« Gus » Edwards -homme d'honneur, de courage et de conviction
Article de nouvelles / Le 22 juin 2012
Une douce brise printanière, imprégnée du doux parfum des fleurs, soufflait sur le Cimetière militaire national du Canada (CMN), situé dans le Cimetière Beechwood, lorsqu’on a inhumé le Maréchal de l’Air Harold « Gus » Edwards, CB, aux côtés de ses frères d’armes plus de 60 ans après sa mort.
La cérémonie d’inhumation, avec tous les honneurs militaires qui s’imposent, a eu lieu le 15 juin 2012.
Durant la Seconde Guerre mondiale, en tant que commandant en chef de l’aviation de l’ARC outre-mer, le M/air Edwards a fait la promotion de la controversée « canadianisation » de l’Aviation royale canadienne, ce qui a entraîné la création d’escadrons canadiens, dotés de personnel canadien et sous commandement canadien, qui ont pris part aux combats.
En 2011, la revue Legion l’a nommé l’un des 25 chefs militaires les plus renommés au Canada », et il a été intronisé au Panthéon de l’Aviation du Canada le 14 juin 2012.
Le M/air Edwards est décédé en 1952 et a été enterré dans la section civile du Cimetière Beechwood le 29 février 1952. Il avait pris sa retraite de l’Aviation royale canadienne et, selon les règlements en vigueur à cette époque, il ne pouvait pas être enterré dans la section militaire du cimetière parce qu'il n’était plus en service.
De plus, son épouse bien-aimée et sa fille, Bea et Suzanne, n’étaient pas présentes à l’enterrement — même si elles avaient assisté aux funérailles, tenues à l’Église Dominion Chalmers, dans le centre-ville d’Ottawa. « Il y avait eu des funérailles militaires complètes, mais les femmes n’avaient pas le droit de se rendre au lieu de sépulture », a expliqué Suzanne Edwards.
Regarder une vidéo de la procession funéraire et de l’inhumation du M/air Edwards en 1952.
En 2001, lorsque le Cimetière militaire national a été créé, Mme Edwards a commencé à faire des démarches pour que son père puisse reposer où il se doit aux côtés d’autres membres de la Marine, de l’Armée et de la Force aérienne dans le CMN. « Lorsque j'ai vu [que le cimetière] ouvrait, je me suis dit que c’est exactement là que devrait être enterré Gus », a déclaré Mme Edwards.
Au fil des ans, Mme Edwards a communiqué avec diverses organisations pour qu’on l'aide à mettre en terre son père au CMN. Elle a expliqué que les diverses organisations, y compris la Défense nationale, avaient été incapables de l’aider, « non pas parce qu'elles ne voulaient pas, mais plutôt parce que les fonds n’étaient pas disponibles pour financer le transfert. »
« J’ai essayé différentes avenues pour le faire transférer, mais aucune n’a fonctionné jusqu’à ce que je parle avec le Colonel Sam Michaud [ancien commandant de la 12e Escadre Shearwater, en N.-É.], et il a dit ‘‘laissez-moi m’en occuper, je vais voir ce que je peux faire’’… C’était en septembre dernier. »
La Fondation Vimy, dont la mission est de « préserver et promouvoir l’héritage canadien de la Première Guerre mondiale », a recueilli des fonds grâce à des dons privés pour couvrir le coût de la réinhumation. L’ARC a fourni les éléments pour la cérémonie, y compris un garde d’honneur, un commandant des porteurs, un clairon, un cornemuseur et un aumônier.
« Les souhaits de ma mère sont exaucés. J'ai y travaillé pendant dix ans, alors, c’est une journée extraordinaire pour moi et pour ma famille », a déclaré Mme Edwards. Je suis très reconnaissante à la Force aérienne et au ministère de la Défense nationale d’avoir épousé la cause et d’être allés jusqu’au bout. »
« C’est un jour extraordinaire, a-t-elle dit. Je vois finalement la lumière au bout du tunnel que je ne voyais pas avant. »
Le Lieutenant-général André Deschamps a dit que la réinhumation « bouclait la boucle ».
En raison de la relativement courte histoire et de la petite taille de l’Aviation royale canadienne avant la guerre, a t il expliqué, le M/air Edwards a été le premier membre des forces aériennes à obtenir ce grade (équivalent aujourd'hui à celui de lieutenant-général) et, en 1952, il est devenu le premier officier de l’ARC de ce grade à mourir et à être enterré.
« Paradoxalement, a déclaré le Lgén Deschamps, il sera également le dernier maréchal de l’Air à être enterré, car ce grade n’existe plus dans l’ARC. »
Durant la cérémonie de réinhumation, le garde d’honneur aux funérailles a tiré une salve, un clairon a joué The Last Post, et un cornemuseur de l’ARC a joué la complainte The Flowers of the Forest.
Mme Edwards était accompagnée par des amis et des membres de sa famille, y compris sa cousine, Mme Jane Ready, son neveu, M. Bogart Edwards, et sa fille Isabella, qui est l’arrière-petite-fille du m/air Edwards. La mère de Mme Edwards s’est éteinte en 1973, et son frère, Billy Edwards, est décédé en 1995.
À la fin de la cérémonie, parents et amis ont déposé des fleurs et des coquelicots sur le cercueil du M/air Edwards, et on a remis à Mme Edwards le drapeau canadien qui entourait le cercueil. Le drapeau avait volé au-dessus de la 12e Escadre Shearwater, en N.-É., base aérienne où le M/air Edwards avait commandé dans les années 1930.
« Je sais qu’il aurait certainement voulu être avec d’autres hommes qui ont servi avec courage, honneur et distinction, a déclaré Mme Edwards. C’est ici qu'il doit être. »
Le Lgén Deschamps a rendu hommage au M/air Edwards et à sa fille dans son discours durant le service : « Madame Edwards, aujourd'hui nous saluons une autre fois votre père au moment où il est réinhumé aux côtés de ses frères d’armes dans notre Cimetière militaire national.
« Nous sommes heureux d’avoir l’occasion d’honorer sa contribution, et nous lui sommes reconnaissants d’avoir servi au sein des FC. Il était un homme d’honneur, de courage et de conviction. »
« Et je vous salue pour votre ténacité dans vos efforts pour faire réinhumer votre père ici, comme il se doit. »
« Je crois que l’ancienne devise de l’Aviation royale s’applique à vous et à votre père, le Maréchal de l’Air Harold Edwards. Per Ardua ad Astra — À travers les embuches jusqu’aux étoiles. »
Un champion de la « canadianisation »
La vie et la carrière du M/air) Edwards ont été traversées par des événements importants de l’histoire du Canada et de l’Aviation royale canadienne (ARC).
À 14 ans, il a abandonné l’école pour aller travailler dans une mine de charbon du Cap-Breton, où les conditions étaient précaires. Cependant, son intelligence naturelle, son dynamisme et son talent lui ont rapidement permis de se hisser au rang d’électricien en chef de la mine.
Pendant la Première Guerre mondiale, son avion de chasse a été abattu, et il a été fait prisonnier. Après plusieurs tentatives d’évasion, dont l’une a presque été fructueuse, il a décidé de continuer son auto-apprentissage exigeant qu’il s’était imposé après l’abandon de ses études.
Après la guerre, il a exercé la profession de pilote dans la Royal Air Force, aidant les Biélorusses à combattre les factions révolutionnaires communistes en Russie. Par la suite, il a intégré l’Aviation canadienne, où il a notamment joué un rôle prépondérant dans la cartographie aérienne du Manitoba et la transformation de la station de l'ARC à Dartmouth, une petite hydrobase, en une station aérienne au plein sens du terme, maintenant connue sous le nom de « 12e Escadre Shearwater ».
En 1936, il a transporté par avion des fournitures au site de la catastrophe minière de Moose River, en Nouvelle-Écosse, et a ensuite évacué les survivants à un hôpital d’Halifax. Cette catastrophe est entrée dans l’histoire du Canada, car la chaîne de radio CBC a présenté des reportages toutes les demi-heures pendant 56 heures consécutives jusqu’à ce que les 2 survivants soient secourus. C’est donc le premier événement ayant fait l’objet d’une couverture en direct 24 heures sur 24 en Amérique du Nord. Le M/air Edwards a même été interviewé au sujet de la participation de l’ARC au sauvetage. « Quand j’avais cinq ans, je me souviens que ma mère s’est écriée : “ Viens vite! Papa est à la radio! ” », affirme Mme Edwards.
« S’il s’agissait de ses seules réalisations, on se souviendrait du M/air Edwards comme d’un homme intéressant aux multiples talents qui a apporté une précieuse contribution à l’ARC et à son pays malgré des débuts modestes, soutient le Lgén Deschamps. Aujourd’hui, nous nous remémorons et nous honorons le M/air Edwards comme un acteur essentiel du développement de l’ARC. »
En 1939, le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB) a été implanté au Canada pour enseigner aux pilotes du Commonwealth et d’autres pays les techniques qui leur faisaient cruellement défaut pour remporter la guerre aérienne contre les forces nazies. Le M/air Edwards a géré les aspects du PEACB touchant au personnel et a participé à une initiative visant à recruter des aviateurs civils et militaires américains, une tâche qui devait être remplie avec délicatesse et tact afin de respecter la neutralité des États-Unis. Toutefois, son heure de gloire est arrivée lorsqu’il a été muté à Londres, en Angleterre, en 1942.
Selon l’entente conclue relativement au PEACB, les aviateurs promus du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande devaient être affectés à des escadrons formés par leurs propres forces aériennes. Les deux années pendant lesquelles il a occupé le poste de commandant de l'aviation en chef de l’ARC outre-mer, le M/air Edwards a lutté avec acharnement pour la création d’escadrons dotés en personnel canadien, et il y est finalement parvenu.
Au cours des premiers mois de la guerre, des membres des forces aériennes du Commonwealth étaient rattachés aux escadrons de la Royal Air Force. Toutefois, le M/air Edwards comprenait l’importance opérationnelle que les Canadiens soient sous commandement canadien et savait qu’il était vital que les équipes navigantes et au sol canadiennes fassent partie de la chaîne de commandement canadienne pour leur gestion, leur avancement professionnel, leur moral et leur bien-être.
« Il était très tenace, confirme Mme Edwards. Dès qu’il croyait qu’une cause était juste, il se battait jusqu’au bout pour la gagner. »
Sa campagne de canadianisation a soulevé d’importants remous parmi les dirigeants militaires et civils en Grande-Bretagne et au Canada ainsi que dans les médias. Selon les mots de l’historien militaire canadien C.P. Stacey, le M/Air Edwards « a provoqué le mécontentement des deux parties à différentes occasions et est devenu l’officier le plus controversé de l’ARC ».
Néanmoins, même si de nombreuses équipes navigantes et au sol canadiennes ont continué à servir dans des escadrons de la Royal Air Force, plus de 40 escadrons canadiens (les escadrons de la série 400 qui se sont démarqués jusqu’à aujourd’hui) ont été constitués. La canadianisation a aussi ouvert la voie à la formation du groupe no 6 (Bomber), la seule formation canadienne de ce niveau à combattre pendant la Deuxième Guerre mondiale.
En 1943, le M/air Edwards a reçu l’Ordre du Bain (Compagnon). Outre ses décorations des Première et Seconde Guerres mondiales, il s’est vu décerner des décorations par d’autres pays, dont l’Ordre de Sainte-Anne et l’Ordre de Saint-Stanislas de la Russie, la Légion d’honneur (officier) et la Croix de guerre avec palme de la France, l’Ordre du Lion blanc « pour la Victoire », 1re classe de la Tchécoslovaquie et la Légion du Mérite (commandant) des États-Unis.
Le M/air Edwards a été rappelé au Canada en 1943 et a pris sa retraite un an plus tard. Sa santé, qui avait toujours été chancelante, a rapidement décliné. Il est décédé le 23 février 1952 à peine âgé de 59 ans.
Mme Edwards a écrit deux livres sur la vie de son père : la biographie Gus: From Trapper Boy to Air Marshal et le livre pour enfants, The Adventures of a Trapper Boy. Ce dernier a été présélectionné pour le Prix littéraire Hackmatack- Le choix des jeunes 2013. Les deux ouvrages sont publiés par la maison d’édition General Store Publishing House.