Déclaration sur l’administration d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune

Une déclaration du comité consultatif (DCC)

Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV)

Table des matières

Préambule

Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) donne de façon continue à l’Agence de la santé publique du Canada des conseils opportuns de nature médicale, scientifique et sanitaire concernant les maladies infectieuses tropicales et les risques pour la santé associés aux voyages internationaux. L’Agence reconnaît que les recommandations et les conseils formulés dans cette déclaration reposent sur les meilleures pratiques médicales et connaissances scientifiques actuellement accessibles et les diffuse dans le but d’informer les voyageurs ainsi que les professionnels de la santé qui sont appelés à leur prodiguer des soins.

Les personnes qui administrent ou utilisent des médicaments, des vaccins ou d’autres produits devraient bien connaître la monographie des produits, ainsi que toute autre norme ou instruction approuvée concernant leur usage. Les recommandations relatives à l’usage des produits et les autres renseignements présentés ici peuvent différer de ceux qui figurent dans la monographie ou toute autre norme ou instruction approuvée pertinente établie par les fabricants autorisés. Les fabricants font approuver leurs produits et démontrent l’innocuité et l’efficacité de ceux-ci uniquement lorsque ces produits sont utilisés conformément à la monographie ou à toute autre norme ou instruction approuvée semblable.

Points clés

  • La fièvre jaune est une maladie à transmission vectorielle évitable par la vaccination, qui est causée par un virus de la famille des Flaviviridae. Les changements récents de la réglementation internationale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’exigent plus de preuve de revaccination ou de l’administration d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune comme condition d’entrée dans un pays puisque selon l’OMS, une seule dose confère une immunité à vie.
  • Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) ne recommande pas l’administration d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune pour les voyageurs qui se rendent dans des régions où la maladie est endémique, à l’exception de certains groupes à risque plus élevé et pour lesquels l’administration du vaccin ne représente aucun danger. L’administration d’une dose de rappel ponctuelle est recommandée pour les voyageurs qui pourraient avoir reçu une première dose du vaccin contre la fièvre jaune durant une période de réduction de l’immunocompétence. Cela comprend les femmes enceintes, les personnes sous médication d’immunosuppresseurs, celles ayant reçu une dose précédente qui pourrait être inadéquate pour une protection à long terme ainsi que pour les personnes ayant reçu un diagnostic d’une maladie associée à un état d’immunodéficience. Les personnes qui ont subi une greffe de cellules souches hématopoïétiques après avoir reçu le vaccin contre la fièvre jaune sont incluses dans cette catégorie (voir les recommandations pour élargir la discussion).
  • Une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune tous les 10 ans est recommandée chez les personnes séropositives pour le VIH avant de se rendre dans des régions endémiques.
  • Les personnes qui se rendent souvent dans des régions à risque plus élevé de fièvre jaune, en particulier dans des régions touchées par une éclosion importante de fièvre jaune, peuvent envisager l’administration d’une dose de rappel ponctuelle si 10 ans se sont écoulés depuis l’administration de la première dose.
  • Les professionnels de la santé exposés au virus de la fièvre jaune dans un laboratoire doivent envisager une dose de rappel après dix ans.
  • Une preuve de vaccination contre la fièvre jaune consignée sur le Certificat international de vaccination ou de prophylaxie (CIVP) doit préciser la durée de validité du vaccin comme « conférant une immunité à vie chez la personne ayant reçu le vaccin » comme il est suggéré par l’OMS. Les personnes qui pourraient avoir besoin de plus d’une dose de rappel et pour lesquelles l’administration du vaccin ne représente aucun danger doivent obtenir des documents complémentaires aux fins de remémoration qui doivent être conservés dans un autre endroit que le CIVP.

But

La présente déclaration élaborée par le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) vise à examiner les données disponibles et à fournir des recommandations et des conseils aux professionnels de la santé canadiens sur la nécessité d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune.

Introduction

En mai 2014, les recommandations du Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur l’immunisation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont indiqué qu’une seule dose du vaccin contre la fièvre jaune offrait une immunité permanente Note de bas de page 1. L’Assemblée mondiale de la santé a adopté cette résolution afin de mettre à jour et de modifier l’annexe 7 du Règlement sanitaire international (RSI). En date du 11 juillet 2016, la revaccination ou l’administration d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune n’était pas nécessaire pour les voyageurs internationaux comme condition d’entrée dans un pays Note de bas de page 2. Cela s’applique à l’échelle internationale aux certificats de vaccination existants et nouveaux. L’OMS déclarait en 2013 : « Les données semblent indiquer que la majorité des personnes vaccinées développeront des anticorps contre le virus de la fièvre jaune dans les 28 jours suivant la vaccination et conserveront leurs titres d’anticorps protecteurs pendant peut-être plusieurs décennies, ou possiblement à vie, à la suite de la vaccination » Note de bas de page 3. La déclaration de l’OMS s’appuie dans une large mesure sur les conclusions d’un examen systématique par Gotuzzo et al. Note de bas de page 4,Note de bas de page 5.

Aux États-Unis, l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP) a entrepris un examen systématique distinct pour évaluer les données probantes pour recommander une dose de rappel tous les 10 ans Note de bas de page 6. La publication de la déclaration de l’ACIP convenait de la nécessité de la vaccination primaire seulement, mais précisait également que l’administration de doses de rappel était toujours appropriée pour certains groupes. Selon la formulation de l’ACIP, une seule dose confère « une protection à long terme et est adéquate pour la plupart des voyageurs » Note de bas de page 7.

Le CCMTMV a mis sur pied un groupe de travail pour examiner les données probantes et formuler des recommandations sur la nécessité d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune.

Méthodologie

La présente déclaration a été préparée par un groupe de travail du CCMTMV. Chacun des membres a offert ses services bénévolement, et aucun d’entre eux n’a signalé de conflit d’intérêts pertinent.

Pour évaluer la nécessité d’administrer une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune, le CCMTMV a examiné les données sur lesquelles se sont appuyées l’OMS Note de bas de page 3 et l’ACIP Note de bas de page 7 afin d’élaborer leurs recommandations. Les données de l’OMS découlent en grande partie de l’examen systématique de Gotuzzo et al. Note de bas de page 5. Étant donné que la plupart des données disponibles ont déjà été examinées et ont été utilisées pour éclairer la déclaration sur la fièvre jaune du groupe consultatif d’experts (SAGE) de l’OMS Note de bas de page 3 et celle du Groupe de travail Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation (GRADE) prônant l’utilisation de doses de rappel du vaccin contre la fièvre jauneNote de bas de page 6, le CCMTMV a estimé que la réalisation d’un autre examen GRADE n’était pas nécessaire. Les articles les plus cités ont été colligés et examinés.

Le CCMTMV a également étudié le cas particulier de la Gambie et du Sénégal, qui ont fourni des données épidémiologiques pertinentes qui ne sont pas incluses dans les examens l’OMS ou de l’ACIP.

D’autres données ont été récoltées de recherches effectuées dans les bases de données électroniques pour obtenir de la documentation concernant l’immunogénicité et la durée de la protection du vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes immunodéprimées (Embase, Ovid MEDLINE, et Santé mondiale). Les recherches ont porté sur la période allant de la date de création de chaque base de données jusqu’au mois d’avril 2016. La recherche documentaire a généré 96 résultats de recherche. Les titres de ces résultats ont été examinés et dix articles ont été sélectionnés aux fins d’examen des résumés. De ces dix titres, cinq ont été sélectionnés afin de les soumettre à un examen exhaustif en fonction de leur pertinence à l’égard de la question de recherche.

Résultats

Nous présentons les données sur la durée de la protection que procure la vaccination contre la fièvre jaune, et les rapports sur l’échec vaccinal décrits dans les deux examens systématiques qui ont éclairé les recommandations de l’OMS et de l’ACIP. Nous avons regroupé les données hiérarchiquement selon qu’elles étaient issues de données cliniques, de tests sérologiques ou de services de santé auxiliaires.

Les conclusions de l’examen du CCMTMV de la documentation portant sur l’immunogénicité du vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes immunodéprimées sont également présentées. Le cas de la Gambie est présenté.

Examens de l’OMS et de l’ACIP

A. Données épidémiologiques

Les données épidémiologiques sont rares, et sont principalement composées de déclarations de cas. L’examen systématique de Gotuzzo comprend 10 cas de maladie de la fièvre jaune chez les personnes vaccinées contre la fièvre jaune Note de bas de page 5. L’examen de l’ACIP a permis de répertorier 18 cas de maladie de la fièvre jaune après plus de 10 jours suivant l’administration du vaccin chez ces sujets Note de bas de page 6. Dans un certain nombre de ces cas, le diagnostic était incertain. Au cours de la période visée, plus de 540 millions de doses Note de bas de page 7 ont été administrées.

Six cas de fièvre jaune chez des voyageurs non immunisés font l’objet d’une discussion dans l’examen de Gotuzzo Note de bas de page 5.

Bien qu’il ait été impossible de trouver des publications d’études formelles, le document de l’OMS souligne que les épidémies de fièvre jaune semblent avoir été stoppées par la vaccination de masse et que les personnes immunisées semblaient être épargnées pendant les épidémies. L’OMS fait aussi remarquer la réduction du nombre de cas là où il y a une couverture vaccinale élevée Note de bas de page 3, encore une fois sans citer aucun rapport publié.

B. Données sérologiques

Un résumé des études citées dans les examens de l’OMS et de l’ACIP faisant référence au suivi post-immunisation à moyen terme (de 11 à 19 ans) Note de bas de page 8,Note de bas de page 9,Note de bas de page 10,Note de bas de page 11,Note de bas de page 12 et à long terme (20 ans ou plus) Note de bas de page 6,Note de bas de page 13,Note de bas de page 14,Note de bas de page 15,Note de bas de page 16 de l’immunogénicité est présenté dans le tableau 1. Ces études portent généralement sur des analyses des titres d’anticorps, et ne se penchent pas sur le rôle potentiel d’autres mécanismes immunologiques de protection contre la maladie. Il est possible que la présence d’anticorps ne protège pas contre la maladie et, à l’inverse, que certains sujets, sans tenir compte d’aucune mesure des titres d’anticorps, restent protégés in vivo.

L’examen systématique de Gotuzzo Note de bas de page 5 présente huit études démontrant une séroprotection, six de celles-ci présentant des résultats à moyen terme et à plus long terme. L’interprétation que fait l’ACIP de ces mêmes études la conduit à les considérer comme une preuve de séropositivité (ce qui signifie la présence détectable d’anticorps spécifiques du virus de la fièvre jaune), mais pas de séroprotection (un niveau protecteur d’anticorps), et ce, peu importe le titre signalé. Il en est ainsi, car aucune des études sérologiques citées n’a utilisé le logarithme de l’indice de neutralisation (LNI), le seul test pour lequel un titre séroprotecteur avait déjà été établi, par des activités de dépistage chez les primates. Malgré cela, l’ACIP semble considérer la séropositivité à un titre de 1:10 ou plus comme marqueur de substitution pour la séroprotection. Ce faisant, l’ACIP a à raison réduit son appréciation de la qualité de ces données, conformément aux exigences de la méthode GRADE.

L’ACIP a utilisé la séropositivité comme valeur de substitution pour la protection de sorte que nous employons les termes « protection » et « séroprotection » dans le présent document sous réserve de cette importante mise en garde.

Afin d’éclaircir davantage la question de la durée de la protection, nous avons examiné les documents originaux et avons conclu ce qui suit :

Protection à court terme
(jusqu’à 10 ans après la vaccination) : deux études Note de bas de page 17,Note de bas de page 18. Compte tenu de la courte durée, nous considérons que ces données procurent peu de données probantes démontrant une protection à long terme ou une protection à vie (ne sont pas incluses dans le tableau 1).
Protection à moyen terme
(de 11 à 19 ans après la vaccination) : deux études Note de bas de page 8,Note de bas de page 9. Ces études font état de 97 % et de 100 % de séropositivité (on ne sait pas avec certitude si ces résultats sont considérés comme démontrant une séropositivité ou une séroprotection).
Protection à long terme
(20 ans ou plus après la vaccination) : quatre études, la plus longue période de suivi ayant été réalisée pendant une période de 60 ans après la vaccination Note de bas de page 13,Note de bas de page 14,Note de bas de page 15,Note de bas de page 16. Les résultats font ressortir que de 60 % à 97 % des participants étaient séropositifs ou affichaient des taux d’anticorps séroprotecteurs.

L’examen systématique de l’ACIP présente 13 études sérologiques Note de bas de page 6. Les données sur l’immunogénicité étaient disponibles pour 1 137 personnes vaccinées 10 ans auparavant ou plus. De ce nombre, 1 002 (88 %) étaient séropositives pour les anticorps neutralisants du virus de la fièvre jaune. Ces données sont présentées dans le tableau 1, à l’exception de deux études qui n’ont pas dépassé une durée de 10 ans. Des 164 personnes ayant déclaré avoir reçu le vaccin contre la fièvre jaune 20 ans auparavant, 132 (80 %) affichaient des niveaux d’anticorps neutralisants détectables (c.-à-d., séropositifs). Lorsque les différences de taille des études et la variabilité entre les études ont été éliminées par l’utilisation d’un modèle à effets aléatoires, l’estimation par l’ACIP de la séropositivité chez les personnes vaccinées ≥ 10 ans était de 92 % (intervalle de confiance [IC] à 95 % : de 85 % à 96 %) et chez les personnes vaccinées ≥ 20 ans était de 80 % (IC à 95 % : de 74 % à 86 %).

Tableau 1 : Études sérologiques après la vaccination contre la fièvre jaune – OMS et ACIP
Période de suivi Étude Taille de l’échantillon Temps écoulé depuis la dernière vaccination contre la fièvre jaune Résultats

Moyen terme (de 11 à 19 ans après la vaccination)

Groot et Riberiro, 1962
(ACIP, OMS) Note de bas de page 8
108 17 ans 76 % fortement positifs (signifiant vraisemblablement des niveaux séroprotecteurs) et 21 % faiblement positifs (signification présumée : séropositifs, mais sans séroprotection)
Rosenzweig et al., 1963
(ACIP, OMS) Note de bas de page 9
24 De 16 à 19 ans 100 % séropositifs (incertain si cela a été interprété comme une séroprotection)
Courtois, 1954
(ACIP) Note de bas de page 10
79 12 ans 96 séropositifs
Machado et al., 2013
(ACIP) Note de bas de page 11
19 10 ans et plus 100 % séropositifs; dans l’ensemble du groupe (n = 383), 25 % avaient été vaccinés une fois, les autres, deux fois ou plus. Dix-neuf (19) des 383 personnes ont été immunisées 10 ans ou plus auparavant.
Groupe de collaboration, 2014
(ACIP) Note de bas de page 12
329 De 10 à 18 ans 93 % séropositifs

Long terme
(20 ans ou plus après la vaccination)

Pologne et al., 1981
(ACIP, OMS) Note de bas de page 13
149 De 30 à 35 ans 97 % séropositifs – marine/armée de l’air; 60 % séropositifs – personnel de l’armée. Les auteurs ont supposé que les membres du personnel de l’armée n’ont pas tous été vaccinés comme prévu; difficiles de discerner si les titres sont séroprotecteurs ou seulement séropositifs.
(Dadds et al., 1999)
(ACIP, OMS) Note de bas de page 14
51 De 11 à 38 ans 74,5 % séroprotégés; on ne connaît pas le nombre de sujets vaccinés plus de 30 ans auparavant
Gomez et Ocazionez, 2008
(ACIP, OMS) Note de bas de page 15
19 De 4 à 24 ans 13 des 19 personnes (68,4 %) immunisées 4 ans ou plus auparavant affichaient une séroprotection. On ne connaît pas le nombre à long terme.
Ogden et al., 2011
(ACIP, OMS) Note de bas de page 16
84 De 10 à 60 ans 95,2 % séroprotégés; 9 des 10 séroprotégés après plus de 25 ans
CDC 2014 Note de bas de page 6 31 De 10 à 69 ans 84 % (26/31) des sujets qui ont reçu le vaccin contre la fièvre jaune 20 ans ou plus auparavant étaient séropositifs
Commentaire : Nous n’avons trouvé aucune indication que les titres étaient séroprotecteurs selon les normes des CDC. Cela semble constituer des données inédites du laboratoire d’analyse des arbovirus des CDC.
ABRÉVIATIONS : OMS, Organisation mondiale de la santé; ACIP, Advisory Committee on Immunization Practices; CDC, Centers for Disease Control and Prevention

C. Données auxiliaires

Il a été noté que les doses de rappel du vaccin contre la fièvre jaune ne mènent pas souvent à des augmentations spectaculaires des titres d’anticorps et l’on suppose que l’immunité à médiation cellulaire est plus importante dans la protection contre l’infection naturelle. Des études démontrent que le vaccin contre la fièvre jaune active divers récepteurs Toll sur les cellules tueuses naturelles et les cellules dendritiques, induit une réponse cellulaire importante et, par conséquent, l’immunité innée et cellulaire peut jouer un rôle dans la protection de longue durée conférée par le vaccin Note de bas de page 19,Note de bas de page 20,Note de bas de page 21,Note de bas de page 22. En outre, une infection persistante chronique au virus du vaccin ou le stockage de l’antigène in vivo, possiblement dans les cellules folliculaires dendritiques, pourraient également expliquer la durabilité de la réponse immunitaire humaine Note de bas de page 23,Note de bas de page 24.

D. Groupes spéciaux

L’OMS ne cible aucun groupe qui devrait être exempté de suivre la recommandation selon laquelle une dose unique puisse suffire à conférer une immunité à long terme. Toutefois, la déclaration de l’OMS note la possible réduction de l’immunogénicité du vaccin chez les jeunes enfants, chez les femmes enceintes, et chez les personnes séropositives pour le VIH. Huit des études citées par l’OMS comprenaient des données sur l’immunogénicité à très court terme chez les nourrissons et les enfants. Il n’y a pas d’information sur la réponse immunitaire à plus long terme chez les enfants. Les résultats sont variés. L’OMS conclut que les enfants peuvent ne pas présenter une réponse immunitaire aussi efficace que les adultes ou peuvent perdre leur immunité plus rapidement. L’OMS indique également que certaines de ces études comportent des limites méthodologiques.

En revanche, les recommandations de l’ACIP cernent certains groupes de voyageurs pour lesquels des doses de rappel peuvent être envisagées après des évaluations appropriées relatives aux contre-indications et aux précautions à prendre. Cela comprend les femmes qui étaient enceintes lorsqu’elles ont reçu leur première dose du vaccin contre la fièvre jaune, les personnes qui ont reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques après avoir reçu une dose du vaccin contre la fièvre jaune, et celles qui étaient infectées par le VIH lorsqu’elles ont reçu leur dernière dose du vaccin contre la fièvre jaune Note de bas de page 6.

Une dose de rappel est également suggérée pour les voyageurs qui ont reçu leur dernière dose du vaccin contre la fièvre jaune il y a au moins 10 ans et qui se retrouveront dans un environnement à haut risque en raison de la saison, de la destination, des activités, et de la durée de leur voyage. L’ACIP recommande que les personnes qui travaillent en laboratoire et sont exposées au virus de la fièvre jaune reçoivent une dose de rappel ou subissent des tests d’immunité à intervalles de 10 ans. Les jeunes enfants ne sont pas considérés comme un groupe spécial dans la déclaration de l’ACIP, malgré le fait qu’il n’existe qu’aucune étude faisant état d’un suivi à plus long terme des personnes vaccinées durant la petite enfance. Le CCMTMV fait remarquer que quatre articles qui ont trait à la vaccination contre la fièvre jaune chez les enfants sont mentionnés dans l’examen systématique de Gotuzzo, mais ces articles ne sont pas mentionnés dans l’examen de l’ACIP (annexe A) Note de bas de page 15,Note de bas de page 25,Note de bas de page 26,Note de bas de page 27.

Examen des données supplémentaires du CCMTMV

Épidémiologie

En réponse à une épidémie de fièvre jaune en 1978-1979, le petit pays de l’Afrique de l’ouest de la Gambie a lancé une vaccination de masse couvrant 95 % de la population dans une période de six mois. En outre, le vaccin contre la fièvre jaune a été intégré au calendrier de vaccination des enfants, et la couverture des enfants se maintient à plus de 80 % à l’heure actuelle. Depuis, la Gambie n’a déclaré qu’un seul cas, impliquant un touriste non immunisé Note de bas de page 28.

Cela doit être mis en contraste avec l’épidémiologie de la fièvre jaune chez son voisin le plus important, le Sénégal, qui entoure la Gambie presque complètement. Le Sénégal présentait une couverture plus faible de sa population au cours de cette même période de près de 40 ans et a connu plusieurs éclosions de fièvre jaune Note de bas de page 28.

L’immunogénicité du vaccin contre la fièvre jaune chez les voyageurs immunodéprimés

Le CCMTMV a entrepris un examen documentaire des données sur l’efficacité du vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes immunodéprimées. Quatre-vingt-seize articles ont été répertoriés au cours de la recherche. Les titres de ces résultats ont été examinés et dix articles ont été sélectionnés aux fins d’examen des résumés. De ces articles, cinq ont été sélectionnés aux fins d’examen exhaustif Note de bas de page 29,Note de bas de page 30,Note de bas de page 31,Note de bas de page 32,Note de bas de page 33. Ces derniers variaient, en matière de conception, d’une étude de cas d’un receveur de greffe rénale, à un examen systématique de la vaccination contre la fièvre jaune chez les personnes infectées par le VIH. Aucun ne se penchait sur la persistance des anticorps à long terme; par conséquent, les résultats de ces études sont insuffisants pour tirer des conclusions claires sur la réponse immunitaire à long terme au vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes immunodéprimées.

Évaluation des données

Épidémiologie

Compte tenu des centaines de millions de doses du vaccin contre la fièvre jaune administrées à l’échelle mondiale, le petit nombre d’échecs vaccinaux est impressionnant et conforte l’hypothèse selon laquelle le vaccin confère une protection à long terme. Toutefois, en raison de leur nature, ces données ne procurent que des preuves ténues, car il est impossible de déterminer le nombre d’échecs vaccinaux qui n’ont pas été diagnostiqués, n’ont pas été signalés, n’ont pas été publiés ou sont passés inaperçus; la fièvre jaune est plus répandue dans les régions qui sont moins susceptibles de consacrer des ressources aux diagnostics viraux et où des soins médicaux de qualité sont moins facilement accessibles.

Les observations relatives à l’apparente efficacité du vaccin contre la fièvre jaune lors des épidémies sont importantes, mais ne peuvent qu’être considérées comme des données indirectes Note de bas de page 24.

La comparaison entre la Gambie et le Sénégal représente une situation géographique unique donnant lieu à une étude écologique qui fournit des données indirectes voulant qu’une dose unique sans dose de rappel semble avoir fourni une protection à long terme contre les éclosions. Toutefois, étant donné qu’il est connu que l’intégrité des signalements est problématique dans de nombreux cas, cet impressionnant contraste ne procure pas de données épidémiologiques de haut niveau.

Au total, les données épidémiologiques sur la protection à long terme ou une protection à vie conférée par une dose du vaccin contre la fièvre jaune sont rares. Les données recueillies dans cette catégorie des plus importantes sont par conséquent de faible valeur.

Sérologie

Dans l’ensemble, les études révèlent des taux élevés de séropositivité ou de séroprotection à moyen et à long terme. L’OMS interprète les résultats comme démontrant une séroprotection. L’ACIP n’accepte pas le seuil de titre d’anticorps du test de séroneutralisation par réduction des plages (PRNT) comme étant un indicateur valide de séroprotection. L’ACIP a interprété toutes les données publiées sur la séroconversion à moyen et à long terme comme représentant de la séropositivité seulement.

L’ACIP a déclaré des taux de séropositivité chez les sujets qui avaient été vaccinés ≥ 10 ans auparavant de 92 % (IC à 95 % : de 85 % à 96 %), et de 80 % (IC à 95 % : de 74 % à 86 %) chez les personnes qui avaient été vaccinées ≥ 20 ans auparavant. Il existe peu de données sur l’immunité à très long terme.

Les études sérologiques procurent des données de substitution sur l’efficacité et, par conséquent, fournissent des données de plus faible valeur. Si l’on adopte les exigences plus rigoureuses de l’ACIP en matière de données probantes de séroprotection, ces données de substitution sont encore plus ténues, car aucune étude n’a été effectuée à l’aide du logarithme de l’indice de neutralisation. Par ailleurs, le fait que les plus récents travaux chez les hamsters soulèvent la possibilité que le seuil de titre d’anticorps du test de séro-neutralisation par réduction des plages utilisé dans bon nombre des articles cités en référence soit trop faible pour protéger contre les manifestations viscérotropes de la fièvre jaune constitue un autre problème Note de bas de page 34. On ignore si ces résultats peuvent être extrapolés aux humains.

Groupes spéciaux

Le corpus de données permettant de conclure à une réaction immunitaire modérée au vaccin contre la fièvre jaune chez les jeunes enfants est restreint et cela demeure une question qui nécessite des études plus poussées.

L’absence de documentation sur la réponse à long terme au vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes immunodéprimées ne permet pas de tirer une conclusion. On présume que la plupart des personnes de cette catégorie présentent une réponse immunitaire plus faible.

Résumé des données

Le CCMTMV conclut que la paucité de données de haute qualité des examens systématiques de l’OMS (Gotuzzo Note de bas de page 5) et de l’ACIP ne peut pas démontrer irréfutablement que le vaccin contre la fièvre jaune confère une protection à long terme. Nous sommes d’avis qu’il n’existe pas suffisamment d’information pour déclarer avec conviction la durée de la protection que confère une dose unique. Certaines données intangibles pourraient mener à conclure à une moins bonne réponse immunogène chez les jeunes enfants et il n’existe pas de données relatives à la durée de la protection chez ces sujets. Il existe peu de données pour les personnes immunodéprimées, un groupe connu pour répondre moins bien à d’autres vaccins.

Recommandations

1. Malgré le manque de données probantes pour démontrer une protection à vie avec une seule dose, le CCMTMV recommande qu’aucune dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune ne soit administrée systématiquement, à l’exception de trois groupes spéciaux (tableau 2).

  • Les personnes chez qui la réponse à une vaccination antérieure peut être diminuée
  • Les personnes qui présentent un risque particulièrement élevé d’exposition
  • Les personnes présentant un risque d’exposition continu et régulier

Ces recommandations reposent sur les considérations suivantes :

Considérations appuyant une recommandation POUR des doses répétées du vaccin contre la fièvre jaune aux dix ans

  • Les données épidémiologiques indiquant une immunité à long terme conférée par une seule dose sont rares et n’apportent que des données de très faible qualité
  • Les données sérologiques indiquant une immunité à long terme conférée par une seule dose sont rares et n’apportent que des données de très faible qualité

Considérations appuyant une recommandation À L’ENCONTRE des doses répétées du vaccin contre la fièvre jaune aux dix ans

  • La fièvre jaune est extrêmement rare chez les Canadiens.Note de bas de page 35,Note de bas de page 36
  • Les données épidémiologiques et sérologiques démontrant que l’administration d’une seule dose du vaccin confère une protection à long terme sont de très faible qualité.
  • La possibilité que les réponses immunitaires innées et cellulaires jouent un rôle dans la protection à long terme.
  • La rareté de cas documentés d’échecs vaccinaux.
  • Il y a des effets indésirables connus du vaccin qui peuvent être graves, y compris le risque très rare de maladies neurologiques associées au vaccin contre la fièvre jaune chez les personnes ayant déjà été vaccinées. Note de bas de page 37
Tableau 2 : Recommandations relatives à la dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune dans les groupes spéciaux
Groupe Recommandation
Les personnes chez qui la réponse à une vaccination antérieure peut être diminuée ou pour lesquelles on ne dispose pas de données sur la protection à long terme :
  • Les personnes ayant déjà reçu le vaccin contre la fièvre jaune exclusivement pendant une période présumée de réduction de l’immunocompétence. Cela comprend les femmes enceintes, les personnes prenant des médicaments immunodépresseurs, ainsi que les personnes ayant reçu un diagnostic d’une maladie immunosuppressive, y compris la séropositivité au VIH.
  • Les personnes qui ont subi une greffe de cellules souches hématopoïétiques après avoir reçu leur dernière dose du vaccin contre la fièvre jaune.
  • Les personnes ayant reçu une dose précédentes ayant pu être inadéquate pour assuret une protection à long terme (dose fractionnée, dose non documentée, dose admistrée par des personnes non accréditées, etc.)

Les voyageurs à qui on a recommandé de recevoir une seule dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune avant de se rendre dans une région où il existe un risque de fièvre jaune.

Pour les voyageurs séropositifs pour le VIH, une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune est recommandée tous les 10 ans avant de tels voyagesTableau 2 - Note *. Remarque : Le vaccin est contre-indiqué chez les personnes présentant des symptômes du VIH, y compris les personnes ayant une numération des lymphocytes T cytotoxiques inférieure à 200/mm3 ou inférieure à 15 % du nombre total de lymphocytes pour les enfants âgés de moins de 6 ans.

Les voyageurs qui ont reçu une dose considérée comme inadéquate pour assurer une protection à long terme devraient recevoir une dose unique complète du vaccin contre la fièvre jaune avant de se rendre dans une région où il existe un risque de fièvre jaune.

Ces recommandations supposent qu’à la suite d’une évaluation, il a été jugé qu’il était sécuritaire de vacciner le voyageur.

Les personnes qui présentent un risque particulièrement élevé d’exposition :
  • Les personnes qui se rendent dans une région présentant une épidémie ou une éclosion importante.
  • Les personnes qui voyagent fréquemment ou pendant de longues périodes dans des régions de forte endémicité, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Le risque sera plus grand chez les personnes dont la profession et les activités les exposent aux moustiques et qui font des séjours en milieu rural. La protection peut être moins certaine si la première dose a été administrée au cours de la petite enfance.
Envisager une dose de rappel ponctuelle du vaccin contre la fièvre jaune avant des voyages de ce genre si 10 ans se sont écoulés depuis la première dose et qu’aucune autre dose de rappel n’a été administrée.
Les personnes présentant un risque d’exposition continu et régulier
  • Le personnel de laboratoire travaillant avec le virus de la fièvre jaune.
Une dose de rappel est recommandée tous les 10 ans, à moins que la mesure des titres d’anticorps neutralisants au virus de la fièvre jaune confirme une protection continue.

Le CCMTMV ne fait pas de recommandations précises appuyant l’administration d’une dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune chez les jeunes enfants. De plus amples recherches sont nécessaires pour déterminer la durée de l’immunité dans ce groupe. Une évaluation individuelle des risques et des avantages doit être effectuée au moment d’envisager une revaccination des enfants ayant reçu leur première dose avant l’âge d’un an.

2. Le Certificat international de vaccination ou de prophylaxie (CIVP) pour la vaccination contre la fièvre jaune doit être rempli comme suit :

  1. Chez les personnes nouvellement immunisées, la durée de validité du certificat de vaccination doit être inscrite sous « pour la vie de la personne ayant reçu le vaccin ». Cela s’applique également aux personnes immunodéprimées pour lesquelles il est jugé sécuritaire de recevoir le vaccin. Toutefois, le besoin possible de doses supplémentaires pour les voyages futurs doit faire l’objet de discussions avec les voyageurs et, idéalement, des documents complémentaires de ces renseignements doivent être fournis aux fins de rémémoration, et être rangés séparément du CIVP.
  2. Chez les sujets vaccinés plus de dix ans auparavant, il est recommandé de continuer à utiliser le certificat existant. Le CCMTMV suggère que ces voyageurs soient munis d’une copie de la déclaration de l’OMS faisant état d’une protection à vie conférée par une seule dose. Ce document peut être présenté en cas de difficultés à la frontière. Il est à noter que l’OMS considère que tout changement apporté à un certificat existant peut le rendre invalide.

Conclusions

Il y a un manque de données probantes démontrant que le vaccin contre la fièvre jaune confère une protection à long terme.

Étant donné l’historique de rareté des cas de fièvre jaune signalés chez les Canadiens, le risque d’effets indésirables liés à la vaccination et l’existence de données (bien que de faible valeur) sur l’efficacité à long terme du vaccin, le CCMTMV recommande qu’aucune dose de rappel du vaccin contre la fièvre jaune ne soit administrée, sauf chez certains groupes.

D’autres études abordant la question de la protection à long terme au sein de la population générale, chez les enfants et chez les personnes immunodéprimées sont nécessaires. Les recommandations du CCMTMV sont susceptibles de changer en fonction de la publication de telles données à l’avenir.

Annexes

ANNEXE A

Articles relatifs à la réponse au vaccin contre la fièvre jaune chez les enfants inclus dans l’examen de l’OMS, mais absents de l’examen de l’ACIP :

ANNEXE A
Étude Résultats
Gomez SY, Ocazionez RE, 2008 Note de bas de page 15 Les résultats ont montré une immunité réduite chez les enfants, mais une déclaration des parents de ces enfants ayant été vaccinés a été acceptée en tant que documentation suffisante
Guerra HL, Sardinha TM, da Rosa AP, Lima e Costa MF, 1997 Note de bas de page 25 75 % de séropositivité chez les écoliers du primaire n = 173, 6 mois après la vaccination; conclusion : des taux de séroconversion plus faibles que prévu
J.P. Fox Fonseca da Cunha J, Kossobudzki SL, 1948 Note de bas de page 26 Chez les enfants âgés de 5 à 14 ans, n = 79, soumis à un test au cours des 2 années ultérieures, 81 % étaient séropositifs, indiquant une réponse immunitaire réduite, mais la différence avec les plus vieux du groupe d’âge n’était pas statistiquement significative.
Veras MA, Flannery B, de Moraes JC, da Silva Teixeira AM, Luna EJ, 2010 Note de bas de page 27 Le présent document est une enquête sur la couverture vaccinale contre la fièvre jaune dans la population.

Remerciements

La présente déclaration a été rédigée par le groupe de travail sur la fièvre jaune composé des personnes suivantes : P. Teitelbaum (président), Y. Bui, M. Libman, J. Pernica et M. Abdel-Motagally, et a été approuvée par le CCMTMV.

Le CCMTMV reconnaît et apprécie la contribution de Mona Abdel Motagally et d’Elspeth Payne à la présente déclaration.

Membres du CCMTMV : A. McCarthy (présidente), A. Acharya, A. Boggild, J. Brophy, Y. Bui, M. Crockett, C. Greenaway, M. Libman, P. Teitelbaum et S. Vaughan.

Membres de liaison : K. Angelo (Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis), T. Audcent (Société canadienne de pédiatrie) et J. Pernica (Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada).

Membres d’office : D. Marion (Centre des services de santé des Forces canadiennes, ministère de la Défense nationale), P. McDonald (Bureau des sciences médicales, Santé Canada), C. Rossi (Direction des services de santé des Forces canadiennes, ministère de la Défense nationale) et S. Schofield (Entomologie de la lutte antiparasitaire, ministère de la Défense nationale).

Conflit d’intérêts

Aucun déclaré.

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