Opérations par temps froid : leçons d’un raid de 1693

Le 10 février 2026 – Nouvelles de la Défense

Peinture de Charles William Jefferys représentant Frontenac, gouverneur français de la Nouvelle-France en Amérique du Nord, aux côtés de membres des Premières Nations, ca 1914.
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Peinture de Charles William Jefferys représentant Frontenac, gouverneur français de la Nouvelle-France en Amérique du Nord, aux côtés de membres des Premières Nations, ca 1914.

L’expérience de longue date du Canada dans les environnements hivernaux rigoureux offre des leçons utiles pour les forces armées modernes, particulièrement à mesure que l’Arctique gagne en importance stratégique dans Notre Nord, fort et libre. Un exemple précoce provient d’un raid hivernal mené en 1693, durant une période particulièrement tendue en Nouvelle‑France, la colonie française couvrant une partie de l’actuel Québec et des régions voisines.

À la fin des années 1600, la Nouvelle‑France subissait une pression constante de la part de la Confédération haudenosaunee (iroquoise). Le gouverneur de la colonie, Louis de Buade de Frontenac, un commandant militaire chevronné, devait rétablir la sécurité à la suite du massacre de Lachine de 1689, lorsqu’une attaque haudenosaunee près de Montréal avait profondément ébranlé la population.

Ce conflit local se déroulait en parallèle de la première guerre intercoloniale (1688–1697), l’extension nord‑américaine d’un affrontement plus vaste entre la France et l’Angleterre. Les colonies anglaises, en particulier New York, soutenaient les Haudenosaunee, aggravant la situation de la Nouvelle‑France. Cherchant à reprendre l’initiative, Frontenac lança des expéditions hivernales. L’une des plus importantes débuta en janvier 1693, lorsque des soldats français, de la milice canadienne et des alliés autochtones prirent la direction des villages mohawks situés dans l’actuel État de New York.

Grâce aux raquettes, aux traîneaux et aux routes hivernales issues du savoir autochtone, la force parcourut des centaines de kilomètres sur un terrain glacé. À leur arrivée, ils bénéficièrent d’une surprise totale : aucune sentinelle n’avait été postée. Trois villages furent détruits et de nombreux habitants capturés. Ce succès rapide illustrait les avantages qu’une mobilité disciplinée en hiver pouvait offrir.

Cependant, le trajet du retour révéla les risques des opérations hivernales. Un redoux soudain gâcha les réserves de nourriture, ralentissant la troupe et la laissant exténuée. Bien qu’ils se soient échappés d’une force anglaise envoyée depuis Albany, les difficultés furent telles que la Nouvelle‑France renonça aux grandes opérations hivernales pour le reste du conflit.

Leçons pour les opérations modernes en climat froid

Le raid de 1693 met en lumière des défis qui demeurent pertinents pour les Forces armées canadiennes (FAC), d’autant plus que l’Arctique est confronté à des changements environnementaux et que les opérations qui s’y déroulent deviennent plus fréquentes et plus stratégiques.

1. Mobilité en environnement extrême

Les raquettes et les voies glacées facilitaient les déplacements rapides. Aujourd’hui, la mobilité arctique dépend d’équipements spécialisés, de l’état des glaces et d’une planification précise des routes.

2. Logistique résiliente aux conditions météorologiques


Le redoux qui ruina les réserves démontre comment la météo peut renverser un succès opérationnel. Les forces modernes doivent prévoir des caches redondantes, des stocks prépositionnés et des plans adaptés aux changements rapides du climat.

3. Sécurité et connaissance de la situation

L’absence de sentinelles mohawks souligne l’importance de l’alerte précoce. Les opérations actuelles reposent sur des capteurs, la surveillance et les connaissances locales pour maintenir la conscience situationnelle.

4. Survivabilité en milieu froid

La fatigue et l’exposition furent aussi dangereuses que l’ennemi. L’équipement, la nutrition, le soutien médical et l’entraînement demeurent essentiels aujourd’hui.

À travers les siècles, une vérité demeure: en environnement froid, la mobilité, la préparation et la résilience comptent autant que la puissance de combat.

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2026-02-10