 2009. Chacun des trois panneaux correspond à un niveau de réchauffement. Les couleurs indiquent l’ampleur et l’orientation du changement : les tons de bleu représentent des augmentations du nombre d’heures de précipitations verglaçantes, tandis que les tons de rouge représentent des diminutions. Les zones hachurées indiquent les points de grille où 100 % des combinaisons modèle‑algorithme s’accordent sur le fait que le changement sera positif ou négatif.
À tous les niveaux de réchauffement, une grande partie du centre et du nord du Canada présente une augmentation des heures de précipitations verglaçantes. À l’inverse, le sud de l’Ontario, le sud du Québec et le Canada atlantique affichent des diminutions. À mesure que le réchauffement planétaire passe de 2 à 4 °C, les zones d’augmentation et de diminution deviennent plus marquées, ce qui met en évidence de forts contrastes régionaux dans l’évolution future de la durée des épisodes de précipitations verglaçantes.
Les études sur les changements dans les précipitations verglaçantes dans certaines régions parviennent à des conclusions généralement similaires, quelle que soit l’approche utilisée. J. Liang et Sushama (2019) ont utilisé un modèle climatique régional basé sur deux modèles climatiques mondiaux pour montrer que les précipitations verglaçantes associées aux rivières atmosphériques devraient se produire plus souvent dans une grande partie de l’ouest du Canada, en particulier au nord du 55e parallèle nord, car les rivières atmosphériques deviendront plus fréquentes et plus intenses (section 4.5 du chapitre 4). Dans une étude utilisant des modèles climatiques régionaux, Stewart et al. (2019) ont indiqué, selon leurs projections, que les précipitations verglaçantes deviendraient plus fréquentes au Nunavut et dans les Territoires du Nord‑Ouest, mais qu’elles changeraient peu dans les provinces des Prairies. Même si les pluies verglaçantes devraient généralement diminuer dans le Canada atlantique et qu’il devrait y avoir peu de changements dans le sud du Québec, les collines et les montagnes locales peuvent influer sur ces changements. On s’attend à ce que la topographie de la vallée du Saint-Laurent (Marinier et al., 2023) et du Nouveau-Brunswick (Chartrand et al., 2022) contribue au maintien des précipitations verglaçantes dans des conditions plus chaudes, d’après les simulations climatiques qui permettent la convection.
Dans l’ensemble, nous estimons avec un degré de confiance moyen que les précipitations verglaçantes deviendront plus fréquentes dans une grande partie du Canada, en particulier dans le centre du pays, mais moins fréquentes dans le Canada atlantique et le sud de l’Ontario. Des changements plus importants de la fréquence des précipitations verglaçantes devraient se produire à des niveaux de réchauffement élevés.
3.5.4 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 3.8 :
Les précipitations hivernales et annuelles moyennes devraient augmenter partout au Canada, en particulier dans le nord du pays et autour de la baie d’Hudson (degré de confiance élevé). Les précipitations estivales moyennes devraient augmenter dans le nord du Canada (degré de confiance moyen), mais diminuer dans certaines régions du sud du pays (faible degré de confiance). Les précipitations annuelles moyennes devraient augmenter dans tout le Canada d’ici la période 2081-2100 par rapport à la période 1850-1900 de 10 % (7–15 %) dans un scénario de carboneutralité, de 13 % (9–18 %) dans un scénario fondé sur les politiques actuelles et de 17 % (12–24 %) dans un scénario sans politiques (degré de confiance moyen). Les augmentations des précipitations hivernales pourraient dépasser 50 % dans certaines régions du Nunavut et du Nunavik (nord du Québec) dans le scénario fondé sur les politiques actuelles (degré de confiance moyen).
Message clé 3.9 :
Les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans le nord du Canada, mais diminuer dans le sud, en particulier dans les régions côtières (degré de confiance moyen). Cette tendance reflète une augmentation des précipitations partout au Canada, mais, sous l’effet du réchauffement, celles-ci seront moins sous forme de neige dans les régions les plus méridionales. Dans le scénario fondé sur les politiques actuelles et celui sans politiques, les précipitations verglaçantes devraient devenir plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, mais moins fréquentes dans le Canada atlantique et le sud de l’Ontario (degré de confiance moyen), en raison des changements dans l’occurrence simultanée de conditions de gel à la surface et d’air plus chaud en altitude.
Dans le message clé 3.8, nous déterminons avec un degré de confiance élevé que les précipitations hivernales et annuelles moyennes devraient augmentent partout au Canada, en particulier dans le nord du pays et autour de la baie d’Hudson. Cette évaluation s’appuie sur les projections CMIP6 présentées dans le présent chapitre et sur la documentation évaluée à la section 3.5. Elle est semblable à l’évaluation faite dans le RCCC de 2019 (X. Zhang et al., 2019). Notre évaluation repose également sur l’évaluation du RE6 du GIEC (Gutiérrez et al., 2021) selon laquelle il est très probable que les précipitations annuelles moyennes augmenteront dans le nord-est et le nord-ouest de l’Amérique du Nord, deux régions définies par le GIEC qui couvrent ensemble la majeure partie du Canada. De même, notre évaluation assortie d’un degré de confiance moyen selon laquelle les précipitations estivales augmenteront dans le nord du Canada est en grande partie fondée sur l’évaluation du RE6 du GIEC selon laquelle il est probable que les précipitations estivales augmenteront dans les régions nordiques du nord-est et du nord-ouest de l’Amérique du Nord (Gutiérrez et al., 2021). Elle s’appuie également sur les projections CMIP6 présentées dans le présent chapitre et sur d’autres publications récentes évaluées à la section 3.5. Le faible degré de confiance accordé aux diminutions projetées des précipitations estivales dans l’extrême sud du Canada repose sur l’évaluation du GIEC selon laquelle il existe une incertitude élevée quant aux changements des précipitations estivales, sauf dans l’extrême nord de l’Amérique du Nord (Gutiérrez et al., 2021). Il découle également du signe variable des changements projetés dans les précipitations dans cette région dans les simulations CMIP6 (figure 3.12) et les études évaluées à la section 3.5. Nous fournissons les fourchettes d’incertitude de 90 % des projections des précipitations dérivées directement de la fourchette correspondante des changements projetés dans les simulations CMIP6, mais, comme peu de publications évaluent ou contraignent les projections des précipitations pour le Canada, nous avons un degré de confiance moyen dans ces projections quantitatives de même que dans notre évaluation des changements régionaux des précipitations dans la dernière phrase du message clé 3.8. Notre évaluation selon laquelle les augmentations des précipitations hivernales pourraient dépasser 50 % au Nunavut et au Nunavik est basée sur les augmentations moyennes projetées des précipitations dépassant 50 % dans ces régions à la figure 3.12.
Dans le message clé 3.9, notre évaluation selon laquelle les chutes de neige annuelles devraient augmenter dans le nord du Canada correspond à celle du GIEC (Gutiérrez et al., 2021). Notre évaluation selon laquelle les chutes de neige diminueront dans l’extrême sud du Canada, mais augmenteront dans le nord du pays correspond également aux projections relatives aux accumulations de neige évaluées à la section 6.2 du chapitre 6, et est corroborée par les projections basées sur Sobie et al. (2024). Notre degré de confiance est moyen plutôt qu’élevé en raison du nombre limité d’études sur le sujet. Comme il existe une incertitude considérable quant à l’étendue de la région où les chutes de neige augmenteront, nous nous concentrons sur les changements projetés dans l’extrême sud et le nord du Canada, associés à un degré de confiance plus élevé. La deuxième phrase est un énoncé de fait sur les processus à l’origine des changements dans les chutes de neige et s’appuie sur la documentation évaluée à la section 3.5.2. Notre évaluation selon laquelle les précipitations verglaçantes deviendront plus fréquentes dans la majeure partie du Canada, mais moins fréquentes dans le Canada atlantique et le sud de l’Ontario, est étayée par les projections des précipitations verglaçantes issues de trois études récentes menées à l’échelle du Canada (Cannon et al., 2020; Jeong et al., 2019; McCray et al., 2022). Nous nous concentrons sur le scénario fondé sur les politiques actuelles et celui sans politiques, car les changements simulés de la durée des précipitations verglaçantes sont plus importants et plus significatifs sur le plan statistique aux niveaux de réchauffement plus élevés associés à ces scénarios (section 3.5.3). Nous avons un degré de confiance moyen plutôt qu’élevé dans cette conclusion en raison de la couverture limitée de ce sujet dans la contribution du GT1 au RE6 du GIEC ou le RCCC de 2019 ainsi qu’en raison de certaines différences dans les tendances du changement projetées d’une étude à l’autre. La dernière partie du message clé est un énoncé de fait sur les processus à l’origine des précipitations verglaçantes et s’appuie sur la documentation évaluée à la section 3.5.3.
3.6 : Vent moyen près de la surface
Message clé 3.10 :
La vitesse moyenne du vent près de la surface et le potentiel éolien devraient diminuer au Canada (faible degré de confiance). Les projections de la vitesse du vent au Canada sont très incertaines à cause du faible degré de concordance entre les modèles.
Cette section évalue les changements dans les vents moyens près de la surface au Canada. Les changements projetés dans la circulation atmosphérique à grande échelle, y compris les changements du vent au-dessus des océans, sont évalués aux sections 4.3 et 4.4 du chapitre 4. Les changements projetés dans les vents extrêmes au Canada sont évalués à la section 8.4.2 du chapitre 8, qui attribue un faible degré de confiance à la fois à la direction et à l’ampleur des changements futurs dans les vents extrêmes.
En général, les modèles climatiques font la projection d’une diminution des vitesses moyennes du vent près de la surface au Canada (Karnauskas et al., 2018; Pryor et al., 2020; Ranasinghe et al., 2021 [12.4.6.3]). Une diminution de la vitesse du vent près de la surface réduirait le potentiel éolien, car la production d’énergie éolienne est très élevée à la vitesse du vent (voir par exemple Pryor et al., 2020). Ces changements sont associés au réchauffement accru de l’Arctique par rapport aux basses latitudes (évalués à la section 4.2 du chapitre 4), que l’on croit à l’origine de la réduction de l’intensité des tempêtes extratropicales (Karnauskas et al., 2018). Les changements passés de la vitesse du vent près de la surface sont également associés à une augmentation de la rugosité de la surface, notamment par l’intermédiaire de l’urbanisation (section 2.6.2 du chapitre 2). Cependant, la concordance entre les modèles est généralement faible. Par exemple, dans le RE6 du GIEC (Ranasinghe et al., 2021), la figure 12.4m montre que la concordance entre les modèles est faible dans les projections de la vitesse du vent près de la surface dans le scénario de faibles émissions (SSP1-2.6). Alors que la figure 12.4o du même rapport montre une concordance élevée entre les modèles en ce qui concerne la diminution de la vitesse du vent dans l’ouest du Canada dans le scénario d’émissions très élevées (SSP5-8.5), les projections ne sont pas présentées pour les scénarios d’émissions intermédiaires (SSP2-4.5) ou d’émissions élevées (SSP3-7.0), que nous examinons ici. La faible concordance entre les modèles pour l’est du Canada dans les deux scénarios présentés par Ranasinghe et al. (2021) ainsi que pour l’ensemble du pays dans le scénario SSP1-2.6, réduit notre degré de confiance dans les projections des vents moyens près de la surface. Le degré de confiance dans ces projections est également limité par le fait que les modèles sous-estiment généralement les fortes baisses des vents près de la surface observées au cours des dernières décennies (Shen et al., 2022).
3.6.1 : Termes liés à la confiance dans les messages clés : résumé des données probantes
Message clé 3.10 :
La vitesse moyenne du vent près de la surface et le potentiel éolien devraient diminuer au Canada (faible degré de confiance). Les projections de la vitesse du vent au Canada sont très incertaines à cause du faible degré de concordance entre les modèles.
La diminution projetée de la vitesse moyenne du vent est basée sur les résultats moyens de plusieurs modèles présentés dans le RE6 du GIEC (Ranasinghe et al., 2021), mais nous avons un faible degré de confiance dans ces changements projetés à cause de la faible concordance entre les modèles.
3.7 : Principales lacunes dans les connaissances et questions émergentes
Pour certaines variables évaluées dans le présent chapitre, telles que les changements futurs dans les chutes de neige et la vitesse du vent au Canada, la documentation est limitée. De plus, bien que les observations servent à contraindre les projections des températures au Canada dans ce chapitre et dans l’évaluation du niveau de la mer au chapitre 7, il existe très peu de documentation sur les projections contraintes par des observations d’autres variables au Canada. Nous devons donc souvent nous fier aux résultats directs de l’ensemble des simulations des modèles climatiques disponibles pour calculer les fourchettes d’incertitude, qui pourraient être plus larges que nécessaire et non interprétables de manière probabiliste. Une autre lacune dans les connaissances sur l’évaluation des changements climatiques futurs au Canada réside dans le fait que, pour certaines variables, la documentation est principalement axée sur des scénarios d’émissions très élevées, et non sur des scénarios d’émissions intermédiaires (comme SSP2-4.5), qui reflètent mieux les politiques climatiques actuelles. De plus, même les projections basées sur l’éventail complet de scénarios SSP ne représentent qu’un ensemble limité d’avenirs possibles, comme il est expliqué à la section 3.3.1. Il serait peut-être plus utile pour de nombreux intervenants de disposer d’une documentation plus fournie utilisant des ensembles complets de scénarios probabilistes, afin de pouvoir associer des probabilités données à des scénarios particuliers et aux changements climatiques connexes. En outre, il existe peu de documentation sur le degré de prise en compte, dans les scénarios existants, des visions du monde et des droits fonciers des peuples autochtones (encadré 3.2). Étant donné que ces scénarios mondiaux représentent l’évolution possible des sociétés, des terres et des économies, il s’agit d’une lacune majeure dans le contexte des engagements pris en faveur de la réconciliation au Canada et ailleurs.
FAQ
FAQ 3.1 : Quelle est la différence entre les projections climatiques et les prédictions climatiques décennales?
Réponse courte :
Les projections climatiques sont basées sur des simulations des changements des conditions climatiques moyennes en réponse à des scénarios de changements futurs possibles des émissions de gaz à effet de serre et d’autres facteurs. En revanche, les prédictions climatiques décennales reposent sur l’état observé du système climatique, comme les prévisions météorologiques, et peuvent prédire les variations interannuelles des températures au Canada pour une période allant jusqu’à quelques années.
Réponse longue :
Les projections climatiques sont généralement produites à l’aide d’un ensemble de simulations des modèles climatiques, qui représentent les conditions climatiques moyennes et leurs changements à long terme en réponse à un scénario de changements futurs possibles des émissions de gaz à effet de serre et d’autres facteurs climatiques. Cependant, ces simulations ne sont pas basées sur des observations réelles de l’atmosphère et des océans. Les conditions moyennes de ces simulations devraient correspondre aux conditions moyennes du monde réel, mais le temps qu’il fera à des dates, mois ou années donnés dans chaque simulation ne correspondra pas à ce qui est réellement observé, même dans un avenir proche. De même, la séquence des années El Niño et La Niña dans ces simulations ne correspondra pas aux observations. Ce décalage s’explique par le fait que les variations internes ne sont pas synchronisées avec les observations dans ces projections climatiques.
En revanche, les prédictions climatiques sont des simulations des modèles climatiques dans lesquelles la variabilité interne est initialement synchronisée avec les observations. Pour ce faire, les simulations sont lancées à partir de l’état réel et observé de l’atmosphère et des océans (de la même manière que les prévisions météorologiques). Les prédictions décennales sont des prévisions climatiques sur plusieurs années, une décennie ou plus. Bien que les incertitudes augmentent à mesure que l’on tente de prédire plus loin dans le temps, les prédictions décennales permettent de prédire les températures estivales et hivernales moyennes au Canada avec plus d’exactitude que les projections climatiques au cours des premières années de la prévision.
FAQ 3.2 : Quelles sont les principales différences entre les projections du RCCC de 2019 et celles du RCCC de 2026?
Réponse courte :
Dans l’ensemble, depuis la première édition du Rapport sur le climat changeant du Canada (RCCC de 2019), notre degré de confiance dans les projections du climat futur a augmenté, alors que les incertitudes ont diminué. Dans le présent rapport (RCCC de 2026), pour un niveau donné d’émissions futures, notre projection du réchauffement au Canada est plus élevée qu’elle ne l’était dans le RCCC de 2019.
Réponse longue :
Dans l’ensemble, les projections présentées dans le présent rapport correspondent à celles du RCCC de 2019, mais avec un degré de confiance accru. Il existe toutefois certaines différences. Ce rapport prévoit un réchauffement au Canada plus important que le RCCC de 2019 pour des scénarios comparables. L’estimation médiane du réchauffement au Canada d’ici la période 2081-2100 est supérieure de 0,8 °C pour un scénario de faibles émissions et de 1,0 °C pour un scénario d’émissions très élevées dans le présent rapport, comparativement à celle projetée dans le RCCC de 2019. Cet écart s’explique par des différences dans les scénarios, la mise à jour des simulations des modèles climatiques et l’utilisation d’approches visant à synthétiser l’information provenant des modèles et des observations afin de réduire les incertitudes dans les projections. Parallèlement, la probabilité du scénario d’émissions très élevées, qui était l’un des deux scénarios en vedette dans le RCCC de 2019, est désormais considérée comme faible.
Ce rapport attribue un degré de confiance plus élevé à la projection d’une augmentation de la sécheresse hydrologique et de la sécheresse agricole dans le sud du Canada que le RCCC de 2019. Une meilleure compréhension des facteurs à l’origine des changements passés du niveau de la mer a accru notre degré de confiance dans les projections à très court terme. Cependant, les processus liés aux inlandsis restent très incertains et pourraient contribuer à augmenter les quantités d’eau de fonte se déversant dans les océans depuis l’inlandsis de l’Antarctique. Par conséquent, les projections à long terme du niveau de la mer restent incertaines.
L’une des principales conclusions du RCCC de 2019 était que la dernière zone de glace de l’Arctique se trouverait au nord de l’archipel arctique canadien et qu’elle constituerait un refuge important pour les espèces dépendantes de la glace. Dans le présent rapport, les zones d’eau libre récemment observées dans la région et l’amincissement de la glace de mer ont conduit à estimer que la glace de mer dans cette région pourrait être moins résiliente à l’égard du réchauffement qu’on ne le pensait auparavant.
Alors que le RCCC de 2019 ne comprenait pas de prédictions décennales des changements climatiques décrivant les changements des températures à très court terme à l’échelle du Canada, celles-ci sont incluses dans le présent rapport. En outre, le RCCC de 2026 comprend des projections d’un plus grand nombre de types d’extrêmes que le RCCC de 2019.
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