Discours du Chef d’état-major de la défense par intérim, le Général Wayne Eyre, à la Conférence de Kingston sur la sécurité internationale

Discours

25 octobre 2021

Le texte prononcé fait foi

Introduction

Bonjour. Good morning. Kwey.

Je tiens à commencer par souligner que je vous parle depuis le territoire traditionnel du peuple algonquin Anishnaabeg.

Merci pour cette aimable présentation, et merci à Stéfanie von Hlatky de m’avoir invitée à nouveau à la Conférence de Kingston sur la sécurité internationale.

Vous ne le savez peut-être pas, mais Stéfanie est lieutenant-colonel honoraire du Princess of Wales’ Own Regiment à Kingston.

Elle est également co-animatrice du balado Battle Rhythm, un balado que j’écoute régulièrement, car les questions liées aux FAC y sont régulièrement discutées.

Dans ces deux rôles, ainsi que dans le cadre de son travail au Centre d’études sur la politique internationale et de défense de l’Université Queen’s...

Stéfanie est une voix importante, une partie importante de la conversation, à ce moment charnière de l’histoire des FAC.

Avant d’aborder le sujet de ce discours d’ouverture, je dirai d’avance que nous sommes déterminés à transformer notre culture institutionnelle.

Reconstruire notre armée pour qu’elle soit plus ouverte et plus accueillante envers les meilleures personnes que le Canada a à offrir.

Évoluer et devenir les meilleurs que nous puissions être : une organisation inclusive où tout le monde est traité avec dignité et respect.

Concrètement, nous sommes déterminés à être un employeur de choix dans un marché très concurrentiel.

Plus important encore, en tant qu’organisation qui représente et incarne les valeurs qui sont si chères aux Canadiens, nous sommes déterminés à regagner leur confiance.

Je suis donc très heureux d’être ici avec Stéfanie aujourd’hui, et avec vous tous.

Je suis aussi heureux que cette importante conférence reprenne cette année, après avoir fait une pause l’an dernier, et j’ai hâte au jour où nous pourrons de nouveau nous réunir en personne.

C’est en fait la troisième fois que je prononce une allocution dans le cadre de cette conférence.

En 2017, j’ai participé à une table ronde sur l’amélioration du rendement des soldats.

Et en 2019, fort de mon expérience en tant que commandant adjoint du commandement des Nations Unies en Corée du Sud, j’ai parlé des changements tectoniques que nous observons dans l’environnement mondial de sécurité…

Beaucoup d’entre eux sont enracinés dans cette partie du monde.

En 2021, nous sommes toujours saisis du défi que représente la pandémie, et qui demeure, après 18 mois, une influence incontournable sur toutes les facettes de notre vie et de notre travail.

Le fait que nous soyons ensemble aujourd’hui, quoique virtuellement, pour étudier la COVID témoigne de la pertinence continue de cette conférence.

Et je tiens à remercier les partenaires du Kingston Consortium qui nous ont à nouveau réunis…

  1. Le Centre d’études sur la politique internationale et de défense de l’Université Queen’s;
  2. Le Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne;
  3. Le Strategic Studies Institute de l’US Army War College;
  4. Et le Collège de défense de l’OTAN.

Une parenthèse personnelle : j’ai des liens personnels avec trois des quatre partenaires; je suis diplômé du Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne et du US Army War College.

Et mon épouse est diplômée de l’Université Queen’s.

Il est donc bon d’être de retour.

Environnement mondial de sécurité

Le consortium est un excellent partenariat qui fait un travail important.

Il rassemble les meilleurs esprits de tous les secteurs de la société, tels que le gouvernement et les ONG, les universités et les militaires, le secteur privé et d’autres intervenants, pour approfondir notre compréhension d’un environnement mondial de sécurité en constante évolution et de plus en plus complexe.

Un environnement dans lequel l’ordre international fondé sur des règles que nous connaissons depuis 70 ans est sous pression, fragile et vulnérable.

Devant ce qui constitue essentiellement une réorganisation des choses, nous ne pouvons plus tenir pour acquises la paix et la prospérité que cet environnement nous donne depuis des générations.

Le nôtre est un monde de plus en plus multipolaire, avec des États autoritaires d’un côté, des démocraties libérales de l’autre, et un certain nombre d’États au milieu…

Ils regardent, attendent, se demandent de quel côté la balance va pencher, et sont prêts à suivre celui qui semble avoir le plus à leur offrir.

Notre mode de vie, et la stabilité mondiale qui rend ce mode de vie possible dépendent du fait qu’ils fassent le bon choix.

Et ces États autoritaires gagnent en influence…

Cherchant à saper les démocraties libérales du monde…

En utilisant des outils et des tactiques juste en dessous du seuil de conflit violent.

Et pendant mon séjour en Corée, j’ai vu à quel point la paix est fragile et à quel point il serait facile pour une concurrence agressive de se transformer en guerre ouverte.

En même temps, des groupes terroristes, des organisations criminelles complexes et des éléments extrémistes – dont certains se trouvent au Canada – menacent aussi la stabilité et la sécurité partout dans le monde.

Les nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle aux armes hypersoniques, en passant par l’informatique quantique, changent le visage de la guerre.

Pour la première fois en 70 ans, les démocraties libérales sont surclassées quantitativement et qualitativement.

Nous sommes appelés à défendre nos intérêts non seulement en mer, sur terre et dans les airs, mais désormais dans des domaines de conflit émergents tels que l’espace et le cyberespace.

Et tout cela se passe dans le contexte d’un monde perturbé par les changements climatiques, les migrations massives, la rareté des ressources, la polarisation politique et les conflits culturels.

Interventions en cas de pandémie

Bien sûr, le défi le plus immédiat est la pandémie de COVID-19.

Elle a occupé une grande partie de l’énergie et des efforts des FAC au cours des 18 derniers mois.

L’opération LASER est le soutien général de nos forces armées aux gouvernements fédéral et provinciaux en réponse à la pandémie.

Et l’opération VECTOR est notre soutien spécifique à la distribution de vaccins qui sauvent des vies.

Dès le début, les membres des FAC étaient là pour aider les Canadiens qui se précipitaient pour rentrer chez eux de tous les coins du monde, avant la fermeture des frontières.

En fait, en mars 2020, nous avons mis 24 000 membres en position pour faire tout ce qui était nécessaire pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

Pour exprimer l’ampleur de cette mobilisation, et la pression qu’elle a exercée sur les FAC, considérez ceci : en plus de faire appel à nos forces régulières, elle comprenait la plus grande mobilisation de réservistes depuis la Seconde Guerre mondiale.

En ce qui concerne les opérations nationales, la réponse à la COVID-19 a été historique, sans précédent par sa portée et son rythme.

Depuis lors, nos gens ont répondu à près de 70 demandes d’aide liées à la COVID-19 provenant des gouvernements et des organismes fédéraux et provinciaux.

Ils ont pris soin des plus vulnérables d’entre nous dans des maisons de soins de longue durée.

Ils ont aidé plus de 100 communautés des Premières Nations.

Ils ont travaillé avec l’Agence de la santé publique du Canada pour s’assurer que l’équipement médical, l’équipement de protection individuelle et, plus particulièrement, les vaccins soient acheminés là où ils étaient les plus nécessaires partout au pays.

Nos gens ont aidé à planifier et à coordonner le transport, l’entreposage et la distribution des vaccins.

Ils ont soutenu l’Agence des services frontaliers du Canada et l’Agence de la santé publique du Canada dans l’établissement de sites de dépistage aux postes frontaliers terrestres, à la frontière canado-américaine.

Ils ont livré cinq congélateurs à basse température de qualité médicale dans nos territoires nordiques.

À Terre-Neuve, les Rangers canadiens ont aidé à faire parvenir les vaccins aux collectivités, ou ont aidé les personnes à avoir accès aux vaccins, peu importe les efforts.

En Nouvelle-Écosse, les membres des FAC ont apporté leur aide aux sites de dépistage.

En Ontario, ils ont aidé à la recherche des contacts et à la déclaration connexe.

En Ontario et au Manitoba, les membres des FAC ont veillé à ce que les vaccins parviennent aux villages les plus éloignés et aux communautés autochtones.

En Colombie-Britannique, nous avons fourni l’aréna de la BFC Comox pour servir de centre de vaccination pour la région environnante.

En Alberta, à l’heure actuelle, certains de nos officiers en soins infirmiers aident à alléger le fardeau des hôpitaux surchargés, et nous venons tout juste de commencer à aider en Saskatchewan en fournissant un soutien médical.

Depuis plus de 18 mois maintenant, lorsqu’on leur a demandé, les membres des FAC ont été là pour :

  1. aider aux contrôles du bien-être des personnes;
  2. produire et distribuer des fournitures non médicales, mais toujours vitales, telles que de la nourriture, de l’eau, du bois de chauffage et d’autres nécessités de la vie.
  3. Les membres des FAC ont assuré le transport de marchandises et de personnes vers les lieux où ils étaient le plus nécessaires;
  4. Ils ont donné des soins médicaux et du soutien;
  5. Ils ont aménagé des installations d’isolement pour les personnes atteintes du virus et formé du personnel civil pour assurer le fonctionnement et l’entretien de ces sites.

Je pourrais continuer avec cette liste. Cela fait 19 longs mois.

Maintenant, quand le Canadien ordinaire pense à sa marine, à son armée et à sa force aérienne, ce ne sont pas les images qui lui viennent habituellement à l’esprit.

Mais la pandémie a puisé dans tout l’éventail des talents que les FAC ont à offrir...

Nous possédons des compétences qui sont probablement ignorées par bon nombre de Canadiens :

Médecins et pharmaciens. Planificateurs et administrateurs. Ingénieurs et informaticiens.

Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de types de bottes différents sur le sol, mais les personnes qui les portent ont deux choses très importantes en commun :

Elles portent toutes notre drapeau. Elles sont engagées à servir le Canada et les Canadiens.

Nous nous attendons à ce que ces services demeurent nécessaires dans un avenir prévisible… peut-être même pendant plusieurs années. Au pays, si le gouvernement en fait la demande, et ailleurs dans le monde.

Répercussions de la pandémie sur les FAC

Mais de tous les défis auxquels notre peuple a été confronté, le plus important a peut-être été d’accomplir tout cela tout en faisant face aux aspects profondément personnels de la pandémie.

Comme tous les autres Canadiens, les membres des FAC ont dû se reprendre en main dans un monde chamboulé.

Nos maisons sont devenues des bureaux… des écoles… des services de garde….

Nous avons été coupés de notre famille élargie et de nos réseaux sociaux réels.

Nous avons vécu dans la peur pour la santé et la sécurité des personnes que nous aimons, dans le désespoir de l’isolement et dans le stress de ne pas savoir quand – ou, pendant un certain temps, si – cela finirait un jour.

Mais pour une institution comme les FAC…

Une institution qui est dédiée au service...

Pour intervenir quand d’autres s’écartent ou reculent...

Pour notre peuple, rester à la maison pour attendre n’a jamais été une option.

Nous avons fait de la santé et de la sécurité de nos membres notre priorité absolue, nous avons trouvé des moyens de nous adapter et nous avons continué à travailler.

Je suis plus que fier de chacun des membres de notre équipe, et je leur serai éternellement reconnaissant pour leur service en ces temps exceptionnels.

Pourtant, la pandémie a eu des effets de grande ampleur sur la force et l’état de préparation des FAC.

Comme je l’ai expliqué, notre engagement nécessaire aux opérations au pays a réduit les ressources disponibles pour faire face aux défis et aux menaces à la sécurité mondiale dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Et en termes de nombres, nous sommes loin de la force qu’il nous faudrait, surtout dans une cohorte particulièrement essentielle.

La Force régulière a diminué de plus de 2 700 membres depuis le début de la pandémie, un nombre qui se reflète également dans la Réserve.

Notre recrutement est déjà difficile en raison d’une érosion de l’image publique des FAC liée à des révélations d’inconduites…

Et une concurrence accrue avec d’autres employeurs pour les meilleurs et les plus brillants du Canada.

Mais la COVID a encore exacerbé ce défi, et notre recrutement s’est situé à environ un tiers de son taux normal en raison des restrictions imposées par la pandémie.

Dans un système de recrutement déjà mis à rude épreuve en termes de flux, la COVID a prolongé ces délais.

Nos gens ont fait tout ce qui était humainement possible en utilisant les outils numériques pour continuer à attirer des recrues…

Mais pour certaines parties essentielles du processus – par exemple, les examens physiques – rien ne peut vraiment remplacer une interaction en personne.

Ce défi lié au recrutement, combiné à l’attrition accentuée par les pressions de la pandémie, signifie que nous nous retrouvons à court d’environ 7 500 membres de notre force effective entraînée par la Force régulière.

Et ce sont le cœur de notre structure de commandement, le « chaînon manquant » – caporaux-chefs, sergents, lieutenants, capitaines, majors…

matelots-chefs, officiers mariniers, capitaine de corvette.

Ils remplissent tous des rôles de leaders essentiels, à la fois sur le terrain et alors que nous abordons l’impératif existentiel de changer notre culture interne.

Et nous pensons que cela pourrait prendre environ cinq à sept ans pour réparer les dégâts.

Nos entraînements ont également été entravés.

Les restrictions de santé publique ont exigé une adaptation de l’instruction…

Pour mettre l’accent sur l’amélioration individuelle, par exemple, ou sur des travaux qui peuvent se faire en ligne ou au moyen de simulations.

Parfois, il a fallu modifier l’instruction, par exemple en réduisant le nombre de participants.

Et dans certains cas, l’instruction a été carrément annulée.

MAPLE RESOLVE est l’exercice d’entraînement annuel le plus important et le plus complexe de nos Forces armées.

En 2020, nous avons dû l’annuler.

En partie pour la sécurité de nos troupes, mais aussi pour permettre à nos membres de s’isoler et d’être prêts à répondre aux demandes d’aide de divers gouvernements…

Judicieusement, comme cela s’est révélé lorsqu’on demandait désespérément à nos gens de renforcer ou de remplacer le personnel civil dans les foyers de soins de longue durée.

Cette année, MAPLE RESOLVE est allé de l’avant, quoiqu’avec des restrictions et une participation réduite, surtout en ce qui concerne la participation de nos partenaires internationaux.

Il est important de noter que l’entraînement avec nos partenaires et alliés internationaux s’est poursuivi autant que possible.

Par exemple, des exercices avec nos alliés de l’OTAN aux États-Unis et en Lettonie.

L’arrêt complet de cet entraînement n’a jamais été une option. Cet entraînement est essentiel à notre capacité de nous tenir côte à côte avec nos partenaires, amis et alliés contre une myriade d’adversaires qui menacent la sécurité et la stabilité mondiales.

À travers tout cela, nous avons démontré avec force qu’il est possible de s’entraîner de manière responsable et efficace malgré les défis posés par la COVID-19.

Cependant, force est de constater la triste vérité : il existe toujours un retard dans les entraînements.

Ce n’est pas entièrement à cause de la pandémie. Ici aussi, le problème du « chaînon manquant » est un facteur.

Mais la COVID a empiré la situation.

Et, encore une fois, les effets de cette situation se feront sentir pendant des années à venir.

Reconstitution

Tout cela étant le cas, les FAC sont à l’avant-garde d’un important programme de reconstitution à l’échelle des Forces.

Ce programme est guidé par deux impératifs :

  1. Premièrement, la restauration des activités et de la préparation qui ont été compromises pendant la pandémie.
  2. Deuxièmement, la tâche incessante d’améliorer et de moderniser nos capacités opérationnelles face à l’évolution des menaces, en même temps que nous effectuons le travail essentiel de changement de notre culture.

Comme chaque élément de la société, les FAC ont probablement été changées à jamais par la COVID-19.

Le monde que nous connaissions avant mars 2020 n’existe plus.

Après la pandémie, les FAC seront-elles les mêmes? Non.

Mais nous ne ferons jamais de compromis en ce qui concerne l’excellence ou la préparation.

Cela signifie que nous devrons être hyper-disciplinés, voire impitoyables, dans l’examen de notre institution et remettre continuellement en question le statu quo :

Est-ce essentiel?

Est-ce discrétionnaire?

Cela devrait-il être laissé de côté?

Notre réponse déterminera notre orientation pour l’avenir…

Et les améliorations que nous apporterons à notre état de préparation pour les opérations en cours, pour celles qu’on entrevoit déjà et pour la suite.

Ce seront des questions difficiles sans réponses faciles.

La reconstitution des FAC privilégiera trois domaines :

D’abord, les gens et la culture.

Relever les défis de l’avenir nécessitera des Forces armées encore plus diversifiées et représentatives.

Comme je l’ai dit plus tôt, chaque Canadien doit voir les FAC comme un choix de carrière de premier ordre, où ils se sentiront les bienvenus, valorisés et en sécurité pour mettre leurs talents au service de notre pays.

Et cela ne se produira que lorsque nous franchirons le pas douloureux, mais nécessaire, de confronter des éléments de notre histoire et de notre culture institutionnelles dont nous ne sommes pas fiers.

Cela signifie, entre autres :

  1. Investir de manière importante dans le travail de notre plus récent N1, le chef – Conduite professionnelle et culture.
  2. Aligner notre système de justice militaire sur les valeurs et les normes juridiques contemporaines en mettant en œuvre les recommandations du troisième examen indépendant de la Loi sur la défense nationale.
  3. établir un cadre réglementaire pour promulguer le projet de loi C-77, ce qui comprend la Déclaration des droits des victimes;
  4. et examiner attentivement les recommandations qui émergeront de l’examen interne complet et indépendant mené par la juge Louise Arbour.

Ce sont toutes des étapes positives vers le renouvellement – la reconstruction – de notre culture afin que nous soyons l’organisation sûre et inclusive que les Canadiens – et nos propres membres – attendent de nous.

Et ce renouvellement est la responsabilité de chaque personne qui porte l’uniforme, peu importe son grade, son rôle ou son service.

Mais notre crise de culture est aussi une crise de leadership.

Et dans mon rôle de chef d’état-major de la défense par intérim – je m’engage personnellement à rétablir la crédibilité de nos militaires – à rétablir la confiance – qui est essentielle à notre succès en tant qu’institution.

Nous devons également reconnaître le tribut personnel payé par les employés pendant la pandémie et mettre un accent renouvelé sur la reconstruction des forces personnelles…

En effet, la force de notre peuple et notre culture sont des enjeux de sécurité nationale, car le Canada a besoin que nous soyons à notre meilleur.

S’il y avait le moindre doute, j’espère que la pandémie a donné l’occasion d’atteindre une clarté semblable à celle d’un laser à cet égard.

La deuxième priorité de notre reconstitution sera l’excellence opérationnelle.

Cela signifie examiner et évaluer toutes les opérations et tous les plans, y compris notre entraînement de préparation – à chaque niveau et dans chaque commandement – par rapport à des critères stricts et spécifiques :

Ces opérations et ces plans sont-ils durables?

Est-ce qu’ils correspondent-ils à notre mission et à notre vision globales?

Comportent-ils une valeur?

Quelles sont les répercussions de ces opérations et de ces plans sur nos alliés?

Et ensuite définir nos attentes opérationnelles en conséquence.

Dans tout ce que nous faisons, nous devons toujours être prêts à mener des opérations d’urgence.

La troisième priorité de notre reconstitution est la modernisation.

Pour rester prêts et pertinents, il est impératif que nous investissions dans des mises à niveau radicales de notre fonction de maintien en puissance et de nos efforts de numérisation.

Et nous devons reconnaître que notre conception actuelle de la force…

Comment nous abordons les opérations et gérons notre personnel, tant de la Force régulière que de la Réserve…

Elles sont toujours enracinées dans l’ère de la guerre froide.

Il est difficile et souvent douloureux de bouleverser des approches traditionnelles qui remontent à des générations… ce qui a été essayé, ce qui a généré de la confiance et ce qui était réel.

Mais cela aussi est un travail qui doit être fait – jusqu’au changements structurels des Services et y compris ceux-ci.

Tout cela se passait avant la COVID-19, et n’est donc pas un résultat direct de la pandémie.

Mais il reste que cette reconstitution doit se faire dans le contexte de la pandémie de COVID…

… et parallèlement à un examen post-opérationnel détaillé de la réponse des FAC à la pandémie.

Cet examen est à venir.

Observations initiales

Mais, cela dit, permettez-moi de vous faire part de quelques observations initiales :

  1. Le commandement et le contrôle virtuels ne remplaceront jamais complètement la supervision pratique ou l’intervention en face à face. L’interaction humaine est toujours nécessaire.
  2. Compte tenu d’une reprise et de l’importance cruciale de la préparation, je trouverai des moyens de maintenir des niveaux plus élevés d’entraînement et de recrutement.
  3. La pandémie a révélé les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, dont la nôtre.

    Nous travaillons en étroite collaboration avec bon nombre de partenaires de l’industrie et du gouvernement.

    Là où ils ont été touchés – par les restrictions nécessaires, les fermetures de frontières, la réglementation et, surtout, par le souci de la santé et de la sécurité de tous – nous l’avons été aussi.

    Mais, grâce à une communication et une collaboration constantes, nous avons continué à avancer.
  4. Le rôle des Rangers canadiens consiste à être nos yeux et nos oreilles dans le Nord, et leurs activités sont censées se limiter à un mandat très précis : ils ne devraient pas aider les autorités civiles dans des situations qui comportent un risque de confrontation.

    Bref, leur rôle consiste à soutenir les FAC, et non pas à agir comme agents de la paix ou à faire du travail de développement communautaire ou d’aide sociale.

    Or la portée du travail accompli par les Rangers canadiens depuis le début de la pandémie est considérable, et les risques sont allés bien au-delà de leur mandat original.

  5. Les services de santé des FAC – qui sont en réalité uniquement destinés à soutenir les membres des FAC, qui ne sont pas couverts par les services de santé provinciaux et territoriaux en vertu de la Loi canadienne sur la santé – fonctionnaient déjà à pleine capacité avant la COVID…

    … et la pandémie a aggravé encore la situation.

    Chaque professionnel de la santé appelé à aider nos partenaires gouvernementaux ici au pays n’est pas libre de se déployer sur d’autres opérations…

    Ou disponible pour les membres des FAC qui ont besoin de leur aide ici au pays.

    Ou pour traiter les dossiers médicaux utilisés pour le recrutement.

    Cela fait partie d’un problème plus vaste – l’évolution des FAC au fil des ans, qui sont passées d’une ressource de dernier recours à une force de premier choix – qui, à l’avenir, doit être abordé dans un contexte national.

Préparation au nouveau monde

Le rôle de premier plan des FAC dans l’effort national du Canada pour lutter contre la COVID-19 n’est vraiment que le point culminant d’une tendance qui progresse tranquillement depuis des années maintenant.

Entre 2014 et 2019, nous avons constaté une multiplication par 10 des jours-personnes consacrés aux opérations nationales par rapport aux cinq années précédentes.

De plus en plus fréquemment, nos partenaires fédéraux et provinciaux font appel aux FAC pour des tâches non traditionnelles.

Pourquoi?

Eh bien, pour le dire simplement, nous sommes à la hauteur.

Lorsque les FAC répondent à une demande d’assistance, la partie requérante dispose d’un bassin de main-d’œuvre disciplinée de professionnels hautement qualifiés, avec sa propre capacité interne de commandement et de contrôle.

Avec un système de communication interne déjà établi.

Avec ses propres ressources à exploiter.

Un bassin capable d’effectuer des tâches très diverses de façon efficiente et efficace, et dont le succès est presque certain.

Un bassin de main-d’œuvre autosuffisant, qui se déploie et s’administre de façon autonome — un effectif prêt à l’action. On épargne beaucoup de temps, en évitant l’intégration des employés, les tracas liés à la paye et d’autres tâches administratives et de bureau.

Et sa capacité de planification et sa maîtrise de la logistique présentent un degré de sophistication qui en fait simplement une solution facile en cas de crise.

Et ici, je dois faire un clin d’œil au Collège de commandement et d’état-major de l’Armée canadienne.

Ce que le Collège enseigne à nos officiers, c’est exactement de cela que je parle. C’est cette formation professionnelle exceptionnelle qui nous permet d’exécuter ces opérations.

Les compétences nécessaires pour intégrer diverses capacités, fournir une certaine structure au-delà du chaos et planifier une voie à suivre trouvent leurs racines ici même dans l’entraînement et l’éducation au Collège de commandement et d’état-major de l’Armée canadienne.

La valeur de cette éducation et de cet entraînement a été prouvée des centaines de fois au cours de cette pandémie.

Points à retenir sur la pandémie et rôle évolutif des FAC

La pandémie a fourni de précieux enseignements à toutes les personnes impliquées dans la riposte.

Entre autres : Nous devons, en tant que pays, examiner de près le rôle national des Forces armées canadiennes.

Ce qu’elles sont devenues et pourquoi.

Il est clair que, comme je l’ai dit, les FAC sont passées ces dernières années d’une force de dernier recours à, souvent, une force de premier choix.

Cette année seulement, outre notre engagement total dans la lutte contre la pandémie, nous avons déployé des centaines de personnes en Colombie-Britannique et au Manitoba pour aider à lutter contre les incendies de forêt, tandis que d’autres troupes et Rangers canadiens ont aidé à évacuer des résidents lors d’incendies de forêt dans les collectivités éloignées de l’Ontario.

On nous a demandé d’aider à atténuer des inondations au Yukon.

L’année dernière, lorsqu’une importante tempête de neige a causé la fermeture de certaines parties de Terre-Neuve-et-Labrador, nous avons reçu l’appel.

En 2019, les membres des FAC :

  1. ont été déployés en Nouvelle-Écosse après le passage de l’ouragan Dorian;
  2. ont aidé à évacuer les membres de la Première nation de Pikangikum en Ontario en raison de la fumée intense provenant des feux de forêt au Manitoba;
  3. ont envoyé plus de 2 500 militaires pour soutenir les efforts déployés pour aider les victimes d’inondations au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Ontario.

Cela devrait nous amener à nous demander si nous avons besoin d’un examen complet des rôles, des responsabilités et des ressources de toutes les directions générales et niveaux de gouvernement pour mettre à jour leur délimitation à la lumière de la demande croissante et de la fréquence et de l’intensité croissantes des catastrophes nationales.

Cela comprend les FAC afin que nous puissions établir comme priorité le développement, l’entraînement et l’état de préparation de notre force en conséquence.

La fonction essentielle des Forces armées canadiennes est de défendre le Canada et les Canadiens.

Comment devons-nous définir « défendre » à l’avenir?

La façon dont notre Réserve s’intègre dans ce tableau est un autre élément dont nous devons tenir compte : le Canada a-t-il besoin de troupes dédiées à la défense civile, comme pendant la guerre froide?

Les réponses à ces questions guideront notre planification en termes de conception et de développement de la force dans le futur — et ces réponses doivent s’inscrire dans un contexte national.

Un large débat national au sujet de qui fait quoi, à quel moment et pourquoi. Et où se situent les FAC dans ce contexte plus large, celui de l’ensemble du gouvernement.

L’avenir des conflits militaires est celui de la précision, de la technologie de pointe et des engagements dans des domaines non traditionnels comme l’espace et le cyberdomaine.

Alors que les opérations nationales, comme celles que nous avons entreprises de plus en plus souvent ces derniers temps, dépendent du déploiement d’un grand nombre de membres des FAC, de nombreuses bottes sur le terrain, pour effectuer un travail dur et physique.

Précision contre masse. C’est l’une des tensions touchant le développement des forces auxquelles nous sommes confrontés.

Comment nous trouverons un équilibre entre ces deux visions très différentes d’une armée moderne est l’une des grandes questions de notre temps.

Nous savons ceci :

Répondre aux exigences du monde d’après la pandémie exigera de la créativité, de l’adaptabilité et de la résilience.

Cela nécessitera d’établir inlassablement les priorités et une intendance judicieuse de nos ressources – de notre matériel et, plus important encore, de notre personnel.

Je pense que nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que le rôle des FAC dans les situations de crise au pays continuera de s’élargir, de même que nos militaires seront appelés à effectuer davantage de tâches non traditionnelles.

C’est la clé de notre examen opérationnel de l’après-pandémie.

Comme c’est le cas : Cela se reproduira. Il y aura une autre pandémie.

Nous ne savons pas quand. Mais nous devons être prêts. Éternellement vigilants.

Nous le devons aux générations futures de Canadiens.

Le monde est plus dangereux aujourd’hui qu’il ne l’a été depuis la fin de la guerre froide. Les menaces et les risques qui pèsent sur notre pays se multiplient.

Pour faire face à l’environnement futur en matière de sécurité, les exigences envers les FAC ne feront qu’augmenter. Le Canada a plus que jamais besoin des FAC – même si tous les Canadiens n’en ont pas conscience.

Thank you, Merci, Megwitch.

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :