Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Pseudomonas spp.

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ : AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Pseudomonas spp.

SYNONYME OU RENVOI : P. aeruginosa, P. stutzeri, P. fluorescens

CARACTÉRISTIQUES : Le genre Pseudomonas, de la famille des Pseudomonadaceae, regroupe des bactéries mobiles aérobies Gram négatif, de 2 à 4 μm de longueur, en forme de bâtonnets renflés, avec un flagelle polaire qui joue un rôle important dans la pathogénicité Note de bas de page 1-Note de bas de page 3. Ces bactéries sont asporulées et peuvent produire des pigments, tels que la pyocyanine (vert‑bleu) et la pyorubrine (jaune‑vert) fluorescentes Note de bas de page 1, Note de bas de page 4-Note de bas de page 7. P. aeruginosa peut sécréter un vaste éventail de toxines extracellulaires, notamment l’exotoxine A et des entérotoxines Note de bas de page 8. D’autres substances comme l’acide hydrocyanique, des enzymes protéolytiques, des biofilms et des substances hémolytiques peuvent également contribuer à la pathogénicité de cette espèce. La combinaison de toxines et de substances dangereuses est un facteur qui joue un rôle déterminant dans la forte virulence de P. aeruginosa dans différents hôtes Note de bas de page 9.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Pseudomonas spp. sont des agents pathogènes opportunistes qui envahissent souvent le tissu de leurs hôtes et causent une infection et une bactériémie chez les hôtes immunodéprimés (p. ex. VIH/sida, fibrose kystique du pancréas, bronchiectasie et maladie pulmonaire obstructive chronique sévère, brûlures, affection maligne ou diabète sucré) Note de bas de page 10 , Note de bas de page 11 . L’infection siège souvent dans les voies respiratoires inférieures et sa gravité varie, allant de la colonisation sans réponse immunologique à la bronchopneumonie nécrosante sévère; une telle infection grave chez des patients atteints de fibrose kystique est presque impossible à éradiquer une fois qu’elle est établie dans les voies respiratoiresNote de bas de page 12 . La pneumonie à Pseudomonas se développe souvent après une contamination oro‑pharyngée ou une bactériémie secondaire et cause fréquemment une pneumonie nosocomiale liée à la ventilation mécanique dans les unités de soins intensifs. Parmi les autres infections possibles, citons l’endocardite, l’ostéomyélite, les infections urinaires, les infections gastro‑intestinales, la méningite et, fréquemment, la septicémieNote de bas de page 13 . P. aeruginosa est l’agent le plus souvent associé à l’infection et à l’inflammation causées par les lentilles cornéennes. La bactérie colonise les lentilles et produit des protéases pour détruire ou envahir les cellules de la cornée, infection qui peut mener à la formation de tissus cicatriciels et à une perte d’acuité visuelleNote de bas de page 1 . Cette espèce est également la plus virulente, s’accompagnant d’un taux de mortalité de 30 %, qui peut être plus élevé selon les facteurs prédisposantsNote de bas de page 4 . P. aeruginosa peut aussi coloniser facilement les brûlures ouvertes, causant des infections, des abcès et une septicémie, avec œdème et/ou décoloration de la peau non brûlée sur le pourtour de la plaie et pigmentation verte dans la graisse sous‑cutanéeNote de bas de page 14 ,Note de bas de page 15 . Il est également associé à l’otite du baigneur (otite externe). D’autres espèces du genre Pseudomonas sont également opportunistes, mais les cas d’infection sont raresNote de bas de page 3 .

ÉPIDÉMIOLOGIE : Distribution dans le monde entier. Cette bactérie cause souvent des problèmes dans les hôpitaux, car elle peut être présente sur les appareils, augmentant le risque d’infections nosocomiales Note de bas de page 12. De 30 à 40 % des personnes atteintes de fibrose kystique contracteront une infection à Pseudomonas. P. aeruginosa est à l’origine de 20 % des pneumonies et de 16 % des infections urinaires Note de bas de page 16. Sa prévalence dans la collectivité est inférieure à celle dans les hôpitaux, et les cas d’infection grave d’origine communautaire sont rares Note de bas de page 17.

GAMME D'HÔTES : Humains, animaux (sauvages, domestiques, bétail) et plantes (flore et champignons) Note de bas de page 18.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue chez les humains. Des études sur des modèles de larves ont montré que la dose infectieuse pour les insectes était élevée Note de bas de page 19.

MODE DE TRANSMISSION : Il a été établi que P. aeruginosa pouvait survivre dans les microgouttelettes et peut demeurer longtemps en suspension dans des aérosols, d’où le risque de transmission par voie aérienne Note de bas de page 20. Une des principales voies de transmission est le contact avec de l’eau contaminée, mais comme la dose orale infectieuse est très élevée, les voies de transmission qui présentent les plus grands risques pour la santé sont l’exposition cutanée (par exemple dans l’eau contaminée des cuves thermales) et l’exposition pulmonaire à des aérosols inhalés qui ont été projetés par des personnes infectées hors de leurs voies respiratoires Note de bas de page 13. La bactérie peut souvent pénétrer dans l’organisme par des blessures et des plaies Note de bas de page 3. Le recours à des ventilateurs mécaniques contaminés dans les hôpitaux est également une source courante d’infections nosocomiales Note de bas de page 12.

PÉRIODE D'INCUBATION : La durée varie selon l’infection, une infection oculaire pouvant se manifester 24 à 72 heures après l’infection Note de bas de page 21.

TRANSMISSIBILITÉ : On pense qu’une transmission interhumaine de l’infection serait fort possible, en particulier entre patients atteints de fibrose kystique Note de bas de page 22.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Humains infectés, animaux, eau, sol contaminés Note de bas de page 18. Les espèces du genre Pseudomonas sont omniprésentes dans l’environnement.

ZOONOSE : Aucune.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Pseudomonas spp. sont résistants à de nombreux antibiotiques. Ils sont sensibles aux pénicillines à spectre étendu (telles que la ticarcilline, l’azlocilline et la pipéracilline), aux aminosides, aux céphalosporines, aux fluoroquinolones, aux polymixines et aux monobactames Note de bas de page 12.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Des souches multirésistantes sont en train d’émerger, notamment contre la carbénicilline, les céphalosporines, la ceftazidime et la ciprofloxacine Note de bas de page 12.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Ces bactéries sont sensibles à l’hypochlorite de sodium à 1 %, à l’éthanol à 70 %, au glutaraldéhyde à 2 % et au formaldéhydeNote de bas de page 23 , mais elles sont résistantes à des désinfectants utilisés pour traiter l’eau potable tels que le chlore, les chloramines, l’ozone et l’iodeNote de bas de page 13 . Certaines souches adaptées sont capables de croître dans des désinfectants; l’alcool isopropylique à 4 % V/V ou l’alcool éthylique à 6 % V/V sont cependant des désinfectants efficacesNote de bas de page 24 .

INACTIVATION PHYSIQUE : Ces bactéries devraient être inactivées et stérilisées par la chaleur humide à une température de 121 °C pendant 15 minutes ou plus, ou par la chaleur sèche à une température entre 170 et 250 °C ou plus pendant au moins 30 minutes Note de bas de page 25.

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : Pseudomonas peut survivre durant des mois sur des surfaces sèches et des objets inanimés et c’est l’une des bactéries le plus souvent isolées chez les patients atteints d’une infection nosocomiale; l’humidité peut accroître sa persistanceNote de bas de page 26 . Les bactéries présentes dans de l’eau distillée peuvent survivre pendant des mois avec un minimum de nutrimentsNote de bas de page 27 .

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Le diagnostic repose sur la culture bactériologique effectuée dans des milieux de culture sélectifs/non sélectifs et sur l’identification en laboratoire Note de bas de page 28.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Administrer une antibiothérapie appropriée. L’association d’un aminoside et d’une β‑lactamine (pénicilline) est habituellement le traitement prescrit en première intention Note de bas de page 12. Un traitement énergique peut prévenir l’apparition d’une infection chronique. Les plaies devraient être nettoyées avec des désinfectants/détergents chirurgicaux et/ou des onguents antibactériens topiques, tels que la mupirocine Note de bas de page 15.

IMMUNISATION : Aucune n’est actuellement offerte sur le marché, mais des études ont montré que des vaccins à germe vivant atténué contre P. aeruginosa peuvent protéger la souris contre les infections cornéennes Note de bas de page 15.

PROPHYLAXIE : Certains antibiotiques comme la ciprofloxacine (une fluoroquinolone) peuvent être utilisés chez les patients atteints de FK, mais un traitement prophylactique constant n’est pas recommandé car il peut créer une pharmacorésistance Note de bas de page 12.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE : Aucune signalée à ce jour.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Hémocultures, urine, peau, expectorations, échantillons de tissus mous, sécrétions des voies respiratoires inférieures, exsudats de plaies, échantillons d’eau contaminée et ventilateur mécanique Note de bas de page 4, Note de bas de page 12, Note de bas de page 14, Note de bas de page 27, Note de bas de page 28.

DANGERS PRIMAIRES : Inoculation parentérale accidentelle, inhalation d’aérosols infectieux, ingestion accidentelle ou contact cutané direct Note de bas de page 4, Note de bas de page 13, Note de bas de page 20.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE : Groupe de risque 2 Note de bas de page 29. Le groupe de risque correspond au genre dans son ensemble et peut ne pas s’appliquer à toutes les espèces du genre.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Note de bas de page 30.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Note de bas de page 30.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer Note de bas de page 30.

ÉLIMINATION : Décontaminer les matières à éliminer qui contiennent l’agent infectieux ou qui sont venues en contact avec celui‑ci par autoclavage, désinfection chimique, irradiation gamma ou incinération Note de bas de page 30.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux devrait être conservé dans des contenants étanches qui sont étiquetés de façon appropriée Note de bas de page 30.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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