Discours liminaire – Forum Génération Énergie

Discours

L’honorable Jim Carr, ministre des Ressources naturelles du Canada
Centre des congrès RBC, Winnipeg (Manitoba)
11 octobre 2017


Bon matin à tous et à toutes. Je suis particulièrement heureux de vous accueillir chez moi à Winnipeg, au Manitoba.

Lorsque je m’arrête un instant pour réfléchir au sens de l’expression « être chez soi », je pense à ce qui est probablement la politique d’immigration la plus libérale dans l’histoire du monde, et je parle de la politique d’immigration des Autochtones, celle qui nous a tous permis d’entrer au pays. Monsieur le chef national, je vous remercie sincèrement. Qui sait où nous serions si vous n’aviez pas été là... Vous le savez, nous amorçons toujours ces conversations en reconnaissant le lieu de notre rencontre – dans mon cas, il s’agit du territoire du Traité 1, sur la terre natale de la nation métisse. Pourquoi procédons-nous ainsi?

Ce n’est pas seulement pour reconnaître les droits et les traités. C’est également pour honorer un principe. Et ce principe, nous l’avons hérité des sept générations qui nous ont précédés – il s’agit d’une relation sacrée, la plus fondamentale de toutes les relations, celle que nous entretenons avec la terre, l’air et l’eau. Nous avons l’obligation, à notre époque, de veiller à transmettre cette relation sacrée aux générations futures, en nous assurant de l’enrichir au passage. Je rends hommage à ces valeurs et à ces principes enracinés dans la responsabilité générationnelle et je me tourne vers l’avenir, tout en honorant le passé.

Ce n’est pas la première fois que les Canadiens se rassemblent pour tenir conférence. Certains d’entre vous se souviendront peut-être de la Conférence de Charlottetown, en 1864. J’ai vu une photo de cet événement, qui représentait un groupe de vieux messieurs barbus portant des hauts-de-forme. On n’y voyait aucune femme et je suis certain qu’il n’y avait aucun chef autochtone à la table. Ces hommes avaient une vision, celle de créer une nation à partir de provinces disparates – une nation qu’on appellerait Canada. Celle-ci allait naître d’une rencontre entre des gens ayant un but commun.

En 1960, Lester Pearson, qui venait tout juste de gagner le prix Nobel de la paix, se demandait quoi faire d’un parti politique ruiné. C’est alors qu’il a pensé à organiser une conférence. Il a convoqué quelques dizaines de penseurs – qui, finalement, se sont retrouvés à être autour de 200 – pour discuter ensemble à l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario. Ce qui est ressorti de cette conversation a été une révolution sociopolitique pour le Canada; les aboutissants ont été le régime public d’assurance-maladie et le Régime de pensions du Canada. Et tout cela parce que des gens partageant les mêmes vues et ayant des aspirations communes se sont rassemblés pour participer à une conférence qui, un peu comme celle d’aujourd’hui, misait sur le changement. Un changement transformationnel. Un changement générationnel.

Et en l’an 2000, à 50 mètres d’ici, des gens venus de partout au Canada et dans le monde se sont encore rassemblés, cette fois pour discuter de la politique d’immigration manitobaine. Le Manitoba accueillait alors 3 000 immigrants par année. Mais à la fin de la conférence, l’objectif était de 10 000 et, en réalité, il est passé à 16 000, ce qui a transformé non seulement la politique d’immigration du Manitoba, mais aussi celle du Canada.

J’avancerais qu’à notre tour, nous qui partageons les mêmes vues et poursuivons un objectif commun, réunis ici même à cette conférence, Génération Énergie, nous sommes un modèle pour le monde entier.

Cela fait exactement huit ans que les dirigeants de tous les laboratoires de pensée du Canada sont venus à Winnipeg pour discuter d’une stratégie canadienne de l’énergie. Pourquoi? Parce que le président Obama, lors de son premier voyage à l’étranger, s’était arrêté à Ottawa pour discuter avec le premier ministre Stephen Harper et avait invité ce dernier à s’engager dans une stratégie continentale de l’énergie. Quelques-uns d’entre nous s’étaient alors dit : « D’accord, c’est une excellente idée. Mais au fait, quelle est la stratégie canadienne de l’énergie »? Pour tout dire, elle n’existait pas encore.

Alors, pendant une journée et demie, réunis dans une salle de conférences située à moins d’un kilomètre d’ici, ces hommes et ces femmes qui représentaient les meilleurs laboratoires de pensée au pays ont établi le cadre de ce qui est devenu la Stratégie canadienne de l’énergie annoncée par le Conseil de la fédération et que nous espérons mettre en place. Et cela s’est produit parce que des gens s’étaient rassemblés pour discuter ensemble.

Alors qui sommes-nous? Qui êtes-vous, vous tous rassemblés dans cette pièce? Vous êtes plusieurs centaines – et vous serez plus de six ou sept cents avant que la journée de demain ne se termine. Vous venez pratiquement de partout au Canada et dans le monde : des États-Unis, de l’Allemagne, de la Norvège, de la France, du Mexique. Qui êtes-vous vraiment? Vous êtes des femmes, des hommes, des jeunes, des chefs autochtones. Vous êtes des chercheurs. Des entrepreneurs. Des penseurs. Des gens qui ont des idées. Et vous êtes des citoyens prêts à contribuer à l’effort. Voilà qui vous êtes.

Pourquoi sommes-nous ici? Nous sommes ici pour répondre à une question globale : À quoi ressemblera le bouquet énergétique du Canada dans une génération? Quels sont nos objectifs et nos ambitions? Quel ensemble de valeurs et de principes générationnels convenons-nous de léguer à nos enfants et petits-enfants? Je suis convaincu que nous pouvons nous mettre d’accord sur ce que devraient être ces valeurs et ces principes; mais ensuite vient la fameuse question : Comment atteindre le but?

Vous savez, il n’est pas toujours facile de gérer la tension entre le moment politique et l’ambition générationnelle... Nous avons toutes sortes d’exemples d’endroits où un barrage hydroélectrique doit être construit. Quelle est la durée de vie d’un barrage? Cinquante ans, 75 ans? Mais la décision de le construire doit être prise à un moment économique et politique qui pourrait baigner dans la controverse.

Laissez-moi vous donner un exemple qui concerne ma propre province. Nous étions au milieu des années 1960 lorsque le premier ministre de l’époque, l’honorable Duff Roblin, a affirmé qu’il ferait aménager un canal d’évacuation des crues afin que plus jamais les gens de Red River et du sud du Manitoba ne voient leurs maisons détruites, leurs modes de subsistance réduits à néant et leurs aspirations pour leurs enfants balayées à cause d’une inondation. Il a donc faire construire un canal d’évacuation au coût de 65 millions de dollars, conformément à un accord de partage des coûts avec le premier ministre John Diefenbaker.

On l’a cloué au pilori. On a crié, au Parlement manitobain, à l’utilisation irresponsable des fonds publics. Il mettait la province à genou. Ces 65 millions de dollars ont pourtant permis d’en économiser des milliards pour les générations qui ont suivi.

La tension entre le moment politique et une ambition générationnelle est un des défis avec lesquels nous serons aux prises, et la solution est, bien entendu, un leadership politique audacieux appuyé par les gens envers lesquels nous sommes responsables.

Alors qu’avons-nous fait jusqu’ici? Je m’apprête à mentionner un chiffre impressionnant, mais qui m’a été confirmé par mon personnel. Mesdames et Messieurs, je ne sais pas si vous accepterez d’y croire, mais c’est un fait : 350 000 personnes se sont connectées à notre site Web pour nous donner leur opinion au cours des six derniers mois. Sur ce nombre, 320 000 personnes venaient de tous les coins et recoins du Canada, et le reste venait du monde entier, chacun ayant sa propre idée, sa propre façon de voir la responsabilité générationnelle – 350 000, ce n’est pas peu dire.

J’aimerais mettre au défi chacun et chacune d’entre vous ici présents. Il ne s’agit pas d’examiner chaque petit projet de recherche. Et je ne vous forcerai pas à abandonner votre passion au nom du bien collectif et d’un objectif plus vaste. Je vous demande plutôt de songer à votre idée, votre passion, votre recherche ou votre inspiration entrepreneuriale, et de nous dire comment elle s’insère dans un contexte générationnel. Comment peut-elle s’adapter au type de bouquet énergétique auquel nous aspirons pour le Canada?

En passant, j’avoue que suis un peu égoïste dans tout ça... Laissez-moi vous expliquer... Dans ma lettre de mandat, le premier ministre m’a demandé de travailler avec mes homologues provinciaux et nos partenaires autochtones à faire avancer l’idée d’une stratégie canadienne de l’énergie. Alors j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de me servir de vous pour mettre en œuvre ce que suppose cette demande... Ce qu’elle suppose non seulement pour le Canada en tant qu’État-nation progressiste, mais aussi en tant qu’important partenaire de la communauté internationale.

Selon moi, le succès de tout bon repas est habituellement assuré au moment où on sort de l’épicerie... Et vous êtes les ingrédients. Ce sera un excellent repas. Si on commençait à cuisiner dès aujourd’hui?

Je vous remercie de votre présence et vous souhaite une excellente journée.

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