Notes d’allocution pour l’honorable Dominic LeBlanc, C.P., c.r., député, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne lors du Forum national sur les pêches et l’aquaculture autochtones, Membertou (Nouvelle-Écosse), le 11 mai 2017

Discours

LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI

Il s’agit de la troisième édition du Forum national sur les pêches et l’aquaculture autochtones, qui est aussi la plus importante. Elle témoigne de l’intérêt croissant à l’égard de vos futures pêches.

Qui, ajouterais-je, ont de profondes racines dans le passé. Vos ancêtres étaient exceptionnels à la pêche – sur les milliers de rivières canadiennes, sur les côtes Atlantique et Pacifique, et sur la glace dans le Nord.          

Ces habiletés ont donné lieu à de grandes réussites dans la pêche commerciale – pour certains. Je me souviens d’avoir entendu mon père parler d’un homme appelé Jimmy Sewid, d’Alert Bay, en Colombie-Britannique. Le chef Sewid était un célèbre pêcheur au grand large, et agissait aussi à titre de conseiller pour le Canada dans le cadre de négociations internationales. D’autres pêcheurs autochtones ont aussi laissé une empreinte profonde sur la pêche moderne.

Cela étant dit, de nombreux groupes autochtones n’ont eu qu’une faible présence. Et, malgré les progrès considérables réalisés au cours des dernières années, il reste encore du retard à rattraper dans la pêche commerciale. Je vais parler de ce retard à rattraper.

J’aborderai aussi la façon de rattraper ce retard dans la direction opposée. Parce que je crois qu’il existe de nombreuses façons desquelles l’industrie de la pêche conventionnelle peut, et devrait, apprendre des peuples autochtones.

Permettez-moi d’abord de parler du retard à rattraper pour les peuples autochtones. Il y a trente ans, dans l’Atlantique, la Première Nation de Membertou et d’autres Premières Nations des Maritimes et du Québec ne possédaient qu’une petite fraction des quotas et des permis commerciaux.

Ici et ailleurs, les jugements des tribunaux ont contribué à changer la donne. La décision rendue par la Cour suprême dans l’arrêt Sparrow, en 1990, a donné lieu à une nouvelle reconnaissance des pêches à des fins alimentaires, sociales et rituelles à l’échelle du pays. Beaucoup de communautés ont obtenu des permis commerciaux en vertu de la Stratégie relative aux pêches autochtones qui allait suivre.

C’est la décision rendue en 1999 dans l’arrêt Marshall qui a entraîné le changement le plus important pour les Premières Nations des Maritimes et de la Gaspésie. On comptait brusquement beaucoup plus de bateaux, beaucoup plus de permis et beaucoup plus d’entreprises de pêche communautaire. C’était le début d’un périple et certaines communautés ont été confrontées à des eaux agitées.

Toutefois, il y avait un élément stabilisateur. Ceux d’entre vous ici qui proviennent d’ailleurs ont maintenant probablement entendu le terme IPCIA, I-P-C-I-A, qui signifie Initiative des pêches commerciales intégrées de l’Atlantique. L’IPCIA a été mise en œuvre à la suite de l’Initiative de l’après-Marshall afin d’aider les Premières Nations à bâtir leurs propres entreprises de pêche commerciale. Elle est exécutée conjointement par Pêches et Océans Canada et le Congrès des chefs des Premières nations de l’Atlantique.

L’IPCIA fait l’objet d’une cogestion de haut niveau; il s’y déroule beaucoup de discussions, de liaisons et d’échanges de connaissances. Et, une autre initiative a attiré l’attention bien au-delà de cette côte. On la connaît sous le nom d’Équipe de développement d’entreprise.

L’Équipe de développement d’entreprise (EDE) est importante, tout d’abord, pour ce qu’elle accomplit. Ce petit groupe d’experts des pêches et des affaires discute avec les Premières Nations, analyse leurs entreprises de pêche commerciale, et offre des conseils pour les plans d’avenir.

Mais l’EDE est tout aussi importante pour la façon dont elle s’intègre dans le contexte de la cogestion. Ses membres ne sont pas des experts-conseils de l’extérieur. Ils travaillent dans le cadre d’un système commun.

Pour mettre sur pied cette équipe, le Congrès des chefs des Premières nations de l’Atlantique et le MPO ont établi un lien avec le groupe de développement Ulnooweg, reconnu pour son travail auprès des entrepreneurs et des communautés autochtones. Aujourd’hui, lorsque l’Équipe de développement d’entreprise collabore avec les Premières Nations, il s’agit d’un processus continu de mobilisation, de conception et d’exécution conjointes. Cette approche de cogestion descendante est largement reconnue en tant que facteur de réussite clé de l’IPCIA.

L’Initiative des pêches commerciales intégrées du Pacifique – IPCIP – a été lancée en même temps que l’IPCIA, en partenariat avec le Conseil des pêches des Premières Nations. Elle recourt elle aussi à un modèle d’exécution conjointe et elle a adopté l’approche de l’Équipe de développement d’entreprise.

Nous constatons de bons résultats sur les deux côtes. Les pêches autorisées en vertu de permis communautaires génèrent maintenant des débarquements annuels qui s’élèvent à 120 millions de dollars, et créent 2 800 emplois dans vos communautés. Les pêches ne seront jamais parfaites, mais l’IPCIA et l’IPCIP fonctionnent bien jusqu’à présent.

Elles y sont parvenues malgré le financement incertain, accordé uniquement pour quelques années à la fois. Notre gouvernement rend maintenant ce financement fiable, ce qui est nouveau.

Je suis ravi d’annoncer que l’IPCIA et l’IPCIP recevront un financement continu en tant que programmes réguliers et établis dans le cadre de notre budget déposé récemment. On obtiendra ainsi la certitude requise pour assurer une meilleure planification à long terme, ce qui permettra de bâtir vos entreprises. L’efficacité des programmes et de la dotation sera ainsi plus stable.

Et voici une nouveauté encore plus récente. J’ai le plaisir d’annoncer à ce public spécial que nous créons une initiative des pêches commerciales intégrées du Nord (IPCIN). L’IPCIN, une homologue de l’IPCIA et de l’IPCIP, englobera Terre-Neuve-et-Labrador, certaines régions du Québec, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest, jusqu’au Yukon.

Le Nord, nous le savons tous, est aux prises avec des défis particuliers. Toute nouvelle approche doit faire l’objet d’une réflexion. Au cours des prochains mois, des fonctionnaires du MPO collaboreront avec des groupes du Nord afin de concevoir et d’exécuter conjointement des programmes qui généreront les bons résultats.

Le budget de 2017 a également réinvesti de façon considérable dans d’autres programmes de cogestion. La Stratégie relative aux pêches autochtones, ou SRAPA, lancée il y a 25 ans, n’avait jamais fait l’objet d’une augmentation budgétaire jusqu’à ce jour. Nous accordons également la première augmentation de financement pour le PAGRAO, soit le Programme autochtone de gestion des ressources aquatiques et océaniques, lancé en 2004.

Nous sommes ravis de contribuer à ces programmes parce qu’ils apportent eux-mêmes une contribution considérable. Ils permettent à plus de 1 600 personnes de travailler dans le domaine des sciences et de la gestion des ressources, sans oublier le domaine de l’application de la loi par les gardes-pêche autochtones.

Pour le PAGRAO et la SRAPA, le financement augmentera au cours des cinq prochaines années afin de s’établir à 22 millions de dollars annuellement en permanence. Cette année, le MPO vous consultera de manière approfondie afin de déterminer la meilleure façon d’utiliser ces ressources accrues.

Lorsqu’on additionne les programmes dont je viens de parler, l’IPCIA et tout le reste, le budget de 2017 accorde 62 millions de dollars en tout. Ce montant sera dépensé avec soin et à bon escient.

Pour l’IPCIA, l’IPCIP et l’IPCIN, nous avons besoin de normes appropriées et d’uniformité dans l’ensemble du pays. Afin de soutenir leur mise en œuvre, nous cherchons à créer un organe national avec les dirigeants autochtones aux premières lignes.

L’Initiative d’aquaculture autochtone au Canada accompagne tout ceci. Cette poussée constitue un autre exemple de partenariats multiples. Huit organismes, y compris le MPO, y travaillent. Jusqu’à présent, environ 50 groupes autochtones ont lancé des entreprises aquacoles.

Permettez-moi de dire un dernier mot sur les entreprises. Je sais qu’il peut être difficile d’obtenir du financement pour démarrer une entreprise dans le domaine des pêches et de l’aquaculture. Nous lançons donc un projet pilote dans l’Atlantique, sous la direction des peuples autochtones, afin de faciliter l’accès aux capitaux. J’espère que nous arriverons, au fil du temps, à déployer des programmes semblables d’un bout à l’autre du Canada.

Vous tous, ici, dans cette salle, voulez des pêches autochtones fortes – en soi, et parce qu’elles renforcent votre quête d’une plus grande autodétermination.

Toutefois, vous, pris dans votre ensemble, n’êtes pas nés de la dernière pluie. Vous savez que la réussite des pêches ne signifie pas uniquement d’attraper plus de poissons et de faire des récoltes encore plus grosses.

Cette approche peut causer des problèmes importants. Il n’est pas nécessaire de regarder très loin au large pour trouver des exemples.

Je crois toutefois que les groupes et les individus autochtones, dans l’ensemble, sont demeurés très conscients de la conservation. Je le crois parce que je ne cesse de l’entendre, de mes représentants officiels et des Autochtones eux-mêmes.

Dans son site Web, l’Assemblée des Premières Nations indique, et je cite : « Les peuples autochtones prennent soin de notre mère la Terre... Nous extrayons et utilisons chaque élément en gardant à l’esprit le fait que nous prenons uniquement ce dont nous avons besoin. Nous devons faire preuve de précaution et de clairvoyance dans la façon et la quantité que nous prélevons afin de ne pas faire courir un grand péril aux futures générations. » On indique aussi que « l’activité économique ne peut pas se faire au détriment de la durabilité de l’environnement.  »  Fin des citations.

Cette attitude me donne l’espoir que la pêche commerciale autochtone puisse équilibrer le progrès et la stabilité et démontre comment gérer la ressource pour assurer une conservation à long terme. Vous pouvez être un modèle. Et dans ce rôle, vous pouvez aider le reste d’entre nous à vous rattraper.

Lorsque j’ai été nommé ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, j’ai reçu une lettre de mandat – les directives du patron. On y parlait beaucoup de conservation. À titre d’exemple, nous élargissons les aires marines protégées afin qu’elles couvrent 10 pour cent de nos zones marines et de nos régions côtières d’ici 2020.

Le rétablissement des protections accordées en vertu de la Loi sur les pêches en est un autre élément important. Il s’agit de la principale loi sur la lutte contre la pollution du Canada – elle interdit le déversement de substances nocives dans l’eau – et de notre principale loi sur la protection des pêches. On l’a élargie il y a de cela quarante ans afin de protéger l’habitat du poisson. Ainsi, les petits œufs et les larves que l’on trouve dans les lacs, les rivières et la mer disposeront de milieux adéquats et de nutriments autour d’eux, ce qui leur permettra de survivre et de se développer.

Il y a cinq ans, un gouvernement fédéral différent a retiré ces protections de l’habitat. J’ai reçu comme ordre de les rétablir et d’intégrer des mécanismes de protection modernes. Nous devons le faire dans l’intérêt du poisson, et de celui des animaux et des humains qui en dépendent.

Dans le cadre de nos consultations sur ces changements, j’ai mis un point d’honneur à demander aux peuples autochtones leurs opinions. Nous avons consulté plus de 180 groupes. En parallèle, le comité parlementaire chargé de la Loi sur les pêches en a appelé très clairement à reconnaître les droits de pêche des peuples autochtones et à parvenir à une réconciliation et à un partenariat durables.

Autrement dit, le gouvernement essaie vraiment d’écouter.

Le premier ministre Trudeau a dit à tous les ministres, et je cite : « Il est temps de renouveler la relation de nation à nation avec les peuples autochtones pour qu’elle soit fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la collaboration et le partenariat. » Fin de citation.

Pour appuyer cette affirmation, le premier ministre a annoncé en février un examen des lois et des politiques liées aux peuples autochtones. C’est un groupe de travail de ministres du Cabinet qui mènera cet examen. L’honorable Jody Wilson-Raybould, ancienne chef régionale en Colombie-Britannique maintenant ministre de la Justice du Canada, préside ce groupe de travail, et j’en suis le vice-président.

L’examen des lois et des politiques est une initiative importante, qui apportera des changements. Et il se déroulera, selon les mots utilisés par le premier ministre : « en partenariat avec les dirigeants autochtones et un vaste éventail d’intervenants, dont des jeunes ». Fin de citation.

Mardi matin, soit dit en passant, vous pourrez en apprendre davantage sur l’examen des lois et des politiques auprès de Joanne Wilkinson, du Bureau du Conseil privé.

Lorsque je parle de ces efforts précis de collaboration et de renforcement des relations, je touche à quelque chose de plus vaste. La reconnaissance et le respect mutuels, en général, sont des domaines d’où, comme la conservation, d’autres secteurs de notre société peuvent tirer des leçons des peuples autochtones.

À la lumière de ce que je lis, de ce que j’entends et de ce que je vis, je crois que les peuples autochtones du Canada sont réellement axés sur le processus décisionnel collectif, l’échange et le respect mutuel. La Législature du Nunavut, par exemple, fonctionne selon le consensus plutôt qu’un système de partis antagonistes. Il ne s’agit là que d’un exemple d’une attitude autochtone répandue.

En fin de compte, toute loi ou toute politique doit fonctionner au niveau humain. À cet égard, et comme en témoigne le respect qu’accordent les peuples autochtones aux aînés, j’aimerais vous parler de mon père, le très honorable Roméo LeBlanc.

En tant que ministre des Pêches, il avait instauré les lois sur la protection de l’habitat dont j’ai parlé plus tôt, ainsi que de nombreuses politiques qui profitent aux pêcheurs. Lorsqu’il est devenu gouverneur général, il a été extrêmement fier de déclarer la Journée nationale des Autochtones, et d’annoncer la création du Nunavut comme territoire gouverné de manière autonome.

Mais il a toujours affirmé que les lois et les politiques ne sont jamais qu’une partie du tout. Les Premières Nations attendent depuis très longtemps, disait-il, et les partenariats et la réconciliation doivent se manifester grâce à ce qu’il appelait « l’attitude du cœur. »

Il vous appartient de déterminer si notre gouvernement a le cœur à la bonne place. Permettez-moi de citer de nouveau le premier ministre Trudeau, dans la lettre de mandat qu’il m’a remise. « Aucune relation n’est plus importante pour moi et pour le Canada que la relation avec les peuples autochtones. »

En tant que ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, je partage son attitude. Je veux que mon ministère atteigne son but, avec vous.

Cette conférence, riche de ses thèmes de diversité, d’intégration et de leadership, marque un jalon important vers cet objectif. Je souhaite beaucoup de succès au Forum national sur les pêches autochtones et l’aquaculture, et je félicite tous ceux et celles d’entre vous qui l’ont rendu possible.

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