Notes d’allocution du ministre Sajjan devant l’Observer Research Foundation, New Delhi, Inde

Discours

Notes d’allocution de l’honorable Harjit Singh Sajjan
Ministre de la Défense nationale

Observer Research Foundation
Discours principal

Prévention des conflits et maintien de la paix dans un monde en évolution

New Delhi, Inde
Le 18 avril 2017

Seul le texte prononcé fait foi 

Introduction

Merci beaucoup de votre aimable présentation et de votre accueil chaleureux.

C’est pour moi un grand honneur d’être ici ce soir. Ce voyage est un peu comme un retour à mes racines. Il s’agit de mon premier voyage en Inde depuis j’ai été assermenté à titre de ministre de la Défense nationale par le premier ministre Trudeau en novembre 2015.

Je suis né dans le village de Bombeli dans le district de Hoshiarpur du Pendjab, et mes parents ont émigré au Canada quand j’avais cinq ans. J’ai tellement de bons souvenirs de mon enfance en Inde. 

Je chéris ces souvenirs et mes racines indiennes, et je saisis toutes les occasions de faire connaître à mes enfants leur patrimoine. Et bien que je sois fier de mon patrimoine, je suis également fier d’être canadien. J’ai servi le Canada dans de nombreux rôles différents.

J’ai été agent de police au sein du Groupe des crimes de gangs à Vancouver, où je luttais contre le crime organisé et la violence liée à la drogue.

J’ai aussi occupé la fonction d’officier dans les Forces armées canadiennes. J’ai servi en Bosnie et j’ai été déployé trois fois pour combattre en Afghanistan, où j’ai été décoré par les forces armées du Canada et des États‑Unis pour ma contribution à la lutte contre le terrorisme et les talibans.

Et je sers maintenant en tant que député et ministre de la Défense nationale du Canada.

Malgré les possibilités extraordinaires que le Canada m’a offertes, je suis très heureux de dire que je suis né en Inde.

Mesdames et messieurs, les conflits ne me sont pas étrangers. 

Lors de mon premier déploiement à Kandahar en 2006, j’ai été l’architecte de l’opération MEDUSA, dans le cadre de laquelle nous avons chassé 1 500 combattants talibans hors du champ de bataille, et j’ai participé fièrement à l’assaut principal.

J’ai été honoré pour mes efforts, mais une question me revenait sans cesse : « Comment les Talibans ont‑il pris autant d’ampleur après leur défaite en 2001? » 

Il s’avère que nous ne nous étions pas attaqués aux causes fondamentales du problème. 

Le travail que j’ai entrepris dans ce domaine m’a permis d’acquérir des connaissances. Des connaissances dont je me sers maintenant dans mon rôle en tant que ministre de la Défense nationale et qui me permettent de jeter un regard particulier sur les conflits modernes.

Remerciement à la fondation

J’aimerais prendre quelques instants pour remercier la fondation de son travail en matière de défense et de sécurité.

C’est véritablement un privilège pour moi d’être ici avec vous aujourd’hui, en compagnie de certains des plus grands penseurs stratégiques et leaders en politiques de l’Inde.

Vu l’importance de l’Inde dans la région Indo-Asie-Pacifique, ce voyage est une occasion importante de consolider et de renforcer notre relation bilatérale, surtout en ce qui a trait à la défense.

J’envisage une collaboration dans les domaines de la coopération navale, de la conduite de la guerre dans un climat froid, des exercices interarmées et de la lutte antiterroriste, ainsi que la mise en commun des avancées dans la recherche et l’innovation pour la défense.

Je m’intéresse également aux occasions pour l’industrie de la défense du Canada d’établir des liens plus étroits avec l’Inde. Voilà un domaine où les deux pays peuvent tirer parti de l’expertise de l’autre.

Reconnaissance de l’Inde

En tant que ministre de la Défense du Canada, je crois fermement que la collaboration entre les partenaires et les alliés est essentielle pour renforcer la paix et la sécurité mondiales.

À cet égard, le Canada et l’Inde disposent de solides fondements sur lesquels ils peuvent s’appuyer. 

Nos pays peuvent miser sur des liens importants entre leurs populations, et ils entretiennent depuis longtemps une relation bilatérale.

Une relation fondée sur des valeurs et des traditions communes telles que la démocratie, le pluralisme et le respect de la primauté du droit.

Le Canada et l’Inde sont aussi des partenaires commerciaux importants dans des secteurs qui vont de l’agriculture à l’éducation, en passant par le divertissement et les ressources énergétiques.

Le partenariat stratégique entre nos nations est évident compte tenu des nombreuses visites récentes par mes collègues du Cabinet.

Le premier ministre Trudeau et le premier ministre Modi ont également amorcé un dialogue, notamment lors du sommet sur la sécurité nucléaire qui a eu lieu à Washington l’année dernière. 

Une telle mobilisation de haut niveau en dit long sur la reconnaissance par le Canada de l’importance de l’Inde dans l’environnement dynamique d’aujourd’hui.

L’Inde a grandement contribué aux opérations de paix en envoyant des groupes-bataillons, des ingénieurs, des équipes médicales, des observateurs et du personnel fonctionnel dans certaines des missions de maintien de la paix les plus difficiles de l’histoire.

Des troupes indiennes ont servi au Cambodge, en Sierra Leone, au Rwanda, en Côte d’Ivoire, au Sahara Occidental et à plusieurs autres endroits.

En fait, j’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs soldats de la paix indiens à Goma l’été dernier. J’ai été inspiré par leur expérience et j’ai aimé les idées qu’ils m’ont présentées.

Plus de 220 000 troupes indiennes ont participé aux missions de maintien de la paix des Nations Unies – soit plus que tout autre pays.

Votre contribution est remarquable, mais elle a un prix, et ce prix est très élevé. Malheureusement, 165 soldats indiens ont fait le sacrifice ultime à l’appui des opérations de paix.

La communauté internationale leur est à jamais redevable pour leur sacrifice.

Contributions du Canada

Comme l’Inde, le Canada est également fier de sa tradition de maintien de la paix, laquelle remonte au premier ministre Lester B. Pearson.

Quelque 120 000 Canadiens ont servi dans plus de 50 opérations des Nations Unies – de Chypre au Cambodge, et, plus récemment, en République démocratique du Congo, à Haïti et au Soudan du Sud.

Lester B. Pearson a été le premier à promouvoir la création d’une force de « maintien de la paix » dirigée par les Nations Unies en 1956 pour mettre fin au conflit dans le canal de Suez. Une réalisation qui lui a valu le prix Nobel de la paix, il y a 60 ans.

Opérations modernes de maintien de la paix

Cependant, les opérations de maintien de la paix d’hier ne reflètent plus la nature changeante des conflits d’aujourd’hui. De nos jours, les missions sont souvent menées là où il n’y a pas de paix à maintenir.

Ces missions sont davantage axées sur le soutien de la paix et la protection des civils que sur les opérations traditionnelles de maintien de la paix.

Les opérations modernes de soutien de la paix ont lieu dans des environnements complexes et hostiles, où il arrive souvent que les belligérants ne soient pas connus, où les civils sont ciblés, et où on fait du trafic d’armes, de drogue et de personnes.

Je ne vais rien vous apprendre en vous disant que les missions de paix sont mises à rude épreuve. Il n’est pas étonnant non plus que les Nations Unis aient demandé que les pays dotés de forces militaires avancées jouent un rôle plus important.

Au Canada, nous comprenons que les conflits se déroulant à l’étranger ont une incidence très réelle sur la sécurité nationale et les intérêts canadiens. Bien d’autres pays le comprennent également.

… « Nous ne pouvons pas être une île de stabilité dans un océan de crises. »

Depuis qu’il est à la tête du gouvernement, le premier ministre Trudeau a signifié fermement l’engagement du Canada à l’égard du multilatéralisme. Du jamais vu depuis des années.

Nous nous sommes engagés à déployer des troupes et avons lancé notre nouveau Programme pour la stabilisation et les opérations de paix, d’une valeur de 450 millions de dollars. 

Nous nous sommes également engagés à déployer un maximum de 150 policiers supplémentaires pour appuyer les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Et notre engagement ne s’arrête pas là. Le Canada tiendra la rencontre des ministres de la Défense des pays participant aux missions de maintien de la paix plus tard cette année.

Non seulement le Canada a contribué aux opérations de maintien de la paix, mais il a aussi disputé chèrement des combats en Afghanistan.

Et le Canada continue d’apporter des contributions précieuses aux diverses missions internationales qui se déroulent en ce moment, notamment en Iraq, en Ukraine et bientôt en Lettonie.

Par ailleurs, le Canada fait partie du groupe de base pour vaincre l’EIIL, dossier dans lequel nous continuons d’apporter des contributions considérables et avons modifié notre approche militaire stratégique pour la rendre plus holistique.

Variables complexes

Nous savons que le pouvoir militaire à lui seul ne pourra pas résoudre les conflits modernes d’aujourd’hui.

La prévention des conflits nécessite une compréhension profonde des causes fondamentales du conflit. Il ne suffit pas d’envoyer des soldats. L’armée nous permet de gagner du temps pour laisser les diplomates et les acteurs de l’aide au développement travailler.

Il nous faut également gérer les facteurs sociaux et politiques qui laissent les conflits s’envenimer en premier lieu.

C’est pourquoi l’approche employée par le Canada à la prévention des conflits et au maintien de la paix est un effort pangouvernemental.

Nous croyons que nous devons comprendre les causes fondamentales du conflit et apprendre des experts qui travaillent directement sur le terrain.

Nous devons également faire preuve de franchise au sujet des mesures qui fonctionnent et de celles qui ne fonctionnent pas et envisager des approches novatrices à l’égard des opérations de maintien de la paix menées à l’échelon international.

Approches novatrices

En termes d’approches novatrices, je tiens à répéter que le pouvoir militaire à lui seul ne pourra pas assurer la sécurité et permettre aux pays de retrouver un état de paix.

Je crois fermement que les organisations non gouvernementales, les organisations internationales et le secteur des affaires accomplissent du travail très important dans les zones de conflit. Nous pouvons apprendre de leurs expériences et de leurs points de vue.

En outre, j’ai la ferme conviction que nous devons habiliter les femmes dans les conflits et les faire participer à la prise de décisions en matière de sécurité. Je sais qu’il s’agit d’un domaine dans lequel l’Inde excelle.

Je vous félicite d’avoir procédé au déploiement au Libéria de la première unité uniquement composée de policières des Nations Unies.

Nous devons également appuyer les jeunes générations dans leurs études et éventuellement, leur emploi rémunérateur. C’est particulièrement le cas en Afrique, où près de 60 % de la population est âgée de 25 ans ou moins.

En travaillant pour nous attaquer aux causes fondamentales des conflits…en encourageant d’autres nations à travailler avec nous…et en soutenant les initiatives allant de la formation à l’aide humanitaire, en passant par l’aide au développement et l’éducation…nous pourrons optimiser nos contributions et accroitre nos chances de réussite.

Toutes ces mesures sont nécessaires aujourd’hui car elles nous permettront d’instaurer la paix et la prospérité à l’échelle internationale.

Examen de la politique de défense

Je souhaite dire quelques mots au sujet des efforts déployés par le Canada pour renouveler sa politique de défense.

Notre gouvernement tient de profondes réflexions au sujet de ses priorités et de ses objectifs depuis plus d’un an.

Nous avons récemment entrepris un examen complet de notre politique de défense pour relever les défis nouveaux en matière de paix et de sécurité.

L’examen, qui a été réalisé de façon rigoureuse et fondé sur des éléments probants, a supposé des consultations sans précédent avec des Canadiens, des universitaires et des experts, ainsi que le Parlement et nos alliés. Des consultations de cette ampleur n’avaient pas été tenues depuis les années 1990.

Le processus a permis d’explorer trois questions clés. La première consistait à examiner les principaux défis liés à la sécurité du Canada.

La deuxième consistait à évaluer le rôle des Forces armées canadiennes dans la réponse aux menaces et aux défis, à l’heure actuelle et à l’avenir.

La troisième consistait à déterminer les ressources et les capacités qui seraient nécessaires pour relever ces défis de façon efficace.

Les commentaires que nous avons recueillis dans le cadre des consultations et notre analyse des questions clés documentent une nouvelle approche stratégique qui tient compte de la vision que les Canadiens ont pour notre pays et son orientation pour les années à venir.

Une politique qui permet de réagir de façon efficace aux défis et aux possibilités inhérents au monde d’aujourd’hui et de demain.

Je m’affaire à mettre la dernière main à la nouvelle politique de défense du Canada, que je publierai sous peu.

Conclusion

Pour finir, je souhaite réitérer l’importance d’établir une approche coopérative qui nous permettra de bâtir un monde plus stable et de le faire de concert avec nos alliés et des partenaires qui partagent nos intérêts et nos valeurs.

C’est particulièrement vrai dans la région Asie‑Pacifique, qui revêt une importance notable pour la sécurité et la prospérité du Canada.

Le programme d’innovation du Canada de même que ses forces dans le secteur de la défense et de la sécurité pourraient facilement être négligés.

Le Canada est un pays humble qui, bien qu’il puisse sembler loin de l’Inde, est également un pays du Pacifique, et nous sommes de retour sur la scène mondiale, prêts à changer réellement les choses…

J’ai la ferme conviction que le Canada et l’Inde ont beaucoup à offrir sur les plans de la défense et de la sécurité. Nous partageons un engagement à l’égard du maintien de la paix et de la résolution des conflits.

Nous vivons dans des sociétés diverses, bâties sur les principes de démocratie et de primauté du droit.

C’est mon premier voyage en Inde en tant que ministre de la Défense nationale du Canada. Et ce ne sera pas le dernier. Merci. 

Détails de la page

Date de modification :