Les femmes dans l’aviation : l’adjudant-maître Laurie Moore
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Article de nouvelles / Le 11 mai 2017 / Numéro de projet : RCAF20170511001
Aviation royale canadienne
Ville natale : Rosthern, en Saskatchewan
Groupe professionnel militaire : technicienne des mouvements
Poste actuel : En compagnie d’un autre expert en la matière, j’effectue l’examen complet du groupe professionnel militaire de technicien des mouvements.
Notre travail consiste à décomposer le groupe professionnel jusqu’à sa structure fondamentale, puis à le recomposer systématiquement en fonction des besoins des Forces armées canadiennes (FAC), en commençant par une liste de tâches principale pour tous les postes à tous les grades. Nous décidons de la personne qui est la mieux à même de remplir la tâche, peu importe qui s’acquitte du travail actuellement.
Puisqu’il est important d’affecter les bonnes personnes aux bons endroits, nous avons restructuré et réorganisé le groupe professionnel dans son ensemble, afin de garantir le succès de la mission partout. L’aspect le plus difficile de notre travail a consisté à convaincre tous les intervenants de la pertinence du produit final pour l'ensemble des FAC et du fait qu’on devrait faire des compromis.
Nous avons commencé l’examen en septembre 2015 et les nouveaux changements ont été apportés en avril 2017.
Note de la rédaction : Les techniciens des mouvements planifient et gèrent le déplacement de personnel, de matériel et d’équipement sur les routes, sur les voies ferrées, dans le ciel et en mer. Leurs tâches comprennent l’accueil des passagers, l’entreposage, la planification des cargaisons aériennes et ferroviaires, ainsi que le chargement et le déchargement d’avions. Les arrimeurs qui travaillent à bord d’aéronefs de l’ARC constituent un sous-ensemble du groupe professionnel de technicien des mouvements.
Qu’est-ce qui vous a incitée à vous enrôler dans l’Aviation royale canadienne?
Mon père faisait partie de l’ARC et je trouvais qu’il menait une carrière intéressante. Puisque son travail portait sur le génie aérospatial, il faisait beaucoup de choses différentes, dont inventer de nouveaux systèmes militaires et concevoir, avec la United States Air Force, des bombes capables de percer les bunkers allemands. Je m’intéressais grandement aux aéronefs militaires, donc je pensais au départ m’occuper des systèmes informatiques du CF-188 ou devenir pilote d’hélicoptère. Curieusement, on m’a offert le poste de technicien des mouvements et, lorsque j’ai découvert ce que ce travail impliquait, la perspective d'occuper cet emploi a immédiatement suscité mon intérêt. Les possibilités de voyager et de devenir arrimeuse ont pesé lourd dans ma décision. Larguer des soldats et des chargements par la porte arrière d’un aéronef me paraissait aussi difficile que gratifiant.
Quels sont quelques-uns des points saillants de votre carrière dans l’ARC?
En 2006, je faisais partie des membres d’équipage qui se sont rendus à Bagdad afin de soutenir l’évacuation de deux otages secourus (nous ne participions pas aux mesures de secours; notre tâche consistait à sortir les otages du pays).
En 2007, j’ai eu le privilège de représenter l’ARC à la International Women in Aviation Conference (conférence internationale des femmes dans l’aviation) à San Diego, en Californie. C’était une expérience incroyable de rencontrer des femmes extraordinaires, dont certaines pilotes du Women Air Service et la première femme à faire partie de l’équipe de voltige aérienne de la United States Navy, les Blue Angels. C’est pendant cette conférence que j’ai aussi rencontré le pilote d’essai états-unien Chuck Yaeger, le premier être humain à officiellement franchir le mur du son; voilà une expérience plutôt palpitante à elle seule.
En mai 2009, c’est avec grand plaisir que j’ai conduit ma sœur à Kandahar à bord d’un avion afin qu’elle y amorce une période de service de sept mois. C’était la première fois dans notre carrière que nous nous trouvions au même endroit.
Lorsqu’on m’a demandé de faire partie des dix militaires qui formeraient le premier groupe d’arrimeurs à bord du CC-177 Globemaster III, j’étais très emballé, parce qu’il s’agissait d’une grande réalisation en soi (en plus d’être la première et la seule femme à le faire), mais aussi parce que mon père avait travaillé au projet initial d'acquisition de l’avion. Pendant ma dernière période de service en Afghanistan, j’ai eu la chance de remettre la pièce du 429e Escadron au premier ministre Harper.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui songent à s’enrôler dans l’ARC?
Tristement, je leur conseillerais de se faire une carapace. Ayez confiance en vous-même et en vos capacités. N’invoquez jamais l’excuse du sexe. Il y aura toujours un petit groupe de gens qui penseront que vous n’avez pas l’étoffe de l’emploi, mais ignorez-les. Croyez en vous-même et faites-vous valoir. Vous pouvez mener une carrière très gratifiante en faisant ce que vous aimez, et n’oubliez pas que les mauvais moments sont passagers.
Quelles sont quelques-unes des difficultés que vous avez surmontées au cours de votre carrière dans l’ARC?
Surmonter les disparités entre les sexes. Certaines personnes croient encore que les femmes n’ont pas leur place dans le monde militaire ou, à tout le moins, dans certains emplois. Bon nombre de superviseurs avaient peur de donner certains rôles ou postes à des femmes parce qu’ils craignaient que les hommes ne les estiment faibles. Si un homme obtenait l’emploi, ils ne s’en portaient pas plus mal, mais lorsque c’était une femme qui décrochait le poste, ils souffraient d’un certain complexe d’infériorité. Par conséquent, il y a eu des moments pendant ma carrière où je me suis sentie punie d’être une femme. Ce n’est pas arrivé souvent, peut-être, mais ces situations laissent néanmoins une marque indélébile.
Quels conseils donneriez-vous à la haute direction au sujet du recrutement, de la formation et du maintien en poste des femmes dans l’ARC?
Arrêtez de suranalyser ce que les gens considèrent comme un « travail de femme ».
Trop souvent, à cause des stéréotypes, nous nous retrouvons à occuper des postes en administration ou à faire du travail léger, parce que les gens croient que ce sont des emplois qui nous conviennent mieux. Et après, on nous raconte toutes sortes d’histoires à l’eau de rose afin de nous expliquer pourquoi nous n’occupons pas un autre emploi, un emploi valorisant, un emploi que les hommes exercent. Un superviseur m’a déjà dit que notre groupe professionnel n’était pas fait pour les femmes, et qu’une femme en particulier était trop petite pour faire tout travail qui soit utile, à l’exception de se trouver derrière un bureau. « Nous avons besoin de plus d’hommes costauds, pas de femmes faibles et fragiles. » Ce jour-là, justement, nous chargions un chariot élévateur de type K à bord d’un CC-130 Hercules. Nous travaillions à l’étroit et, en raison du poids du chariot, nous devions l’attacher à de nombreux endroits. C’est drôle, les hommes costauds ne parvenaient pas à se glisser sous le chariot ni entre celui-ci et les parois de l’avion. Qui s’est occupé d’attacher le chariot, vous pensez? Eh, oui, la femme jugée trop petite pour se rendre utile.
Le meilleur conseil que je peux vous donner, c’est de connaître vos gens. Sachez leurs forces et leurs faiblesses, et aidez-les à s’améliorer. Mettez-les au défi, laissez-les réussir et échouer à leur propre gré, mais ne les casez pas en fonction de leur apparence ou de l’idée que vous vous faites de leurs capacités.
J’ai vu beaucoup de femmes se décourager parce qu’elles n’avaient pas accès aux mêmes occasions et défis que leurs collègues masculins, ce qui ralentit souvent la progression d’une carrière. Lorsque j’ai été affectée à un emploi de bureau, beaucoup de gars passaient me voir pour me dire : « Mais, vous êtes bonne dans ce travail. » Oui, mais vous détenez pourtant le même grade que moi. Donc, pourquoi vous, vous n’êtes pas bon dans ce travail? Ils pouvaient continuer à faire le travail que j’aimais, alors que c’était moi qui devais déménager parce qu’il s’agissait de « boulot administratif et que j’étais bonne là-dedans ».
J’ai toujours trouvé que les hommes pouvaient profiter d'occasions de progresser dans leur carrière et que les femmes, elles, n’avaient que la possibilité d’améliorer certains aspects de leurs capacités. Rarement était-ce le contraire.
On décourage aussi les femmes en leur disant : « Nous vous donnons cette occasion parce que nous avons besoin de plus de femmes pour faire cette tâche. » Rien ne mine plus la confiance d’une femme que lorsqu’on lui dit qu’on lui donne un emploi pour des raisons statistiques. Lorsque vous faites du recrutement, ne parlez pas de disparités entre les sexes. Tout le monde est un soldat et tout le monde fait partie de l’équipe. L’instruction et la formation doivent être équitables. J’entends par « équitable » un traitement qui est le même pour tous. Toute personne a des limites, mais n’attribuez pas ces limites au sexe.
Il s'agit de connaître vos gens.