Congrès du Conseil canadien de l'énergie – L'industrie canadienne de l'énergie en 2017 : nouvelles et éclairages

Discours

Discours prononcé par l’honorable Jim Carr, ministre des Ressources naturelles

Hôtel Westin Ottawa
Le 6 février 2017

 

Je remercie Graham [Graham Campbell, président, Conseil canadien de l’énergie] et également Colin [Colin Andersen, président du C.A. du Conseil canadien de l’énergie]. C’est très important pour moi, et je dois le dire, un réel privilège de m’adresser à vous. En effet, c’était à l’occasion de mon tout premier discours à titre de ministre canadien des Ressources naturelles devant le Conseil canadien de l’énergie à Calgary que vous avez eu l’excellente idée de décerner l’honneur cette année-là à Mike Cleland [lauréat du prix de la personnalité canadienne de l’année dans le domaine de l’énergie en 2015], un homme que je connais très bien pour avoir travaillé à ses côtés à la Canada West Foundation. Puis, l’an dernier, j’ai eu le plaisir de souligner les réalisations de mon amie Elyse Allan [présidente et chef de la direction, GE Canada] par vidéoconférence. C’est pour ces raisons entre autres que je me sens très à l’aise devant vous et que je suis très heureux de vous faire part de certaines réflexions.

Beaucoup de choses ont changé depuis la dernière fois que je vous ai parlé il y a un an. Et j’ai beaucoup voyagé. J’ai notamment visité l’Agence internationale de l’énergie à Paris et assisté à la réunion du G7 à Kitakyushu, au Japon. Je reviens tout juste du Mexique (je vous en parlerai dans quelques instants), je me suis rendu dans plusieurs villes aux États-Unis et en Inde. Ce qui me frappe au fil de mes discussions avec les politiciens, les dirigeants communautaires et les PDG et autres intervenants du milieu des affaires que je rencontre, c’est que tous sont bien au fait de ce qui se passe. Et ce qu’il se passe, c’est que nous sommes dans une période de transition.

Le débat consiste à déterminer à quelle vitesse la transition se déroule et qui remportera la course aux milliards de dollars d’investissements qui seront versés dans les énergies renouvelables. Et si vous demandez à divers groupes – que ce soit au conseil d’administration de l’Association des produits forestiers ou à des groupes de l’industrie pétrolière et gazière – comment leur programme a changé au cours des dix dernières années, ils vous répondront qu’il a changé du tout au tout. Or, ce changement s’opère partout dans le monde. Le Canada, comme d’autres pays, sait que le monde de l’énergie est en évolution. Toutefois, nous ne savons pas à quelle vitesse.

Bref, les derniers mois ont été fort occupés. Hier soir, je suis rentré du Mexique, où nous avons eu l’honneur de diriger une délégation formée d’entreprises canadiennes des secteurs pétrolier et gazier, minier et des écotechnologies. Nous étions accompagnés par le ministre de l’Énergie de la Nouvelle-Écosse et, pour la première fois, par plusieurs représentants autochtones d’un bout à l’autre du pays. Cette participation est très importante, car si l’on se demandait « que faut-il faire pour aller de l’avant ensemble en tant que nation en bâtissant les infrastructures énergétiques et en partageant la prospérité? », il faudrait tenir compte de l’environnement et aussi, je pense, du leadership autochtone et du leadership d’entreprise.

Ainsi, notre but était de mettre en vedette des entreprises et le savoir-faire du Canada et d’explorer les possibilités de collaboration accrue. Pour atteindre ce but, j’ai rencontré mes homologues et signé un protocole d’entente historique visant le secteur minier. Nous avons également aidé des entreprises canadiennes à exploiter les occasions découlant des réformes ambitieuses du Mexique dans le domaine de l’énergie dont vous serez informés. Au cours de la dernière année, j’ai eu la chance de rencontrer à six reprises Pedro Joaquín Coldwell, le secrétaire à l’Énergie du Mexique. Et vous savez que les réformes remarquables que le Mexique est en train de mettre en œuvre ont nécessité beaucoup d’audace et de courage. Et lorsqu’on fait preuve d’audace et de courage, il faut s’attendre à susciter des réactions. Et toutes les réactions ne vont pas dans le même sens, comme c’est le cas au Canada lorsque nous prenons des décisions importantes. J’aborderai également cette question plus tard.

Nous aidons donc les entreprises à profiter des occasions qu’offrent ces réformes énergétiques pour le transfert de technologies, fournir une expertise en matière de forage en mer et offrir des conseils en matière de politique énergétique et de réglementation connexe. Le voyage s’est donc avéré fructueux. Je suis convaincu qu’il permettra d’accélérer l’élan que nous avons pris au cours de la dernière année. Parallèlement, vous pouvez vous l’imaginer, je suis occupé à discuter avec nos amis américains, à travailler avec les leaders du Congrès et à faire valoir la convergence de nos intérêts en matière énergétique.

Nous avons entretenu un large éventail de relations, non seulement avec le Congrès, mais également avec les chambres législatives et auprès de groupes d’intérêt et du monde des affaires. Je crois que vous avez eu une séance d’information ce matin sur le paysage américain. Je suis très curieux de connaître vos sentiments à la suite de la séance et de savoir comment vous comptez convertir ces sentiments en plan d’action; dites-le-moi.

Comme je le disais plus tôt, nous avons été actifs sur l’ensemble des relations, non seulement avec le Congrès, mais également à l’extérieur du gouvernement aussi. Il s’agit d’un effort national. Les maires canadiens ont des conversations téléphoniques avec leurs homologues américains. Les premiers ministres font la même chose avec les gouverneurs américains. Tous ces efforts dans l’optique de faire passer le message que les économies canadienne et américaine sont liées et que c’est dans l’intérêt de chacun d’avoir accès aux marchés de l’autre pays.

Nous avons déjà reçu la nouvelle encourageante que le président allait appuyer le projet Keystone XL, qui devrait créer des milliers d’emplois au Canada. Et nous continuerons à chercher des secteurs où nos intérêts convergent et où nous pourrons créer de bons emplois de classe moyenne des deux côtés de la frontière.

Malgré ce tourbillon d’activités, j’aimerais aujourd’hui prendre du recul pour avoir une vue d’ensemble des enjeux énergétiques et vous expliquer comment le gouvernement entrevoit la suite des choses pour les prochaines années. Nous croyons que la tendance à l’adoption de formes d’énergie plus propres est claire, mais certains Canadiens prétendent que notre approbation récente de projets de pipeline risque de compromettre l’avenir. Ces décisions ont provoqué un débat national important, voire constructif, sur l’énergie. Alors que certains appuient les nouveaux pipelines, d’autres s’y opposent et expriment leurs positions.

Et c’est tout à fait correct. Nous vivons dans un pays qui permet à chacun de s’exprimer. Nous accueillons les opinions dissidentes. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est important. En tant que nation riche en ressources énergétiques qui s’est également engagée dans la lutte contre les changements climatiques, nous avons des choix difficiles à faire quant à la façon d’exploiter nos ressources et de développer notre économie pour atteindre le bon équilibre. Et, comme je le mentionnais dans mon mot d’ouverture, nous ne sommes pas les seuls. Le monde est en plein cœur d’une transition historique : un passage graduel des formes d’énergie traditionnelles comme le charbon, le pétrole et le gaz, vers les nouvelles formes comme l’énergie solaire, éolienne, marémotrice et autres.

Le mot clé ici est « graduel ». La réalité, c’est qu’en raison de l’essor de nombreux pays en développement, la demande en pétrole et en gaz continuera de croître pendant les prochaines décennies, ce qui ralentira la transition plus que nous ne l’aurions souhaité. Pour ceux qui auraient aimé passer à des formes d’énergie totalement propres immédiatement, le rythme peut paraître lent et frustrant. Je comprends cela. Le but ultime est de forger un avenir exempt d’énergie polluante. Mais la réalité est que nous n’en sommes pas là encore. Les pipelines de même que d’autres infrastructures pour les sources d’énergie traditionnelles seront nécessaires afin de chauffer nos maisons et nos entreprises, de propulser nos voitures et d’alimenter notre économie. Nous devons nous fier aux anciennes formes d’énergie, même si de nouvelles formes voient le jour.

Ainsi, même s’il est facile pour certains de dire « on ne veut plus de pipelines » ou « laissez-le dans le sol », ce n’est tout simplement pas pratique. Pensez-y. Imaginez si nous pouvions avoir cette « baguette magique », qu’arriverait-il?

D’abord, des milliers de personnes perdraient leur emploi, pas seulement en Alberta, mais dans l’ensemble du pays. Des gens que nous connaissons, des familles que nous côtoyons à la patinoire ou dans notre voisinage, soudainement incapables de payer leur hypothèque ou de nourrir leurs enfants.

Ensuite, sans approvisionnement en pétrole et en gaz canadiens, nous serions obligés d’en importer d’autres pays, ce qui rendrait notre approvisionnement d’énergie moins sûr et plus cher, et augmenterait les coûts de transport de toutes les marchandises, aliments, biens de consommation, etc. Les coûts plus élevés frapperaient en premier les personnes les plus vulnérables, qui s’en ressentiraient le plus. Pour les gens qui éprouvent déjà de la difficulté à payer leur épicerie ou à mettre de l’essence dans leur voiture, la situation serait catastrophique.

Enfin, tous les ordres de gouvernement perdraient des recettes générées par l’impôt sur les sociétés pétrolières. Vous êtes sans doute nombreux ici à avoir une opinion à ce sujet. Cela signifie moins d’argent pour les hôpitaux et les écoles, de nouveaux ponts ou des routes plus sûres. Cela signifie moins d’argent pour les programmes sociaux, qui définissent si bien notre identité en tant que Canadiens.

Le retrait soudain des infrastructures énergétiques qui soutiennent notre société donnerait lieu à ces conséquences fâcheuses et à bien d’autres encore. Nous devons faire les choses de manière responsable. Même si la transition vers un avenir exempt d’énergie polluante sera longue, la trajectoire est claire : il est impossible de stopper cette puissante nouvelle force mondiale qui nous pousse tous vers un avenir exempt d’énergie polluante. Comme le veut le dicton, on ne peut pas arrêter un train en mouvement.

Et ce mouvement prend de l’ampleur. Au cours de la dernière année seulement, près de mille milliards de dollars ont été investis dans l’énergie renouvelable; c’est près du double du montant investi dans les combustibles fossiles. Depuis 2000, la quantité d’électricité provenant de l’énergie solaire a doublé sept fois, et quatre fois pour l’énergie éolienne. Partout dans le monde, des pays se préparent à tirer parti d’un siècle de croissance propre. Ils se rendent compte que les mesures climatiques constituent maintenant un avantage concurrentiel.

Par exemple, la Chine est l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde. Elle apporte des changements générationnels à sa consommation d’énergie, y compris en s’engageant à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 18 % et à plafonner ses émissions provenant du charbon d’ici 2020. L’année prochaine, la Chine optera pour la tarification du carbone. Ou prenons par exemple l’Arabie saoudite, premier pays producteur de pétrole. Elle compte bâtir suffisamment de capacité solaire au cours des 16 prochaines années pour en tirer environ 20 % de son électricité... J’ai bien dit l’Arabie saoudite!

La transition est en cours et son élan prend de l’ampleur. Notre responsabilité à tous est d’accélérer le plus possible la transition sur tous les fronts, de la plus grande mesure internationale au plus petit geste individuel. Pendant ce temps, les Canadiens posent des questions fondamentales. Que fait le gouvernement du Canada pour favoriser ce changement? Que faisons-nous pour réduire les émissions provenant de l’utilisation de l’énergie et récolter les bénéfices de l’énergie et des technologies propres? De manière plus fondamentale peut-être, comment envisager un avenir exempt d’énergie polluante si l’on construit des pipelines? La question se pose en effet.

Voici quelques réflexions. Tout commence en prenant au sérieux la question des changements climatiques. Or, les gouvernements précédents, de toute allégeance, ne l’ont pas fait. Ce n’est pas le cas du gouvernement actuel. C’est pour cette raison que depuis que notre entrée au pouvoir, nous avons signé l’Accord de Paris sur le climat, aidé au lancement de Mission Innovation, une initiative mondiale visant à doubler les investissements des gouvernements pour la recherche dans les énergies propres, et signé une entente sans précédent avec les États-Unis et le Mexique sur le climat, les énergies propres et l’environnement. Et nous avons négocié une entente internationale visant à réduire les hydrofluorocarbures dans les réfrigérateurs et les climatiseurs. Vous croyez que c’est sans importance? Au contraire, c’est très important parce ce que ces gaz sont mille fois plus destructeurs que le dioxyde de carbone.

Au pays, nous avons négocié un cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, et nous avons mis un prix sur le carbone; plus de 30 grandes sociétés canadiennes, y compris des sociétés énergétiques, conviennent que c’est la meilleure façon de réduire les émissions, d’encourager l’innovation et de stimuler l’efficacité énergétique. Nous avons également accéléré l’élimination graduelle du charbon de notre réseau électrique, soit l’équivalent de retirer 1,3 million de voitures de la circulation, permettant du coup de prévenir 1 000 décès prématurés et d’épargner des milliards de dollars en soins de santé.

Mais nous devons en faire plus. Si nous entendons respecter nos engagements pris à Paris, et nous les respecterons, nous devrons réduire les émissions de gaz à effet de serre de 70 à 90 % d’ici le milieu du siècle. Comment pouvons-nous agir si rapidement? L’Agence internationale de l’énergie offre une grande partie de la réponse. Elle fait valoir que l’efficacité énergétique nous permettra d’atteindre la moitié de l’objectif. Imaginez si on annonçait demain que des technologies récentes nous permettaient d’atteindre la moitié de nos objectifs en matière de changements climatiques. Ça ferait à juste titre les manchettes de tous les fils de presse et journaux du monde.

Et cette percée existe déjà. Il suffit de s’en servir. En combinant l’efficacité énergétique à d’autres initiatives et investissements, nous pouvons jeter les bases d’une économie propre, une économie offrant de nouveaux emplois de classe moyenne, positionnant le Canada parmi les chefs de file de cette révolution des énergies propres. D’une certaine façon, ce n’est pas différent de ce que les familles canadiennes doivent faire tous les jours. Elles contribuent à la préservation de l’environnement. Elles recyclent, remplacent leurs fenêtres mal isolées, installent des appareils de chauffage plus efficaces et prennent les transports en commun. En même temps, nous sommes encore nombreux à conduire des VUS ou à nous contenter de maisons qui pourraient être plus écoénergétiques.

Pourquoi? Ce n’est pas parce l’environnement nous indiffère. C’est parce que c’est parfois impossible ou peu pratique d’apporter tous ces changements en même temps. Peut-être aussi avons-nous besoin d’un véhicule plus spacieux pour conduire nos enfants à la patinoire ou exploiter notre commerce? Peut-être que notre budget ne permet pas l’achat d’un véhicule électrique en ce moment? Peut-être qu’une mise à pied inattendue signifie qu’il faudra attendre avant de rénover la maison pour la rendre plus écoénergétique? C’est la même chose pour les gouvernements. La transition des combustibles fossiles aux énergies renouvelables nécessite de l’argent.

Mais revenons aux pipelines. Les pipelines sont une source de revenus, des revenus que le gouvernement peut utiliser pour investir dans les technologies propres comme des panneaux solaires pour nos maisons ou des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Par ailleurs, il faut se rappeler que l’innovation jouera un rôle très important dans les prochaines étapes. Les gens oublient que c’est avant tout l’innovation en Alberta qui a permis d’exploiter les sables bitumineux. Et maintenant, l’innovation nous permet d’extraire les combustibles fossiles de manière plus durable en produisant beaucoup moins d’émissions de gaz à effet de serre.

C’est ainsi que les pipelines nous rapprocheront d’un avenir plus vert : en tirant parti des ressources fossiles disponibles aujourd’hui pour offrir des solutions énergétiques propres demain. Pendant que nous opérons cette transition, nous savons que nous ne serons pas en mesure de plaire à tous. Je peux en témoigner personnellement. Pour ceux qui souhaitent se rendre à destination du jour au lendemain, peu importe ce que nous faisons, ce ne sera jamais assez rapide. Pour ceux qui veulent que nous brûlions les combustibles fossiles jusqu’à épuisement, nos efforts relatifs aux changements climatiques sembleront trop rapides. Nous visons à atteindre le bon équilibre, pour créer la prospérité que tous recherchent tout en préservant l’environnement que nous partageons et qui nous est cher.

C’est le grand projet que tous ensemble en tant que nation nous allons entreprendre. Ce sera l’aboutissement de la transition que nous devons assurer. Et c’est le monde que nous léguerons à nos enfants.

Je vous remercie.

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