L’honorable Jim Carr, ministre des Ressources naturelles du Canada Allocution au Forum sur l’énergie 2017 du Vancouver Board of Trade

Discours

Le texte prononcé fait foi

Merci, David, et bonjour à tous.

Tout d’abord, je tiens à souligner que nous sommes ici sur les territoires traditionnels des Premières Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh.

À bien des égards, la Colombie-Britannique et Vancouver ont joué un rôle de premier plan en matière de gestion environnementale. On a créé cette ville magnifique où il fait bon vivre; on a, parmi les premiers, articulé ce à quoi ressemblerait un avenir sobre en carbone; on a reconnu le rôle important que doivent jouer les peuples autochtones et la nécessité de protéger nos océans.

C’est donc ici l’endroit idéal pour poursuivre la conversation sur la relation entre l’environnement et la prospérité économique.

Depuis que je suis devenu ministre des Ressources naturelles il y a un peu plus de deux ans, j’ai eu l’honneur de voyager à travers le monde pour discuter des enjeux énergétiques, de Mumbai à Paris, de Rome à Beijing, de Houston à Mexico.

Il est évident que nous traversons une période de transition à l’échelle du globe, passant de l’énergie qui a alimenté nos sociétés pendant des générations à des sources d’énergie propre et renouvelable. Le rythme de cette transition peut varier d’un pays à l’autre, mais elle est en cours et elle est irréversible.

Le monde se tourne vers le Canada comme fournisseur fiable et stable des ressources énergétiques classiques qui lui sont encore nécessaires et comme pays innovateur dans les énergies plus récentes que le monde veut adopter.

Les Canadiens sont conscients de ce qui se passe. Comment le sais-je? Nous leur avons demandé dans le cadre du forum Génération Énergie, la plus grande consultation sur la question énergétique de l’histoire de notre pays.

Nous avons invité les Canadiens à imaginer leur avenir énergétique. À quoi pourrait ressembler le monde lorsque leurs enfants et petits-enfants auront grandi? Que devons-nous faire dès maintenant pour réaliser cet avenir?

Plus de 380 000 personnes ont pris part, en ligne, à cette conversation; 650 personnes se sont réunies pour faire avancer les discussions lors d’un forum dans ma ville natale de Winnipeg.

Ce fut une réalisation remarquable qui a rassemblé, souvent pour la première fois, producteurs et fournisseurs d’énergie, experts internationaux, dirigeants autochtones, organismes environnementaux, consommateurs, et pouvoirs publics de tous ordres.

Si les échanges n’ont pas toujours été aisés, ils ont aussi été remarquablement stimulants, voire visionnaires.

Les Canadiens nous ont dit qu’ils veulent une économie prospère sobre en carbone. Ils veulent que nous soyons à l’avant-garde de la technologie propre. Et ils veulent un système énergétique qui leur offre des perspectives économiques sans porter atteinte à l’environnement.

Ils comprennent aussi que nous n’en sommes pas encore là. Comme nous devons nous préparer pour l’avenir, nous devons nous occuper du présent en fournissant une énergie sur laquelle chacun peut compter que ce soit pour s’éclairer ou faire le plein d’essence.

Cela signifie que nous allons continuer de soutenir nos ressources gazières et pétrolières tout en élaborant des solutions de rechange, y compris les énergies solaire, éolienne et marémotrice.

Comme l’a déclaré le premier ministre Trudeau ici même à Vancouver : « Il est faux de penser qu’il faille choisir entre les pipelines et les éoliennes. Nous avons besoin des deux. »

Il y a un an hier, notre gouvernement a fait une annonce importante, en lien avec cette approche : deux projets pipeliniers se voyaient approuvés – l’agrandissement du réseau de Trans Mountain et le Programme de remplacement de la canalisation 3 – et un troisième, celui de Northern Gateway, était rejeté.

Les nouveaux pipelines permettront de diversifier nos marchés, leur construction sera assortie de sauvegardes de sécurité environnementale améliorées et ils créeront des milliers de bons emplois pour la classe moyenne, y compris chez les Autochtones.

C’étaient les bonnes décisions à prendre à ce moment-là et ce sont les bonnes décisions encore aujourd’hui. Notre gouvernement veut qu’ils soient construits. Et nous voulons qu’ils le soient dans le cadre d’une politique énergétique sensée.

Car ces projets ne sont qu’une partie de notre politique énergétique. Nous ne partageons pas l’opinion de ceux qui veulent tout simplement extraire le plus de pétrole possible, le plus rapidement possible. Nous ne sommes pas d’accord non plus avec ceux qui veulent laisser tout le pétrole dans le sol et ne jamais construire d’autre pipeline.

Aucun pays dans le monde qui trouverait des milliards de barils de pétrole ne les laisserait enfouis dans le sol.

Ceux qui veulent laisser notre pétrole dans le sol et ceux qui veulent l’extraire jusqu’à épuisement n’ont pas une vision globale de la situation.

Extraire du pétrole sans protéger l’environnement, c’est comme réparer le toit de votre maison avec les matériaux de la fondation. Ça peut sembler bien sur le moment, mais ça compromet l’avenir.

De la même façon, ceux qui voudraient mettre fin à l’exploitation des sables bitumineux demain matin ne veulent pas voir les perturbations que cela entraînerait pour les familles canadiennes et la perte de revenus nécessaires à l’innovation et à l’avènement de l’énergie propre.

Cette innovation prend la forme de tout un éventail de produits dérivés du pétrole que nous utilisons couramment : les brosses à dents, les pansements adhésifs, les appâts de pêche, les kayaks et même les stimulateurs cardiaques. Nous devrions être fiers de l’innovation que notre industrie pétrochimique rend possible. Elle est essentielle à la transition.

L’objectif de notre gouvernement est clair : nous voulons que le Canada soit un chef de file dans le siècle de la croissance propre.

Pour y parvenir, nous devons profiter de cette période de transition pour bâtir les infrastructures qui serviront à amener nos ressources aux marchés mondiaux et utiliser les revenus ainsi générés pour investir dans les énergies propres.

En d’autres mots, tirer parti des ressources en combustibles fossiles que nous avons aujourd’hui pour mettre en place les solutions d’énergie propre pour demain.

La canalisation 3 et le projet de Trans Mountain sont des éléments importants de ce plan.

Mais il est tout aussi important d’adopter les politiques et de prendre les décisions qui nous feront avancer vers l’avenir que nous voulons. Et c’est exactement ce que fait notre gouvernement.

En ratifiant l’Accord de Paris; en fixant un prix pour le carbone; en investissant dans les technologies et les infrastructures propres; en accélérant l’élimination progressive du charbon comme source d’énergie; en créant une norme qui nous donnerait des carburants à faible teneur en carbone; en réglementant les émissions de méthane; et, de concert avec nos collègues provinciaux et territoriaux, en élaborant un plan national de lutte contre les changements climatiques.

Nous savions que l’approbation de la canalisation 3 et du projet d’agrandissement de Trans Mountain ne plairait pas à tout le monde. Vous admettrez que nous ne nous sommes pas trompés.

Un grand nombre de Canadiens, y compris dans le Lower Mainland, s’opposent au projet de Trans Mountain. Nous reconnaissons que l’essence même d’une saine démocratie est de pouvoir exprimer des opinions divergentes sur des décisions importantes.

Nous respectons ces opinions, y compris celles des peuples autochtones qui ressentent un lien sacré avec l’air, la terre et l’eau.

Notre gouvernement comprend et partage le sentiment de responsabilité de la Colombie-Britannique envers son littoral spectaculaire.

C’est pourquoi nous avons pris le temps de peser le pour et le contre pour prendre la bonne décision, fondée sur les connaissances scientifiques les plus fiables et après la plus large consultation possible.

L’Office national de l’énergie a mené un examen approfondi du projet de Trans Mountain et recommandé son approbation sous réserve de 157 conditions contraignantes.

Pour permettre à encore davantage de voix de se faire entendre, j’ai désigné un groupe d’experts ministériel composé de trois éminents Canadiens : Kim Baird, Tony Penikett et Annette Trimbee, pour tenir des audiences supplémentaires.

Le groupe d’experts a tenu 44 assemblées publiques, entendu plus de 600 présentations et reçu quelque 20 000 mémoires par courriel.

Nous avons ensuite procédé au plus grand investissement jamais fait pour protéger les océans et les côtes canadiennes.

Le Plan de protection des océans, d’une valeur de 1,5 milliard de dollars, vise :

  • le renforcement de la capacité de surveillance de la Garde côtière pour assurer une meilleure communication avec les navires;
  • la sécurité accrue de la navigation;
  • l’augmentation du nombre d’agents de l’autorité sur la côte;
  • l’ajout de nouvelles installations de radar à des endroits stratégiques;
  • la mise sur pied d’un plus grand nombre d’équipes d’intervention environnementale de première ligne pour renforcer la capacité de la Garde côtière;
  • le renforcement du principe du pollueur-payeur;
  • la réalisation de recherches scientifiques et d’investissements dans les nouvelles technologies pour une efficacité accrue des opérations de nettoyage.

Cet investissement d’une génération dans la sécurité des océans répond aux préoccupations concernant la prévention des déversements accidentels et l’intervention en pareil cas, et permet d’importantes mesures de protection supplémentaires pour la baie Burrard et la mer de Salish.

Pour assurer une plus grande protection de l’épaulard résident du Sud, le Plan de protection des océans comprend aussi :

  • le lancement d’une évaluation scientifique de l’efficacité des mesures actuelles de gestion et de redressement;
  • l’installation d’un système de détection des baleines en temps réel afin de signaler leur présence aux marins;
  • de nouveaux travaux en vue de la création de normes strictes pour la réduction du bruit des navires;
  • le financement d’un système d’avis de présence et d’observation des baleines.

Fait tout aussi important, le projet de Trans Mountain doit respecter le plafond des émissions fixé par le Plan de leadership pour la lutte contre les changements climatiques de l’Alberta. En fait, l’agrandissement du réseau de Trans Mountain, la canalisation 3 et le pipeline Keystone XL ensemble ne doivent pas dépasser la limite de 100 mégatonnes de CO2 fixée par l’Alberta.

Les pipelines sont un moyen sûr, efficace et fiable d’acheminer nos ressources vers les marchés. La Loi sur la sûreté des pipelines est entrée en vigueur l’été dernier. Elle renforce le régime de sécurité des pipelines en enchâssant le principe du pollueur-payeur. Les sociétés seront tenues responsables sans égard à la faute, à hauteur de 1 milliard de dollars pour les grands pipelines, et elles devront disposer des ressources nécessaires pour intervenir en cas d’accident.

En ce qui concerne le projet de Trans Mountain, nous avons fait quelque chose qu’aucun gouvernement canadien n’a fait avant nous : nous avons participé à la mise en place d’un Comité consultatif et de surveillance autochtone pour aider à surveiller la sécurité d’un grand projet énergétique tout au long de son cycle de vie.  

La participation au Comité ne signifie pas qu’une communauté appuie le projet ou s’y oppose. Elle signifie que nous travaillons ensemble pour atteindre nos objectifs communs en matière de sécurité et de protection de l’environnement.

Les Autochtones pourront donc se faire entendre, leur avis sera sollicité et leurs connaissances seront valorisées comme jamais auparavant.

Comme l’a dit le chef Ernie Crey de la Première Nation Cheam, les Autochtones ne se contenteront plus d’être des spectateurs, ils prendront part aux discussions et seront sur place pour protéger la terre et l’eau.

Les arguments économiques en faveur du projet de Trans Mountain sont convaincants. L’exportation du pétrole canadien sur les marchés internationaux renforce l’économie canadienne. C’était vrai il y a un an et c’est toujours vrai aujourd’hui.

Pourquoi? Parce que lorsque quatre-vingt-dix-neuf pour cent de votre pétrole va à un seul client, c’est lui qui fixe le prix, pas vous. Et vous dépendez complètement de lui pour qu’il continue d’acheter votre produit. En qualité de gens d’affaires, vous savez que ce n’est pas la meilleure stratégie.

Lorsque les Canadiens vendent leur pétrole à un prix inférieur à celui du marché, ils se privent de milliards de dollars de revenus, de l’argent qu’ils pourraient investir dans l’énergie propre, les routes, les écoles et les hôpitaux, ou encore, comme j’aime à le dire, les orchestres symphoniques.

La révolution qui s’est produite aux États-Unis dans l’exploitation des gaz de schiste a peut-être échappé à l’attention du public, mais elle a fondamentalement modifié l’équilibre entre l’offre et la demande en Amérique du Nord. En conséquence, il est devenu impératif que nous trouvions de nouveaux marchés.

Se débrouiller tant bien que mal en espérant que les Américains continueront d’acheter notre pétrole, ce n’est pas une stratégie, c’est un manque de leadership et un refus de voir les réalités du marché.

Ceux qui croient que l’arrêt du projet de Trans Mountain serait une « victoire » ne tiennent pas compte de ce qui serait perdu : des emplois, des revenus, l’investissement dans la transition énergétique et des possibilités de développement.

Une fois que le réseau de Trans Mountain aura été agrandi, il nous permettra d’acheminer notre énergie vers les marchés mondiaux. Il nous donnera des options que nous n’avons jamais eues. Pour la première fois, nous pourrons exporter nos ressources énergétiques là où nous pouvons obtenir le meilleur prix. Notre stratégie sera déterminée par les marchés et non par un acheteur unique.

En Colombie-Britannique, vous êtes en pointe à cet égard pour ce qui est du gaz naturel liquéfié (GNL). Pas plus tard que la semaine dernière, Vancouver a vu le premier navire chargé de GNL partir pour la Chine. Vous comprenez le potentiel du GNL en tant que carburant de transition, à l’heure où les pays tâchent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Alors que la transition se poursuit dans le monde vers un avenir à faible taux d’émission de carbone, nous devons adopter une approche sensée et viable. sachant que si le chemin est long vers un avenir sobre en carbone, la trajectoire est claire.

Nous avons la responsabilité de faire un usage judicieux du temps dont nous disposons, en améliorant la performance environnementale des sources d’énergie classiques tout en développant de nouvelles sources; en investissant dans les pipelines et dans les technologies propres.

Pendant cette période de transition, les Canadiens veulent que nous mettions de côté la politique de la division. Ce message a été entendu haut et fort dans les discussions de Génération Énergie. Les Canadiens sont fatigués de ceux qui essaient de provoquer un conflit entre les provinces ou entre les régions. Ils veulent nous voir travailler ensemble pour le bien du pays.

Il ne faut pas perdre cela de vue ni oublier l’importance de l’industrie de l’énergie pour les collectivités qui en dépendent, qu’elles soient autochtones ou non autochtones, dans tous les coins de notre pays.

Ne perdons pas de vue que ces projets peuvent nous rapprocher de nos objectifs à long terme en ce qui a trait au climat et à notre économie.

S’opposer carrément aux pipelines, à tout pipeline, met tout cela en péril : nous ne pourrions pas vendre notre énergie à de nouveaux clients, ni utiliser les ressources à notre disposition pour bâtir l’avenir que nous voulons, ni créer les emplois que méritent les Canadiens.

Ne faisons pas du panneau d’arrêt le symbole de notre temps. Donnons plutôt le feu vert à une politique énergétique sensée.

Pour conquérir l’avenir, nous pouvons nous inspirer de notre passé. Notre pays s’est uni pour réaliser de grands projets : un chemin de fer qui a traversé un continent et amené l’adhésion de votre province à la Confédération; un système de radiodiffusion qui a relié tout un pays; et un bras qui s’est tendu dans l’espace.

Nous devons fournir un nouvel effort d’édification de notre nation. Le temps est venu d’une vision plus large et plus généreuse où des projets comme ceux-ci sont vus comme des étapes essentielles vers un avenir meilleur.

En travaillant ensemble, en agissant dans l’unité, il y a bien peu de choses que nous ne puissions accomplir.

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