Un aumônier décroche un doctorat en éthique militaire : la théorie de la guerre juste évolue
Le 2 décembre 2025 - Nouvelles de la Défense
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Padre Félix Roberge entouré des membres du jury composé par les professeurs Patrice Bergeron, Guy Jobin, David Miller, Louis Perron et Nadia-Elena Vacaru, après la soutenance de sa thèse (16 octobre 2025, Université Laval).
C’est avec succès que le capitaine de corvette Félix Roberge, aumônier senior de la Base des Forces canadiennes Kingston, a obtenu en octobre dernier son doctorat en éthique militaire à l’Université Laval, à Québec, où il a soutenu sa thèse intitulée : « La théorie de la guerre juste revisitée par le jus post bellum (justice après la guerre) et la réhabilitation des militaires au retour du combat. »
Servant au sein du Service de l’aumônerie royale canadienne (SAumRC) depuis vingt ans et fort d’une expérience opérationnelle au pays et à l’étranger auprès des forces conventionnelles et des forces d’opérations spéciales, padre Roberge a développé une expertise de pointe en éthique militaire. Il a entrepris son doctorat avec le désir d’aider les Forces armées canadiennes (FAC) et le SAumRC à offrir le meilleur soutien possible à l’ensemble des militaires confrontés à des défis éthiques complexes, tant en théâtre opérationnel qu’en garnison.
S’appuyant sur plusieurs disciplines – sciences politiques, études internationales, éthique militaire, philosophie morale et juridique, ainsi qu’éthique théologique – sa recherche vise à combler des lacunes dans la théorie de la guerre juste. Traditionnellement centrée sur la justice du recours à la guerre et sur sa conduite, cette théorie intègre encore difficilement la justice d’après-guerre (jus post bellum). Padre Roberge propose de renforcer cette troisième catégorie de critères, qui mériterait une reconnaissance internationale accrue, possiblement sous la forme d’une Convention de Genève qui lui serait propre.
La justice d’après-guerre concerne notamment la réconciliation, le retour des réfugiés, la reconstruction et la restauration de la sécurité. Mais qu’en est-il de la paix intérieure des militaires ? Celle qu’ils ont contribué à établir à l’étranger peut être difficile à retrouver en eux-mêmes à leur retour. En plus du trouble de stress post-traumatique (TSPT), ils peuvent être touchés par la blessure morale. Padre Roberge affirme que l’accompagnement offert par les aumôniers et les pairs aidants du Programme des Sentinelles (qu’il a cofondé en 2007-2008) demeure l’un des meilleurs moyens de prévenir ou de soigner ces blessures profondes.
Ces préoccupations éthiques touchant les militaires et leurs familles à la fin des opérations ont amené padre Roberge à revisiter la théorie de la guerre juste dans son ensemble. Selon lui, l’après-guerre ne doit pas être considéré seulement après coup : il doit orienter dès le départ ce que les FAC préparent et mettent en place avant et pendant les opérations. Il insiste aussi sur l’importance de la période qui précède la phase du pré-déploiement en soutenant que c’est une occasion clé d’offrir aux militaires un entraînement vraiment intégral sur les plans physique, mental, familial et spirituel, afin de développer leur pensée critique, leur force de caractère et leur résilience.
Compléter un doctorat en travaillant à temps plein exige une discipline et une persévérance qui peuvent inspirer tous ceux qui font face à leurs propres défis. Dans ce parcours exigeant, padre Roberge a dû trouver un équilibre constant entre ses responsabilités professionnelles et son travail de recherche. Même au cœur des remises en question, sa spiritualité lui a rappelé qu’aucun défi n’est insurmontable et que, quelle que soit la difficulté rencontrée, des personnes bienveillantes se trouvent toujours sur notre route pour nous soutenir. Les valeurs de l’Énoncé d’éthique de la Défense (intégrité, loyauté, courage, intendance et excellence) ont également guidé son parcours.
En cherchant à mieux prendre soin de nos militaires, padre Roberge revisite de manière critique la tradition de l’éthique de la guerre pour la rendre plus humaine et plus fidèle à sa finalité. Il dédie d’ailleurs sa thèse : « Aux militaires canadiens et d’ailleurs, puissent nos efforts pour "reconsidérer la guerre dans un esprit entièrement nouveau" (Vatican II) vous aider à voir s’établir un jour, en vous et autour de vous, la paix juste et durable qu’ensemble nous avons cherchée. »