Souvenirs des missions, des équipages et des amis
Article de nouvelles / Le 21 janvier 2022
Cheryl Condly
Le capitaine Ken Portas a été l’un des premiers pilotes à se joindre au détachement du 429e Escadron de transport (429 ET) à Edmonton en août 1968. Il s’est beaucoup plu à l’escadron et aux commandes du Buffalo CC-115, notamment parce que « l’aéronef était tout nouveau et ne ressemblait à aucun autre appareil de la Force aérienne, sans parler du fait que les équipages sont devenus très soudés, et que nous et nos familles sommes devenus amis pour la vie. »
À l’époque, le 429 ET opérait sous le Commandement de la Force mobile de l’Armée de terre en tant que transport tactique. L’avion pouvait transporter vingt-huit parachutistes entièrement équipés, des palettes de fret, des jeeps à pleine charge ainsi que d’autres équipements nécessaires pour le personnel des Forces canadiennes, ce qui en faisait une excellente plate-forme pour les missions tactiques.
Les dimensions de la soute permettaient de contenir des palettes Hercules placées dans le sens de la longueur, ce qui facilitait le mouvement du fret. Ce système comprenait un ensemble de rails de retenue et un système Sked pour maintenir les palettes en place pendant le vol et permettre aux équipages du Buffalo de larguer de l’équipement. Les palettes étaient extraites à l’aide d’un parachute stabilisateur et de parachutes principaux.
« Cette capacité a mené à la capacité à utiliser les pistes courtes la plus remarquable et incomparable parmi celles de tous les avions de sa taille à l’époque », affirme Portas. « Ses pneus de train principal, larges et bulbeux, permettaient de se poser sur des pistes irrégulières et des bandes d’atterrissage de fortune. J’ai atterri plusieurs fois sur des champs de foin de type agricole au camp Wainwright, en Alberta. De manière générale, l’avion pouvait utiliser 1 500 pieds de piste ou moins, tout dépendant de son poids. Lors du spectacle aérien d’Abbotsford, nous avons fait la démonstration d’un arrêt-décollé sur une distance de 1 000 pieds. »
Un vol très peu connu mettant à profit les performances du Buffalo est documenté dans le carnet de route de Portas. « Le 29 novembre 1970, nous avions envoyé deux aéronefs à la base aérienne Eielson de l’United States Air Force (USAF) située près de Fairbanks, en Alaska, dans le cadre d’un exercice interarmées », se remémore Portas. « Lors de cet exercice, l’Aviation royale canadienne, l’USAF et la Force aérienne australienne devaient parachuter des troupes et de l’équipement en grande quantité. Pendant toute la durée de l’exercice, il faisait un glacial 50 degrés au-dessous de zéro. »
Portas et son équipage occupaient l’avion de tête puisqu’ils avaient le rôle d’orienteur-marqueur dans le cadre de cette importante opération de parachutage. Ils avaient pour mission de rejoindre un C141 Starlifter à 20 miles de là, puis de calculer la trajectoire et le point de largage pour le parachutage de soldats américains et d’une jeep. L’équipage du Starlifter a été chargé de placer un grand « A » comme point de visée initial pour l’attaque principale qui devait avoir lieu 30 minutes plus tard. Les navigateurs de la vingtaine d’aéronefs qui suivaient devaient utiliser ce marqueur comme point de visée et de dérive.
« Dans le Buffalo, le pilote du siège droit trace et annonce la séquence de largage », explique Portas. « Pour ce qui est de l’équipage du Hercules, le navigateur trace la séquence de largage, mais il se fie davantage aux informations électroniques. À l’époque, nous trouvions la méthode de l’œil nu bien plus précise. »
Pendant l’exercice, l’USAF a annoncé qu’un village autochtone, Anaktuvuk Pass, sur le versant nord de l’Alaska, était à court de mazout de chauffage et de carburant diesel. L’USAF avait tenté d’acheminer des fournitures sur la piste par voie aérienne avec des aéronefs de transport C123 bimoteurs, mais cela était impossible, car la moitié de la piste de 3 000 pieds était recouverte d’épais bancs de neige.
Le commandant du 429 ET, le major Bob Caskie, a été approché par des militaires de l’USAF « pour voir ce qui serait possible de faire avec le Buff, puisqu’ils avaient entendu parler de ses performances », déclare Portas. « Ainsi, notre équipage a discuté de la mission et a décidé de charger des fûts de carburant et de se lancer dans ce voyage de 600 milles marins vers le nord. »
Piloté par Portas et Terry Kitzu, copilote, l’équipage comprenait le mécanicien de bord Don Steers et l’arrimeur George Baker. Ils ont décollé le 11 décembre 1970.
« Le voyage jusqu’à Anuktuvuk Pass à environ 14 000 pieds dans les airs s’est déroulé au milieu de nuages épars, au-dessus des montagnes Rocheuses recouvertes d’une neige abondante. C’était magnifique, » affirme Portas. « La conception du Buffalo, avec sa grande puissance, sa voilure fortement hypersustentée et ses volets de courbure, a permis des approches à forte pente et une vitesse réduite lors du décollage et de l’approche. Les longues jambes de train d’atterrissage, les pneus de grande taille et le système de levage et de déchargement automatique ont permis à l’appareil de rester au sol après le toucher des roues. »
« Le terrain d’aviation était orienté nord-sud et l’extrémité nord était en effet lourdement recouverte de bancs de neige. La visibilité au village était assez faible dû au brouillard glacé, mais nous avons tout de même repéré le village et la piste, et sommes descendus assez abruptement pour survoler le site. L’atterrissage a fait monter notre rythme cardiaque, comme le font la plupart des atterrissages! Je dis souvent que tout ce qui monte doit forcément redescendre. »
Après quelques passages à basse altitude, nous avons atterri au sud sans difficulté. Tous les habitants du village nous ont accueillis avec grand enthousiasme et nous ont offert leurs meilleurs vœux. Ils voulaient nous offrir des sculptures sur pierre, mais nous avons poliment refusé. Les aider était notre mission, et nous étions heureux de le faire. En tant que militaire, je pense que nous éprouvons tous un sentiment de gratification lorsque l’on réussit à aider les gens en tirant parti de toutes les heures d’instruction que l’on reçoit. »
Portas fait également l’éloge « d’un autre groupe de personnes qui n’a pas assez de reconnaissance. Un aéronef ne pourra jamais quitter le sol sans une équipe au sol. »
Certains souvenirs nous rappellent également les dangers de l’aviation. Le 2 novembre 1970, un Dakota militaire canadien, le no 12930, s’est écrasé à Cape Perry, dans les Territoires du Nord-Ouest, en essayant de larguer du carburant et une trousse de survie vers un hélicoptère abattu. Les neuf membres de l’équipage du Dakota ont péri.
Ken Portas, Peter Francis et Dave Royer se sont rendus sur le site le 20 novembre 1970. La mémoire de leurs amis est encore bien vivante aujourd’hui.