L’écrasement du vol 22 de l’opération Boxtop : « Il y a eu de nombreux héros ce jour-là »
Article de nouvelles / Le 17 novembre 2016
Par le lieutenant-général Mike Hood
Commandant de l’Aviation royale canadienne
Sur le terrain du Musée national de la Force aérienne du Canada à Trenton, en Ontario, on trouve désormais un monument qui sert à commémorer l’écrasement du vol 22 de l’opération Boxtop et les cinq militaires canadiens qui ont perdu la vie dans l’accident. Le commandant de l’Aviation royale canadienne a pris la parole durant une cérémonie de commémoration qui a eu lieu le 30 octobre 2016, soit exactement 25 ans après l’écrasement. Voici son allocution.
Mesdames et messieurs, membres du personnel de l’Aviation royale canadienne, et surtout les proches de ceux qui ont perdu la vie lors de l’écrasement du vol 22 de l’opération Boxtop, ceux qui ont survécu à l’écrasement et ceux qui ont participé aux mesures de sauvetage.
Bienvenue.
Je me réjouis de me trouver en votre compagnie ici, aujourd’hui, à l’occasion de la cérémonie de commémoration du Boxtop 22.
Le monument dévoilé aujourd’hui a fait un long voyage.
Plus de quatre mille kilomètres, soit de la station des Forces canadiennes Alert, où il a été inauguré au lieu même de l’écrasement du vol 22 de l’opération Boxtop en juin, jusqu’à Trenton, où il servira de monument durable dédié à ceux qui ont perdu la vie et à l’héroïsme.
Mais le parcours a été encore plus long pour les familles et les proches de nos cinq compagnons d’armes qui ont perdu la vie dans l’écrasement :
le capitaine John Couch
la capitaine Judy Trépanier
l’adjudant-maître Tom Jardine
l’adjudant Robert Grimsley
le caporal-chef Roland Pitre.
Et un long parcours aussi pour les 13 survivants, ainsi que pour leurs proches et amis, un parcours de rétablissement physique et psychologique, calculé en années, et non en kilomètres.
Je crains que le temps n’ait pas réussi à atténuer la douleur des familles et des proches. Les survivants portent les cicatrices de l’écrasement, et les secouristes dévoués s’en souviennent encore.
Le vol 22 de l’opération Boxtop est une incroyable histoire de tragédie, de persévérance, d’espoir, de célébration et de peine.
Les mots me manquent pour bien décrire ce voyage que j’ai fait à Alert, en juin, en compagnie de deux des survivants, Tony Cobden et Monty Montgomery, mais aussi de Scott MacLean, jeune commandant d’Alert de 29 ans à l’époque de l’accident dont l’équipe s’est mobilisée pour tenter des expéditions de secours par voie terrestre, assurer la réception médicale des survivants et soutenir les efforts de sauvetage, et de l’adjudant-maître Ben House, technicien en recherche et sauvetage parachuté sur les lieux de l’écrasement, un des plus braves parmi les braves.
C’était un événement émouvant pour nous tous; ce l’était pour moi en tout cas.
J’étais un jeune capitaine du 435e Escadron au moment de l’accident. Les membres de l’équipage étaient mes amis. J’avais effectué des vols avec eux, je m’étais amusé avec eux et, pendant de longues journées, nous n’avions aucune idée de ce qui s’était passé.
Ironiquement, on peut voir les débris de l’avion, tordus et fracassés, toujours au même endroit dans la toundra arctique. Mais le climat nordique les a si bien préservés qu’on pourrait croire que l’écrasement s’est produit il y a à peine quelques mois. En descendant de la crête pour nous rendre où se trouve la queue, des pièces d’aéronef dispersées un peu partout, nous étions stupéfaits que des gens aient pu survivre à l’écrasement, sans parler des heures terribles qui ont suivi.
À vrai dire, je ne suis pas à même de réellement comprendre ce que les passagers du Hercules numéro 130322, les sauveteurs, l’équipe d’Alert et leurs proches ont enduré.
Mais je sais qu’il y a eu de nombreux héros ce jour-là.
Et je dirais que l’héroïsme qu’ont suscité ce jour-là et les jours suivants demeure, je crois, sans égal dans l’Aviation royale canadienne en temps de paix.
Je les salue tous, je vous salue tous, pour votre volonté de survivre, votre héroïsme, et votre détermination de réussir. Et je salue les proches de ceux qui ont perdu la vie, pour la bravoure dont ils ont fait preuve en composant avec cette perte immense.
Pendant les 25 années qui se sont écoulées depuis l’accident, le vol 22 de l’opération Boxtop s’est effacé de la mémoire du public canadien, bien que je doute que vous l’ayez oublié. C’est pourquoi il est si important pour nous de placer ce monument commémoratif ici, à Trenton, qui est la plaque tournante de la mobilité aérienne des Forces armées canadiennes, et l’endroit d’où part tout vol de réapprovisionnement Boxtop.
Ce monument demeurera ici pour rappeler cette terrible épreuve vécue dans le Grand Nord canadien. Et j’espère qu’il permettra aux Canadiens de se souvenir pendant longtemps de ceux qui ne sont jamais revenus, de ceux qui ont survécu et de ceux qui ont vaillamment lutté pour ramener chez eux les survivants.
Je souhaite que cet endroit devienne un lieu de souvenir et de guérison pour vous, ainsi qu’un moyen de veiller à ce que vous et les êtres qui vous sont chers ne sombriez jamais dans l’oubli.