Conseils sur les microorganismes pathogènes dans la plomberie résidentielle et sur la qualité de l’eau

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Document pour consultation publique

La période de consultation se termine le : 24 novembre 2026

Sur cette page

Objectif de la consultation

Le présent document a été élaboré dans le but de fournir aux organismes de réglementation et aux décideurs des conseils sur les microorganismes pathogènes dans la plomberie résidentielle et sur la qualité de l'eau dans les sources d'approvisionnement d'eau potable au Canada.

Le document est rendu disponible pendant une période de consultation publique de 60 jours. Le but de cette période de commentaires est de recueillir des commentaires sur le document de conseils proposé. Nous accueillons favorablement les commentaires. Veuillez les accompagner d'une justification, lorsque nécessaire. Les commentaires pour ce document peuvent être envoyés à Santé Canada par courriel à l'adresse water-consultations-eau@hc-sc.gc.ca. Santé Canada doit recevoir tous les commentaires avant le 24 novembre 2026.

Les commentaires reçus dans le cadre de cette période de commentaires seront transmis, avec le nom et l'affiliation de leurs auteurs, aux membres du Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable (CEP). Les personnes qui ne veulent pas que leur nom et leur affiliation soient communiqués aux membres du CEP doivent joindre à leurs commentaires une déclaration à cet égard.

Il est à noter que ce document de conseils sur les microorganismes pathogènes dans la plomberie résidentielle et sur la qualité de l'eau fera l'objet d'une révision à la suite de l'évaluation des commentaires reçus et une version finale sera publiée. Ce document doit être considéré comme une ébauche qui sert à recueillir des commentaires seulement.

Salubrité de l'eau potable au Canada

Les sources d'approvisionnement en eau potable au Canada sont généralement d'excellente qualité. Cependant, l'eau dans la nature n'est jamais « pure ». Elle capte un peu de tout avec quoi elle entre en contact, notamment des minéraux, de la boue, de la végétation, des engrais et des ruissellements agricoles. Bien que la plupart de ces substances soient inoffensives, certaines peuvent représenter un risque pour la santé humaine.

Les gouvernements provinciaux, territoriaux, municipaux, des Premières Nations et fédéraux partagent la responsabilité de garantir la sécurité des sources d'approvisionnement en eau potable. Le gouvernement fédéral a ou partage la responsabilité d'assurer la sécurité des sources d'approvisionnement en eau potable sur les terres fédérales, dans les installations fédérales et dans les communautés des Premières Nations. Les gouvernements provinciaux et territoriaux ont la responsabilité d'établir les normes et règlements sur l'eau potable, de surveiller la performance des réseaux municipaux d'alimentation en eau et de faire respecter la conformité. Les municipalités sont responsables de la distribution de l'eau potable provenant des sources publiques d'approvisionnement d'eau potable. Cela inclut l'exploitation quotidienne et l'entretien des systèmes publics d'approvisionnement en eau potable, conformément aux normes provinciales ou territoriales. Les propriétaires privés qui puisent de l'eau potable à partir d'une source sur leur propriété (habituellement un puits d'eau souterraine) sont responsables de la salubrité de leur eau.

Santé Canada examine la littérature scientifique disponible et évalue les risques pour la santé associés à certaines substances présentes dans l'eau potable. Dans le cadre de cette évaluation, Santé Canada examine les nouvelles études et approches et prend en compte les limites méthodologiques de la détection des substances dans l'eau potable. Ces évaluations servent de base aux Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada (RQEPC), élaborées en partenariat avec les provinces, territoires et autres ministères fédéraux par l'intermédiaire du Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable (CEP). Les Recommandations définissent les paramètres de base que tout réseau de distribution d'eau devrait atteindre afin d'assurer une eau potable salubre. Chaque secteur de compétence au Canada utilise ces recommandations pour établir les exigences en matière de qualité de l'eau potable selon leurs besoins et leur contexte.

Renseignements généraux sur le document de conseils

Bien que la principale responsabilité du CEP soit de collaborer avec Santé Canada pour élaborer et mettre à jour les RQEPC, son rôle a évolué au fil des ans; Santé Canada et le CEP élaborent également des documents de conseils. Ces documents fournissent des conseils sur des questions liées à la qualité de l'eau potable pour des substances qui ne requièrent pas de RQEPC officielle.

Il existe deux cas dans lesquels Santé Canada peut décider d'élaborer un document de conseils en collaboration avec le CEP. Le premier cas est pour fournir des conseils opérationnels ou de gestion liés à des questions précises concernant l'eau potable (par exemple, avis d'ébullition de l'eau, contrôle de la corrosion), auquel cas le document ne fournirait qu'une quantité limitée de renseignements scientifiques ou d'information relative à l'évaluation des risques pour la santé.

Le deuxième cas est pour rendre disponible l'information relative à l'évaluation des risques lorsqu'une recommandation n'est pas jugée nécessaire. Les RQEPC sont élaborées précisément pour des paramètres qui répondent à tous les critères suivants :

  1. l'exposition au paramètre pourrait avoir des effets nocifs sur la santé;
  2. le paramètre est fréquemment détecté, ou pourrait l'être, dans un grand nombre de sources d'approvisionnement en eau potable du Canada;
  3. la concentration à laquelle le paramètre est détecté ou à laquelle on pourrait s'attendre à le détecter est susceptible d'avoir des effets sur la santé.

Si un paramètre d'intérêt ne satisfait pas à tous ces critères, Santé Canada, en collaboration avec le CEP, peut décider de ne pas établir de recommandation chiffrée ou de ne pas élaborer de document technique. Dans ce cas, un document de conseils peut être rédigé.

Les documents de conseils passent par un processus semblable à celui des documents techniques de recommandation, y compris des consultations publiques par l'entremise du site Web de Santé Canada. Ils sont proposés à titre d'information pour les autorités responsables de l'eau potable et, dans certains cas, pour fournir des conseils en cas de déversement ou d'autres situations d'urgence.

Objectif de ce document et public visé

Ce document aborde la question de la détérioration de la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment, ainsi que les répercussions possibles sur la santé des consommateurs. Le document se concentre sur la plomberie du bâtiment résidentiels, c'est-à-dire la plomberie dans les lieux résidentiels, aussi appelés habitations, qui sont alimentés par des réseaux municipaux d'alimentation d'eau potable et de petite échelle ainsi que par des puits privés. Ce document ne fournit pas de directives sur la plomberie du bâtiment pour les hôpitaux, les établissements de soins de longue durée, les résidences pour aînés ou les immeubles de bureaux. Il ne couvre pas non plus les systèmes de réutilisation de l'eau domestique.

Ce document offre une vue d'ensemble des éléments suivants :

  1. causes de la détérioration de la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment, avec un accent particulier sur les agents pathogènes opportunistes et le plomb;
  2. répercussions de la détérioration;
  3. stratégies de gestion;
  4. aspects importants de la surveillance dans les approches de gestion de la qualité de l'eau potable et dans les programmes de gestion de l'eau des bâtiments.

Le document porte sur l'utilisation et les conditions courantes de plomberie des bâtiments résidentiels.

Le document s'appuie sur les renseignements fournis dans les Conseils sur la surveillance de la stabilité biologique de l'eau potable dans les réseaux de distribution (Santé Canada, 2022a).

Le document s'adresse aux autorités responsables, par exemple les municipalités et les exploitants des systèmes d'approvisionnement en eau, ainsi qu'aux propriétaires et gestionnaires de bâtiments.

Comment lire ce document

La Partie A de ce document est un résumé de la Partie B, qui présente des renseignements clés, y compris des conseils sur la surveillance de la qualité de l'eau et les stratégies de gestion possibles. La Partie B fournit l'information scientifique et technique, y compris les citations, pour appuyer ces conseils. La Partie C présente les références et la liste des acronymes, et les Partie D et Partie E donnent de l'information complémentaire.

Certains termes sont utilisés à plusieurs reprises tout au long de ce document. Il est important que le lecteur en connaisse la signification. Bien qu'ils soient définis dans la Partie B, on en fait également la description dans la présente section, afin de faciliter la compréhension de la Partie A.

Agents pathogènes opportunistes:
Microorganismes naturellement présents dans les sols et les milieux aquatiques qui se sont adaptés pour croître et persister dans les milieux bâtis, en particulier la plomberie du bâtiment. Ils ne causent généralement pas de maladie chez les personnes en bonne santé; les infections surviennent principalement chez des individus sensibles — c'est pourquoi on les appelle des agents pathogènes « opportunistes ».
Appareil sanitaire :
Dispositif de plomberie qui reçoit l'eau, des matières de vidange, ou les deux, comme les toilettes, lavabos, baignoires et bases de douche.
Détérioration de la qualité de l'eau :
Changements dans la qualité de l'eau qui favorisent la prolifération ou la revivification microbienne, le développement de biofilm et/ou la précipitation, le relargage ou la libération d'éléments inorganiques (généralement des métaux comme l'arsenic, le cuivre, le fer et/ou le plomb) dans l'eau distribuée.
Entrée de service :
Tuyau reliant le réseau de distribution d'eau potable à la plomberie du bâtiment. Dans le cas des puits privés, le tuyau reliant le puits à la plomberie du bâtiment est appelé un tuyau d'alimentation. Il est possible qu'une entrée de service desserve plus d'un logement ou qu'une habitation à logements multiples soit alimentée par plus d'une entrée de service (généralement bifurquée au robinet d'arrêt).
Fournisseur d'eau potable :
Entité qui fournit de l'eau potable à une communauté et qui est responsable de l'opération et de la gestion d'un réseau d'approvisionnement d'eau potable. Au Canada, La plupart des gens obtiennent leur eau potable auprès des réseaux publics d'approvisionnement en eau potable, auquel cas le fournisseur d'eau potable est la municipalité.
Logement :
Bâtiment où une ou plusieurs personnes vivent ou résident. Les logements peuvent varier considérablement dans leurs caractéristiques et leur configuration. Ils comprennent des bâtiments privés, comme des maisons individuelles et des immeubles collectifs, comme des complexes d'appartements à plusieurs étages (y compris ceux qui hébergent des personnes âgées).
Plomberie du bâtiment :
Plomberie à l'intérieur des bâtiments. Pour les bâtiments desservis par une source municipale d'approvisionnement d'eau potable, il s'agit de la tuyauterie située à l'intérieur de la limite de propriété dans les bâtiments qui est raccordée au réseau de distribution d'eau potable par l'entrée de service. Pour ceux qui dépendent d'un puits privé, il s'agit de la portion au-delà de l'entrée de service, menant à l'intérieur du bâtiment. La plomberie du bâtiment comprend des tuyaux, réservoirs, raccords, appareils sanitaires et autres dispositifs. Le propriétaire de l'immeuble ou le propriétaire de la maison/du puits est responsable de la plomberie de son bâtiment. La plomberie du bâtiment comprend la plomberie résidentielle, la plomberie des logements et les systèmes de plomberie des résidences.
Raccords :
Dispositif d'un système de plomberie conçu pour contrôler et guider l'écoulement de l'eau, comme les robinets, pommes de douche, chauffe-eau, vannes d'arrêt, vannes de douche et robinets de baignoire. Les raccords peuvent aussi être (à tort) qualifiés d'« appareils sanitaires » (ce qui est particulièrement courant aux États-Unis).
Résident :
Personne qui habite un logement.

Résumé

Après avoir quitté une installation de production d'eau potable, l'eau entre dans le réseau de distribution d'eau potable, où elle peut être soumise à des conditions qui diminuent sa qualité. De même, lorsque l'eau du réseau de distribution entre dans les bâtiments par la plomberie du bâtiment, elle est exposée à un environnement qui peut encore plus compromettre sa qualité. Si cette dégradation de l'eau est importante, elle pourrait présenter des risques pour la santé des consommateurs.

Santé Canada a terminé son examen des agents pathogènes de la plomberie du bâtiment et de la qualité de l'eau dans les sources d'approvisionnement d'eau potable du Canada. Ce document de conseils a été préparé en collaboration avec le CEP et évalue tous les renseignements disponibles sur ce sujet dans le contexte de la qualité et de la salubrité de l'eau potable.

Les caractéristiques uniques et les conditions de fonctionnement de la plomberie du bâtiment, par exemple l'augmentation des températures, le temps prolongé depuis le traitement (aussi appelé temps de séjour de l'eau élevé) et l'absence de désinfectant résiduel, peuvent créer des conditions idéales pour la prolifération microbienne et/ou le relargage de contaminants chimiques, y compris les métaux. Les agents pathogènes opportunistes, comme Legionella, sont des microorganismes de l'environnement qui se sont adaptés pour proliférer dans la plomberie du bâtiment, y compris celle des résidences. Ces microorganismes ne causent généralement pas de maladie chez les personnes en bonne santé; cependant, ils représentent un risque important pour les populations sensibles possédant un ou plusieurs facteurs de risque spécifiques (par exemple, l'âge avancé, le système immunitaire vulnérable, une maladie sous-jacente). Comme les agents pathogènes opportunistes, les métaux provenant des matériaux de plomberie des bâtiments peuvent représenter un risque important pour la santé des consommateurs. Le plomb est l'un des principaux métaux préoccupants dans l'eau potable, car aucun niveau d'exposition n'est considéré comme sécuritaire.

L'atténuation des risques liés à la plomberie du bâtiment est complexe, car la responsabilité de cette plomberie incombe au propriétaire du bâtiment plutôt qu'au fournisseur d'eau potable. Dans le contexte des risques pour la santé associés aux conditions de plomberie du bâtiment, la gestion des risques nécessite un partenariat. Ce partenariat comprend les fournisseurs d'eau potable qui s'efforcent de gérer les conditions du réseau de distribution afin de limiter l'entrée des agents pathogènes opportunistes et des contaminants chimiques dans la plomberie résidentielle, tandis que les propriétaires d'immeubles et gestionnaires de plomberie résidentielle qui prennent des mesures afin de prévenir des conditions favorables à la prolifération et la propagation des agents pathogènes opportunistes, l'accumulation, et le relargage chimique.

L'objectif de ce document est de décrire les mesures que les fournisseurs d'eau potable, les propriétaires et gestionnaires d'immeubles, ainsi que les propriétaires de maisons et locataires peuvent entreprendre pour réduire les risques d'exposition des consommateurs aux agents pathogènes opportunistes et au plomb provenant des systèmes de plomberie résidentiels. Ces mesures peuvent inclure l'optimisation du traitement, le maintien d'une bonne qualité de l'eau lors de la distribution et du stockage, ainsi que de limiter les expositions dans les logements par diverses mesures d'entretien et de nettoyage.

Partie A. Conseils sur les agents pathogènes dans la plomberie résidentielle et la qualité de l'eau : pour consultation publique

A.1 Introduction

Les fournisseurs d'eau potable ont pour objectif de fournir aux consommateurs une eau salubre et de haute qualité en protégeant les sources d'eau, en utilisant les procédés de traitement de l'eau les plus appropriés et en effectuant la surveillance régulière pour vérifier la qualité de l'eau. Cependant, une fois que l'eau quitte une installation de traitement, elle entre dans le réseau de distribution d'eau potable, où elle est exposée à des conditions pouvant entraîner une détérioration de sa qualité. Cela peut entraîner une augmentation des concentrations de microorganismes et de métaux dans l'eau distribuée. De même, lorsque l'eau provenant du réseau de distribution, ou d'un puits, pénètre dans la plomberie d'un bâtiment, elle est exposée à un environnement qui peut davantage en dégrader la qualité. Lorsque cette dégradation est importante, elle peut entraîner des problèmes qui nuisent à la santé humaine. La gestion de ces problèmes est compliquée par le fait que la plomberie du bâtiment relève du propriétaire de l'immeuble plutôt que du fournisseur d'eau potable. Ainsi, une approche globale du contrôle des risques exige que :

  1. les fournisseurs d'eau potable comprennent et gèrent les conditions dans le réseau de distribution afin de réduire au minimum la fréquence de détection ainsi que la concentration des agents pathogènes opportunistes et des contaminants chimiques pénétrant dans la plomberie résidentielle;
  2. les propriétaires et gestionnaires de plomberie résidentielle préviennent les conditions favorisant : a) la prolifération ou l'accumulation d'agents pathogènes opportunistes dans les biofilms des systèmes de plomberie et la transmission ultérieure aux consommateurs, et b) le relargage et l'accumulation de métaux.

Cela représente un changement fondamental dans le paradigme actuel de gestion des risques liés à l'eau potable, qui se concentre principalement sur les agents pathogènes entériques (voir A.6 Stratégies de gestion).

A.2 Causes de la détérioration dans la plomberie du bâtiment

Bon nombre des causes de la détérioration de la qualité de l'eau dans le réseau de distribution d'eau potable concernent aussi la plomberie du bâtiment. Cependant, les caractéristiques uniques de cette plomberie (Liste 1) peuvent aggraver la dégradation de la qualité de l'eau.

Liste 1 : Caractéristiques de la plomberie du bâtiment qui contribuent à la détérioration de la qualité de l'eau

Présence de microorganismes et de biofilms

  • Des microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes, sont présents dans la plomberie du bâtiment et se trouvent principalement fixés aux parois internes des tuyaux, sous forme de biofilms. Les biofilms sont omniprésents dans la plomberie du bâtiment et essentiels à la survie et à la prolifération des microorganismes, car ils les protègent contre les désinfectants et autres menaces.

Présence de nutriments

  • Un certain nombre de nutriments peuvent être présents dans la plomberie du bâtiment et favoriser la prolifération microbienne, soit en alimentant les microorganismes, soit en consommant du désinfectant résiduel. Les nutriments peuvent être introduits par le réseau de distribution d’eau potable ou être relargués à partir des matériaux de la plomberie du bâtiment. Les biofilms dans la plomberie du bâtiment constituent aussi une source de nutriments, tout comme les sédiments dans les chauffe-eau et les filtres dans les dispositifs au point d’utilisation.

Présence de contaminants inorganiques

  • Des contaminants inorganiques peuvent pénétrer dans la plomberie du bâtiment à partir des eaux sources ou des produits chimiques utilisés dans le traitement de l’eau potable ou dans le réseau de distribution d’eau potable. Les contaminants inorganiques peuvent aussi être relargués à partir des matériaux de la plomberie du bâtiment et des réseaux de distribution.

Utilisation de divers matériaux de plomberie

  • La plomberie du bâtiment comprend une variété de composants, comme les tuyaux, les raccords et des appareils sanitaires, composés d’une grande variété de matériaux. Les matériaux influencent la chimie de l’eau et ont une incidence sur la prolifération ou la revivification microbienne, la formation des biofilms et la diversité des microorganismes présents dans la plomberie du bâtiment. Inversement, la qualité de l’eau a une incidence sur ces matériaux et, par conséquent, leur performance.

Rapport surface/volume élevé de la tuyauterie

  • Comparativement aux réseaux de distribution d’eau potable, la plomberie du bâtiment utilise des tuyaux de petit diamètre. Cela permet un rapport surface/volume nettement plus élevé, ce qui mène à : un contact accru entre les microorganismes et les surfaces des tuyaux, ce qui favorise l’adhérence et la formation de biofilms; une vitesse d’écoulement accrue et, par conséquent, une contrainte de cisaillement, ce qui peut entraîner un décollement du biofilm; la dégradation du désinfectant, car une plus grande surface du tuyau est disponible pour l’interaction avec les désinfectants; au relargage accru provenant des tuyaux; et une dissipation accrue de la chaleur, ce qui entraîne des fluctuations de température.

Augmentation du temps de séjour de l’eau

  • Comparativement aux réseaux de distribution d’eau potable, l’eau dans les tuyaux de plomberie du bâtiment peut être stagnante. Cette stagnation entraîne une augmentation du temps de séjour de l’eau et permet aux microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes , d’adhérer aux surfaces et de former des biofilms. Cette augmentation du temps de séjour (vieillissement) de l’eau est associée à une dégradation du désinfectant qui peut ensuite entraîner une prolifération ou une revivification microbienne. L’augmentation du temps de séjour de l’eau peut aussi entraîner des températures favorables à la prolifération ou la revivification microbienne, des concentrations accrues de métaux comme le plomb – en raison du relargage – et la formation de sous-produits de désinfection (SPD).

Fluctuations de température

  • La température de l’eau dans la plomberie du bâtiment peut être beaucoup plus élevée que celle du réseau de distribution d’eau potable en raison de la présence de systèmes d’alimentation en eau chaude et d’autres caractéristiques de la plomberie du bâtiment. L’augmentation de la température de l’eau peut entraîner : une prolifération microbienne accrue, soit directement, soit par une décomposition accélérée du désinfectant résiduel; une formation accrue des SPD; et, possiblement, un relargage accru des métaux provenant des matériaux de plomberie du bâtiment. Lorsque l’eau circule dans la plomberie du bâtiment, les variations de température peuvent créer des conditions favorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes .

Absence ou présence en faible concentration de désinfectants résiduels

  • La concentration de désinfectant résiduel diminue dans le réseau de distribution d’eau potable et, au moment où l’eau atteint les habitations, il ne reste souvent plus qu’un infime quantité de désinfectant résiduel. Une fois que l’eau entre dans la plomberie du bâtiment, la concentration du désinfectant résiduel diminue davantage en raison de l’augmentation des températures de l’eau et/ou des interactions avec les matériaux. Cela peut entraîner une prolifération ou la revivification microbienne et la formation de biofilms.

Débits variables

  • Les débits dans les logements peuvent être très variables en fonction du comportement des consommateurs. De plus, certains composants de plomberie du bâtiment peuvent influer sur les conditions d’écoulement. Les débits ont une incidence sur le transport des microorganismes, des particules, des nutriments, des désinfectants, de la température et de la vitesse des réactions chimiques. Habituellement, de faibles débits sont associés à une accumulation de biofilm et à une augmentation du temps de séjour de l’eau, ce qui peut entraîner une dégradation de la qualité de l’eau. Le débit peut aussi avoir une incidence sur la libération du plomb; des changements soudains dans l’écoulement hydraulique peuvent libérer des sous-produits de corrosion qui étaient précédemment attachés et du biofilm.

Conception et âge

  • Les systèmes de plomberie du bâtiment peuvent différer considérablement dans leur conception et leur âge, ce qui peut créer et/ou aggraver des conditions menant à la dégradation de la qualité de l’eau. La présence de robinets à faible consommation, par exemple, peut entraîner des conditions de faible débit qui peuvent causer une augmentation du temps de séjour de l’eau. Les systèmes de plomberie vieillissants contiennent généralement des densités de biofilm supérieures, ce qui peut limiter le débit et ainsi occasionner la consommation de désinfectants et la dégradation de la qualité de l’eau. L’âge des composants de plomberie peut influencer leur contenu, puisque les anciens raccords de plomberie ont généralement une teneur en plomb plus élevée.

A.3 Agents pathogènes opportunistes

Contrairement aux agents pathogènes qui préoccupent depuis toujours les fournisseurs d'eau potable – c'est-à-dire les agents pathogènes entériques – les agents pathogènes opportunistes sont des microorganismes naturellement présents dans les sols et les milieux aquatiques. Ils se sont adaptés pour croître et persister dans les environnements bâtis, comme les réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment. En particulier dans la plomberie du bâtiment, les agents pathogènes opportunistes s'établissent, prolifèrent et deviennent partie intégrante du microbiome de l'eau potable locale, où ils sont considérés comme des « habitants normaux ». Leur survie et leur persistance sont dues à certaines caractéristiques communes, notamment leur capacité à : adhérer aux surfaces et former des biofilms; croître dans des amibes libres; résister aux désinfectants; tolérer une large plage de températures; et croître à faibles concentrations d'oxygène et de carbone organique.

Bien qu'un certain nombre d'agents pathogènes opportunistes aient été identifiés, les membres des groupes bactériens Legionella, Mycobacterium et Pseudomonas sont d'une importance majeure pour la santé publique en Amérique du Nord. Certaines études ont établi un lien entre les maladies humaines dues aux agents pathogènes opportunistes et l'exposition par la plomberie du bâtiment. En particulier, les L. pneumophila, complexe Mycobacterium avium et P. aeruginosa sont les plus souvent associés à des maladies humaines. Les espèces Acanthamoeba et Naegleria fowleri sont également de plus en plus reconnues pour leur contribution aux maladies liées aux expositions à la plomberie du bâtiment, non seulement comme agents pathogènes directs, mais aussi comme hôtes pour d'autres agents pathogènes opportunistes.

Les agents pathogènes opportunistes se trouvent principalement dans les biofilms, situés dans les zones des systèmes de plomberie du bâtiment où l'eau a un faible débit et où les températures dans les systèmes d'eau chaude et froide se situent dans leur plage optimale de prolifération, c'est-à-dire de 25 à 45 °C. Les raccords de plomberie sont des endroits idéaux pour la formation de biofilms, et des agents pathogènes opportunistes ont été détectés dans divers raccords de plomberie résidentielle. Il a été démontré que les pommes de douche et leurs tuyaux, en particulier, abritent des biofilms qui enrichissent les agents pathogènes opportunistes. De plus, contrairement aux agents pathogènes entériques, les agents pathogènes opportunistes sont principalement transmis par inhalation ou aspiration d'aérosols ou par contact direct avec la peau, les yeux ou les voies nasales, plutôt que par ingestion. L'inhalation d'aérosols contaminés est considérée comme la voie d'infection la plus courante.

L'eau est la voie la plus importante d'exposition aux agents pathogènes opportunistes. Comme les agents pathogènes opportunistes sont des habitants normaux des eaux naturelles, des réseaux de distribution d'eau potable et de la plomberie du bâtiment, les humains y sont régulièrement exposés dans la communauté. On soupçonne que les systèmes de plomberie résidentiels constituent une source importante d'exposition aux agents pathogènes opportunistes. Les microorganismes Legionella spp., mycobactéries non tuberculeuses (MNT), P. aeruginosa et Acanthamoeba spp. ont tous été détectées dans la plomberie des résidences situées dans des zones climatiques tempérées en Amérique du Nord. De plus, L. pneumophila et M. avium ont été détectées dans des résidences alimentées par des sources municipales d'approvisionnement d'eau potable au moyen de méthodes moléculaires et de culture, et dans des maisons alimentées par des puits privés au moyen de méthodes moléculaires. Les taux de détection et les concentrations rapportés ont été généralement faibles et plus faibles pour les domiciles alimentés par des puits privés. Néanmoins, certaines caractéristiques de la plomberie résidentielle – telles que des températures d'eau favorables à la prolifération, de l'eau stagnante ou de faibles concentrations de désinfectants résiduels – peuvent entraîner une augmentation de la détection et des concentrations accrues.

Malgré leur présence dans les réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment, les agents pathogènes opportunistes ne causent généralement pas de maladie chez les personnes en bonne santé. On les appelle des agents pathogènes « opportunistes » puisqu'ils causent principalement des maladies chez des populations sensibles possédant un ou plusieurs facteurs de risque spécifiques, par exemple l'âge avancé, des systèmes immunitaires vulnérables, des maladies sous-jacentes, qui les rendent plus sensibles à l'infection. À mesure que les populations vieillissent, le nombre de personnes pouvant être considérées comme vulnérables aux agents pathogènes opportunistes devrait augmenter.

Certains événements doivent survenir, et des conditions spécifiques doivent être présentes pour que les agents pathogènes opportunistes causent une maladie. Cette série d'événements et de conditions est appelée la chaîne de transmission. Elle comprend la présence des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment, ainsi que leur persistance et prolifération dues aux conditions présentes (voir Liste 1); la capacité des composants de plomberie du bâtiment à agir comme source et mécanisme de dispersion pour les agents pathogènes opportunistes; une voie d'entrée dans le corps humain; la capacité des agents pathogènes opportunistes à atteindre les zones ciblées du corps et à amorcer l'infection; et l'individu sensible à l'infection.

Les effets sur la santé causés par les agents pathogènes opportunistes sont variés et vont des maladies respiratoires aux infections de l'œil, de la peau, du système nerveux central ou du tractus gastro­intestinal. Dans les cas graves, les maladies causées par les agents pathogènes opportunistes peuvent être fatales. Des correspondances moléculaires ont été démontrées entre des isolats provenant de systèmes de plomberie dans des maisons unifamiliales et des appartements, et des isolats cliniques de cas de maladies causées par les L. pneumophila, MNT et Acanthamoeba spp. Il est difficile de quantifier les risques pour la santé publique associés aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie résidentiels. Les maladies liées aux agents pathogènes opportunistes sont sporadiques et ont de nombreuses origines possibles et ne sont pas prises en compte dans les programmes nationaux de surveillance, à l'exception de celles causées par les espèces de Legionella. Les données existantes issues de la surveillance et de la littérature montrent que l'incidence des maladies causées par les agents pathogènes opportunistes augmente au Canada.

A.4 Contaminants chimiques

Les consommateurs peuvent être exposés à des contaminants chimiques inorganiques et organiques dans l'eau potable, et l'une des sources potentielles est le relargage provenant du réseau de distribution d'eau potable, y compris la plomberie du bâtiment. Le plomb est l'un des principaux contaminants chimiques préoccupants dans l'eau potable, car aucun niveau d'exposition n'est considéré comme sécuritaire. Il est difficile d'obtenir une plage de concentrations typiques auxquelles les personnes vivant au Canada sont exposées par l'eau potable pour des contaminants spécifiques, car les concentrations varient fortement en raison de plusieurs facteurs.

A.5 Impacts des changements climatiques

Les changements dans les précipitations et la température font partie des impacts attendus des changements climatiques. On s'attend aussi à une augmentation de la fréquence d'événements extrêmes, par exemple des tempêtes, des inondations, des sécheresses et des feux de forêt. Ces impacts peuvent créer des conditions favorisant la survie, la prolifération et le transport des agents pathogènes opportunistes dans les milieux naturels et bâtis. Il pourrait en découler une exposition humaine plus importante aux agents pathogènes opportunistes par la voie de la plomberie du bâtiment. Des changements dans les principales caractéristiques physicochimiques de l'eau potable sont également attendus, ce qui pourrait entraîner une augmentation des concentrations de contaminants inorganiques dans la plomberie du bâtiment. Les éléments qui devraient avoir l'impact le plus significatif sont le réchauffement climatique, qui rendra plus difficile le refroidissement des bâtiments et le maintien de la température de l'eau sous 25 °C, ainsi que l'adoption accrue de comportements d'économie d'eau et d'énergie dans les bâtiments, ce qui peut avoir des conséquences imprévues sur la qualité de l'eau.

A.6 Stratégies de gestion

Comme mentionné plus tôt, les agents pathogènes opportunistes se sont adaptés pour persister dans les milieux bâtis, y compris les réseaux de distribution d'eau potable, même ceux bien entretenus. Dans le réseau de distribution, ils se trouvent généralement à des concentrations qui ne sont pas considérées comme préoccupantes pour la santé publique. Cependant, l'eau provenant du réseau de distribution d'eau potable peut (sporadiquement) introduire des agents pathogènes opportunistes dans le système de plomberie du bâtiment. Une fois qu'ils se trouvent dans la plomberie du bâtiment, les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie peuvent s'amplifier à un niveau qui peut causer des risques importants pour la santé si les conditions sont favorables à leur prolifération. Parce que les risques liés à l'eau potable sont influencés par les conditions dans la plomberie du bâtiment, où les fournisseurs d'eau potable ont peu de contrôle, la gestion des risques liés aux agents pathogènes opportunistes et au plomb nécessite les efforts conjoints des fournisseurs d'eau potable, des propriétaires ou gestionnaires d'immeubles et des propriétaires ou résidents. Pour leur part, les fournisseurs d'eau potable devraient s'efforcer d'entretenir le réseau de distribution de façon à réduire la fréquence et la prévalence des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment. En même temps, les propriétaires et les gestionnaires immobiliers doivent prendre des mesures pour éviter de créer des conditions qui favorisent la prolifération ou l'accumulation d'agents pathogènes opportunistes dans les biofilms, ce qui pourrait entraîner leur propagation chez les résidents.

Les fournisseurs d'eau potable peuvent réduire au minimum les risques que les agents pathogènes opportunistes soient conservés et croissent dans le réseau de distribution en adoptant les bonnes pratiques (voir la Liste 2), notamment l'optimisation du traitement et la production d'eau biologiquement stable (Santé Canada, 2022b).

Les propriétaires ou gestionnaires immobiliers, les propriétaires et les locataires peuvent limiter l'exposition grâce à diverses mesures d'entretien et de nettoyage (voir la Liste 2). Ces mesures visent à maintenir la température de l'eau hors de la plage de prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, à limiter la stagnation et à limiter au minimum la croissance du biofilm dans les raccords (surtout les douches), qui sont des sources importantes de transmission.

Liste 2 : Exemples de mesures visant à réduire au minimum les agents pathogènes opportunistes et les risques liés au plomb/aux matières inorganiques

Fournisseurs d’eau potable

  • Optimiser le traitement pour l’enlèvement de la turbidité, les concentrations de nutriments, l’incrustation, le contrôle de la corrosion et la nitrification
  • Réduire au minimum la quantité de contaminants inorganiques entrant dans le réseau de distribution par le traitement (par exemple, manganèse et fer)
  • Dans tout le réseau de distribution : maintenir une concentration efficace de désinfectant résiduel (idéalement > 0,2 mg/L de chlore libre ou total) et s’efforcer de limiter la variabilité du pH (± 0,2 unité)
  • Garder le réseau de distribution et les installations de stockage propres (programmes de purge unidirectionnelle, inspection et nettoyage des installations de stockage)
  • Gérer le temps de séjour de l’eau (purge des zones stagnantes, gestion du renouvellement de l'eau dans les installations de stockage)
  • Minimiser l’entrée de substances provenant de sources externes (maintenir une pression positive, utiliser des procédures sanitaires pendant la construction et les réparations)
  • Comprendre et gérer les conditions qui favorisent la rétention et la prolifération des agents pathogènes opportunistes (températures > 18 oC, désinfectant résiduel faible ou absent, biofilm/sédiments/corrosion non contrôlés)
  • Créer du matériel d’information et de sensibilisation (rendement des sources d’eau potable, qualité de l’eau dans la plomberie du bâtiment)

Propriétaires et gestionnaires d’immeubles résidentiels à logements multiples comptant plus de six logements

  • Bâtiments équipés de chauffe-eau centralisés : Élaborer et mettre en œuvre un programme de gestion de l’eau du bâtiment en utilisant des ressources de conseils et/ou en consultant des professionnels des programmes de gestion de l’eau
  • Régler la température du réservoir du chauffe-eau à un minimum de 60 oC et maintenir la température au-dessus de 49 oC dans tout le réseau d’alimentation en eau chaude, y compris dans les conduites de retour
  • Mettre en place des mesures pour réduire les risques de brûlure
  • Suivre les bonnes pratiques pour la purge régulière et systématique des douches et des robinets peu utilisés
  • Vider et rincer régulièrement les réservoirs du chauffe-eau selon les instructions du fabricant
  • Envisager d’isoler les tuyaux d’eau chaude et froide s’ils sont situés dans des zones où la température de l’eau peut se situer dans la plage qui favorise la prolifération de la bactérie Legionella (de 25 à 49 oC) pendant de longues périodes

Propriétaires et gestionnaires d’immeubles résidentiels à logements multiples pouvant compter jusqu’à 6 unités

  • Régler les chauffe-eau (tous types) à un minimum de 60 oC
  • Savoir quelles mesures sont en place au niveau de la plomberie pour réduire les risques de brûlure et prendre, au besoin, des mesures supplémentaires
  • Vider et rincer régulièrement les réservoirs des chauffe-eau selon les instructions du fabricant
  • Inspecter, nettoyer et désinfecter les citernes à intervalles réguliers
  • Penser à isoler les 2 à 3 premiers mètres du tuyau d’eau chaude qui sort du chauffe-eau
  • Purger les douches et robinets qui n’ont pas été utilisés depuis une semaine ou plus
  • Nettoyer régulièrement les pommes de douche, robinets et aérateurs selon les instructions du fabricant
  • Envisager de désinfecter périodiquement les pommes et les boyaux de douche
  • Remplacer les composants du système de plomberie en plomb par des composants contenant peu ou pas de plomb
  • N’installer que de nouveaux raccords de plomberie certifiés par un organisme de certification accrédité par le Conseil canadien des normes (CCN) et qui répondent aux exigences actuelles du Code national de la plomberie (CNP); consulter un spécialiste de la plomberie pour obtenir des renseignements

Personnes présentant un risque élevé (ayant une maladie sous-jacente ou recevant un traitement qui entraîne une diminution de l’immunocompétence ou qu’un professionnel de la santé a désignées comme très vulnérables)

  • Toujours discuter de tout risque potentiel et des mesures correctives avec votre professionnel de la santé d’abord. Envisager d’autres mesures pour réduire l’exposition personnelle, par exemple :
  • Remplacer les boyaux de douche par un bras de douche fabriqué d’un tuyau rigide
  • Ne pas installer de raccords à faible débit (douches ou robinets), ou s’assurer qu’ils sont utilisés ou rincés sur une base régulière
  • Choisir des pommes de douche qui produisent des jets d’eau plutôt que ceux qui produisent de fines brumes
  • Évaluer (avec votre professionnel de la santé) si un filtre au point d’utilisation (porosité de 0,2 μm ou moins) sur une douche ou un robinet serait bénéfique; les filtres devraient être entretenus et remplacés conformément aux recommandations du fabricant

A.7 Surveillance

Les fournisseurs d'eau potable devraient disposer de programmes de surveillance complets adaptés à chaque site, qui comprennent la surveillance opérationnelle et une surveillance de vérification. Ces programmes sont essentiels pour garantir que les objectifs en matière de qualité de l'eau sont constamment atteints en ce qui concerne les paramètres microbiens. Les plans de surveillance devraient être fondés sur une évaluation des dangers propres à chaque système et inclure les paramètres, fréquences et lieux où la surveillance devrait être effectuée.

Comme la gestion de l'activité biologique et des biofilms dans le réseau de distribution est un élément important de l'approche d'un fournisseur d'eau potable pour le contrôle des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, il est important que les programmes de surveillance courants incluent des mesures pour évaluer la biostabilité de l'eau potable (Santé Canada, 2022a). Il n'existe aucune directive ou réglementation établissant des exigences de concentration ou de surveillance pour les organismes Legionella dans l'eau potable traitée. Les recherches indiquent que cette bactérie est rarement détectée à des concentrations estimées comme représentant un risque significatif pour la santé publique dans les réseaux de distribution d'eau potable bien gérés. Les analyses entraînent également des besoins en ressources. Sans référence claire pour évaluer les résultats de surveillance et avec des ressources limitées disponibles pour les fournisseurs d'eau, il n'est pas clair que la surveillance de routine de l'eau potable traitée pour détecter L. pneumophila soit une option efficace dans le cadre d'une approche globale visant à fournir de l'eau potable salubre et à protéger la santé publique. Les analyses de routine pour L. pneumophila ne sont pas recommandées pour les fournisseurs d'eau potable. Plutôt que d'investir dans des analyses fréquentes, les fournisseurs d'eau sont encouragés à se concentrer sur la gestion efficace de leurs réseaux de distribution d'eau afin de réduire les risques potentiels. La surveillance de la vérification peut être effectuée en analysant les renseignements opérationnels et de traitement avec des données de qualité de l'eau à l'appui. Un inventaire des conditions présentant un risque lié au microorganisme Legionella et une évaluation des risques spécifiques à un distributeur d'eau potable peuvent aider à définir les activités de surveillance et les points d'inspection pour déterminer si les contrôles fonctionnent comme prévu. La température et le désinfectant résiduel sont des paramètres importants pour déterminer les conditions qui favorisent, dans les réseaux municipaux, l'amplification et augmentent le risque de présence de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. En général, la prolifération bactérienne est plus probable dans les réseaux de distribution d'eau potable lorsque la température de l'eau dépasse 15 °C; ainsi, les fournisseurs d'eau potable peuvent considérer cette température comme un déclencheur pour augmenter la fréquence d'échantillonnage des paramètres de biostabilité.

La surveillance du plomb devrait être effectuée au robinet, car cet endroit est représentatif de l'exposition et permet de capter les sources d'exposition, comme l'entrée de service en plomb et le système de plomberie. Des conseils sur la surveillance du plomb, l'évaluation de la corrosion et les déclencheurs pour la mise en œuvre de mesures de contrôle de la corrosion dans les réseaux de distribution résidentiels sont disponibles auprès de Santé Canada (Santé Canada, 2019e; 2025b). En ce qui concerne la surveillance de l'arsenic, du cuivre, du fer, du manganèse et d'autres contaminants inorganiques, des informations sont fournies dans les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada de Santé Canada : documents techniques pour les paramètres concernés (Santé Canada, 2006; 2019b; 2019e; 2019f; 2020b; 2024a; 2025b). Pour les maisons unifamiliales et les immeubles résidentiels à logements multiples pouvant contenir six logements, la surveillance des agents pathogènes opportunistes dans ces bâtiments n'est pas pratique et n'est pas recommandée. Lorsqu'on soupçonne que l'entrée de service d'une résidence contient du plomb, l'eau devrait être analysée. Il est recommandé que les maisons alimentées par un puits privé testent la qualité générale de leur eau aux deux ans ainsi que l'efficacité des dispositifs de traitement s'il y en a qui sont installés. Il est possible de contacter les autorités locales en matière de santé publique ou de gestion de l'eau potable pour déterminer pour quels paramètres on devrait tester.

Pour les immeubles résidentiels comptant plus de six logements et qui ont un chauffe-eau centralisé, il est recommandé d'établir des programmes de gestion de l'eau. Ceux-ci décrivent les exigences de surveillance, fondées sur une évaluation du réseau d'alimentation en eau du bâtiment. Ces exigences seront propres à chaque bâtiment et influencées par la complexité de la conception du réseau d'alimentation en eau du bâtiment, des caractéristiques de fonctionnement du système et des paramètres à analyser. Habituellement, les ressources sur les programmes de gestion de l'eau des bâtiments préconisent de surveiller la température afin de vérifier que les températures de la plomberie recommandées sont atteintes pour le contrôle microbiologique et la prévention du risque de brûlure. Ces ressources recommandent également de surveiller le désinfectant résiduel dans les réseaux d'alimentation en eau froide afin de confirmer que les niveaux atteignant les points d'utilisation sont dans les niveaux cibles et, idéalement, de s'approcher des niveaux dans l'eau fournie par le fournisseur d'eau potable. La nécessité de tester pour les risques microbiologiques est déterminée en fonction d'une évaluation du réseau d'alimentation en eau du bâtiment réalisée par l'équipe du programme de gestion de l'eau. Lorsque nécessaire, les tests sont le plus souvent effectués pour la détection de L. pneumophila, dans un laboratoire accrédité. Les propriétaires d'immeubles sont responsables d'évaluer leurs propres systèmes de plomberie pour la détection du plomb, et la municipalité ou l'autorité locale responsable en matière d'eau potable peut être contactée pour obtenir des conseils et de l'aide lors des tests.

Partie B. Renseignements à l'appui

B.1 Plomberie du bâtiment

B.1.1 Définitions

La majorité des gens au Canada reçoivent leur eau potable de sources municipales d'approvisionnement d'eau potable. Cela signifie que l'eau provenant d'une source d'eau, comme une rivière, est pompée dans une station de traitement de l'eau, où elle subit un processus de traitement rigoureux. L'eau traitée pénètre ensuite dans un vaste réseau de tuyaux (aussi appelés conduites principales), vannes, bornes d'incendie et installations de stockage, appelé réseau de distribution d'eau potable (Figure 1). Le réseau de distribution d'eau potable est relié aux bâtiments par une entrée de service (Figure 2). Une fois que l'eau passe dans l'entrée de service, elle pénètre dans la plomberie à l'intérieur du bâtiment, appelée la plomberie du bâtiment. Dans ce document, la plomberie du bâtiment est considérée comme la portion du réseau de distribution d'eau potable qui va au-delà de la limite de propriété et dans les bâtiments (NRC, 2006; Pruden et coll., 2013). Les bâtiments comprennent des écoles, des hôpitaux, des résidences (c'est-à-dire des logements), des bureaux et d'autres locaux.

Figure 1 : Eau potable de la source au robinet, mettant en lumière les principales différences entre le réseau municipal de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment (Neu et Hammes, 2020)
Figure 1
Figure 1 : Description textuelle

Le parcours de l’eau depuis sa source, à travers les différentes étapes, jusqu’à son arrivée dans les bâtiments :

  • la « source » est une masse d’eau. C’est à cet endroit que commence l’approvisionnement en eau
  • le « traitement »
  • le « réseau de distribution » qui achemine l’eau traitée vers différents bâtiments. Les caractéristiques associées au réseau de distribution comprennent :
    • un seul réseau
    • un seul propriétaire ou exploitant
    • une stabilité du fonctionnement
    • des changements environnementaux limités
    • une surveillance régulière
    • des lignes directrices et des règlements
  • le « réseau de plomberie du bâtiment ». Ces structures sont raccordées aux conduites de distribution, l’eau entrant dans chaque propriété par le réseau de plomberie du bâtiment. Les caractéristiques associées aux réseaux de plomberie des bâtiments comprennent :
    • de multiples réseaux distincts
    • de multiples propriétaires ou exploitants
    • des conditions de fonctionnement variables
    • des conditions environnementales fluctuantes
    • une surveillance inexistante ou rare
    • des zones grises sur le plan juridique
Figure 2 : Plomberie du bâtiment : qui en est responsable? (Purdue University Center for Plumbing Safety, 2020b)
Figure 2
Figure 2 : Description textuelle

Le schéma illustre le transfert de responsabilité entre le fournisseur d’eau potable et le propriétaire d’un bâtiment à mesure que l’eau passe du réseau de distribution d’eau potable vers le bâtiment.

La conduite d’eau principale fait partie du réseau de distribution d’eau potable. Une entrée de service relie la conduite d’eau principale au bâtiment et achemine l’eau vers la plomberie du bâtiment. La limite de propriété sépare les parties du réseau d’eau qui relèvent de la responsabilité du fournisseur d’eau potable et du propriétaire. La responsabilité du fournisseur d’eau potable s’étend de la conduite d’eau principale jusqu’à la limite de propriété, tandis que la responsabilité du propriétaire s’étend de la limite de propriété jusqu’à l’intérieur du bâtiment.

À l’intérieur du bâtiment, l’entrée de service est raccordée à la plomberie du bâtiment, qui distribue l’eau à divers appareils sanitaires et systèmes. La plomberie du bâtiment comprend un chauffe-eau, une douche, deux éviers de cuisine et un système d’irrigation. Le chauffe-eau fournit de l’eau chaude à la douche et aux éviers de cuisine, tandis que le système d’irrigation est alimenté par la plomberie du bâtiment.

Pour ceux qui dépendent d'un puits privé pour leur eau potable, la source d'eau est généralement l'eau souterraine, qui peut être traitée. L'eau du puits entre dans le bâtiment par une conduite d'alimentation et alimente dans la plomberie du bâtiment.

Habituellement, la plomberie du bâtiment comprend les tuyaux, réservoirs, raccords, appareils sanitaires et autres dispositifs qui acheminent l'eau à l'intérieur d'un bâtiment. Les raccords sont des dispositifs conçus pour contrôler et guider l'écoulement de l'eau, tels que les robinets, pommes de douche, chauffe-eau, vannes d'arrêt, vannes de douche et robinets de baignoire. Les appareils sanitaires sont des dispositifs qui reçoivent l'eau, des matières de vidange, ou les deux, comme les toilettes, lavabos, baignoires et bases de douche.

La plomberie du bâtiment comprend à la fois le côté de l'alimentation (eau potable) et le côté des matières de vidange (eaux usées). Le côté de l'approvisionnement fait référence aux systèmes de tuyaux qui transportent l'eau potable vers des endroits où les consommateurs peuvent l'utiliser, ainsi que vers des endroits qui conduisent l'eau à d'autres fins (comme les systèmes de chauffage et de climatisation, les systèmes de protection incendie) (Proctor et coll., 2022). L'autre côté est constitué de systèmes de tuyaux qui dirigent l'eau ou des matières de vidange vers un réseau sanitaire d'évacuation.

B.1.2 Rôles et responsabilités

Dans la plupart des cas, le fournisseur d'eau potable (généralement la municipalité) est responsable du réseau de distribution d'eau potable jusqu'à la limite de la propriété (Figure 2). Celle-ci est généralement délimitée par le robinet d'arrêt, c'est-à-dire la vanne d'arrêt du service d'eau municipale. Le propriétaire de l'immeuble ou de la maison est responsable des matériaux et de la qualité de l'eau à l'intérieur de la limite de sa propriété, y compris sa part de l'entrée de service et toute la plomberie du bâtiment.

En ce qui concerne les puits privés, le propriétaire du puits est responsable de la plomberie de son bâtiment, y compris la conduite d'alimentation du puits vers le bâtiment, ainsi que de l'entretien et de la surveillance de la qualité de l'eau de leur puits.

B.1.3 Portée

Ce document porte sur la qualité de l'eau et sur sa gestion du côté de l'alimentation dans la plomberie du bâtiment. Aux fins de ces conseils, le terme « logement » désigne des bâtiments résidentiels, tels que les maisons seules et jumelées, les maisons en rangée, les duplex, les triplex, les quadruplex, ainsi que les complexes d'appartements et de condominiums. Les termes « maison unifamiliale » et « immeubles résidentiels à logements multiples » sont utilisés dans ce document, pour représenter les nombreux types de logements que l'on trouve au Canada. De plus, les immeubles résidentiels à logements multiples sont décrits comme des immeubles pouvant compter six logements ou plus. La raison de cette distinction est expliquée ci-dessous (voir B.1.4 Type de logement).

Ce document ne traite pas des conseils concernant la plomberie dans les hôpitaux, les établissements de soins de longue durée, les résidences pour personnes âgées ou les immeubles de bureaux. Pour des conseils concernant les bâtiments commerciaux, institutionnels et industriels, veuillez consulter les ressources suivantes : American Society of Heating, Refrigerating and Air­Conditioning Engineers, Inc (ASHRAE, 2023a; 2023b; CCIAQ, 2023; CDC, 2021a; TPSGC, 2016). De même, ce document ne traite pas des systèmes qui collectent l'eau de pluie ou l'eau recyclée pour l'utiliser comme eau potable ou non potable ni des exigences de mise en service des bâtiments et des maisons.

Les aspects de la qualité de l'eau abordés ici incluent la présence d'agents pathogènes opportunistes et de contaminants inorganiques. Les agents pathogènes opportunistes abordés dans le présent document comprennent les Legionella spp. (plus précisément Legionella pneumophila), le groupe des mycobactéries non tuberculeuses (MNT) du genre Mycobacterium spp. (plus précisément le Mycobacterium avium), Pseudomonas aeruginosa, les Acanthamoeba spp. et Naegleria fowleri (voir B.3 Agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie).

Ce document porte sur les raccords de plomberie du bâtiment, car ils représentent une source potentiellement importante d'agents pathogènes opportunistes (voir B.2.10.1 Conception). Il ne concerne pas les tours de refroidissement, les pièces d'eau décoratives (par exemple, piscines, spas, fontaines décoratives) ni d'autres dispositifs utilisant de l'eau (par exemple, humidificateurs). D'autres ressources fournissent des conseils à ce sujet (AIHA, 2022; NSF International, 2017; TPSGC, 2016; Régie du bâtiment du Québec, 2014).

B.1.4 Type de logement

Étant donné la grande variété de logements que l'on trouve au Canada, il n'est pas possible de discuter des considérations liées à chacun. Les conseils en matière de surveillance et de gestion se concentrent plutôt sur deux catégories de logements : 1) maisons unifamiliales et immeubles résidentiels à logements multiples pouvant compter jusqu'à six logements; et 2) de grands immeubles résidentiels à logements multiples, c'est-à-dire ceux de plus de six logements. Bien qu'il n'existe pas de catégories standardisées de petits et grands immeubles résidentiels à logements multiples selon la taille et l'ampleur de la complexité de leur plomberie, les méthodologies provinciales et municipales pour les évaluations foncières classent les grands bâtiments résidentiels comme les logements qui ont de cinq à sept unités résidentielles ou plus (City of Edmonton, 2024; Ville de Montréal, 2025; MPAC, 2016; SAMA, 2025). Les bâtiments comptant plus de cinq à sept unités résidentielles sont considérés comme faisant partie d'une catégorie distincte puisque, entre autres critères, ils nécessitent des approches de gestion différentes. Dans le Document technique sur le plomb et le Document de conseils sur l'échantillonnage et les mesures d'intervention pour le contrôle de la corrosion (Santé Canada, 2019e; 2025b), les types de bâtiments sont classés en habitations résidentielles (pouvant compter six logements) et bâtiments à logements multiples comptant plus de six logements.

Dans le but d'assurer l'harmonisation avec ces ressources, la distinction des six logements est utilisée dans ce document.

B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau

Les fournisseurs d'eau potable ont pour objectif de fournir aux consommateurs une eau salubre et de haute qualité en protégeant les sources d'eau, en utilisant les procédés de traitement de l'eau les plus appropriés et en effectuant la surveillance régulière pour vérifier la qualité de l'eau. Cependant, une fois que l'eau quitte une installation de traitement, elle entre dans le réseau municipal de distribution d'eau potable, où elle est exposée à des conditions qui peuvent entraîner une détérioration de sa qualité (Santé Canada, 2022a). De même, lorsque l'eau distribuée ou l'eau qui sort d'un puits privé pénètre dans la plomberie d'un bâtiment, elle est exposée à un environnement qui peut dégrader encore plus la qualité de l'eau.

Bon nombre des causes de la détérioration de la qualité de l'eau dans le réseau de distribution d'eau potable (Santé Canada, 2022a) sont aussi liées à la plomberie du bâtiment. Certaines caractéristiques de la plomberie du bâtiment (voir Figure 3 et Liste 3) peuvent davantage détériorer la qualité de l'eau. Les caractéristiques suivantes sont abordées :

Figure 3 : Conditions dans la plomberie du bâtiment qui modifient davantage la qualité de l'eau (adaptation de la Fig.2.2 de Neu et Hammes, 2020)
Figure 3
Figure 3 : Description textuelle

Le schéma illustre la circulation de l’eau provenant du réseau de distribution d’eau potable vers la plomberie du bâtiment et présente les différentes conditions qui peuvent y être présentes, notamment les températures de l’eau.

L’eau circule de la conduite principale vers la plomberie du bâtiment. La plomberie du bâtiment comprend un chauffe-eau, une pomme de douche, un robinet de cuisine et une toilette. Le chauffe-eau fournit de l’eau chaude à la pomme de douche et au robinet de cuisine, tandis que la toilette reçoit directement de l’eau froide du réseau d’alimentation. La plomberie comprend également des zones de mélange, où les températures de l’eau peuvent varier entre l’eau chaude et l’eau froide.

Les conditions de l’eau dans la plomberie du bâtiment peuvent différer de celles du réseau de distribution d’eau potable. Ces conditions comprennent :

  • des fluctuations de température
  • des débits variables
  • une stagnation variable et prolongée
  • la présence de divers matériaux et raccords
  • une faible concentration de désinfectant résiduel

Le schéma présente trois catégories de température de l’eau : eau froide, eau chaude et zones de mélange. Les zones de mélange correspondent aux endroits où la température de l’eau peut varier entre l’eau chaude et l’eau froide.

Liste 3. Caractéristiques de la plomberie du bâtiment et impacts sur les microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes (adaptation de Falkinham, 2023a)

Rapport surface/volume élevé de la tuyauterie

  • Grande surface pour les biofilms
  • Réduction de la concentration de désinfectant

Différents matériaux de tuyaux

  • Favorable à l’adhérence/biofilm
  • Inhibition de certains agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie
  • Stimulation de la prolifération de certains agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Âge de la plomberie

  • La corrosion consomme le désinfectant
  • Les sous-produits de corrosion (nutriments) stimulent la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Nutriments de l’eau

  • Les nutriments stimulent la prolifération des agents pathogènes opportunistes et génèrent leur diversité

Temps de séjour de l’eau accru

  • Augmentation du nombre d’agents pathogènes opportunistes et de leurs métabolites

Faible désinfectant résiduel

  • Croissance du biofilm pouvant inclure la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Utilisation de tuyaux en plastique

  • Relargage des matières organiques tels que le carbone organique assimilable (COA)
  • Prolifération accrue des agents pathogènes opportunistes et croissance de leurs biofilms

Cul-de-sac

  • Refuges pour les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie
  • Inoculation de la plomberie

Microbiome résident

  • Stimulation ou inhibition de la prolifération microbienne

B.2.1 Présence de microorganismes et de biofilms

Les microorganismes sont présents dans tous les réseaux municipaux de distribution d'eau potable (Santé Canada, 2022a) et les puits, et peuvent donc être introduits dans la plomberie du bâtiment. Une fois introduits, ils sont susceptibles de rejoindre des populations préexistantes de microorganismes faisant partie des biofilms. Les microorganismes peuvent aussi pénétrer dans la plomberie du bâtiment par intrusion. L'intrusion survient lorsque l'intégrité de la plomberie du bâtiment est compromise, notamment en raison de bris de tuyaux, de fuites ou de raccordements croisés. Les microorganismes dans la plomberie du bâtiment, comme ceux dans les réseaux municipaux de distribution d'eau potable (Santé Canada, 2022a), se trouvent principalement attachés aux surfaces internes des tuyaux, sous forme de biofilms et/ou de dépôts mobiles, plutôt que de flotter librement (voir Figure 4). Les microorganismes associés au biofilm représentent environ 95 % de la population microbienne (Flemming et coll., 2002). Ces microorganismes, ainsi que ceux présents dans l'eau, sont collectivement appelés microbiome de la plomberie du bâtiment ou microbiome résident. Le microbiome de plomberie de base peut varier selon les parties d'un bâtiment et d'un bâtiment à l'autre, ainsi qu'avec le temps et les conditions changeantes de la qualité de l'eau (Huang et coll., 2021).

Les biofilms sont essentiels à la survie et à la prolifération des microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment, car ils confèrent une résistance accrue à divers facteurs de stress (voir B.3.1.1 Adhérence aux surfaces et formation de biofilms). La plomberie du bâtiment présente plusieurs caractéristiques pouvant favoriser la formation de biofilms. Les tuyaux de petit diamètre présents dans la plomberie du bâtiment entraînent des rapports surface/volume élevés. Cela permet un contact accru entre les microorganismes et les surfaces des tuyaux, et peut entraîner la formation de biofilms (voir B.2.5 Rapport surface/volume élevé des canalisations).

En raison de leurs caractéristiques uniques (voir B.3.1 Caractéristiques des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie), les agents pathogènes opportunistes se sont adaptés pour croître et persister dans les biofilms, et sont considérés comme des habitants « normaux », généralement inoffensifs, de la plomberie du bâtiment (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015b). Cependant, dans certaines conditions (voir B.3.3 Transmission), ils peuvent infecter des consommateurs sensibles (voir B.3.4 Considérations en matière de santé).

En plus d'abriter divers microorganismes, les biofilms contiennent de la matière organique et inorganique. Les contaminants inorganiques, tels que les sous-produits de corrosion, peuvent facilement s'attacher aux biofilms, ce qui peut compromettre la qualité de l'eau (voir B.2.3 Présence de contaminants inorganiques).

Les biofilms peuvent contribuer à de nombreux problèmes de qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment, comme la perte de désinfectant résiduel (voir B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectant résiduel), et ils sont difficiles à éliminer. Le détachement du biofilm peut également entraîner une détérioration de la qualité de l'eau.

Figure 4 : Microorganismes associés au biofilm fixés aux tuyaux de plomberie du bâtiment
Figure 4
Figure 4 : Description textuelle

L’image montre l’intérieur d’une conduite d’eau et met en évidence la présence d’un biofilm.

À l’intérieur de la conduite, on trouve :

  • de l’eau
  • la paroi du tuyau
  • des microorganismes en suspension libre (dans l’eau)
  • un biofilm (le long du fond et des côtés de la paroi de la conduite)
  • des microorganismes associés au biofilm (intégrés au biofilm)

B.2.2 Présence de nutriments

Un certain nombre de nutriments, par exemple le carbone, le cuivre, le fer, le zinc et l'ammoniac, peuvent être présents dans la plomberie du bâtiment et favoriser la prolifération microbienne, soit en alimentant les microorganismes ou en consommant le désinfectant résiduel (NRC, 2006). Il peut ainsi s'avérer difficile de maintenir la stabilité biologique (Santé Canada, 2022a). Les nutriments peuvent être introduits dans la plomberie du bâtiment par la voie de l'eau du réseau de distribution (Santé Canada, 2022a) ou celle du puits. Ils peuvent aussi provenir de la plomberie du bâtiment par le relargage de composés provenant de tuyaux et d'autres matériaux. Les matériaux de plomberie du bâtiment peuvent libérer une quantité importante de nutriments (Cullom et coll., 2020; Neu et Hammes, 2020). Les boyaux de douche, par exemple, sont composés de plastiques et de plastifiants (substances ajoutées à un matériau pour favoriser la flexibilité) et sont particulièrement sujets au relargage (Neu et Hammes, 2020). Les composés relargués peuvent agir comme nutriments favorisant la prolifération des microorganismes. Une analyse détaillée des matériaux de plomberie du bâtiment est fournie au point B.2.4 Variété de matériaux de plomberie. Les biofilms dans la plomberie du bâtiment constituent une importante source de nutriments organiques, qui peuvent alimenter la prolifération ou la revivification microbienne et consommer les désinfectants résiduels. De même, les sédiments qui s'accumulent au fond des chauffe-eau peuvent aussi former une source de nutriments (Cullom et coll., 2020). Les filtres, comme ceux utilisés dans les dispositifs au point d'utilisation dans la plomberie du bâtiment, peuvent accumuler des nutriments, favorisant ainsi la prolifération microbienne.

Il a été démontré que les agents pathogènes opportunistes réagissent différemment à différentes concentrations de nutriments. Les mycobactéries, Pseudomonas spp. et Acanthamoeba spp. peuvent croître dans des conditions qui présentent peu de nutriments, tandis que le microorganisme Legionella spp. semble s'adapter aux fluctuations des nutriments en se différenciant en types cellulaires dont l'infectiosité et la résistance à la désinfection varient (NASEM, 2020; Robertson et coll., 2014).

B.2.3 Présence de contaminants inorganiques

Des contaminants inorganiques peuvent être introduits dans l'eau potable à partir de la source d'eau (par exemple, arsenic, fer et manganèse), des produits chimiques utilisés lors du traitement de l'eau potable (par exemple, l'aluminium ou le fer provenant de coagulants) ou du réseau municipal de distribution d'eau potable et de la plomberie du bâtiments (par exemple, plomb ou cuivre) (Friedman et coll., 2010). Ils peuvent être libérés par des changements hydrauliques, chimiques (dans la qualité de l'eau) ou par des processus induits par des microorganismes, et ainsi introduits dans le réseau de distribution et la plomberie du bâtiment. Les ions métalliques peuvent former des dépôts que l'on peut qualifier de précipités (Friedman et coll. 2010; Santé Canada, 2025b). Les dépôts peuvent varier et être très solubles et friables ou bien adhérents et protecteurs de la paroi de la conduite. Les dépôts d'incrustation (et les produits de corrosion) présent dans les réseaux de distribution et la plomberie du bâtiment, en particulier ceux contenant de l'aluminium, du fer et du manganèse, peuvent aussi servir de puits d'accumulation pour d'autres contaminants comme l'arsenic, le chrome, le cuivre ou le plomb (Cantor, 2017; Schock et coll., 2008; Tully et coll., 2019). Il peut être libéré dans l'eau distribuée et circuler dans la plomberie du bâtiment.

Les ions métalliques peuvent aussi alimenter une prolifération ou une revivification microbienne. Le fer, par exemple, est un nutriment essentiel pour Legionella (Percival et Williams 2014; Portier et coll., 2016), et sa présence pourrait contribuer à la prolifération et à la persistance de Legionella dans la plomberie du bâtiment. Le fer accélère aussi la dégradation du désinfectant résiduel qui peut entraîner une prolifération ou une revivification microbienne (Zhang et Edwards, 2009).

Étant donné la variété de matériaux qui peuvent être présents dans le réseau municipal de distribution d'eau potable et les différentes conditions du système (Santé Canada, 2025b), il est difficile de prédire le type et les concentrations de contaminants inorganiques qui pourraient pénétrer dans la plomberie du bâtiment. Le plomb, le cuivre, le fer (y compris le fer galvanisé) et le ciment sont les matériaux les plus susceptibles de produire des contaminants dépassant les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada, de présenter des risques pour la santé du public ou de provoquer des plaintes des consommateurs (Santé Canada, 2025b). Les principaux contaminants pouvant être relargués de la corrosion des matériaux dans les réseaux de distribution d'eau potable incluent le plomb, le manganèse, le cuivre, l'antimoine, le cadmium, le fer et l'arsenic (Cantor, 2017; Santé Canada, 2025b; Schock et coll., 2008; Tully et coll., 2019). Les contaminants inorganiques peuvent aussi être relargués à partir des matériaux présents dans la plomberie et les entrées de service des bâtiments (voir B.2.4 Variété de matériaux de plomberie).

B.2.4 Variété de matériaux de plomberie

Comme mentionné précédemment, la plomberie du bâtiment est composée d'une variété de composants (voir B.1.1 Définitions) fabriqués à partir d'une grande variété de matériaux (voir Tableau 1). Les matériaux influencent la chimie de l'eau ainsi que la prolifération ou la revivification microbienne, la formation de biofilms et la diversité du microbiome résident (Buse et coll., 2014a; 2014b; Cullom et coll., 2020; Neu et Hammes, 2020; Proctor et coll., 2017). Inversement, la qualité de l'eau affecte ces matériaux et, par conséquent, leur performance (NRC, 2006).

Certains matériaux et composants utilisés dans les réseaux municipaux de distribution d'eau potable ont été discontinués ou ne sont plus permis (Santé Canada, 2025b). Connaître l'âge d'une résidence et savoir quand les composants de plomberie ont été remplacés peut aider à identifier les contaminants inorganiques qui peuvent être présents. Il est important d'adopter les bonnes pratiques et de respecter les normes actuelles pour la construction, la rénovation et l'entretien des bâtiments afin d'assurer l'utilisation de matériaux acceptables.

Tableau 1 : Contaminants inorganiques potentiellement libérés dans la plomberie du bâtiment
Matériaux/composants de plomberie Lieu possible d'utilisation Date d'installation ou après laquelle n'est plus permis Contaminants potentiellement libérés Références
Entrées de service avant 1975 Raccorde le réseau public d'alimentation en eau à la plomberie du bâtiment Le plomb était un matériel acceptable dans le CNP jusqu'en 1975. Installé jusqu'en 1980 dans certaines provinces et certains territoires. Plomb Santé Canada (2019e; 2025b)
Cuivre Dans les entrées de service/les conduites de branchement et la plomberie du bâtiment Matériau acceptable pour les entrées de service et les systèmes de plomberie selon le CNP. Cuivre Santé Canada (2019b).
Acier galvanisé Tuyaux et composants de puits Autorisé comme matériau acceptable aux termes du CNP jusqu'en 1980. Le plomb peut être présent comme impureté dans le revêtement. Cadmium, plomb, zinc Santé Canada (2019e; 2025b)
PVC Plomberie du bâtiment et entrées de service Une nouvelle installation devrait être certifiée selon la norme NSF/ANSI/CAN 61 afin de réduire au minimum les niveaux de chlorure de vinyle. Chlorure de vinyle Santé Canada (2013)
Soudure Plomberie du bâtiment et raccordement des entrées de service en plomb La teneur en plomb est limitée à 0,2 % dans le CNP; depuis 1990, la soudure au plomb et à l'étain-plomb est interdite dans la nouvelle plomberie et les réparations depuis 1990. Plomb Santé Canada (2019e; 2025b)
Appareils sanitaires et raccords en laiton Plomberie du bâtiment (cuivre et plastique) Contenait auparavant entre 2 et 8 % de plomb. L'exigence en matière de certification pour la teneur en plomb de ≤ 0,25 % de plomb en moyenne pondérée a été établie en 2014. Plomb, cuivre, zinc Santé Canada (2019e); NSF International (2023)
Bronzes et laitons rouges Plomberie du bâtiment, vannes Alliages de cuivre, d'étain et de zinc, avec et sans plomb. Peut contenir entre 2 et 8 % de plomb. Plomb, cuivre, étain, zinc Santé Canada (2019b; 2019e; 2025b)
ANSI – American National Standards Institute; CAN – Canada; CNP – Code national de la plomberie; NSF – NSF International; PVC – polychlorure de vinyle.
B.2.4.1 Effets directs sur la qualité de l'eau

Entrées de service et tuyaux

Comme mentionné au point B.1.1 Définitions, un logement est relié au réseau municipal de distribution d'eau potable par une entrée de service. Les entrées de service peuvent être composées de divers matériaux et avoir des effets directs sur la qualité de l'eau.

Entrées de service en plomb

Le plomb libéré par les entrées de service en plomb et leurs composants de connexion (comme les queues-de-cochon et les cols-de-cygne) peut être déposé et s'accumuler sur les matériaux à l'intérieur de la plomberie du bâtiment (Santé Canada, 2019e). Après de longues périodes de stagnation, les entrées de service en plomb peuvent contribuer de 50 % à 86 % des concentrations totales de plomb mesurées au robinet, ce qui représente la source de plomb la plus importante dans la plomberie du bâtiment (Santé Canada, 2025b). Après le remplacement complet de l'entrée de service en plomb, les niveaux de plomb étaient significativement plus bas (Deshommes et coll., 2018; Lytle et coll., 2019; Trueman et coll., 2016). Cependant, le remplacement partiel de l'entrée de service en plomb (en ne remplaçant que la portion du fournisseur ou du consommateur) ne permet pas de diminuer de manière proportionnelle les niveaux de plomb comparativement au remplacement complet des entrées de service en plomb. Des études ont également montré que le fer peut être libéré après le remplacement complet ou partiel des entrées de service en plomb, et une corrélation a été observée entre les particules de plomb au robinet et d'autres métaux comme le fer, le zinc, l'étain et le cuivre (Camara et coll., 2013; Deshommes et coll., 2010; McFadden et coll., 2011). Dans ces cas, des dépôts de fer, qui contiennent du plomb, formés dans l'entrée de service en plomb et la plomberie du bâtiment, ont été perturbés et libérés dans l'eau. D'autres ressources fournissent des renseignements sur les entrées de service en plomb (Santé Canada, 2019e; 2025b).

Tuyaux galvanisés

Les tuyaux galvanisés et les tuyaux en fer galvanisé à revêtement de plomb peuvent contribuer considérablement à la présence de plomb dans l'eau potable (Santé Canada, 2025b). Le cadmium peut aussi être présent sous forme d'impuretés dans le revêtement des tuyaux et constituer une source de cadmium dans l'eau potable (Santé Canada, 2025b). La présence de cadmium peut indiquer qu'un tuyau galvanisé est la source du plomb (Clark et coll., 2015). Le plomb provenant de sources en amont, comme les entrées de service ou les soudures, peut s'absorber sur les matériaux accumulés sur l'acier galvanisé et devenir une source de plomb dans la plomberie du bâtiment (McFadden et coll., 2011; Pieper et coll., 2017; Wasserstrom et coll., 2017). D'autres ressources fournissent des renseignements sur la libération de plomb et de cadmium provenant des tuyaux galvanisés (Santé Canada, 2019e; 2020b).

Tuyaux en cuivre

Le cuivre et ses alliages sont courants dans la plomberie du bâtiment (Cullom et coll., 2020). Cependant, l'utilisation des tuyaux en cuivre est soumise à des restrictions pour certaines qualités d'eau selon les exigences de certification de la norme NSF/ANSI/CAN 61 (NSF International, 2023). En général, les tuyaux en cuivre peuvent libérer du cuivre, les concentrations étant les plus élevées pour les tuyaux nouvellement installés ou dans les maisons alimentées avec de l'eau dont le pH est faible ou instable et qui diminue avec le temps (Santé Canada, 2019b; Singh et Mavinic, 1991).

La corrosion du cuivre est influencée par plusieurs facteurs, notamment l'âge des tuyaux et la qualité ou situations potentiellement corrosives de l'eau (par exemple, pH bas, alcalinité faible ou élevée, cul-de-sac) (Santé Canada, 2019b). Sous certaines qualités d'eau, la corrosion par piqûres de cuivre ou des fuites microscopiques peuvent aussi survenir dans la plomberie du bâtiment et entraîner une défaillance de la plomberie et l'intrusion de contaminants (AWWA, 2017b; Santé Canada, 2019b; Lytle et Nadagouda, 2010).

Le cuivre relargué des tuyaux peut atteindre des concentrations capables de limiter la prolifération ou la revivification microbienne, bien qu'il ait aussi été démontré que le cuivre avait des effets favorisant la prolifération des microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes (Cullom et coll., 2020). La contradiction apparente dans les effets du cuivre pourrait être liée à l'âge des tuyaux et à la chimie de l'eau (comme le pH, la présence d'inhibiteurs de corrosion, les oxydants); aux différences spécifiques de la souche à la résistance au cuivre (Bédard et coll., 2019; 2021) et au rôle du cuivre comme microélément essentiel utilisé dans divers processus bactériens (Cullom et coll., 2020; Galai et coll., 2012; Samanovic et coll., 2012). Bédard et coll. (2021) ont rapporté que l'expression du gène de résistance au cuivre était significativement plus élevée pour les isolats de L. pneumophila de la plomberie du bâtiment que pour les isolats cliniques, ce qui suggère une adaptation in situ attribuable au contact avec des tuyaux en cuivre. Des données probantes montrant un état viable mais non cultivable induit par le cuivre ont également été rapportées, notamment pour les P. aeruginosa et M. avium (Bédard et coll., 2014; Rowland et Niederweis, 2012).

Tuyaux en plastique

Les tuyaux en plastique, tels que le polychlorure de vinyle (PVC) et le polyéthylène réticulé (XLPE), deviennent de plus en plus courants, car ils sont souvent utilisés dans les constructions neuves et les rénovations (Ahmed et coll., 2010; Santé Canada, 2025b; Kelley et coll., 2014; Lee et coll. 2013; Salehi et coll., 2017). Les tuyaux et composants en XLPE, PVC et polychlorure de vinyle surchloré (PVC­C) (par exemple, tuyaux et raccords), utilisés pour l'eau potable, doivent respecter les exigences en matière de relargage de la norme NSF/ANSI/CAN 61.

Les connecteurs d'alimentation en eau en plastique utilisés pour les appareils sanitaires et les raccords, comme les robinets et les distributeurs d'eau de réfrigérateur, sont fabriqués à partir de divers plastiques, avec le nouveau PVC libérant le plus de carbone organique. Il a été démontré que les plastiques de connecteur absorbent plus de 90 % des contaminants d'hydrocarbure lors de l'exposition, qui restent dans les plastiques après la décontamination, et libèrent des contaminants dans l'eau lors de la décontamination (Isaacson et coll., 2024). Cela souligne la nécessité de remplacer les connecteurs après des incendies de forêt ou des événements de contamination aux hydrocarbures. Les tuyaux en plastique peuvent libérer des composés organiques de carbone qui agissent comme nutriments pour les microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Plusieurs études ont rapporté une association entre certains tuyaux en XLPE et une augmentation de la croissance du biofilm et des agents pathogènes opportunistes comparativement au cuivre et au fer (Dai et coll., 2018; Proctor et coll., 2017; Van Der Kooij, et coll., 2005). Comme pour le XLPE, il a été démontré que le PVC favorise la croissance du biofilm et la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Cullom et coll., 2020). En général, le matériau plastique des tuyaux est associé à une prolifération des agents pathogènes opportunistes plus élevée que le cuivre et d'autres matériaux métalliques pour tuyaux (Cullom et coll., 2020; Logan-Jackson et coll., 2023).

B.2.4.2 Raccords et autres composants

Les raccords, ainsi que d'autres composants de plomberie du bâtiment, peuvent être composés d'une multitude de matériaux dont la composition dépend du moment de fabrication et des exigences du code de plomberie à l'époque (Lytle et Schock, 1996; NSF International, 2023).

Laiton

La teneur en plomb autorisée des raccords en laiton a diminué avec le temps; ainsi, les matériaux antérieurs sont plus préoccupants que les matériaux plus récents. La corrosion des raccords en laiton utilisés pour connecter les tuyaux en plastique peut aussi être une source majeure de métaux libérés dans les systèmes de plomberie en plastique (Lytle et Schock 1996; Pieper et coll. 2016; Salehi et coll., 2018).

Le retrait du zinc du laiton, par un procédé appelé dézincification, peut entraîner des dommages physiques à la plomberie, provoquant ainsi des fuites potentielles (Santé Canada, 2019b; Lytle et Schock, 1996). Certaines qualités d'eau rendent le laiton plus vulnérable à la dézincification. Les raccords à forte teneur en zinc (laiton jaune) utilisés dans les systèmes de plomberie en XLPE ont été associés à de nombreuses défaillances de plomberie causées par la dézincification (Santé Canada, 2019b, 2025b). Comme le cuivre, le zinc est un nutriment essentiel à la prolifération microbienne (Cuajungco et coll., 2021; Hood et Skaar, 2012), et sa présence a été associée à une augmentation de la présence et de la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Kirschner Jr et coll., 1992; Reeves et coll., 1981; States et coll., 1985). Le zinc peut aussi être toxique pour les microorganismes (Choudhury et Srivastava, 2001; Cuajungco et coll., 2021).

Soudure

Les soudures peuvent aussi être une source de contaminants, car les particules de soudure peuvent se détacher de la plomberie et entrer dans l'eau distribuée (Bosscher et coll., 2019; Cartier et coll., 2011; Deshommes et Prévost, 2012; Santé Canada, 2019e; Triantafyllidou et coll., 2007). Les soudures en plomb étaient couramment utilisées dans la plomberie du bâtiment au Canada jusqu'à ce qu'elles soient interdites par le Code national de la plomberie (CNP) en 1990 (CNRC, 2015). Afin de réduire au minimum le relargage du plomb, elles ont été remplacées par des soudures étain-antimoine, étain-cuivre et étain-argent (CSA, 2018; NSF International, 2023).

Accumulation de matériaux derrière les grilles des aérateurs

Les matériaux contenant du plomb, y compris les particules de soudure au plomb, les solides de dépôt de tuyaux (par exemple, les particules de corrosion du fer) ou d'autres métaux auxquels le plomb peut être attaché, peuvent agir comme vecteurs et s'accumuler derrière des grilles ou des aérateurs dans les sorties d'eau (Bosscher et coll., 2019; Cartier et coll., 2011; Deshommes et Prévost, 2012; Santé Canada, 2019e; Triantafyllidou et coll., 2007). Les métaux identifiés dans les particules se retrouvent généralement dans la plomberie du bâtiment, notamment le plomb, le cuivre, l'étain et le zinc.

Autres matériaux de plomberie du bâtiment

L'aluminium et le magnésium sont libérés des anodes des chauffe-eau. Bien que le magnésium soit un nutriment essentiel pour Legionella (Reeves et coll., 1981), le rôle de l'aluminium dans la prolifération ou la revivification des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment demeure incertain. On en sait peu sur les effets potentiels d'autres matériaux de plomberie du bâtiment (par exemple, caoutchouc, acier inoxydable, silicone, polyamide) sur la qualité microbienne de l'eau, y compris les agents pathogènes opportunistes (Cullom et coll., 2020).

B.2.4.3 Effets indirects sur la qualité de l'eau

Les matériaux de plomberie du bâtiment peuvent aussi avoir une incidence sur la qualité de l'eau en réagissant avec le désinfectant résiduel. Les tuyaux en plastique, par exemple, sont généralement considérés comme non réactifs aux désinfectants, tandis que les tuyaux en cuivre sont plus réactifs, et les tuyaux en fer sont très réactifs (Cullom et coll., 2020; Santé Canada, 2024a; McCuin et coll., 2022). Plus un matériau est réactif, plus le désinfectant se dégrade, et moins il y en a pour contrôler la prolifération ou la revivification microbienne. La nitrification peut diminuer le pH et augmenter indirectement les concentrations de plomb. Lorsque la chloramine est utilisée comme désinfectant secondaire, la nitrification peut se produire dans le réseau de distribution et diminuer le pH, en particulier dans l'eau dont l'alcalinité est faible. Cela a clairement été démontré lorsque la nitrification a fait diminuer le pH dans une conduite principale, entraînant une libération de plomb des entrées de service en plomb (Douglas et coll., 2007). Il a également été démontré que des températures plus élevées ont un impact sur la nitrification.

Les matériaux de plomberie métalliques peuvent favoriser la prolifération de bactéries autotrophes qui utilisent l'énergie chimique pour fixer le carbone, ce qui aide les agents pathogènes opportunistes à surmonter les contraintes liées au carbone (Brazeau et Edwards, 2013; Morton et coll., 2005). L'incrustation sur les tuyaux métalliques, par exemple, causée par la corrosion ou un pH plus élevé, peut entraîner une rugosité accrue des tuyaux, ce qui facilite l'adhérence des microorganismes et la formation de biofilms (LeChevallier et coll., 1993; Niquette et coll., 2000), ce qui crée un environnement favorable aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie.

B.2.4.4 Autres facteurs à prendre en considération

Étant donné la variété de matériaux présents dans la plomberie du bâtiment, il est possible qu'il y ait des interactions synergiques ou antagonistes entre eux, et que ces interactions puissent influencer la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Il a été démontré que le cuivre, par exemple, catalyse la dégradation des tuyaux en plastique, ce qui augmente la libération de carbone organique (Huang et coll., 2019; Tanemura et coll., 2014). Une connexion galvanique entre des matériaux métalliques de plomberie (par exemple, des tuyaux en cuivre et en plomb reliés à un raccord en laiton) peut augmenter la corrosion, entraînant des changements dans la qualité de l'eau (Nguyen et coll., 2010; Tada et coll., 2004). D'autres interactions entre matériaux peuvent créer des microenvironnements favorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Cullom et coll., 2020).

B.2.5 Rapport surface/volume élevé de la tuyauterie

Comparativement au réseau municipal de distribution d'eau, la plomberie du bâtiment utilise des tuyaux de petit diamètre (comme 1 à 2 cm contre 10 à 200 cm) (Logan-Jackson et coll., 2023). Cela entraîne un rapport surface/volume nettement plus élevé (environ 10 à 16 fois), ce qui augmente les contacts entre les microorganismes et les surfaces des tuyaux, favorisant ainsi l'adhérence et la formation de biofilms. Parallèlement, des diamètres plus petits des tuyaux augmentent directement la vitesse d'écoulement et, par conséquent, le cisaillement, ce qui peut affecter la structure des biofilms et entraîner leur détachement (Douterelo et coll., 2013; Fish et coll., 2017; Kim et coll., 2013; Ling et coll., 2018). Des diamètres de tuyau plus petits peuvent aussi mener à des concentrations de désinfectant résiduel plus faibles, car une plus grande surface du tuyau est disponible pour l'interaction avec les désinfectants, ce qui cause leur dégradation (Ling et coll., 2018; NRC, 2006; Prévost et coll., 1998; Rossman et coll., 1994; Tsvetanova et Hoekstra, 2010). Le rapport surface/volume plus élevé dans la plomberie du bâtiment occasionne également des impacts plus marqués sur les matériaux de tuyaux en raison du relargage accru et de la perméation des contaminants (Connell et coll., 2016; Deshommes et coll., 2010; Elfland et coll., 2010; Gagnon et Doubrough, 2011; Neu et Hammes, 2020). Un rapport surface/volume plus élevé entraîne aussi une dissipation plus rapide de la chaleur. En conséquence, l'eau chauffée à 60 °C, comme dans un chauffe-eau, afin de limiter la prolifération ou la revivification microbienne (B.6.4.2 Gestion des risques), refroidira rapidement une fois dans les tuyaux des logements, et à ce moment, après quoi elle risque de ne plus être efficace à cet effet.

B.2.6 Augmentation du temps de séjour de l'eau

B.2.6.1 Temps de séjour de l'eau

Le temps de séjour de l'eau, aussi appelé temps de rétention, fait référence au temps passé dans les tuyaux depuis l'installation de traitement jusqu'au compteur d'eau d'une habitation ainsi qu'entre le compteur d'eau et le point d'utilisation (comme un robinet) (AWWA, 2017c). Comparé au réseau de distribution, le temps de rétention dans la plomberie du bâtiment est relativement long (NRC, 2006).

Le temps de séjour de l'eau est l'un des facteurs les plus importants qui influencent la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment et est intrinsèquement lié à la demande en eau (utilisation) ainsi qu'à la conception et à l'état de la plomberie du bâtiment. À mesure que la demande diminue, le temps où l'eau réside dans la plomberie du bâtiment augmente. Ce temps de résidence accru permet aux microorganismes, y compris les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, d'adhérer aux surfaces et de former des biofilms. Cela permet aussi une plus grande interaction entre les désinfectants et les matériaux de plomberie du bâtiment, ainsi qu'avec la matière organique présente dans l'eau distribuée et sur les parois des conduites. Ces interactions peuvent entraîner une dégradation du désinfectant et la formation de sous-produits de désinfection (SPD). La dégradation des désinfectants peut à son tour entraîner une suppression limitée de la prolifération ou de la revivification microbienne. L'augmentation du temps de séjour de l'eau peut aussi entraîner des températures adaptées à la prolifération ou de la revivification microbienne, y compris les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Les longs temps de résidence dans la plomberie du bâtiment ont été liés à des concentrations significativement plus élevées de populations microbiennes et à des changements dans la composition des communautés microbiennes (Bédard et coll., 2018; Lautenschlager et coll., 2010; Lipphaus et coll., 2014; Manuel et coll., 2010; Pepper et coll., 2004).

B.2.6.2 Stagnation

La stagnation fait référence à l'eau qui ne coule pas ou ne bouge pas pendant de longues périodes dans un tuyau et elle résulte généralement d'une utilisation intermittente de l'eau (Leslie et coll., 2021). L'eau peut rester stagnante dans les habitations pendant de longues périodes s'ils ne sont pas complètement occupés (par exemple, dans une unité vide) ou si les résidents sont absents (par exemple, pendant les vacances). Même en période d'occupation à temps plein, certaines sections de la plomberie du bâtiment peuvent ne pas être couramment utilisées. Les schémas d'écoulement peuvent varier considérablement selon les utilisations de l'eau que font les occupants et peuvent mener à la stagnation (NRC, 2006).

La stagnation est l'une des conditions qui influencent le plus la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment et a été liée à la corrosion et à la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Bédard et coll., 2016b; Hayes-Phillips et coll., 2019; Ji et coll., 2015; Lautenschlager et coll., 2010; Ling et coll., 2018; Lipphaus et coll., 2014; Tolofari et coll., 2022). Par exemple, il a été démontré que les concentrations de plomb provenant des raccords en laiton et de cuivre provenant des tuyaux en cuivre augmentent significativement après des périodes de stagnation entre 4 et 20 heures (Santé Canada, 2025b). Il peut être difficile de distinguer les effets de la stagnation de ceux du temps de séjour de l'eau, car ils sont interconnectés; la stagnation contribue au temps global de séjour de l'eau.

B.2.7 Fluctuations de température

La température de l'eau influence l'ensemble des processus physiques, chimiques, microbiologiques et biochimiques (Santé Canada, 2021a), y compris ceux qui se produisent dans la plomberie du bâtiment. Ceux-ci, à leur tour, influencent l'efficacité des désinfectants et la qualité de l'eau. En général, lorsque la température de l'eau augmente, l'efficacité des désinfectants s'accroît; cependant, il en va de même pour le taux de dégradation des désinfectants (Baribeau et coll., 2005). Cela peut entraîner une diminution globale de l'effet biocide du désinfectant résiduel, entraînant une prolifération ou une revivification microbienne (Baribeau et coll., 2005; Hua et coll., 1999; Monteiro et coll., 2015). L'augmentation des températures entraîne une prolifération accélérée des microorganismes, selon leurs plages optimales de croissance (voir Tableau 3). Il n'y a aucune relation simple entre la température et les processus de corrosion. On observe souvent que l'eau chaude est plus corrosive que l'eau froide (Schock et Lytle, 2011), ce qui entraîne un impact plus direct sur la solubilité du plomb et du fer à des températures élevées. Il est important de noter qu'il n'est pas recommandé de consommer l'eau chaude du robinet en raison du risque d'augmentation des métaux, y compris le plomb (Santé Canada, 2016). En revanche, la solubilité de plusieurs sous-produits de corrosion diminue avec l'augmentation de la température (Edwards et coll., 1996; McNeill et Edwards, 2001; 2002; Schock, 1990). L'augmentation de la température de l'eau peut aussi causer une formation accrue de SPD (Liu et Reckhow, 2013).

Puisque la plomberie du bâtiment comprend à la fois des réseaux de distribution d'eau froide et chaude, les températures dans la plomberie du bâtiment peuvent être beaucoup plus élevées que dans le réseau de distribution (Rushing et Edwards, 2004). Dans les régions tempérées, comme le Canada, les températures dans le réseau de distribution alimentés par des sources d'eau de surface atteignent généralement 20 °C ou plus durant les mois d'été (Li et coll., 2014). En comparaison, l'eau chaude dans la plomberie du bâtiment peut dépasser 60 °C, particulièrement dans le chauffe-eau. Même le tuyau d'eau froide dans la plomberie du bâtiment peut être de 10 à 15 °C plus chaude que l'eau du réseau municipal de distribution (NRC, 2006). On s'attend à ce que les températures de l'eau froid augmentent en raison des changements climatiques (voir B.5 Impacts des changements climatiques). L'eau dans les tuyaux et les citernes (le cas échéant) s'acclimatera aussi aux conditions de température ambiante. Cela signifie que les températures de l'eau chaude peuvent diminuer et que celles de l'eau froide peuvent augmenter, entraînant que les températures se situant dans la plage de croissance des agents pathogènes opportunistes, c'est-à-dire de 25 à 45 °C (Figure 5; Tableau 3). Par conséquent, une stratégie fondamentale pour contrôler les agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment consiste à maintenir les systèmes d'eau froide idéalement en dessous de 20 °C, les chauffe-eau au-dessus de 60 °C et l'eau chaude dans les tuyaux entre 50 et 55 °C (voir B.6 Stratégies de gestion).

Figure 5 : Plages de température de l'eau dans les résidences et activité de Legionella (adaptation de Waak et coll., 2024);©Droits d'auteur 2024 par The Water Research Foundation
Figure 5 : Description textuelle
Température de l’eau (°C) Plomberie du bâtiment Activité de la Legionella
10-20 Eau non-chauffée ou stagnante Dormante (< 20 °C)
20-30 Eau non-chauffée ou stagnante Active
30-40 Usage domestique Active
40-50 Usage domestique Active
50-60 Chauffage de l’eau Viables mais non-cultivable ou mort cellulaire
60-70 Chauffage de l’eau Viables mais non-cultivable ou mort cellulaire

70-80

n/a

  • Viables mais non-cultivable ou mort cellulaire
  • Désinfection  (précisément, 66°C)

80-90

n/a

  • Viables mais non-cultivable ou mort cellulaire
  • Désinfection  (précisément, 66°C)

90-100

n/a

  • Viables mais non-cultivable ou mort cellulaire
  • Désinfection  (précisément, 66°C)

Autres notes :

  • Températures inférieures à 50 °C dans les réseaux d’eau des bâtiments : prévention des brûlures et conservation de l’énergie
  • Températures supérieures à 60 °C dans les réseaux d’eau des bâtiments : prévention de la prolifération de Legionella

L’activité de Legionella peut durer :

  • 5 à 6 heures à 55 °C
  • 30 minutes à 60 °C
  • moins de 5 minutes à 66 °C
B.2.7.1 Eau froide

Comme indiqué ci-dessus, l'eau froide dans la plomberie du bâtiment peut être plus chaude que celle dans le réseau municipal de distribution (NRC, 2006). Il n'est pas rare que la température de l'eau froide dans la plomberie du bâtiment dépasse 20 °C, surtout si les tuyaux d'eau froide ne sont pas suffisamment isolés, sont situés près des tuyaux d'eau chaude ou traversent des pièces chauffées (Leslie et coll., 2021). Les citernes ou les réservoirs de stockage d'eau froide (particulièrement ceux qui ne sont pas bien isolés ou situés) peuvent aussi être sensibles à des hausses de température au-delà de 20 °C lorsque le climat ou la température ambiante est plus chaude (ESGLI, 2017; O'Keeffe 2024). À ces températures d'eau « froides », les agents pathogènes opportunistes peuvent persister et, dans certains cas, proliférer.

B.2.7.2 Eau chaude

Dans la plomberie du bâtiment, l'eau destinée à certains usages, comme la douche, est produite par un chauffe-eau. Le choix du chauffe-eau et son réglage de température déterminent la température et la qualité de l'eau entrant dans le réseau d'alimentation en eau chaude de la plomberie du bâtiment (voir B.2.10.1 Conception). La température réglée au chauffe-eau n'est pas équivalente à celle du robinet, car la température de l'eau chaude est difficile à maintenir une fois que l'eau quitte le chauffe-eau. Le rapport surface/volume élevé des tuyaux de plomberie du bâtiment fait que la chaleur se dissipe rapidement (voir B.2.5 Rapport surface/volume élevé des canalisations), les températures de l'eau tombant dans les plages optimales de croissance des agents pathogènes opportunistes (voir Tableau 3), surtout aux robinets situés aux extrémités de la plomberie du bâtiment. De même, de faibles débits dans la plomberie du bâtiment peuvent entraîner une diminution de la température de l'eau chaude, car il n'y a pas suffisamment d'eau chaude tirée pour maintenir la température, ce qui favorise la prolifération ou une revivification microbienne (voir B.2.9 Débits variables et consommation d'eau).

B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectant résiduel

Pour maintenir la qualité de l'eau pendant la distribution, les fournisseurs d'eau potable ajoutent généralement du désinfectant à l'eau qui sort de l'usine de traitement pour fournir un désinfectant résiduel dans le réseau de distribution. Le désinfectant résiduel peut aussi être ajouté à différents points du réseau de distribution par la voie des stations de pompage-relais. Le désinfectant résiduel vise à assurer la salubrité microbienne et à limiter la prolifération ou une revivification microbienne. La plupart des fournisseurs d'eau potable au Canada utilisent du chlore libre comme désinfectant résiduel, tandis que les autres utilisent des chloramines (Santé Canada, 2009a). Ces désinfectants ont différentes capacités de désinfection, de réactivité avec les matières organiques et inorganiques, ainsi que de pénétration du biofilm. Le désinfectant résiduel diminue dans le réseau municipal de distribution pour diverses raisons (Santé Canada, 2022a). Lorsque l'eau atteint les résidences, surtout celles qui sont les plus éloignées du point d'ajout du désinfectant, il peut ne rester que très peu de désinfectant résiduel. Les données canadiennes fournies en 2005 par six provinces et territoires indiquaient que les niveaux habituels de chlore libre dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable variaient de 0,4 à 2,0 mg/L à la sortie de l'usine de traitement, de 0,4 à 1,2 mg/L aux points intermédiaires du réseau de distribution, et de 0,04 à 0,8 mg/L aux extrémités éloignées du réseau de distribution. Une étude sur la qualité de l'eau dans un bâtiment résidentiel écologique, c'est-à-dire à énergie zéro, en Indiana (États-Unis) n'a trouvé aucun résiduel total de chlore détectable dans plus de 10 % des échantillons prélevés à partir de l'entrée de service (Salehi et coll., 2020). Lorsque l'eau pénètre dans la plomberie du bâtiment, elle est exposée à un environnement qui peut davantage diminuer le désinfectant résiduel (Huang et coll., 2020; Leslie et coll., 2021; Logan-Jackson et coll., 2023; NRC, 2006). Les matériaux de plomberie réactifs (voir B.2.4 Variété de matériaux de plomberie) et l'augmentation des températures de l'eau (voir B.2.7 Fluctuations de température) peuvent entraîner une dégradation significative du désinfectant résiduel, aggravée par la stagnation (voir B.2.6 Augmentation du temps de séjour de l'eau).

L'absence d'un désinfectant résiduel adéquat et persistant dans toute la plomberie du bâtiment compromet la capacité à contrôler la prolifération ou une revivification microbienne, y compris celle de certains agents pathogènes opportunistes intrinsèquement résistants aux désinfectants (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015b; Pruden et coll., 2013). Un faible niveau de désinfectant résiduel dans la plomberie du bâtiment peut aussi entraîner la formation de biofilms. Comme il est difficile pour certains désinfectants, comme le chlore libre, de pénétrer le biofilm, les agents pathogènes opportunistes qui y résident sont protégés (voir B.2.1 Présence de microorganismes et de biofilms) et sont aussi moins susceptibles d'être emportés par l'eau (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015b; Pruden et coll., 2013).

Historiquement, il a été recommandé de maintenir un niveau « détectable » de désinfectant résiduel dans tout le réseau de distribution. On reconnaît de plus en plus que des concentrations minimales de désinfectant résiduel plus élevées que 0,2 mg/L de chlore libre (Santé Canada, 2022a), combinées à de basses températures de l'eau (idéalement, moins de 18 °C), sont nécessaires pour contrôler la prolifération ou une revivification microbienne dans les biofilms, y compris celle des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, dans l'ensemble des réseaux de distribution d'eau potable (Gagnon et coll., 2008; Gillespie et coll., 2014; LeChevallier et coll., 2015b; Rand et coll., 2014). Il existe également des données probantes soutenant un résiduel minimal de chlore de 0,1 mg/L pour réduire la colonisation par Legionella de la plomberie des résidences (Gleason et coll., 2023; Straus et coll., 1996). Pour inhiber entièrement la formation de biofilms, il faut des concentrations résiduelles de chlore très élevées, de l'ordre de 1,0 mg/L de chlore libre (pour les réseaux qui utilisent le chlore) et 1,8 mg/L de chlore total (pour les réseaux qui utilisent la chloramine) (Gagnon et coll., 2008; Gillespie et coll., 2014; LeChevallier et coll., 2015a; 2015b; Rand et coll., 2014).

B.2.9 Débits variables et consommation d'eau

Les débits d'eau influencent le transport des microorganismes, des particules, des nutriments et des désinfectants, ainsi que la température et la vitesse des réactions chimiques dans l'eau distribuée (Leslie et coll. 2021; Prest et coll., 2016). Les débits influencent aussi la formation et l'intégrité du biofilm et, par conséquent, la présence des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Ils influencent également les vitesses internes des conduites, la durée et le moment des événements de stagnation, ainsi que la présence de zones de stagnation (Pruden et coll., 2013). Ainsi, les variations du débit peuvent entraîner des modifications du temps de séjour de l'eau (voir B.2.6 Augmentation du temps de séjour de l'eau) qui ont donc une incidence sur la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Des débits faibles entraînent généralement une dégradation de la qualité de l'eau. L'accumulation de biofilms (et de sédiments) est plus susceptible de se produire dans des conditions de faible débit, ce qui mène à la consommation du désinfectant résiduel (voir B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectants résiduels). Les biofilms, dans les conduites à faible débit, peuvent rester plus intacts que ceux dans les conduites à haut débit, permettant la colonisation et la prolifération des agents pathogènes opportunistes à l'intérieur (Liu et Tay, 2002; Moreira et coll., 2013). De faibles débits peuvent aussi faire chuter les températures dans les tuyaux d'eau chaude dans la plage optimale de prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, car le taux de dissipation de la chaleur dépasse celui du réapprovisionnement en eau chaude (voir B.2.7 Fluctuations de température). Bien que des débits élevés aident à éliminer les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, ils accélèrent aussi l'apport des nutriments pouvant favoriser la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Liu et coll., 2006; Ohl et coll., 2004; Rhoads et coll., 2015) et mobilisent les particules dans la plomberie du bâtiment (comme les particules de soudure au plomb) (Santé Canada, 2019e; 2022b).

Les débits dans les résidences peuvent être très variables selon les tendances d'utilisation de l'eau des consommateurs (NRC, 2006) et dépendent du type de résidence. De plus, en raison des changements rapides des débits de plomberie du bâtiment lors de l'ouverture et de la fermeture d'un robinet, le détachement de biofilms et d'autres dépôts inorganiques (par exemple, fer ou plomb) peut se produire (Santé Canada, 2019e; 2025b). Des débits de 10 m/s (rapportés comme 33 pi/s) ont été signalés (NRC, 2006), rendant la plomberie du bâtiment plus vulnérable au cisaillement des biofilms que le réseau municipal de distribution (Lehtola et coll., 2006; Liu et coll., 2020). Les matériaux détachés peuvent entraîner une détérioration de la qualité de l'eau.

Des modifications dans les composants et la conception de la plomberie visant à favoriser la durabilité et à réduire l'utilisation/consommation d'eau peuvent aussi contribuer à des conditions de faible débit (Huang et coll., 2020). L'utilisation de raccords permettant d'économiser l'eau peut limiter considérablement le débit d'eau (B.2.10.1 Conception). Les pommes de douche permettant d'économiser l'eau, par exemple, consomment généralement entre 6 et 8 L/min comparativement à 15 à 25 L/min pour les pommes de douche ordinaires (Leslie et coll., 2021). La plupart des utilisations d'eau chaude dans les habitations ont tendance à être de courte durée (par exemple, pour se laver les mains), à l'exception de la douche et du bain. Cela signifie que le volume d'eau chaude nécessaire est généralement inférieur au volume d'eau présent dans les tuyaux entre un chauffe-eau et un robinet – c'est-à-dire que des « masses liquides » d'eau chauffée sont tirées sans jamais atteindre réellement le point d'utilisation (Leslie et coll., 2021). Cela peut aussi entraîner l'arrivée d'une eau à une température mélangée plus basse (Omaghomi et Buchberger), menant à une dégradation de la qualité de l'eau (voir B.2.7 Fluctuations de température). Les bâtiments qui utilisent peu d'eau, également appelés bâtiments verts, présentent des éléments de conception qui limitent le débit d'eau et ont été associés à une diminution de la qualité microbienne de l'eau et à une concentration élevée d'agents pathogènes opportunistes (Ley et coll., 2020; Rhoads et coll., 2016). Ces résultats mettent en lumière les conséquences non intentionnelles possibles associées à la conservation de l'eau (Ley et coll., 2020).

B.2.10 Conception et âge

B.2.10.1 Conception

Aux fins de ce document, le terme « conception » vise à englober le type (composition, diamètre et longueur) et la configuration des tuyaux ainsi que le type et l'emplacement des raccords, appareils sanitaires et équipements dans la plomberie du bâtiment.

Les systèmes de plomberie du bâtiment peuvent différer considérablement dans leur conception (Proctor et coll., 2022). Au Canada, le CNP établit des dispositions pour la conception et l'installation de nouveaux systèmes de plomberie, ainsi que des modifications aux systèmes de plomberie existants (CNRC, 2020b). Les provinces et territoires choisissent d'adopter le CNP, avec ou sans modifications, dans leurs codes de plomberie. Bien que les codes de plomberie visent à protéger la santé et la sécurité humaines, ainsi que les bâtiments contre les aléas environnementaux ainsi que contre les dommages causés par l'eau et les eaux usées, ils n'abordent pas les risques liés aux agents pathogènes opportunistes ni à leur gestion.

Certaines conceptions de la plomberie du bâtiment peuvent créer des conditions favorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Des longueurs de tuyaux importantes entre un chauffe-eau et les robinets, par exemple, peuvent entraîner une perte de chaleur et ainsi donner lieu à des températures dans la plage favorable à la prolifération des agents pathogènes opportunistes (voir B.2.7 Fluctuations de température). La présence de cul-de-sac peut occasionner une stagnation, créer des habitats propices à la prolifération microbienne et augmenter les concentrations de plomb et de cuivre (Santé Canada, 2019e; 2025b). La présence de systèmes d'extinction d'incendie dans la plomberie du bâtiment peut aussi créer des conditions idéales pour la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, car ces systèmes contiennent de l'eau qui peut stagner et être contaminée. En cas de chute de pression, de l'eau contaminée pourrait être aspirée dans la plomberie et/ou le réseau de distribution d'eau potable. Il est essentiel que les dispositifs antirefoulement soient intégrés à la conception de la plomberie du bâtiment. L'utilisation de raccords permettant d'économiser l'eau peut entraîner une réduction du débit, ce qui peut augmenter le temps de séjour de l'eau et ainsi entraîner la formation de biofilms (voir B.2.9 Débits variables et consommation d'eau), et un risque accru de contamination par des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Ces raccords et d'autres sont abordés ci-dessous.

Peu d'études ont exploré l'impact de la configuration de la plomberie résidentielle sur la qualité de l'eau (Logan-Jackson et coll., 2023). Yao et coll. (2023) ont déterminé que la configuration de la plomberie jouait un rôle clé dans la qualité esthétique, chimique et microbiologique de l'eau. De même, Schück et coll. (2023) ont conclu que la disposition de la plomberie du bâtiment influençait la qualité de l'eau et que la détérioration de la qualité de l'eau pouvait être limitée en adoptant certaines bonnes pratiques de conception.

Raccords et appareils sanitaires

Le choix des raccords, des appareils sanitaires et de l'équipement dans une habitation ainsi que leur emplacement peuvent jouer un rôle dans la dégradation de la qualité de l'eau. Comme les tuyaux (voir B.2.4 Variété de matériaux de plomberie), les raccords sont composés de divers matériaux qui influencent la chimie de l'eau et la prolifération microbienne de différentes façons. De plus, les raccords et appareils sanitaires subissent des événements de stagnation récurrents ainsi que la dégradation du désinfectant résiduel associée et des fluctuations de température, car ils peuvent être situés dans les parties distales de la plomberie du bâtiment, contenir des structures internes, avoir un rapport surface/volume élevé et ne sont généralement pas utilisés pendant une grande partie de la journée. Cela en fait des emplacements idéaux pour la colonisation des surfaces par les microorganismes et la formation de biofilms, ainsi que pour la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Logan-Jackson et coll., 2023; NASEM, 2020). Des agents pathogènes opportunistes ont été détectés dans divers raccords et appareils sanitaires résidentiels (voir Tableau 2) (NASEM, 2020).

Il a été démontré que les pommes de douche et leurs tuyaux, en particulier, contenaient des biofilms qui enrichissent les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, en particulier Legionella et Mycobacterium spp. (Collins et coll., 2017; Feazel et coll., 2009; Gebert et coll., 2018; Hayes-Phillips et coll. 2019; Proctor et coll., 2016; 2018).

Tableau 2 : Types de raccords et d'appareils sanitaires résidentiels dans lesquels des agents pathogènes opportunistes ont été détectésTableau 2 Note de bas de page 1
Agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie Type de raccords ou d'appareils sanitaires Références
Legionella spp., L. pneumophila Réservoir de chauffe-eau, pomme et boyau de douche, sortie de la baignoire, robinets (salle de bain, cuisine) Alary et Joly (1991); Arnow et coll. (1985); Dewailly et Joly (1991); Donohue et coll. (2019b); Feazel et coll. (2009); Ley et coll. (2020); MacMartin et coll. (2021); Marrie et coll. (1994); Proctor et coll. (2018); Rhoads et coll. (2020); Stout et coll. (1992b)
MNT, M. avium Pomme et boyau de douche, aérosols de douche, robinet (salle de bain, cuisine) Blanc et coll. (2021a); Donohue et coll. (2019a); Feazel et coll. (2009); Gebert et coll. (2018); Haig et coll. (2020); Lande et coll. (2019); Ley et coll. (2020); Proctor et coll. (2018); Richards et coll. (2018); Tzou et coll. (2020)
P. aeruginosa Robinet de cuisine Haig et coll. (2020)
Acanthamoeba spp. Réservoir de chauffe-eau, pomme et boyau de douche, robinets (salle de bain, cuisine), vaporisateur de robinet de cuisine Proctor et coll. (2018); Stockman et coll. (2011)

MNT – Mycobactéries non tuberculeuses.

Tableau 2 Note de bas de page 1

Une sélection d'études rapportant des détections dans des résidences provenant de climats tempérés similaires à celui du Canada a été incluse.

Tableau 2 Retour à la référence de la note de bas de page 1

Robinets permettant d'économiser l'eau et de prévenir les brûlures

Pour réduire la consommation d'eau et d'énergie, une variété de raccords et de technologies connexes permettant d'économiser l'eau ont été mis au point. Bien que la conception de ces raccords varie, ils servent généralement à restreindre le débit d'eau (par exemple, le débit d'un robinet économe en eau est de 5,7 L/min [1,5 gallon US/min] par rapport à un robinet traditionnel, de 8,3 L/min [2,2 gallons US/min]). Cela peut entraîner une augmentation du temps de séjour de l'eau et une stagnation (voir B.2.6 Augmentation du temps de séjour de l'eau), ce qui peut ensuite entraîner une détérioration de la qualité de l'eau. Les robinets à faible consommation ont tendance à avoir une surface plus élevée que les robinets traditionnels, ce qui facilite l'adhérence microbienne et le développement de biofilms (NASEM, 2020). Les matériaux en caoutchouc mou inclus pour contrôler l'écoulement de l'eau servent de surfaces idéales pour la colonisation microbienne (Leslie et coll., 2021). Les robinets à faible consommation ont été associés à un risque accru de formation de biofilms et de contamination par des agents pathogènes opportunistes (Bédard et coll., 2016b; Halabi et coll., 2001; Liu et coll., 2006; Merrer et coll., 2005; Sydnor et coll., 2012; Yapicioglu et coll., 2012).

Comme les robinets à faible consommation, les robinets anti-brûlures contiennent également plusieurs surfaces pour la colonisation des surfaces par les microorganismes et sont composés de divers matériaux pouvant avoir une incidence sur la qualité de l'eau (NASEM, 2020). Comme ils sont conçus pour prévenir les brûlures, ils mélangent de l'eau chaude et froide à l'aide d'appareils qui limitent la température de l'eau avant qu'elle n'atteigne les consommateurs (par exemple, des vannes automatiques de compensation, comme les mitigeurs thermostatiques, et des dispositifs de limitation de température). L'eau tiède qui est fournie peut être à des températures favorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes (voir B.2.7 Fluctuations de température) (Singh et coll., 2020). Ces dispositifs peuvent tomber en panne, ce qui peut entraîner une contamination entre les conduites d'eau froide et chaude, et ainsi une détérioration de la qualité de l'eau (Boppe et coll., 2016; Rhoads et coll., 2014; Singh et coll., 2020).

Chauffe-eau

Les chauffe-eau peuvent servir d'habitats idéaux pour les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, surtout si les températures ne sont pas assez élevées. Le type de chauffe-eau peut influencer le potentiel de colonisation des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. En Amérique du Nord, les chauffe-eau électriques et au gaz à accumulation sont les plus courants, représentant plus de 90 % des chauffe-eau résidentiels (Maquire et coll., 2013). Les chauffe-eau sont généralement classés en deux groupes : à accumulation et instantané (aussi appelés chauffe-eau à la demande). Les chauffe-eau électriques à accumulation chauffent l'eau par des éléments électriques situés sur le côté du réservoir, ce qui entraîne une stratification thermique verticale. On constate alors des températures plus basses au fond du réservoir et une accumulation de sédiments, offrant des conditions favorables à la prolifération de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes (voir B.2.7 Fluctuations de température) (Alary et Joly, 1991; Brazeau et Edwards, 2011; Falkinham, 2020).

Les chauffe-eau à accumulation alimentés au gaz et au mazout sont chauffés par un brûleur situé au fond du réservoir, ce qui évite la stratification thermique verticale (Brazeau et Edwards, 2011). Cependant, l'accumulation de sédiments demeure possible et, dans les zones où l'eau est dure, l'accumulation de dépôts au fond du réservoir peut réduire certains transferts de chaleur (Brazeau et Edwards, 2011). En raison de leur conception, les chauffe-eau à accumulation électriques sont plus susceptibles d'être contaminés par Legionella que les chauffe-eau au gaz ou au mazout (Alary et Joly, 1991; NASEM, 2020). Dans des études menées dans la région de Québec, L. pneumophila a été détectée par culture dans 37 % (66/178) et 41 % (84/205) des échantillons provenant de chauffe-eau électriques, une température comprise entre 30 et 40 °C au fond du chauffe-eau étant fortement associées à la positivité (Alary et Joly, 1991; Dewailly et Joly, 1991). En revanche, aucun des échantillons provenant de chauffe-eau au mazout et au gaz n'a été positif pour L. pneumophila (Alary et Joly, 1991; Dewailly et Joly, 1991). Les chauffe-eau sans réservoir fonctionnent en faisant passer l'eau à travers un échangeur de chaleur où un brûleur à gaz ou un élément électrique la chauffe à une température prédéfinie, seulement lorsque c'est nécessaire (Brazeau et Edwards, 2011). Ces chauffe-eau présentent un faible risque de contamination par des agents pathogènes opportunistes, puisqu'il n'y a pas de réservoir de stockage pour la prolifération microbiologique (Brazeau et Edwards, 2011). La température de l'eau peut être plus variable lorsqu'on utilise un système instantané, et la température de l'eau augmente aux robinets les plus proches du chauffe-eau (Brazeau et Edwards, 2011; CRNC, 2020b).

B.2.10.2 Âge

Pour les réseaux municipaux de distribution (Santé Canada, 2022a), les systèmes de plomberie du bâtiment vieillissants deviennent plus vulnérables au développement de biofilms (Zheng, 2013). En plus de densités de biofilms plus élevées, les systèmes de plomberie du bâtiment plus âgés contiennent une densité plus élevée d'autres dépôts, par exemple la matière organique, les minéraux et les produits de corrosion (Chawla et coll., 2012; Santé Canada, 2025b). Ces dépôts peuvent limiter le débit de l'eau, consommer des désinfectants (voir B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectants résiduels) et stimuler la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, ce qui entraîne une détérioration supplémentaire de la qualité de l'eau (DiGiano et Zhang, 2005; Gauthier et coll. 2001; Kowalska et coll., 2006; Lehtola et coll., 2004; Reynolds et coll., 2008; Wingender et Flemming, 2004). Les concentrations de plomb provenant des soudures et raccords de laiton contenant du plomb diminuent avec l'âge (Health Canada, 2025b). De même, l'âge des matériaux de plomberie est particulièrement important pour le cuivre et les laitons. La concentration en fer et le taux de corrosion augmentent au fil du temps lorsqu'un tuyau est d'abord exposé à l'eau, mais les deux sont ensuite graduellement réduits à mesure que les dépôts s'accumulent. Cependant, les concentrations de plomb, cuivre, fer et autres métaux dans l'eau potable peuvent augmenter considérablement après une période de stagnation de quelques heures, peu importe l'âge ou d'autres facteurs comme la qualité de l'eau (par exemple, le pH) ainsi que la composition, le diamètre et la longueur des matériaux (Santé Canada, 2025b). Les résidences plus anciennes peuvent aussi contenir d'anciens matériaux qui contribuent davantage à la dégradation de la qualité de l'eau (voir B.2.4 Variété de matériaux de plomberie).

B.2.11 Autres considérations liées à la qualité de l'eau

B.2.11.1 Sous-produits de désinfection

Les sous-produits de désinfection (SPD) se forment par la réaction de la matière organique naturelle (MON) présente dans l'eau brute et la désinfection (par exemple, chloration ou oxydation) lors du traitement de l'eau potable (Santé Canada, 2025a; Reckhow et Singer, 2011). Les trihalométhanes (THM) et les acides haloacétiques (AHA) sont les SPD les plus fréquemment détectés et comprennent de nombreuses substances (Rodriguez et coll., 2004). Les THM sont considérés comme stables une fois formés et continuent de se former dans le réseau de distribution lorsque le chlore est utilisé comme désinfectant résiduel. Cependant, les AHA peuvent se dégrader après leur formation (Reckhow et Singer, 2011). L'exposition aux THM se produit par l'ingestion d'eau potable ainsi que par inhalation et absorption dermique, car ils sont très volatils et perméables par la peau. L'exposition par le bain et la douche est incluse dans le calcul de la valeur de la recommandation pour les THM (Santé Canada, 2025a).

Les concentrations de THM varient dans le temps et l'espace au sein d'un réseau de distribution, ce qui influence les concentrations entrant dans la plomberie résidentielle. Des facteurs comme le pH, la température, les résiduels de chlore libre et le temps de réaction ont une incidence sur le sort des THM lors du chauffage de l'eau dans les résidences. Ainsi, les conclusions générales sur les répercussions sur les THM ne sont pas possibles (Legay et coll., 2019; Liu et Reckhow, 2013; 2015). Une étude a démontré que les concentrations de THM augmentent considérablement lorsque l'eau froide stagne dans la plomberie du bâtiment, mais plus significativement dans les réservoirs d'eau chaude (Dion-Fortier et coll., 2009). Il a également été observé que les niveaux d'AHA augmentaient, mais moins que les niveaux de THM dans l'eau stagnant dans les tuyaux de plomberie du bâtiment et les réservoirs d'eau chaude (Dion-Fortier et coll., 2009). Le chauffage de l'eau résidentielle augmentait les concentrations de THM, mais cette hausse variait selon les résidences et les saisons (Legay et coll., 2019). Les auteurs ont conclu que l'exposition aux SPD chlorés est plus élevée dans l'eau chaude du robinet que dans l'eau froide du robinet (Legay et coll., 2019). Ces études ont également mis en lumière que, dans la plomberie du bâtiment, y compris les réservoirs d'eau chaude, les différentes espèces de SPD ne se comportent pas de la même manière.

Des renseignements plus détaillés sur la formation des THM dans les réseaux de distribution sont présentés dans les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada – THM et AHA (Santé Canada, 2008; 2025a).

B.2.11.2 Goût et odeur

Les problèmes de goût et d'odeur peuvent être associés à l'eau brute, à la méthode de traitement, au réseau de distribution ou à une combinaison des trois (Santé Canada, 2005). D'autres ressources présentent un aperçu des différentes causes potentielles des problèmes de goût et d'odeur dans l'eau potable (Santé Canada, 1979; 2005; 2020a). La MON peut contribuer à des goûts et odeurs indésirables dans l'eau potable causés par des composés volatils produits par la biomasse microbienne (par exemple, actinomycètes, cyanobactéries, champignons) (Santé Canada, 2020a). Le goût de l'eau peut être modifié par sa teneur en minéraux et sa température, les anions et cations dissous contribuant à la teneur minérale (Dietrich et Devesa, 2019). Les réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment peuvent être la source de composés causant des événements de goût et d'odeur. Certains éléments métalliques peuvent donner un goût à l'eau potable, comme le fer, le cuivre, le zinc et le manganèse.

Le fer, sous sa forme aqueuse [Fe(II)], a une odeur métallique et un goût ou sensation astringente en bouche (Santé Canada, 2024a). Cependant, selon la forme du fer, les seuils gustatifs varient et il peut produire un léger goût amer ou métallique et salé (Dietrich, 2015; Sain et Dietrich, 2015). À des concentrations de 0,3 mg/L de fer, il est possible pour les consommateurs de remarquer le goût du fer ferreux (Dietrich et Burlingame, 2015). Cependant, différents seuils de gustation de la population sont rapportés dans la littérature et varient de 0,003 à plus de 5 mg/L (Omur-Ozbek et Dietrich, 2011).

En plus de potentiellement colorer l'eau, le cuivre peut aussi être détecté par le goût, avec des seuils gustatifs rapportés allant de 0,0035 à plus de 5 mg/L (Santé Canada, 2019b). La solubilité du cuivre a une incidence sur ses propriétés esthétiques, le cuivre soluble étant plus facilement détecté par le goût que le cuivre particulaire (Cuppett et coll., 2006). Les différents ions cuivre [Cu(I) et Cu(II)] produisent un faible goût amer ou métallique et salé ainsi qu'une sensation en bouche astringente (Dietrich et coll., 2004; Omur-Ozbek et Dietrich, 2011).

Le manganèse dissous [Mn(II)] a un seuil de gustation estimé au mieux de la population de 101 mg/L pour le Mn(II) provenant du sulfate de manganèse. Cependant, cela a probablement été influencé à la fois par les contributions au goût du sulfate et du Mn(II). Le seuil de gustation de 50 % de la population pour le Mn(II) était de 75,4 mg/L. Aucun seuil de gustation n'a été établi pour les particules de manganèse. Le manganèse peut aussi provoquer un goût amer dans l'eau potable, avec un seuil de gustation de 75 à 100 mg/L pour le Mn(II) (Sain et Dietrich, 2015). Le zinc peut avoir un goût âpre indésirable à des concentrations supérieures à 5,0 mg/L (Santé Canada, 1987). Le sulfure d'hydrogène a une odeur nauséabonde d'œuf pourri et un seuil olfactif bas. Le sulfure d'hydrogène (H2S) est produit par la décomposition de la matière organique en l'absence d'oxygène et peut aussi être formé par des bactéries sulfatoréductrices. Ses concentrations dans les eaux souterraines sont généralement plus élevées que dans les eaux de surface (Santé Canada, 2025c).

B.2.11.3 Coloration

Une eau colorée ne devrait pas être considérée comme propre à la consommation ni être traitée comme un simple problème esthétique, puisque des contaminants tels que l'arsenic, le plomb, le manganèse, le cadmium et les radionucléides peuvent être adsorbés sur les particules de fer ou de manganèse libérées dans l'eau du réseau de distribution ou de la plomberie du bâtiment (Santé Canada, 2019f; 2024a). Les différentes couleurs observées dans l'eau donnent une indication de la source potentielle de coloration (par exemple, l'eau rouge, orange ou jaune peut être liée au fer, le bleu ou le noir au cuivre, et le gris ou le noir au manganèse) (Santé Canada, 2025b). Le phénomène d'accumulation et de libération peut aussi entraîner une coloration de l'eau. La présence d'eau colorée devrait déclencher un échantillonnage pour les métaux et potentiellement un entretien supplémentaire du réseau de distribution (Santé Canada, 2019e; 2019f; 2025b).

L'eau colorée se trouve plus fréquemment dans les zones stagnantes d'un réseau municipal de distribution d'eau potable qui est alimenté par des tuyaux en fer. Elle peut également se produire lorsque le fer soluble entre dans le réseau de distribution, puis est oxydé en fer particulaire (Santé Canada, 2024a; Sarin et coll., 2004). La gamme de couleurs pouvant apparaître dépend de la concentration en fer et de l'état d'oxydation du fer, comme brun rougeâtre et jaune-orangé (Santé Canada, 2024a).

Les événements d'eau bleue ou verte peuvent être causés par la dispersion de produits de corrosion du cuivre fin, qui peuvent aussi paraître noirs selon leur composition (Santé Canada, 2019b). Ils peuvent potentiellement tacher les appareils sanitaires de la salle de bain (Santé Canada, 2019b). Selon la distance de l'observateur par rapport à l'eau colorée, différentes concentrations peuvent être visibles, le cuivre particulaire étant plus facilement visible dans une baignoire que dans un verre d'eau (Edwards et coll., 2000).

La libération de manganèse accumulé dans les réseaux de distribution peut entraîner une coloration de l'eau – par exemple, lorsque des perturbations physiques provoquent la libération de dépôts contenant du manganèse (Santé Canada, 2019f). Même à faibles concentrations, les oxydes de manganèse sont visibles, alors que le manganèse dissous ne l'est pas. Dans une étude, les particules de Mn(IV) étaient visibles à une concentration de 0,005 mg/L (Sain et coll., 2014). Les oxydes de manganèse peuvent se présenter sous forme de solides brun foncé, gris ou noir, et leur couleur varie selon leur état d'oxydation (Santé Canada, 2019f). De l'eau colorée peut aussi survenir en raison de perturbations hydrauliques telles que des ruptures de conduite d'eau, la purge des bornes d'incendie, des changements de vitesse d'écoulement et des inversions d'écoulement. Cela peut augmenter la turbidité de l'eau distribuée (Santé Canada, 2024a; 2025b; 2025c).

B.3 Agents pathogènes opportunistes

B.3.1 Caractéristiques des agents pathogènes opportunistes

Les agents pathogènes opportunistes sont des microorganismes naturellement présents et omniprésents dans les sols et les milieux aquatiques, y compris les sources d'eau (Pruden et coll., 2013). Ces microorganismes se retrouvent aussi dans les environnements bâtis, comme les stations de traitement de l'eau, les réseaux de distribution et la plomberie du bâtiment. Dans la plomberie du bâtiment, en particulier, ils s'établissent grâce à ses caractéristiques (voir B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau) et, contrairement aux agents pathogènes entériques, peuvent croître et devenir partie intégrante du microbiome indigène de l'eau potable (Hayward et coll., 2022; LeChevallier et coll., 2024; Wang et coll., 2017). Ainsi, ils sont considérés comme des « habitants normaux » (Cavallaro et coll., 2023; Falkinham, 2015b; 2020; LeChevallier et coll., 2024; Mapili et coll., 2022) et se retrouvent principalement dans les biofilms, ainsi que d'autres microorganismes associés au biofilm (voir B.2.1 Présence de microorganismes et de biofilms). Malgré leur présence dans la plomberie du bâtiment, ils ne causent généralement pas de maladie chez les personnes en bonne santé. Les infections surviennent principalement chez les personnes sensibles, comme les personnes âgées, celles atteintes de maladies sous-jacentes ou les personnes immunodéprimées (voir B.3.4 Considérations en matière de santé). Pour cette raison, on les appelle des agents pathogènes « opportunistes ». Contrairement aux agents pathogènes entériques, les agents pathogènes opportunistes ne sont généralement pas transmis par ingestion. La transmission se fait principalement par inhalation ou aspiration d'aérosols générés par l'utilisation de raccords, comme les douches, mais peut aussi se produire par ingestion et contact direct avec la peau ou les muqueuses de l'œil ou des voies nasales. L'inhalation d'aérosols est considérée comme la voie d'infection la plus importante (Hamilton et coll., 2019; Joshi et coll., 2025). Les effets sur la santé causés par les agents pathogènes opportunistes sont variés et vont des maladies respiratoires aux infections de l'œil, de la peau, du système nerveux central ou du tractus gastro­intestinal (voir Tableau 4). Dans les cas graves, les maladies causées par les agents pathogènes opportunistes peuvent être mortelles (Santé Canada, 2022b).

Bien qu'un certain nombre d'agents pathogènes opportunistes aient été identifiés, les membres des groupes bactériens Legionella spp., Mycobacterium spp. et Pseudomonas spp. sont d'une importance majeure pour la santé publique en Amérique du Nord. Ces agents pathogènes opportunistes ont été à plusieurs reprises liés à l'exposition humaine par la voie de la plomberie du bâtiment (Falkinham, 2015a; 2015b; Pruden et coll., 2013). Le genre Legionella comprend plusieurs espèces pathogènes bien connues, parmi lesquels Legionella pneumophila est l'agent pathogène le plus courant et le plus virulent, responsable de plus de 70 à 90 % de tous les cas de maladie du légionnaire en Amérique du Nord et en Europe (Barksey et coll., 2022; ECDC, 2023; Peci et coll., 2016)le plus souvent à l'origine des maladies est le sérogroupe 1 de L. pneumophila (Barksey et coll., 2022; ECDC, 2023; Peci et coll., 2016). La contribution d'autres sérogroupes et espèces au fardeau de la maladie n'est pas bien comprise, car la méthode diagnostique la plus utilisée, c'est-à-dire le test d'antigène urinaire (TAU), ne permet pas de les détecter (McMullen et coll., 2024). « MNT » est un terme général appliqué à un groupe d'environ 186 espèces environnementales actuellement reconnues de Mycobacterium spp. (Donohue, 2018; Falkinham, 2016). Parmi les plus de 90 espèces de MNT ayant une pertinence clinique, les membres appartenant au complexe Mycobacterium avium représentent un pourcentage plus élevé du fardeau pour la santé (Donohue, 2018). Plusieurs espèces de Pseudomonas sont connues pour causer des maladies chez l'humain, parmi lesquelles P. aeruginosa reçoit le plus d'attention en raison de la fréquence avec laquelle cette bactérie est impliquée dans les maladies humaines (Chakravarty et Anderson, 2015). Les Acanthamoeba spp. et Naegleria fowleri sont également de plus en plus reconnues pour leur contribution aux maladies liées à l'exposition à la plomberie du bâtiment (Falkinham, 2015b; Lu et coll. 2016; Wang et coll., 2013).

Ce document fournit des renseignements sur la présence, les risques pour la santé et la gestion des principaux groupes d'agents pathogènes opportunistes, en mettant l'accent sur les agents pathogènes les mieux établis et les plus préoccupants : Legionella pneumophila, Mycobacterium avium, Acanthamoeba spp., Naegleria fowleri et Pseudomonas aeruginosa. Le Tableau 3 résume certains de leurs attributs clés. La ressource suivante présente des renseignements supplémentaires. (Santé Canada, 2022b).

Tableau 3 : Agents pathogènes opportunistes d'importance pour la santé publique [adapté de Santé Canada (2022b)]
Agents pathogènes Espèces le plus fréquemment associées aux maladies chez les humains Plage optimale de température favorisant la croissance Principaux réservoirs Principale voie de transmission hydrique
Legionella spp. L. pneumophila (principalement sérogroupe 1) De 25 à 45 °C Les amibes libres que l'on retrouve dans les biofilms de l'environnement naturel ainsi que dans les réseaux conçus pour la distribution de l'eau (plomberie, réseau de distribution d'eau potable) et les équipements (par exemple, tours de refroidissement, spas). Aspiration ou inhalation d'aérosols contaminés générés par les systèmes de plomberie, les systèmes de CVCA et les équipements d'humidification.
Mycobacterium spp. Groupe MNT, en particulier : Complexe M. avium : M. avium et ses sous­espèces, M. intracellulare et M. chimaera De 30 à 45 °C Sols, habitats aquatiques, biofilms dans les réseaux conçus pour la distribution de l'eau (systèmes de plomberie, réseaux de distribution d'eau potable). Inhalation d'aérosols contaminés générés par des raccords et équipements associés aux systèmes de plomberie et aux équipements d'humidification.
Pseudomonas spp. P. aeruginosa De 28 à 37 °C Omniprésents, y compris dans le sol, les milieux aquatiques, la végétation et les biofilms dans les réseaux conçus pour la distribution d'eau (systèmes de plomberie). Contact direct du corps avec de l'eau contaminée ou des dispositifs médicaux en contact avec de l'eau contaminée provenant de réseaux conçus pour la distribution de l'eau.
Acanthamoeba spp. Génotype T4 d'Acanthamoeba De 37 à 45 °C Omniprésents dans le sol et l'eau; également présents dans les biofilms dans les équipements et réseaux conçus pour la distribution de l'eau (systèmes de plomberie, réseaux de distribution d'eau potable, tours de refroidissement) et dans la poussière en suspension dans l'air. Contact oculaire avec des lentilles exposées à de l'eau contenant les organismes lors du lavage, du stockage ou du port des lentilles. Inhalation d'aérosols contaminés dans les poumons ou les voies nasales. Contact de la peau avec de l'eau contaminée.
Naegleria spp. N. fowleri De 25 à 45 °C Environnements d'eau douce chaude (lacs, rivières, sources thermales) et sols. Peut s'adapter pour croître dans les biofilms des réseaux de distribution et de plomberie si les conditions sont favorables (température optimale de croissance, absence de désinfectant). Contact intranasal avec de l'eau contaminée lors de la plongée, de la baignade, du bain, des d'éclaboussures ou du nettoyage nasal.
CVCA – Chauffage, ventilation et climatisation; MNT – Mycobactéries non tuberculeuses.

D'autres agents pathogènes opportunistes, comme Acinetobacter baumannii, Stenotrophomonas maltophilia, Burkholderia cepacia et Sphingomonas paucimobilis, sont moins courants et leur portée pour la santé publique demeure incertaine. D'autres ressources présentent des renseignements sur ces agents pathogènes opportunistes (Falkinham, 2015b; LeChevallier et coll., 2024). Il est important de noter que, dans la plupart des cas, les mesures mises en œuvre pour gérer les agents pathogènes opportunistes bien établis seront également efficaces pour maîtriser ces microorganismes (LeChevallier et coll., 2024).

Les agents pathogènes opportunistes bien établis ont des caractéristiques communes (Falkinham, 2015b; 2023a; Leslie et coll., 2021) qui contribuent à leur survie et à leur prolifération dans les réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment, notamment :

B.3.1.1 Adhérence aux surfaces et formation de biofilms

Une caractéristique clé partagée par les agents pathogènes opportunistes est leur hydrophobie relativement élevée à la surface cellulaire, ce qui favorise leur attachement aux surfaces plutôt que leur maintien en suspension dans l'eau (Buse et coll., 2018; Falkinham, 2021; Lytle et coll., 2004), menant à la formation de biofilms. Les biofilms sont des structures complexes composées de microorganismes qui s'accrochent les uns aux autres et/ou aux surfaces, et sont intégrés dans une matrice gélatineuse de composés, appelée substances polymériques extracellulaires (SPE), qu'ils excrètent (voir B.2.1 Présence de microorganismes et de biofilms). La structure des SPE offre une protection contre les prédateurs et désinfectants (Simões et coll., 2009), et facilite l'accès aux nutriments ainsi que leur absorption et leur utilisation (Flemming et Wingender, 2010; LeChevallier et coll. 1988; Prest et coll., 2016). Les agents pathogènes opportunistes dans les biofilms présentent une résistance accrue à une gamme de facteurs de stress comparativement à leurs homologues qui flottent librement (Costerton et coll., 1995).

L'adhérence aux surfaces et la formation de biofilms peuvent être améliorées par des conditions dans la plomberie du bâtiment (voir B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau).

B.3.1.2 Prolifération dans les amibes

Une autre caractéristique commune des agents pathogènes opportunistes est leur capacité à résider et à se multiplier au sein des amibes libres (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015a; 2015b; Pruden et coll., 2013). Les amibes libres, comme Acanthamoeba et Naegleria, se nourrissent d'autres microorganismes, y compris d'autres agents pathogènes opportunistes, que l'on trouve dans les biofilms des réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment (Smirnov et coll., 2005; Thomas et Ashbolt, 2011). Lorsqu'ils sont consommés par les amibes libres, ces agents pathogènes opportunistes résistent généralement à la digestion et survivent (Thomas et Ashbolt, 2011). Legionella, les mycobactéries et Pseudomonas figurent parmi les agents pathogènes opportunistes dont la présence au sein des amibes a été démontrée. Dans le cas de L. pneumophila, sa croissance se fait principalement au sein d'Acanthamoeba (Bouyer et coll., 2007).

Ces amibes fournissent aux agents pathogènes opportunistes une source de nutriments et un moyen de transport (Buse et coll., 2012; NASEM, 2020; Percival et Williams, 2014), assurant ainsi la survie. Les microorganismes sont aussi protégés des conditions difficiles, comme la présence de désinfectants et la hausse des températures de l'eau. De plus, les microorganismes endommagés, comme ceux dans un état viable mais non cultivable, peuvent se rétablir au sein des amibes hôtes (Li et coll., 2014; Oliver, 2010). La prolifération de microorganismes dans les amibes libres a également démontré qu'elle confère à ces microorganismes des caractéristiques nouvelles ou modifiées, telles qu'une virulence accrue (Brieland et coll., 1997; Cirillo et coll., 1997). Le résultat global est que les agents pathogènes opportunistes au sein des amibes libres sont protégés et peuvent atteindre des concentrations considérées comme dose potentiellement infectieuse (Ashbolt, 2023; Shaheen et Ashbolt, 2018) (voir B.6 Stratégies de gestion).

Bien que les agents pathogènes opportunistes puissent persister dans les biofilms en l'absence d'un amibe hôte, leur réplication se produit principalement au sein des amibes (Ashbolt, 2023; NASEM, 2020). Des études sur l'expression génique suggèrent qu'ils ont évolué afin de contrôler leurs hôtes amibes, ce qui assure leur prolifération et leur transmission (Burstein et coll., 2016; Chauhan et coll., 2023; Li et coll., 2020; Quan et coll., 2020). Une autre preuve de leur dépendance vis-à-vis des amibes pour leur propagation provient des études de détection qui rapportent fréquemment qu'elles coexistent (Lau et Ashbolt, 2009; Logan-Jackson et Rose, 2021; Thomas et coll., 2006; 2008).

Étant donné le rôle crucial que jouent les amibes libres comme Acanthamoeba et Naegleria en tant qu'hôte, réservoir et véhicule pour d'autres agents pathogènes opportunistes, elles représentent un enjeu de santé publique beaucoup plus large que le rôle direct qu'elles jouent en tant qu'agents pathogènes (Pruden et coll., 2013; Thomas et Ashbolt, 2011).

B.3.1.3 Résistance aux désinfectants

La plupart des agents pathogènes opportunistes sont intrinsèquement plus résistantes que les indicateurs fécaux aux désinfectants utilisés dans le traitement de l'eau (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015b; Pruden et coll., 2013). Le degré de la résistance varie selon les genres et selon les espèces et souches. Par exemple, les Mycobacterium spp. sont très résistantes. M. avium, en particulier, est environ 1 000 fois plus résistante que les indicateurs fécaux au chlore et à d'autres désinfectants (chimiques) (Taylor et coll., 2000). Acanthamoeba et N. fowleri, en particulier leurs kystes, sont également considérablement résistants aux désinfectants (Bartrand et coll., 2014; Santé Canada, 2019c; Hijnen et coll., 2011; Loret et coll., 2008). P. aeruginosa et Legionella sont généralement inactivés par le chlore libre à des concentrations couramment utilisées lors du traitement de l'eau. Cependant, Legionella peut s'adapter à des conditions fluctuantes en se différenciant en types cellulaires plus résistants à la désinfection (NASEM, 2020; Robertson et coll., 2014). Comme mentionné précédemment, la résistance des agents pathogènes opportunistes aux désinfectants est accrue dans les biofilms et au sein des amibes libres.

En raison de la résistance aux désinfectants des agents pathogènes opportunistes, ils peuvent survivre au traitement de l'eau et entrer dans le réseau de distribution d'eau potable, où ils se multiplient et sont transportés vers les résidences.

B.3.1.4 Tolérance à la température

Les agents pathogènes opportunistes sont capables de survivre sur une large plage de températures, bien au-delà de leurs plages optimales de croissance (voir Tableau 3) (Pruden et coll., 2013). Les kystes Acanthamoeba, par exemple, ont démontré qu'ils peuvent résister à des températures allant de ­20 à 56 °C (Chalmers, 2014). Les kystes de N. fowleri peuvent tolérer des températures allant jusqu'à 60 °C (Santé Canada, 2022b). Dans le cas de Legionella, une survie a été observée après plusieurs heures à 50 °C (Bartram et coll., 2007; Dennis et coll., 1984; Konishi et coll., 2006), plusieurs minutes à 60 °C (Leoni et coll., 2005), et même après un choc thermique de 30 minutes à 70 °C (Allegra et coll., 2011). La survie de Legionella a également été observée à basse température, entre 20 et 25 °C, où elles pouvaient encore croître, bien que lentement (Kusnetsov et coll., 2003; van der Kooij, 2014). Les mycobactéries et P. aeruginosa peuvent croître à des températures aussi basses que 15 °C (George et coll., 1980) et 4 °C (Chakravarty et Anderson, 2015), respectivement.

B.3.1.5 Croissance à de faibles concentrations d'oxygène et de carbone organique

Les concentrations d'oxygène dissous diminuent dans l'eau au sein de la plomberie du bâtiment lors des périodes de faible débit ou de stagnation (voir B.2.9 Débits variables et consommation d'eau) (Wang et coll., 2012a). Cependant, certains agents pathogènes opportunistes peuvent s'adapter et croître à de faibles niveaux d'oxygène (Falkinham, 2015b; Falkinham et coll., 2015a; 2015b). P. aeruginosa et M. avium, en particulier, peuvent croître dans des environnements microaérobies (Falkinham, 2015b; Leslie et coll., 2021; Lewis et Falkinham, 2015).

Afin de minimiser la détérioration de la qualité microbiologique de l'eau lors de sa distribution, les fournisseurs d'eau potable tentent de limiter la concentration de nutriments, y compris le carbone organique assimilable (COA), dans l'eau traitée (Camper et coll., 2003; LeChevallier et coll., 1991; van der Kooij, 2003). Bien que cette stratégie ait prouvé son efficacité pour réduire la croissance bactérienne totale, elle ne semble pas limiter la prolifération des agents pathogènes opportunistes (Falkinham, 2023b; Proctor et coll., 2017). Les mycobactéries et P. aeruginosa, en particulier, semblent préférer des concentrations plus faibles de COA (Proctor et coll., 2017). La prolifération de L. pneumophila et des amibes n'est pas limitée par de faibles niveaux de COA, car ces organismes se tournent vers d'autres sources de nutriments (Temmerman et coll., 2006; Thomas et Ashbolt, 2011).

B.3.2 Exposition

Les expositions liées à l'eau constituent la principale voie d'exposition préoccupante pour les agents pathogènes opportunistes. Comme mentionné à la section B.3.1 Caractéristiques des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, ces microorganismes sont des habitants normaux des eaux naturelles, des réseaux de distribution d'eau potable et de la plomberie du bâtiment. Par conséquent, les humains sont régulièrement exposés aux agents pathogènes opportunistes dans la communauté. Selon les conditions dans le système de plomberie (voir B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau), les agents pathogènes opportunistes peuvent se multiplier jusqu'à des niveaux susceptibles d'avoir un impact sur les personnes présentant un risque accru d'infection (voir B.3.3 Transmission). Les données issues d'études sur la présence d'agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle ont été analysées afin de déterminer la fréquence de détection à ces endroits (voir Partie D). Les études étaient limitées à celles menées dans le nord des États-Unis et au Canada afin d'évaluer les résultats provenant de sites disposant de systèmes de plomberie et de conditions climatiques comparables à ceux du Canada. Compte tenu des différentes approches des études et méthodes analytiques appliquées, les comparaisons de la présence et des concentrations entre les études demeurent difficiles. La Figure 6 montre le pourcentage d'habitations dans le nord des États-Unis et au Canada où des agents pathogènes opportunistes ont été détectés dans l'eau potable, selon des méthodes de culture et de réaction de polymérisation en chaîne (PCR). L'échelle suivante a été utilisée pour évaluer la fréquence des détections des agents pathogènes opportunistes rapportées dans les études individuelles : jamais : 0 %, rarement : de 1 à 15 %, occasionnellement : de 16 à 49 %, souvent : de 50 à 75 %, habituellement : de 76 à 99 %, toujours : 100 %.

Figure 6 : Pourcentage de résidences dans lesquelles des agents pathogènes opportunistes ont été détectés dans l'eau potable, selon les résultats obtenus par des méthodes de culture et par réaction de polymérisation en chaîne quantitative (PCR quantitative), d'après des études menées dans le nord des États-Unis et au Canada
Figure 6

élect. – électrique

*petits bâtiments (maisons unifamiliales et commerces de plain­pied); †puits privés et communautaires; ‡données rapportées pour l'ensemble des ménages, mais aucune détection n'a été observée pour les puits privés.

Figure 6 : Description textuelle
Source d’eau Microorganisme PCR quantatives Culture
Municipal Acanthamoeba spp 14% 15%
Municipal Legionella spp.  53 à 100% 8 à 14%
Puits privé Legionella spp.  5 à 71% 0 à 18%
Municipal L. pneumophila 0 à 63% 0 à 40%
Private well L. pneumophila 15% 2%
Municipal NTM or Nontuberculous Mycobacteria 100% 42 à 58%
Private well NTM or Nontuberculous Mycobacteria 0 à 41% 0%
Municipal M. avium 24 à 75% 23 à 38%
Private well M. avium 10 à 100% 0%
Municipal P. aeruginosa 3 à 100% s.o.

Les données des études présentées à la Partie D et à la Figure 6 ont montré que :

Le Tableau D1 et le Tableau D2 dans la Partie D fournissent des détails sur les concentrations d'agents pathogènes opportunistes observées dans les études. Les données provenant de maisons alimentées par le réseau municipal ont montré que, pour les genres d'agents pathogènes opportunistes plus larges, à savoir Legionella spp. et Mycobacterium spp. (MNT), les concentrations mesurées par PCR quantitative dans les échantillons positifs couvraient une large plage, allant de valeurs inférieures aux limites de quantification jusqu'à environ 6 log et 7 log de copies de gènes/L, respectivement (Haig et coll., 2020; Rhoads et coll., 2020; Schwake et coll., 2016; Wang et coll., 2012a). Les MNT constituent, en moyenne, le groupe de bactéries le plus abondant dans les échantillons de biofilms prélevés dans les pommes de douche (Feazel et coll., 2009; Gebert et coll., 2018). En ce qui concerne les concentrations de L. pneumophila mesurées par PCR quantitative dans les résidences alimentées par le réseau municipal, une étude a rapporté que le 90e percentile des échantillons positifs était inférieur aux limites de quantification (Rhoads et coll., 2020), tandis que d'autres ont rapporté des valeurs allant d'environ 2 à 4 log de copies de gènes/L (Donohue et coll., 2019a; Wang et coll., 2012a). Des études menées dans des foyers approvisionnés par le réseau municipal ont montré que les échantillons positifs pour L. pneumophila, déterminés par culture, présentaient souvent des concentrations supérieures à 10 unités formant des colonies (UFC)/mL (10 000 UFC/L), seuil de croissance non contrôlée dans l'eau potable proposé par le CDC (CDC, 2021c). Des valeurs de 4 à 5 log UFC/L ont été rapportées pour certains échantillons prélevés dans des chauffe-eau et de robinets d'eau chaude (Arnow et coll., 1985; Dewailly et Joly, 1991; Gleason et coll., 2023; Stout et coll., 1992b). Pour M. avium, les concentrations mesurées par PCR quantitative dans les résidences alimentées par un réseau municipale, variaient de 1,5 à 4,4 log de cibles génétiques /L (Donohue et coll., 2019a; Pfaller et coll., 2022; Wang et coll., 2012a) et aucune donnée chiffrée fondée sur la culture n'a été rapportée.

Parmi les données relatives aux maisons alimentées par des puits privés, Clark et coll. (2025) ont montré que les concentrations de L. pneumophila mesurées par PCR quantitative étaient supérieures à la limite de quantification dans un seul des 23 sites où elle a été détectée. Pfaller et coll. (2022) ont rapporté des concentrations de M. avium mesurées par PCR quantitative variant de 1,7 à 2,7 unités génomiques/L et pour M. intracellulare variant de 1,4 à 7,1 unités génomiques/L dans des résidences alimentées par un puits privé. Aucune étude n'a rapporté de détection par culture de L. pneumophila ou de M. avium.

Très peu d'études ont présenté des données sur la détection d'agents pathogènes opportunistes dans l'eau potable dans des immeubles résidentiels à logements multiples (Arnow et coll., 1985; Donohue et coll., 2019a; Feazel et coll., 2009; Marrie et coll., 1994). Arnow et coll. (1985) ont rapporté des taux similaires de détection de L. pneumophila cultivable dans les maisons (25 %) et les immeubles résidentiels à logements multiples (32 %). Des taux plus élevés de détection d'agents pathogènes opportunistes dans les appartements résidentiels comparativement aux maisons unifamiliales ont été rapportés par Marrie et coll. (1994) pour les Legionella spp. (25 % par rapport à 8 %, respectivement) et par Donohue et coll. (2019a) pour M. avium (50 % par rapport à 28 %, respectivement). Feazel et coll. (2009) ont rapporté des taux de détection plus élevés des séquences génétiques de M. avium dans les biofilms de pommes de douche provenant de condominiums et d'appartements (22 %) comparativement aux maisons unifamiliales (0 %). Cependant, des analyses de suivi ont indiqué que les taux de détection dans les deux types de logements pourraient être sous-estimés (Feazel et coll., 2009).

Des renseignements supplémentaires proviennent d'études modélisant les activités liées à l'eau en milieu résidentiel à l'aide d'un système de plomberie domestique simulé. Gomez-Alvarez et coll. (2023) ont observé une croissance d'agents pathogènes opportunistes dans le chauffe-eau électrique et dans d'autres parties du réseau d'alimentation en eau chaude (température moyenne : de 25,5 à 31,°C), L. pneumophila (5,5 à 5,7 log copies de gènes/L) étant l'agent pathogène le plus répandu, suivi de M. intracellulare (3,4 log copies de gènes/L) et P. aeruginosa (3,3 log copies de gènes/L). M. avium et M. abscessus n'ont pas été détectés. Dans une étude de suivi, Gomez-Alvarez et coll. (2024) ont montré que la stratification thermique dans le chauffe-eau électrique réglé à 49 °C produisait des conditions (températures de 35 à 42 °C, chlore résiduel plus faibles, stagnation prolongée) entraînant un nombre plus élevé de copies de gènes de Mycobacterium et des comptes cultivables de L. pneumophila au fond du chauffe-eau.

Des corrélations entre les détections d'agents pathogènes opportunistes dans les résidences et les caractéristiques des systèmes de plomberie ont été observées. La température de l'eau chaude est le facteur le plus important déterminant la croissance de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle. Les auteurs ont rapporté une détection plus fréquente de Legionella spp. et de L. pneumophila, associée à des températures de chauffe-eau inférieures à 40 °C dans les sédiments du fond des chauffe-eau électriques et inférieures à 51 °C dans les résidences (pour la plupart) munies d'un chauffe-eau à gaz (Dewailly et Joly, 1991; Gleason et coll., 2023; Rhoads et coll., 2020; Stout et coll., 1992b). Des températures inférieures à 54 à 56 °C aux raccords distaux étaient également associées à une détection plus fréquente de Legionella spp. et de L. pneumophila (Alary et Joly 1991; Arnow et coll. 1985; Dewailly et Joly, 1991; Gleason et coll., 2023; Stout et coll., 1992b). Dans une enquête australienne, la détection de Legionella par PCR quantitative a également été associée aux chauffe-eau instantanés lorsque la température maximale moyenne du chauffe-eau mesurée dans l'étude était inférieure à 50 °C (Hayes-Phillips et coll., 2019). Le type de chauffe-eau est aussi un facteur important pour la détection de Legionella dans les résidences.

Des études canadiennes ont démontré une prévalence plus élevée de L. pneumophila dans les maisons équipées de chauffe-eau électriques (Alary et Joly, 1991; Dewailly et Joly, 1991). Rhoads et coll. (2020) ont rapporté une très faible détection de L. pneumophila dans les maisons de Flint, au Michigan, lors d'une importante éclosion de maladie dans un hôpital local, et ce malgré le fait que les températures des chauffe-eau soient souvent inférieures aux niveaux recommandés pour inhiber la prolifération de Legionella. La forte proportion de chauffe-eau au gaz dans l'étude (60 %) a été présentée comme un facteur contribuant à la faible prévalence (Rhoads et coll., 2020). Rhoads et coll. (2020) ont observé des concentrations plus élevées de Legionella spp. (mais pas de L. pneumophila) par la PCR quantitative dans les maisons ayant une concentration de chlore libre influent inférieure à 0,4 mg/L comparativement à celles qui ont une concentration de chlore libre influent supérieure à 0,4 mg/L. Gleason et coll. (2023) ont observé que les échantillons contenant moins de 0,1 mg/L de chlore étaient plus susceptibles de présenter une détection par culture de Legionella spp. comparativement aux échantillons avec un résiduel de chlore supérieur ou égal à 0,1 mg/L. Haig et coll. (2020) ont constaté que les MNT avaient une fréquence de détection plus élevée dans les maisons où les chloramines étaient utilisées comme désinfectant résiduel. Des études ont démontré que le désinfectant résiduel de chloramine peut mieux contrôler la Legionella dans les systèmes de plomberie, mais peut aussi entraîner une fréquence plus élevée de détection de Mycobacterium spp. (Donohue et coll., 2019b; Pfaller et coll., 2022). La pénétration de la chloramine dans les biofilms peut déplacer les populations d'amibes hôtes vers le stade kystique, réduisant ainsi le potentiel de prolifération de Legionella puisqu'elle ne peut croître que dans les trophozoïtes (NASEM, 2020). En revanche, les mycobactéries sont très résistantes au chlore et à la chloramine et peuvent mieux concurrencer dans les biofilms lorsque d'autres microorganismes moins résistants ont été éliminés (Bal Krishna et coll., 2021; Waak et coll., 2019). En général, ces résultats indiquent que le maintien d'un désinfectant résiduel efficace, quel que soit le type, peut aider à limiter la présence de Legionella spp. et des mycobactéries dans les biofilms d'eau potable (Bartrand et coll., 2024; Buse et coll., 2019; Donohue et coll., 2019b; Norton et coll., 2004).

La détection des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle, parfois à des fréquences et concentrations considérables, indique qu'ils constituent des habitants normaux de ces systèmes. De plus, les caractéristiques de l'environnement de la plomberie résidentielle, notamment des températures d'eau favorisent la prolifération ou la stagnation de l'eau, peuvent créer des conditions propices à leur croissance. Les espèces d'agents pathogènes opportunistes, telles que L. pneumophila et M. avium, qui sont des importantes causes de maladies infectieuses, ont été détectées dans des résidences alimentées par le réseau municipal au moyen de méthodes moléculaires et de culture, ainsi que par des méthodes moléculaires dans des maisons alimentées par un puits privé. Les méthodes de PCR détectent les agents pathogènes opportunistes à des fréquences plus élevées que les méthodes de culture, mais il est difficile d'interpréter ce que signifie la détection d'ADN (Whiley et Taylor, 2016). La détection des marqueurs génétiques ne fournit pas de renseignements sur la viabilité et l'infectivité, mais indique que les organismes étaient vivants à un moment donné dans le système (Dai et coll., 2019; Schwake et coll., 2016), et des niveaux élevés peuvent fournir des preuves de multiplication. Dans l'ensemble, les données suggèrent que la détection des espèces les plus significativement associées à la maladie humaine, à savoir L. pneumophila et M. avium, est plus fréquente parmi les grands immeubles résidentiels à logements multiples que parmi les maisons unifamiliales (Arnow et coll., 1985; Feazel et coll., 2009; Marrie et coll., 1994). De plus, les taux rapportés de détection de L. pneumophila et M. avium cultivables dans les systèmes de plomberie des maisons unifamiliales étaient généralement faibles, et la fréquence de détection dans les systèmes de plomberie des résidences alimentées par des puits privés semble inférieure à celle observée pour les maisons alimentées par le réseau municipal (Byrne et coll., 2018; Clark et coll., 2025; Pfaller et coll., 2022; Rhoads et coll., 2020; Richards et coll., 2018; Tzou et coll., 2020).

Il est évident qu'une grande variété de facteurs influence le devenir des agents pathogènes, leur transport dans les systèmes d'eau potable et leur capacité de prolifération dans la plomberie résidentielle (voir B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau), influençant ultimement les modes de détection dans les résidences individuelles. La mise en place de bonnes pratiques de gestion de la qualité de l'eau aide à limiter la prolifération d'agents pathogènes opportunistes dans les résidences (voir B.6 Stratégies de gestion).

B.3.3 Transmission

Malgré la présence d'agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment, leur capacité à provoquer une maladie dépend de la survenue d'événements précis et de conditions favorables. Cette série d'événements et de conditions est appelée chaîne de transmission, et comprend : 1) la présence des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment, et leur persistance ainsi que leur prolifération en fonction des conditions qui s'y trouvent (voir B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau); 2) la capacité des composants de la plomberie, comme les raccords, à agir comme source et mécanisme de dispersion des agents pathogènes opportunistes (par exemple, la production d'aérosols contenant des agents pathogènes opportunistes); 3) la présence de personnes dans le logement et l'existence d'une voie d'entrée dans le corps (par exemple, par inhalation d'aérosols); 4) la capacité des agents pathogènes opportunistes à atteindre des sites cibles dans le corps (par exemple, être déposées dans les poumons) et à initier une infection; et 5) la susceptibilité de la personne à l'infection (ASHRAE, 2023a; CCIAQ, 2023; NASEM, 2020). La Figure 7 illustre la chaîne de transmission principale de Legionella.

Figure 7 : Chaîne de transmission des Legionella spp. entraînant une maladie chez l'humain [adaptation des CDC (2021b)]
Figure 7
Figure 7 : Description textuelle
  1. Conditions favorisant la croissance de la Legionella dans la plomberie du bâtiment :
    • immeuble de grande hauteur avec deux tours de refroidissement sur le toit, dégageant de la brume
    • des bactéries dans un biofilm et de l’eau dans une conduite d’eau
    • des thermomètres immergés dans l’eau
  2. Aérosolisation d’eau contaminée :
    • tour de refroidissement dégageant de la brume
    • pomme de douche pulvérisant de l’eau
    • fontaine décorative avec des jets d’eau
  3. Inhalation ou aspiration d’aérosols contenant des espèces de Legionella :
    • inhalation de, par exemple, l’eau de douche contenant des bactéries
  4. Capacité des espèces de Legionella à provoquer une infection et sensibilité de l’hôte humain :
    • maladie du légionnaire
    • fièvre de Pontiac
    • aucune maladie/asymptomatique

Comme mentionné au point B.3 Agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, les agents pathogènes opportunistes ne sont généralement pas transmises par ingestion. Au contraire, les infections sont principalement associées à l'inhalation ou à l'aspiration d'aérosols (Santé Canada, 2022b; Pruden et coll., 2013). Ainsi, la formation d'aérosols, aussi appelée aérosolisation, constitue une étape cruciale dans la chaîne de transmission. Les agents pathogènes opportunistes sont particulièrement sujets à l'aérosolisation en raison de l'hydrophobicité relative de leur surface cellulaire (Falkinham, 2021; Lytle et coll., 2004). Les aérosols peuvent être générés par divers composants de la plomberie du bâtiment. Ils sont créés lorsque l'eau est éclaboussée, goutte, pulvérisée, vaporisée, bouillonnée ou est émise sous forme de jets (CCIAQ, 2023). Bien que les raccords et les appareils sanitaires puissent générer des aérosols, les raccords, surtout les douches, représentent une source importante de Legionella et de mycobactéries (voir B.2.10.1 Conception), pouvant entraîner une infection (Falkinham, 2011; 2015a; 2021; Falkinham et coll., 2008; Feazel et coll., 2009; Hamilton et coll., 2019; NASEM, 2020; Pruden et coll., 2013).

Une fois formés, les aérosols peuvent rester en suspension dans l'air et/ou se déplacer sur de longues distances, selon les courants d'air (NASEM, 2020). Il a été démontré que Legionella dans les aérosols peut survivre pendant plusieurs heures, selon l'humidité (Berendt, 1980; Dennis et Lee, 1988; Hambleton et coll., 1983). Pour que les agents pathogènes opportunistes aérosolisés puissent être inhalés et (potentiellement) provoquer une maladie, ils doivent demeurer en suspension dans l'air. Un facteur critique qui détermine la durée de suspension des aérosols est leur taille. Plus l'aérosol est grand, plus sa vitesse de sédimentation est élevée, et plus il se dépose rapidement au sol (Hinds, 2012). La taille des aérosols varie en fonction de plusieurs facteurs, notamment la source de l'aérosol et la température de l'eau. Dans le cas d'une douche à l'eau chaude (de 43 à 44 °C au niveau de la pomme de douche, de 35 à 37 °C au niveau du mannequin), par exemple, Zhou et coll. (2007) ont rapporté des aérosols d'un diamètre moyen entre 6,3 à 7,5 μm dans la cabine de douche. Les aérosols étaient nettement plus petits (50 %, soit de 1 à 5 μm) lors d'une douche à l'eau froide (de 24 à 25 °C à la pomme de douche et au niveau du mannequin). Les aérosols générés avec l'eau froide étaient moins concentrés dans la cabine de douche que ceux générés avec l'eau chaude et n'ont pas été détectés à l'extérieur de la cabine. La taille des aérosols était indépendante du débit d'eau.

Pour que l'infection survienne, les aérosols contenant des agents pathogènes opportunistes doivent être inhalés par les personnes sensibles (voir B.3.4.1 Effets sur la santé) et atteindre les poumons. Habituellement, les aérosols de moins de 10 μm se déposent dans les poumons (NASEM, 2020); les agents pathogènes opportunistes qu'ils contiennent peuvent alors s'y multiplier, amorcer une infection et provoquer une maladie chez les personnes sensibles.

B.3.4 Considérations en matière de santé

B.3.4.1 Effets sur la santé

Comme indiqué à la section B.3.1 Caractéristiques des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie les infections causées par les agents pathogènes opportunistes peuvent toucher les poumons, la peau, la circulation sanguine, les yeux ou les voies nasales, selon le point d'entrée du microorganisme infectieux. De plus, les agents pathogènes opportunistes sont des microorganismes qui, en général, présentent un risque plus élevé pour les personnes possédant un ou plusieurs facteurs de risque les rendent plus susceptibles de contracter une infection. Les caractéristiques des personnes sensibles varient selon l'agent pathogène opportuniste considéré (voir Tableau 4).

Dans l'ensemble, les personnes immunodéprimées sont considérées comme présentant un risque élevé d'infections dues aux agents pathogènes opportunistes ainsi que de formes plus graves de la maladie en cas d'infection (CDC, 2025a; 2025c). Plusieurs maladies et affections peuvent affaiblir le système immunitaire, comme le cancer, le diabète, l'insuffisance rénale, l'insuffisance hépatique, le VIH/sida ainsi que certains traitements comme la chimiothérapie ou les médicaments pris après une greffe. Comme les infections pulmonaires sont la forme la plus courante de maladie liée à l'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment, les personnes atteintes de maladies pulmonaires, telles que la bronchopneumopathie chronique obstructive, l'emphysème ou la fibrose kystique, présentent également un risque accru d'infection et d'être malade en cas d'infection (CDC, 2025a; 2025c).

Tableau 4 : Effets sur la santé et facteurs de risque d'infection associés aux agents pathogènes opportunistes
Agents pathogènes Effets sur la santé Facteurs de risque

L. pneumophila

  • Légionellose (maladie causée par Legionella), qui comprend :
  • Maladie du légionnaire : affection respiratoire grave caractérisée par une pneumonie.
  • Fièvre de Pontiac : forme bénigne, de type grippale, auto-limitante non pneumonique.
  • Autre formes de maladie (extrêmement rares) : infections extrapulmonaires touchant la peau ou les tissus mous.
  • Maladie du légionnaire : immunodéficience ou une diminution des capacités immunitaires [âges avancés (entre 40 et 50 ans), traitements immunosuppresseurs, infection par le VIH, enfants immunodéprimés hospitalisés], défense pulmonaire diminuée due au tabagisme ou à l'abus d'alcool, sexe masculin, maladie sous-jacentes (maladies chroniques cardiaques ou pulmonaires, cancer, diabète, insuffisance rénale), chirurgie récente, intubation et utilisation d'équipements de thérapie respiratoire.

7Mycobacterium avium

  • Atteinte pulmonaire : toux persistante, faiblesse et sueurs nocturnes.
  • Dans les cas graves, notamment chez les personnes immunodéprimées, l'infection peut se propager à d'autres parties du corps, telles que les articulations, le foie ou le cerveau).
  • Autres maladies : lymphadénite cervicale, infections cutanées et des tissus mous.
  • Atteinte pulmonaire : âge avancé, maladies pulmonaires (fibrose kystique, bronchopneumopathie chronique obstructive, bronchectasies), diminution des défenses pulmonaires dues au tabagisme et à l'abus d'alcool, déficience immunitaire (notamment en lien avec des traitements immunosuppresseurs); autres affections, telles que les maladies du tissu conjonctif et le reflux gastro­œsophagien.
  • Forme associée à la bronchectasie sans facteurs de risque classiques, aussi appelée « syndrome de Lady Windermere » : sexe féminin, âge avancé, grande taille et faible indice de masse corporelle.
  • Lymphadénite cervicale : jeune âge (1 à 5 ans), infection par le VIH chez les adultes.
  • Infections cutanées : rupture de la barrière cutanée (plaies).

P. aeruginosa

  • Atteinte pulmonaire : fièvre, frissons, toux et respiration laborieuse; infections touchant la peau, les yeux, les oreilles et les voies urinaires.
  • Atteinte pulmonaire : fibrose kystique, maladie pulmonaires (bronchopneumopathie chronique obstructive, bronchectasies), hospitalisations antérieures, intubation et alimentation entérale par sonde, diminution des défenses pulmonaires due au tabagisme, déficit immunitaire (infection au VIH/sida).
  • Infections cutanées : rupture de la barrière cutanée (brûlures, incisions chirurgicales, plaies), hospitalisation.

Acanthamoeba spp.

  • Kératite à Acanthamoeba : vision floue, douleur intense et photosensibilité; dans les cas avancés ou graves : ulcération, œdème, glaucome, cataracte et cécité.
  • Encéphalite amibienne granulomateuse : céphalées, fièvre, nausées, perte de l'équilibre et du contrôle moteur, confusion ou altérations de l'état mental, convulsions, et troubles sensoriels.
  • Autres maladies : infections cutanées et des sinus.
  • Kératite à Acanthamoeba : port de lentilles cornéennes (utilisation d'eau du robinet non stérile pour l'entreposage, le nettoyage ou la désinfection des lentilles; port des lentilles durant la nuit; port des lentilles sous la douche); traumatisme cornéen.
  • Encéphalite amibienne granulomateuse : infection par le VIH/sida, traitement immunosuppresseur, maladie sous-jacente (cancer, diabète), autres affections entraînant une immunodépression.

N. fowleri

  • Méningo-encéphalite amibienne primitive : symptômes similaires à ceux d'une méningite virale ou bactérienne (céphalées, fièvre, nausées et vomissements); à un stade ultérieur : raideur cervicale, altération de l'état mental, hallucinations occasionnelles, convulsions et coma. Les infections sont presque toujours mortelles.
  • Activités permettant l'entrée d'eau contenant N. fowleri dans les voies nasales (rinçage ou irrigation des sinus, baignade ou autres usages récréatifs de l'eau associés à des éclaboussures)

Le nombre de personnes considérées comme à risque d'infections liées aux agents pathogènes opportunistes pourrait être plus élevé que ce que laisse traditionnellement entendre le terme « opportuniste » (Pruden et coll., 2013). Des infections liées aux agents pathogènes opportunistes ont été observées chez des personnes en bonne santé sans facteurs de risque connus et, pour certains agents pathogènes opportunistes, le seul fait d'être plus âgé accroît le risque d'infection (Pruden et coll., 2013). En conséquence, une proportion importante de la population pourrait être considérée comme étant « à risque » (Pruden et coll., 2013). Entre 2022 et 2050, on prévoit que le nombre mondial de personnes âgées de 65 ans et plus fera plus que doubler (ONU, 2022). Collectivement, l'Europe et l'Amérique du Nord pourraient s'attendre à une augmentation de 44 % de la taille de ce groupe d'âge au cours de cette période (ONU, 2022). À mesure que le nombre de personnes âgées ainsi que celles présentant des déficiences immunitaires ou des maladies sous-jacentes augmente, l'impact des agents pathogènes opportunistes augmente également.

B.3.4.2 Maladies d'origine hydrique

Il est difficile de quantifier la contribution de l'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment résidentielle à la morbidité humaine, car tous les cas de maladie ne sont pas nécessairement reconnus, investigués et déclarés. Au Canada, il n'existe pas de système national de surveillance spécifique aux maladies d'origine hydrique (Pons et coll., 2015). Les provinces et territoires rapportent au gouvernement fédéral des données sur les maladies à déclaration obligatoire (Agence de la santé publique du Canada, 2024), classées selon la maladie (par exemple, la campylobactériose) plutôt que selon la voie de transmission (par exemple, hydrique). Ainsi, l'information sur l'ampleur et les sources de la maladie attribuables à l'eau potable est limitée. De plus, il est difficile de confirmer les sources d'infections associées aux agents pathogènes opportunistes pour plusieurs raisons, notamment : 1) la majorité des cas sont sporadiques et non associés à des éclosions; 2) il existe une multitude de sources d'eau différentes auxquelles une personne peut être exposée; 3) les isolats cliniques des patients peuvent ne pas être disponibles; 4) le délai entre le moment où un cas est signalé à la santé publique et celui où un échantillonnage environnemental est effectué; et 5) les limites des méthodes de détection (Kirschner, 2016; Orkis et coll., 2018). Les sources d'infection par les MNT peuvent être particulièrement difficiles à retracer en raison du long délai (comme des mois à des années) qui peut survenir entre l'infection et le moment du diagnostic (Falkinham, 2015a; Field et coll., 2004).

La légionellose est la seule maladie liée aux agents pathogènes opportunistes à déclaration obligatoire à l'échelle nationale au Canada. De 2015 à 2019, une moyenne de 438 cas de maladie du légionnaire ont été signalés chaque année au Canada (Agence de la santé publique du Canada, 2023). Cependant, en tenant compte du sous­diagnostic et de la sous-déclaration, le nombre réel de cas de maladie du légionnaire d'origine hydrique pour cette période est estimée à environ 1 113 cas par année (3,06 cas/100 000 habitants), soit environ 2,6 fois plus que ce qui est rapporté (McMullen et coll., 2024). Les MNT sont considérées comme étant aussi importantes que Legionella en tant que causes de maladies, d'hospitalisations et de décès (Collier et coll., 2021; Greco et coll., 2020); cependant, les données nationales sur les MNT ne sont pas disponibles au Canada puisqu'il ne s'agit pas d'une maladie à déclaration obligatoire à l'échelle nationale. Marras et coll. (2013) ont rapporté qu'en Ontario, entre 2006 et 2010, les taux de maladie pulmonaire associée à les MNT de variaient de 9,7 à 10,7 cas pour 100 000 habitants par année. Les estimations du fardeau des maladies d'origine hydrique aux États-Unis et en Ontario suggèrent que Legionella spp., les MNT et Pseudomonas aeruginosa sont responsables de la majeure partie de ce fardeau, contribuant à plus de 70 % des hospitalisations estimées et à plus de 90 % des décès estimés (Collier et coll., 2021; Greco et coll., 2020). L'incidence des maladies causées par Legionella spp., les MNT et Acanthamoeba spp. augmente au Canada (Karsenti et coll., 2022; Marras et coll., 2013; Agence de la santé publique du Canada, 2023) et est similaire aux tendances rapportées aux États-Unis (Pruden et coll., 2013). Pour la légionellose, le taux de cas signalés a augmenté de plus de huit fois depuis 2000 (Agence de la santé publique du Canada, 2023).

Aux États-Unis, Legionella est la principale cause d'éclosions associées à l'eau potable, et représente près de la moitié de toutes les éclosions signalées (Holsinger et coll., 2022; NASEM, 2020). Cependant, selon les données des CDC, moins de 5 % de tous les cas de maladie du légionnaire aux États-Unis sont attribués à des éclosions (CDC, 2011). La plupart des éclosions de maladies liées aux agents pathogènes opportunistes ont été associées aux réseaux d'alimentation en eau des bâtiments, notamment dans les établissements de soins de santé et les hôtels, tandis qu'un plus petit nombre d'éclosions ont été associées à des immeubles résidentiels et à des résidences privées (Falkinham et coll., 2015a; Hlavsa et coll., 2018; Holsinger et coll., 2022). Parmi les 184 éclosions de Legionella liées à l'eau potable signalées au système de surveillance des CDC, entre 2001 et 2007, 13 (7 %) étaient associées à des appartements et une (0,5 %) à une résidence privée.

Pour la plupart des agents pathogènes opportunistes (Legionella spp., MNT, Acanthamoeba spp., N. fowleri), les cas de maladie sont principalement sporadiques et acquis dans la communauté (CDC, 2022b; Griffith et coll., 2007; Kaufman et Tu, 2022; Yoder et coll., 2010). La plomberie résidentielle est soupçonnée de constituer une source importante de cas sporadiques de maladies liées aux agents pathogènes opportunistes (Hayward et coll., 2022; Logan-Jackson et coll., 2023; Orkis et coll., 2018). Orkis et coll. (2018) ont examiné et classé les sources de cas sporadiques de maladie du légionnaire selon la robustesse des données épidémiologiques. Les réseaux d'alimentation en eau potable dans les maisons unifamiliales et les appartements ont été identifiés comme des sources avérées de maladie du légionnaire (Orkis et coll., 2018). Bien que les données n'aient pas été suffisantes pour démontrer l'importance relative des différentes sources, les appartements (ainsi que d'autres grands immeubles) ont été mis en évidence comme étant susceptibles de poser un risque significatif (Orkis et coll., 2018). Des études menées au Canada et aux États-Unis ont confirmé des correspondances moléculaires entre des isolats provenant de la plomberie de maisons unifamiliales et d'appartements, ainsi que des isolats cliniques associés à des cas sporadiques pour plusieurs agents pathogènes opportunistes, y compris L. pneumophila (Laverdière et coll., 2001; Schumacher et coll., 2020; Silk et coll., 2013; Stout et coll., 1992a), les MNT (Falkinham, 2011; Falkinham et coll., 2008; Marras et coll., 2005; Tichenor et coll., 2012) et Acanthamoeba spp. (Mubareka et coll., 2006).

Dans d'autres études nord­américaines, l'eau provenant de la plomberie résidentielle a été identifiée comme source probable d'exposition pour diverses infections associées aux agents pathogènes opportunistes, selon les études épidémiologiques et environnementales, même en l'absence d'un lien moléculaire confirmé (Barton et coll., 2017; Cope et coll., 2015; Granseth et coll., 2017; Phillips et coll., 1987; Rose et coll., 1983; Yoder et coll., 2012). Pour P. aeruginosa, la plupart des infections surviennent dans les établissements de soins de santé (de manière sporadique et lors d'éclosions), tandis que les infections acquises dans la communauté sont principalement associées à des expositions à des eaux récréatives contaminées, notamment dans les piscines ou spas d'hôtels et de motels (Bédard et coll., 2016b; Pruden et coll., 2013). Dans des cas très rares, des infections à N. fowleri ont été associées à la plomberie du bâtiment dans des États du sud des États-Unis et attribuées à des activités telles que les irrigations nasales ou certains usages récréatifs de l'eau (Bartrand et coll., 2014; Yoder et coll., 2010; 2012).

Une surveillance renforcée, comprenant un échantillonnage environnemental intensif, a été mise en œuvre dans certains pays européens pour mieux comprendre les sources de maladie du légionnaire acquise dans la communauté (Buchholz et coll., 2020; Den Boer et coll., 2015). Des études menées aux Pays-Bas (Den Boer et coll., 2015) et en Allemagne (Buchholz et coll., 2020) ont estimé que 20 à 25 % des cas de maladie du légionnaire signalés dans ces pays pourraient être attribués à l'eau potable résidentielle.

B.3.5 Risque de maladie (et évaluation quantitative du risque microbien)

Comme mentionné précédemment (voir B.3.4.2 Maladies d'origine hydrique), il est difficile de déterminer dans quelle mesure l'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle contribue à la morbidité humaine. L'évaluation quantitative du risque microbien (ÉQRM) est un outil permettant d'estimer les risques pour la santé associés à l'exposition aux agents pathogènes opportunistes (Haas et coll., 2014; Santé Canada, 2019a) et d'orienter les décisions et stratégies de gestion des risques, telles que l'établissement d'exigences pour le traitement de l'eau ou de concentrations critiques. L'ÉQRM suit un processus structuré comprenant l'identification des dangers, l'évaluation de l'exposition, l'évaluation de la relation dose-réponse et la caractérisation des risques (Santé Canada, 2019a). Les estimations issues de l'ÉQRM sont généralement exprimées par rapport à un niveau de risque cible, également appelé niveau de risque acceptable. Aux États-Unis, il est courant d'utiliser un niveau de risque annuel de 10­4 infections par année (Regli et coll., 1991), tandis que l'Organisation mondiale de la Santé et les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada retiennent un seuil de 10­6 années de vie ajustées en fonction de l'incapacité (AVCI) par personne par année (Havelaar et Melse, 2003; Santé Canada, 2019a; NASEM, 2020; OMS, 2022a). Il est important de souligner que ces deux niveaux de risque acceptables ont été établis en fonction des risques associés aux agents pathogènes entériques, qui incluent généralement des conséquences sur la santé de légères à modérées. La cryptosporidiose, par exemple, est associée à un ratio de 0,3 d'AVCI pour 100 infections. Dans le cas de Legionella, la gravité de la maladie du légionnaire correspond à un ratio d'AVCI par infection plus de 300 fois plus élevé (NASEM, 2020).

Plusieurs modèles d'ÉQRM ont été élaborés afin de caractériser le risque de légionellose associé à l'exposition à des eaux contenant L. pneumophila dans divers scénarios (Ahmed et coll., 2010; Armstrong et Haas, 2007; 2008; Azuma et coll., 2013; Bouwknegt et coll., 2013; de Man et coll., 2014; Sales-Ortells et Medema, 2014; 2015; Schoen et Ashbolt, 2011; Storey et coll., 2004). Ces modèles diffèrent quant à leurs hypothèses et à leurs 'approches mathématiques, puisqu'il n'existe pas de méthode standardisée pour l'ÉQRM appliquée à Legionella. Dans le but d'harmoniser les pratiques, Hamilton et Haas (2016) ont proposé un cadre méthodologique applicable à la conduite d'une ÉQRM pour Legionella (voir Figure 8). Ce cadre décrit les principales étapes et paramètres dans la chaîne de transmission, y compris l'évaluation du risque lié aux l'inhalation d'aérosols, à l'aide de modèles dose-réponse.

Une ÉQRM nécessite un nombre important de paramètres d'entrée, chacun étant associé à un certain degré d'incertitude. Cependant, en l'absence de données précises, le risque peut être calculé en estimant ces incertitudes pour chaque paramètre et en les intégrant dans les calculs (NASEM, 2020). Une analyse de la sensibilité peut également être réalisée pour cibler les paramètres ayant le plus grand impact sur l'incertitude entourant l'estimation du risque.

Figure 8 : Cadre méthodologique pour l'ÉQRM de Legionella (Hamilton et Haas, 2016). Reproduit avec l'autorisation de RSC Publications, format ouvrage, via le Copyright Clearance Center.
Figure 8
Figure 8 : Description textuelle
  1. concentration de Legionella dans l’eau et les biofilms , corrigée en fonction du taux de récupération
  2. entrée de la Legionella provenant des biofilms dans l’eau distribuée
  3. taux de génération d’aérosols (propre au scénario)
  4. enrichissement bactérien pour les systèmes où des bulles ou des brumes condensées sont générées
  5. distribution de la taille des aérosols générés
  6. répartition bactérienne dans les aérosols selon la taille
  7. transport, dispersion, évaporation et dépôt des aérosols
  8. survie, virulence et viabilité des bactéries au cours  du transport en fonction des conditions environnementales
  9. inhalation
  10. dépôt des aérosols dans les alvéoles en fonction de la taille
  11. modèle dose-réponse
  12. caractérisation des risques et analyse de la sensibilité

En appliquant ce cadre, Hamilton et coll. (2019) ont estimé des concentrations critiques de L. pneumophila dans les aérosols générés lors d'usages résidentiels de l'eau à l'intérieur, soit les douches, les robinets et les toilettes. Les risques associés à la douche étaient les plus élevés, tandis que ceux liés aux toilettes les plus faibles. En adoptant un niveau de risque cible de 10­4 infections par personne et par année, la concentration médiane de L. pneumophila était de 1,41 × 103UFC/L, ce qui concorde avec la plupart des recommandations des documents de conseils, qui préconisent des concentrations inférieures à 1 UFC/mL (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c; ESGLI, 2017; HSE, 2024). En revanche, lorsqu'on utilise un niveau de risque cible de 10­6 AVCI par personne par année, la concentration médiane de L. pneumophila était de 1,44 × 101UFC/L, soit une valeur proche ou inférieure à la limite de détection des méthodes de surveillance par culture (ASHRAE, 2023b; Bukhari et coll., 2023). Clark et coll. (2025) ont modélisé le risque d'infection et de maladie liés à L. pneumophila dans les maisons en région rurale de l'Illinois alimentées par des puits privés et ont conclu qu'il était inférieur à celui estimé pour les maisons approvisionnées par les réseaux municipaux. Cependant, le risque de légionellose des maisons alimentées par des puits privés n'était pas négligeable et dépassait l'indicateur cible de 10−4 (soit 1 cas sur 10 000 par année) pour le risque annuel chez les adultes lors de la douche, particulièrement chez les personnes âgées (Clark et coll., 2025). En général, les estimations du fardeau de la maladie indiquent que les populations desservies par des puits privés présentent un risque plus élevé de maladies gastro-intestinales aiguës associées à l'eau domestique que des maladies liées aux agents pathogènes opportunistes (Hynds et coll., 2014; McMullen et coll., 2024; Murphy et coll., 2016).

Les estimations du risque devraient être interprétées avec prudence, car elles reposent sur plusieurs hypothèses, y compris celles liées à la distribution spatiale et temporelle de L. pneumophila dans la plomberie du bâtiment. EIles dépendent aussi de la qualité des données utilisées pour les générer et de la manière dont ces données ont été acquises — par exemple, la détection par culture par rapport aux méthodes moléculaires (Hamilton et Haas, 2016). Bentham et Whiley (2018) abordent l'incertitude associée aux facteurs utilisés pour élaborer une ÉQRM. Une limite importante de la plupart des modèles d'ÉQRM appliqués à Legionella se rapporte à l'hypothèse selon laquelle les hôtes présentent une susceptibilité équivalente à l'infection. À ce jour, un seul modèle d'ÉQRM a intégré les variations de susceptibilité des hôtes dans l'estimation du risque de légionellose au sein de la plomberie du bâtiment (Weir et coll., 2020). Malgré leurs limites, ces modèles comblent des lacunes importantes et contribuent à éclairer les stratégies visant à atténuer et/ou gérer les risques associés aux agents pathogènes opportunistes.

Les ÉQRM appliquées à d'autres agents pathogènes opportunistes, telles que Pseudomonas aeruginosa et les MNT, n'ont généralement pas été réalisées en raison de l'absence de modèles dose-réponse reconnus pour ces microorganismes (Ashbolt, 2015; Hamilton et coll., 2017). Hamilton et coll. (2017) ont mené une revue critique des données d'infectiosité relatives à M. avium et ont identifié des modèles dose-réponse applicables aux infections pulmonaires, de manière analogue à ceux employés pour l'élaboration des estimations d'ÉQRM pour Legionella. Les auteurs ont également proposé un cadre méthodologique visant à intégrer ces modèles dose­réponse dans une ÉQRM.

B.4 Contaminants chimiques

B.4.1 Sources d'exposition

Les consommateurs peuvent être exposés à des contaminants chimiques inorganiques et organiques dans l'eau potable. Ces contaminants peuvent provenir de différentes sources telles que l'eau de surface ou souterraine, de procédés de traitement (comme les coagulants à base d'aluminium ou de fer) ou du relargage/libération provenant du réseau de distribution, et/ou des matériaux du système de plomberie du bâtiment (par exemple, entrées de service en plomb, raccords en laiton, tuyaux en cuivre, tuyaux galvanisés et composants). Les contaminants inorganiques (par exemple, le plomb, l'arsenic, le cadmium, le cuivre, le fer et le manganèse) présents dans l'eau potable peuvent être déposés dans le réseau de distribution où ils s'accumulent (Bradham et coll., 2023; Friedman et coll., 2010; Santé Canada, 2025b; Hill et coll., 2010; Lytle et coll., 2014; Peng et coll., 2012; Schock et coll., 2008; Triantafyllidou et coll., 2019). Les principaux mécanismes par lesquels les contaminants inorganiques s'accumulent dans le réseau de distribution sont l'adsorption et la coprécipitation sur solides, en particulier les particules de fer et les dépôts de corrosion (par exemple, les oxydes de fer hydraté), les solides d'aluminium et les solides de manganèse (par exemple, les oxydes de manganèse hydraté) (Santé Canada, 2024a).

Si des changements physiques (hydrauliques), chimiques ou microbiens surviennent, ces composés inorganiques peuvent être libérés dans l'eau, ce qui pourrait entraîner une augmentation des concentrations au robinet. Le phénomène d'accumulation et de libération peut aussi entraîner des événements de coloration de l'eau (par exemple, eau rouge, jaune, orange, grise ou noire). Ces événements sont un indicateur d'une exposition potentielle à des contaminants chimiques préoccupants pour la santé, par exemple le plomb, le manganèse et l'arsenic. Lorsque le fer, le manganèse et l'aluminium sont présents dans les réseaux de distribution et les systèmes de plomberie, ils agissent comme des puits, adsorbant les métaux et les transportant jusqu'au robinet (Santé Canada, 2019e; 2019f; 2021b; 2024a; 2025b).

Des contaminants organiques tels que les SPD peuvent aussi se former dans les réseaux de distribution d'eau potable à la suite des processus de désinfection. Les SPD sont formés au sein des réseaux de distribution d'eau potable et de la plomberie du bâtiment, et les consommateurs peuvent être exposés au point d'utilisation.

B.4.2 Exposition

L'exposition à ces contaminants peut se produire à la maison, à l'école ou au travail, où différents contaminants peuvent être présents. Il n'est pas possible de fournir une plage typique de concentrations pour des contaminants spécifiques auxquels les gens au Canada peuvent être exposés par la voie de l'eau potable, car ils peuvent varier fortement en raison de plusieurs facteurs. Les données sur les contaminants individuels sont répertoriées par secteurs de compétence dans chaque document technique spécifique sous les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada.

De grandes variations de concentrations de plomb ont également été rapportées dans la littérature au sein d'un réseau de distribution ou d'un site individuel, en fonction de plusieurs facteurs tels que la source du plomb (comme l'entrée de service en plomb), le temps de stagnation, l'âge du système de plomberie, la qualité de l'eau (par exemple, pH et alcalinité) et les protocoles d'échantillonnage pour divers objectifs (comme la conformité, le contrôle de l'exposition ou de la corrosion). En raison de cette grande variabilité, il est difficile d'évaluer l'exposition exacte au plomb provenant de l'eau potable (Santé Canada, 2019e). Il a été démontré que les entrées de service en plomb demeurent une source très élevée de plomb et contribuent de 50 à 86 % du plomb total au robinet après de longues périodes de stagnation (Lytle et coll., 2019; Sandvig et coll., 2008).

Les concentrations de cuivre sont moins variables que celles du plomb et sont généralement bien en dessous de la valeur recommandée pour la santé. L'exposition dans l'eau potable est généralement considérée comme faible, bien que certaines concentrations élevées aient été rapportées dans les données de conformité soumises dans le document technique sur le cuivre (Santé Canada, 2019b).

B.4.3 Effets sur la santé

Les principaux renseignements concernant la santé liée à l'exposition à ces contaminants sont présentés dans chaque document technique spécifique sous les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada. Pour tous les contaminants chimiques, les effets potentiels sur la santé dépendent des conditions d'exposition, des concentrations et de la durée de l'exposition. Un résumé des effets sur la santé des contaminants est également présenté dans le tableau 2. Les paramètres chimiques des Tableaux sommaires des Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada.

La corrosion tend à entraîner l'augmentation de la concentration de nombreux métaux au robinet du consommateur. Les dépôts de corrosion dans les tuyaux constituent aussi un réservoir majeur pour une grande variété de contaminants, dont certains sont un problème pour la santé, en particulier le plomb. La toxicité du plomb a été largement documentée chez l'humain grâce aux niveaux de plomb dans le sang (c'est-à-dire, la plombémie), et il s'agit du principal contaminant préoccupant pour la santé en ce qui concerne la corrosion. Les effets du plomb sur la santé qui ont été étudiés incluent une augmentation de la pression artérielle et des dysfonctions rénales chez les adultes, ainsi que des effets cognitifs et comportementaux néfastes chez les enfants. L'association la plus forte observée à ce jour est entre l'augmentation de la plombémie chez les enfants et la réduction des scores de quotient d'intelligence (Q.I.), qui est le principal résultat préoccupant pour la santé. Aucun niveau d'exposition sécuritaire au plomb chez les enfants n'a été identifié (Santé Canada, 2019e). Certaines études ont déterminé que le plomb dans l'eau potable peut contribuer de manière significative à l'exposition totale au plomb chez les enfants (augmentation des niveaux de plombémie) même à très faibles concentrations (Deshommes et coll., 2013; Levallois et coll., 2018; Ngueta et coll., 2014). Par conséquent, tous les efforts possibles devraient être déployés pour maintenir les concentrations de plomb dans l'eau potable au niveau le plus faible possible (Santé Canada, 2019e).

B.5 Impacts des changements climatiques

Les impacts des changements climatiques, principalement les variations des précipitations et des températures, devraient entraîner des événements plus fréquents et extrêmes, par exemple des tempêtes, des inondations, des sécheresses et des feux de forêt. On s'attend aussi à ce que les changements climatiques modifient les principales caractéristiques physico-chimiques des sources d'eau potable, ayant ainsi des impacts sur plus que les agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment. Ces changements climatiques et modifications dans les sources d'eau influent sur la présence, la prolifération et la probabilité d'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment.

Le Tableau 5 offre un aperçu des principaux facteurs climatiques et des impacts attendus sur la qualité de l'eau potable dans la plomberie du bâtiment (Blanc et coll., 2021b; Bruaset et Sægrov, 2018; Dao et coll., 2023; Dupke et coll., 2023; Hohner et coll., 2016; LeChevallier et coll., 2024; Lyle et coll., 2023; O'Keeffe, 2022).

Tableau 5 : Impacts des changements climatiques menant à une exposition humaine accrue aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie et aux contaminants chimiques dans les réseaux de plomberie du bâtiment
Facteurs climatiques Causes liées au climat Impacts

Évolution des régimes de précipitations et des événements pluviohydrologiques

Augmentation des précipitations et des événements pluviohydrologiques

  • Les événements de précipitation extrême et les inondations provoquent des ruissellements de surface, introduisant des agents pathogènes, des nutriments et des matières en suspension dans les sources d'eau
  • Les phénomènes météorologiques violents peuvent endommager les infrastructures des systèmes de traitement de l'eau potable, ce qui entraîne des défis opérationnels

Sécheresse

  • Concentration des agents pathogènes et des nutriments dans l'environnement et les sources d'eau
  • Les événements de précipitation après la sécheresse causent un ruissellement particulièrement élevé en agents pathogènes et nutriments
  • Changement des caractéristiques physico­chimiques des eaux souterraines (par exemple, pH et potentiel d'oxydoréduction) et concentration de contaminants inorganiques (fer, plomb et manganèse)

Périodes plus longues et plus intenses de température élevée

Augmentation des températures de l'air et de l'eau

  • Favorise la survie et la propagation des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie dans l'environnement naturel
  • L'augmentation des températures du sol entraîne des températures élevées dans les réseaux de distribution d'eau potable
  • L'augmentation de la température de l'air entraîne un réchauffement dans la plomberie du bâtiment, ce qui peut entraîner des changements dans la structure et la composition de la communauté de biofilm
  • Les variations de température et les changements dans le moment et l'abondance des précipitations influent sur le taux de recharge des eaux de surface et des eaux souterraines :
  • Les hivers plus chauds avec moins de neige réduisent la dilution des nutriments et des agents pathogènes dans les sources d'eau
  • Les fontes des neiges introduisent des agents pathogènes et des nutriments dans les sources d'eau
  • L'augmentation de la demande des consommateurs entraîne une hausse de la consommation d'eau et accroît le risque de détachement des biofilms, de remise en suspension des sédiments et de formation d'aérosols contaminés; la pression supplémentaire exercée sur des infrastructures vieillissantes entraîne une multiplication des défaillances

Humidité relative plus élevée

  • Améliore la survie et le transport dans les aérosols pour Legionella, les MNT et potentiellement d'autres agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Augmentations d'autres événements extrêmes

Feux de forêt

  • Augmentation des nutriments et des contaminants chimiques (métaux lourds, composés organiques volatils) introduits dans les sources d'eau et les sources privées de puits
  • Modification des propriétés de l'eau source (par exemple, matière organique naturelle, MON)
  • Dommages aux infrastructures des systèmes de traitement de l'eau ayant des impacts opérationnels

Événements de très grands froids

  • Les températures très froides et les cycles de gel/dégel peuvent endommager les conduites de distribution d'eau potable dans certaines zones et ainsi entraîner l'intrusion des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie
MNT – Mycobactéries non tuberculeuses; MON – matière organique naturelle.

Les conséquences possibles de ces impacts sur les systèmes d'approvisionnement en eau potable sont les suivantes :

Les scénarios climatiques pouvant avoir des effets sur les fournisseurs d'eau potable et les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments, ainsi que l'ampleur des impacts liés au climat, varieront selon les régions. Les éléments qui devraient avoir l'impact le plus significatif sont le réchauffement climatique, qui rendra plus difficile le refroidissement des bâtiments et le maintien de la température de l'eau sous 25 °C, ainsi que l'adoption accrue de comportements écoénergétiques pour préserver l'eau et l'énergie dans les bâtiments, ce qui peut avoir des conséquences imprévues sur la qualité de l'eau. L'autorité compétente peut être consultée pour discuter des scénarios de prévision pertinents, si disponible. Les impacts des changements climatiques accentueront l'importance de tous les aspects de la gestion de l'eau potable, de la source au robinet. Ainsi, les fournisseurs d'eau potable et les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles devraient intégrer les risques associés aux changements climatiques dans leurs plans de gestion de l'eau afin de maximiser la fiabilité, la robustesse et la résilience de leurs systèmes d'approvisionnement d'eau. Des ressources sont disponibles pour aider les fournisseurs d'eau potable ainsi que les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles à évaluer les risques liés au climat pour leurs systèmes et à élaborer des plans d'adaptation aux risques (Conservation Ontario, 2020; Commission européenne, 2023; Institute for Catastrophic Lost Reduction, 2024; OMS, 2017).

B.6 Stratégies de gestion

B.6.1 Défis uniques posés par des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Historiquement, la gestion des risques liés à l'eau potable s'est principalement concentrée sur les agents pathogènes entériques, par exemple E. coli (pathogène), Cryptosporidium et les entérovirus (Santé Canada, 2019c; 2019d; 2020d). Les agents pathogènes opportunistes diffèrent des agents pathogènes entériques à bien des égards (voir B.3 Agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie). Leur capacité à s'installer dans les biofilms et à former des relations symbiotiques avec les amibes libres, par exemple, leur a permis de croître et de persister dans les réseaux de distribution d'eau potable et la plomberie du bâtiment. Particulièrement dans la plomberie du bâtiment, les agents pathogènes opportunistes sont considérés comme des « habitants normaux » plutôt que comme des contaminants transitoires. Dans l'ensemble, les agents pathogènes opportunistes contribuent à l'évolution de la situation des maladies d'origine hydrique et représentent un défi de gestion des risques.

Bien qu'il existe certains principes fondamentaux de contrôle des agents pathogènes entériques qui peuvent être transférés au contrôle des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, ces agents pathogènes présentent des défis uniques pour les fournisseurs d'eau potable (voir Tableau 6).

Tableau 6 : Différences entre les agents pathogènes opportunistes et les agents pathogènes entériques qui posent un défi pour leur gestion [adaptation de Leslie et coll. (2021)]
Aspect Agents pathogènes entériques Agents pathogènes opportunistes
Revivification dans le réseau de distribution Non Oui
Risque de maladie significativement influencé par l'état immunitaire et/ou l'âge Dépend de l'agent pathogène spécifique Oui
Le contrôle des agents pathogènes est largement réalisé à l'usine de traitement Oui Non
Les obstacles les plus importants utilisés par les fournisseurs d'eau potable Protection des sources d'eau et traitement traditionnel Gestion de l'activité biologique et des biofilms dans le réseau de distribution
Le risque de maladie augmente selon les habitudes d'utilisation de l'eau, l'hydraulique de la plomberie, la conception et l'opération du bâtiment, les matériaux de plomberie et les réglages des systèmes d'alimentation en eau chaude En général, non Oui
Voie/mode d'exposition Ingestion Principalement, l'inhalation; aussi l'ingestion et le contact cutané
Influence des concentrations de nutriments dans l'eau (carbone organique, azote, phosphore, oligonutriments) Aucun Oui
Conflits entre la réduction des risques et d'autres objectifs (comme la sécurité publique, la durabilité, etc.) Conflit possible avec la formation limitée de SPD Conflit majeur avec la formation des SPD, la brûlure, la conservation de l'énergie et de l'eau, le contrôle de la corrosion
Influence de la chimie de l'eau (température, pH, oxygène dissous) dans le réseau de distribution principal et des bâtiments Peu ou aucun Oui
SPD – Sous­produit de désinfection.

B.6.2 Concept de responsabilité partagée pour la gestion de l'eau potable

Les agents pathogènes opportunistes trouvés à faibles niveaux dans l'eau potable peuvent s'établir dans les réseaux d'approvisionnement en eau des bâtiments; lorsque les conditions favorisent leur prolifération dans la plomberie du bâtiment, ils peuvent s'amplifier pour atteindre des niveaux qui présentent un risque important pour la santé publique (NASEM, 2020). Pour les substances chimiques, le plomb est aussi un exemple de contamination où la plomberie du bâtiment est la principale source d'exposition, mais les conditions de l'approvisionnement en eau potable ont un effet profond sur l'exposition au robinet.

La gestion des risques liés aux agents pathogènes opportunistes et au plomb dans l'eau potable exige que les barrières et contrôles soient en place dans tout le réseau de distribution d'eau potable et dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments soient maintenus avec une grande fiabilité afin d'éviter des conditions favorables à l'introduction, à la prolifération, à l'accumulation et à l'exposition (Bartrand et coll., 2024). Comme mentionné au point B.1 Plomberie du bâtiment, les fournisseurs d'eau potable sont responsables de la distribution de l'eau jusqu'à la limite de propriété. Depuis la limite de propriété, le contrôle de la qualité de l'eau qui traverse la plomberie du bâtiment relève du propriétaire. Ainsi, les fournisseurs d'eau potable, les propriétaires et gestionnaires d'immeubles ainsi que les propriétaires de maison ont tous des rôles et des responsabilités dans la gestion des agents pathogènes opportunistes et des contaminants inorganiques dans les sources d'approvisionnement d'eau potable. Cette « responsabilité partagée » représente un changement fondamental dans le paradigme actuel de gestion des risques liés à l'eau potable.

Pour gérer les risques liés aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, la plupart des renseignements disponibles concernent la prise en charge de L. pneumophila. Dans l'ensemble, les agents pathogènes opportunistes ont de nombreuses caractéristiques communes (voir B.3 Agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie) et les stratégies de contrôle de Legionella sont généralement efficaces pour réduire la prolifération et la transmission d'autres agents pathogènes opportunistes (Falkinham, 2023a; Ford et coll., 2004). Cependant, les mesures de prévention peuvent toucher des agents pathogènes opportunistes précis de différentes façons (Proctor et coll., 2022). Les ressources de gestion peuvent être améliorées en considérant tous les agents pathogènes opportunistes ensemble (Proctor et coll., 2022). La gestion des risques des agents pathogènes opportunistes est particulièrement importante pour les personnes ayant une plus grande susceptibilité aux maladies liées aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, comme les personnes ayant un système immunitaire affaibli et les personnes âgées. Les personnes considérées comme à haut risque de contracter des infections associées aux agents pathogènes opportunistes (voir B.3.4 Considérations en matière de santé) devraient consulter leur professionnel de la santé concernant les mesures qu'elles peuvent entreprendre individuellement afin de se protéger contre l'exposition.

Les stratégies de contrôle des contaminants inorganiques sont principalement axées sur le plomb, car c'est le principal contaminant préoccupant pour la santé. La population la plus sensible à l'exposition au plomb est celle des jeunes enfants (Santé Canada, 2019e). Les stratégies de gestion du plomb devraient viser en priorité à réduire au minimum l'exposition dans les résidences alimentées par une entrée de service en plomb et dans les écoles et les garderies. Des stratégies pour contrôler le plomb peuvent aussi aider à réduire l'exposition à d'autres métaux.

B.6.3 À l'usine de traitement de l'eau potable et dans le réseau de distribution

Les agents pathogènes opportunistes peuvent franchir ou contourner les barrières de traitement et être introduits dans l'eau et les biofilms dans les réseaux de distribution d'eau potable (LeChevallier, 2019a; Wang et coll., 2012b). Les sources d'approvisionnement en eau potable bien gérées ont généralement signalé des détections peu fréquentes de L. pneumophila, avec des concentrations dans les échantillons positifs étant inférieures aux seuils susceptibles de poser un risque direct pour la santé publique (Bartrand et coll., 2024; Burlingame et Bartrand, 2024; 2019a; LeChevallier, 2019b; Wang et coll., 2012a). Bartrand et coll. (2024) ont mené à ce jour l'enquête la plus complète sur la présence et la concentration de L. pneumophila dans les réseaux de distribution d'eau potable des États-Unis. Des échantillons de 57 installations de production d'eau potable ont été prélevés et analysés afin de déterminer leur relation avec les caractéristiques du réseau (désinfectant résiduel, température, autres paramètres de qualité de l'eau, emplacement de l'échantillon). Dans cette étude, 68 % (39/57) des fournisseurs d'eau n'ont rien détecté, L. pneumophila n'a été détectée que dans 1,2 % (109/9181) des échantillons et, au moment de la détection, 73 % des échantillons positifs étaient inférieurs à 10 NPP/100 mL (Bartrand et coll., 2024). Ces concentrations sont inférieures de plusieurs ordres de grandeur au risque d'infection de 1 × 10−4 (413 UFC/L) et de maladie (3,53 x 105UFC/L) pour une seule exposition lors d'une douche normale, tel qu'estimé par un modèle ÉQRM (Hamilton et coll., 2019).

Pourtant, même dans des réseaux de distribution d'eau potable bien gérés, les sources d'approvisionnement d'eau potable peuvent introduire de faibles quantités de L. pneumophila et d'autres agents pathogènes opportunistes dans les réseaux d'alimentation en eau potable des bâtiments (Bartrand et coll., 2024). Bien que les fournisseurs d'eau potable ne puissent pas éliminer complètement le risque d'agents pathogènes opportunistes dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments, il est crucial qu'ils adoptent les meilleures pratiques pour gérer les sources d'approvisionnements et la distribution d'eau potable afin de réduire au minimum la fréquence et la concentration des agents pathogènes opportunistes dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments. Cela aide les gestionnaires de l'eau des bâtiments à garder le contrôle.

L'approche du plan de salubrité de l'eau est reconnue comme la manière la plus efficace pour les fournisseurs d'eau potable de gérer les risques potentiels (microbiologiques, chimiques, radiologiques) liés à la mauvaise qualité de l'eau (OMS, 2009; 2011). Des renseignements détaillés sur les stratégies de gestion des contaminants microbiologiques, inorganiques et organiques dans les réseaux de distribution de l'eau potable sont disponibles dans d'autres documents techniques des Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada (Santé Canada, 2019c; 2019d; 2019e; 2020a; 2021a; 2022a; 2022b; 2025b). Les activités spécifiques importantes pour contrôler la présence et l'abondance des agents pathogènes opportunistes dans l'eau potable dans le cadre d'un plan de salubrité de l'eau incluent (Santé Canada, 2020a; 2021a; LeChevallier et coll., 2024; NASEM, 2020) :

Bon nombre des activités répertoriées seront également bénéfiques pour contrôler et réduire au minimum l'accumulation et la libération de contaminants inorganiques dans le réseau de distribution. D'autres activités spécifiques incluent (Santé Canada, 2019b; 2019e; 2019f; 2020b; 2022a; 2024a; 2025b) :

La plupart, voire la totalité, de ces activités peuvent déjà exister dans les procédures de gestion de la qualité de l'eau des fournisseurs d'eau potable.

La gestion avancée de L. pneumophila dans l'eau potable est possible en reconnaissant les conditions spécifiques pouvant entraîner une intrusion ou une amplification du pathogène dans le réseau de distribution; en ciblant les endroits où les conditions peuvent se développer; en déterminant les contrôles qui empêchent le développement ou l'incidence des conditions; et en intégrant l'information dans le plan de gestion des risques du fournisseur d'eau (Burlingame et Bartrand, 2024). Ces auteurs ont présenté un inventaire des conditions spécifiques (source d'eau, procédé de traitement de l'eau, distribution et stockage) pouvant favoriser la présence et la prolifération de L. pneumophila dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable. Par exemple, les conditions qui favorisent la rétention et la prolifération dans le réseau de distribution incluent des sections où l'eau stagne, le désinfectant résiduel est faible, l'eau est chaude selon la saison (par exemple, plus de 18 °C ou pendant les mois les plus chauds), le biofilm se développe ou n'est pas bien contrôlé, les sédiments s'accumulent ou la corrosion du fer augmente. L'inventaire est un point de départ suggéré pour que les responsables de système de distribution d'eau potable élaborent une liste de risques se rapportant au réseau. Une fois les conditions à risque répertoriées et la probabilité de leur survenue évaluée selon les connaissances techniques fournies par les exploitants du réseau de distribution d'eau, des contrôles de prévention et d'atténuation appropriés peuvent être mis en place.

Dans les sources d'approvisionnement d'eau potable au Canada, les exigences pour les concentrations de désinfectant résiduel sont déterminées par l'autorité responsable et peuvent varier selon les provinces et territoires. La plupart des sources canadiennes d'approvisionnement d'eau potable ciblent chlore résiduel libre entre un niveau mesurable (généralement de 0,1 à 0,2 mg/L) et 2,0 mg/L (Santé Canada, 2009a). Lorsque des chloramines sont utilisées, la concentration résiduelle ciblée se situe généralement de 0,25 mg/L à un maximum de 3,0 mg/L (Santé Canada, 2020c). Ces objectifs sont conformes aux recommandations du programme volontaire Partnership for Safe Water (AWWA Partnership for Safe Water, 2023), qui exige que tous les systèmes membres utilisent une désinfection secondaire et que les systèmes optimisés atteignent les objectifs de désinfectant résiduel dans tout le réseau de distribution d'une concentration égale ou supérieure à 0,20 mg/L et 0,50 mg/L pour le chlore libre et le chlore total (chloramines), respectivement, et inférieures ou égales à 4,0 mg/L pour les deux.

Pour la gestion de Legionella, LeChevallier (2019b) a constaté que L. pneumophila était détectée de façon peu fréquente dans les réseaux de distribution et que toutes les concentrations de L. pneumophila supérieures à 10 NPP/100 mL survenaient lorsque le résiduel de chlore libre étaient inférieurs à 0,1 mg/L. Dans l'étude de Bartrand et coll. (2024), la présence de L. pneumophila était limitée par une concentration de désinfectant résiduel de 0,2 mg/L tant pour les systèmes utilisant de la chloramine et que ceux utilisant du chlore libre. Des augmentations à 0,4 mg/L ont produit une réduction plus faible, et des augmentations supplémentaires ont produit de très faibles réductions. Sur la base des résultats de cette étude, les auteurs ont recommandé que, pour la gestion de L. pneumophila, les responsables de système de distribution d'eau potable devraient s'efforcer de maintenir une concentration de désinfectant résiduel de 0,2 mg/L tant pour le chlore libre que pour la chloramine (en tant que chlore total) dans 100 % des échantillons. Il convient de noter que la concentration résiduelle minimale de chloramine est souvent plus élevée que celle du chlore libre et que les responsables de système de distribution d'eau potable voudront peut-être utiliser l'objectif plus stricte du Partnership for Safe Water. Le maintien d'une concentration résiduelle de désinfectant dans l'ensemble du réseau de distribution en tout temps avec un haut niveau de fiabilité est essentiel à la gestion de L. pneumophila (Bartrand et coll., 2024; LeChevallier et coll., 2024).

La quantité appropriée de désinfectant nécessaire pour maintenir la qualité de l'eau dans le réseau de distribution dépendra (entre autres facteurs) de l'espèce de bactéries, de la présence de biofilms et de sédiments, des conditions du réseau de distribution (température de l'eau, temps de résidence, conditions hydrauliques, matériau et diamètre des tuyaux, pH, taux de corrosion), de la quantité de matériau biodégradable et des nutriments (C:N:P) présents dans l'eau traitée (Santé Canada, 2009a; 2020a; 2020c; 2021a). Certains responsables de système de distribution d'eau potable peuvent exiger des concentrations résiduelles beaucoup plus élevées que les recommandations minimales pour répondre à la qualité spécifique de l'eau de leur réseau de distribution. Pour les installations de production d'eau potable qui subissent des changements saisonniers de température de l'eau, des concentrations minimales plus élevées de désinfectant seront nécessaires pour atteindre les objectifs opérationnels lors des périodes où la température de l'eau est élevée (Bartrand et coll., 2024; Santé Canada, 2021a). Les responsables de système de distribution d'eau potable sont invités à effectuer une évaluation de leur système afin de déterminer les objectifs spécifiques à chaque système.

Établir des objectifs minimaux et ajuster à la hausse les concentrations résiduelles de désinfectant, si nécessaire, offre une flexibilité aux responsables de système de distribution d'eau potable pour atteindre simultanément leurs objectifs spécifiques et promouvoir la satisfaction des clients quant à la qualité de l'eau (Bartrand et coll., 2024). Des concentrations minimums de désinfectant résiduel plus élevées (par exemple, 0,5 mg/L) ont été recommandées en situation d'urgence en réponse à des éclosions de maladies liées aux agents pathogènes opportunistes survenant dans la communauté et transmises par l'eau potable – par exemple, pour le contrôle de N. fowleri (Louisiana Department of Health and Hospitals, 2013). Des études ont également montré que L. pneumophila peut encore être détectée en faibles concentrations dans l'eau dont les concentrations de désinfectant résiduel sont élevées (Bartrand et coll., 2024; 2019a; LeChevallier, 2019b), ce qui démontre que des barrières supplémentaires au-delà du désinfectant résiduel doivent être mises en place dans un programme de contrôle de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes (Bartrand et coll., 2024).

Il n'existe pas de recommandation universelle quant au niveau de désinfectant résiduel à maintenir dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments (ASHRAE 2023a). En général, le maintien d'un résiduel de chlore libre supérieur à 0,2 mg/L dans les systèmes d'eau potable est efficace pour limiter la prolifération de Legionella (Grimard­Conea et coll., 2024; LeChevallier et coll., 2024; NASEM, 2020). Dans l'eau froide, s'il y a un désinfectant résiduel adéquat dans l'eau qui alimente un bâtiment, il persistera généralement dans l'ensemble du réseau d'alimentation en eau froide du bâtiment tant qu'il y a une utilisation suffisante d'eau pour éviter un temps de séjour excessif de l'eau (ASHRAE, 2023a). Cependant, lorsque l'eau distribuée circule dans la plomberie du bâtiment, le désinfectant résiduel peut être considérablement réduits en raison de divers facteurs (voir B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectant résiduels). Ainsi, même lorsque l'eau au point d'entrée d'une habitation contient une forte concentration de désinfectant résiduel, ce résiduel peut ne pas persister dans tout le système de plomberie du bâtiment. Les tuyaux d'eau chaude contiennent souvent peu de désinfectant résiduel en raison de sa dégradation à des températures élevées (Lehtola et coll., 2005; Martin et coll., 2020), et les réseaux de distribution d'eau plus grands et plus complexes dans les bâtiments sont davantage susceptibles de présenter des concentrations résiduelles réduites (Grimard­Conea et coll., 2024; Waak et coll., 2024). Compte tenu de ces défis, les gestionnaires d'immeubles ne devraient pas supposer qu'il y a suffisamment de chlore résiduel dans la plomberie du bâtiment pour empêcher la prolifération des agents pathogènes opportunistes. D'autres mesures de gestion (voir B.6.4.2 Gestion des risques et B.6.4.3 Matériaux de plomberie), telles que le contrôle adéquat de la température, l'équilibrage hydraulique et la purge préventive, se sont révélées plus efficaces pour le contrôle des agents pathogènes opportunistes et sont présentées dans les études de Bédard et coll. (2016a); Boppe et coll. (2016); Darelid et coll. (2002); Waak et coll. (2024).

Les documents de recommandations abordent la désinfection sur place comme stratégie de contrôle dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments où il y a un fort potentiel de prolifération des agents pathogènes opportunistes et dans les installations qui hébergent des occupants dont le risque de subir des infections et maladies associées aux agents pathogènes opportunistes est plus élevé. La désinfection supplémentaire peut présenter des risques et des limitations importants liés à sa mise en œuvre, tels que des dommages au système et des risques pour la santé liés au désinfectant et à ses sous-produits. Cette mesure n'est pas recommandée comme stratégie de contrôle pour les immeubles résidentiels à logements multiples.

B.6.3.1 Maisons desservies par des puits privés

Les bâtiments résidentiels desservis par des puits privés sont influencés par des facteurs différents de ceux desservis par des réseaux municipaux. Les puits peuvent être contaminés en raison de vulnérabilités lors de leur construction ou par contamination de l'aquifère lui-même (Lee et Murphy, 2020). Les agents pathogènes entériques représentent un risque plus élevé que les agents pathogènes opportunistes dans les sources d'eau qui sont des puits privés (Hynds et coll., 2014; Murphy et coll., 2016). Ainsi, les résidents des résidences desservies par un puits privé devraient se concentrer sur l'évaluation de la vulnérabilité de leurs puits à la contamination fécale en surveillant et en maintenant la qualité de leur eau de puits. Les services locaux de santé publique et les autorités provinciales ou territoriales en matière d'eau potable peuvent aider à trouver des entrepreneurs en forage agréés et des laboratoires accrédités, à comprendre ce qu'il faut tester et à interpréter les résultats. Lorsque les résultats d'analyse confirment une contamination bactérienne après des événements d'intrusion causés par des vulnérabilités liées au puits ou par des événements météorologiques comme des inondations, il est généralement recommandé de procéder à un traitement, habituellement par désinfection choc (Santé Canada, 2024b). Les agents pathogènes opportunistes peuvent aussi être introduits dans les puits par inondation ou intrusion de débris et de sol (Dai et coll., 2019; Mapili et coll., 2022). La recherche suggère que la chloration choc n'est pas une stratégie efficace pour le contrôle à long terme des agents pathogènes opportunistes s'ils sont naturellement présentes dans l'approvisionnement en eau souterraine ou préexistants dans les biofilms du système de plomberie (Mapili et coll., 2022). Pour les systèmes de puits privés, la gestion des risques potentiels liés aux agents pathogènes opportunistes est la plus importante pour les personnes désignées comme à haut risque. Les mesures pour réduire l'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle sont résumées au Tableau 7.

Des contaminants inorganiques peuvent aussi être présents dans les maisons desservies par un puits privé, soit sous forme de contaminants naturels dans les eaux souterraines, soit par le relargage des composants du puits et des matériaux du système de plomberie. Certains contaminants sont de nature esthétique (comme la dureté et le sulfure d'hydrogène), mais risquent de nuire à la confiance à l'égard de la source d'eau, tandis que d'autres contaminants peuvent avoir des impacts sur la santé (par exemple, nitrate, plomb, manganèse).

Lorsque les eaux souterraines sont contaminées par des activités de surface comme l'agriculture, des contaminants comme les nitrates peuvent être introduits. Les métaux naturels provenant du sol et de la roche peuvent être lixiviés dans l'eau de surface et souterraine, contaminant ainsi les nappes. L'arsenic, le manganèse et le fluorure sont introduits dans l'eau par l'érosion et l'altération du sol, des substances minérales et des minerais. Le plomb et le cuivre sont présents dans l'eau du robinet principalement en raison du relargage (ou de la corrosion) des composants de distribution, des systèmes de plomberie des résidences et des composants de puits (Pieper et coll., 2018). Les stratégies de gestion pour les maisons desservies par des puits privés peuvent être mieux adaptées après l'échantillonnage de l'eau afin de déterminer quels contaminants sont présents et leur impact potentiel sur la qualité de l'eau. Des stratégies d'atténuation, comme l'installation d'un dispositif au point d'entrée ou au point d'utilisation, peuvent être envisagées en fonction des contaminants à enlever (voir B.6.4.4 Dispositifs de traitement).

B.6.4 Immeubles résidentiels

B.6.4.1 Conception

Il est important de comprendre les facteurs de conception du système de plomberie qui influencent l'exposition aux agents pathogènes opportunistes, aux contaminants inorganiques et organiques pour assurer une gestion efficace (voir B.2.10 Conception et âge). Les systèmes de plomberie devraient être conçus et construits en conformité avec les codes de plomberie et de construction en vigueur. Le CNP du Canada (CNRC, 2020b) et le Code national du bâtiment du Canada (CRNC, 2020a) sont des codes modèles fondés sur des objectifs généralement adoptés par les gouvernements provinciaux et territoriaux. En général, les caractéristiques d'une bonne conception d'un système de plomberie incluent un bon écoulement vers toutes les parties du système (par exemple, réduire au minimum la stagnation, éviter les cul-de-sac); éviter les matériaux qui favorisent la prolifération de microorganismes ou qui peuvent être des sources de plomb; réduire au minimum le transfert de chaleur vers et depuis les réseaux d'alimentation en eau chaude et froide; et assurer l'accès pour le nettoyage et l'entretien des composants (ESGLI, 2017; NASEM, 2020). Toute mesure visant à améliorer l'efficacité énergétique ou à réduire la consommation d'eau devrait être évaluée dès la phase de conception afin de s'assurer que le contrôle des agents pathogènes opportunistes et des contaminants inorganiques n'est pas compromis (ESGLI, 2017).

Pour les réseaux d'alimentation en eau des grands immeubles résidentiels à logements multiples, la norme ANSI/ASHRAE 514 et la directive ASHRAE 12 (ASHRAE, 2023a; 2023b) fournissent des recommandations sur la conception, l'ingénierie et la mise en service des systèmes spécifiques au contrôle des risques physiques, chimiques et microbiens.

B.6.4.2 Gestion des risques

La gestion des systèmes de plomberie dans les habitations est un aspect important pour protéger la santé des occupants. Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles ainsi que les propriétaires de maison sont responsables de ces systèmes; ainsi, ils jouent un rôle crucial dans la prévention de la prolifération et de la propagation des agents pathogènes opportunistes et de l'accumulation des contaminants inorganiques. Aucune mesure de contrôle unique ne garantit le contrôle des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie du bâtiment (CDC, 2021c; NASEM, 2020). L'éradication complète des agents pathogènes opportunistes est impossible, particulièrement dans les systèmes de plomberie complexes où la recolonisation a souvent lieu. Cependant, des mesures peuvent être prises pour limiter leur prolifération dans les systèmes de plomberie afin de réduire les risques d'exposition humaine. Il est donc important que les propriétaires et gestionnaires d'immeubles ainsi que les propriétaires de maison comprennent les conditions et les lieux de prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, et de l'accumulation de contaminants inorganiques, ainsi que les mesures pour s'assurer que la qualité de l'eau dans leurs systèmes de plomberie est maintenue afin de réduire les risques d'exposition à ces dangers. Les locataires jouent aussi un rôle dans le maintien d'une bonne qualité de l'eau dans les habitations.

Pour les grands immeubles résidentiels à logements multiples, il existe un fort consensus selon lequel l'élaboration et la mise en œuvre d'un programme de gestion de l'eau pour bâtiments, également appelé plan de salubrité de l'eau pour les bâtiments, constituent une bonne pratique pour aider les propriétaires et gestionnaires à superviser la qualité de l'eau dans leurs bâtiments (NASEM, 2020; OMS, 2011). L'approche du programme de gestion de l'eau applique les principes de l'analyse des risques aux points critiques (HACCP) dans le cadre d'une série d'étapes qui permettent une approche préventive et spécifique au bâtiment pour prévenir les problèmes liés à la gestion de la qualité de l'eau.

La norme ANSI/ASHRAE 514 fournit des pratiques minimales et des directives étendues pour gérer le risque global lié aux risques microbiologiques, physiques et chimiques associés aux réseaux de distribution d'eau dans les bâtiments, y compris les immeubles résidentiels à logements multiples (ASHRAE, 2023a). La norme ANSI/ASHRAE 514 fonctionne en complément de la norme ANSI/ASHRAE 188 (ASHRAE, 2021) et de la directive ASHRAE 12 (ASHRAE, 2023b), qui traitent d'un seul risque microbien, soit Legionella. Ensemble, ces documents précisent les exigences pour la préparation et la mise en œuvre d'un programme de gestion de l'eau pour les bâtiments nouveaux et existants, fournissent des directives générales sur les risques physiques, chimiques et microbiologiques, y compris les paramètres et méthodes de test, et exposent des recommandations pour les mesures de contrôle des risques.

Les étapes clés dans l'élaboration d'un programme de gestion de l'eau pour les bâtiments incluent la création d'une équipe responsable de l'élaboration et de la mise en œuvre du programme, la description du réseau d'alimentation en eau du bâtiment à l'aide de schémas, l'identification des conditions dangereuses, l'évaluation et la détermination des endroits où des mesures de contrôle sont à appliquer. Il s'agit ensuite de mettre en place des procédures permettant de suivre et d'évaluer l'efficacité du programme, ainsi que de consigner et de diffuser les résultats, ainsi que de documenter et communiquer les résultats. Les programmes de gestion de l'eau ont principalement pour avantages de favoriser une meilleure compréhension du réseau d'alimentation en eau des bâtiments et une meilleure gestion globale de la qualité de l'eau (Schmidt et coll., 2019). Les défis importants liés à la mise en œuvre des programmes de gestion de l'eau sont la demande de temps et de ressources financières (Schmidt et coll., 2019).

Selon la norme ANSI/ASHRAE 514, les bâtiments présentant l'une des caractéristiques suivantes devraient élaborer et mettre en œuvre un programme de gestion de l'eau (ASHRAE, 2023a) :

Il est recommandé que les immeubles résidentiels à logements multiples de plus de six logements et muni d'un chauffe-eau centralisé élaborent et mettent en œuvre des programmes de gestion de l'eau.

Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles devraient suivre les recommandations énoncées dans la norme ANSI/ASHRAE 514 pour la préparation et l'élaboration d'un programme de gestion de l'eau. D'autres références peuvent être consultées pour des conseils techniques sur la gestion des risques dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments (ASHRAE, 2023b; CCAIQ, 2023; CDC, 2021c; ESGLI, 2017; HSE, 2024). Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles devraient consulter les autorités compétentes pour déterminer les exigences relatives à la qualité de l'eau des bâtiments. Les professionnels de la gestion de l'eau des bâtiments peuvent aider les propriétaires et gestionnaires d'immeubles à élaborer leurs programmes. Les maisons unifamiliales et les immeubles résidentiels à logements multiples pouvant compter six logements ont des configurations de plomberie plus simples et moins de voies d'exposition que dans les immeubles à logement multiples de plus de six logements. Néanmoins, les stratégies de gestion pour contrôler la prolifération et la transmission des agents pathogènes opportunistes sont similaires. Un programme de gestion de l'eau est trop complexe et inutile pour les propriétaires et gestionnaires de ces bâtiments. Cependant, il existe des mesures qu'ils peuvent prendre pour prévenir les conditions qui permettent aux agents pathogènes opportunistes de croître et de se propager dans les systèmes de plomberie résidentiels.

En général, la stratégie globale pour contrôler les agents pathogènes opportunistes dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments comprend des mesures visant à réduire au minimum la présence de biofilms et de sédiments et à fournir des conditions plus défavorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans ces environnements. Comme stratégies importantes pour maintenir la qualité de l'eau dans tous les bâtiments résidentiels mentionnons la gestion de la température, la purge des pommes de douche et robinets peu utilisés, ainsi que le nettoyage et l'entretien des raccords et autres composants du système d'eau sujets à la croissance de biofilms ou à l'accumulation de sédiments, en particulier les raccords pouvant générer des aérosols (ASHRAE, 2023b; Falkinham, 2018; HSE, 2024). Les stratégies de gestion pour contrôler les concentrations de plomb comprennent l'élimination des matériaux de plomberie contenant du plomb et la purge afin de réduire le plomb libéré dans des conditions de stagnation (Santé Canada, 2019e). Les mesures temporaires d'atténuation incluent également l'utilisation de dispositifs au point d'utilisation certifiés selon la norme NSF/ANSI appropriée (voir B.6.4.4 Dispositifs de traitement).

Le Tableau 7 résume les principales mesures de gestion qui peuvent être appliquées par les propriétaires (résidents) ainsi que par les propriétaires et gestionnaires d'immeubles. Les détails sur les composantes des stratégies de gestion sont décrits dans les parties qui suivent.

Tableau 7 : Mesures pour réduire l'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans les bâtiments et au plomb dans la plomberie résidentielle
Stratégies de gestion Maisons unifamiliales et immeubles résidentiels à logements multiples pouvant compter à six logements Immeubles résidentiels à logements multiples de plus de six logements

Contrôle de la température : eau froide

Gardez en dessousTableau 7 Note de bas de page 1 de 25 °C; idéalement en dessousTableau 7 Note de bas de page 2 de 20 °C.

Idem

Contrôle de la température : eau chaudeTableau 7 Note de bas de page 3

Un minimum de 60 °C pour les chauffe-eau (électriques et au gaz ou au mazout, à accumulation ou sans réservoir).

Les chauffe-eau électriques à accumulation doivent être réglésTableau 7 Note de bas de page 4 à 60 °C au moment de la livraison.

MinimumTableau 7 Note de bas de page 5 de 60 °C pour les chauffe­eau à accumulation centralisé.

MinimumTableau 7 Note de bas de page 6 de 49 °C (au­dessusTableau 7 Note de bas de page 7 de 55 °C pour une gestion maximale des risques) dans l'ensemble du réseau d'eau chaude, y compris aux points de la sortie d'eau et dans les tuyaux de retour.

Contrôle de la température : risque de brûlure

Lors de l'utilisation de ces températures d'eau chaude, des mesures devraient être mises en place et/ou des étapes doivent être suivies pour réduire les risques de brûlure.

Idem

Rinçage : agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie

Pour réduire au minimum les agents pathogènes opportunistesTableau 7 Note de bas de page 8 : Lorsque les robinets et douches ne sont pas utilisés pendant une semaine ou plus, laissez couler l'eau pendant au moins 2 à 5 minutes à chaque robinet ou douche, pour l'eau froide, puis chaude.

Pour réduire au minimum les agents pathogènes opportunistesTableau 7 Note de bas de page 9, suivre les bonnes pratiques pour une purge de routine et systématique. Purger l'eau froide jusqu'à ce qu'elle soit représentative de l'eau entrant dans le bâtiment (température, désinfectant résiduel ou volume d'eau rincé), puis l'eau chaude jusqu'à ce que la température se stabilise, et l'eau froide pendant 10 secondes.

Purge : Plomb

Pour réduire au minimum le plomb :

Purge périodique tout au long de la journée. Purge importante après de longues périodes (semaines à mois) sans utilisation.

Purge importante après le remplacement de l'entrée de service, la construction ou la réparation de plomberie. Retirer l'aérateur avant de purger.

Idem

Stockage d'eau chaude et froide

Vidange et purge du chauffe-eau selon les instructions du fabricant ou en communiquant avec un plombier agréé.

Les citernes devraient être inspectées, nettoyées et désinfectées à intervalles réguliers.

Idem

Tuyaux d'eau chaude et froide

Isoler les 2 à 3 premiers mètres du tuyau d'eau chaude qui sort du chauffe­eauTableau 7 Note de bas de page 10

Les tuyaux d'eau chaude et froide peuvent être isolés s'ils sont situés dans des endroits où la température de l'eau est susceptible de baisser entre 25 et 49 °C pendant de longues périodesTableau 7 Note de bas de page 11

Nettoyage des aérateurs, robinets, pommes et boyaux de douche : agents pathogènes opportunistes

Pour réduire au minimum les agents pathogènes opportunistes, effectuer un nettoyage courant selon les instructions du fabricant.

Les gestionnaires d'immeubles peuvent conseiller à leurs locataires d'effectuer un nettoyage courant selon les instructions du fabricant.

Nettoyage des aérateurs : plomb

Pour réduire au minimum l'exposition au plomb, nettoyer les aérateurs tous les 6 mois et après les travaux de constructionTableau 7 Note de bas de page 12.

Idem

Choix des matériaux de plomberie

Pour réduire au minimum l'exposition au plomb, utiliser uniquement des matériaux respectant le code de plomberie. Matériaux certifiés selon la norme NSF/ANSI/CAN 61 et la norme NSF/ANSI/CAN 372.

Idem

Choix des raccords

En général, les propriétaires de maison devraient installer uniquement de nouveaux robinets ou pommes de douche qui sont approuvés pour leur secteur de compétence et répondant aux exigences les plus récentes du CNP. Les raccords certifiés devraient porter une marque d'identification provenant d'un organisme de certification accrédité.

Pour réduire au minimum les agents pathogènes opportunistes : Les personnes à haut risqueTableau 7 Note de bas de page 13 peuvent envisager de retirer les aérateurs de robinets de salle de bain ou d'utiliser des robinets qui produisent des écoulements laminaires et/ou de retirer les boyaux de douche.Tableau 7 Note de bas de page 14

Idem

Utilisation des dispositifs de traitement de l'eau

Pour réduire au minimum les agents pathogènes opportunistes, les dispositifs de traitement supplémentaires ne sont généralement pas nécessaires pour les résidences et bâtiments résidentiels recevant de l'eau traitée par le réseau municipal ou les maisons approvisionnées par des puits privés. Les personnes à haut risqueTableau 7 Note de bas de page 13 peuvent envisager de prendre des mesures supplémentaires, comme l'installation de filtres au point d'utilisation (porosité de 0,2 μM ou moins) aux pommes de douche et aux robinetsTableau 7 Note de bas de page 15

Des dispositifs de traitement peuvent être utilisés pour enlever les contaminants inorganiques, en particulier pour les maisons approvisionnées par des puits privés ou une entrée de service en plomb. Un professionnel de la qualité de l'eau devrait être consulté avant d'installer tout dispositif de traitement.

Les dispositifs devraient être entretenus et les filtres remplacés conformément aux recommandations du fabricant.

Idem

ANSI – American National Standards Institute; CAN – Canada; CNP – Code national de la plomberie; NSF – NSF International.

Tableau 7 Note de bas de page 1

CDC (2021c); ESGLI (2017); NASEM (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 1

Tableau 7 Note de bas de page 2

ESGLI (2017); HSE (2024); NASEM (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 2

Tableau 7 Note de bas de page 3

Les stratégies de gestion de la température devraient être mises en œuvre conformément aux règlements en vigueur au sujet des températures maximales autorisées au robinet. Selon le CNP, la température de l'eau s'écoulant d'une pomme de douche ou dans une baignoire ne doit pas dépasser 49 °C (CRNC, 2020b).

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 3

Tableau 7 Note de bas de page 4

CRNC (2020b)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 4

Tableau 7 Note de bas de page 5

ASHRAE (2023b); AWWA (2020); CDC (2021c); NASEM (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 5

Tableau 7 Note de bas de page 6

ASHRAE (2023b); CDC (2021c)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 6

Tableau 7 Note de bas de page 7

AWWA (2020); ESGLI (2017); NASEM (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 7

Tableau 7 Note de bas de page 8

AWWA (2012); CDC (2021c; 2023); CSTE (2022); HSE (2024); NASEM (2020); Purdue University (2019)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 8

Tableau 7 Note de bas de page 9

AWWA (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 9

Tableau 7 Note de bas de page 10

Ressources naturelles Canada (2012)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 10

Tableau 7 Note de bas de page 11

ASHRAE (2023a; 2023b); CDC (2021c); HSE (2024); NASEM (2020)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 11

Tableau 7 Note de bas de page 12

Les travaux de construction peuvent inclure une réparation d'une rupture de conduite d'eau dans le secteur où le bâtiment se trouve, un projet de remplacement de la conduite principale ou le remplacement de l'entrée de service vers l'habitation. Voir Santé Canada (2023).

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 12

Tableau 7 Note de bas de page 13

Personnes atteintes d'une maladie sous-jacente ou recevant un traitement qui entraîne une diminution de l'immunocompétence, ou qu'un professionnel de la santé a désignée comme à haut risque pour une autre raison.

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 13

Tableau 7 Note de bas de page 14

Falkinham (2023c); NASEM (2020); Proctor et coll. (2018)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 14

Tableau 7 Note de bas de page 15

Falkinham (2018); NASEM (2020); U.S. EPA (2025)

Tableau 7 Retour à la référence de la note de bas de page 15

Gestion de la température

Comme illustré au point B.2.7 Fluctuations de température, la température est un facteur critique contribuant à la prolifération et au contrôle des agents pathogènes opportunistes dans tous les systèmes de plomberie du bâtiment et influence également la libération et la corrosion des métauxB.4.6. Maintenir des températures d'eau chaude et froide hors de la plage optimale de prolifération de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes est la méthode la plus efficace pour contrôler leur survie et leur prolifération dans les systèmes de plomberie du bâtiment (ASHRAE, 2021; NASEM, 2020).

Eau froide

Les consommateurs n'auront aucun contrôle sur la température de l'eau qui entre dans leur résidence. Dans les climats tempérés, les systèmes d'alimentation en eau froide ne posent généralement pas de problème pour la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, puisque l'eau est généralement fournie à une température inférieure à 20 °C (NASEM, 2020; Schwake et coll., 2021). L'eau à ces températures ralentit la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, mais ne les désactive pas. Pendant les périodes où l'eau froide n'est pas utilisée, la température de l'eau approchera celle de la zone où se trouve le tuyau (ASHRAE, 2023a). La limite inférieure de la plage de prolifération de Legionella se situe entre 20 et 25 °C. Pendant les mois d'été ou lorsque les conditions où la conduite se situe dans le bâtiment sont susceptibles d'augmenter les températures, il est possible que la température des tuyaux d'eau froide atteigne la plage favorable à la prolifération de Legionella (NASEM, 2020). En plus d'augmenter le risque de prolifération de Legionella, ces températures peuvent entraîner un relargage plus important du plomb à partir des composants de plomberie. L'utilisation régulière des sorties d'eau (par exemple, au moins une fois par semaine – voir B.6.4.2 Gestion des risques) empêche l'eau de stagner, ce qui permet de limiter les hausses de température.

Pour les maisons et bâtiments qui utilisent des citernes pour stocker l'eau potable (par exemple, dans les communautés rurales, éloignées ou du nord), maintenir la température de l'eau inférieure à 25 °C pendant le stockage est tout aussi utile pour contrôler la prolifération microbiologique (ASHRAE, 2023a; ESGLI, 2017; NASEM, 2020).

Eau chaude

Lorsque la température dépasse la plage optimale de prolifération (de 25 à 45 °C), la prolifération des agents pathogènes opportunistes ralentit et les microorganismes commencent à mourir. Plus la température est élevée, plus ils seront tués rapidement. Le temps de réduction décimale (temps nécessaire pour réduire la concentration de microorganismes de 90 %) pour L. pneumophila diminue à mesure que la température augmente, passant d'environ 100 à 1 000 minutes à 50 °C, à 10 à 15 minutes à 55 °C, à moins de 5 minutes à 60 °C, puis à environ 2 minutes à 70 °C (KWR, 2021; NASEM, 2020; Van der Kooij, 2014). Les temps de réduction rapportés pour M. avium (1 000 minutes à 50 C et 60 minutes à 55 °C) et la forme kystique des protozoaires hôtes Acanthamoeba spp. et Vermamoeba vermiformis (de 5 à 10 minutes à 60 °C) sont plus longs que pour L. pneumophila (Cervero‐Aragó et coll., 2014; Schulze-Röbbecke et Buchholtz, 1992). Ces valeurs ont été établies pour les cellules cultivables en laboratoire et ne tiennent pas compte des effets des dépôts ou du biofilm, qui peuvent isoler et protéger les microorganismes. Les agents pathogènes opportunistes peuvent survivre plus longtemps grâce à des modifications de leur état métabolique et à la protection qu'ils trouvent contre la désinfection au sein des biofilms, sédiments, dépôts ou organismes hôtes amibiens (Cervero­Aragó et coll., 2019; Storey et coll., 2004). Cependant, en général, L. pneumophila peut être efficacement contrôlée à des températures de 60 °C ou plus grâce aux chauffe-eau, et lorsque des températures comprises entre 50 et 55 °C ou au­dessus atteignent toutes les parties du système; à des températures plus basses, les systèmes d'alimentation en eau chaude sont plus souvent contaminés par L. pneumophila et d'autres espèces de Legionella (Kistemann et coll., 2024; KWR, 2021; NASEM, 2020; Quon et coll., 2024; Rogers et coll., 1994). Ces températures réduisent également le nombre de M. avium et des hôtes amibes libres, Acanthamoeba spp. et Vermamoeba vermiformis, qui peuvent agir comme vecteurs naturels de propagation des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie (Cazals et coll., 2022; Cervero­Aragó et coll., 2015; Falkinham, 2011; Schulze­Röbbecke et Buchholtz, 1992).

Aux températures requises pour le contrôle de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes, le risque de brûlure est une préoccupation sérieuse, particulièrement pour les groupes plus sensibles comme les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap (ASHRAE, 2023a; NASEM, 2020). Lors de l'utilisation de ces températures, des mesures doivent être mises en place et/ou des étapes devraient être suivies pour réduire le risque de brûlure. Des renseignements sur les risques de brûlure sont fournis dans le présent document.

Pour les immeubles résidentiels à logements multiples de plus de six logements, il est recommandé que les propriétaires et gestionnaires d'immeubles règlent les chauffe-eau centralisés et les réservoirs d'eau chaude à un minimum de 60 °C et maintiennent des températures constamment supérieures à 49 °C dans tout le système d'alimentation en eau, y compris aux points de la sortie de l'eau et dans les tuyaux de retour (ASHRAE, 2023b; AWWA, 2020; CDC, 2021c). Plusieurs documents de conseils suggèrent que maintenir l'eau chaude au-dessus de 55 °C dans l'ensemble du réseau d'alimentation en eau chaude dans les grands bâtiments offre la meilleure gestion des risques pour Legionella (AWWA, 2020; ESGLI, 2017; NASEM, 2020). Cependant, la production d'eau chaude à cette température peut nécessiter d'intervenir de manière plus significative pour prévenir les brûlures (AWWA, 2020).

Les réseaux d'eau chaude avec boucles de retour doivent être équilibrés afin que l'eau chaude soit répartie uniformément dans tout le bâtiment, et peuvent se déséquilibrer au cours de leur durée de vie (AWWA, 2020; Boppe et coll., 2016). Lorsqu'un système est déséquilibré, il ne fournit pas la même température d'eau chaude à toutes les parties du système de recirculation. Ainsi, certaines parties du système risquent de rester à des températures idéales pour la prolifération des agents pathogènes opportunistes pendant de longues périodes (AWWA 2020; Boppe et coll., 2016). La norme ANSI/ASHRAE 514 (2023a) fournit des directives sur les exigences en matière d'équilibrage pour les réseaux d'alimentation en eau recirculée des bâtiments. Boppe et coll. (2016) présentent une approche progressive pour évaluer et corriger l'hydraulique dans les grands bâtiments en fonction d'une surveillance rigoureuse de la température.

Pour les maisons unifamiliales et les résidences à logements multiples pouvant atteindre six logements, il est recommandé que les propriétaires ainsi que les gestionnaires d'immeubles règlent la température de leur chauffe-eau (tous types) à 60 °C. Selon le CNP, les chauffe-eau électriques à accumulation doivent être réglés à 60 °C au moment de la livraison, afin de répondre aux préoccupations liées à la prolifération du microorganisme Legionella (NRCC 2020b).

Diverses stratégies pour économiser de l'énergie ont également été mises en place pour les réseaux d'alimentation en eau chaude afin de réduire la consommation d'énergie due au chauffage de l'eau, telles que la baisse et l'augmentation planifiées de la température du chauffe-eau, l'utilisation de conduites de recirculation d'eau chaude, les systèmes de récupération de chaleur des eaux de drainage et le préchauffage de l'eau froide (KWR, 2021; NASEM, 2020). Les caractéristiques qui favorisent le fonctionnement du réseau d'alimentation en eau dans une plage de température comprise entre 25 et 49 °C peuvent, par inadvertance, créer des conditions favorables à la prolifération de Legionella (KWR, 2021; NASEM, 2020). Notamment, des programmes de services publics ont été proposés pour inciter les clients à abaisser la température des chauffe-eau électriques afin de diminuer la demande d'énergie liée à l'eau pendant les périodes de pointe (aussi appelé report ou délestage de charge). Les stratégies consistent à alterner des cycles de températures plus basses (moins de 60 °C) pendant les périodes de pointe de demande et des cycles de haute température (au­dessus de 60 °C) visant à réduire les risques de prolifération de Legionella. Dans ces scénarios, la Legionella peut être exposée à des températures plus basses où le potentiel de prolifération est plus important, suivies d'une exposition à des températures élevées, ce qui est similaire à l'application d'un choc thermique. Des études simulant les conditions dans les systèmes de plomberie d'eau chaude ont démontré que le traitement par choc thermique peut entraîner une réduction temporaire de la quantité de Legionella; cependant, on ne parvient souvent pas à l'éliminer complètement, et la quantité peut revenir à des niveaux antérieurs (Cazals et coll., 2022; Favere et coll., 2025; Ji et coll., 2018).

On craint également que les cycles répétés de choc thermique puissent favoriser la sélection de L. pneumophila plus résistantes à la chaleur (Ji et coll., 2018; KWR, 2021). Les recherches indiquent que les stratégies de gestion qui comprennent des changements de température des chauffe-eau nécessitent des mesures pour compenser les périodes de vulnérabilité accrue lors de températures basses, notamment une conception améliorée pour réduire au minimum la stratification thermique et l'accumulation de dépôts lâches, ainsi que des solutions technologiques pour optimiser la température des chauffe-eau pendant qu'ils sont en marche (Cazals et coll., 2022). Il est essentiel de s'assurer que les mesures de lutte contre Legionella ne soient pas compromises par des initiatives en matière d'efficacité énergétique. Les propriétaires d'immeubles et les propriétaires de maisons devraient évaluer les impacts potentiels de toute mesure visant l'efficacité énergétique afin d'éviter les conséquences imprévues sur la qualité et la sécurité de l'eau.

Risques de brûlure

Les températures plus élevées de l'eau chaude recommandées pour contrôler la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie (60 °C ou plus) dans les maisons unifamiliales et les immeubles à logements multiples sont associées à un risque accru de brûlure, particulièrement pour les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées (NASEM, 2020; CRNC, 2020b). Les stratégies de gestion de la température doivent être mises en œuvre conformément aux règlements concernant les températures maximales autorisées au robinet. Pour réduire le risque de brûlure, le CNP précise que la température de l'eau s'écoulant d'une pomme de douche ou dans une baignoire ne doit pas dépasser 49 °C; dans les résidences pour aînés, elle ne doit pas dépasser 43 °C (CRNC, 2020b). Le CNP précise en outre que, pour maintenir des températures à cette limite ou en dessous, l'eau alimentant les pommes de douche ou les baignoires doit être contrôlée un mélangeur automatique (par exemple, robinets à pression autorégularisée ou mitigeurs thermostatiques) ou des dispositifs pour limiter la température (CRNC, 2020b). Les raccords doivent être conformes aux normes appropriées de l'American Society of Mechanical Engineers (ASME), de l'American Society of Sanitary Engineering (ASSE) ou de l'Association canadienne de normalisation (CSA) définies dans les exigences. La température de l'eau chaude pour d'autres appareils sanitaires comme les éviers et les cuves à lessive n'est pas prise en compte, mais le risque de brûlure peut exister pour ces appareils sanitaires(NRCC 2020b).

Pour maintenir l'eau chaude à des températures qui freinent la prolifération des agents pathogènes opportunistes tout en réduisant le risque de brûlure pour les utilisateurs, les propriétaires et gestionnaires d'immeubles peuvent envisager d'installer des mélangeurs automatiques qui limitent la température de l'eau aux douches et robinets à 49 °C ou moins si leur bâtiment n'en possède pas (ASHRAE, 2023a). De même, les résidents qui règlent la température de leur chauffe-eau à 60 °C peuvent prendre des précautions pour prévenir les brûlures en installant des vannes mélangeuses aux douches et aux robinets si leur maison n'en a pas. B.2.10.1 Conception explique comment les valves mélangeuses peuvent créer des conditions plus favorables à la prolifération des agents pathogènes opportunistes et qu'elles peuvent aussi être susceptibles de se briser. Idéalement, des vannes mélangeuses devraient être installées au point d'utilisation afin de réduire au minimum le volume d'eau retenu après le point de mélange à des températures d'eau dans la plage où le microorganisme Legionella peut se développer (ASHRAE, 2023a). Il est possible de consulter un plombier agréé pour obtenir des renseignements sur l'installation des vannes mélangeuses et leur entretien nécessaire.

Purge et entretien

Purge

Il est important qu'il y ait un bon écoulement d'eau vers toutes les zones du système de plomberie pour éviter la stagnation et l'établissement de conditions favorisant la prolifération des agents pathogènes opportunistes et la libération de métaux comme le plomb (voir B.2.6 Augmentation du temps de séjour de l'eau et B.2.9 Débits variables et consommation d'eau). Les risques de stagnation augmentent lorsque les robinets et douches ne sont pas utilisés sur une base régulière – par exemple, dans les logements vacants, les parties inutilisées de la maison, pendant les vacances ou dans des propriétés locatives ou de vacances qui ne sont pas utilisées. La purge dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments remplit un double objectif : éliminer les microorganismes accumulés dans l'eau stagnante et fournir eau dont la température et la composition chimique sont améliorées – par exemple, en réduisant les concentrations de plomb et en augmentant le désinfectant résiduel – jusqu'aux extrémités du système (AWWA, 2020; HSE, 2024; NASEM, 2020; Waak et coll., 2024). Deux stratégies de purge courantes employées dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments sont la purge corrective (une purge intensive et exigeante de tous les points et un renouvellement de l'eau dans le système de plomberie en réponse à de longues périodes de stagnation) et la purge courante (une purge préventive souvent ciblée sur des points inoccupé ou inutilisés dans des zones stagnantes du bâtiment) (AWWA, 2020).

Pour les immeubles résidentiels à logements multiples de plus de six logements, les procédures requises pour la purge et le mélange de l'eau dans les zones stagnantes et à faible écoulement devraient être décrites dans les documents du programme de gestion de l'eau (ASHRAE, 2021; 2023a). Les normes et directives de l'ASHRAE définissent les exigences et les considérations générales pour les procédures de purge dans le cadre d'un programme de gestion de l'eau (ASHRAE, 2023a; 2023b). Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles peuvent également consulter des conseils techniques (AWWA, 2020; Waak et coll., 2024) et des professionnels compétents (entrepreneurs et autorités compétentes) pour obtenir de l'aide pour élaborer des plans de purge pour leurs bâtiments. L'élaboration de des procédures de purge dans le cadre d'un plan de purge nécessite de prendre en compte divers facteurs, notamment la compréhension de la conception et du fonctionnement des systèmes d'eau froide et chaude, ainsi que la qualité de base des systèmes d'eau chaude et d'eau froide, la détermination de la portée des stratégies de purge, la prise de précautions pour ne pas endommager les systèmes d'approvisionnement en eau et la gestion des risques potentiels pour la santé et la sécurité du personnel et des occupants (AWWA, 2020; Waak et coll., 2024). Lorsque les bâtiments sont occupés de manière typique et ont une consommation d'eau suffisante pour renouveler régulièrement l'eau des bâtiments, la purge sur une base régulière est la mesure de contrôle la plus souvent utilisée pour aider à réduire le temps de séjour de l'eau (ASHRAE, 2023b; AWWA, 2020; Waak et coll., 2024).

Il n'existe pas de fréquence ou de durée standard de purge qui s'appliqueraient à tous les grands bâtiments à logements multiples (AWWA, 2020). Les documents de conseils précisent la purge hebdomadaire aux sorties qui ne sont pas utilisées au moins une fois sur une période de sept jours comme point de départ lors de l'élaboration de plans de purge (AWWA, 2020; ESGLI, 2017; Waak et coll., 2024). Les pratiques de purge peuvent être augmentées ou diminuées selon l'examen et la validation de la performance du plan du programme de gestion de l'eau ou du plan de purge (AWWA, 2020). Une approche générale à la purge consiste à commencer à la sortie la plus proche de l'entrée de service du bâtiment pour ensuite progresser systématiquement vers des endroits plus éloignés afin d'éviter la propagation involontaire de microorganismes d'un endroit à un autre (AWWA, 2020; Waak et coll., 2024). La procédure recommandée pour purger les douches et robinets consiste d'abord à purger l'eau froide jusqu'à ce qu'elle soit représentative de l'eau entrant dans le bâtiment (selon le désinfectant résiduel, la température ou le volume d'eau purgé), puis de purger l'eau chaude jusqu'à ce que la température se stabilise. Enfin, purger l'eau froide de nouveau pendant 10 secondes pour réintroduire de l'eau avec un désinfectant résiduel dans le point d'utilisation (AWWA, 2020; Waak et coll., 2024). Les sorties avec vannes mélangeuses devraient être purgées au moins aussi longtemps que nécessaire dans les autres sorties pour obtenir des températures froides et chaudes stables (AWWA, 2020). La purge peut être effectuée avec des aérateurs et des pommes de douche installés, bien que ceux-ci devraient être retirés et nettoyés sur une base régulière (AWWA, 2020; Waak et coll., 2024).

Pour ce qui est du plomb, la purge des robinets d'eau froide est une mesure temporaire d'atténuation qui ne réduit pas systématiquement ou suffisamment les concentrations de plomb dans l'eau potable des écoles, des résidences à logements multiples et des grands bâtiments (Doré et coll., 2018; Santé Canada, 2019e; 2025b; Murphy, 1993). Une purge périodique tout au long de la journée est nécessaire pour réduire adéquatement les concentrations de plomb, puisque les niveaux de plomb peuvent augmenter lorsque l'eau stagne pendant seulement 30 à 60 minutes (Santé Canada, 2025b). Cependant, la purge peut ne pas être pratique, surtout dans les grands bâtiments. Cibler et remplacer les composants de plomberie contenant du plomb par des composants sans plomb est la stratégie d'atténuation la plus efficace dans les bâtiments comme dans les résidences.

Pour les maisons unifamiliales et les résidences à logements multiples pouvant compter six logements où la consommation quotidienne d'eau est courante et où le renouvellement d'eau dans le système est élevé, le risque de stagnation prolongée est faible (HSE, 2024; NASEM, 2020). Pour contrôler les agents pathogènes opportunistes, les résidents (c'est-à-dire les propriétaires ou locataires) et les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles devraient purger les robinets et les douches qui n'ont pas été utilisés depuis une semaine ou plus (CDC, 2023; HSE, 2024; NASEM, 2020). Certains documents de conseils suggèrent que les résidents peuvent envisager d'effectuer une purge pour rafraîchir l'eau de leur plomberie lorsqu'elle n'a pas été utilisée pendant trois jours ou plus (AWWA, 2012; Purdue University, 2019). Après toute période prolongée de stagnation (comme plusieurs heures), l'eau devrait être purgée pour abaisser les concentrations de plomb avant la consommation. Lorsque les propriétés n'ont pas été utilisées pendant de très longues périodes (par exemple, des semaines à des mois), les propriétaires et les gestionnaires devraient suivre les bonnes pratiques pour remettre les logements en service (AWWA, 2023).

Il n'existe actuellement aucun protocole standard concernant les procédures de purge des logements résidentiels, sauf après le remplacement de l'entrée de service en plomb. Les documents de conseils recommandent de laisser couler l'eau pendant au moins 2 à 5 minutes à chaque robinet ou douche, pour les conduites d'eau froide, puis chaude (AWWA, 2012; CDC, 2023; CSTE, 2022; Purdue University, 2019). La durée de la purge pour le plomb est spécifique à chaque habitation, car elle dépend de la configuration de sa plomberie interne et d'autres facteurs, comme la longueur de l'entrée de service en plomb.

Pour réduire l'exposition au plomb, il est également recommandé de purger les robinets après la construction ou la réparation de la plomberie des résidences (AWWA, 2012). Après le remplacement de l'entrée de service, une purge importante devrait être effectuée. La purge initiale devrait être étendue et d'autres mesures temporaires d'atténuation doivent être utilisées peu après le remplacement, comme l'utilisation d'un dispositif de filtration au point d'utilisation (AWWA, 2017a).

Les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles résidentiels devraient noter qu'il y a un risque accru d'exposition aux agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie en suspension dans l'air lors de la purge des robinets et des douches. Les gestionnaires d'immeubles doivent respecter les règlements nationaux et provinciaux et territoriaux sur la santé et la sécurité au travail (ASHRAE, 2023b; AWWA, 2020). En général, des mesures devraient être prises lors de la purge afin de réduire au minimum l'exposition aux aérosols d'eau, par exemple en faisant fonctionner les ventilateurs de salle de bain, en ouvrant les fenêtres pour augmenter la ventilation, en quittant la pièce pendant que l'eau coule ou en utiliser un équipement de protection individuelle approprié, au besoin (AWWA, 2020; CSTE, 2022; Falkinham, 2013; NASEM, 2020).

Entretien

Il y a d'autres choses que les résidents et les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles de toutes tailles peuvent faire pour aider à réduire au minimum la prolifération des agents pathogènes opportunistes et réduire le risque d'exposition ainsi que l'exposition au plomb. Pour les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles qui offrent des logements résidentiels locatifs, l'étendue des responsabilités liées aux activités visant à réduire au minimum la prolifération des agents pathogènes opportunistes et à réduire le risque d'exposition aux agents pathogènes opportunistes et au plomb dépendra des détails du contrat de location. Les propriétaires ou gestionnaires, en tant que personnes en contrôle des lieux, sont responsables des systèmes d'eau de leurs bâtiments. Les gestionnaires d'immeubles peuvent conseiller à leurs locataires de nettoyer régulièrement leurs robinets, douches et aérateurs. Les locataires devraient consulter leur propriétaire ou gestionnaire de l'immeuble concernant la responsabilité des activités dans leurs bâtiments.

Chauffe-eau, stockage d'eau froide et tuyaux d'eau chaude et froide

Pour tous les systèmes résidentiels, les réservoirs des chauffe-eau devraient être couramment vidés et purgés en suivant les instructions du fabricant ou en sollicitant un plombier agréé pour effectuer les travaux (CDC, 2023; Purdue University Center for Plumbing Safety, 2020a). Différents entrepreneurs en plomberie recommandent que, si un chauffe-eau a été installé depuis plus de trois ans sans entretien, les propriétaires de maisons ou d'immeubles consultent un plombier agréé avant d'en faire la purge. Purger un réservoir de chauffe-eau après des années sans entretien préalable pourrait causer des dommages à l'unité (DeMark Home Ontario 2025; Hydro Solution, 2025).

Les citernes devraient être inspectées, nettoyées et désinfectées à intervalles réguliers, la plupart des documents de conseils recommandant de le faire au moins une fois par an (Ville d'Iqaluit, 2021; ESGLI, 2017; Gouvernement des Territoires du Nord­Ouest, s.d.; Manitoba Conservation and Water Stewardship, 2014). Les propriétaires de maisons et d'immeubles devraient s'informer auprès de leur autorité municipale ou locale pour obtenir des instructions précises. Le nettoyage ou l'inspection qui requiert d'entrer dans un réservoir de stockage devrait être effectué par un professionnel formé. La série de normes B126 de la CSA sur les réservoirs d'eau (CSA, 2023) présente les bonnes pratiques de gestion pour l'exploitation et la gestion des citernes.

Les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles résidentiels de plus de six logements peuvent également envisager d'isoler les tuyaux d'eau froide et chaude s'ils sont situés dans des zones où la possibilité de gain ou de perte de chaleur peut entraîner une baisse de la température de l'eau dans la plage qui favorise la prolifération de Legionella (25 à 45 °C) pendant de longues périodes (ASHRAE, 2023a; 2023b; CDC, 2021c; HSE, 2024; NASEM, 2020). Par exemple : les tuyaux situés dans des salles mécaniques non chauffées ou près de zones froides, surtout par temps froid, peuvent diminuer la température de l'eau chaude; les tuyaux situés dans des zones chauffées par les salles d'équipement chaudes, les murs extérieurs, les tuyaux d'eau chaude non isolés ou les gaz d'échappement de l'équipement peuvent augmenter la température de l'eau froide.

Pour les maisons unifamiliales et les immeubles résidentiels à logements multiples pouvant compter six logements, Ressources naturelles Canada recommande d'isoler les 2 à 3 premiers mètres de tuyau d'eau chaude quittant le chauffe-eau, car cette section perd le plus rapidement la chaleur (Ressources naturelles Canada, 2012). L'avantage de l'isolation des tuyaux pour réduire les pertes de température de l'eau chaude est moins significatif dans les maisons et les petits bâtiments comparativement aux grands bâtiments, puisque la consommation d'eau chaude est moins continue (EPA Water Sense, 2014) et que les distances entre le chauffe-eau et les points d'utilisation sont plus courtes.

Nettoyage des aérateurs, robinets et pommes de douche

Les pommes de douche, aérateurs et robinets devraient être nettoyés régulièrement selon les instructions du fabricant afin de réduire au minimum la prolifération des agents pathogènes opportunistes, surtout lorsqu'il y a une accumulation de biofilm (pellicule) visible sur ces raccords (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c; 2023; ESGLI, 2017; NASEM, 2020). Les pommes de douche méritent une attention particulière en matière de nettoyage et d'entretien; elles produisent beaucoup plus d'aérosols que les robinets et sont considérés comme le risque le plus important d'exposition aux agents pathogènes opportunistes (Clark et coll., 2025; Hamilton et coll., 2019). Une désinfection périodique des pommes et des boyaux de douche devrait être envisagée (Falkinham, 2018; Lande et coll., 2018). Si les instructions du fabricant ne sont pas disponibles, Waak et coll. (2024) décrivent une procédure de nettoyage et de désinfection des aérateurs, pommes et boyaux de douche et autres composants amovibles adaptée au contrôle du microorganisme Legionella. En général, les raccords sont démontés et placés dans un seau dans un endroit bien ventilé, lavés avec du savon et de l'eau, détartrés au besoin avec du vinaigre blanc ou un produit de détartrage de 30 minutes à une heure, rincés, puis trempés dans une solution d'eau de Javel à 50 ppm (1 c. à thé d'eau de Javel à usage domestique dans 4,5 L d'eau) pendant un minimum de 30 minutes, après quoi ils sont rincés et remontés. Des concentrations accrues d'eau de Javel (1 000 ppm et plus) sont proposées dans les directives pour les établissements de santé (Allegheny County Health Department, 2014) et pour les procédures de désinfection visant à contrôler les bactéries M. avium, qui sont beaucoup plus résistantes à la chloration (Falkinham, 2013; Lande et coll., 2018). Des niveaux plus élevés de chlore peuvent endommager les composants de plomberie et les finitions des raccords (Waak et coll., 2024); la compatibilité avec les agents nettoyants et désinfectants devrait être vérifiée auprès du fabricant. Les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles et les résidents devraient suivre les pratiques requises ou les bonnes pratiques concernant l'utilisation sécuritaire des produits chimiques.

Les aérateurs de robinet devraient aussi être nettoyés régulièrement pour réduire le risque d'exposition au plomb. Les aérateurs devraient être inspectés mensuellement pour détecter la présence de débris ou de particules. Les aérateurs devraient être nettoyés tous les six mois, après des travaux de construction ayant une incidence sur l'alimentation en eau d'une résidence ou après le remplacement de l'entrée de service en plomb (complète ou partielle). Les travaux de construction peuvent inclure la réparation suite à la rupture d'une conduite principale dans la zone où se trouve l'emplacement, un projet de remplacement de conduite principale ou la réparation d'une route. Plus de renseignements sur la façon de nettoyer les aérateurs d'eau sont disponibles dans l'infographie publiée sur le site Web de Santé Canada (Santé Canada, 2023).

B.6.4.3 Matériaux de plomberie

Le choix des matériaux de plomberie peut aider à réduire l'exposition au plomb ou à limiter la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie résidentielle (voir B.2.4 Variété de matériaux de plomberie). Pour réduire l'exposition au plomb dans de l'eau potable, identifier et remplacer les composants problématiques du système de plomberie par des composants sans plomb peut constituer une stratégie d'atténuation efficace (Santé Canada, 2019e). Il est recommandé aux consommateurs d'utiliser des matériaux certifiés conformes aux normes applicables de performance en matière de santé et de teneur en plomb (NSF International, 2023; 2024). Les consommateurs sont responsables de s'assurer que leurs actions n'ont pas d'effet négatif sur la qualité de l'eau. Le choix de raccords (notamment robinets et pommes de douche) et d'appareils sanitaires visant à réduire au minimum leur rôle dans la détérioration de la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment (voir B.2.10 Conception et âge) peut aider à réduire les expositions aux agents pathogènes opportunistes. L'installation et l'entretien des systèmes de plomberie résidentiels devraient être effectués par des plombiers qualifiés et autorisés ou d'autres personnes ayant l'expertise appropriée (OMS, 2023).

Remplacement de l'entrée de service en plomb

Il a été établi que les entrées de service en plomb constituent la source de plomb la plus importante dans les habitations (Santé Canada, 2019e; Lytle et coll., 2019). Pour cette raison, le remplacement complet de l'entrée de service en plomb (parties publiques et privées) est la solution la plus efficace et la plus permanente pour réduire l'exposition au plomb dans l'eau potable. Les sections privées et publiques des entrées de service en plomb devraient être retirées en même temps pour éliminer complètement cette source de plomb. Un remplacement partiel de l'entrée de service en plomb se produit lorsque seule l'une des parties de la conduite, soit la portion municipale ou appartenant au propriétaire, de l'entrée de service en plomb est remplacée. Un remplacement partiel d'une entrée de service en plomb n'entraîne pas une diminution proportionnelle des niveaux de plomb comparativement au remplacement complet de l'entrée de service. Le remplacement partiel des entrées de service en plomb n'est pas recommandé. Dans les cas où il y a des remplacements partiels des entrées de service en plomb, la corrosion galvanique peut être atténuée en utilisant des raccords en plastique pour relier l'ancienne entrée de service en plomb avec la nouvelle conduite en cuivre. Sinon, raccorder des tuyaux en PVC à l'entrée de service en plomb peut aussi prévenir la corrosion galvanique lors du remplacement partiel des entrées de service en plomb (Santé Canada, 2019e). Les entrées de service faites de fer galvanisé ou de tuyaux en fer galvanisé à revêtement de plomb devraient aussi être complètement remplacées, car ils représentent aussi une source potentielle importante d'exposition au plomb dans l'eau potable. S'ils sont présents, les queues-de-cochon et les cols-de-cygne devraient aussi être remplacés (Santé Canada, 2025b).

Choix des raccords de plomberie

Selon le CNP, les raccords utilisés pour les applications liées à l'eau potable doivent se conformer à la norme ASME A112.18.1/CSA B125.1, la norme pertinente pour les raccords de plomberie (CRNC, 2020b). Le CNP répertorie les matériaux plastiques acceptables pouvant être utilisés dans les entrées de service et les systèmes de plomberie, ainsi que la certification (CRNC, 2020b). Tous les tuyaux en plastique doivent respecter la série de normes CSA B137 pour les tuyaux en plastique, notamment respecter les exigences de la norme NSF/ANSI/CAN 61 pour le relargage des contaminants (NSF International, 2023). La norme ASME A112.18.1/CSA B125.1 limite la teneur en plomb dans les soudures à 0,2 % et inclut des exigences pour se conformer à la norme NSF/ANSI/CAN 61.

La norme NSF/ANSI/CAN 61 traite du relargage du plomb et inclut également une exigence que les surfaces en contact avec l'eau des produits (comme les composants de plomberie) aient une teneur moyenne pondérée en plomb ne dépassant pas 0,25 % lorsqu'elles sont testées conformément à la norme NSF/ANSI/CAN 372 (Composants du système d'eau potable – Teneur en plomb) (NSF International, 2023; 2024). Bien que ces exigences soient incluses dans le CNP, des matériaux plus anciens contenant des niveaux de plomb plus élevés peuvent encore être présents dans les bâtiments existants. Ceux-ci devraient être remplacés par des alternatives certifiées à faible teneur en plomb lorsque possible.

Comme pour les soudures au plomb, les composants en laiton et en bronze étaient historiquement autorisés à contenir des niveaux de plomb plus élevés. Les anciens laitons pouvaient contenir jusqu'à 8 % de plomb. Les remplacer par des matériaux conformes aux exigences de certification plus récentes réduira les sources de plomb dans la plomberie du bâtiment.

Des tuyaux en cuivre reliés à d'autres composants en cuivre (comme les coudes) avec de la soudure au plomb peuvent se retrouver dans la plomberie résidentielle installée avant 1990. Ces soudures continuent d'être une source de plomb au robinet. Tout composant de remplacement avec des joints soudés devrait répondre aux exigences actuelles du CNP, y compris l'utilisation de soudure ne dépassant pas 0,2 % de plomb (par exemple, soudure étain-antimoine). D'autres raccords de plomberie, comme les vannes et les connecteurs flexibles, peuvent aussi contenir du plomb qui peut être relargué dans l'eau potable.

Raccords et appareils sanitaires de plomberie

Les propriétaires devraient installer uniquement de nouveaux robinets ou pommes de douche approuvés pour leur secteur de compétence et répondant aux exigences les plus récentes du CNP. Il convient de faire preuve de prudence lors de l'achat de raccords vendus en ligne. Un raccord certifié devrait porter une marque d'identification estampillée ou sur son emballage provenant d'un laboratoire de certification (essais) accrédité par le Conseil canadien des normes (CCN) (voir B.6.4.4 Dispositifs de traitement). Pour toute question, les propriétaires peuvent communiquer avec un plombier agréé, un inspecteur certifié en plomberie ou leur organisme provincial ou territorial de réglementation de la plomberie.

Lors du choix d'un chauffe-eau, les facteurs suivants devraient être pris en compte : les préférences individuelles (par exemple, coûts, confort et fiabilité); la sensibilité de chacun aux risques potentiels (par exemple, le statut immunitaire, les risques de brûlure); besoins en eau des ménages; le potentiel d'incrustations; et les sources de carburant et d'énergie disponibles (Brazeau et Edwards, 2011).

Les personnes dont le risque de subir des maladies liées aux agents pathogènes opportunistes est élevé (voir B.3.4 Considérations en matière de santé) pourraient envisager des actions supplémentaires pour réduire leur risque d'exposition aux agents pathogènes opportunistes liée aux matériaux de plomberie. Les personnes à haut risque devraient éviter d'installer des raccords à faible consommation (robinets, douches), car ils peuvent augmenter le temps de séjour de l'eau et créer des conditions favorables à la prolifération de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes (NASEM, 2020; U.S. EPA, 2012). Lorsque des raccords à faible consommation sont en place, ils devraient être utilisés ou purgés régulièrement pour maintenir l'écoulement de l'eau et prévenir la stagnation (ASHRAE, 2023b). D'autres actions peuvent inclure le retrait des aérateurs de salle de bain ou l'utilisation de robinets qui produisent des écoulements lisses (laminaires) et qui ne mélangent pas l'eau et l'air (Falkinham, 2023c; NASEM, 2020); et le remplacement des boyaux de douche par un bras de douche fabriqué d'un tuyau rigide (Proctor et coll., 2018). Il peut être utile de remplacer les pommes de douche qui produisent une fine brume par ceux qui produisent des jets d'eau (trous de plus de 1 mm de diamètre) (Falkinham, 2013; NASEM, 2020). Les pommes de douche avec des trous plus grands génèrent des gouttelettes plus grosses qui tombent plus rapidement de l'air (Falkinham, 2023c); cependant, ils peuvent aussi consommer plus d'eau et d'énergie. L'étude des impacts potentiels des douches à faible consommation et permettant d'économiser l'eau sur les expositions aux agents pathogènes opportunistes est en cours (Niculita­Hirzel et coll., 2021; 2023).

B.6.4.4 Dispositifs de traitement

En général, l'utilisation de dispositifs de traitement à l'échelle résidentielle n'est pas nécessaire si l'eau est déjà traitée par la municipalité. Les propriétaires d'un puits privé sont responsables d'assurer la salubrité de l'eau potable provenant de leur propre puits. Lorsque des préoccupations spécifiques sur la qualité de l'eau existent, différentes options sont disponibles pour le traitement des eaux de puits. Il n'est généralement pas recommandé d'utiliser des dispositifs de traitement supplémentaires pour réduire les agents pathogènes opportunistes dans l'eau potable des résidences et bâtiments résidentiels.

Les personnes qui ont un risque élevé de subir des maladies associées aux agents pathogènes opportunistes (comme les personnes immunodéprimées) peuvent envisager de prendre des mesures supplémentaires, comme l'installation de filtres aux points d'utilisation aux pommes de douche ou aux robinets (Falkinham, 2018; NASEM, 2020; U.S. EPA, 2025). Divers filtres (habituellement de porosité de 0,2 μm ou moins) disponibles sur le marché peuvent constituer une barrière physique à la transmission des agents pathogènes opportunistes, notamment Legionella, MNT et P. aeruginosa (ASHRAE, 2023b; NASEM, 2020; Norton et coll., 2020). Ces filtres ont une durée de vie limitée et doivent être entretenus et remplacés à intervalles réguliers selon les recommandations du fabricant. Les personnes immunodéprimées devraient toujours discuter des risques potentiels et des mesures correctives avec leur médecin.

Un professionnel de la qualité de l'eau devrait être consulté avant d'installer tout dispositif de traitement. Avant d'installer un dispositif de traitement, l'eau devrait être analysée pour en déterminer les caractéristiques chimiques générales de la source d'eau. Les tests peuvent confirmer la présence de contaminants spécifiques. Il convient de faire analyser périodiquement eau qui entre dans le dispositif de traitement et l'eau traitée par un laboratoire accrédité (CALA, 2024; CCN, 2025), afin de confirmer l'efficacité du dispositif de traitement. Les systèmes de traitement peuvent perdre de leur efficacité au fil de l'utilisation et du temps, et doivent donc être entretenus et/ou remplacés. Les consommateurs devraient entretenir et remplacer les composants de l'unité de traitement selon les recommandations du fabricant. Les bureaux locaux de santé publique et les autorités provinciales ou territoriales en matière d'eau potable peuvent offrir des conseils pour trouver des professionnels qualifiés en traitement. D'autres ressources sont également disponibles ailleurs (Extension Foundation, 2019).

Santé Canada ne recommande pas de marques particulières de dispositifs de traitement de l'eau potable, mais conseille fortement aux consommateurs d'utiliser des dispositifs dont la conformité aux normes NSF/ANSI pertinentes est certifiée par un organisme de certification accrédité. Ces normes ont pour objet d'établir des exigences minimales concernant les matériaux (y compris la sécurité du matériel), la conception et la construction des unités de traitement de l'eau potable qui peuvent être vérifiées par un tiers. Les normes englobent des exigences de performance qui précisent le taux d'enlèvement qui doit être assuré pour certains contaminants (c'est-à-dire déclaration de réduction) qui peuvent être présents dans l'eau.

Les organismes de certification, qui doivent eux-mêmes être agréés par le CCN, garantissent qu'un produit est conforme aux normes en vigueur. Au Canada, les organismes suivants ont été accrédités par la CCN pour certifier les dispositifs et matériaux d'eau potable conformes aux normes NSF/ANSI/CAN (CCN, 2025) :

Il est possible d'obtenir une liste à jour des organismes de certification accrédités directement auprès du Conseil canadien des normes (CCN 2025).

Dans les milieux résidentiels, il est possible d'installer les appareils de traitement de l'eau potable au robinet (point d'utilisation) ou à l'endroit où l'eau entre dans la maison pour réduire les concentrations de contaminants. Puisque les niveaux de plomb peuvent augmenter entre le point d'entrée et le point de consommation de l'eau potable, il convient d'utiliser un dispositif de traitement certifié pour l'enlèvement du plomb. au point d'utilisation Le dispositif au point d'utilisation devrait être installé au robinet le plus couramment utilisé pour boire, cuisiner et préparer les aliments, car il est considéré comme la meilleure méthode pour réduire les concentrations de plomb immédiatement avant la consommation. L'inhalation et l'absorption dermique ne sont pas des voies d'exposition significatives au plomb (Santé Canada, 2019e). Après le remplacement de l'entrée de service en plomb et jusqu'à ce que les concentrations de plomb se stabilisent, il est recommandé d'utiliser des dispositifs au point d'utilisation certifiés pour l'enlèvement du plomb (Santé Canada, 2019e). Un certain nombre de dispositifs de traitement résidentiel sont disponibles pour enlever le plomb ou les agents pathogènes opportunistes de l'eau potable.

Considérations concernant le chauffe-eau

Adoucisseurs par échange d'ions

Dans les régions où l'eau souterraine est dure, les propriétaires de maisons ayant des puits privés devraient envisager d'adoucir l'eau froide alimentant le système d'eau chaude à l'aide d'un adoucisseur à échange d'ions (ESGLI, 2017; HSE, 2024). Cela réduit l'accumulation de dépôts au fond des réservoirs des chauffe-eau, sur les échangeurs de chaleur ou à l'intérieur des tuyaux ou raccords (par exemple, les robinets mélangeurs de douche, robinets, pommes de douche), ce qui peut nuire à l'efficacité du système d'eau chaude et à la qualité de l'eau (HSE, 2024).

L'utilisation d'adoucisseurs à échange d'ions à base de sodium peut introduire des quantités indésirables de sodium dans l'eau traitée. Il est recommandé d'utiliser une alimentation distincte pour la consommation d'eau potable et à des fins culinaires. Lorsqu'un adoucisseur d'eau à base de sodium est utilisé, il est recommandé qu'une portion de l'eau la plus souvent consommée (comme celle d'un robinet de cuisine) contourne complètement l'adoucisseur afin d'éviter une consommation excessive de sel (Santé Canada, 2025c). Il s'agit d'une préoccupation particulièrement importante pour les personnes qui suivent des régimes pauvres en sodium. Les adoucisseurs d'eau utilisant du chlorure de potassium comme milieu d'échange d'ions peuvent augmenter l'exposition au potassium. Ce n'est pas une préoccupation pour la population générale, mais les personnes sensibles devraient éviter de consommer de l'eau traitée par des adoucisseurs utilisant du chlorure de potassium. Les personnes sensibles incluent celles souffrant de dysfonction rénale ou prenant des médicaments qui interfèrent avec les fonctions normales dépendantes du potassium dans le corps (Santé Canada, 2008).

Mesures d'atténuation

Les mesures d'atténuation concernant les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie sont presque toujours mises en œuvre comme intervention d'urgence dirigée par les autorités de santé publique pour les bâtiments nécessitant des mesures correctives immédiates pour des problèmes pathogènes documentés comme une éclosion de maladie (NASEM, 2020; U.S EPA, 2016).

Les méthodes de traitement comprennent souvent un choc chimique (aussi appelé hyperchloration par choc) en distribuant un désinfectant au chlore dans tout le système à des concentrations bien supérieures aux niveaux maximaux autorisés pour l'eau potable (ASHRAE, 2023b; U.S. EPA, 2016). Le choc thermique utilisant de l'eau à très haute température circulant dans le système d'eau chaude est une autre méthode, mais cela nécessite beaucoup d'énergie et de main-d'œuvre et n'est pas recommandé dans la plupart des cas (ASHRAE, 2023a; 2023b; U.S. EPA, 2016).

Les méthodes d'assainissement présentent des lacunes importantes : leur efficacité dépend fortement de la capacité à atteindre les niveaux de contrôle cibles à tous les points du système, elles peuvent endommager les composants de la plomberie et représenter des risques pour les occupants (ASHRAE, 2023a; 2023b; U.S. EPA, 2016). De plus, elles ne fournissent qu'un contrôle à court terme — les concentrations d'agents pathogènes opportunistes sont réduites, mais ne sont pas éliminées, et une revivification peut survenir après la fin du traitement (ASHRAE, 2023b; U.S. EPA, 2016).

Pour les propriétaires et gestionnaires d'immeubles résidentiels à logements multiples dotés d'un programme de gestion de l'eau, la norme ANSI/ASHRAE 514 (ASHRAE, 2023a), la norme ANSI/ASHRAE 188 (ASHRAE, 2021) et la directive ASHRAE 12 (ASHRAE, 2023b) définissent les exigences pour les documents et pour les mesures correctives d'urgence dans le cadre des plans d'intervention d'urgence. Ces ressources fournissent également des conseils sur les facteurs à prendre en considération pour évaluer les besoins en matière de mesures correctives, les méthodes disponibles et les mises en garde.

Lorsqu'elles sont correctement appliquées, les stratégies de contrôle de Legionella et d'autres agents pathogènes opportunistes sont efficaces pour réduire les concentrations dans les systèmes de plomberie (Waak et coll., 2024). Lorsque les résultats d'un programme de gestion de l'eau indiquent qu'un système d'eau a, par exemple, un mauvais contrôle de Legionella ou que les mesures de contrôle sont inefficaces, il peut être nécessaire de mettre en place des interventions supplémentaires (ASHRAE, 2023a; 2023b; CDC, 2021c). Toute considération pour des interventions de contrôle supplémentaires devrait être prise sous la supervision de professionnels de la santé publique ou du traitement de l'eau (ASHRAE, 2023b; CDC, 2025b).

En ce qui concerne les propriétaires de maisons ou les propriétaires ou gestionnaires de petits bâtiments qui ne disposent pas d'un programme de gestion de l'eau, les interventions d'assainissement ou de contrôle requises seraient assurées par les autorités de santé publique en réponse aux cas documentés de maladie.

B.6.5 Étapes supplémentaires de gestion pour les fournisseurs d'eau potable

Dans le contexte d'un cadre de gestion de l'eau comme un plan de salubrité de l'eau, soutenir des programmes comme l'éducation et les initiatives de sensibilisation sont des mécanismes importants pour encourager l'amélioration progressive de la qualité des approvisionnements en eau potable (OMS, 2023). La publication de renseignements sur les aspects de santé publique liés à la qualité de l'eau potable et à la performance des fournisseurs peut répondre aux préoccupations des consommateurs et encourager les utilisateurs à suivre de bonnes pratiques de gestion et d'utilisation (OMS, 2023). Les fournisseurs d'eau potable et les parties prenantes peuvent travailler ensemble pour élargir les efforts de sensibilisation afin d'informer les propriétaires sur les risques liés à la dégradation de la qualité de l'eau dans la plomberie du bâtiment. Le projet no 4664 de la Water Research Foundation, « Customer Messaging on Opportunistic Pathogens in Plumbing Systems » (message aux clients sur les agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie), présente un plan de communication et des exemples de messages pour informer ceux qui maintiennent la plomberie du bâtiment au sujet des agents pathogènes opportunistes en mettant l'accent sur la Legionella (Masters et coll., 2018).

B.7 Surveillance

B.7.1 À l'usine de traitement de l'eau potable et dans le réseau de distribution

Les sources d'approvisionnement d'eau potable qui respectent les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada en ce qui a trait aux paramètres microbiologiques disposent d'une base solide pour contrôler le risque d'exposition à la bactérie Legionella et à d'autres agents pathogènes opportunistes (Santé Canada, 2022b). Les fournisseurs d'eau potable devraient avoir des programmes de surveillance complets qui comprennent une surveillance opérationnelle et de vérification (parfois appelé validation) afin de vérifier la qualité de l'eau et la performance du système, et démontrer que les objectifs en matière de qualité de l'eau sont systématiquement atteints en ce qui concerne les risques microbiens. Les plans de surveillance devraient être fondés sur une évaluation des risques propres à chaque système et inclure les paramètres, fréquences et lieux où la surveillance devrait être effectuée. La surveillance devrait représenter l'exposition pour les besoins de la conformité. Par exemple, puisque les sources principales de plomb proviennent de l'entrée de service et du système de plomberie, un échantillonnage pour la conformité au plomb devrait être effectué au robinet, selon un protocole représentatif de l'exposition (Santé Canada, 2019e).

Un pilier clé de la gestion des agents pathogènes opportunistes dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable est de contrôler leur présence et leur prolifération dans les réseaux de distribution d'eau potable (LeChevallier et coll., 2024). Pour maintenir la qualité de l'eau dans le réseau de distribution, il est essentiel de comprendre quand des changements surviennent. Pour atteindre cet objectif, il est important que les programmes de surveillance de routine incluent des mesures pour évaluer la biostabilité de l'eau potable (Santé Canada, 2022a). Les emplacements de surveillance pour divers paramètres devraient être fondés sur des données historiques, les caractéristiques du réseau de distribution et la répartition de la population ou des consommateurs. Les emplacements devraient bien représenter l'espace en fonction de la distance par rapport à l'installation ou les installations de traitement ou le temps de trajet dans le réseau de distribution, la densité de population des zones desservies et l'endroit où le réseau se termine. Pour tous les systèmes, les zones à faible débit ou cul-de-sac devraient être surveillées, tout comme les installations de stockage, en raison du risque d'augmentation du temps de séjour de l'eau et/ou d'une mauvaise hydraulique.

B.7.1.1 Surveillance opérationnelle

La surveillance opérationnelle des paramètres utilisés pour caractériser la MON devrait également être effectuée dans le cadre d'un plan de surveillance spécifique à la source. Cela contribuera à assurer que les responsables des systèmes de distribution d'eau potable éliminent adéquatement la MON, ce qui permettra d'atteindre les objectifs de qualité de l'eau associés aux risques microbiens, aux SPD, à la stabilité biologique et au contrôle de la corrosion. Les paramètres et méthodes à prendre en considération se trouvent dans le document technique ou le document de conseils pertinent sous les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada. Bon nombre de ces paramètres (comme les désinfectants résiduels, les SPD, le pH, l'alcalinité) sont déjà surveillés dans la plupart des installations de traitement dans le cadre d'une approche de la source au robinet pour produire de l'eau potable salubre. Les exploitants du système devraient utiliser une combinaison des méthodes et paramètres les plus appropriés, fondée sur une évaluation spécifique au système, le coût et la facilité d'utilisation, afin de surveiller couramment la qualité de l'eau du réseau de distribution et d'établir des conditions de référence, de surveiller les changements et de détecter les événements de contamination potentiels ou réels.

B.7.1.2 Surveillance de Legionella

Il n'existe aucune directive ou réglementation établissant des exigences de concentration ou de surveillance pour les organismes du genre Legionella dans l'eau potable traitée. Des études montrent que la bactérie se trouve rarement dans l'eau distribuée à des niveaux suffisamment élevés pour présenter un risque important pour la santé. Les analyses de routine impliquent également des coûts financiers et des besoins en ressources humaines. Afin de gérer les risques potentiels, la stratégie prioritaire pour les installations de production d'eau potable consiste plutôt de la gestion du processus de traitement de l'eau potable. La surveillance de vérification (activités visant à évaluer que le danger est contrôlé) peut être réalisée à l'aide de renseignements sur les opérations et le traitement accompagnés de données sur la qualité de l'eau (Bartrand et coll., 2024; Burlingame et Bartrand, 2024). Un inventaire des conditions à risque liées à Legionella et une évaluation des risques spécifiques à chaque fournisseur d'eau peuvent aider à définir les activités de surveillance opérationnelle et les points d'inspection afin d'évaluer si les contrôles fonctionnent comme prévu (voir B.6.3 À l'usine de traitement de l'eau potable et dans le réseau de distribution). La température de l'eau et le désinfectant résiduel sont des paramètres importants pour déterminer les conditions dans les réseaux municipaux qui peuvent favoriser l'amplification et augmenter le risque latent d'agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie. Ces conditions incluent une température de l'eau supérieure à 18 °C et un faible désinfectant résiduel dans les zones de distribution et de stockage où l'eau stagne, où le biofilm se développe, où les sédiments s'accumulent, où la corrosion accrue se produit ou lorsqu'il y a une occurrence significative de pressions transitoires ou de preuves d'intrusion (Burlingame et Bartrand, 2024; LeChevallier, 2019a). L'examen des données sur la qualité de l'eau et la modélisation hydraulique des réseaux de distribution peuvent aider à cibler des emplacements vulnérables à prioriser comme sites de surveillance (Besner et coll. 2001; Bukhari et coll., 2023). La prolifération bactérienne est généralement plus probable dans les réseaux de distribution d'eau potable lorsque la température de l'eau dépasse 15 °C (Besner et coll., 2001; LeChevallier et coll., 1996). Par conséquent, les responsables de système de distribution d'eau potable peuvent considérer cette température comme un déclencheur pour augmenter la fréquence d'échantillonnage de certains paramètres tels que les paramètres de biostabilité (Santé Canada, 2021a).

Il peut être utile de surveiller la présence de L. pneumophila dans des cas particuliers – par exemple, dans le cadre d'une enquête sur une éclosion de maladie d'origine hydrique (Payment et Pintar, 2006; OMS, 2022a). De plus, une sensibilisation accrue du public ou une augmentation rapportée de l'incidence des maladies d'origine hydrique, comme le démontrent les données nationales ou régionales de surveillance, pourrait inciter les fournisseurs d'eau potable à envisager des activités de surveillance volontaires afin de mieux comprendre les vulnérabilités potentielles du système ou les niveaux de référence (Bukhari et coll., 2023). Des renseignements plus détaillés sur les approches de suivi de L. pneumophila dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable se trouvent ailleurs (Bartrand et coll., 2024; Bukhari et coll., 2023). Bien que des études suggèrent que la présence de L. pneumophila dans les réseaux de distribution d'eau potable est faible, avec des données largement inférieurs aux niveaux estimés comme des risques pour la santé, la surveillance de Legionella est tout de même susceptible de détecter que ces microorganismes sont présents (Bartrand et coll., 2024; Bukhari et coll., 2023; Wang et coll., 2012a). Par conséquent, les fournisseurs d'eau qui envisagent la surveillance devraient avoir une communication proactive pour aider à contextualiser les données de surveillance et à sensibiliser les clients à leur importance ainsi qu'aux mesures de gestion des risques en place (Bartrand et coll., 2024; Bukhari et coll., 2023).

B.7.1.3 Surveillance des contaminants inorganiques

Pour les contaminants inorganiques, tels que l'arsenic, le cuivre, le plomb et le manganèse, les renseignements de surveillance sont fournis dans les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique pour les paramètres respectifs (Santé Canada, 2006; 2009a; 2009b; 2019b; 2019e; 2024a; 2025b). Pour le plomb en particulier, des renseignements détaillés se trouvent dans le document technique (Santé Canada, 2019e) et dans le Document de conseils sur le contrôle de la corrosion dans les réseaux de distribution d'eau potable (Santé Canada, 2025b). Il est important de choisir le protocole d'échantillonnage approprié selon l'objectif (Santé Canada, 2019e; 2025b).

Il convient de noter que l'eau doit être surveillée au robinet lorsque des événements d'eau colorée surviennent. La coloration est susceptible d'être accompagnée de la libération de contaminants accumulés, notamment de l'arsenic, du cuivre, du plomb, du manganèse et des paramètres radiologiques, et peut réduire le désinfectant résiduel (Santé Canada, 2006; 2009a; 2009b; 2019b; 2019e; 2024a; 2025b). Par conséquent, les événements d'eau colorée ne devraient pas être considérés uniquement comme une question esthétique; ils devraient servir de déclencheur pour surveiller les métaux (Friedman et coll., 2016).

B.7.2 Maisons unifamiliales et immeubles résidentiels à logements multiples (jusqu'à six logements)

La surveillance de routine des agents pathogènes opportunistes dans ces bâtiments n'est pas pratique et donc non recommandée. Les analyses sont généralement limitées aux études de recherche et aux enquêtes menées sur des cas ou des éclosions de légionellose.

Les propriétaires de maisons et d'immeubles sont responsables d'évaluer les types de matériaux qu'ils ont dans leur système de plomberie (par exemple, s'il y a une entrée de service en plomb, une entrée de service en fer galvanisé ou galvanisée à revêtement de plomb, ou des tuyaux en cuivre). Les propriétaires de maisons et d'immeubles peuvent communiquer avec leur fournisseur d'eau ou la municipalité, car ces derniers peuvent avoir des renseignements utiles, notamment à savoir si les entrées de service dans leur secteur sont en plomb et s'ils ont reçu des signalements de cas de coloration de l'eau. Si le propriétaire soupçonne que son entrée de service est en plomb, il devrait faire analyser son eau. Ils peuvent aussi demander à leur municipalité ou à leur fournisseur d'eau s'il existe un programme de dépistage du plomb ou demander des renseignements sur l'endroit et la façon d'effectuer les analyses. La surveillance de routine des habitations résidentielles est également assurée par les autorités responsables des réseaux de distribution d'eau potable dans le cadre de la surveillance de la conformité. Des renseignements précis sur les stratégies de surveillance du plomb (par exemple, des graphiques sur l'échantillonnage) se trouvent aussi dans le Document technique – le plomb et dans le Document de conseils sur le contrôle de la corrosion dans les réseaux de distribution d'eau (Santé Canada, 2019e; 2025b).

Les propriétaires de puits privés sont encouragés à faire analyser leur eau pour en déterminer la qualité générale tous les deux ans. Il est possible de communiquer avec les autorités locales pour déterminer pour les paramètres chimiques à analyser. De plus, les propriétaires de puits privés utilisant des dispositifs de traitement résidentiels devraient régulièrement analyser l'eau entrant et sortant du dispositif de traitement selon les instructions du fabricant afin de vérifier que le dispositif est efficace.

B.7.3 Immeubles résidentiels à logements multiples (de plus de six logements)

Le point B.6.4.2 souligne que la création et la mise en œuvre d'un programme complet de gestion de l'eau, ou plan de salubrité de l'eau des bâtiments, constituent la bonne pratique recommandée pour la gestion de la qualité de l'eau dans les bâtiments (NASEM, 2020; OMS, 2011). La norme ANSI/ASHRAE 514 (2023a) et ses ressources supplémentaires, la norme ANSI/ASHRAE 188 (2021) et la directive ASHRAE 12 (2023b), fournissent des conseils et des renseignements sur les exigences relatives à l'élaboration de procédures de surveillance pour les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments dans le cadre d'un programme de gestion de l'eau et identifient les éléments à prendre en compte pour la mesure et l'analyse des paramètres physiques, chimiques et microbiologiques. Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles devraient consulter la norme ANSI/ASHRAE 514 pour obtenir des renseignements détaillés. Des conseils sur certains aspects clés de la surveillance sont fournis ici.

Avant d'élaborer des procédures de surveillance, les propriétaires/gestionnaires d'immeubles doivent d'abord effectuer une évaluation du réseau d'alimentation en eau de leur bâtiment afin de déterminer les conditions à risques et les mesures de contrôle à mettre en œuvre, puis à surveiller (ASHRAE, 2023a). Il est également important que les propriétaires et gestionnaires d'immeubles comprennent comment interpréter les résultats des analyses et intervenir en conséquence avant de commencer à mesurer les paramètres et à prélever des échantillons (ASHRAE, 2023a). Certaines activités de surveillance peuvent être effectuées par le gestionnaire ou l'exploitant de l'immeuble, à condition qu'ils aient été formés, tandis que d'autres peuvent nécessiter un fournisseur de services (par exemple, une entreprise qualifiée en gestion de l'eau ou un conseiller). Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles qui n'ont pas d'expérience dans la collecte d'échantillons peuvent demander de l'aide aux professionnels de la gestion de l'eau des bâtiments, aux laboratoires et aux autorités gouvernementales (telles que les autorités de santé publique ou environnementale).

Dans le cadre d'un programme de gestion de l'eau, la surveillance inclut la mesure de paramètres physiques et chimiques tels que la température et le désinfectant résiduel à des points représentatifs du réseau d'alimentation en eau du bâtiment afin de vérifier que le programme fonctionne conformément à sa mise en œuvre et de valider que les risques sont contrôlés. Des mesures de routine pour les risques physiques (brûlures), microbiens et chimiques peuvent également être mises en œuvre si l'équipe du programme de gestion de l'eau détermine que cela est également nécessaire pour la validation (ASHRAE, 2023a).

B.7.3.1 Paramètres et méthodes de surveillance

Les ressources des programmes de gestion de l'eau des bâtiments recommandent la température et le désinfectant résiduel comme paramètres principaux à surveiller (ASHRAE, 2023b; AWWA, 2020; CDC, 2021c).

Température

La température de l'eau est l'un des facteurs les plus importants qui influencent la survie et la prolifération des agents pathogènes opportunistes dans la plomberie du bâtiment (voir B.2.7 Fluctuations de température). La mesure de la température peut être utilisée pour vérifier que les températures recommandées pour la plomberie du bâtiment sont atteintes pour le contrôle microbiologique et la prévention du risque de brûlure (ASHRAE, 2023a; 2023b). La température peut être vérifiée aux points d'utilisation, avec ou sans robinets mélangeurs, en faisant couler l'eau et en enregistrant la température après qu'elle s'est stabilisée (AWWA, 2020). Il n'existe pas de méthodes standardisées détaillées pour surveiller la température de l'eau dans la plomberie du bâtiment. Les Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater fournissent des recommandations de base pour les dispositifs de mesure de température, leur précision et leur calibration (APHA et coll., 2023a). Le ASTM E2877 Standard Guide for Digital Contact Thermometers peut être consulté pour obtenir des conseils sur le choix des thermomètres, les spécifications et les exigences minimales pour la certification. Des thermomètres numériques ou des appareils de mesure de la température ayant une plage minimale de 0 à 100 °C et une résolution de 0,1 °C ont été utilisés par des chercheurs dans le cadre d'études d'investigation (Bédard et coll., 2015; Rhoads et coll., 2015). Des instruments sont disponibles pour la mesure à distance en ligne de la température de l'eau dans la plomberie du bâtiment. La surveillance continue à distance de la température de l'eau peut fournir des mesures plus complètes et précises, bien qu'elle entraîne des coûts supplémentaires liés à l'installation initiale et à l'entretien de l'équipement.

Concentration de désinfectant résiduel

Comme mentionné au point B.2.8 Absence ou présence en faible quantité de désinfectants résiduels, un désinfectant résiduel est appliqué pour limiter la revivification microbiologique (Santé Canada, 2009a; 2020c). La mesure du désinfectant résiduel dans l'eau froide peut être utilisée pour confirmer que les niveaux atteignant les points d'utilisation sont dans les niveaux cibles et idéalement s'approchent des niveaux dans l'eau distribuée par le fournisseur d'eau potable (AWWA, 2020). Les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles peuvent communiquer avec leur fournisseur d'eau potable pour obtenir des renseignements sur le type de désinfectant résiduel et le niveau dans l'eau distribuée dans leur région (AWWA, 2020). Il est nécessaire de mesurer le chlore libre pour les bâtiments approvisionnés en eau qui contiennent un résiduel de chlore libre et le chlore total pour les bâtiments où se trouve un résiduel de chloramine (AWWA, 2020). Il existe des méthodes permettant de mesurer le chlore résiduel ou les chloramines résiduelles à l'aide d'analyseurs portables (ASHRAE, 2023a; Santé Canada, 2009a; 2020c).

Legionella spp.

Lors de l'utilisation des normes ANSI/ASHRAE 514 et ANSI/ASHRAE 188 et de la directive ASHRAE 12, le propriétaire ou gestionnaire de l'immeuble ou l'équipe du programme détermine si des analyses visant à détecter les risques microbiologiques sont nécessaires à des fins de validation en se fondant sur l'évaluation de leur réseau d'alimentation en eau du bâtiment (ASHRAE, 2021; 2023a; 2023b). Legionella (en particulier L. pneumophila) est le risque microbiologique le plus couramment testé pour confirmer que les conditions de prolifération microbienne sont bien contrôlées (ASHRAE, 2023a). Pour la surveillance des espèces de Legionella dans les bâtiments résidentiels, les analyses devraient se concentrer sur L. pneumophila, l'espèce de plus grande importance pour la santé publique (KWR, 2021; LeChevallier et coll., 2024). Les analyses de routines pour L. pneumophila peuvent être utiles dans les bâtiments où il est difficile de respecter de manière constante les limites cibles de température de l'eau et de désinfectant résiduel dans tout le bâtiment, ainsi que dans les bâtiments abritant des populations plus vulnérables aux infections opportunistes, comme les appartements pour personnes âgées (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c; ESGLI, 2017). Pour d'autres agents pathogènes opportunistes dans les systèmes de plomberie, les analyses ne sont pas recommandées en raison de divers facteurs, notamment la complexité des méthodes, le coût, l'absence de protocoles consensuels, la présence variable des microorganismes et les lacunes dans la compréhension de leur infectiosité, de la dose et du risque de maladie (APHA et coll., 2023c; Wang et coll., 2017).

Les propriétaires et gestionnaires d'immeubles devraient être conscients des divers défis liés à la surveillance de L. pneumophila dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments, y compris les ressources requises (coûts, temps de personnel), la disponibilité des laboratoires, l'élaboration de la conception du programme de surveillance et l'interprétation des résultats. Lors des analyses, celles-ci devraient être effectuées par des laboratoires dont le champ d'accréditation inclut notamment la détection de L. pneumophila dans des échantillons environnementaux (ASHRAE, 2023b; ESGLI, 2017). Des ressources sont disponibles pour aider les propriétaires et gestionnaires d'immeubles à trouver des laboratoires qualifiés pour faire les analyses relatives à L. pneumophila (CALA, 2024; CDC, 2022a; CCN, 2025).

Des méthodes standardisées de culture et de PCR quantitative pour la détection et la quantification de L. pneumophila sont disponibles (AFNOR, 2017; 2019; APHA et coll., 2023b; ASTM, 2021; CDC,2005; ISO, 2017; 2019; 2024). La plupart des laboratoires accrédités utilisent des méthodes de culture; comparativement moins de laboratoires offrent des tests de PCR quantitative dans leur champ d'analyse. Les programmes de surveillance devraient idéalement inclure les deux méthodes pour une compréhension complète de la présence de L. pneumophila dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments (NASEM, 2020). La PCR quantitative est utile pour un dépistage rapide des échantillons de L. pneumophila et les tests de PCR quantitative dont le résultat est positif peuvent faire l'objet d'un suivi par des tests en culture pour détecter la présence de cellules viables et cultivables (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c; Dowdell et coll., 2022). Les propriétaires ou gestionnaires d'immeubles peuvent consulter des laboratoires et des professionnels de la gestion de l'eau afin de choisir les méthodes d'analyse appropriées pour leurs bâtiments (ASHRAE, 2023a).

En général, le réseau d'eau chaude de l'installation de plomberie est une cible importante pour la surveillance de Legionella. Les systèmes d'eau froide ne devraient pas nécessiter de surveillance de routine de Legionella, sauf si les températures et les temps de stagnation sont élevés dans le système (par exemple, plus de 25 °C, cul­de­sac) (Wang et coll., 2017). Lors de l'échantillonnage pour le dépistage de Legionella, les échantillons d'eau (par opposition aux échantillons de biofilm ou d'aérosols) sont au centre des analyses, car ils sont plus faciles à prélever, différents volumes peuvent être échantillonnés, et font l'objet de méthodes standardisées permettant un prélèvement cohérent et une communication fiable des résultats (ASHRAE, 2023b; NASEM, 2020; Wang et coll., 2017). Les résultats du test de dépistage de Legionella indiquent les conditions au moment de l'analyse et ne fournissent aucune indication sur le risque pour la santé ni ne permettent de prédire l'apparition d'une maladie (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c). Les résultats devraient être interprétés en fonction de la concentration, de l'étendue de la détection et de l'espèce de Legionella (ASHRAE, 2023a). Les normes et recommandations de l'ASHRAE (ASHRAE, 2023a; 2023b) et du CDC (CDC, 2021c) fournissent des conseils aux propriétaires ou gestionnaires de bâtiments ou à l'équipe du programme pour donner suite aux résultats des tests de dépistage de Legionella, ainsi que des lignes directrices pour évaluer la performance des programmes de gestion de l'eau. En général, les indicateurs signalant que les conditions du réseau d'alimentation en eau des bâtiments favorisent la prolifération de Legionella incluent des concentrations de Legionella supérieures à 1 UFC/mL (1 000 UFC/L), des augmentations de concentrations de dix fois ou plus et une augmentation du nombre ou du pourcentage de sites d'échantillonnage dont le résultat aux analyses est positif (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c). Les résultats d'analyse où la prolifération de L. pneumophila n'est pas bien contrôlée indiquent la nécessité de mettre en œuvre un niveau d'intervention supérieur selon le programme de gestion de l'eau (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c). Cela se fait en examinant les conditions opérationnelles, en ajustant les mesures de contrôle au besoin et en effectuant de nouveau les analyses (ASHRAE, 2023b; CDC, 2021c).

Numération sur plaque des bactéries hétérotrophes (NBH)

La surveillance de la numération sur plaque des bactéries hétérotrophes (NBH) n'est généralement pas recommandée dans le cadre d'un programme de gestion de l'eau des bâtiments (CDC, 2021c; OMS, 2011). Les méthodes de NBH ne détectent qu'une petite proportion de la concentration totale de bactéries dans l'eau potable (Prest et coll., 2016; Van Nevel et coll., 2017; OMS, 2003). Compte tenu des limites des méthodes de NBH, il est recommandé que d'autres méthodes de surveillance et paramètres soient pris en compte pour évaluer la qualité microbiologique générale de l'eau (Santé Canada, 2022a). Par exemple, l'adénosine triphosphate (ATP) est un indicateur rapide, facile et économique qui a été utilisé avec succès pour la surveillance de l'eau des bâtiments afin d'évaluer la qualité générale de l'eau potable ainsi que la biostabilité et l'efficacité des mesures correctives, comme la purge (Grimard­Conea et coll., 2022; Grimard­Conea et Prévost, 2023; Lautenschlager et coll., 2010; Li et coll., 2022; Siebel et coll., 2008; Yao et coll., 2023). Une méthode d'essai normalisée existe pour la détection de la teneur en ATP provenant des microorganismes présents dans l'eau (ASTM, 2023), et des trousses commerciales conformes à cette méthode sont disponibles. Certains auteurs ont recommandé des seuils pour faciliter l'interprétation des résultats ATP; par exemple, une valeur d'ATP ≥ 10 pg/mL a été suggérée comme indiquant la nécessité de prendre des mesures correctives (Chen et coll., 2024; Grimard­Conea et coll., 2022). En pratique, des valeurs de référence et tendances spécifiques au système devraient être établies sur une période d'essai suffisante, similaires aux pratiques recommandées pour toute technique de surveillance microbiologique (Chen et coll., 2024).

Contaminants inorganiques

Les propriétaires d'immeubles sont responsables d'évaluer leurs propres systèmes de plomberie pour détecter le plomb. Il est possible de communiquer avec la municipalité ou l'autorité locale pour obtenir des conseils et de l'aide pour les analyses. Pour plus de renseignements, consultez le matériel Parlons d'eau de Santé Canada sur le plomb dans l'eau potable (Santé Canada, 2016). Des renseignements précis sur les stratégies de surveillance du plomb se trouvent dans le Document technique – le plomb et dans le Document de conseils sur l'échantillonnage et les mesures d'intervention pour le contrôle de la corrosion (Santé Canada, 2019e; 2025b).

Les événements de coloration sont susceptibles d'être accompagnés de la libération de contaminants accumulés (voir B.4.1 Sources d'exposition). Par conséquent, les événements d'eau colorée devraient déclencher un échantillonnage pour l'arsenic, le cuivre, le plomb, le fer, le manganèse et d'autres contaminants inorganiques, selon le cas (Santé Canada, 2006; 2019b; 2019e; 2019f; 2021b; 2024a; 2025b). Un balayage de métaux, où plusieurs métaux traces peuvent être analysés simultanément dans un même échantillon, peut aussi être réalisé pour déterminer les contaminants présents. Les propriétaires d'immeubles doivent prendre en compte les plaintes des clients, car elles constituent une bonne source d'information sur les événements de libération dans le réseau de distribution et indiquent où des mesures de gestion doivent être prises.

B.7.3.2 Considérations en matière de surveillance

Les procédures de surveillance devraient être définies dans le programme de gestion de l'eau des bâtiments (dans le cas où un tel programme est en place). Les stratégies d'échantillonnage seront uniques à chaque bâtiment et influencées par la complexité de la conception de ce réseau d'alimentation en eau, les caractéristiques de fonctionnement du système et les paramètres à analyser (ESGLI, 2017; NASEM, 2020). Les normes ANSI/ASHRAE 514 et ANSI/ASHRAE 188 et la directive ASHRAE 12 présentent des considérations générales pour le choix des lieux d'échantillonnage (ASHRAE, 2021; 2023a; 2023b). D'autres ressources sont disponibles pour fournir des conseils pratiques sur l'échantillonnage, le choix du site, la collecte et le transport (ASHRAE, 2023b; CCIAQ, 2023; CDC, 2021c; TPSGC, 2016). Les professionnels de la gestion de l'eau des bâtiments peuvent également aider à élaborer un plan d'échantillonnage.

Comme mentionné à la section B.2 Causes de la détérioration de la qualité de l'eau, les caractéristiques des bâtiments, les paramètres opérationnels et les raccords peuvent augmenter le potentiel de prolifération des agents pathogènes opportunistes et l'exposition à ceux-ci s'ils ne sont pas correctement gérés. Cela inclut les culs-de-sac, les points d'utilisation peu utilisés, les zones avec une mauvaise circulation, les zones à l'intérieur des systèmes d'eau chaude et froide où les températures peuvent aller de 25 à 45 °C, les chauffe-eau à accumulation, les robinets mélangeurs d'eau chaude, les pommes de douche et les robinets (AWWA, 2020; ESGLI, 2017; Hamilton et coll., 2017). La directive ASHRAE 12 précise que les plans d'échantillonnage pour le dépistage de Legionella devraient inclure, au minimum, des points de distribution centraux, des zones ciblées comme ayant des conditions de faible débit, et des points d'utilisation proches et éloignés de la connexion du réseau de distribution d'un système d'approvisionnement en eau potable au réseau d'alimentation en eau du bâtiment (ASHRAE, 2023b).

La surveillance de la température des systèmes d'eau froide et chaude ainsi que des niveaux de désinfectants dans les systèmes d'eau froide est une approche pratique pour déterminer les zones de faible utilisation ou dans lesquelles les objectifs opérationnels ne sont pas atteints (Bédard et coll., 2015; NASEM, 2020). Établir un profil informatif du désinfectant résiduel et de la température dans un réseau d'alimentation en eau d'un bâtiment nécessite de nombreux points d'échantillonnage couvrant une gamme de scénarios possibles, y compris les périodes de stagnation et les différentes saisons ou périodes de l'année (Bédard et coll., 2015; Rhoads et coll., 2014). Bédard et coll. (2015) discutent des spécificités du profilage de température et de la compréhension de la distribution de la température au sein d'un réseau de distribution d'eau chaude dans les bâtiments.

Lieu d'échantillonnage

Les lieux et la fréquence d'échantillonnage seront influencés par la complexité de la conception de ce système, les caractéristiques de fonctionnement du système et les paramètres à analyser. La surveillance du plomb devrait être effectuée au robinet le plus fréquemment utilisé pour boire et préparer les aliments (Santé Canada, 2019e). Dans les zones du réseau de distribution propices à des événements de coloration (par exemple, les bâtiments alimentés par ou en aval de tuyaux en fonte), un échantillonnage de métaux pendant et après les événements de coloration devrait être effectué au robinet (Santé Canada, 2019e; 2024a; 2025b).

Pour le plomb, la fréquence d'échantillonnage pour les bâtiments résidentiels à logements multiples est décrite dans le Document de conseils sur l'échantillonnage et les mesures d'intervention pour le contrôle de la corrosion (Santé Canada, 2025b) et des plans d'échantillonnage devraient être élaborés spécifiquement pour chaque bâtiment. Les niveaux de plomb sont très variables dans les grands bâtiments, ce qui signifie que la concentration de plomb à un robinet en particulier ne permet pas de prédire celle des autres robinets dans un bâtiment. Les plans d'échantillonnage doivent garantir que chaque robinet du bâtiment fait l'objet d'un échantillonnage (Santé Canada, 2025b).

B.8 Considérations à l'échelle internationale

B.8.1 Agents pathogènes opportunistes

Certaines organisations internationales proposent des conseils sur les agents pathogènes opportunistes dans l'eau potable. Cependant, elles se limitent à la gestion et au contrôle de Legionella, avec un accent particulier sur les systèmes d'eau dans les bâtiments.

Deux organismes internationaux ont établi des règlements sur l'eau potable pour le microorganisme Legionella. L'Union européenne (UE), dans sa directive mise à jour sur l'eau potable (Union européenne, 2020), exige que Legionella soit traitée dans le cadre d'une approche axée sur les risques pour la salubrité de l'eau. Les États membres doivent effectuer une analyse générale des risques potentiels associés aux réseaux de distribution des résidences et assurer une surveillance de Legionella aux endroits où les risques sont ciblés, en accordant une attention particulière aux bâtiments prioritairesNote de bas de page 1. La directive établit une valeur paramétrique de 1 000 UFC/L pour les espèces de Legionella dans l'eau potable. Lorsque des risques liés aux réseaux de distribution nationaux sont identifiés, ou lorsque la surveillance montre que la valeur paramétrique n'est pas atteinte, les États membres doivent prendre des mesures pour éliminer ou réduire ces risques. Il peut s'agir de conseils aux consommateurs et aux propriétaires de bâtiments publics et privés sur les conditions de l'eau et les mesures visant à éliminer ou réduire les risques. La U.S. Environmental Protection Agency (U.S. EPA) a établi un objectif de niveau maximal de contaminant (MCLG, un objectif de santé publique non contraignant) de zéro organisme de l'espèce de Legionella dans l'eau potable, dans son règlement sur le traitement de l'eau de surface, en fonction du traitement (U.S. EPA, 1989). L'EPA indique que si les espèces Giardia et virus sont éliminés ou inactivés, selon les techniques de traitement prévues dans la règle sur le traitement des eaux de surface, les espèces de Legionella seront également contrôlés.

L'Organisation mondiale de la Santé et le gouvernement australien (National Health and Medical Research Council de l'Australie) fournissent des fiches d'information contenant des renseignements détaillés sur les agents pathogènes hydriques individuels, y compris les agents pathogènes opportunistes (NHMRC et NRMMC, 2011; OMS, 2022a).

Dans la plupart des pays, la gestion de Legionella dans les réseaux d'alimentation en eau des bâtiments se fait de façon ponctuelle grâce à l'utilisation d'une gamme de codes, de normes et de documents de conseils. Des normes et des documents d'orientation ont été élaborés pour les bâtiments y compris des immeubles résidentiels à logements multiples; cependant, leur champ d'application n'inclut pas les maisons unifamiliales (ASHRAE, 2021; 2023b; CDC, 2021c). Des comparaisons des recommandations des organismes internationaux concernant la température de l'eau chaude et les niveaux d'action de Legionella applicables aux habitations résidentielles sont fournies dans le Tableau E1et E2.

B.8.2 Plomb et autres contaminants inorganiques

Diverses organisations nationales et internationales ont établi des valeurs pour le plomb et d'autres contaminants inorganiques dans l'eau potable. Cependant, peu disposent d'un document unique présentant des renseignements précis sur la façon de réduire au minimum l'exposition à ces contaminants dans l'eau potable consommée à la maison. Par exemple, le site Web de l'U.S. EPA présente des renseignements généraux sur le plomb dans l'eau potable et sur ce que les gens peuvent faire (U.S. EPA, 2024a). Des renseignements sont également fournis sur la façon d'identifier les marques de certification sans plomb sur les composants de plomberie (U.S. EPA, 2024c) et sur la façon de repérer les filtres au point d'utilisation et les pichets-filtrant certifiés pour l'enlèvement du plomb (U.S. EPA, 2024b). Le gouvernement australien (Environmental Health Standing Committee) a publié une déclaration d'orientation sur le plomb dans l'eau potable provenant de produits de plomberie ainsi qu'un document sur la réduction de l'exposition aux métaux dans l'eau potable (enHealth de l'Australian Health Protection Principal Committee, 2021a; 2021b). L'Organisation mondiale de la Santé dispose de renseignements d'orientation sur la réduction des concentrations de plomb au robinet (OMS, 2022b).

Cependant, aucun document holistique visant à réduire au minimum l'exposition au plomb et à d'autres contaminants inorganiques potentiellement présents dans l'eau potable n'a été publié par des organisations nationales ou internationales. L'UE ne fournit pas de renseignements détaillés, à part des lignes directrices générales sur les niveaux acceptables de contaminants dans l'eau potable (Union européenne, 2020).

Partie C. Références et abréviations

C.1 Références

C.2 Abréviations

AHA
Acides haloacétiques
ANSI
American National Standards Institute
ASHRAE
American Society of Heating, Refrigerating and Air­Conditioning Engineers
ASME
American Society of Mechanical Engineers
ASSE
American Society of Sanitary Engineering
ATP
Adénosine triphosphate
AVCI
Année de vie corrigée de l'incapacité
CCN
Conseil canadien des normes
CDC
Centers for Disease Control and Prevention
CNP
Code national de la plomberie
COA
Carbone organique assimilable
CSA
Association canadienne de normalisation
CVCA
Chauffage, ventilation et climatisation
É.-U.
États-Unis
ÉQRM
Évaluation quantitative du risque microbien
HACCP
Analyse des risques aux points critiques
LD
Limite de détection
MAC
Complexe Mycobacterium avium
MCLG
Objectif de niveau maximum de contaminant
MNT
Mycobactéries non tuberculeuses
MON
Matière organique naturelle
N/D
Non disponible
NBH
Numération sur plaque des bactéries hétérotrophes
nd
Non décelé
NPP
Nombre le plus probable
PCR
Réaction en chaîne de la polymérase
PCR
quantitative Réaction de polymérisation en chaîne quantitative
PVC
Polychlorure de vinyle
PVC­C
Polychlorure de vinyle surchloré
Q.I.
Quotient d'intelligence
SPD
Sous-produits de désinfection
SPE
Substances polymériques extracellulaires
TAU
Test d'antigène urinaire
THM
Trihalométhanes
UE
Union européenne
UFC
Unités formant des colonies
UV
Ultraviolet
XLPE
Polyéthylène réticulé

Partie D. Synthèse des études sur la présence d'agents pathogènes opportunistes dans la plomberie des habitations résidentielles

Tableau D1. Nombre, pourcentage d'échantillons positifs et concentrations d'agents pathogènes opportunistes dans des habitations résidentielles alimentées par un système municipal d'approvisionnement en eau potable, d'après des études menées dans des zones climatiques tempérées au Canada et aux États­Unis.
Lieu et période Méthodes d'échantillonnage et de détection Microorganismes Fréquence des échantillons positifs Concentration Autres résultats Référence

New Jersey.

Maisons de patients atteints de la maladie du légionnaire et de témoins volontaires (2020-2021)

Maisons : 77

Échantillons : 451

Échantillons d'eau (: pommes de douche, robinets peu utilisés et spas)

Eau chaude = premier jet, 1 L

PCR quantitative et culture

Type de désinfectant résiduel : Non disponible

Legionella spp. (L)

Legionella pneumophila (LP)

Maisons :

PCR quantitative

Culture :

Plage UFC/mL

  • LP : 0,05 à 62
  • PCR quantitative : N/D

La détection de Legionella par culture ou par PCR quantitative ne différait pas significativement entre les maisons des cas et des témoins.

Les habitations avec un résiduel moyen de chlore inférieur à 0,1 mg/L ou une température d'eau chaude inférieure à 123 oF présentaient des taux de détection par culture plus élevés que celles au-dessus de ces seuils.

La fréquence de détection de Legionella spp. était plus élevée durant l'été.

Gleason et coll. (2023) et des données supplémentaires.

25 États, un territoire fédéral et un district fédéral (États-Unis).

Les résidences et les bâtiments commerciaux.

(2009-2010)

Résidences privées : 8

Échantillons : 56

Échantillons d'eau : 1 ou 2 robinets d'eau froide par site (évier de cuisine, lavabo, distributeur de réfrigérateur)

Eau : purge 15 s, 4 L

Culture (2 L), PCR quantitative (2 L)

Mycobacterium avium (MA)

Mycobacterium intracellulare (MI)

Maisons :

  • PCR quantitative
  • MA : 6/8 (75 %)
  • MI : 7/8 (87,5 %)

Culture :

  • MA : 3/8 (37,5 %)
  • MI : 4/8 (50 %)

Échantillons :

  • PCR quantitative
  • MA : 7/56 (12,5 %)
  • MI : 11/56 (19,6 %)

Culture :

  • MA : 6/56 (10,7 %)
  • MI : 6/56 (10,7 %)

Unités génomiques par L

(plage) : Eau :

  • MA : de 34,41 à 3051,25
  • MI : de 26,30 à 3083,6

Le taux de détection de MA (ordre décroissant) : PCR quantitative : 1. eau de surface chloraminée 2. eau souterraine non traitée 3. eau souterraine chlorée 4. eau de surface chlorée

Culture :

1. eau de surface chloraminée 2. eau de surface chlorée 3. eau souterraine chlorée 4. Eau souterraine non traitée

Pfaller et coll. (2022) et des données supplémentaires.

Ann Arbor, Michigan.

15 maisons unifamiliales

D'oct. 2015 à févr. 2016

Robinets de cuisine (eau chaude et froide)

Échantillons d'eau et de biofilm

  • Biofilm : écouvillon de l'aérateur
  • Eau froide : premier jet; 3 x 1 L
  • Eau chaude : purge 5 min, 4 L
  • PCR quantitative
  • Désinfectant résiduel : chloramine

Achromobacter spp.(A)

Burkholderia spp.(B)

Mycobactéries non tuberculeuses (MNT)

Pseudomonas aeruginosa (PA)

Stenotrophomonas maltophilia (SM)

Maisons :

  • Tous les organismes (A, B, MNT, PA, SM) : 15/15 (100 %)

Échantillons :

Biofilms (échantillons d'aérateurs) :

  • Tous les organismes (A, B, MNT, PA, SM) : 15/15 (100 %)

Eau (froide et chaude) :

  • Tous les organismes (A, B, MNT, PA, SM) : 60/60 (100 %)

Biofilm (copies de gène médianes /g de poids humide)

  • A : 3,63 x 106
  • B : 5,37 x 108
  • MNT : ≥ 6,66 x 106
  • PA : 5,89 x 105
  • SN : 8,51 x 103

Eau (copies de gènes/L)

  • A : en dessous de 1 à au­dessus de 106
  • B : en dessous de 102 à au­dessus de 107
  • MNT : en dessous de 1 à au­dessus de 107
  • PA : en dessous de 1 à au­dessus de 106
  • SN : en dessous de 1 à au­dessus de 104

La concentration de fer dissous était positivement associée aux concentrations de l'ensemble des bactéries.

La concentration de désinfectant résiduel, l'âge de l'eau et la zone de pression étaient significativement associés à l'abondance bactérienne.

Les maisons plus récentes et la plomberie en plastique présentaient des concentrations plus élevées de S. maltophilia et d'Achromobacter spp.

Haig et coll. (2020)

Flint, Michigan

Maisons près des deux hôpitaux de Flint. Juillet 2016

Maisons : 30

Premier jet [robinet de cuisine (eau froide et chaude), pommes de douche ou robinet de baignoire, robinets de vidange du chauffe-eau]

Purge à température stable (cuisine chaude)

Purge : 5 minutes (sortie du boyau extérieur)

Culture : 250 mL (froid), 500 mL (chaude)

PCR quantitative : 750 mL (froid, chaud), 2 L (froid)

Désinfectant résiduel : chlore libre

Legionella spp. (L)

Legionella pneumophila (LP)

Eau, avant le nettoyage du chauffe-eau :

Échantillons :

  • PCR quantitative
  • L : 118/162 (72,8 %)
  • LP : 38/162 (23,5 %)

Culture :

  • LP : 7/372 (1,8 %)

Maisons (avant nettoyage) :

Culture :

  • LP : 1/30 (3 %)
  • PCR quantitative
  • L : 27/27 (100 %)
  • LP : 17/27 (63 %)

Chauffe-eau, PCR quantitative :

  • L : 20/27 (74 %)
  • LP : 6/27 (22,2 %)

Pomme de douche, PCR quantitative

  • L : 15/27 (55,6)
  • LP : 6/27 (22,2 %)

Eau, après le nettoyage du chauffe-eau :

Maisons :

Culture :

  • LP : 2/30 (7 %)
  • PCR quantitative
  • L : 22/27 (81,5 %)
  • LP : 2/27 (7,4 %)

Copies de gènes par mL (moyenne) (plage : 25e à 90e percentile) :

L : 889 (de 0 à 1 697)

LP : 38/En dessous de la limite quantifiable (0 à en dessous de la limite quantifiable)

Les isolats obtenus par culture appartenaient tous au sérogroupe 1 de LP.

Les maisons avec un chlore libre à l'entrée inférieur à 0,4 mg/L présentaient des concentrations en copies de Legionella spp. (mais non de LP) significativement plus élevées que celles où le chlore libre dépassait 0,4 mg/L.

Les concentrations de gènes de Legionella spp. et de Lp étaient maximales lorsque les chauffe-eau étaient réglés à environ 42 °C ou moins, et diminuaient significativement au-delà de 51 °C. La majorité des chauffe-eau étaient au gaz (86 %).

Rhoads et coll. (2020) et données supplémentaires.

Washington et Oregon.

Domiciles de personnes atteintes d'une maladie pulmonaire liée au MAC et de témoins appariés.

De mai 2010 à juillet 2011.

Lieux : 107 domiciles (56 domiciles de patients, 51 domiciles témoins).

Échantillons (cas et témoins) : Eau (chaude et froide) : robinets de salle de bain (40, 48), robinets de cuisine (40, 48); aérosols de douche (39, 36)

Robinets : purge : jusqu'à la température d'utilisation habituelle, 1 L

Pommes de douche : purge jusqu'à la température d'utilisation habituelle; prélèvement de bioaérosols pendant 2 x 10 minutes (échantillonneur d'air et impacteur)

Culture (identification par PCR)

Désinfectant résiduel : Non disponible

Mycobacterium spp. (MNT)

Mycobacterium avium (MA)

Échantillons

Aérosols de douche

Cas :

  • MNT : 18/39 (46,2 %)
  • MA : 10/39 (25,6 %)

Témoins :

  • MNT : 10/46 (21,7 %)
  • MA : 6/46 (13,0 %)

Échantillons

Robinets de salle de bain :

Cas :

  • MNT : 23/40 (58 %)
  • MA : 15/40 (38 %)

Témoins :

  • MNT : 20/48 (42 %)
  • MA : 11/48 (23 %)

N/D

La détection des MNT dans les aérosols de douche était significativement associée à la maladie pulmonaire liée au MAC, avec ou sans ajustement pour les variables de confusion.

Aucune association significative n'a été observée pour les robinets ni les sols intérieures ou extérieures.

Aucune association significative n'a été trouvée observée avec la détection de MAC.

Tzou et coll. (2020)

31 États, un territoire fédéral et un district fédéral (États-Unis).

Bureaux et résidences

De janv. 2009 à nov. 2014

Échantillons prélevés au même robinet d'eau froide à 3 moments, répartis uniformément sur une année

43 robinets résidentiels (39 dans des maisons unifamiliales, 4 dans des appartements)

Purge : 15 s

3 x 1L par robinet

PCR quantitative

Désinfectant résiduel : non disponible

L. pneumophila (LP)

Sérogroupe (sg) 1 de L. pneumophila (LPSG1)

M. avium (MA)

Maisons :

  • LP : 19/39 (49 %)
  • LPSG1 : 17/39 (44 %)
  • MA : 11/39 (28 %)

Appartements

  • LP : 2/4 (50 %)
  • LPSG1 : 0/4 (0 %)
  • MA : 2/4 (50 %)

Équivalents cellulaires médians/L (plage)

Robinets résidentiels

  • LP : 1 196 (de 102 à 29 328)
  • LPSG1 : 690 (de 70 à 48 888)
  • MA : 106 (de 31 à 23 157)

Les trois microorganismes étaient détectés de manière sporadique. LP persistait de manière similaire dans les résidences et les bâtiments, tandis que MA persistait davantage dans les immeubles de bureaux.

Une grande proportion des détections de LP ne relevait pas du sérogroupe 1.

Donohue et coll. (2019a) et données supplémentaires.

Philadelphie, Pennsylvanie.

Ménages suburbains Desservis par une seule installation de production d'eau potable.

(2010-2012)

Ménages : 26 patients atteints d'une maladie liée au MAC, 11 témoins appariés

334 échantillons de biofilm (sites de plomberie de cuisine et salle de bain et humidificateurs)

Domiciles de patients : 250 échantillons (4 à 19 échantillons, 3 à 13 sites chacun)

Domiciles témoins : 84 échantillons ( 3 à 14 échantillons, 3 à 11 sites chacun)

Culture (identification par PCR et analyse des profils de fragments de restriction)

Désinfectant résiduel : N/D

Mycobacterium avium (MA)

Ménages : 30/37 (81,7 %)

Patients : 22/26 (85 %)

Témoins : 8/11 (72 %)

Sites de ménages :

  • Évier de cuisine : 21/37 (56,8 %)
  • Pomme de douche : 13/35 (37,1 %)
  • Robinet du lavabo de salle de bain : 15/36 (41,7 %)
  • Humidificateur (chauffage central) : 7/17 (41,2 %)
  • Distributeur d'eau/ glace du réfrigérateur : 2/14 (14,3 %)
  • Réservoir de toilette : 0 (0 %)

N/D

Les biofilms ont été échantillonnés pour améliorer les taux d'isolement.

Au sein de la communauté, 18/21 (85,7 %) des isolats respiratoires de MA correspondaient génétiquement à des isolats provenant de biofilms de plomberie.

Lande et coll. (2019)

Flint et Détroit, Michigan.

Résidences étudiées un an après deux éclosions de maladie du légionnaire.

Septembre, octobre 2016

Sites : 130 résidences

Échantillons : 357 d'eau et de biofilm (robinet de cuisine, douche, chauffe-eau)

Conditions de purge pour le chauffe-eau et la pomme de douche non précisées Cuisine : Purge de 5 min, 2 L

Écouvillonnage des conduites de douche Culture

Désinfectant résiduel : N/D

L. pneumophila (LP)

Résidences (Flint et Detroit) :

  • LP : 15/130 (12 %)

N/D

Deux résidences de Flint présentaient des Legionella non pneumophila.

La majorité (96 %) des chauffe-eau étaient alimentés au gaz.

Les souches de plomberie appartenaient toutes au sérogroupe 6.

Byrne et coll. (2018)

Flint et Flint Township, Michigan.

Petits bâtiments (maisons, commerces) et 2 hôpitaux.

Août, octobre 2015 (eau potable provenant de la rivière Flint)

Sites : 20 (Flint : 16 résidences et bâtiments commerciaux de plain-pied, Township : 4 bâtiments commerciaux)

Échantillons : 23

Bâtiments de Flint : 19 (16 eau froide, 3 eau chaude)

Bâtiments du Township : 4 (eau froide)

Échantillon au premier jet (eau froide); purge de : 30 s (eau chaude)

1 L

PCR quantitative

Désinfectant résiduel : Chlore

Legionella spp. (L)

L. pneumophila (LP)

Échantillons :

Bâtiments de Flint :

  • L : 10/19 (53 %)
  • LP : 0/19 (0 %)

Bâtiments du Township :

  • L : 0/4 (0 %)
  • LP : 0/4 (0 %)

Copies de gènes moyennes (unités génomiques)/ mL (plage)

Bâtiments de Flint :

  • L : 699 (11,9 à 2 460)
  • LP : N/D

Bâtiments de Township :

  • L, LP : ND

Pendant la crise de santé publique à Flint, les taux de détection et les concentrations étaient plus élevés dans les hôpitaux que dans les petits bâtiments.

Des concentrations relativement élevées de fer ont été observées dans les petits bâtiments de Flint.

Concentration moyenne de chlore (mg/L)

  • Bâtiments de Flint : 0,931
  • Canton de Flint : 0,263

Température moyenne en sortie (°C)

  • Bâtiments de Flint : 23,7
  • Canton de Flint : 38.9

Schwake et coll. (2016)

Virginie et Floride (non incluse).

Domiciles desservis par un seul réseau de distribution utilisant la chloramine

De septembre à novembre 2010.

Sites : 29 domiciles

Échantillons : 90 échantillons d'eau (robinets, chauffe-eau)

Robinets : premier jet, 1 L

Purge : 3 min, 1 L

Chauffe-eau : 1 L

Stagnation de 8 h avant l'échantillonnage

PCR quantitative

Désinfectant résiduel : chloramine

Legionella spp. (L)

L. pneumophila (LP)

Mycobacterium spp. (MNT)

Mycobacterium avium (MA)

Pseudomonas aeruginosa (PA)

Acanthamoeba spp. (AC)

Hartmannella vermiformis (HV)

Échantillons d'eau au premier jet

Domiciles en Virginie :

  • L : 20/29 (69 %)
  • LP : 29/4 (14 %)
  • M : 29/29 (100 %)
  • MA : 7/29 (24 %)
  • PA : 01/29 (3 %)
  • AC : 4/29 (14 %)
  • HV : 8/29 (28 %)

Ensemble des échantillons :

  • L : 27/30 (90 %)
  • LP : 4/90 (4 %)
  • M : 85/90 (94 %)
  • MA : 8/90 (9 %)
  • PA : 1/90 (1 %)
  • AC : 6/90 (7 %)
  • HV : 13/90 (14 %)

Copies de gènes moyennes /mL pour des échantillons d'eau positifs (maximum) :

Virginie :

  • L : 186,6 (2,3 x 103)
  • LP : 9,8 (13,7)
  • M : 1,4 x 104 (1,8 x 105)
  • MA : 1,1 (1,9)
  • PA : 1,8 (1,8)
  • A : 2,2 (6,8)
  • HV : 1,2 x 104 (7,1 x 104)

Aucun échantillon après purge n'était positif pour LP ou MA.

Les proportions moyennes de LP et de MA représentaient respectivement de 15 % et 0,1 % du total des Legionella spp. et des Mycobacterium spp.

Wang et coll. (2012a)

New York City, New York.

Domiciles de patients atteints de rhinosinusite chronique.

(2001-2011)

Ménages : 8 patients

Échantillons : 80 (43 eau, 31 biofilm)

Échantillons d'eau et de biofilm (eau chaude et froide provenant de robinets, et de pommes de douche), ainsi que des échantillons par écouvillonnage de filtres au point d'utilisation (POU)

500 mL

Culture

Mycobacterium spp. (MNT)

Ménages 6/8 (75 %)

Échantillons (40 %)

Taux de positivité des échantillons selon les ménages : 0 à 90 %

Concentration moyenne des échantillons positifs :

  • Eau : 27 à 17 052 UFC/mL
  • Biofilm : 6 à 36 000 UFC/cm2

Les isolats résidentiels et cliniques présentaient la même empreinte de séquence répétitive par PCR. dans 4 (50 %) maisons.

Tichenor et coll. (2012)

31 sites aux États-Unis et au Canada.

Domiciles de patients atteints d'une maladie liée aux MNT.

(2007-2009)

Patients : 31

Ménages : 39 (27 alimentés par un système municipal, 12 par des puits privés)

Échantillons : 394

Échantillons d'eau chaude et froide (195 échantillons, 500 mL), ainsi que des écouvillons de biofilm et de sédiments (165 échantillons)

Des 'échantillons de filtres et du sols ont également été collectés

Culture

Mycobacterium spp. (MNT)

Ménages de patients (incluant eau, biofilm, sol et filtres) :

  • MNT : 19/27 (70,3 %)

Échantillons :

Tous (incluent 31 % de ménages alimentés par des puits privés; eau, biofilm, sol et filtres) :

  • MNT : 109/394 (28 %)

Concentrations maximales observées (incluent 31 % de ménages alimentés par des puits privés) :

  • Biofilm : 10 371 UFC/cm2
  • Eau : 157 UFC/mL

La fréquence d'isolement à partir de l'eau ou des biofilms ne différait pas significativement. Les maisons dont le chauffe-eau était réglé à une température de 50 °C ou moins étaient plus susceptibles de présenter des MNT que ceux dont la température de l'eau était à 55 °C ou plus.

Falkinham (2011)

Virginie­Occidentale.

Période de 8 mois.

Domiciles à Huntington situés dans un rayon de 5 miles d'une usine de traitement de l'eau; échantillons comparatifs provenant de Hurricane,

Ménages :

Huntington : 4 maisons (162 échantillons), Hurricane (12 échantillons)

Robinet

3 x 1 L

Purge : 1 min

Désinfectant résiduel : chlore

Acanthamoeba spp. (AC)

Échantillons :

Huntington :

AC : 15/162 (9,3 %)

Hurricane : AC : 5/12 (41,7 %)

N/D

Les concentrations moyennes de chlore étaient beaucoup plus élevées à Huntington (1,56 mg/L) qu'à Hurricane (0,035 mg/L).

La source d'eau était une eau de surface (rivière Ohio). Le génotype T4 d'Acanthamoeba a été confirmé.

Trzyna et coll. (2010)

Ohio.

Ménages situés dans deux comtés.

Déc. 1990 à oct. 1992

Sites : 467

Échantillons : 2 454 échantillons d'eau et de biofilm (évier de cuisine, douche, lavabo de salle de bain, chauffe-eau et autres réservoirs [climatiseurs, humidificateurs, piscine] lorsqu'ils étaient présents)

Douche : écouvillon, 0,5 L d'eau tiède

Cuisine : écouvillon, 0,5 L d'eau chaude

Salle de bain : écouvillon, 0,5 L d'eau chaude et échantillon de drain de 0,5 L

Chauffe-eau : 0,5 L d'eau

Culture et identification morphologique

Désinfectant résiduel : chlore

Acanthamoeba spp. (AC)

Naegleria spp.(N)

Ménages (incluant 15 % alimentés par des puits privés) :

  • AC : 237/467 (51 %)
  • N : 15/467 (3 %)

Échantillons :

  • AC : 406/2 454 (16.5 %)

Sites :

  • Douches 101/469 (22 %)
  • Pulvérisateurs de cuisine 35/137 (26 %)

N/D

Une augmentation des détections a été observée durant les mois d'été.

Des Naegleria spp. non pathogènes ont été détectées (espèces non identifiée dans 14 maisons, 1 N. gruberi).

Les boyaux de douche et de cuisine sont les raccords les plus fréquemment positifs pour les amibes.

Stockman et coll. (2011)

Colorado, Illinois, Tennessee, Dakota du Nord, New York. Maisons, Les appartements et bâtiments publics.

Mai 2006 à janvier 2008

Sites : 8 maisons unifamiliales et duplex, 9 condominiums

Échantillons par écouvillonnage de pommes de douche, échantillons d'eau de 1 L

Échantillon de bioaérosols provenant des pommes de douche : 2 x 20 min (échantillonneur d'air et impacteur)

Analyse de séquences du gène l'ARN ribosomique (amplification, clonage, séquençage)

Mycobacterium avium (MA)

Échantillons (écouvillons : (détection du gène 16S de MA)

Maisons unifamiliales et duplex :

  • MA : 0/8 (0 %)

Condominiums/appartements :

  • MA : 2/9 (22,2 %)

N/D

Le taux de positivité des écouvillons (détection du gène 16S de MA) était de 7/45 (15,5 %).

La PCR quantitative utilisant des

amorces spécifiques à MA a montré un taux de détection plus élevé dans les écouvillons : 25 sur 32 (78 %).

Feazel et coll. (2009)

Halifax, Nouvelle­Écosse.

Maisons privées et appartements.

Juin 1992 à juillet 1992.

Sites : 90 (74 maisons unifamiliales, 16 appartements)

Échantillons d'eau provenant de la cuisine, de la salle de bain et du chauffe-eau

Les robinets d'eau chaude et froide échantillonnés simultanément

200 mL (dont 50 mL pour la culture de Legionella)

Legionella spp.

Maisons

  • L : 6/74 (8 %)

Appartements

  • L : 4/16 (25 %)

Chauffe-eau électriques (tous les sites) :

  • L : 3/19 (15,8 %)

N/D

Les espèces d'agents pathogènes détectées dans les résidences comprenaient L. pneumophila, L. longbeachae, L. micdadei/bozemanii.

Marrie et coll. (1994)

Pittsburgh, Pennsylvanie.

Maisons des membres de l'American Legion.

Ménages : 218 domiciles

Échantillons par écouvillonnage (sédiments) des robinets et drains; échantillon d'eau de 200 mL provenant des chauffe-eau

Culture pour L. pneumophila

Legionella pneumophila (LP)

Ménages

  • LP : 14/218 (6,4 %)

Échantillons par écouvillonnage (plage, UFC/L:

  • 1 × 104 à 3 × 106

Chauffe-eau (plage, UFC/L) :

  • 1 x 104 à 6 x 105

Parmi les isolats récupérés, 85 % correspondaient au sérogroupe 1 de L. pneumophila. Les sérogroupes 1, 3, 4 et 6 ont été isolés.

Les températures plus faibles de l'eau chaude, tant au niveau du chauffe-eau qu'aux points d'usage (moyennes : 41 °C, 48 °C, respectivement), étaient significativement associées à une détection positive.

Stout et coll. (1992b)

Ville de Québec.

Habitations d'une municipalité suburbaine alimentée

par une seule installation de production d'eau potable.

Habitations : 211

Chauffe-eau, pommes de douche, robinet le plus fréquemment utilisé : premier jet,, 500 mL

Raclage des pommes de douche

Culture

Désinfectant résiduel : chlore libre

Legionella pneumophila (LP)

Ménages

Chauffe-eau électriques :

  • LP : 69/178 (38,8 %)

Chauffe-eau au mazout ou au gaz :

  • LP : 0/33 (0 %)

non disponible

La localisation des maisons dans les quartiers plus anciens, l'âge du chauffe-eau et une faible température de l'eau étaient associés à la contamination des chauffe-eau électriques. La contamination des points de puisage périphériques était significativement liée à celle des chauffe-eau.

Alary et Joly (1991)

Trois villes de la région de Québec, Québec.

Habitations alimentées par trois sources municipales distinctes d'approvisionnement en eau potable

Sites : 255 maisons (205 avec chauffe-eau électriques)

Échantillons :

Eau chaude provenant des chauffe-eau et des robinets de baignoire

500 mL

  • Villes A et B : source d'eau de surface, résiduel de chlore libre
  • Ville C : source d'eau souterraine, non traitée

Legionella spp. (L)

L. pneumophila (LP)

Chauffe-eau (tous) :

  • LP : 84/255 (33 %)

Chauffe-eau électriques :

  • LP : 84/205 (40 %)

Chauffe-eau au mazout ou au gaz :

  • LP : 0/50 (0 %)

Robinets de baignoire :

  • LP : 10/255 (4 %)

Chauffe-eau:

  • LP : 1 à ­plus de 100 UFC/mL

Robinets :

  • LP : moins de 50 UFC/mL

Les sérogroupes 1 à 6 et 8 ont été détectés dans les échantillons positifs.

Aucune Legionella n'a été détectée dans les chauffe-eau au mazout ou au gaz (n = 50).

La présence de LP était fortement associée à la température de l'eau.

Dewailly et Joly (1991)

Appartements et maisons occupés par du personnel hospitalier.

Août 1982 à juillet 1983

Échantillons :

Dépôts provenant des pommes de douche et des robinets; échantillon d'eau de 1 L (eau froide et chaude)

Purge = 1 min

Culture

Désinfectant résiduel : chlore

Legionella pneumophila (LP)

Échantillons d'eau

Bâtiments :

  • LP : 25/65 (38 %)

Appartements :

  • LP : 28/87 (32 %)

Maisons :

  • LP : 2/8 (25 %)

Dépôts :

Appartements :

  • LP : 2/87 (2,3 %)

Maisons :

  • LP : 0/8 (0 %)

Plage UFC/L (médiane)

Échantillons positifs :

  • LP : 1 à 1 x 104 (200)
  • (23/30 échantillons ≥ 102 UFC/L)

Parmi les appartements étudiés, 65 sur 87 étaient situés dans des bâtiments différents.

Le sérogroupe 1 de LP était prédominant, bien que les sérogroupes 2 à 6 aient également été détectés.

Une association significative a été observée entre une température de l'eau chaude au robinet inférieure à 60 °C et une détection positive.

Arnow et coll. (1985)

A – Achromobacter spp.(A); AC – Acanthamoeba spp.; B – Burkholderia spp.; UFC – Unités formant des colonies; HV – Hartmannella vermiformis; L – Legionella; LD – Limite de détection; LP – Legionella pneumophila; LPSG1 – Sérogroupe 1 de L. pneumophila; MA – Mycobacterium avium; MAC – complexe Mycobacterium avium; MI – Mycobacterium intracellulare; N – Naegleria spp.; N/D – Non disponible; nd – Non détecté; MNT – Mycobacterium spp. ou mycobactéries non tuberculeuses; PA – Pseudomonas aeruginosa; PCR – Réaction de polymérisation en chaîne; PCR quantitative – Réaction de polymérisation en chaîne quantitative; SM – Stenotrophomonas maltophilia

Tableau D1 Note de bas de page 1

Le type de système d’approvisionnement en eau potable (système municipal ou puits privé) n’était pas précisé dans les données de détection de LP. Les résultats ont donc été interprétés comme provenant de systèmes municipaux, et aucune détection liée aux puits privés n’a été rapportée.

Tableau D1 Retour à la référence de la note de bas de page 1

Tableau D2. Nombre, pourcentage d'échantillons positifs et concentrations d'agents pathogènes opportunistes dans des habitations résidentielles approvisionnées par des puits privés, d'après des études menées dans des zones climatiques tempérées au Canada et aux États-Unis.
Lieu et période Méthodes d'échantillonnage et de détection Microorganismes Fréquence d'échantillons positifs Concentration Autres résultats Référence

Illinois, États­Unis

Habitations alimentées

par des puits privés.

Ménages : 57

Échantillons d'eau (stagnation naturelle pendant la nuit)

  • Eau tiède: 1 L dès que l'eau commence à se réchauffer
  • Eau chaude : 1 L à la température maximale

PCR quantitative de viabilité (marquage au monoazide de propidium avant extraction de l'ADN)

Legionella pneumophila (LP)

Eau :

Ménages :

  • LP : 16/39 (41 %)

Échantillons :

  • Eau tiède : 12/39 (31 %)
  • Eau chaude : 11/39 (28 %)

Moyenne log normale (estimateur du maximum de vraisemblance; copies de gènes/mL) :

  • Eau tiède : ­2,86
  • Eau chaude : ­3,53

Pourcentage des sites au-dessus de la limite de quantification :

  • Eau tiède : 0/39 (0 %)
  • Eau chaude : 1/39 (2 %)

L'ÉQRM a montré que les maisons rurales alimentés par des puits privés présentaient des risques de maladie plus faibles, mais non négligeables, comparativement à celles desservies par un réseau public.

Clark et coll. (2025)

New Jersey

Domiciles de patients atteints de la maladie du légionnaire et de témoins volontaires.

Ménages : 17 (système privé d'approvisionnement en eau potable)

Eau chaude = premier jet, 1 L

PCR quantitative et culture

Legionella spp. (L)

Legionella pneumophila (LP)

Ménages :

PCR quantitative

  • L : 12/17 (71 %)
  • LP* : 0/17 (0 %)

Culture :

  • L : 3/17 (18 %)
  • LP* : 0/17 (0 %) [y compris public et privé]

UFC/mL (plage)

LP : de 0,05 à 62

La détection de Legionella par culture ou par PCR quantitative ne différait pas significativement entre les maisons de cas et celles de volontaires.

Gleason et coll. (2023)

25 États, un territoire fédéral et un district fédéral (États-Unis).

Résidences et bâtiments commerciaux.

De 2009 à 2010

Résidences privées : 2

Échantillons : 16

Échantillons d'eau (1 ou 2 robinets d'eau froide par site : cuisine, salle de bain, réfrigérateur)

Purge de 15 s, 4 L

Culture (2 L), PCR quantitative (2 L)

Mycobacterium avium (MA)

Mycobacterium intracellulare (MI)

Ménages :

  • PCR quantitative
  • MA : 2/2 (100 %)
  • MI : 2/2 (100 %)

Culture :

  • MA : 0/2 (0 %)
  • MI : 0/2 (0 %)

Échantillons :

  • PCR quantitative
  • MA : 4/16 (25,0 %)
  • MI : 9/16 (56,3 %)

Culture :

  • MA : 0/16 (0 %)
  • MI : 0/16 (0 %)

Unités génomiques/L

(plage) :

  • MA : de 51,97 à 476,22
  • MI : de 23,27 à 1,4 x 107

Aucun MA ou MI cultivable n'a été détectée dans les échantillons provenant de maisons alimentées par des puits privés.

Pfaller et coll. (2022) et des données supplémentaires.

New Jersey.

Domiciles de patients atteints d'une maladie liée aux MNT et du grand public.

D'avril 2019 à mars 2020

Échantillons de biofilm (robinet les plus utilisés et pommes de douche; 2 à 3 par résidence)

Eau froide du robinet principal

70 échantillons de biofilm(56 : grand public, 14 : patients)

Écouvillons

Purge : 10 s

PCR quantitative

Mycobacterium spp. (MNT)

M. avium (MA)

Domiciles (gène 16S des MNT) :

  • Puits privés : 17/20 (85 %)
  • Approvisionnement public : 3/4 (75 %)
  • Échantillons (gène 16S des MNT) :

Puits privés

  • MNT : 34/59 (58 %)

Approvisionnement public

  • MNT : 7/11 (64 %)
  • MA : nd

Copies de gènes moyennes (log)/écouvillon (échantillons quantifiables, gène 16S) :

Puits privés : de 5,04 à 5,21 Approvisionnement public : 5,06

Plage (tous échantillons) : inférieure à la limite de détection jusqu'à environ sept logarithmes de copies de gènes par écouvillon

Des niveaux d'abondance similaires ont été observés dans les maisons alimentées par un système d'approvisionnement en eau potable et celles alimentées par un puits privé.

La plupart des maisons alimentées par un puits privé utilisaient un traitement de l'eau (par exemple, adoucisseur, filtration, UV, chloration).

Aucun site spécifique ne présentait systématiquement les concentrations les plus élevées.

Blanc et coll. (2021a)

Réserve de Crow, Montana.

Résidences privées et bâtiments publics.

Puits communautaires et privés alimentés par des eaux souterraines

41 sites

Échantillons d'eau et de biofilm (éviers de cuisine et sanitaires) Premier jet, 1 L

Après purge (2 min) 3 x 1 L

Culture et PCR quantitative

Legionella spp. (L)

Legionella pneumophila (LP)

Mycobacterium spp. (MNT)

M. avium (MA)

Helicobacter spp.

Résidences :

Eau

  • PCR quantitative
  • L : 2/41 (4,9 %)
  • LP : 0/41 (0 %)
  • MNT : 6/41 (14,6 %)
  • MA : 4/41 (9,8 %)

Culture :

  • L : 0/41 (0 %)
  • LP : 0/41 (0 %)
  • MNT : 1/41 (2,4 %)
  • MA : 0/41 (0 %)

Biofilm :

PCR quantitative

  • L : 2/41 (4,9 %)
  • LP : 2/41 (2,4 %)
  • MNT : 3/41 (7,3 %)
  • MA : 2/41 (4,9 %)

Culture :

  • L : 1/41 (2,4 %)
  • LP : 1/41 (2,4 %)
  • MNT : 6/41 (14,6 %)
  • MA : 1/41 (2,4 %)

N/D

Des séquences de LP, MA et H. pylori ont été détectées dans l'eau du robinet et dans les biofilms.

La température moyenne des puits : 14,2 °C.

Richards et coll. (2018)

31 sites aux États-Unis et au Canada.

Domiciles de patients atteints d'une maladie liée aux MNT.

Patients : 31

Ménages : 39 (27 approvisionnés par le réseau municipal, 12 puits privés)

Échantillons : 394

Échantillons d'eau chaude et froide (195 échantillons, 500 mL) et écouvillons

s de biofilm/sédiments (165 échantillons)

Culture

Mycobacterium spp. (MNT)

Ménages de patients :

  • MNT : 5/12 (41,7 %)

N/D

Les maisons alimentées par un système d'approvisionnement public ou privé en eau potable étaient plus susceptibles de présenter des MNT que celles alimentées par un puits individuel, bien que la différence ne soit pas significative.

Falkinham (2011)

Colorado, Illinois, Tennessee, Dakota du Nord, New York. Maisons, appartements et bâtiments publics.

Mai 2006 et janvier 2008

45 sites (52 échantillons)

4 maisons (Colorado) alimentés par des puits privés

Échantillons par écouvillonnage de pommes de douche et échantillons d'eau (1 L)

Bioaérosols: 2 x 20 min

Analyse du gène de l'ARN ribosomique

Mycobacterium avium (MA)

Échantillons (écouvillons, détection 16S)

Maisons unifamiliales :

  • MA : 0/4 (0 %)

N/D

Le taux de positivité des échantillons prélevés par écouvillonnage (détection par bibliothèque 16S) était de 7/45 (15,5 %) pour l'ensemble des sites.

La PCR quantitative utilisant des amorces spécifiques à MA a montré un taux de détection plus élevé dans les écouvillons, avec 25 sur 32

(78 %) d'échantillons positifs.

Feazel et coll. (2009)

L – Legionella; LD – Limite de détection; LP – Legionella pneumophila; LPSG1 – Sérogroupe 1 de L. pneumophila; MA – Mycobacterium avium; MAC – complexe Mycobacterium avium; MI – Mycobacterium intracellulaire; N/A – Non disponible; nd – Non détecté; MNT – Mycobacterium spp. ou mycobactéries non tuberculeuses; PCR – Réaction de polymérisation en chaîne; ÉQRM – Évaluation quantitative du risque microbien; PCR quantitative – PCR quantitative; UV – Ultraviolet.

Partie E. Synthèse des recommandations internationales pour les bâtiments résidentiels : température de l'eau chaude et seuils d'intervention pour Legionella

Tableau E1. Comparaison des recommandations internationales pour les immeubles résidentiels à logements multiples : température de l'eau chaude et seuils d'intervention pour Legionella.
Organisation(s) Température recommandéeTableau E1 Note de bas de page 1 du chauffe-eau Température recommandéeTableau E1 Note de bas de page 1 dans l'alimentation en eau chaude (vers les points de la sortie de l'eau et/ou dans les tuyaux de retour) Seuil minimal d'intervention pour Legionella spp. (UFC/L) nécessitant un nouvel échantillonnage ou une révision du programme Référence

American Society of Heating, Refrigerating and Air­Conditioning Engineers (ASHRAE)

Centers for Disease Control and Prevention (CDC)

Minimum : 60 °C (chauffe-eau centralisés à accumulation)

Minimum : 49 °C

Supérieur à

1 000 ou une augmentation d'un facteur 10 de la concentration

ASHRAE (2021); CDC (2021a)

American Water Works Association (AWWA)

Supérieur à

60 °C (chauffe-eau à accumulation)

Supérieur à 55 °C (chauffe­eau instantanés)

Supérieur à 50 °C

Idéalement supérieur à 55 °C

N/D

AWWA (2020)

European Society of Clinical Microbiology and Infections Diseases (ESCMID) Study Group for Legionella infections (ESGLI)

Minimum : 60 °C (chauffe-eau avec ou sans accumulation)

Minimum : 50 °C

Idéalement supérieur à 55 °C

Supérieur à 1 000

ESGLI (2017)

Occupational Safety and Health Administration (OSHA)

Minimum : 60 °C

Minimum : 50 °C

N/D

OSHA (2024)

Health and Safety Executive (HSE)

Minimum : 60 °C (chauffe-eau ou chauffe-eau à accumulation)

Minimum : 50 à 60 °C (chauffe-eau instantanés ou au point d'utilisation)

Minimum : 50 °C

Supérieur à 100

HSE (2024)

National Academies of Sciences, Engineering and Medicine (NASEM)

Supérieur à 60 °C

Supérieur à 55 °C

N/D

NASEM (2020)

Organisation mondiale de la Santé (OMS)

Minimum : 60 °C (chauffe-eau à accumulation)

Minimum : 50 °C (dans les tuyaux d'eau chaude)

N/D

OMS (2011)

Tableau E1 Note de bas de page 1

Se reporter aux références individuelles pour les recommandations relatives à la prévention des risques de brûlures.

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Tableau E2. Comparaison des recommandations internationales pour les maisons unifamiliales: température de l'eau chaude et seuils d'intervention pour Legionella.
Organisation(s) Température recommandéeTableau E2 Note de bas de page 1 du chauffe-eau Température recommandée Tableau E2 Note de bas de page 1 dans l'alimentation en eau chaude (vers les points de la sortie de l'eau et/ou dans les tuyaux de retour) Seuil minimal d'intervention pour Legionella spp. (UFC/L) nécessitant un nouvel échantillonnage ou une révision du programme Référence
Centers for Disease Control and Prevention (CDC) De 54 °C à 60 °C N/D N/D CDC (2023)
National Academies of Sciences, Engineering and Medicine (NASEM) 60 °C N/D N/D NASEM (2020)
Tableau E2 Note de bas de page 1

Se reporter aux références individuelles pour les recommandations relatives à la prévention des risques de brûlures.

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Note de bas de page

Note de bas de page 1

Selon les États membres, par exemple les hôpitaux, établissements de santé, maisons de retraite, garderies, écoles, établissements d'enseignement, bâtiments avec hébergement, restaurants, bars, centres sportifs et commerciaux, installations de loisirs, récréatives et d'exposition, pénitenciers et terrains de camping.

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Détails de la page

2026-09-25