Du Canada à la Lettonie : la vie d’un pharmacien militaire en déploiement
Le 12 janvier 2026 - Nouvelles de la Défense
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Par : le Capt Mitchell McGrath, pharmacien inscrit et pharmacien militaire relevant de la force opérationnelle, clinique de l’Élément de soutien national – Lettonie (ESN-L)

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(De gauche à droite) : Le capt Calabrese, la capt Gervais, le capt McGrath, le capt Riar, et le maj Hulleman — tous des Pharmaciens-ennes déployés en Létonie pour l’Op REASSURANCE, en septembre 2025.
Tout en rédigeant le présent article depuis une clinique déployée en Lettonie à l’appui de l’opération REASSURANCE, je constate à quel point le soutien pharmaceutique peut être différent pour nos militaires à l’extérieur du Canada. Il me semble opportun de faire connaître cette expérience au moment où nous soulignons le 12 janvier la Journée nationale des pharmacien·nes, laquelle se veut une occasion de réfléchir aux récompenses et aux défis singuliers associés à la prestation de soins pharmaceutiques au pays et à l’étranger.
Au Canada, presque tous les médicaments dont vous avez besoin peuvent être livrés directement à la porte de votre pharmacie en un jour ouvrable. Lorsque les membres des Forces armées canadiennes sont en déploiement à l’étranger, c’est loin d’être le cas. Par conséquent, les pharmacien·nes militaires ne remplissent pas que le rôle de pharmacien en déploiement; ces derniers exercent également les fonctions d’officier de logistique médicale en déploiement.
Compte tenu du fait que l’on soit l’unique pharmacien·ne de la clinique dans le cadre d’un déploiement à l’étranger, on peut avoir l’impression que l’acheminement de produits pharmaceutiques, de fournitures médicales et d’équipements médicaux aux quatre coins de la planète s’avère l’une des tâches les plus compliquées dans le théâtre. Cette responsabilité vous donne le sentiment d’appartenir à quelque chose de beaucoup plus grand, contribuant ainsi à promouvoir un esprit de corps qui nous unit au-delà du groupe professionnel, du grade et même de l’emplacement géographique.
La participation aux soins prodigués aux patients et aux patientes ainsi qu’à la logistique médicale est chose courante pour les pharmacien·nes militaires; cependant, dans le cadre de déploiements à l’étranger, à toute interaction avec un patient ou une patiente s’inscrit une composante axée sur la logistique. On commence par rencontrer la personne soignée, soit naturellement ou par l’intermédiaire du ou de la médecin-chef de la force opérationnelle. Souvent, on s’interroge tout d’abord « Pouvons-nous soutenir cette demande? », question à laquelle on répond presque toujours « absolument ».
À partir de là, les pharmacien·nes militaires s’efforcent de comprendre l’ensemble du parcours du médicament, du fournisseur à la personne soignée, en tenant compte de facteurs comme ceux-ci :
- À quelle température doit-il être conservé?
- Est-il stable à diverses températures pendant des durées différentes?
- S’agit-il d’une substance contrôlée qui nécessite des considérations juridiques?
- La personne soignée peut-elle emporter avec elle une provision de sept mois de ce médicament?
- Dans quel camp cette dernière vit-elle et travaille-t-elle?
- Comment lui ferons-nous parvenir le médicament une fois qu’il sera arrivé dans le théâtre?

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La majore Natalie Duke (alors capitaine), pharmacienne militaire des Forces armées canadiennes, se tient devant une pharmacie de campagne en Lettonie durant l’Op REASSURANCE, en février 2018.
Photo : Caporal Jean-Roch Chabot
Il s’agit de considérations importantes qui deviennent très vite routinières, bien que chacune d’elles soit essentielle pour préserver la santé du patient ou de la patiente et maintenir la disponibilité opérationnelle dans un environnement éprouvant.
Dans ces cas-là, les militaires dépendent aussi du savoir des pharmacien·nes militaires. Il importe de connaître les médicaments stockés par la clinique pour chaque classe thérapeutique, afin d’aider au quotidien les prescripteurs et prescriptrices, qui ont l’habitude d’avoir tout à portée de main au pays. Le temps et l’espace constituent des ressources précieuses, et les pharmacien·nes militaires en déploiement sont particulièrement à même de les optimiser à la clinique.
Le travail peut être exigent et, parfois, on a l’impression d’en avoir beaucoup à gérer, mais la composante humaine fait en sorte que cela en vaut la peine. Le fait de croiser des collègues du Canada que vous connaissez, de nouer de nouvelles amitiés et d’entretenir des interactions marquantes avec vos patients et vos patientes vous rappelle véritablement l’importance de votre travail.