Pour les professionnels de la santé

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Renseignements essentiels sur la peste pour les professionnels de la santé

La peste est une zoonose causée par la bactérie Yersinia pestis, qui se trouve chez certains petits mammifères et les puces qui les parasitent. Yersinia pestis, qui est un bacille gram-négatif, est également considérée comme une arme bactériologique potentielle.

La peste peut être grave, la forme bubonique présentant un taux de létalité de 40 à 70 %. Quant à la peste pulmonaire et à la peste septicémique, elles entraînent presque toujours la mort si aucun traitement n’est administré. Un diagnostic et un traitement précoces sont essentiels en raison de l’évolution rapide de la maladie.

La peste est une maladie ancienne, qui a causé des pandémies à grande échelle et entraîné une mortalité élevée sur la plupart des continents, à l’exception de l’Océanie. La « peste noire » est le nom donné pour désigner la grande épidémie qui a ravagé l’Asie, l’Afrique et l’Europe au XIVe siècle, faisant plus de 50 millions de morts.

Réservoirs et vecteurs

Yersinia pestis est présente dans les réservoirs animaux, notamment chez les rongeurs et en particulier chez les rats et les écureuils terrestres comme :

  • les marmottes
  • les spermophiles
  • les chiens de prairie

Les lapins, les chameaux, les animaux carnivores et les chats domestiques peuvent également être infectés. De plus, les chats peuvent développer la peste pulmonaire.

Les puces en sont des vecteurs, en particulier la puce du rat (Xenopsylla cheopsis) et probablement la puce de l’homme (Pulex irritans).

Transmission

La bactérie de la peste peut se transmettre à l’humain de 3 façons :

Piqûres de puces

La piqûre d’une puce est la voie de transmission la plus courante et mène à la peste bubonique. Les personnes et les animaux qui se trouvent à un endroit où des rongeurs sont morts de la peste depuis peu sont à risque de se faire piquer par des puces et d’être infectés. Les chiens et les chats peuvent également ramener des puces infectées à la maison.

Contact avec des fluides organiques ou des tissus

Les personnes peuvent être infectées directement par un rongeur ou un autre animal infecté par la peste lors de la manipulation, de l’écorchage ou du dépeçage de l’animal. L’agent responsable de la peste peut pénétrer dans l’organisme par des lésions ou les muqueuses de la bouche, du nez ou des yeux. Généralement, cette forme d’exposition mène à la peste bubonique ou à la peste septicémique.

Gouttelettes infectieuses

Lorsqu’une personne atteinte de peste bubonique primaire développe une peste pulmonaire secondaire, il peut y avoir transmission de l’agent infectieux par voie aérienne. Des gouttelettes infectieuses peuvent pénétrer les voies respiratoires et mener à une peste pulmonaire primaire chez les contacts étroits. La transmission aérienne est le seul mode de transmission de la peste de personne à personne.

L’infection par contact direct avec des objets contaminés par des expectorations de personnes atteintes de peste pulmonaire peut mener à la peste bubonique.

Manifestation clinique

La manifestation clinique dépend du mode d’infection. La maladie peut se manifester sous 3 formes, soit la peste :

  • bubonique
  • septicémique
  • pulmonaire

Peste bubonique

Cette forme de peste qui est la plus courante est causée par la piqûre d’une puce infectée. Le bacille de la peste, Y. pestis, pénètre dans l’organisme au moment de la piqûre et migre vers le système lymphatique et se loge dans le ganglion le plus proche, où il se reproduit.

Par la suite, le ganglion lymphatique devient enflé, tendu et douloureux. C’est ce que l’on appelle le « bubon ». Aux stades avancés de l’infection, les ganglions enflammés peuvent se transformer en ulcères purulents. Des bubons peuvent apparaître dans n’importe quel foyer de ganglions lymphatiques régionaux, notamment :

  • cervical
  • axillaire
  • poplité
  • inguinal
  • épitrochléen
  • pharyngé
  • post-auriculaire
  • sus-claviculaire

La peste bubonique ne se transmet pas de personne à personne.

La période d’incubation de la peste bubonique est de 2 à 7 jours. Les patients font face à l'apparition soudaine de la maladie se caractérisant par :

  • de la fièvre
  • un malaise général
  • des maux de tête
  • de grands frissons
  • de la douleur dans les ganglions lymphatiques régionaux touchés

Peste septicémique

Cette forme survient lorsque l’infection se propage dans le sang. Elle peut découler d’une piqûre de puce ou du contact direct de matériel infectieux avec des plaies. Aux stades avancés de la peste bubonique, il y a également propagation du bacille Y. pestis dans le sang.

Dans le cas de la peste septicémique, Y. pestis se propage dans le sang et affecte les poumons, ce qui mène à un choc endotoxique mortel et à une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) pouvant donner lieu :

  • à une thrombose artérielle
  • à une hémorragie :
    • de la peau
    • des membranes séreuses
    • du parenchyme

Une acrocyanose et une nécrose tissulaire peuvent également survenir.

Peste pulmonaire

Il s’agit de la forme la plus virulente et la moins courante de peste. Habituellement, la peste pulmonaire résulte d’une peste bubonique à un stade avancé qui se propage aux poumons. Cependant, une personne atteinte d’une peste pulmonaire secondaire peut produire des gouttelettes infectieuses qui se propageront par voie aérienne et contamineront d’autres personnes.

En général, la période d’incubation est de 1 à 4 jours. La maladie se manifeste habituellement par l’apparition soudaine :

  • de frissons
  • de la fièvre
  • de maux de tête
  • de douleurs
  • d’une faiblesse
  • d’un malaise pulmonaire

Au cours de l’évolution rapide de la maladie d’autres symptômes deviennent plus prononcés comme :

  • la toux
  • les expectorations
  • l’aggravation du malaise pulmonaire
  • la dyspnée
  • l’hypoxie
  • l’hémoptysie

Le décès est généralement inévitable si aucune antibiothérapie spécifique n’est entreprise dans les 18 à 24 heures suivant l’apparition de la maladie. 

Dépistage et diagnostic

On devrait suspecter la peste chez tout patient qui présente les signes et les symptômes cliniques de la peste et qui a récemment voyagé dans une région où la peste est endémique.

Des échantillons cliniques devraient être prélevés immédiatement. Ces derniers comprennent :

  • les aspirats de bubons suspectés
  • le sang total
  • l’expectoration
  • le liquide céphalorachidien

Les prélèvements de gorge ne sont pas les plus appropriés, étant donné que ceux-ci ne sont pas aseptiques et que d’autres bactéries y prolifèrent. Il convient plutôt de procéder à des prélèvements sanguins ou d’aspirats de ganglions lymphatiques.

Les tests de diagnostic comprennent :   

  1. l’isolement et l’identification de Y. pestis à partir d’échantillons cliniques par :
    1. examen microscopique : la visualisation d’organismes gram-négatifs de forme ovoïde avec coloration bipolaire, ressemblant à une épingle de sûreté, permet un diagnostic présumé rapide de la peste
    2. culture de l’organisme à partir d’un échantillon de sang, d’expectoration ou d’aspirat de bubon pour établir un diagnostic définitif
  2. la confirmation du diagnostic au moyen de tests sérologiques mettant en évidence l’antigène F1 de Y. pestis grâce à une multiplication par quatre du titre d’anticorps dans le sérum du patient si la culture n’est pas concluante
  3. la détection moléculaire ciblant des séquences génétiques spécifiques à Y. pestis
  4. le test de sensibilité aux antimicrobiens conformément aux normes du Clinical and Laboratory Standards Institute (normes CLSI M45).

Traitement

Il est possible de traiter la peste si des soins médicaux appropriés sont prodigués rapidement.

Pour réduire les risques de complication et de décès, un traitement antimicrobien doit débuter dès que la peste est suspectée, soit dans les 18 heures suivant l’apparition des symptômes :

  • Fiez-vous à votre jugement clinique et ajustez l’antibiotique en fonction du patient et de :
    • son âge
    • ses antécédents médicaux
    • ses problèmes de santé sous-jacents
    • ses allergies
  • La streptomycine et la gentamycine sont parmi les antibiotiques à privilégier.
    • Parmi les agents de deuxième intention figurent :
      • la tétracycline
      • les fluoroquinolones
      • les sulfonamides
      • le chloramphénicol (en cas de peste méningée)
  • Si la fièvre réapparaît ou persiste après l’antibiothérapie, il conviendra peut-être de procéder à un drainage chirurgical des bubons infectés.
  • Antibiothérapie prophylactique pour les contacts possibles :
    • Il conviendra d’évaluer et peut-être même de placer en observation les contacts étroits des patients atteints de peste pulmonaire qui sont très malades. Une antibiothérapie préventive peut également être administrée, selon le type de contact personnel et le moment du contact.

Surveillance au Canada

En vertu du Règlement sanitaire international (2005), la peste est une maladie à déclaration obligatoire à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Si les cas de peste sont rares au Canada, il s’agit tout de même d’une maladie à déclaration obligatoire au pays (définition de cas s’appliquant à la peste). Ainsi, seuls les cas confirmés de la maladie doivent être déclarés de toute urgence au gouvernement fédéral par les provinces et les territoires.

Vous êtes tenu de déclarer tout cas à votre autorité provinciale ou territoriale de la santé publique, directement ou par l’entremise de votre autorité locale de santé publique. Par la suite, le cas sera déclaré par l’autorité provinciale ou territoriale à l’Agence de la santé publique du Canada. Veuillez communiquer avec les responsables de votre système de santé provincial ou territorial pour obtenir de plus amples renseignements.

Épidémiologie

Au Canada, les cas de peste chez l’humain sont très rares. Le dernier cas déclaré remonte à 1939.

De 2010 à 2015, l’OMS a recensé 3248 cas dans le monde, dont 584 mortels. La peste sévit :

  • en Amérique du Sud
  • dans de larges zones de l’Asie
  • dans l’ouest de l’Amérique du Nord
  • en Afrique centrale, orientale et australe

Depuis les années 1990, la plupart des cas de peste chez l’humain ont été signalés en Afrique, avec des épidémies récurrentes à Madagascar. Il y a eu un déplacement important des cas de l’Asie vers l’Afrique, puisque plus de 90 % des cas maintenant signalés le sont en Afrique. La peste bubonique est la plus courante, mais des flambées épidémiques de peste pulmonaire surviennent encore. Il se peut que la peste soit plus courante en Afrique en raison de l’étroite proximité des communautés rurales pauvres avec des rongeurs. Dans les régions où la peste est endémique, les rongeurs sont largement chassés et consommés.

Aux États-Unis, la plupart des cas chez l’humain ont été signalés dans deux régions, soit :

  • le nord du Nouveau-Mexique, le nord de l’Arizona et le sud du Colorado
  • la Californie, le sud de l’Oregon et l’extrême ouest du Nevada

Au cours des dernières décennies, 7 cas de peste chez l’humain ont été déclarés en moyenne par année aux États-Unis, le nombre variant de 1 à 17 cas par année.

La peste touche tous les groupes d’âge, mais 50 % des cas sont signalés chez les 12 à 45 ans. Elle touche autant les hommes que les femmes.

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