Des attentes irréalistes : la mission vouée à l’échec de la Luftwaffe durant la bataille d’Angleterre – Partie II

Le 10 septembre 2020 – Nouvelles de la Défense

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Cette photo non datée montre l’objectif de tout aviateur allié : un avion ennemi abattu. PHOTO : Archives du MDN, PL-129315

Major James Pinhorn

À l’été 1940, les perspectives d’avenir de la démocratie en Europe sont très sombres. La machine militaire d’Adolf Hitler, qu’il semble impossible d’arrêter, s’est rendue maître de la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest en moins de deux mois, et seule la Manche sépare l’Allemagne nazie des derniers remparts de la démocratie en Europe.

Pour commémorer le 80e anniversaire de la bataille d’Angleterre, nous publions cette série historique en six volets fondée sur l’article rédigé par le Major Jim Pinhorn et publié dans le cadre des Articles de nouvelles de l’ARC.

PARTIE II

Hermann Göring, chef de la force aérienne allemande, prédit que l’élimination de la force de chasse du sud de l’Angleterre ne prendra que quatre jours et que la défaite pourrait être infligée à l’ensemble de la RAF en quatre semaines. Le Feld-maréchal Wilhelm Keitel, commandant en chef du haut commandement allemand, laisse entendre que la traversée de la Manche « ne devrait pas s’avérer plus difficile que la traversée d’un fleuve ».

Ces prédictions se révéleront rapidement trop optimistes, car il apparaît que la RAF est un adversaire bien plus coriace que prévu. Cependant, ce qui est peut-être plus important que la prouesse britannique, ce sont les capacités limitées de la Luftwaffe, que l’on peut attribuer à sa création récente et à son rôle tactique au sein des forces allemandes.

La Luftwaffe doit se développer rapidement. Le Traité de Versailles ayant interdit à l’Allemagne de posséder une force aérienne, les fabricants allemands d’avions de guerre orientent leurs efforts vers des entreprises commerciales comme la compagnie aérienne Lufthansa qui, en 1930, est plus imposante que les compagnies aériennes françaises et britanniques réunies. L’industrie allemande maintient ainsi des connaissances techniques de pointe dans la conception et la construction d’avions, et bon nombre des appareils qui seront finalement utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale tirent leur origine de ces avions civils mondialement reconnus. Toutefois, l’Allemagne en sait très peu sur l’utilisation de ces avions au combat.

Lorsqu’Adolf Hitler prend le pouvoir en 1933, l’Allemagne commence à développer ouvertement sa force aérienne. Hitler applique une politique de réarmement rapide, et la Luftwaffe est promptement dotée de nouveau personnel et de matériel neuf. Toutefois, une grande partie de l’élaboration des concepts et de la doctrine de la force aérienne est laissée aux officiers, qui ont peu d’expérience pratique dans l’utilisation et le pilotage des avions et qui viennent presque tous de l’armée. Il n’est donc pas surprenant que la doctrine de la force aérienne allemande soit axée sur l’appui aux troupes terrestres et que la Luftwaffe soit structurée et formée pour remplir un rôle tactique. L’expérience acquise en Espagne, où les avions ont été utilisés avec succès dans des opérations de soutien terrestre, garantit pratiquement que la Luftwaffe deviendra une force d’appui rapproché pour la Wehrmacht. Ce modèle mène à la création d’une force aérienne qui est incapable de planifier et d’agir en toute autonomie, et qui est mal équipée et structurée pour conduire une campagne stratégique contre la Grande-Bretagne.

La conception d’une doctrine stratégique fructueuse pour la force aérienne se bute à une autre difficulté : l’adhésion de l’Allemagne au concept de la suprématie de l’offensive. La doctrine stratégique allemande est fondée sur la conviction qu’il faut toujours passer à l’offensive pour vaincre l’ennemi. Le succès de la guerre-éclair ne fait que renforcer cette confiance dans la supériorité de l’offensive. On consacre peu d’énergie à préparer une stratégie de défense, et cette dernière demeure principalement de nature offensive. Par exemple, une bonne partie de la stratégie de défense aérienne de la Luftwaffe repose sur la capacité à détruire les ressources aériennes de l’ennemi au sol ou dans des combats air-air au-dessus de son territoire.

Hitler n’envisage jamais sérieusement la possibilité d’une attaque ennemie contre l’Allemagne. Par conséquent, la défense contre de telles attaques reçoit peu d’attention de la part de la Luftwaffe. Ainsi, une fois confrontée à la capacité perfectionnée de défense aérienne de la Grande-Bretagne, l’Allemagne n’est pas en mesure de jauger la capacité qui a été créée, et elle est incapable de mettre au point une contre-mesure efficace. La défense aérienne britannique continuera de jouer un rôle crucial durant toute la bataille d’Angleterre et ne sera pratiquement pas touchée par les Allemands pour la simple raison que ces derniers ne comprennent pas l’utilité d’un tel appareil de défense.

C’est peut-être Hitler lui-même qui constitue le plus grand obstacle à la formulation d’une doctrine de défense aérienne efficace pour l’Allemagne. Comme le fait observer R. J. Overy, Hitler « est par inclination personnelle et par expérience un homme d’armée ». C’est pourquoi la Luftwaffe est généralement reléguée à un statut de moindre importance au sein du haut commandement des forces armées allemandes, malgré le poste proéminent qu’occupe Hermann Göring lui-même. Très peu d’officiers de liaison sont affectés au Quartier général suprême, et ceux qui y travaillent sont habituellement de rangs inférieurs; ils n’ont pas beaucoup d’influence. L’état-major de planification de la Luftwaffe n’est généralement pas informé des intentions d’Hitler, et il dispose rarement du temps nécessaire pour adapter les plans aux diverses éventualités.

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