Anna-Maria – William Elliott est devenu le premier civil à diriger la Gendarmerie royale du Canada en juillet 2007 après la démission de Giuliano Zaccardelli. Ce matin, le commissaire Elliott participe à cette entrevue depuis Ottawa. Bonjour.
William Elliott – Bonjour Anna-Maria.
Anna-Maria – Nous avons beaucoup de sujets à aborder, en commençant par le décès de deux de vos agents en Haïti, le surint. Doug Coates et le serg. Mark Gallagher. Pouvez-vous nous en parler?
William Elliott – Eh bien, Mark Gallagher participait à la mission en Haïti et à nos activités continues là-bas. Depuis un certain nombre d’années, une centaine de policiers civils canadiens sont affectés en Haïti. Mark y était depuis quelques mois. Il est retourné à son poste à peine quelques heures avant le séisme, après avoir passé Noël avec sa famille au Nouveau-Brunswick. Je ne le connaissais pas personnellement, mais d’après ce que tout le monde en dit, c’était un homme chaleureux, extraverti et très généreux, et je suis certain que son décès a porté un coup extrêmement dur à tous ceux qui le connaissaient, ainsi qu’à la Gendarmerie. Quant à Doug Coates, je le connaissais plutôt bien. Je l’ai accompagné deux fois en Haïti à l’époque où il dirigeait nos Opérations internationales à partir de la Direction générale, à Ottawa. Il a accepté sa quatrième affectation en Haïti il y a quelques mois. Il croyait fermement à l’importance des activités de maintien de la paix et au mandat des Nations Unies, de même qu’au rôle du Canada et de la GRC à ce chapitre.
Anna-Maria – En fait, n’était-il pas l’un des principaux dirigeants des activités de l’ONU là-bas? Comme en détachement officiel, travaillant dans cette position pour la GRC et pour l’ONU?
William Elliott – Oui, c’est ça…
Anna-Maria – Au troisième rang de la hiérarchie, je crois.
William Elliott – Oui, il était le commissaire de police intérimaire pour la mission de l’ONU.
Anna-Maria – Alors c’est sans doute une période difficile pour la Gendarmerie, avec le décès de ces deux agents.
William Elliott – Effectivement, et ça me désole pour les familles de ces membres et pour toutes les autres personnes touchées. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis le séisme. Je suis content de savoir que demain, nous pourrons enfin ramener nos collègues au pays et célébrer comme il faut leur vie et leurs sacrifices.
Anna-Maria – En plus de cette crise, vous avez bien des difficultés à surmonter en ce qui concerne la direction de la GRC. Vous avez vu le documentaire intitulé Mounties Under Fire, vous avez entendu les propos de Helen Slinger. Comment décririez-vous les changements qui s’imposent?
William Elliott – Eh bien, je suis d’accord avec Helen, ce qu’elle a sans doute constaté en réalisant le film au cours des deux dernières années. Nous devons apporter des changements fondamentaux à la GRC, et cette réalité a été soulignée au moment de ma nomination en tant que commissaire et lors de la mise sur pied du Groupe de travail sur la gouvernance et le changement culturel à la GRC. Je dirais que nous avons apporté un immense nombre de changements ces deux dernières années. Je ne veux pas dire par là que nous n’avons pas encore énormément de pain sur la planche, mais je pense que la situation s’est grandement améliorée dans plusieurs domaines par rapport à ce qu’elle était il y a deux ans.
Anna-Maria – Nous savons que le manque de diversité demeure un problème à la Gendarmerie. Comme nous l’avons entendu il y a quelques minutes, il est dommage de perdre quelqu’un comme Alex Rouhani, qui parle quatre langues. Dans le film, on dit qu’il a un diplôme en administration des affaires. M. Rouhani s’est dit désenchanté de voir comment on traitait les membres, ou plutôt les recrues. Que pensez-vous de cette opinion?
William Elliott – Premièrement, je suis certainement d’accord pour dire que nous devons diversifier l’effectif de la Gendarmerie et que celle-ci doit mieux refléter la composition de la population canadienne et des collectivités que nous servons. Je soulignerais cependant que nous recrutons et promouvons des Canadiens qui proviennent de divers milieux. C’est vrai qu’il est dommage que cette personne n’ait pas terminé sa formation et ne soit pas entrée dans nos rangs, mais il ne faut pas oublier que des centaines et des centaines de recrues réussissent leur formation chaque année. L’an dernier, nous avons envoyé un nombre record de cadets en formation, soit environ 1 800, ce qui représente à peu près 10 % du nombre d’agents à la Gendarmerie. Alors il est très… Helen a parlé de l’importance d’apporter des changements aux échelons supérieurs et à la base. Je dirais que nous avons besoin de changements aux échelons supérieurs, à la base et dans l’ensemble de l’organisation. Mais les changements se font sentir très rapidement aux grades inférieurs. Par exemple, nous avons un très fort pourcentage de policiers qui ont moins de cinq ans d’expérience. Ils apportent de nouvelles compétences et de nouvelles attitudes, et leur point de vue sur la conduite attendue d’eux et de la Gendarmerie est certainement très différent de celui qu’on pouvait avoir par le passé.
Anna-Maria – J’aimerais vous parler de la confiance du public. D’un côté, on voit une enquête réussie qui a mené à la condamnation de certaines des personnes accusées de terrorisme dans l’affaire des 18 de Toronto, comme on les appelle. De l’autre, il y a le décès de Robert Dziekanski. Quelles conclusions vous attendez-vous à ce que le public tire de ces deux dossiers très différents?
William Elliott – Comme vous le dites, ce sont des dossiers très différents. De façon générale, j’espère que le public comprendra que nous sommes un très bon corps de police. Je crois que la qualité de nos services est reconnue non seulement au Canada, mais aussi à l’échelle internationale. Pour une bonne partie de nos activités de lutte contre le terrorisme, nous devons faire appel à nos partenaires à l’étranger. Nous avons aussi un effectif de quelque 30 000 personnes. Nous sommes humains. Nous faisons des erreurs. Je pense que l’essentiel, c’est de chercher à éviter les erreurs et de réagir rapidement lorsqu’on en commet. Depuis le décès tragique de M. Dziekanski, nous avons apporté de très importantes modifications à nos politiques, pratiques de formation et mécanismes redditionnels en ce qui a trait à l’utilisation des armes à impulsions.
Anna-Marie – À votre avis, qui est responsable des erreurs qui ont mené au décès de M. Dziekanski?
William Elliott – Je n’entrerai pas dans ces détails-là. Nous attendons le rapport de l’enquête publique dirigée par le juge Braidwood. Cela dit, il est très évident, je pense, en tout cas ce l’était pour nous, qu’il fallait modifier nos pratiques et nos programmes de formation. Je crois donc qu’il est important de se pencher sur les politiques et la formation avant de porter des jugements sur des personnes ou des incidents particuliers.
Anna-Maria – J’aimerais en savoir davantage sur les choses dont vous pouvez parler. M. Elliott, si vous voulez bien rester avec nous, nous allons faire une pause de 90 secondes. Nous avons bien d’autres sujets à aborder. Je parle au commissaire Elliott et vous écoutez l’émission The Current sur les ondes de CBC Radio One. […]
Anna-Maria – Bonjour, ici Anna-Maria Tremonti, à l’émission The Current. Je discute avec le commissaire William Elliott des difficultés que connaît la GRC. M. Elliott nous parle depuis Ottawa. Encore une fois, bonjour…
William Elliott – Bonjour.
Anna-Maria – Nous parlons du changement et de la confiance du public. Nous avons entendu le point de vue des policiers impliqués dans l’incident concernant Robert Dziekanski. Ils ont donné leur version des faits lors de l’enquête Braidwood. Selon un sondage frappant réalisé en 2009 par la Presse canadienne et la maison Harris/Decima, 60 % des Canadiens ne croient pas la version des faits donnée par la GRC. En Colombie-Britannique, où l’incident est survenu, ce chiffre grimpe à 71 %. Comment réagissez-vous aux résultats de ce sondage?
William Elliott – Eh bien, je dirais que la transparence et la reddition de comptes figurent parmi les enjeux fondamentaux en cause ici. Nous accueillons très favorablement les mesures en cours pour améliorer la surveillance et l’examen indépendants de la GRC. Nous collaborons d’ailleurs avec le gouvernement à des initiatives axées sur cet objectif. Nous faisons aussi des démarches de notre côté pour assurer la conduite d’enquêtes indépendantes dans les situations mettant en cause des membres de la GRC. Comme je l’ai souvent dit, s’il n’en tenait qu’à moi, la GRC n’enquêterait jamais sur un de ses membres ou employés. Nous travaillons dans cette optique, car je pense que le public doit avoir la certitude, en cas d’incident grave ou d’erreur possible ou réelle, qu’un examen rigoureux aura lieu et que les mesures correctrices nécessaires seront effectivement prises.
Anna-Maria – Vous dites : « s’il n’en tenait qu’à moi ». La décision ne vous revient pas?
William Elliott – Non, elle ne me revient pas. Je suis content que vous posiez la question. Lorsqu’il survient un incident qui nécessite une enquête, quelqu’un doit mener cette enquête. Dans certaines provinces, des organismes indépendants ont été créés à cette fin, mais dans bien des régions du pays, il n’existe aucun organisme indépendant, alors dans les situations de ce genre, nous faisons appel à d’autres services de police au besoin, pour leur demander de nous rendre service en se chargeant de l’enquête. Souvent, ils acceptent, mais parfois ils ne peuvent tout simplement pas nous aider. Ça ne fait pas partie de leur mandat, et ils n’ont pas les ressources nécessaires. Dans certaines régions, notamment dans le Grand Nord, il arrive souvent qu’il n’y ait aucun autre policier, si ce n’est un autre membre de la GRC, à des milliers de kilomètres à la ronde. Donc, dans un premier temps au moins, il faut interviewer les témoins et recueillir les preuves. Et si personne d’autre n’est là pour le faire, la GRC a l’obligation de s’en charger.
Anna-Maria – Alors vous dites que vous êtes conscient du fait que, quand la GRC enquête sur ses propres membres, ça soulève des questions de confiance, et que pour obtenir la confiance du public, il faut établir une certaine distance.
William Elliott – Absolument. C’est ce que je pense chaque fois que nous enquêtons sur un de nos membres, et j’appliquerais même ce raisonnement de façon plus générale. Chaque fois qu’un corps de police enquête sur un membre d’un autre corps de police, certaines personnes se demanderont à quel point l’enquête a été rigoureuse et impartiale. Je crois donc que, dans la mesure du possible, nous devrions confier ces enquêtes à des organismes entièrement indépendants. Lorsque ce n’est pas possible, nous devrions avoir d’autres moyens de nous assurer que l’enquête est menée avec rigueur et impartialité, par exemple en désignant un observateur indépendant qui pourra rendre compte de l’impartialité de l’enquête. Nous procédons ainsi dans plusieurs régions du pays et avons aussi obtenu la collaboration de la Commission des plaintes du public contre la GRC dans cette optique à titre d’essai, mais il faut établir des mécanismes permanents. Et bien honnêtement, cette question implique des conséquences financières qui dépassent largement les capacités de la GRC, tant sur le plan des pouvoirs et de la compétence que sur celui des finances.
Anna-Maria – Je vous écoute parler et je pense au cas d’Ian Bush, qui a été abattu par un agent de la GRC alors qu’il était détenu au Détachement de Houston, en Colombie-Britannique, en 2005. Sa famille a affirmé n’avoir aucune confiance dans le traitement du dossier, puisque l’enquête avait été menée par la police. Est-ce de ça que vous parlez?
William Elliott – Eh bien, je ne parle pas de ce dossier-là en particulier. Je soulignerais cependant que dans ce cas-là, il n’y a pas seulement eu une enquête de la GRC; plusieurs mécanismes indépendants sont aussi entrés en jeu. Mais de façon générale, comme je l’ai dit tantôt, je pense que nous devons donner suite aux préoccupations légitimes du public en ce qui concerne les situations où la police enquête sur la police. Nous faisons tout ce que nous pouvons à l’interne et en collaboration avec d’autres intervenants, soit les gouvernements du Canada, des provinces et des territoires, afin d’établir plus de mécanismes qui donneront cette certitude au public.
Anna-Maria – Vous mentionnez la Commission des plaintes du public contre la GRC, qui a d’ailleurs un nouveau président intérimaire, Ian MacPhail, depuis cette semaine. À quel point est-il important d’assurer une surveillance publique indépendante de la GRC?
William Elliott – Je crois que c’est essentiel. Plus l’examen indépendant de la GRC est crédible, plus la GRC l’est, ou le sera, aussi. Nous ne pouvons pas fournir les services essentiels auxquels les Canadiens s’attendent s’ils ne nous font pas confiance. Et ils ne nous feront pas confiance s’il n’existe aucun mécanisme pour garantir que nous serons appelés à rendre des comptes si nous faisons des choses que nous ne devrions pas faire ou si nous ne faisons pas les choses aussi bien que nous le devrions.
Anna-Maria – Et pourtant, les commissaires aux plaintes du public se sont plaints au fil des ans d’avoir eu les mains liées par le processus, de n’avoir pas pu aller aussi loin qu’ils l’auraient voulu dans leur travail de surveillance.
William Elliott – Je crois qu’il n’y a aucun doute quant à la nécessité de mettre à jour le régime législatif actuel, dans le cadre duquel la Commission des plaintes du public contre la GRC a été mise sur pied il y a environ 20 ans. J’appuie d’ailleurs fermement les mesures prises par le gouvernement afin de déposer des projets de loi et de les faire adopter par le Parlement en vue de renforcer le mandat et les pouvoirs de l’organe désigné par le Parlement pour traiter les plaintes contre la GRC et examiner nos activités.
Anna-Maria – Alors qui bloque la transparence?
William Elliott – Je ne suis pas certain que je prendrais ces mots-là pour décrire la situation. Le gouvernement fédéral travaille en collaboration avec les provinces et les territoires. L’ancien ministre de la Sécurité publique a fait savoir que le gouvernement est résolu à faire adopter les dispositions législatives nécessaires. Je suis persuadé que ce dossier occupera une place importante sur la liste des priorités de M. Toews.
Anna-Maria – Et que devraient dire les nouvelles dispositions législatives?
William Elliott – Eh bien…
Anna-Maria – Allez-y, c’est votre chance.
William Elliott – Sans vouloir vous offenser, j’ai d’autres occasions de faire connaître nos vues.
Anna-Maria – D’accord, mais vous pouvez les présenter au public aussi.
William Elliott – Au fond, je pense qu’il faut se rappeler qu’on parle d’un organe indépendant et que, par conséquent, les décisions sur le fonctionnement de cet organe et sur les pouvoirs qui devraient lui être conférés ne devraient pas être laissées à la GRC. Il appartiendra au gouvernement et au Parlement de prendre ces décisions. Cela dit, j’appuie de façon générale l’augmentation des pouvoirs et le renforcement du mandat d’une telle commission indépendante. Je pense que c’est dans l’intérêt du public et dans celui de la GRC.
Anna-Maria – Parlons de questions sur lesquelles vous avez un pouvoir d’action. Il y a un an, vous avez modifié la politique sur le recours à la force à la suite du décès de M. Dziekanski. À votre avis, quelles sont les modifications les plus importantes que vous avez apportées?
William Elliott – Bien entendu, la question du recours à la force est loin de se limiter à l’utilisation d’armes à impulsions, mais si l’on se penche tout particulièrement sur le Taser, je crois que les modifications les plus importantes ont consisté à restreindre l’utilisation de cette arme – et nous considérons cet appareil comme une arme – aux situations où la sécurité du public ou de nos agents est en jeu. Nous avons pris des mesures considérables pour sensibiliser nos agents aux risques associés au Taser, y compris au risque de mort. Utiliser cette arme, c’est employer beaucoup de force, et tout recours à la force comporte des risques. Nous avons changé nos programmes de formation en fonction des modifications apportées à la politique, et nous avons aussi renforcé nos exigences de compte rendu. Alors, chaque fois qu’un agent utilise une arme à impulsions – et nous donnons un sens très large au mot « utilisation », qui englobe non seulement les situations où l’arme est déchargée, mais aussi celles où l’arme est dégainée et même celles où l’on menace de l’utiliser –, il doit obligatoirement faire un compte rendu de l’incident, et ces comptes rendus sont transmis en temps réel à la Commission des plaintes du public contre la GRC.
Anna-Maria – Et avez-vous des données qui vous permettent de voir si les changements que vous avez apportés donnent des résultats?
William Elliott – Nous disposons certainement de meilleures données qu’auparavant, et l’un des résultats que nous avons constatés, c’est que nos agents utilisent le Taser beaucoup moins souvent que par le passé.
Anna-Maria – Et ce résultat découle-t-il directement des modifications que vous avez apportées à la politique?
William Elliott – Il est difficile d’établir un lien de cause à effet, mais il reste que la politique a fait l’objet de modifications. Je pense que le décès tragique de M. Dziekanski et l’enquête publique en cours ont attiré beaucoup d’attention. Il en va de même pour les risques associés à l’appareil. Nous mettons aussi l’accent sur l’importance de ce qu’on appelle la désescalade, c’est-à-dire la mise en œuvre de tous les moyens possibles pour éviter de recourir à la force à moins que ce soit nécessaire. Dans les cas où il faut recourir à la force, les agents doivent s’assurer de faire des choix appropriés quant à la démarche à suivre et à la façon de s’y prendre.
Anna-Maria – Vous parlez des changements en ce qui a trait au recours à la force. Pensez-vous que les autres agents sont touchés par le déroulement de l’enquête Braidwood?
William Elliott – Je pense que ça va de soi. Vous savez, je crois que nous suivons tous l’avancement de cette enquête de très, très près. Au début de l’émission, vous avez parlé de nos racines paramilitaires et de la nécessité de créer un nouvel environnement, si je peux m’exprimer ainsi. Nous encourageons certainement les gens à dire ce qu’ils pensent et à soulever des questions. Le documentaire montre des extraits d’exercices un peu passés de mode, si je peux dire, mais nous croyons qu’ils jouent un rôle très utile. Il convient toutefois aussi de souligner que nous offrons une formation très moderne. Les cours donnés aux nouvelles recrues à la Division Dépôt se fondent largement sur des scénarios pratiques. On engage des acteurs, on exécute des scénarios et on encourage la discussion et la critique en ce qui concerne les façons de faire des cadets. C’est une partie très importante de notre initiative de transformation. Je pense que je suis le premier commissaire de la GRC à donner son adresse courriel sur sa carte professionnelle. J’encourage les gens à exprimer leur point de vue, y compris en communiquant directement avec moi lorsqu’il convient de le faire. Je reçois des messages d’un peu partout au pays chaque fois qu’il se produit un incident notable, et c’est ce qui est arrivé après les événements tragiques en Haïti, qui ont coûté la vie à nos deux membres. Le courriel n’a pas dérougi. Nous sommes une grande organisation, mais aussi une organisation tricotée serrée.
Anna-Maria – Vous faites certainement valoir le sérieux avec lequel vous avez tenté d’apporter des changements. J’ai juste une ou deux autres questions au sujet des armes à impulsions. D’après les recherches effectuées par la CBC, ces armes connaissent des défaillances dans plus de 10 % des cas. La GRC a, quoi, environ 2 500 pistolets électriques? Quelque chose comme ça. Quelles mesures prenez-vous pour tester les appareils qui commencent à dater?
William Elliott – En fait, nous ne testons pas seulement les pistolets électriques qui commencent à dater, mais toutes nos armes à impulsions, comme nous les appelons, et nous collaborons avec d’autres services de police partout au Canada afin d’établir des normes et un régime pour en assurer l’essai régulier et continu. Je dois dire que je trouve dommage que tant de discussions sur la GRC portent sur les armes à impulsions. C’est un dossier important, mais notre initiative de transformation, notre identité et notre travail vont bien au-delà de cette seule question.
Anna-Maria – Mais vous comprenez que la population ait des préoccupations à cet égard. Et puis vous parlez de surveillance publique. Il a été très difficile d’obtenir des déclarations officielles de la GRC sur ces questions pendant le déroulement du dossier.
William Elliott – Sauf votre respect, je ne peux pas vous donner raison sur ce point. Une enquête très publique est en cours. La GRC a participé très activement aux première et deuxième phases de cette enquête. La Commission des plaintes du public contre la GRC a aussi effectué un examen. Je pense que très peu de questions n’ont pas encore été abordées devant la Commission des plaintes du public ou le juge Braidwood, s’il en reste à soulever.
Anna-Maria – Et à l’interne, sentez-vous une résistance à vos efforts pour apporter des changements?
William Elliott – En un mot, je dirais oui. Mais je n’y vois rien de surprenant, et en fait, je crois que la vaste majorité des membres de la GRC accueillent ces changements favorablement et ont hâte qu’ils soient mis en œuvre. C’est certainement ce qui est ressorti des travaux de la commission d’enquête présidée par David Brown et ce que j’ai constaté lorsque j’ai été nommé commissaire et que j’ai fait le tour du pays. Je pense qu’un certain nombre de personnes sont frustrées par ce qu’elles perçoivent une lenteur dans des changements. Mais pour être parfaitement honnête, je crois que nous avons réalisé des progrès qui sont même insoupçonnés d’un grand nombre de nos employés. Nous travaillons à la rédaction d’un rapport assez exhaustif sur notre transformation. Et le dialogue avec les employés se poursuit. Je me souviens par exemple d’une discussion que j’ai eue avec un gendarme à Iqaluit, qui m’a dit : « Rien n’a vraiment changé ici, M. le Commissaire. » Je lui ai demandé : « Il y a deux ans, combien y avait-il de postes vacants dans la Division et combien y avait-il de postes vacants parmi les sous-officiers responsables de détachements? » La réponse à ces questions, en passant, c’est que dans à peu près la moitié de nos détachements du Nunavut, le poste de sous-officier responsable était vacant, et le taux de postes inoccupés global dans le territoire dépassait probablement les 20 %. Tous ces postes sont maintenant comblés. Nous avons aussi modifié considérablement nos politiques et notre régime de rémunération à l’égard des exigences de disponibilité et des affectations en région éloignée. Devant ces faits, le gendarme a réagi en disant : « Ah oui? Je n’y avais pas pensé sous cet angle-là. On dirait que finalement bien des choses ont changé. » Effectivement, bien des choses ont changé, et bien d’autres sont en voie de changer. Je pense que nous sommes sur la bonne voie.
Anna-Maria – William Elliott, merci de nous avoir accordé du temps aujourd’hui.
William Elliott – Merci à vous.
Anna-Maria – C’était William Elliott, le commissaire de la GRC.