Opération JADE

Nom de l'opération internationale :  Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST)

Dates de l'opération internationale :   1948/05/29 - en cours

Organisme responsable :  Conseil de sécurité des Nations Unies – Résolutions 50 (29 mai 1948), et 54 (15 juillet 1948) et 73 (11 août 1949)

Nom de la région :  Moyens Est

Lieu : Égypt, Israël, Jordanie, Liban, Syrie

Nom de l'opération canadienne : Aucun nom d’opération canadienne 1954/06/01 au 1997/02/20

                                                                Op JADE                                                   1997/02/20

Dates de l'opération canadienne : 1954/06/01 – en cours

Mandat de la mission :  L’ONUST a reçu le mandat d’aider les parties aux Conventions d’armistice général en supervisant l’application et l’observation des conventions.

Notes sur la mission :  

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé la partition de la Palestine. Le plan prévoyait un État juif et un État palestinien distincts, Jérusalem devant avoir un statut international. Le plan a été accepté par les Juifs de la Palestine, mais non par les Palestiniens et leurs voisins arabes. Le 14 mai 1948, le mandat britannique sur la Palestine a expiré, et l’État d’Israël a été créé. Le lendemain, les États arabes ont envahi le territoire, et les Palestiniens ont déclenché les hostilités contre Israël.

Au cours de l’année suivante, Israël a lentement commencé à émerger en vainqueur de la bataille. Au début de mai 1948, le Conseil de sécurité a créé une Commission de trêve, dont les membres venaient de Belgique, de France et des États-Unis, pour aider à organiser un cessez-le-feu. La Commission de trêve a travaillé de concert avec le médiateur des Nations Unies, le comte Folke Bernadotte, de Suède. Une convention d’armistice a été conclue et a pris effet le 11 juin 1948. La Commission de trêve, ayant reconnu qu’il faut du personnel pour superviser un cessez-le-feu, avait demandé au Conseil de sécurité de lui fournir des observateurs militaires. La demande a été approuvée au moyen de la résolution 50 le 29 mai 1948.

Le premier groupe de 36 observateurs est arrivé entre le 11 et le 14 juin. Le nombre d’observateurs est par la suite passé à 93, soit 31 venant de chaque pays membre de la Commission de trêve. Les observateurs portaient l’uniforme militaire de leurs pays respectifs, toutefois orné d’un brassard distinctif de l’ONU, et ils n’étaient pas armés, comme c’est toujours le cas aujourd’hui pour le personnel de l’ONUST. Les observateurs se sont vu accorder le statut diplomatique, ce qui leur donnait la liberté de mouvement et l’immunité diplomatique. 

Le cessez-le-feu initial a expiré le 9 juillet, ce qui a entraîné une reprise   des hostilités. Au moyen de la résolution 54, le Conseil de sécurité a fait savoir qu’il était disposé à autoriser une intervention aux termes du chapitre VII de la Charte, comme il avait été déclaré dans la résolution 50. Un autre cessez-le-feu, cette fois sans date d’expiration, est entré en vigueur le 18 juillet. Le comte Bernadotte a demandé que 300 autres observateurs soient envoyés par les membres de la Commission de trêve. Au 1er août, 137 de plus étaient arrivés. Une autre demande a été présentée par la suite pour obtenir 572 observateurs supplémentaires, mais ils n’ont jamais été envoyés. Ceux qui ont effectivement servi ont été affectés à chaque groupe d’armée arabe et israélien, le long des routes de convoi, dans les ports et les aéroports et à Jérusalem.

Même s’il y avait toujours des affrontements, ceux-ci étaient de portée limitée et ils n’entravaient pas beaucoup le travail du médiateur intérimaire, Ralph Bunche, nommé à ce poste après l’assassinat du comte Bernadotte par le groupe Stern, organisme terroriste juif, le 17 septembre. Au début de 1949, Bunche avait réussi à négocier quatre conventions d’armistice général (CAG), entre Israël et ses quatre voisins arabes – l’Égypte, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Le 11 août 1949, le Conseil de sécurité a modifié le rôle des observateurs pour qu’il cadre avec les nouvelles conventions (résolution 73). Cela a mis fin au rôle du médiateur et a entraîné la création de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), dirigé par un chef d’état-major qui relevait directement du Conseil de sécurité (bien qu’à partir de 1951, il ait plutôt relevé du secrétaire général).

Le principal rôle de l’ONUST consistait maintenant à aider les parties à superviser l’application et l’observation des CAG. Chacune d’elles a créé une commission mixte d’armistice (CMA), composée d’un nombre égal de membres de chaque partie, le chef d’état-major de l’ONUST agissant comme président. L’ONUST appuyait chaque CMA en assurant une rotation régulière de son personnel d’une à l’autre. 

La tâche principale des CMA consistait à faire enquête sur les affirmations liées à l’application ou à l’observation des CAG. Les observateurs de l’ONUST affectés à chaque CMA effectuaient les enquêtes et aidaient à renvoyer les personnes et les animaux qui avaient franchi par inadvertance la ligne de démarcation de l’armistice (LDA). Les plaintes qu’ils examinaient portaient, dans l’ensemble, sur des tirs au-delà de la ligne de démarcation, le franchissement de la LDA par des personnes ou des animaux, des survols non autorisés de la ligne, la présence de troupes ou d’armes dans les zones démilitarisées et la culture non permise dans les CAG. À l’occasion, les CMA examinaient aussi des cas d’intérêt commun.

Pour accomplir ses tâches, l’ONUST a établi des postes d’observation (PO) dans le Sud du Liban, sur le plateau du Golan et dans la péninsule du Sinaï. Les observateurs y habitent en général une semaine à la fois; ils se font la cuisine et vaquent à leurs autres activités quotidiennes sur place. Les postes sont autonomes; ils disposent d’un télescope haute puissance aux fins d’observation et d’un bunker sous la tour, en cas d’attaque. Il y a effectivement eu des attaques contre des PO, où le bunker a servi d’abri. Les bunkers se sont révélés particulièrement utiles au cours des conflits de 1967 et de 1973 et lors de la guerre civile au Liban.

Le personnel de l’ONUST effectue régulièrement des patrouilles mobiles. Cela a entraîné d’éventuels problèmes, surtout au Liban dans les années 80 lorsque l’enlèvement d’étrangers était chose courante et que la guerre civile faisait rage. Au cours des patrouilles mobiles, les équipes de l’ONUST au Liban sont tenues de signaler leur position toutes les 30 minutes, comme précaution contre les enlèvements. Un officier américain de l’ONUST, le lieutenant-colonel William Higgins, a été kidnappé en février 1988 et assassiné en juillet 1989. Comme la plupart des hommes au Liban étaient armés, contrairement aux observateurs, les détournements de voiture constituaient aussi une grave menace. Malgré tout, les Libanais étaient très amicaux, et même ceux qui étaient armés invitaient des observateurs de l’ONUST à boire une tasse de thé.

Si le personnel de l’ONUST constatait des hostilités, il devait le signaler au chef d’état-major. Celui-ci pouvait de sa propre initiative demander aux deux parties de restaurer le cessez-le-feu. Si les intéressés n’obtempéraient pas, le chef pouvait soumettre le problème au Conseil de sécurité par l’entremise du secrétaire général. 

Le quartier général de l’ONUST est situé à Jérusalem. Initialement, il y avait quatre quartiers généraux secondaires, situés chacun auprès de l’une des CMA, certains ayant des quartiers généraux subordonnés ou des installations de soutien. À mesure que la situation a changé au fil des ans en raison des conflits et du traité de paix entre l’Égypte et Israël, l’ONUST a aussi modifié son organisation, créant ou supprimant des quartiers généraux au besoin. Ainsi, le Groupe d’observateurs en Égypte ne comprend maintenant que quatre observateurs et quatre membres du personnel civil de l’ONU.

Lorsque d’autres missions au Moyen-Orient ont été lancées, notamment la Deuxième Force d’urgence des Nations Unies au Sinaï (FUNU II) et la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) en 1973 ainsi que la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), le personnel de l’ONUST était employé aux côtés des membres de ces missions, partageant souvent le même quartier général et d’autres installations. Le personnel de l’ONUST est placé sous le contrôle opérationnel du commandant de mission de l’ONU local, mais demeure sous le commandement du chef d’état-major de l’ONUST.

L’ONU a également eu recours à du personnel de l’ONUST dans le cadre d’autres opérations. Par le passé, lorsque de nouvelles opérations ont été mises sur pied, l’ONU empruntait temporairement du personnel de l’ONUST pour entreprendre les opérations de nouvelles missions. Cela s’est produit dans le cas de la FUNU (1956), du Groupe d’observation des Nations Unies au Liban (GONUL, 1958), de l’Opération des Nations Unies au Congo (ONUC, 1960) et de la Mission d’observation des Nations Unies au Yémen (UNYOM, 1963), ainsi que d’au moins 10 autres missions de l’ONU. 

L’effectif de l’ONUST a augmenté et diminué au fil des ans. Le nombre d’observateurs a atteint son maximum, soit 572, en 1948. La signature des CAG a permis de réduire le nombre d’observateurs à 105 en 1954.  Après chacun des conflits au Moyen-Orient, le nombre remontait, puis chutait de nouveau à mesure que les tensions s’apaisaient. En 1992, on comptait 298 observateurs. En 1995, par suite d’une restructuration de l’ONUST, le nombre d’observateurs est tombé à 174, pour être encore réduit en 1997, cette fois à 152.

La participation du Canada à l’ONUST a commencé en juin 1954 lorsque le major-général E.L.M. Burns et trois autres officiers ont été affectés à l’opération, le général Burns étant nommé chef d’état-major en août. À la demande du secrétaire général, le nombre de participants a été porté à 9 en 1956, à 14 en 1957 et à 17 en 1959. Il est demeuré à 20 tout au long des années 60, 70 et 80. Dans les années 90, en raison de la réduction de l’effectif de l’ONUST, la participation du Canada a diminué pour se situer en moyenne à 8 membres du personnel. On estime qu’environ 950 membres des Forces armées canadiennes ont pris part à un déploiement dans le cadre de cette opération. Il ne s’agit là que d’une estimation, car certains observateurs militaires des Nations Unies (UNMO) ont participé à plus d’un déploiement; en outre, l’affectation de certains autres a été prolongée au-delà d’un an, ce qui fait qu’ils ont été inclus dans le calcul au cours de la seconde année aussi.

Le personnel canadien de l’ONUST sert sans restriction, puisqu’il peut être affecté à n’importe quel emplacement de l’ONUST. Les Canadiens ont également joué des rôles clés lorsqu’on a eu recours à l’ONUST pour mettre sur pied d’autres opérations de l’ONU, en particulier la FUNU I, l’ONUC et l’UNYOM.

Étant donné que les déploiements de l’ONUST sont habituellement de plus d’un an, les membres canadiens de l’Organisme avaient été autorisés à emmener leurs familles avec eux. Il s’agissait en général d’une formidable expérience d’apprentissage pour les familles, mais le déclenchement de la guerre civile au Liban a bien failli faire des victimes parmi les personnes à charge, qui ont dû être évacuées par un hélicoptère Sea King de la Royal Navy jusqu’à un navire militaire au large des côtes.

Le service auprès de l’ONUST peut être très ennuyeux ou très excitant. Les opérations à un poste d’observation peuvent consister en de longues périodes monotones passées à scruter la LDA. À l’occasion, une infiltration nocturne en Israël par un terroriste ou des heurts entre Israël et ses voisins (les deux camps étant responsables du déclenchement des actions) entraînent d’importants risques de blessure grave. Au cours des guerres de 1956, de 1967 et de 1973, des postes de l’ONUST ont été attaqués, et des Canadiens ont échappé de justesse à plusieurs attentats qui ont tué d’autres observateurs de l’ONUST.    

Les patrouilles mobiles se révèlent également dangereuses, comme il a été indiqué à propos du Liban et des détournements de voitures de l’ONU. Du côté positif, le personnel de l’ONUST est en mesure d’interagir avec les habitants de l’endroit des deux côtés de la LDA et gagne ainsi leur confiance, ce qui permet de développer un respect mutuel et un lien. Cela n’a toutefois pas toujours suffi à empêcher les blessures, car les actions incendiaires menées par un camp ou l’autre peuvent mettre le personnel de l’ONUST en danger.

Deux Canadiens ont été tués tandis qu’ils servaient au sein de l’ONUST. Le 26 mai1958, alors que des tirs fusaient au-dessus de la ligne de démarcation de l’armistice, le lieutenant-colonel George A. Flint a tenté d’aller sauver des policiers israéliens qui avaient été coincés dans une zone litigieuse au cours d’une patrouille. Malgré le drapeau blanc qu’il transportait, le lieutenant-colonel Flint a été tué par balle.

Le 25 juillet 2006, le major Paeta Hess von Kruedener a été tué lorsqu’un appareil israélien F-16 a largué une bombe dans l’enceinte du poste d’observation de l’ONU où il se trouvait en compagnie de trois autres observateurs militaires de l’ONU. Cette attaque était l’une d’une série en cours depuis le 12 juillet dans le cadre de laquelle les militaires israéliens attaquaient des cibles autour de la frontière libanaise en réaction à une attaque du Hezbollah qui avait causé la mort de plusieurs soldats israéliens et au cours de laquelle deux autres auraient été kidnappés. 

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