Ottawa, le mardi 20 mars 2007
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
Il y a des gens qui sont mal à l'aise lorsqu'on parle de violence familiale, à qui répugne l'idée qu'un conjoint puisse attaquer l'autre, ou attaquer leurs enfants.
Certes, je peux comprendre un peu leur répugnance, moi qui ai été témoin de pareille situation et ai entendu les récits d'expériences personnelles de nombreuses femmes. Je sais à quel point la violence familiale est une chose horrible.
C'est une tragédie, mais cela ne devrait pas être un sujet tabou.
Lorsque j'ai été nommée à la fonction que j'occupe, je me suis engagée à tenter de briser les solitudes.
Cet engagement me tient toujours à cur, et je sais que la violence familiale est l'une des pires solitudes.
L'expérience me l'a appris.
Au fil des ans, j'ai pu rencontrer de nombreuses victimes durant ma carrière de journaliste et dans le cadre du travail que j'ai mené en vue de créer des refuges pour femmes battues, au Québec.
Depuis que je suis gouverneure générale, j'ai rencontré d'autres groupes de femmes d'un bout à l'autre du Canada et dans différentes parties du monde, comme en Afghanistan, par exemple, où je suis allée récemment à l'occasion de la Journée internationale de la femme.
Toutes ces conversations que j'ai eues révèlent hélas une triste réalité : la violence familiale est un problème qui persiste encore.
Vous toutes et tous ici présents savez que la violence familiale est un crime qui fait de nombreuses victimes, mais qu'il n'est pas facile de reconnaître toutes les victimes.
Qui n'a pas entendu les histoires de celles et de ceux que paralyse la peur de vivre avec un parent violent. C'est comme vivre avec une bombe à retardement.
Souvent, les membres de la famille vont éteindre la musique, ou arrêter de rire et de jouer lorsque cette personne entre dans la maison, par crainte de susciter sa colère.
Chacun garde le silence à moins que la parole ne lui soit adressée. Certains vont même jusqu'à quitter la pièce dès que le parent violent y entre, afin d'éviter de l'offenser sans le vouloir.
L'angoisse, le stress et la peur sont alors presque insupportables, puis il y a aussi les agressions inévitables.
C'est un cycle destructeur.
Avec des conséquences souvent terribles pour des années à venir.
Les victimes risquent à leur tour de devenir des agresseurs, à moins qu'elles ne choisissent d'éviter les confrontations à un point tel que leurs relations personnelles en souffriront plus tard.
La violence familiale a donc des répercussions néfastes qui se font sentir non seulement chez la personne qui a subi les attaques, mais sur bien d'autres encore.
Nous voyons ainsi des jeunes filles qui, plus tard, auront peur des hommes; des jeunes garçons qui grandiront peut-être avec un sentiment de culpabilité et de honte de n'avoir rien fait pour protéger leur mère.
Quant aux victimes mêmes, elles vivront souvent le reste de leur vie affligées de blessures permanentes, de douleurs chroniques, de séquelles émotionnelles et psychologiques, ou d'autres fardeaux.
Je tiens ici à apporter une certaine précision.
Je suis consciente que la violence familiale n'est pas attribuable uniquement aux hommes, car certains d'entre eux en sont aussi victimes.
Mais soyons honnêtes.
La grande majorité des victimes sont des femmes.
Ainsi, lorsque nous parlons de « violence familiale », ce que nous voulons dire essentiellement, c'est « la violence faite aux femmes ».
Je tenais à le souligner, parce que pour parvenir à trouver une solution durable à ce problème, il faut appeler les choses par leur nom, voir et dire les choses avec honnêteté et clarté.
Le silence est inacceptable.
Le silence est un mal insidieux qui fait partie de l'horreur de la violence familiale.
En tant que société progressive et bienveillante, nous avons le devoir moral de dénoncer ce terrible problème avec vigueur et sans relâche, et d'agir pour y mettre fin.
La société canadienne ne peut tolérer une situation où tant de ses membres vivent sous la menace et dans la peur, subissent des coups ou sont tués.
Il est indéniable que les Forces canadiennes, en tant que principale entité représentative des valeurs collectives de notre nation, ont un rôle à jouer dans cette mission commune.
Rien ne saurait excuser qu'on se voile les yeux pour ne pas voir la violence que manifestent certains hommes en uniforme envers leurs femmes et leurs enfants.
Je suis ravie de dire qu'un grand nombre de nos chefs militaires de haut rang, sinon tous, sont les premiers à en convenir.
Même si la violence familiale demeure un problème au sein des Forces canadiennes comme c'est le cas dans le reste de la société il est évident que les attitudes ont beaucoup changé, et qu'il y a une volonté sincère de s'attaquer au problème.
Vous toutes et tous qui êtes ici aujourd'hui, vous symbolisez cette nouvelle volonté de trouver un remède au fléau qu'est la violence familiale au sein des Forces.
J'ai pleinement confiance en vous.
C'est grâce au travail que vous accomplissez avec le personnel des Forces armées que ce problème pourra être résolu une fois pour toutes.
Vous apprenez aux personnes violentes à réprimer leur colère, et vous trouvez des façons plus constructives de résoudre les problèmes familiaux.
Cette conférence trace une nouvelle piste de solutions.
C'est à vous qu'il incombe de veiller à ce que cette nouvelle orientation donne des résultats positifs pour les familles des militaires d'un bout à l'autre du pays.
Je vous souhaite donc une conférence des plus intéressantes et enrichissantes.
Puissiez-vous vous servir de ce que vous aurez appris ici et en faire profiter les gens auprès de qui vous travaillez dans vos communautés respectives.
C'est ainsi que vous aiderez les victimes, leurs enfants et les conjoints violents.
En remédiant à ce mal qui mine insidieusement le moral des troupes, vous aiderez par le fait même à renforcer notre corps militaire.
Finalement, ce sera la société canadienne au complet qui en bénéficiera.
En aidant à éliminer la violence contre les femmes, vous ferez de notre monde un lieu où il fera bon vivre pour toutes les femmes, pour les personnes qui leur tiennent à cur et pour celles qui les aiment.
Merci.