Le Capc William Lore : premier Sino-Canadien à s’engager dans la MRC

Nouvelles de la Marine / Le 31 mai 2021

Avertissement : Les images associées à cette histoire de prisonniers de guerre canadiens pourraient troubler certaines personnes.

Né en 1909 à Victoria, en Colombie-Britannique, et issu d’une famille modeste, le capitaine de corvette (Capc) William Lore est un Sino-Canadien de deuxième génération et le premier officier des Alliés à descendre à terre pour libérer Hong Kong, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a dû manifester son désir de servir le Canada à plusieurs reprises avant que ce dernier n’accepte sa demande.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il tente de s’enrôler dans la Marine royale canadienne (MRC), mais il est rejeté trois fois en raison de son origine ethnique.

Finalement, en 1943, la MRC l’embauche après que le vice-amiral Percy Nelles, chef d’état-major de la Marine, est personnellement intervenu en sa faveur. Il est alors le premier Sino-Canadien à s’engager dans la MRC et le premier officier d’origine chinoise à faire partie d’une marine du Commonwealth britannique.

Après avoir suivi le cours de formation des officiers en juin 1943, il sert à Ottawa, au Centre des opérations de renseignements faisant partie du Quartier général du service naval. Il se rend ensuite à Londres, en Angleterre, pour y jouer un rôle similaire, avant d’être affecté au Commandement de l’Asie du Sud-Est sous l’autorité de l’amiral Lord Louis Mountbatten. Là-bas, il sert à Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka) et planifie des opérations pour l’attaque de Rangoon, en Birmanie (aujourd’hui le Myanmar).

En août 1945, alors lieutenant de vaisseau, il est le premier officier des Alliés à pénétrer à Hong Kong depuis que les forces japonaises s’en sont emparées en 1941. En reconnaissance des sacrifices consentis par les soldats canadiens durant la défense de Hong Kong, le commandant de la Flotte du Pacifique britannique, pour qui il travaille, le choisit pour diriger une équipe des Royal Marines vers la rive.

Au tristement célèbre camp de prisonniers de guerre Sham Shui Po, son équipe libère des prisonniers canadiens, britanniques et hongkongais de l’emprise des gardes japonais qui étaient encore à leurs postes. Les gardes se sont d’abord moqués de lui, mais son attitude persuasive et les Marines qui l’accompagnent les ont convaincus que le Japon a capitulé et que la guerre est terminée.

Le récit que fait le Capc Lore de sa découverte des prisonniers de guerre canadiens est déchirant et fait état des conditions désastreuses dont beaucoup ont souffert dans le camp.

« Je suis entré dans le premier bâtiment où je suis arrivé et il faisait très sombre », écrit-il. « Il y avait environ 40 hommes là-dedans, des Canadiens, assis à des tables et ainsi de suite. J’ai dit : ″Salut les gars, vous ne voulez pas voir un Canadien?″ Puis ils ont couru vers moi et ont vu mon insigne de coiffure. Ces hommes étaient vraiment squelettiques. On pouvait voir leur os à travers leur peau. »

Ce fut une expérience émouvante pour le Capc Lore, qui avait le devoir de s’occuper de ses subordonnés.

« Ensuite, ils pleuraient sans honte. Finalement, j’ai pleuré aussi, parce qu’ils me racontaient comment ils avaient souffert », se souvient le Capc Lore.

Le Capc Lore est présent lorsque les forces japonaises capitulent officiellement à Hong Kong, le 16 septembre 1945.

Après la guerre, il continue à servir en tant qu’officier prêté à la marine britannique jusqu’en 1946, année où il retourne au sein de la MRC. C’est au cours de son service d’après-guerre qu’il est promu au grade de capitaine de corvette.

Être le premier Sino-Canadiens à servir dans la MRC n’est pas la seule barrière raciale que le Capc Lore a surmontée dans sa vie. En 1929, il est accepté à l’Univserité McGill de Montréal pour étudier le génie minier. En raison du stress financier causé par la Grande Dépression, il doit interrompre ses études et retourner en Colombie-Britannique, où il travaille pour un journal en langue chinoise à Vancouver. En 1939, il est le premier Sino-Canadien à se joindre à la fonction publique fédérale en tant que radiotélégraphiste pour le ministère des Transports.

Après avoir pris sa retraite de la MRC en 1948, le Capc Lore obtient un diplôme en droit de l’Université Oxford. Il ouvre ensuite un cabinet d’avocats à Hong Kong, où il passe le reste de sa vie. Il décède en 2012 à l’âge de 103 ans.

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2024-05-22